Genèse, VIII
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hioïKjiH'lqin'i ciiosc! di\ scinhlablr ((ii';i voulu «lire llacinc, dans les vers suivaiils :
Tu IVappcs, lu ^'Ui'-iis, lu perds ot i cssuscilos, Ils ne s'assurent point en leurs propres mérites.
Le poôtc a donc bien (îtabli les Irois grands principes sur lesquels repose le Irailé doj^matique do la grâce; malgré leur origine suspecte de jansénisme, un Ibomistc no les récuserait pas. El ne croyons pas (|ue ces doctrines si chrétiennes soient étrangères aux écrivains de l'Ancien Testament. Certes, les divins enseignements de saint Paul et les commentaires de saint Augustin renferment comme une révélation nouvelle sur l'économie du monde surnaturel. La scolastiquc et l'esprit français ont peut-être ajouté à cette œuvre d'éclaircissement par la rigueur des distinctions, par la précision d'une terminologie savante. Mais l'Ancien Testament contient, en germe, toutes ces doctrines. L'histoire d'Israël n'est qu'un long commentaire de la théorie de la grâce. A peu près tous les livres historiques peuvent se ramener à la thèse suivante :
Israël sans Dieu est malheureux et impuissant ; il n'est rien. Israël avec Dieu est prospère et redouté, il est tout. Quelques-uns pourront prétendre que cette thèse doit s'entendre de la seule prospérité temporelle. Mais il est des textes auxquels il faut bien donner un sens purement religeux. Inclinez mon cœur, dit le Psalmiste, à l'observation de vos commandements (GXIX, 36). Je le sais. Seigneur, il n'est pas au pouvoir de l'homme de tracer sa- voie, ni de porter ses pas où il veut (Jérémie X, 23). Je vous donnerai un cœur nouveau et un esprit nouveau, dit le Seigneur, et je ferai que vous observiez mes préceptes et les lois de la justice (Ezéchiel XXXVI, 26).
Mais pour venir au secours de l'homme, Dieu ne dispose pas seulement de la grâce. Souvent, il confie aux anges un ministère de miséricorde, ou il les charge d'exécuter ses vengeances. Des exégètes n'ont voulu voir dans les passages de l'Ancien Testament oîi il s'agit des anges, que des tableaux poétiques ou des allégories. Mais on ne saurait admettre une telle interprétation. Plus de deux cents fois il est parlé des
anges, dans FAncien Testament. Les livres sacrés de toute date et de toute origine nous les représentent dans les missions les plus diverses. « Pour quelle raison a-t-il plu à Dieu, dit Bossuet, que nos prières lui soient présentées par le ministère des anges? C'est un secret de sa Providence que je n'entreprends pas de vous expliquer, mais il me suflBt de vous assurer qu'il n'est rien de mieux prouvé dans les Ecritures. » Racine décrit les missions les plus importantes des anges :
J'ignore si de Dieu l'Ange se dévoilant Est venu leur montrer un glaive étincelant.
L'auteur des Paralipomènes raconte ce fait, presque dans les mêmes termes :
« Et David levant les yeux vit l'Ange du Seigneur qui était entre le ciel et la terre, et il avait à la main une épée nue et tournée contre Jérusalem. »
Une autre mission des anges est de veiller sur les berceaux, mission qu'ont célébrée à l'envi, les poètes et les orateurs chrétiens :
Prince aimable, dis-nous si cjuelque ange, au berceau Contre tes assassins prit soin de te défendre.
Pour les exégètes rationalistes, cette doctrine n'a rien de juif. Cependant l'histoire d'Agar et celle de Tobie semblent justifier Racine d'avoir donné aux anges une mission protectrice. Il est vrai que ces exégètes n'admettent ni les faits miraculeux de l'histoire d'Agar ni l'authenticité du livre de Tobie. Même à leur point de vue, cependant, ils n'ont pas le droit de blâmer Racine, car ils doivent convenir que l'histoire de Tobie et celle d'Agar — ne seraient-elles pas authentiques — prouvent tout au moins, la familiarité des Juifs avec l'idée d'anges protecteurs. "':
L'ange exterminateur a aussi joué un grand rôle * dans la vie nationale des Hébreux. Nous n'avons qu'à nous rappeler la mort des premiers-nés d'Egypte et des cent mille soldats de Sennachérib.
Racine ne pouvait pas ne pas dire un mot du privilège le
!• L'ange exterminateur est debout avec nous.
