La i'nère
1o2 LIVRE SECOND
altitude siipplde, d'une certaine façon, à l'absence de danse. Il n'est pas dit que Moïse lui-même ait dansé comme le fera plus tard David, mais le grandiose du cadre au centre duquel il chantait, est préférable à tous les mouvements qui ont pu être exécutés par le chœur sur le théâtre d'Athènes. Nous devons tenir compte, de la même manière, des dispositions scéniques que Racine a adoptées pour la prophétie. Des jeunes filles, deux enfants et leur mère, des lévites prêts à mourir pour leur cause, entourent le prophète, et cela dans le temple de Dieu, au-dessus duquel le Ciel va s'entr'ouvrir. Les jouissances déhcates entrent dans l'âme par tous les sens esthétiques à la fois, par les yeux aussi bien que par l'oreille. Les paroles elles-mêmes * sont, littérairement parlant, dignes de l'importance et de la solennité que leur a donnée, le poète. Elles traduisent d'une façon incomparable le début du Cantique de Moïse, le plus beau de tous peut-être. Racine a seulement ajouté ces trois mots « à nos cœurs », et il a rendu par une expression abstraite (la fraîcheur du matin), trois synonymes de Moïse :
Que ma parole tombe comme la rosée, Comme des ondées sur la verdure, Comme des iiouttes d"eau sur l'herbe.
La traduction, on le voit, est digne de l'original. « Or, comme (( parle Bossuet, si, en entendant hs autres prophètes, on croit « entendre des hommes inspirés de Dieu, c'est pour ainsi dire « Dieu même qu'on croit entendre dans la voix de Moïse. » En vérité, Racine nous a élevés du premier coup et comme naturellement à la hauteur de ce que l'humanité a chanté de plus beau en l'honneur de son Dieu. Les premières paroles de Joad renchérissent encore sur la solennité du prologue :
Cieux, écoutez ma voix ; terre, prête roreille;
Deux passages célèbres pourraient être rapprochés de ce vers : le deus, ecce deus delà sibylle virgilienne, et la fameuse invo-