ESAIE
Le prophète Ésaïe, auquel nous conduit maintenant Tordre chronologique que nous nous sommes proposé de suivre, occupe la première place entre tous, si ce n'est dans la Bible elle-même (car chez les Grecs il occupe la treizième, et l'Occident seul lui a assigné la première), du moins dans l'estime des théologiens chrétiens. Ce jugement, nous pourrons dire cette prédilection, se justifie encore aujourd'hui par les mérites littéraires qui distinguent ses écrits ; mais il se fondait essentiellement sur les rapports plus fréquents, plus directs, plus significatifs que les docteurs de l'Église, dès le siècle apostolique, ont trouvés entre ses textes et les faits ou les dogmes de l'Évangile. On peut affirmer, sans craindre de se tromper, que ces textes, ou l'interprétation traditionnelle qui en était donnée, n'ont pas peu contribué à former, soit les conceptions théologiques elles-mêmes, soit la terminologie adoptée dans les écoles. Sans entrer ici prématurément dans l'examen de la justesse de ce point de vue ou de ces interprétations, nous devons dire dès à présent que la réputation faite à Ésaïe comme au prophète évangélique par excellence, repose en partie sur une méprise, en ce qu'elle se fonde à plusieurs égards sur des textes dont il n'est pas l'auteur. Carie livre qui, dans nos bibles, porte son nom, se compose d'éléments très-divers et qu'une critique, dont les résultats sont désormais incontestables, sépare aujourd'hui soigneusement les
198 ésAiE.
uns des autres, comme ils l'avaient été dans l'origine. Nous ne nous occuperons ici que de la première partie de ce livre, qui comprend les trente -neuf premiers chapitres de la division actuelle, et qui se fait aisément reconnaître comme une collection formée, coordonnée et close à une certaine époque, munie de son titre général, et terminée par une notice historique que l'éditeur y a jointe, comme cela a été fait aussi pour le livre de Jérémie. Tout ce qui se lit aujourd'hui après le trente-neuvième chapitre est étranger à cette collection et appartient à un autre auteur et à un autre siècle.
Nous savons fort peu de chose sur le compte du prophète Ésaïe (en hébreu les'a yahou, c'est-à-dire Jéhova sauve, ou salut de Jéhova). Son père s'appelait Amoç, mais ce nom s'écrit tout autrement que celui du prophète 'Amos, avec lequel on n'a pu le confondre que parce qu'on ignorait l'orthographe hébraïque. Il vivait à Jérusalem (chap. VII, 3; XXII, 1), dans une position très-honorable à ce qu'il paraît; il avait accès auprès du roi Ahaz, et entretenait des rapports plus intimes encore avec son fils Ézéchias (Hizqiyah), dont il paraît avoir été le médecin (chap. XXXVIII, 21). Ce détail n'a rien d'étrange : le^ connaissances médicales, certainement assez peu étendues encore à cette époque, peuvent très-bien avoir été conservées et transmises dans les écoles des prophètes. On s'accorde à dire qu'il était marié et père de plusieurs fils. La chose est des plus probables et en même temps des plus indifférentes ; mais en tant qu'on la déduit de ce qui est relaté dans les chap. VII et VIII, il faut convenir que le fait repose sur un fondement assez peu solide. Car il serait toujours possible que dans cet endroit nous eussions simplement affaire à une allégorie, à une forme symbolique du discours, comme cela s'est vu aussi au premier et au troisième chapitre du prophète Osée , où aucun interprète sensé et indépendant des préjugés traditionnels ne s'en tient plus à la lettre.
