Isaïe LXIII
LA l'OÉSIR l.)7
La aficondo jiarlin de In proplK'dit! dc^ .loiid nnilVriiK' im cliaiil d(< vicloirc. ^lonitiic la |)()('«si(^ eu osl IVaudic, l)(dl(! cL ^racicuscmciil Iriomiiliaiilc! I']II<m'iii|)I'iiiiI(! an ('(inlu/iic des Cantiques le inouvomciil du d(''l)iil, à V Apordh/psf (|ii('l(|ii('s |)i.vns(U's, à Isaïc |)r('S(|ii('. (oiilcs ses imaf^cs, son ('dan cl son uniplour lyn([uo. Mais cos soi/o v(ms fornicnl un clianl orij^inal, complot, huiiiionicnix', id. dont il est impossible do rion dotachor. (lopondanl, ([uol(|uos réminiscences de ce qui est étranger à Isa'ù^ lVa|)peut (;à et là, La « mar(|ue immortelle », Uaeiue Ta prisi^ au IVont des élus apocalyj)rK[U(!s; mais elle brille aussi sur le front do Moïse. Les rois qui baisent la poussi(>re l'ont |)euser à un passage des Psatinics et de Jérémie, et un peu aussi aux Uois Mages venus do rOriont pour baiser les pieds du Sauveur. Quant aux peuples marchant à la lumière de l'Kgliso, le poète en a trouvé l'idée dans Y Apocalypse ; mais 1-0 passage pourrait bien n'être, à son tour, qu'une imitation d'Isaïe,
J'en viens maintenant à ce qui est la suprême originalité delà prophétie do Joad, le parallélisme. Chez les Hébreux, le parallélisme est une sorte de rimo de la pensée, une symétrie de l'idée exprimée ordinairement deux fois, ou quelquefois trois, en termes différents. Tel est par exemple le psaume CIV :
Il prend les nuées pour son char,
11 s'avance sur l'aile des vents, '
Il fait des vents ses messagers.
Des flammes de feu ses sei'viteurs,
Il a élabli la terre sur ses fondements.
Elle ne sera jamais ébranlée.
« Selon M. Réville, la forme balancée du parallélisme se ratce tache originairement à une mimique, ou plutôt à une sorte « de danse dont les mouvements, combinés deux par deux, « appelaient, en quelque sorte, le redoublement de la pensée. » Quelques exégètes l'ont comparé au balancement de la fronde, d'autres enlin au mouvement du balancier. Quoi qu'il en soit, personne ne conteste aujourd'hui l'existence ni l'importance capitale du parallélisme dans la poésie hébraïque. Mais, au temps de Racine, il était encore inconnu. Ce n'est qu'en ■1733 que le savant Lowth découvrit le parallélisme et expli-
qua sa nature. Racine, sans en connaître les règles, l'avait déjà mis en pratique.
Les deux hémistiches du premier vers de la prophétie de Joad se font pendant, comme d'ailleurs dans Moïse et dans Isaïe :
Cieux, écoutez ma voix, | teri'C, prête l'oreille.
C'est la forme la plus simple du parallélisme synonymique. Au contraire, le second vers tout entier correspond au troisième vers pris dans son ensemble :
Ne dis plus, ô Jacob, que ton Seigneur sommeille, Pécheurs, disparaissez : le Seigneur se réveille.
Une idée supplémentaire (Pécheurs, disparaissez) vient s'ajouter à l'idée générale répétée dans les deux vers. Mais ces sortes d'insertions constituaient une des règles de la versification hébraïque. Le parallélisme, dit M. l'abbé Yigouroux, est souvent rompu par l'emploi des diverses figures de l'inversion, de l'interrogation, de l'exclamation, de l'allégorie. Et, comme exemple, le savant professeur de Saint-Sulpice cite le début du psaume VI% 4.
Mon âme est troublée beaucoup Et toi, Jéhovah, jusques à quand?
Dans le quatrième vers de la prophétie de Joad, comme dans le premier, les deux hémistiches forment parallélisme, mais au lieu de développer la môme pensée, ils s'opposent.
Comment en un plomb vil | Tor pur s"est-il changé?
La Bible elle-même n'offre pas de plus bel exemple du parallélisme antithétique. La phrase de Jérémie, dont il est la traduction, n'a ni cette netteté ni cette énergie. Ce n'est pas tout : ce même vers, dont les hémistiches forment chacun un rythme complet, se combine à son tour avec le vers suivant, et de cette combinaison résulte un nouveau parallélisme, mais cette fois synonymique. Je ne veux pas dire qu'il n'y ait entre eux aucune différence de sens ; mais le second vers, enveloppe complète, explique le premier.
Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé ? Si Joad s'en tenait là, nous ne serions pas sûrs de bien comprendre ;
LA l'OÉSIR 1.)'.)
mais diiH qu'il ajoulo : Quel est dans lo liou sainl en pontilV; oj>org('? un rapporl s'i'liihlit owivc les deux vi'is cl la Inniicnî 9>{\ lait. Des cas sc!niljlaJ)l(!S se pn'scMilcut IVécjuiîmuicnt diins la IMblc. Il y a alors, comme disent les oxdgètes, gradation dans la pensée, «juoiqu'elle reste subslantielloment la môme, dans l(»s doux menihies.
La proplu'lio de .load ollVe encore plusieurs cas de parallélisme, surtout dans sa première partie. Il apparaît très nellement caractérisé dans ([ualre vers au moins. Je me contenle de les citer, en donnant, au fur et à mesure, les explications nécessaires ' :
Do ton amour pour loi Ion Dieu s"est dépouiik;, ) parallélisme Ton encens à ses yeux est un encens souillé, ^synonymiquo
Les prêtres sont captifs, les rois sont rejetés.
