I.A l'OI^lSIE lil.J
sailli l'aiil ri mi'^inc (ù Uoilciiu !) riiilliiciicc du moyen â^cî, s'y l'oiil sciilir. ( hi diiail les oraisons jacul.iloircs (Tnii moine 1res pieux don! Kaeinc aiirail |ioli rex|)i'(^ssi()n elullailjli raideur mysli([ue, mais doni il aurai! conservé toute Tausléiité. l*armi les canticpies spiiiluids. deux n'ont rion de commun avec l'objet de ce travail. Le premier est tin5 en entier d(^ la première éj)ître aux Corinthiens; le second, de Tépître aux llomains. Nous n'avons donc à nous occu|)er (jue des deux derniers et de la paraphrase du psaume XVll' . Le troisième canli([ue spirituel semblerait olïrir une traduction assez lidèle de l'Ancien Testament. 11 rend très bien le contraste, dont il a éié parlé plus haut, entre le sort du juste et celui de l'impie, et il reste toujours dans le ton d'un poômc didactique. Mais que de dilîérence avec les prophètes ou les livres sapientiaux! Le poète n'a pas craint d'ajouter des idées chrétiennes aux maximes de l'auteur de la Sagesse.
La mort n'a rien qui Tétonne (le juste),
Et dès que son Dieu l'ordonne,
Son âme prenant Tessor,
S'élève d'un vol rapide
Vers la demeure où réside
Son véritable trésor.
On peut dire que le chapitre V de la Sagesse a été changé de fond en comble. Dans la Bible, on entend des cris de colère ; la foudre tombe droit sur les méchants ; eux-mêmes, sont lancés des nuées, comme les flèches d'un arc bandé avec force. Chez Racine, c'est d'une voix plaintive que la tardive pénitence exprime ses remords. Dans la Bible, les images poétiques abondent. Le bonheur des méchants passe comme une ombre, comme un courrier rapide, comme le sillage d'un navire, comme le vol d'un oiseau, comme une flèche. Dieu est compare à une machine qui fait pleuvoir sur les insensés une grêle de pierres. Pas une de ces images ne se rencontre dans le cantique de Racine, tout y est à l'état d'idée ou de sentiment.
Le quatrième et dernier cantique spirituel n'offre rien de très biblique. Racine lui a donné pour sous-titre : Tiré de divers passages d'Isaïe et de Jérémie ; or, sur soixante vers,
vingt-quatre reproduisent très exactement l'Évangile. La troisième strophe célèbre le sacrement de l'Eucharistie, la cinquième raconte l'Incarnation et la Naissance du Verbp, le commencement de la dernière renferme des allusions non équivoques à un sermon de Notre-Seigneur et à l'épisode de la Samaritaine. Les trente-six vers qui restent sont effectivement tirés de divers passages d'Isaïe et de Jérémie. Mais si le poète est resté fidèle à l'esprit et quelquefois à la lettre des discours prophétiques, il n'en a voulu reproduire ni l'éclat, ni le mouvement. Ce qui dans Isaïe éclate en strophes superbes, est rendu en vers charmants, pénétrants, unis, calmes et légèrement oratoires.
Il faudrait faire les mêmes observations à propos de la paraphrase du Psaume XVIP (Vulgate). Je m'empresse d'ajouter cependant qu'elle abonde en vers bibliques d'une majesté simple, d'une hardiesse savante et contenue, comme ceux-ci :
Tu dis, et ta voix déconcerte L'ordre éternel des éléments ; Sous tes pas la terre entr'ouverte Voit cLianceler ses fondements.
Dans sa frayeur, le ciel s'abaisse ; Devant ton trône, une ombre épaisse Te dérobe aux yeux des vivants ; Des chérubins dans le silence L'aile s'étend ; ton char s'élance A travers les feux et les vents.
Il est impossible de retrouver, dans la traduction, la physionomie du psaume. Ni la pensée morale, ni le but particulier, ni le genre de poésie ne sont les mêmes. Racine parle du siècle et de ses maximes, comme aurait pu le faire Bossuet, dans un sermon de vêture. Il prie avec une humilité trop chrétienne ; on dirait qu'il craint de se mettre lui-même en scène ; il cherche à se perdre dans la foule des justes :
De ton amour et de ta crainte Ce cœur à jamais pénétré Sera fidèle à ta loi sainte Et mon triomphe est assuré.
