‹ La bible dans RacineChapitre 93 sur 142 · LA P0I^:S1E · texte numérisé non relu

LA P0I^:S1E

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Le vers suivant ne iteiiuel pas d'en douter : '

Quel csL dans le lira sain! ce |toiilirr ('"^nr'^t]''.

L'Académie a l'ail, à propos do ce vers, des remarques auxquelles d'Alembert a répondu. Mais pourquoi d'Alembert n'at-il pas fait observer le mélange d'horreur et d'idéal tragique qui donne à ce vers un caractère à part? Ce prophète, ce prêtre aux fortes et exquises tendresses, aime par dessus tout, on pourrait dire qu'il aime uniquement, son Dieu, son temple et les deux enfants, espoir de ce temple. Voilà que le lieu saint lui apparaît souillé du sang d'un pontife, et — ses pressentiments ne sauraient le tromper — des deux aimables et purs enfants qu'il a sous les yeux, l'un sera la victime, et l'autre le bourreau.

Quel jour mùlé d'horreur vient éclau'er son urne!

Aussi l'horrible détail suffira ; il résumera, à lui seul, toutes les causes des malheurs qui vont fondre sur Jérusalem. Joad ajoutera seulement un mot sur les meurtres des prophètes et tout sera dit.

Cette sobriété a de quoi nous surprendre, car les prophètes ont longuement et magnifiquement décrit les fautes d'Israël. On connaît, au moins de réputation, le dessin célèbre de Rembrandt, les pèlerins d'Emmails. Les deux disciples, à table avec Jésus-Christ dans une maison pauvre, l'ont vu tout à coup disparaître de devant eux, et ils sont saisis d'une frayeur religieuse ; car, à la place où ils venaient d'entendre sa voix et de rompre le pain avec lui, ils voient trembler une lumière surnaturelle qui a remplacé le Dieu disparu. Dans la sobriété de Racine, il y a quelque chose du procédé génial de Rembrandt. N'oublions pas qu'il écrivait pour des lecteurs nourris de la sainte Ecriture. Les prédictions de Joad sont comme une sorte de mémento poétique, destiné a évoquer dans l'esprit des lecteurs et des auditeurs les plus grands souvenirs de l'histoire sacrée. Les quelques mots saccadés de Joad ont pour but

seulomont, de nous laisser cnlrevoir dans les tableaux d'Isaïo, d'Amos, d'Osée et de Jérémie la corruption d'Israël. L'impuissance môme du poète a contribud à la perfection de son œuvre.

Les crimes d'IsraCl indiqués, il ne restait plus (ju'à prédire leurs désastreuses conséquences. Joad le fait en termes très suggestifs :

De ton amour pour loi ton Dieu s'est dépouillé.

Les assistants sont atterrés. Un prêtre cependant trouve un cri pour son temple, et Josabeth, pour la race de David; le chœur tout entier fait entendre un appel h la miséricorde divine.

Cette intervention du chœur, si mal comprise, paraît-il, par les directeurs de la Comédie française, est absolument conforme aux données de la Bible. Quand Isaïe et Jérémie avaient suffisamment menacé le peuple au nom de Dieu, ils priaient Dieu au nom du peuple et ils mettaient ce dernier en scène.

« Je publierai les grâces de FÉternel, les louanges de FÉternel,

D'après tout ce que FÉternel a fait pour moi ;

Je dirai sa grande bonté envers la maison dTsraël,

Qu'il a traitée selon ses compassions et la richesse de son amour...

Nous sommes tous comme des impurs,

Et toute notre justice est comme un vêtement souillé;

Nous sommes tous flétris comme une feuille,

Et nos crimes nous emportent comme le vent

Regarde donc, nous sommes ton peuple '.

Mais, indépendamment de cette savante imitation de la Bible, la courte pièce du chœur a un mérite dramatique qui lui est propre. A propos de Jaies César, Villemain a félicité Shakespeare d'avoir su donner une àme à la foule. Il ne saurait être question de foule dans un drame aristocratique comme Athalie. Mais n'est-ce pas beaucoup d'avoir heureusement mêlé à un monologue lyrique l'élite du peuple juif et tout le corps sacerdotal'? Il est certain que la prière du chœur, si malencontreusement attribuée à Zacharie par les acteurs de la Comédie française, complète le drame.

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