Quant à la chronologie et à la durée de son ministère, nous savons qu'il en rattache lui-même le commencement à Tannée de la mort du roi 'Ouzziyah, du grand -père d'Ahaz (759 av. J.-G. ?), et les allusions positives aux événements contemporains, contenues dans ses écrits, nous conduisent au moins jusqu'à l'année 713 (chap. XXXVIII, 5), d'aprèsf les calculs adoptés jusqu'ici par la généralité des commentateurs. Ce dernier chiffre pourrait cependant être légèrement modifié, ou plutôt précisé, par
suite des importantes découvertes qu'on est en train de faire, aujourd'hui môme, dans les inscriptions cunéiformes des anciens rois assyriens. La légende le fait vivre bien au-delà de l'époque indiquée. Elle prétend qu'il a survécu à Hizqiyah, qu'il a encore vu la réaction polythéiste accomplie sous son successeur Menass'eh, et qu'il a même péri victime de la persécution autorisée ou organisée par ce roi contre les fidèles adorateurs de Jéhova. Cette légende se trouve dans le Talmud et chez les Rabbins ; les Pères l'ont reproduite ; ils ajoutent même que le prophète eut le corps scié en deux, et c'est à cela que paraît déjà avoir fait allusion l'auteur de l'épître aux Hébreux (chap. XI, 37), quand il parle de ce genre de supplice. Quelle que soit la valeur de cette tradition, elle prouve en tout cas l'intérêt particulier que la postérité portait à ce prophète.
Outre le recueil dont nous aurons à nous occuper ici, l'auteur du livre des Chroniques paraît lui attribuer deux ouvrages d'un autre genre. Il aurait écrit une histoire du roi 'Ouzziyah, et une autre du roi Ilizqiyah (2 Chron. XXVI, 22; XXXII, 32). Nous avouons que cette notice nous semble fort sujette à caution. Du moins, relativement à la seconde de ces pièces, il est dit qu'on la trouve dans la Vision du prophète, c'est-à-dire précisément dans le livre de ses prophéties qui a conservé ce titre jusqu'à nos jours (Es. I, 1). En eflTet, nous y trouvons plusieurs chapitres (XXXVI -XXXIX), dont il sera plus spécialement question ci-après, et qui renferment des détails sur le règne de Hizqiyah, et il nous semble que c'est bien ce morceau que le rédacteur des Chroniques pourrait avoir eu en vue. Quant à l'autre biographie, il nous est impossible de vérifier son assertion.
Cependant les doutes que celle-ci peut provoquer, ou si l'on veut, la perte des ouvrages qu'elle mentionne, ne priveront pas Ésaïe de l'honneur de compter parmi les sources de l'histoire des rois d'Israël. Dans aucun autre* prophète, si ce n'est dans Jérémie, on ne trouve autant de données intéressantes sur les événements contemporains, et cela non pas seulement dans des allusions plus ou moins obscures et énigmatiques, comme c'est le cas ailleurs, mais en forme d'allégations directes et même de narrations. Ces données portent sur divers faits importants des règnes d'Ahaz et de son fils, à partir de l'an 740, (?) si bien qu'on peut être amené à penser que les documents écrits, qui nous restent de l'auteur, se rapportent tous à cette même période, sans que nous ayons
200 ésAiE.
besoin de remonter de vingt ans pour expliquer ceux de ses discours qui ne portent pas le cachet d'une date précise. S'il a réellement inauguré son ministère prophétique dès Tannée de la mort du grand-père d'Ahaz, son activité doit s'être longtemps bornée à l'enseignement oral, sans qu'il ait éprouvé le besoin d'en conserver le souvenir par une rédaction postérieure.
Ésaïe a été témoin oculaire de plusieurs des catastrophes formidables qui ont préparé et en partie consommé la ruine politique du peuple Israélite. L'alliance des Syriens et des Éphraïmites conjurés contre le royaume de Juda ; le danger imminent d'un siège de Jérusalem évité au prix d'un traité onéreux avec l'empire assyrien ; les premières invasions des conquérants de Ninive sur le territoire de Canaan, accompagnées de toutes les horreurs du pillage et de la dévastation ; la ruine successive des royaumes de Damas et de Samarie ; les expéditions de Salmanassar, de Sargon et de Sanhérib contre l'Egypte , lesquelles ne manquaient pas de compromettre l'existence même de la dynastie des Isaïdes ; la sommation faite à Jérusalem par le dernier de ces rois ; le salut de la ville dû, non point à la valeur de ses citoyens ou à la diplomatie de ses hommes d'État, mais uniquement à un concours de circonstances extraordinaires et presque miraculeuses, mais qui ne pouvaient rassurer les esprits clairvoyants sur les mauvaises chances de Tavenir, — tel est l'horizon politique dont les sombres teintes se reflètent dans les pages éloquentes du fils d'Amoç.
