‹ La bible dans RacineChapitre 83 sur 142 · Esther, acte III, scène m · texte numérisé non relu

Esther, acte III, scène m

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« 1k»ii incssa^içor honore une cause. La musc aussi s'honore par (( un uohic uu'ssa^c. ••

Il y a là iii((»m|>araMenienl plus de souinc, d'élan (îtdc couleur «[uc dans le |)assage correspondant d(; llacin*;; il y a là du vrai lyrisme.

Voyons maintenant un gnomiquo, Solon, pai- excmj)le. « Notre ville, dit-il aux Athéniens, ne périra jamais par la (( volonté de Zeus et Tintentiou des hicnhcureux immortels, « parc(^ ([ue la protectrice au j^i'and cu'ur, la fille d'un père re- « doutable, Pallas Athéné, étend la main sur elle. Mais ce sont « les citoyens eux-mêmes, dans leur imprudence, qui veulent « perdre la grande ville... Voilà ce que mon cœur m'engage à « révéler aux Athéniens, à savoir, que la mauvaise adminis- )) tration engendre les plus grands maux, tandis que la bonne « met tout dans l'ordre, à sa place, et oppose une entrave aux « hommes injustes. Elle adoucit les aspérités, calme l'orgueil, « amortit l'insolence, dessèche les germes croissants du mal- « heur, fait marcher la justice loin des voies tortueuses, adou- « cit la fierté, arrête l'œuvre de sédition et le ressentiment « d'une discorde fatale : grâce à elle enfin tout est, parmi les « hommes, réglé et sage. »

Il est évident, si l'on considère, le ton et l'allure générale de la pensée, que Racine ressemble beaucoup à Solon. En empruntant aux livres sapientiaux leurs préceptes, il les a revêtus de cette forme qui dans tous les pays, passe pour le caractère distinctif de la poésie morale. Mais alors, dira-t-on, l'auteur d'Esthe?' et à'Athaiie est un poète gnomique. Oui gnomique. On a le droit de s'en étonner, mais qu'on veuille bien remarquer ce fait, qu'une fois libre de toute entrave, il est revenu lui-même à ce genre de poésie. Lorsque Racine composait Esther ou Athalie, il subissait le goût de son temps pour le théâtre, et il remplissait certaines conditions dramatiques exigées par M™' de Maintenon ; mais il était libre, absolument libre de son choix quand il composait ses autres poésies religieuses.

Ceci m'amène à parler de ce que nous appellerions aujourd'hui les mélanges religieux et poétiques de Racine. Je n'en ai rien dit jusqu'ici parce qu'ils forment un tout à part. Il

n'est pas douteux cependant qu'ils appartiennent au genre moral et didactique. D'un autre côté, une étude sur chacune des pièces qui les composent, peut influer, on va le voir tout à l'heure, sur la conclusion de ce chapitre ; le moment semble donc venu de les étudier.

Qu'y a-t-il de biblique dans les Hymnes du bréviaire ronmin? Rien ou presque rien ; à peine si on rencontre çà et là quelquelques réminiscences vagues de TAncienTestament, comme aux vêpres du Mardi soir.

Ta sa^'esse, grand Dieu, dans tes œuvres tracée

Débrouilla le chaos, Et fixant sur son poids la terre balancée,

La sépara des flots.

La plupart des hymnes du bréviaire reposent sur des données chrétiennes ; la Trinité, la grâce telle qu'elle est expliquée dans saint Paul ; la mortification cpnsidérée comme un principe de pureté, et cette idée que le Christ est notre guide et notre maître.

0 Christ notre unique lumière, Nous ne reconnaissons que tes saintes clartés ! Notre esprit t'est soumis, entends notre prière, Et sous ton joug divin range nos volontés.

De toutes les œuvres poétiques de Racine, la traduction des hymnes du bréviaire est la plus austère. Elle n'a pas la langueur de grâces d'Esther, ni la pompe orientale à'Athalie, mais c'est quelque chose de chaste, de fort, de sobre, d'intime et de recueilli que nous nous figurons dans les premiers chrétiens. Sans s'en douter, Racine caractérisait la poésie de ses hymnes, lorsqu'il s'écriait :

Que Christ soit notre pain céleste,

Que l'eau d'une foi vive abreuve notre cœur;

Ivres de ton esprit, sobres pour tout le reste,

Daigne à tes combattants inspirer ta vigueur.

Que la pudeur chaste et vermeille

Imite sur leur front la rougeur du matin.

De tels sentiments et de telles pensées procèdent du plus pur esprit de lEvangile. L'inspiration médiate ou immédiate de

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