Quoi, fille de David, vous parlez à ce traître
les accablera sous leurs propres ruines et, triomphant sur ces ruines, il chantera lui-môme sa victoire.
La douleur, chez les poètes hébreux, est aussi énergique que la colère. On vient annoncer à David une terrible nouvelle : Saûl et Jonalhas ont été tués. Le chevreuil a été blessé sur les montagnes, les forts sont tombés.
« Ah ! s"écrie-t-il, ne l'annoncez pas dans Gath;
N'en répandez pas l'avanta/^'euse nouvelle dans les rues d'Ascalon,
De peur que les filles des Philistins ne se réjouissent,
De peur que les filles des incirconcis ne triomphent.
Montagnes de Guilboa !
Qu'il n'y ait sur vous ni rosée ni pluie ! »
C'est bien là l'excès du désespoir. La douleur tourne immédiatement à la haine; elle va jusqu'à Fillogisme, jusqu'à une sorte de délire. Je sais bien que Racine a quelque chose d'analogue dans son Andromaque. Comme illogisme, le « qui te Fa dit » d'Hermione vaut bien l'apostrophe de David aux montagnes de Guilboa. Mais le désespoir d'Hermione n'a qu'un ton, celui de l'extrême violence : la douleur du prophète fait vibrer à la fois toutes les cordes de sa lyre. L'élégie sur la mort de Saul et de Jonathas ne compte guère qu'une quinzaine de lignes : elle renferme l'expression de tous les sentiments qui entrent dans les grandes doulerurs : la stupeur, la haine, le désespoir, l'amour tendre, les souvenirs gracieux, le désir d'immortaliser les êtres pleures.
Mais c'est à l'enthousiasme que les poètes hébreux doivent leurs plus belles et leurs plus abondantes inspirations. L'amour enflammé de leur Dieu et de sa cause les élève quelquefois si haut qu'ils en perdent haleine. David s'écrie : « Tes autels, ô Dieu des vertus, tes autels » et il s'arrête. De môme Moïse : il coupe sa phrase comme s'il était haletant de fatigue : « L'Urim et le Thummim, ô Jéhovah, sont à l'homme « que tu as éprouvé à Massa. »
Cet enthousiasme s'empare de toutes les forces vives de l'àme, il décuple leur énergie et produit ainsi naturellement un genre de beautés propre à la poésie hébraïque, les personnifications. A^e parlons pas des personnifications dans