Son livre (chap. I - XXXIX) se décompose facilement et naturellement en plusieurs parties qu'il sera utile de considérer chacune à part.
Il y a d'abord une suite de sept morceaux compris dans les douze premiers chapitres. La distinction ou délimitation de ces sept morceaux est la chose la plus aisée du monde, et pourtant elle est manquée ou masquée en plusieurs endroits dans nos éditions usuelles, qui s'obstinent à conserver les malencontreuses coupes faites au treizième siècle, de manière à rendre l'intelligence des textes on ne peut plus difficile pour le lecteur ordinaire. Voici provisoirement l'énumération de ces divers morceaux : P Chap. I. — 2^ Chap. II - IV. — 3^ Chap. V. — 4*^ Chap. VI. — 5« Chap. VII, 1-IX, 6. — 6« Chap. IX, 7- X, 4. — 7^ Chap. X, 5 -XII, 6. Notre commentaire en résumera le contenu. Nous nous bornerons ici à quelques observations plus générales. Si ces
morceaux ne se ressemblent guère pour la forme, on peut dire pourtant qu'il y a au fond une certaine unité de tendance et que le cadre des idées est partout le même. Partout l'objectif du prophète est l'état moral et religieux de ses concitoyens, auxquels il adresse des reproches vifs et amers au sujet de leur manque de foi et de leur corruption ; il trouve à châtier tour à tour Tidolâtric polythéiste et un culte du Dieu national réduit à* de stériles cérémonies, ainsi qu'un ordre social troublé d'un côté par une mauvaise administration de la justice, de l'autre, par la fausse et faible politique du gouvernement. Les menaces qui pronostiquent les effets du courroux céleste alternent avec les descriptions pittoresques des calamités déjà éprouvées. Ailleurs, le prophète vieillissant et découragé jette un regard plein de tristesse sur sa longue carrière et ses efforts infructueux, et représente le sentiment qui l'anime en cette heure douloureuse sous la forme spirituellement symbolique d'une mission, qui lui aurait été donnée au début, de provoquer lui-même l'impénitence universelle. Malgré tout cela, ici comme partout, il s'attache, il se cramponne à cette indestructible espérance d'un meilleur avenir, que nous voyons partagée par tous les prophètes hébreux; et aux tableaux de la désolation présente ou des catastrophes futures, il se joint, souvent sans transition aucune, la brillante perspective du bonheur réservé à une génération purifiée par un cruel triage, sous le sceptre d'un roi à la fois victorieux et pacifique, faisant prévaloir la justice et la piété, et doté lui-même de toutes les grâces de l'esprit de Dieu. L'amour de la nation et du sol natal prévaut sur la sainte colère, et ime confiance illimitée dans les promesses de Jéhova fait taire finalement les cris d'indignation du prédicateur et les cuisants soucis du patriote.
Plusieurs de ces morceaux sont écrits dans un style oratoire très-distingué, et même, si notre ignorance de l'antique prononciation ne nous trompe pas , dans des formes rhythmiques et cadencées comme on les rencontre rarement ailleurs. Cependant ceci n'est pas le cas partout, et si le langage est toujours noble et imagé, l'orateur ne se préoccupe pas régulièrement de la symétrie des membres de ses phrases ; il n'évite pas toujours une certaine dureté dans leur facture syntactique, et se rapproche quelquefois de la prose, sans s'élever jamais jusqu'à l'élégance parfaite de la poésie. Une seule fois on rencontre un morceau rédigé en strophes régulières et terminées chacune par im même refrain :
202 ÉSAIE.
