‹ La bible dans RacineChapitre 56 sur 142 · Au delà des temps et des âges, au delà de l'éternité · texte numérisé non relu

Au delà des temps et des âges, au delà de l'éternité

ment implicitement la doctrine en question. Il n'est pas possible de le contester, à ne s'en tenir du moins qu'à la pdriode post-exilienne du judaïsme, et personne, en ellet, ne le conteste. Daniel s'exprime en termes très clairs : « En ce tempslà, ce sera un temps de détresse, comme il n'y en pas eu de semblable, depuis qu'il existe des nations sur la terre. En ce temps-là, tous ceux de ton peuple qui seront écrits dans le livre de vie seront sauvés. Et la multitude de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront les uns pour la vie éternelle (Haye olam) les autres pour l'opprobre et l'infamie éternelle. Et ceux qui auront été sages brilleront comme les feux du firmament; ceux qui auront appris aux autres à pratiquer la justice seront étincelants comme les astres pendant l'éternité K »

Reconnaissons toutefois que la question de l'immortalité de l'âme, chez les Hébreux, est assez complexe et délicate pour donner lieu à des interprétations différentes. Les Sadducéens qui ne croyaient pas à la survivance de l'àme, faisaient partie de la synagogue et remplissaient les plus hautes fonctions du sacerdoce -.

Racine a fait à cette obscurité la part qui lui convient. Des vers aussi peu clairs que possible, presque sadducéens ^ font équilibre aux vers trop explicites et, en quelque sorte, chrétiens. Et cela est parfaitement voulu. Un petit mot des jeunes filles du chœur nous montre jusqu'à quel point Racine se préoccupait de rendre les idées juives, sur ces sortes de questions.

« Que de membres épars privés de sépulture » est-il dit dans Esther. Voilà certes une idée antique, et bien antique, et bien inférieure aux idées chrétiennes. Les martyrs s'inquiétaient assez peu de leur sépulture et, au besoin, ils raillaient leurs juges à ce sujet. Cette restriction faite, et Racine n'a eu garde de l'omettre, l'immortalité de l'âme est enseignée plusieurs fois, dans les livres hébreux : Nous connaissons

1. Daniel, XII, 1-3. Voir Genèse XXV, 17 etc. Nombres, XX, 24.

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