Mon Dieu, quelle guerre cruelle
Je trouve deux hommes en moi :
L'un veut que, plein d'amour pour toi, Mon cœur te soit toujours fidèle; L'autre, à tes volontés rebelle,
Se révolte contre ta loi.
(Icviiil lui liiiic horreur. Quiiud on vin! annoncci- l;i mort de sou lils ji M"" (le; la Vallièrc, (hîvenuc so'ur Louise; de; lu Miséricorde : « Ce n'est pas sa mort que je dois pleurer, dit-elle, c'est sa naissance. » IN;isonne, cependant, ne s'est avisé de prétendre que M"'' d(; la V'nilièi'c n'avait |)as de cœur. Si les sentiments du courtisan n'étaient pas morts en Racine, du moins, ils étaient relégués dans la partie inférieure de l'âme. L'homme succonihait à la douleur d'une disgrâce, mais le chrétien racce[)lait volontiers et s'en réjouissait presque, comme il se résignait, avec calme, à la mort pourtant si redoutée.
Voilà, si je ne me trompe, l'explication de l'idéalisme de Racine. Ce qui dominait en lui, à la fin de sa vie, c'était le chrétien ou plutôt le mystique. Or, tous les mystiques sont poètes par nature. M""" Guyon passait plusieurs heures par jour à composer des poésies. Saint Thomas d'Aquin ', saint François d'Assise ^, saint Jean de la Croix ^, sainte Thérèse *, Fénelon ^ ont laissé des strophes admirables. C'est que dans l'âme de tout mystique une voix intérieure chante continuellement un cantique au Bien-Aimé ^ Racine — ne nous laissons pas hypnotiser par certains souvenirs biographiques — Racine était un mystique, et devait, par conséquent, un jour ou un autre, répandre en de beaux vers le plus pur et le meilleur de son âme. Il était idéaliste.
Il était aussi subjectif, et c'est pourquoi il a su mêler ses propres pensées aux discours de ses personnages. Souvent les jeunes filles du chœur interprètent sa piété à lui, Mardochée et Joad son prosélytisme. Tous les écrivains ont un faible pour les héros sortis de leur imagination. On dit que Balzac parlait des personnages de ses romans comme s'ils eussent réellement existé. Il prenait part à leurs peines, il s'inquiétait de leurs dettes, il les mariait, pour le mieux, et