‹ La bible dans RacineChapitre 65 sur 142 · Comparer l'Assuérus de Racine avec le Néron de M. Renan · texte numérisé non relu

Comparer l'Assuérus de Racine avec le Néron de M. Renan

i.A mi:m(;i(».n .iiivk 93

trAssu(5rus corirspoiul, diiiis son ensemble, an sonjçe de Nahneliodonosor, raconlé dans Daniel (<'lia|). V). lui faisan! nn'^nie absiraclion des îuilres preuves (ranllienlicib', les (N'eonvei-los assyriennes ne jjernielleiil |iliis do m('iconnaili-(^ la valeur liisl()ri(|ne des leuvres de ce |)r'()|»lièl(\ Ainsi, la j)ens(M! de se l'aire apporter les annales de son rè^ne, est bien d'nn monai'([ne oiienlal. Prosqno tous les documents traduits par les orientalistes ressemblent à des autobiographies officielles de rois. On en a plusieurs de ( 'yrus, le |)réd('cesseur de Xerx^s et le fondateur du ^land empire perse. Quoi de plus naturel, dès lors, que de relire ces annales, à la suite d'un songe si difficile à expliquer?

Les autres folies d'Assuérus reproduisent fidèlement celles de Xerxès. La soudaineté des transports de ce dernier est connue. Nous n'en voulons pour preuve que l'histoire de Phtius '. Le Xerxès de l'histoire avait des retours mélancoliques très curieux à observer : comme Néron il était doué d'un tempérament d'artiste sentimental et philosophait à ses heures '-.

Le grand-vizir subit les mêmes attaques que son maître : Aman est absurde ; pour une vétille, il fait massacrer tout un peuple. Voilà le grand grief. Mais si cette extravagance même représentait, selon la belle expression de M. Nisard, le dernier degré de conformité du théâtre avec la vie? Racine connaissait apparemment le cœur humain et il ne laissait rien passer au hasard. Ici, il lui eût été facile de rendre plausible la haine d'Aman contre les Juifs. Il semble même s'être posé l'objection si souvent reproduite : Ce n'est donc pas, Seigneur, demande Hydaspe à Aman, ce n'est donc pas le sang amalécite qui vous excite en secret à perdre les Juifs. — Non, lui répond le ministre, mon âme, attachée tout entière à l'ambition, est faiblement touchée des intérêts du sang. Aucun doute ne peut subsister sur l'intention de Racine, il a voulu montrer dans la vanité froissée d'Aman, la cause unique de toutes les horreurs que décrit ou suppose son drame. L'his-

Page 1