POÉSIE LYRIQUE
Les lyriques d'Israi-l. — En quoi Racine leur resscmblc-t-il? — La lyrique ;)e?'sonnelle dans Joad. — Sa prophétie, dernier efl'ort de l'esprit humain. — Le parallélisme iiébreu dans Racine. — Pascal et Fénclon. — Lyrique collective des chœurs. — Sophocle et les Psaumes. — Les morceaux lyriques des chœurs sont peu nombreux. — Résumé : Place de Racine dans l'histoire de la poésie lyrique. — Shakespeare et Hugo.
On passe naturellement de la poésie morale à la poésie lyrique. Leurs domaines sont limitrophes, et souvent la frontière en est si indécise, qu'il est permis de se demander sur quel terrain on marche. D'une part, la sentence revêt plus d'une fois, comme dans le chapitre V de la Sagesse, le caractère de la poésie lyrique. D'autre part, le psaume tend à devenir méditation didactique. Aussi, serait-il difficile de classer, dans l'un ou l'autre genre, plusieurs passages des livres sapientiaux et une partie considérable des psaumes.
Coïncidence digne d'être remarquée, il en est de même dans beaucoup de passages de Racine.
Le lyrisme est de tous les genres littéraires le plus conforme au génie des Hébreux. Il est vrai que ce n'est pas beaucoup dire : « La poésie lyrique, selon la remarque de M. Hippolyte Rigault, est comme le rendez- vous des esprits les plus opposés sur tous les points de l'espace. » Il serait cependant difficile de ne pas reconnaître au lyrisme deux caractères essentiels. « Ce genre littéraire, a écrit M. Théodore de Banville, explique ce qu'il y a en nous de surnaturel et ce qui
ceux de nos sentiments et de celles de nos pensées qui ne peuvent réellement être exprimés que par le chant, de telle sorte qu'un morceau de prose, dans lequel ces sentiments et ces pensées sont bien exprimés, fait penser à un chant ou semble la traduction de ce chanta » En d'autres termes,' la poésie lyrique est idéaliste. Autre mot vague mais suffisamment explicite, puisqu'il entre dans des définitions philosophiques. Aucune littérature ne s'est trouvée, autant que la littérature hébraïque, dans des conditions favorables pour se retremper aux sources de l'idéal. Israël vivait des plus beaux souveriîi's que le monde connaisse. Par une tradition directe et ininterrompue, il remontait jusqu'au berceau de toute poésie, l'Eden. Le déluge, la tour de Babel, les patriarches, la captivité d'Egypte, l'Exode, les temps héroïques des Juges, lui formaient un passé où le divin entrait pour une plus large part que l'humain. La législation détaillée de Moïse donnait à chaque acte de la vie individuelle une direction religieuse, et, si les Israélites, entraînés par leurs mauvais instincts, la violaient parfois, des hommes suscités de Dieu venaient leur rappeler la mission purement spirituelle de leur nation. Jamais classe d'hommes n'a mérité, autant que les prophètes, de représenter l'idéal au milieu des occupations prosaïques de la vie. « Voici, disait Bossuet du dernier d'entre eux, voici le prédicateur qui réclame votre audience; il a raison de dire, en se définissant lui-même, qu'il est une voix parce que tout parle en lui : sa vie, ses jeûnes, ses austérités, cette pâleur, cette sécheresse de son visage, l'horreur de ce cilice de poils de chameau qui couvre son corps et de cette ceinture de cuir qui serre ses reins, le désert affreux qu'il habite; tout parle, tout crie, tout est animé. A voir ce prédicateur si exténué, ce squelette, cet homme qui n'a pas de corps, dont le cri néanmoins est si perçant, on pourrait croire qu'en effet ce n'est qu'une voix... Mais au bruit de cette voix, le désert est ému, les villes sont troublées, les peuples tremblants, les provinces alarmées. » Si des hommes tels que le Précurseur sont poètes, dépasse nos appétits matériels et terrestres ; en un mot, de