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|)Iiis «glorieux des jin^cs, celui de vivre élerricllcniciil, dans la soci('l(' divine. L(; poêle l'a l'ail., en ([U(d<|nes mois, où l'on peut rcconnaîlro en môme lemps un passage des Psaumes délicieusemenl traduit el comme une vague réminiscence des deux C(MM)i'es visions d'Isaïe al (ri*]z(H;liiel '.
(ii'acieux ou lerrihles, pi'olecteurs des hommes ou adorateurs de Dieu, l(^s anges de Racine sonl loujours ceux de la saine llu-ologie : leur vol discret au-dessus du sombre drame ou de l'élégie sanglante, semble compléter les groupes harmonieux des vierges agenouillées.
Quelle différence avec les anges de Musset! Le Séraphin des Nuits secoue des lilas dans sa robe légère et parle tout bas d'amour; de pareils détails n'ont rien de commun avec la théologie. On me dira que c'était bien là le moindre souci du poète. Sans doute, mais il y a ici une question de convenance religieuse. Nous ne nous attendons guère, en vérité, à faire la rencontre des anges, dans le monde oii nous promène Musset ; les amours à la Rolla ou à la Fantasio n'ont rien de bien séraphique. Pour être digne de voir passer les anges, en rêve , selon l'expression de Hugo , il ne faut pas avoir, comme Musset, planté certain clou sous sa mamelle gauche ; il faut avoir le cœur pur, comme Fra Angelico, comme Bossuet, ou même, tant pis pour ceux qui se scandalisent, comme Racine pénitent.
Les dénions ne sont que des anges déchus. Ils apparaissent un instant dans Esther, mais nullement comme dans Robert le Diable, avec un attirail mélodramatique. Les jeunes filles du chœur indiquent simplement le caractère dés démons et manifestent leur répulsion pour ces révoltés et pour ceux qui lès^dorent. Notre siècle sceptique aime à se figurer le diable des superstitions populaires qui apparaît, de nuit, dans un cimetière, pour évoquer des âmes de nonnes. Les enfants d'un siècle de foi conçoivent les démons comme le ferait un philosophe chrétien. « Tous ces esprits rebelles, dit Bossuet, « sont nécessairement cruels et moqueurs : cruels, parce « qu'ils sont envieux, moqueurs parce qu'ils sont superbes,
l.Isaïe VI;ÉzéchielI.
(( car on voit assez, sans que je le dise, que le plaisir de Ten- « vie c'est la cruauté, que le triomphe de l'orgueil, c'est la « moquerie. .l'avoue qu'ils sont cruels et sanguinaires, mais « ils se jouent, dans leur cruauté, ou plutôt la cruauté est (c leur jeu. » M. Renan, malgré son faible pour le grand Calomnié, ne peut fermer tout à fait les yeux sur ses côtés répugnants, « Satan, de ses doigts crispés, montre et offre les « royaumes de la terre '. Tout en lui respire le scepticisme « immoral et dédaigneux. Il ne comprend pas ce qu'il y a de « noble dans la nature humaine : la croyant uniquement gou- « vernée par Fégoïsme et la cupidité, il s'imaginerait lui faire <( trop d'honneur en la supposant capable d'obéir à autre « chose qu'à limposture : « mundus vult decipi. »
Si correcte, cependant, que soit la doctrine de notre poète sur les démons, elle scandalise presque M. Athanase Goquerel : « Dès les premiers siècles de l'Église, s'est accréditée l'étrange « idée, que les dieux du paganisme étaient des démons habiles « à se faire adorer sous les titres souvent très pompeux que l'on « donne aux idoles. Cette opinion autour de laquelle il serait « facile de grouper les noms de Justin, d'Origène, de Chrysos- « tome et d'Augustin, s'est formulée en une sorte de système oii « rien n'est omis : les démons ont été cause du premier péché^ « ont inventé et propagé l'idolâtrie ; ils occasionnent les désor- « dres de la nature, ils ont suscité les augures et les oracles, « introduit les sacrifices humains et inventé les persécutions « contre les croyants ; en un mot, pour ne citer qu'un seul trait, « comme Jésus-Christ est le chef de tous les saints, ainsi le dé- « mon est celui des pécheurs (Hilaire de Poitiers). Il est super- « flu d'examiner ces assertions et plus sage de s'en tenir à « l'évangile dont la simple doctrine revient à ce point seul que, « comme dans l'humanité les uns s'attachent au bien et les au- « très se détournent vers le mal, le même choix s'est manifesté « en diverses classes d'êtres intelligents. C'est là ce que les li- « vrcs sacrés compris selon leur sens véritable, enseignent et « constatent; le reste est de la poésie. » Oui de la poésie, mais cette poésie renferme une vérité doctrinale et historique. Il est