Sagesse, VII, Viam Domini ignoravimus
Et qui sait lorsqu'au trône il conduisit vos pas, Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas'
Dans une position aussi dépendante on voit facilement partout l'influence directe de Dieu. Le juste cherche des explications surnaturelles à tout ce qui lui arrive. Dans l'épreuve il se demande s'il n'expie pas pour ses pères, s'il ne porte pas la peine de leurs crimes. Plus souvent, les malheurs de l'homme s'expliquent moins par la prospérité, comme il paraîtrait à première vue, que par les conséquences assez ordinaires de la prospérité. Chez Sophocle et chez Hérodote, les dieux jalousent le bonheur des hommes et s'en vengent. Cette idée domine toutes les tragédies de l'un, toutes les histoires de l'autre. Dans la Bible, la prospérité engendre l'orgueil, et l'orgueil attire la colère divine ^ C'est ce que chantent, délicieusement, les jeunes compagnes d'Esther (Il renverse Taudacieux, il prend Thumble sous sa défense J'ai vu l'impie adoré sur la terre). Une pareille doctrine sur la Providence contient implicitement le plan de conduite du juste. Craindre Dieu, au sens indiqué dans un précédent chapitre, mais n'avoir pas d'autre crainte, tout est là pour le disciple de la Sagesse. Il s'appuie sur ce Dieu jaloux, le seul qui commande aux cieux, il met son bonheur à espérer en lui -. Il trouve la paix dans son amour. Est-il, en effet, d'autre bonheur que la tranquille paix d'un cœur qui aime Dieu '^?
Malheureusement, nous avons beaucoup de peine à la garder, cette paix, fruit de l'obéissance à la loi.
Mon Dieu, qu'une vertu naissante
Parmi tant de périls marche à pas incertains,
Qu'une âme qui te cherche et veut être innocente
Trouve d'obstacle à ses desseins!
Que d'ennemis lui font la guerre !
Quels sont ces ennemis? le poète ne le dit pas, mais il le laisse assez clairement entendre ; ce sont les difl'érentes passions contre lesquelles s'élèvent avec tant d'énergie les livres sapientiaux et particulièrement les Proverbes. Mais il y a aussi, il y a surtout les ennemis du dehors.