Toujours propice aux âmes pures C'est sur nos mœurs que tu mesures Tes châtiments et tes faveurs.
i.A i'()i':siE \'M
David y va avec plus de naïveté et de rondeur :
Le Seif^'iiour iiTii li;iil<', selon in.i dniilurc,
Il m'a rendu, selon l;i purt!!»'- dt; mes mains;
Car j'ai observé les lois de l'Éternel,
Et, je n'ai point été coupable envers mon Dieu.
Toutes ses ordonnances ont été devant moi,
Et je ne me suis point écarté de ses voies.
J'ai été sans reproche envers lui.
Et je me suis tenu en garde contre mon iniquité.
Aussi l'Éternel m'a rendu selon ma droiture
Selon la pureté de mes mains devant ses yeux.
Le po^te chrdticn fait une « prière pour tous », à la façon de Pope, mais douce, insinuante et caressante. Le psaume de David est un chant de victoire oii éclatent, à la fois, l'ivresse du triomphe et la haine de l'ennemi. Racine reste dans le ton d'une conversation très-respectueuse, élégamment poétique et, un moment, sublime.
Je citais tout-à-l'heure une strophe admirable (Tu dis, etc.), la plus admirable, à mon sens, de toute la paraphrase. Mais lisez les versets correspondants du psaume de David :
La terre fut ébranlée et trembla,
Les fondements des montagnes frémirent.
Et ils furent ébranlés, parce qu'il était irrité.
Il s'élevait de la fumée dans ses narines,
Et un feu dévorant sortait de sa bouche :
Il en jaillissait des charbons embrasés.
Il abaissa les cieux, et il descendit :
Il y avait une épaisse nuée sous ses pieds.
Oh! que l'enthousiasme est supérieur à l'art, même mis au service de la plus exquise délicatesse de sentiments.
Les cantiques spirituels et les hymnes du bréviaire, n'ajoutent donc rien au mérite historique de Racine et laissent entrevoir certains défauts de traduction assez graves. Mais ces poésies diverses révèlent une veine nouvelle de son génie, sinon très abondante, du moins très pure. Considérées en ellesmêmes et indépendamment de leur rapport avec la Bible, elles valent la plupart des chœurs à'Esther. A notre point de vue spécial, elles offrent des avantages plus appréciables. Elles font ressortir le sens critique dont Esther et Athalie ren-
ferment tant de preuves. La doctrine franchement chrétienne des hymnes permet de mieux comprendre l'importance de la religion juive, dans les deux tragédies françaises. De môme, en constatant les très gros et très nombreux anachronismes des cantiques, on se dit, que décidément Racine s'est beaucoup préoccupé de la vraisemblance historique, dans la composition à'Esther et à'Athalic.
Enfin, ces divers fragments religieux augmentent dans des proportions assez considérables, la partie morale des œuvres du poète. Ajoutez-les aux sentences répandues dans le dialogue des deux drames, puis à une bonne moitié des chœurs, et Racine vous paraîtra digne d'être classé parmi les plus grands d'entre les poètes gnomiques.
Peut-être même ses chefs-d'œuvre ainsi envisagés en seront-ils jugés plus justement et par conséquent plus admirés. M. Faguet se plaint de la faiblesse lyrique de certains chœurs. Et il a raison ; mais il pose mal la question. N'allez pas chercher du lyrisme dans un grand nombre de chœurs ; regardez-les comme une imitation très libre du Ma'sal hébreu, et dès lors le prétendu défaut devient un mérite. Tout s'explique, tout apparaît harmonieux et beau.
Ce que nous avons dit plus haut de la verve de la poésie hébraïque, de son pittoresque et de son énergie est particulièrement vrai de la poésie didactique. Ne nous demandons pas si Racine a pu s'approprier toutes ces qualités. L'impuissance de nos langues modernes rendait cette tâche impossible. « Chacun des proverbes de Salomon, dit Nœldeke, se compose de deux membres et presque chaque membre se compose, à son tour, d'une proposition unique de trois à quatre mots. Le mordant de la concision produit par cette coupe de l'original, ne peut être rendu, dans aucune traduction, et en allemand ou en français moins que dans toute autre langue. »
Enfin, la nature de l'esprit moderne et les exigences du dialogue rendaient nécessaire une transformation considérable du Ma'sal hébreu. Le morcellement des pensées et l'absence de liaison eussent été insupportables dans une tragédie. Le poète a dû insérer sa réflexion morale dans son œuvre, de façon à ce qu'il n'y parût, pour ainsi dire pas. Au lieu de se
LA J'OÉSIE 1.']!)