mais ce n'est pas précisément le plus beau de tous. Ajoutons encore qu'Esaïe affectionne les jeux de mots (assonances, paronomasies), comme nous le voyons aussi chez plusieurs de ses collègues, ce qui, à notre gré, n'est pas Tornement le plus gracieux du style. D'autres morceaux ont la forme d'une narration, ou plutôt celle-ci sert de cadre aux discours : tantôt alors c'est une parabole destinée à peindre la condition morale du peuple, et formant ainsi une espèce de texte pour l'instruction homilétique qui suit ; tantôt c'est un acte symbolique accompli en présence du public, pour graver plus profondément dans les esprits les paroles qui vont le commenter ; tantôt, enfin, c'est le simple récit des circonstances au milieu desquelles l'organe d'une volonté supérieure a fait entendre ses conseils. Ce qui, dans ces moyens de communication et d'enseignement, nous est devenu étranger, a souvent donné lieu à des méprises ; mais pour qui sait se reporter aux usages, soit du temps, soit de la littérature prophétique, les difficultés ne sont pas insurmontables. Le préjugé seul entrave l'intelligence.
Les sept pièces dont nous venons de parler paraissent avoir formé dans l'origine un recueil particulier et existant isolément. Du moins, le chap. XIII est précédé d'une nouvelle suscription. Si cette conjecture devait être admise, on pourrait aller plus loin et supposer que ce fut l'auteur lui-même qui les réunit et les publia comme son œuvre. Il est vrai que cette hypothèse ne saurait se démontrer ; cependant on peut faire valoir en sa faveur d'autres arguments encore. D'abord il est important de constater que pas une seule des pièces en question ne soulève le moindre doute relativement à son authenticité, ce qui n'est pas le cas, tant s'en faut, à l'égard de l'autre collection de morceaux et de fragments dont nous allons parler tout à l'heure. Ensuite il faut remarquer que la série chronologiqpie de la première s'arrête en deçà du terme de l'activité prophétique d'Ésaïe, dont nous possédons d'autres discours appartenant à une époque tant soit peu plus récente, et au sujet descjuels il serait bien difficile de dire pourquoi ils n'auraient pas été placés par l'auteur dans le voisinage immédiat de ceux dont ils forment la suite au point de vue de l'histoire. S'il fallait reculer la rédaction du premier recueil à une époque postérieure à la mort de l'auteur (comme c'est de toute nécessité le cas pour le second), la présomption en faveur de l'authenticité d'un grand nombre de morceaux compris dans
celui-ci serait bien moins fondée; car on ne comprendrait pas alors pourquoi ces morceaux n'ont pas été recueillis par le premier collecteur, et l'on pourrait toujours se demander quels motifs suffisants le second pouvait avoir d'attribuer à Ésaïe des textes non connus de son devancier ou non reçus par lui. Ce doute n'existe pas avec notre hypothèse.
Nous admettrions cependant qu'on fît à celle-ci une légère modification. On a fait remarquer que la seconde pièce du premier recueil est également précédée d'une inscription, dont on ne s'explique pas trop bien la présence après celle qui est en tête du livre. Or, ce second discours débute par quelques lignes empruntées à un prophète plus ancien (voir le commentaire), et commentées par notre auteur, absolument comme nous en agissons aujourd'hui encore dans, nos sermons à l'égard des textes bibliques. Par ces deux raisons, sans doute assez précaires en apparence, on pourrait être amené à penser qu'à un moment donné, c'est par cette page que commençait le recueil, et que le premier chapitre n'y aurait été ajouté qu'après coup, soit par Ésaïe lui-même, soit par une autre main, sans que nous voulions dire que de cette dernière supposition on puisse inférer quoi que ce soit contre son authenticité.
Le second recueil (chap. XIII -XXXV), dont nous venons de parler par anticipation à plusieurs reprises, présente des phénomènes très-curieux et qui ne se reproduisent pas ailleurs , du moins pas dans la même proportion, tant s'en faut. Passons d'abord en revue les éléments dont il se compose et examinons ensuite sa valeur historique et littéraire. Nous pourrons, nous devrons même le subdiviser en deux sections. La première contient une série de pièces (14), la plupart assez courtes, et s'occupant toutes, à une ou deux exceptions près, des griefs des Hébreux contre les peuples voisins, que le prophète menace de la vindicte du Dieu d'Israël (chap. XIII- XXIII). La plupart de ces pièces portent des titres spéciaux, dont quelques-uns assez singuliers. Comme les livres de Jérémie et d'Ézéchiel sont arrangés absolument de la même manière et qu'une place à part y est réservée aux discours adressés aux nations étrangères, nous devons penser que c'est à dessein que cette disposition a été introduite ici, si l'on ne veut pas aller jusqu'à dire qu'une même main a opéré dans les trois ouvrages. Après ce groupe, il y en a un second (chap. XXIV - XXXV)-, que nous pourrons peut-être
204 ÉSAIB.
