‹ La bible dans RacineChapitre 73 sur 142 · Genèse^ XIX · texte numérisé non relu

Genèse^ XIX

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s'jil)aii(l()nii('iil jiiiiiJiis a ces (slVusioiis (ramone oriental, pUK plus ([u'ils U(\ se laissciil aller ù une lerrtHir irréllf'cliie. Ils n(5 sortont jamais comme iV\iiu\ assiollo Iranciuille, (I(î celle crainte tli('ol()j;i(|ne de Dieu (juc nous avons tlélinie pinsliaul, crainte laite de i'es|>ecl et d'amour contenu.

A plus forlo raison, iJacine n'a-l-il |)as re[)roduil la l'ainiliarilo on usage entre Hébreux. 11 semljlc qu'à ce point de vue, le mond(^ du xvn" siècle soit comme aux antipodes du monde primitif. 11 a poussé jus([u'à ses dernières limites la politesse grave et décente. Louis XIV disait, toujours Madame en s'ad ressaut à Mai-ie-Thérèse et Madame de Sévigné ne se permettait pas de tutoyer sa fille. Jamais, au contraire, m^mc aux tem|)s homériques, on n'avait pratiqué la familiarité des temps primitifs d'Israël. Les mœurs ont si bien changé depuis, que la pruderie des langues modernes se refuse à redire les plus délicieux récits de la Bible. Chose très curieuse, en eiïet, le Racine d'avant la conversion, l'auteur de Phèdre, avait su cacher des choses fort malhonnêtes sous des mots irréprochables, et le Racine d\Esther et (VAtJialie ne pouvait, sans scandaliser ses lecteurs, reproduire des scènes très morales. Ses contemporains auraient-ils entendu, sans un mauvais sourire, l'histoire d'Eliézer ou le touchant épisode de Ruth dans l'aire de Booz?

Quelquefois la familiarité biblique devient du bon et du beau réalisme.... mais enfin- du réalisme. Écartons toute discussion inutile. En quoi consiste le réalisme? de combien y en a-t-il de sortes? comment le comprend-on aujourd'hui '? Ces questions ne nous intéressent pas pour le moment, il suffit que tout le monde convienne bien de ceci, qu'il y a chez les poètes primitifs un réalisme parfaitement légitime. Dans riliade, Phénix dit à Achille : « Tu ne voulais jamais te mettre à table avec un autre que moi, ni prendre tes repas dans le palais de ton père avant que je t'eusse assis sur mes genoux pour te préparer les morceaux et porter le vin à tes lèvres. Plus d'une fois, tu souillas ma tunique en rejetant le vin de

1. Voir : Brunetièi'e, le Roman naturaliste et un article récent do la Revue des Deux-Mondes sur la définition du réalisme ; David-Sauvageot, le Réalisme et le naturalisme dans la littérature et dans l'art.

ta bouche sur ma poitrine, dans ces pénibles années de Tenfance *. »

Personne ne pense à s'offenser de ces détails.

Le réalisme de certains auteurs bibliques ressemble à celui d'IIomèrc; mais il a plus d'abondance, plus de hardiesse, plus de profondeur, plus d'énergie. 11 tire ses plus beaux effets poétiques de son union étroite avec l'idée religieuse.

Ainsi envisagé, et il ne saurait l'être autrement, le réalisme est une des plus grandes richesses de la Bible. Les poètes sacrés n'ont jamais connu la déplorable division établie par des critiques entre les créatures nobles et les créatures non nobles. Ils décrivaient, avec admiration, des animaux disgracieux où ridicules aux yeux de beaucoup de modernes, le corbeau, le hibou, l'autruche, la chèvre sauvage, l'hippopotame et môme les vers qui dévoraient les lépreux. L'àne n'était pas ce pauvre baudet sur le dos duquel Perrault frappait si fort Homère et que Boileau défendait si mal. 11 n'avait rien non plus de ce pelé, de ce galeux, la risée de tout le règne animal des fables de La Fontaine. En Orient, l'àne était associé à ce qu'il y a de plus glorieux dans la vie humaine. Voulait-on peindre, comme Jacob, un avenir d'opulence et de bonheur, on disait :

« Issachar est un une robuste,

Qui se couche dans les étables.

Il voit que le lieu où il se repose est agréable

Et que la contrée est magnifique;

Et il courbe son épaule sous le fardeau,

Il s'assujettit à un tribut.

L'àne était réservé aux seuls chefs d'Israël, « aux prémices du peuple », et, à ce titre, il avait sa part dans les hymnes de victoire. Vous, s'écriait Débora,

Vous, qui montez de blanches ânesses,

Qui avez pour sièges des tapis,

Et vous qui marchez sur la route, chantez.

Il fallait, je pense, toute l'influence de la théorie cartésienne sur les animaux machines et toute l'autorité de Boileau pour détourner Racine d'une aussi belle poésie. Mais il est d'autres

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