‹ La bible dans RacineChapitre 74 sur 142 · Iliade. IX · texte numérisé non relu

Iliade. IX

passages (lii 11 i^'alismc plus intense qui (lovaient sciindalisor (oui à fail raulciir de lirrrnitr.

Les c'ciivaius saciM-s oui su liouvcr de la poi'sic dans toutes les œuvres de Dieu, dans les créatures les plus basses et i(;s plus disj;racié('s, dans \^\■> ("^Ircs les |)lus in('j)iis(''s, <lans les circonslances les plus ni('S([uiu('S ou h^s plus n'[)ugnantos. Dieu, par exemple, voutcdiàtiei' l'orgueil des Juifs, et voici comment il s'exprime : « J'achetai, raconte Jénîmie, une ceinture, selon la parole de rKteruel, et je la mis sur mes reins. La parole de rh]lernel me lui adressée une seconde fois en ces mots : « Prends la ceinture que tu as achetée et qui est sur tes reins, lève-toi, va vers l'iMipluate, et là, cache-la dans la fente d'un rocher. » J'allai et je la cachai près de l'Euphrate, comme l'Eternel me l'avait ordonne'. Plusieurs jours après l'Eternel me dit : « Lève-toi, va vers l'Euphrate, et là, prends la ceinture que je t'avais ordonné d'y cacher. » J'allai vers l'Euphrate, je fouillai et je pris la ceinture dans le lieu où je l'avais cachée. Mais voici, je la trouvai si pourrie qu'elle n'était plus bonne à rien. La parole du Seigneur me fut adressée en ces mots. Ainsi parle le Seigneur : « C'est ainsi que je ferai pourrir l'orgueil de Juda et l'orgueil excessif de Jérusalem. »

Pour traduire cette terrible menace, Racine n'a que des épithètes, insolent, superbe, orgueilleux, et puis, comme pendant, un nombre égal de substantifs, châtiment, punition, vengeance, tin terrible. Sans doute, il dispose savamment ces mots et il leur fait rendre tout ce qu'ils contiennent de sens. Mais ces habiletés de style peuvent-elles se comparer à la simplicité de l'étrange et expressif narré de Jérémie ? Ici, du moins. Racine essaie de rendre le fond, l'essentiel. Mais combien de passages bibliques, d'une crudité grandiose, qu'il ne peut pas, disons mieux, qu'il ne doit pas essayer de traduire !

Pour nous donner une idée de la colère divine, Jérémie nous montre une marmite pleine d'eau bouillante que les commentateurs, par amour du style noble, veulent, à tout prix, transformer en chaudière. Ézéchiel dit des choses plus étranges : « Je rassasierai de toi les bêtes de toute la terre. Je mettrai ta chair sur les montagnes, et je remplirai les vallées

de tes débris. J'arroserai de ton sang le pays où tu nages, jusqu'aux montagnes (Ezéchiel, XXXII, 4-o). Le plus fin et le plus distingué des prophètes, Isaïe, emploie des expressions qui n'ont guère d'équivalents dans notre langue française. Lisez son admirable prophétie contre la couronne superbe des ivrognes d'Éphraïm, et vous trouverez des phrases comme celle-ci : a Toutes les tables sont pleines de vomissements, d'ordures; il n'y a plus de place. » Dieu lui-môme ne dédaigne pas de se présenter à nous sous des images d'un caractère tout à fait oriental. Il est dit dans le psaume LXXVIIP : Le Seigneur s'éveilla comme celui qui a dormi comme un héros qu'a subjugué le vin. Job, s'adressant à son Créateur, s'écrie : Ne m'as-tu pas coulé comme du lait? Ne m'as-tu pas caillé comme du fromage? (Job X, 10).

Je pourrais pousser plus loin cette étude et accuser plus nettement la différence qui existe entre les livres saints et Racine, mais il est assez prouvé, je pense, que notre poète a totalement négligé le réalisme biblique. A-t-il bien fait? Oui, peut-être, parce que nos idées modernes et notre langue française ne se seraient pas accommodées de certaines locutions hébraïques, mais non, certainement, parce que la souplesse de son génie lui permettait de choisir avec bonheur parmi tant de richesses.

La question du réalisme semble en amener une autre qui lui est presque nécessairement unie, au moins dans les polémiques littéraires de nos jours. Je veux parler du Cantique des Cantiques, d'Osée, dun certain nombre de passages de la Genèse et de quelques autres chapitres de la Bible. Il est aisé de voir pourquoi Racine n'a eu garde d'introduire dans son œuvre certaines peintures des mœurs patriarcales. Alors que tout l'invitait, ce semble, à descendre dans le jardin des Cantiques pour en respirer les parfums, en compagnie de saint François de Sales et de Bossuet, systématiquement il s'en est tenu éloigné. Est-ce dédain de la nature? J'espère prouver que non dans la suite de ce travail. Est-ce ignorance? Bien moins encore. C'est par respect pour la sublime crudité des Ecritures, par un sentiment délicat et profond des convenances chrétiennes. Herder a dit dans la préface de V Esprit

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flo /fi pot'sir hi''hra'i(pii' : « Je voiidriiis Jivoir poiii' h'cicui's dos lioiniiu's jeunes, lunils, sans nlalv(MllaIlC(^ à riiiinicur aimante cl (louco. » La Hil)lo aurait Ijesoin <1(^ pareils lecteurs, et Racine pouvait compter d'avance sur l'hoslilitc' résolue d'un certain nombre de ses contemporains. INiiiiii ses amis eux-mênuîs, il y avait sans dout(^ heancoup de liherliiis, piiis([u'il se glorifie, dans une lettre adressée à Madame de Maintenon, de n'avoir jamais rou^i de rplvan^ile.

lia donc eu raison de s'interdire toute expression tant soit peu susceptible de donner lieu à une interprétation malveillante. Au siècle suivant, le public du parterre feignait de voir, dans un vers de Joad, une intention inconvenante qui ne s'y trouve pas '. Quelle eût été son altitude s'il eût pu souligner des citations du Cantique des Cantiques?

Je signalerai un troisième caractère de la poésie hébraïque qu'on chercherait vainement dans les deux tragédies de Racine. Les écrivains sacrés — toujours parce qu'ils sont les écrivains primitifs — donnent à leurs sentiments un libre essor et leur conservent toute la force de leur élan. Si j'osais employer une comparaison risquée, je dirais que ces sentiments décrivent, sans rencontrer d'obstacles, toute leur trajectoire. Les convenances sociales donnent à l'âme moderne des habitudes de contrainte et de gêne. Elle ne peut jamais s'en défaire entièrement, elle les subit, alors même qu'elle paraît se révolter contre elles. Joad a des transports de colère étonnants de la part de cet homme ordinairement si maître de lui. Mais on sent sous cette colère, une intelligence et une volonté prêtes à en arrêter les explosions^ prêtes à lui dire, le moment venu : Tu n'iras pas plus loin* Certes, cette psychologie est admirable. Mais les colères de David ont un tout autre caractère de violence. Ses ennemis l'entourent et se moquent de lui, ils lui sifflent à l'oreille des mots cruels, ils triomphent de ses douleurs, ils le calomnient et le frappent. Mais vienne le jour de la vengeance, et, à son tour, il les poursuivra, il les atteindra, il déchargera sur eux, la colère de Dieu, il brisera leurs os, il écrasera leur tête, il

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