regarder, en nous mettant au point de vue du rédacteur, comine une espèce de supplément au corps entier des prophéties d'Ésaïe. On y distingue très-nettement trois parties qui n'ont rien de commun entre elles, les chap. XXIV à XXVII, les chap, XXVIII à XXXIII et les chap. XXXIV et XXXV.
Enfin, le second recueil , ou si Ton veut, le livre entier, se termine par l'appendice historique (chap. XXXVI à XXXIX) dont il a déjà été question plus haut, et dans lequel est inséré entre autres une poésie du roi Hizqiyah et un nouveau discours d'Ésaïe. Cet appendice, ajouté par le dernier rédacteur du volume entier, était certainement destiné à clore l'ouvrage et il ne peut y avoir le moindre doute sur ce que la personne qui l'y a joint avait devant elle toutes les parties précédemment décrites (chap. I à XXXV) et désormais indissolublement liées entre elles, mais non les chapitres suivants qui forment aujourd'hui la dernière partie du livre d'Ésaïe. C'est à ce même rédacteur définitif que nous attribuons aussi l'inscription placée aujourd'hui en tête du volume (chap. I, 1) et qui évidemment ne se rapporte pas au premier chapitre tout seul.
La première chose à examiner sera donc la question de savoir quand cette rédaction définitive peut avoir été faite. Ce sera le point de départ pour des investigations ultérieures plus importantes. Or, voici quelques faits qui détermineront notre jugement: P L'appendice raconte la mort de Sanhérib, assassiné par ses propres fils (chap. XXXVII, 38). Par les textes assyriens, aujourd'hui déchiffrés, nous savons que la mort de ce roi a été de beaucoup postérieure à celle du roi Hizqiyah, et peut être reculée de vingt ans au moins au-delà de l'époque des dernières traces positives de l'existence d'Ésaïe. 2** Différents faits rapportés par l'auteur ne trahissent pas un témoin oculaire, notamment ce qui est dit du miracle du cadran (chap. XXXVIII, 8) et de la déroute des Assyriens (chap. XXXVII, 36). 3*" Certaines prédictions très-positives et spéciales semblent calquées sur les événements accomplis (chap. XXXVII, 7; XXXVIII, 5; XXXIX, 5 s.). 4^ La plus grande partie de cette relation se retrouve littéralement, et avec des variantes généralement peu essentielles, dans le second livre des Rois (XVIII, 13 -XX, 19), et une collation minutieuse des deux textes, en vue de ces variantes, fait voir que celui du livre des Rois est plus exact et porte le cachet de la plus grande originalité. Nous sommes ainsi conduits à penser
que le rédacteur a puisé directement dans le livre des Rois, ou plutôt qu'il en a tout simplement extrait ce qui pouvait se rapporter à Thistoire d'Ésaïe. A la rigueur, on pourrait supposer que les deux auteurs ont puisé dans un ouvrage plus ancien, de sorte que nous n'aurions pas besoin de reculer la rédaction du livre du prophète jusqu'après la publication du livre des Rois. Mais un fait tout semblable se présente pour le livre de Jérémie, dont le dernier chapitre est également un extrait du même ouvrage historique, fait dans un but analogue. Nous maintenons donc, comme un fait acquis à la critique, que la rédaction définitive du livre d'Ésaïe appartient à une époque postérieure à celle de la source dans laquelle ce rédacteur a puisé ses renseignements additionnels. Or, le livre des Rois conduit le récit des événements jusqu'à l'an 561 avant Jésus-Christ (chap. XXV, 27). On est donc autorisé à reculer la rédaction de notre volume au moins jusqu'à l'époque de la fin de l'exil et rien n'empêche que nous descendions plus bas encore. Au contraire, nous aurons plus lard la preuve que nous y sommes obligés.
