‹ La bible dans RacineChapitre 96 sur 142 · Plusieurs vers de Joad sont empruntes à ce chapitre · texte numérisé non relu

Plusieurs vers de Joad sont empruntes à ce chapitre

2. M. Havet cependant paraît croire à cette exactitude. « La traduction, ditil, ne cesse pas d'être bibUque. »

LA poi^;siR Wi'A

rc'crivain on l'oraloiir ('prouve le hcsoiii dy Miar(|ii('r des raj)- |)(trls (le (lépcndaiicc on de |trinuiiil(' (AII)('rL U(';villej, l'asciil (|iii ne coniuiissiiil |ias ce procéda, on a pris (ixuclomcnt le coiitrc-piod, et celle l'iiule conlriislc avec riiabileté de Racine. Cherchez dans hi prophélie de Joad des liaisons ^M'amnialicales ou lo}i;i([ues : il n'y en a pas. Jamais ringéni(;us(} comparaison de M. Uéville n'a trouvé une plus exacte application. Les id(^es de .load s'avancent poussées, comme pai- un vent régulier ; seuiemenl, sans chercher ù, se grouper, elles forment un seul tableau par leur juxtaposition naturelle.

Fénelon aussi a voulu traduire Isaïe *. Mais le croirait-on? Cet écrivain si habile qui s'appropriait, avec tant de tact, les images d'IIomùre, n'a pas su tirer ])rolit des images de la Jîible. Pour se draper dans le manteau d'Isaïe, Mentor a demandé conseil à Isocrate. La critique s'est montrée si cruelle envers Fénelon qu'il en coûte de venir, après tant d'autres, toucher aux points faibles de ce divin génie. Mais enfin, il faut bien le reconnaître, la rhétorique fait à peu près tous les frais, dans cet exorde trop vanté du discours sur l'Epiphanie. Il y a des hypolyposes, des antithèses et des apostrophes à la façon de Fléchier : « Je vois les peuples, je vois les princes qui adorent « dans la suite des siècles Celui que les Mages viennent adorer « aujourd'hui. Nations de l'Orient, vous y viendrez à votre « tour. »

Un seul écrivain a su nous donner le grand spectacle de l'Eglise chrétienne figuré dans les anciens Israélites. C'est Bossuet, dans l'exorde de son fameux sermon sur l'unité de l'Eglise. Mais comme il s'est inspiré de Balaam et non d'Isaïe, une comparaison avec la prophétie de Joad est impossible. Si toutefois on veut se faire une idée d'ensemble par la lecture parallèle des deux morceaux, on constatera que l'épreuve n'a rien de défavorable pour Racine.

Nous avons défini la poésie lyrique une poésie idéaliste et subjective. Cette définition, si elle convient de tous points à la plupart des modernes et aux prophètes hébreux, devient

l. Sermon sur l'Epiphanie.

16i LIVRE SECOND

insuffisante, dès qu'il s'agit do. l'antiquitd profane. Chez les Grecs, le lyrisme est l'expression large, puissante, de sentiments très-gdnéreux. Ce n'est pas l'individu qui parle et chante en cette langue ; c'est la religion, la morale éternelle, la piété, l'humanité, la patrie (Faguet), Racine s'est souvenu de ses premiers modèles classiques en composant Esther et Athalie, et, à leur exemple, il a introduit le chœur dans le drame. Cependant, il y a, entre les Grecs et lui, une difTérence profonde . A la vérité , les j eunes filles du chœur expriment les sentiments du peuple hébreu, ou du monde chrétien. Mais leur piété est empreinte d'un fort caractère d'individualité : cela tient à l'influence prépondérante des psaumes. Avant toute chose, il importe de bien déterminer la nature de cette influence.

Le psaume, en hébreu Mizmor, est, à proprement parler, une composition rythmique destinée à être chantée avec accompagnement d'instruments de musique et en particulier du Kinnor. Mais le plus souvent on comprend sous ce nom tous les genres de cantiques appelés Tliéhélim (louanges). Depuis les origines les plus reculées, jusqu'aux derniers temps de la vie nationale d'Israël, le chant des psaumes a constitué la cérémonie, non pas la plus importante, mais la plus populaire de la religion. Il n'occupait pas moins de quatre mille lévites. Par un appareil si magnifique, dit Lowth, nous pouvons conjecturer quelle était la noblesse et la majesté du lyrisme hébreu.

Les psaumes expriment ce qu'il y avait de plus intime et de plus profond dans l'âme des anciens hébreux. Leurs aspirations religieuses^ leurs espérances, leur amour et leur haine revivent dans ces admirables poésies. Mais, en même temps qu'à leurs propres sentiments, les psalmistes donnent une forme impérissable aux sentiments de tout le genre humain. Aucun livre n'a jamais été et ne sera aussi populaire que le psautier ^

1. « Les chants de David, a dit de Maistre, participent de lÉternité ; les accents enflammés de sa lyre divine retentissent encore, après tant de siècles, dans tout lunivcrs. La synagogue conserva les psaumes, l'église se hâta de les adopter; la poésie de toutes les nations chrétiennes s'en est emparée, et, depuis plus de trois siècles, le soleil ne cesse d'éclairer quelque temple dont les voûtes retentissent de ces hymnes sacrés. On les chante à Rome, à Genève, k Madrid, à Londres, à Québec, à Quito, à Moscou, à Pékin, à Botany-Bey. On les murmure au Japon » (Soirées de Saint-Pétersbourg ):

Page 1