‹ La bible dans RacineChapitre 60 sur 142 · Mahomet, acte III, scène vi · texte numérisé non relu

Mahomet, acte III, scène vi

Ibrahim dont le bras docile à l'Eternel Traîna son fils unique aux marches de l'autel.

nelle do la loi, Racine est plus long que Bossuet et presque aussi complet que la Bible cUe-mônie, « Je ne vous raconterai pas, dit Bossuct, les plaies de l'Egypte, ni l'endurcissement de Pharaon, ni le passage de la mer Rouge, ni la fumée, les éclairs, la trompette resonnante, le bruit elFroyable qui parut au peuple, sur le mont du Sinaï ». C'est, on le voit, le même choix d'idées ot d'images que chez Racine. Lorsque les deux écrivains se séparent, le poète, qui le croirait? reste sur le terrain exclusivement religieux et le théologien fait une rapide incursion sur le domaine politico-socia],. Pourquoi, demande une jeune Israélite du chœur, tous ces prodiges accomplis sur le Sinaï? Dieu, lui répond une autre jeune fille, Dieu venait révéler aux Hébreux la lumière immortelle de ses préceptes ; il venait ordonner à son peuple de l'aimer d'une amour éternelle. D'après Bossuet, Dieu gravait, de sa main, sur deux tables de pierre, les préceptes fondamentaux de la religion et de la société. L'auteur du Discours sur lliistoire universelle et l'auteur à^ Athalie se retrouvent bientôt après pour déclarer que Dieu fit publier la loi avec une démonstration « étonnante de sa majesté et de sa puissance. »

Peu de souvenirs se rattachent aux temps des Juges. Racine ne se sentait pas une forte inclination pour cette époque dont les lettrés de nos jours aiment tant l'énergie sauvage, les mœurs violentes et les prouesses épiques. Samuel n'est nommé qu'une fois : il porte au front la douce auréole du sacerdoce chrétien. Les jeunes filles du chœur parlent délicieusement de lui comme, sans doute, les dévots de la cour devaient parler de Fénelon au sortir de quelque conférence spirituelle.

David semble avoir particulièrement attiré Racine. De toutes les parties de la Bible, le recueil des psaumes est cité le plus souvent : Racine devait le savoir par cœur, au moins en grande partie. Si Ton fait abstraction des différences qui tiennent au milieu social. Racine ressemble beaucoup a David poète. Il a la même sensibilité, les mêmes élans de tendresse et de mysticisme, la même foi ardente, la même mélancolie. Car ce xvii'' siècle qu'on nous représente comme si sculptural, si froidement plastique, si solennel, a des fonds de mélancolie exquise et profonde, c Pour moi, écrit Fénelon, je suis dans

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« iino paix s^cIk^ oIjscmiic cl laii^aiissunlo, sans (mmii, sans « plaisir, sans jxwiscm', d'en avoir jamais aucun, sans aucune « vuo (J'uvcnir, en ce mondes; avec un présent insij)i(Io etsou- « vent épineux, avec un je ne sais quoi qui me j)orte vX ({ui « m'adoucil chaque croix. » Ce lang'ap;e, dans la bouche d(^ Fénehui, ne surprendra personne. Mais suil-on {^('iK'raleiiient (pie Louis XIV avait comme des accôs de désespérance? « Quand « le roi est l'cvenu de la chasse, écrivait M"" de Maintonon, il « vient chez moi ; et personne n'entre plus. Me voilà donc « seule avec lui, il faut essuyer ses chagrins, s'il en a, ses tris- « tcsses, ses vapeurs ; il lui prend quelquefois des pleurs dont « il n'est pas le maître. » Et l'on voudrait douter de la mélancolie racinienne ! M. Deschanel partage, pour ainsi dire, en deux cette sensibilité et il fait la part large à la convention, an métier, à l'art enfin. Les larmes, les belles larmes versées, à la profession de la sœur Lalie, n'ont pas môme trouvé grâce devant lui. Peut-on douter cependant de la vérité des émotions délicates, presque féminines de Racine, de son humilité, de sa simplicité chrétienne lorqu'on lit sa correspondance avec son fils ou seulement ces mots de M"' de Maintenon : « Il vous aurait édifié, le pauvre homme, si vous aviez vu son « humilité dans la maladie et son repentir sur cette recherche « de l'esprit. » Un tel Racine ^, était bien fait pour comprendre « le doux chantre d'Israël ; » il l'aime d'une affection toute particulière ; il l'appelle le plus saint des rois, il fait intervenir son nom à chaque instant, il se tourne avec admiration vers son palais et sa chère cité. Ce soldat hébreu qui était poète, comme Racine, et roi, comme Louis XIV, avait des communications intimes avec Dieu : elles sont relatées dans Athalie ^ : Josabeth raconte les épreuves de son cœur de père et de roi avec une compassion touchante. Le souvenir de la gloire militaire et religieuse de David est présent à tous les personnages à' Athalie. Pour des Juifs fidèles, son règne représentait, dans le passé, l'âge d'or de leur religion. Joad cite David à son élève comme les évêques et les précepteurs, de l'ancien ré-

1. Voir Jules Lemaîti-e : Souvenirs et impressions de théâtre.

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