(IrliK^licM" on rclipf cl de linn* l'ci'il, commf» dans l'original, oWa l'aisiiit ('()r|)s avec le rcsio du discoiir-s cl participait à sa vio ^•(5ncralc. Il lallail (pic d'aitslrailc, cllr dcviiil concrMo et qu'elle s incai'iiàl, eu (picl(|uc soilc. (( La crainte du Sci^iu'ur est le coninicnccnicut de lu sagesse. » Ln<' idécî aussi essentiellement juive ne pouvait pas ne pas se retrouver dans une tragédie tirée de rAncien Testament; elle s'y retrouve en ellel, mais elle est devenue homme :
Jo crains Dieu, cticr Abner, et n'ai point d'autre crainte.
Cependant, en dépit de toutes les modifications, non seulement la pensée générale et quantité d'idées particulières n'ont pas été altérées, mais ce qu'il y a de plus important et de plus caractéristique dans leur forme, subsiste chez Racine. Dès maintenant, l'immense influence des auteurs sapientiaux sur ses poésies religieuses me paraît assez établie. Mais les différences qui nous séparent de l'Orient antique sont si souvent invoquées dans les travaux exégétiqucs de nos jours, qu'on a de la peine à en croire ses propres yeux. Peut-il bien y avoir tant de points de contact entre des écrivains de tempéraments si divers? Qu'on veuille se souvenir d'un mot familier de Bossuct : « La religion est le tout de l'homme. » Si donc la religion est commune à des hommes fort éloignés les uns des autres, il y a beaucoup de chances que les divergences s'atténuent ou s'effacent et que l'accord s'établisse sur les questions essentielles. Yoilà pourquoi, si je ne m'abuse, les différences entre les poètes gnomiques de la Bible et Racine portent sur les détails, et les ressemblances sur le fond.
N'hésitons pas à regarder Racine, comme un poète avant tout moraliste. De même que le Ma'sal est au fond de toutes les poésies hébraïques, de même le désir de moraliser se cache sous chaque vers de notre poète. On a trouvé dans ses œuvres religieuses du drame, de l'élégie et môme de la poésie épique. Mais cette manière de distribuer les genres amène nécessairement des déceptions. Dans quelle catégorie ranger des vers qui ne sont ni lyriques, ni épiques, ni dramatiques? Il suffit, ce me semble, de les attribuer à la morale religieuse. Ainsi apparaît, sous son vrai jour, la frappante analogie qui
existe entre les Hébreux et les Français, car lequel des deux peuples aime le plus à moraliser, on ne saurait vraiment le dire : « Prud'homic, disait le bon roi saint Louis, prud'homie est chose si bonne que le mot, rien qu'à le prononcer, emplit la bouche. » Combien plus nous aimons ces préceptes, lorsqu'ils tombent des lèvres harmonieuses d'un Racine * !
1. Il s'agit — cela va sans dire — de Racine considéré comme auteur de poésies religieuses. Le xvii<^ siècle n'étudiait la Bible que pour faire des recueils de maximes. Racine et M^c de Maintenon se sont contentés de transporter sur la scène les habitudes intellectuelles et morales qui dominaient dans les écoles, dans les couvents et dans les familles. Que si on m'oppose le caractère dramatique d'Athalie, je ferai observer que l'histoire littéraire de Saint - Cyr offre un exemple très curieux de l'évolution des genres. M™» de Maintenon avait composé pour les récréations dramatiques de ses élèves, des dialogues purement moraux. Racine, en écrivant son Esther, a tenu compte de ce précédent. Il a fait une œuvre qu'on n'a su comment qualifier, mais qui a incontestablement son modèle, dans le Ma'sal hébreu. Il a donné, dans Athalie, un plus libre essor à son génie dramatique, mais il n'en a pas moins fait une très grande part à la morale, et il n'a pas pris la peine de cacher son but parénétique.
CIIAHTIIK III