BIBLIOTHECA
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agençait les scènes de ces pièces elles subordonnait à l'action générale.
En second lieu. Racine emploie dans ses études bibliques, une méthode qui pourrait bien valoir les systèmes aujourd'hui en honneur. Sans doute, il ne connaissait ni l'hébreu, ni les travaux des académies, il n'avait pas même l'idée des grandes revues contemporaines. Mais il n'éparpillait pas son attention sur un trop grand nombre de sujets. Le champ des études bibliques s'est aujourd'hui singulièrement élargi et, en réalité, les efforts des exégètes se portent beaucoup plus sur la marge du texte sacré que sur le texte sacré lui-même. Durant de longues années. Racine s'est livré dans le calme d'une vie, on peut dire bourgeoise, à une étude de l'Écriture Sainte approfondie, méditée, exempte de toute vanité littéraire et de toute idée systématique. Gomme tous les chrétiens fervents, il était fidèle à ce qu'on appelait, au xvn^ siècle, et qu'on appelle encore aujourd'hui dans le monde religieux, l'oraison. Faire son oraison, c'est méditer chaque jour sur une vérité morale, pendant une heure environ, en s'aidant de l'Ecriture Sainte. On peut au moins se demander si de toutes les manières d'étudier, dans un livre, l'esprit d'une religion, de s'en pénénétrer, celle-là n'est pas la plus propre à donner de bons résultats.
Enfin, Racine apportait dans son travail des dispositions morales qui me paraissent constituer une immense supériorité sur les hommes de notre temps. Si les opinions exégétiques de M. Renan sont parfois fort contestées, en revanche, le nouvel état d'âme auquel il a donné son nom, semble être devenu celui d'une trop grande partie de l'élite intellectuelle de la France et de l'Europe. Le Renanisme prend chaque jour des développements plus considérables et parmi les habitudes intellectuelles et morales qu'il a créées, il n'en est pas de plus familière au monde scientifique que celle du dédain transcendant '. Or, dans une prière jugée admirable par Bossuet, saint Augustin s'exprime ainsi : « 0 Seigneur, que vos Ecri-
1. « Les critiques regardent avec émotion, parfois avec envie, l'humble foi où ils ne peuvent plus descendre. » Lanson. Bossuet.
LA IIKLIC.ION .iriVE 101
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Ainsi avail dil lui-môme le Divin ('onlident à (pii saint Augustin adressait son humhh^ prièi'c : « Mon Père, Seigneur « Maître du ciel et de la terre, je vous rends grâces de ce que « vous avez caché ces choses aux savants et aux sages et de « ce (jue vous les avez révélées aux humbles et aux petits. »
Racine a suivi cette méthode.
Au risque de commettre un crime de lôse-critique, j'oserai trouver bon qu'il se soit rangé ainsi du côté de Bossuot, de saint Augustin et de Celui qui a dit : Je suis la Vérité et je suis la Voie.
Nous abordons la seconde question posée par Sainte-Beuve : Racine a-t-il compris Fessencc de la poésie hébraïque? Il nous est déjà permis, je pense, de mettre en avant la science théologique du poète. N'aurions-nous pas d'autre argument, que nous serions autorisés à répondre, en toute confiance : Oui, Racine a compris l'âme des poètes hébreux.
Toute poésie religieuse, toute poésie peut-être, tire ses beautés les plus intimes et les plus hautes de la théologie. Que l'idée religieuse d'un poème soit mal ou faiblement rendue, et lé poème perd singulièrement de sa valeur. Voyez — je ne dis pas la Henriade, l'exemple ne serait pas probant — mais V Enéide, cette œuvre d'un si grand souffle. Les passages les plus froids sont précisément ceux que le poète consacre à une religion officielle et factice. Malgré le charme du style, les discours de Jupiter, de Vénus et de Junon ne laissent pas que d'ennuyer. Au contraire, tout Ce qui dans Y Enéide se rattache aux traditions italiques et à la véritable religion romaine est admirable de couleur et de vie. Des travaux récents * nous
1. Gaston Boissier, la Légende d'Énée, -Fustel de Coulanges, La Cité antique-.
permettent aujourd'hui de bien comprendre la religion du foyer domestique et partant Tàme de la poésie virgilienne. Tel cri de guerre avait passé jusqu'à maintenant inaperçu. « J^nea, vigila, » disait une Nymphe au héros endormi. Ces deux mots, nous le savons maintenant, étaient une formule usitée dans les circonstances les plus glorieuses et les plus solennelles de la vie nationale. Telle épithôte ' insignifiante en soi, nous rappelle un des plus gracieux détails de la liturgie romaine. Le héros lui-même, si longtemps raillé par la critique, Enée, se relève et se transforme. On ne voit plus en lui, un général légèrement ridicule, mais un prêtre tout entier à sa mission religieuse, avant même d'être nationale.
Et encore ici l'art savant du poète vient s'ajouter à la sincérité de ses convictions et à sa théologie. Mais l'idée dogmatique pure, dépouillée de tout ornement étranger, peut produire, par sa seule force, les plus beaux effets poétiques. La fameuse définition de Dieu, révélée par Dieu lui-même à Moïse, en même temps qu'elle fait l'admiration des littérateurs, désespère les philosophes par sa concision. On n"a jamais rien pu trouver d'aussi métaphysique. L'hymne célèbre de Tynnichus ne se faisait remarquer, au dire de Platon, que par une majesté simple et nue. Un poète moderne, qui n'est pas un poète de premier ordre, a essayé de parler comme il convient, du Dieu de vérité; il ne s'est pas mis en grands frais d'imagination. Un souvenir classique, une figure biblique, les données les plus rigoureuses de la théologie mises en vers et c'est tout. Mais, pour s'être contenté d'être exact, précis et presque minutieux dans un pareil sujet. Chapelain s'est élevé jusqu'au sublime. Ailleurs, avec les mêmes procédés, il n'est arrivé qu'au ridicule.
Le sentiment profond et raisonné des vérités religieuses est donc tout ou presque tout dans des œuvres poétiques comme Esther et Atlialie. Il suffit que ces vérités soient exprimées d'une manière digne d'elles, c'est-à-dire dans un beau langage. Racine remplit ces deux conditions : la seconde question posée par Sainte-Beuve est d'ores et déjà résolue. Prouver