‹ La bible dans RacineChapitre 95 sur 142 · Isaïc, Lx · texte numérisé non relu

Isaïc, Lx

double rylhmo et nous procurent un des plaisirs littéraires les plus délicats qu'on puisse imaginer.

Plusieurs écrivains de génie, avant ou après Racine, ont essayé comme lui, do rendre la majestueuse poésie du grand prophète hébreu. Leur choix s'est porté à peu près sur les mômes passages. Pascal a traduit, d'après la Yulgale, le chapitre XLIX" M\I. Havet loue dans cette traduction la largeur do la phrase, la plénitude de l'expression et la liberté du mouvement. Ces qualités sont réelles. Mais M. Havet ne nous parle ni de l'exactitude ni de la physionomie hébraïque du discours ^ et pour cause. Pascal arrondit la phrase hébraïque, ce qui dans une traduction littérale est une faute, mais il a le tort plus grave, ou plutôt le malheur, do mutiler déplorablement les images et même de les supprimer. Il fait dire à Isaïe : « Le « Seigneur m'a appelé, par mon nom, dès le ventre de ma « mère, il me protège sous l'ombre de sa main. 11 a mis mes « paroles comme un glaive aigu et m'a dit : Ta es mon servi- « leur; c'est par toi que je ferai paraître ma gloire. » Or, nous lisons dans le texte hébreu.

Le Seigneur m'a appelé dès ma naissance,

Il m'a nommé dès la sortie des entrailles maternelles.

II a rendu ma bouche semblable à un glaive tranchant,

Il m'a couvert de l'ombre de sa main;

Il a fait de moi une flèche aiguë,

Il m'a caché dans son carquois.

Et il m'a dit : Tu es mon serviteur.

Enfm, Pascal fidèle à ses habitudes géométriques a voulu mettre do la logique dans sa traduction. Il a rattaché, avec force, chaque pensée, à la pensée précédente.

Rien n'est moins lyrique ni moins hébraïque. Chez les poètes de l'Ancien Testament, les discours procèdent par voie de juxtaposition continue, des idées se succèdent comme des nuées poussées par un vent régulier, conservant leur distance, ne cherchant pas à se grouper pour faire masse au tableau. Chacune se présente à son tour, à son rang, sans que

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