(parallélisme synthétique qui consiste dans une ressemblance de construction ou de mesure : non seulement les mots correspondent aux mots et le membre de phrase au membre de phrase comme équivalent par le sens, mais la tournure et la forme sont identiques, le sujet répond au sujet, le verbe au verbe, Tadjectif à radjectif et la mesure reste la môme.) Ex.:
La loi de Jéhovah est fidèle •
Recréant Tame Le précepte de Jéhovah est fidèle Instruisant le simple.
Temple, renverse-toi, | Cèdres,jetez des flammes, (synonymique)
Cieux, répandez votre rosée )
p, , . f . a } svnonvmique encore.
Et que la terre enfante son Sauveur ] " - i
Le parallélisme hébreu ajoute-t-il à la versification de Racine une grande beauté ou tout simplement un ornement puéril? Cette dernière opinion pourrait trouver des adhérents, puisque Herder s'est donné la peine d'en réfuter le principe dans son fameux traité sur la poésie hébraïque. Mais elle repose sur une observation superficielle.
1. Le dialogue du chœur qui suit la prophétie est écrit dans lo style parallélique.
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Au fond, si l'on veut bien s'en rendre compte, le parallélisme hébreu est dans la nature des choses. On a remarqué que la répétition d'une môme syllabe forme comme la base du vocabulaire enfantin. Papa, maman, joujou, bonbon, etc. La littérature des Hébreux, littérature primitive par excellence, a fait de la répétition de la pensée la base de sa versification. Et de môme que les vieillards se rencontrent avec les petits enfants, de môme les époques avancées reviennent naturellement à ce procédé, ou du moins, h quelque chose de ce procédé primitif. L'antithèse n'est qu'une forme du parallélisme; elle gâte, il est vrai, beaucoup de pensées et de sentiments ; mais il faut bien qu'elle représente un de ces rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses, pour jouer un si grand rôle dans l'histoire de l'esprit humain. D'ailleurs elle n'attend pas toujours les époques de dédadence pour s'introduire dans les littératures. Même aux grands siècles, elle donne souvent de la force au mot saillant d'une phrase, au mot de la fin. Quand Bossuet veut frapper un grand coup, il dit : « Et pour ne vouloir pas croire à d'incompréhensibles (( mystères, ils suivent, l'une après l'autre, d'incompréhensi- « blés erreurs. » Corneille doit ses plus beaux effets poétiques à des antithèses lesquelles ressemblent fort au parallélisme hébreu :
Où le conduisez-vous"?
A la mort. | A la gloire.
Étrange aveuglement. | Éternelles clartés. Vous préférez la mort cà Tamour de Pauline, Vous préférez le monde à la bonté divine, etc.
Hugo excelle dans ces sortes de parallèles :
Quand elle me disait : mon père ; Tout mon cœur s'écriait : mon Dieu. 0 vierges du Zénith, nuées, 0 doux enfants de l'air, oiseaux, Blancheurs par Taube saluées Que contemple Fœil bleu des eaux, Vous que la rosée en ses ombres Abreuve ou crée avec ses pleurs, Oiseaux qui sortez des nids sombres Nuages qui sortez des fleurs...
LA l'OKSIK H)l
Vous |>(tui' i|iii lu |)i<'U rcdoulû Kil (-(•(, aliiiiic, la ItiiiiiÏM'f, Kl c»'U(! iiili-, la JilxMlt'.
Dans Hiiciiu', l(> |).irall(îlismo osl une vurilé <l(^ plii'^ (|iii vient s'ajouler aux autros gonres do vi'rités dont il a clo (|u('slion plus haut. Mais ('ll(^ ollVc un cliarmo tout parliculicr |)()Ui' coux-là ([iii |)('uv('ul Tapprécior, c'cst-à-diro (|ui savent lire ilaus le loxto hc^brou. Une première lecture de la Jiibin liébraïque cause une certaine décei)tion. Cette; lan^^ie est si disloquée, si rudimenlaire; celte versilication est si monotone ! IJiontùl cependant, on comprend mieux, et on se rend compte de cotte réflexion de Ilorder : « Tout dans la langue hébraùjue « nous crie : u Je vis, je me meus, j'agis. Je n'ai pas été créée « par le penseur abstrait, par le pbilosophe profond, mais par « les sens, les passions, je conviens aux poètes, car je suis « la poésie, » Mais, pour sentir une poésie et une langue éloignée do nous, il faut un etïbrt. Une traduction littérale ellcmôme no se fait pas goûter du premier coup. Prenez, par exemple, dans Isaïe, le passage correspondant à la seconde partie de la prophétie de Joad :
Lève-toi, sois éclairée, car la lumière arrive,
Et la gloire de rÉternel se lève sur toi.
Voici, les ténèbres couvrent la terre,
Et Tobscurité, les peuples;
Mais sur toi TÉternel se lève,
Sur toi la gloire apparaît.
Des nations marchent à ta lumière,
Et des rois à la clarté de tes rayons.
Porte tes yeux alentour, et regarde ;
Tous ils s'assemblent; ils viennent vers toi;
Qui sont ceux qui volent comme des nuées i?
Il y a là une ampleur et une hauteur d'idées, un luxe d'images, et une vie que nous chercherions en vain dans Racine. Mais peut-être sentons-nous plus vite, et avec un plaisir plus pur, le charme des paroles de Joad. Ces souvenirs de l'Orient, affaiblis mais fidèles, nous arrivent à l'àme, bercés par un