Ceci établi, examinons de plus près les pièces contenues dans les deux groupes du second recueil, dû aux soins d'un rédacteur vivant et travaillant au plus tôt à l'époque indiquée et peut-être plus tard. Nous admettrons volontiers qu'à cette époque, et malgré un intervalle de près de deux siècles, on ait pu posséder encore des copies d'anciennes prophéties non comprises dans les volumes ou recueils déjà formés. On fera d'autant moins de difficultés à cet égard, qu'au fond la plupart des écrits prophétiques qui nous sont parvenus, et qui existaient dès avant la ruine de Jérusalem, ne comprennent guère que quelques pages, et n'ont pourtant pas été perdus pour cela, bien qu'il soit possible et probable que d'autres aient été moins favorisés par le sort. D'autre part, on voudra bien ne pas perdre de vue que dans cette haute antiquité les livres, et surtout ceux de moindre dimension, ne portaient pas toujours des noms d'auteurs, de sorte que, en l'absence d'une tradition suffisamment sûre, et de tout art ou moyen critique qui aurait pu y suppléer, rien n'était plus facile que de se tromper sur l'origine et l'antiquité des pièces détachées qui pouvaient se trouver sous la main de personnes intéressées à les conserver. Notre rédacteur était certainement du nombre de ces personnes ; il a même dû mettre un soin particulier à rechercher les débris non encore classés de la littérature prophétique de son peuple. Il
206 ÉSAIE.
pouvait avoir en sa possession, soit par héritage, soit au moyen de copies, ou n'importe de quelle manière, un certain nombre de pièces authentiques des dernières années d'Ésaïe. Et il y a positivement dans sa collection des pièces de ce genre, auxquelles la critique la plus méticuleuse n'a pas trouvé de raisons suffisantes de refuser leur dignité traditionnelle. Mais cela ne prouve pas le moins du monde que ce soit également le cas pour tous les éléments du recueil, et, par conséquent, aucun ne saurait être accepté comme provenant du contemporain de Hizqiyah, qu'autant qu'un examen attentif lui aurait assuré cette origine.
Or, voici à quoi est arrivée une critique consciencieuse, et qui n'avait aucun intérêt, si ce n'est celui de la vérité historique, à contredire la tradition vulgaire. Elle divise les nombreux morceaux du second recueil (discours plus ou moins étendus, fragments, narrations, plus de vingt en tout) en trois catégories, dont les éléments se trouvent entremêlés les uns avec les autres.
Elle élimine d'abord certaines pièces qui sont positivement postérieures à la destruction de Jérusalem, laquelle, pour leurs auteurs, est un fait accompli, si bien qu'ils s'occupent entre autres de la ruine prochaine de l'empire des Chaldéens, lequel n'avait pas même encore été fondé du temps d'Ésaïe, et dont, par conséquent, celui-ci ne pouvait rien savoir ni prédire. A cette catégorie appartiennent : P Le beau morceau qui se trouve aujourd'hui en tête de tout le recueil, chap. XIII, 1 - XIV, 23. 2** Les deux chapitres qui le terminent (XXXIV, XXXV) et au sujet desquels c'est une question non encore vidée, s'ils forment un tout ou si ce sont deux pièces distinctes. 3^ Un morceau trèscourt, chap. XXI, 1-10. Enfin, 4^ un autre assez étendu (chap. XXIV à XXVII), qui paraît avoir été composé antérieurement aux trois autres, alors que le souvenir de la catastrophe était encore plus récent et ses effets plus visibles. Dans la présente partie de notre travail, nous laissons de côté tous ces textes, pour les commenter plus tard, quand l'ordre chronologique nous y aura ramené.
La seconde catégorie comprendra les pièces que rien n'empêche d'attribuer au prophète Ésaïe, bien qu'aucune note explicite ne le désigne comme auteur. Ce sont uniquement les allusions plus ou moins directes et manifestes aux événements qui se sont passés de son temps, qui guident ici la critique. Un scepticisme systématique pourra trouver cette preuve insuffisante, puisque, après
tout, il n est pas prouvé qu'Ésaïe ait été le seul auteur de son époque : les partisans des opinions reçues verront, dans la supposition adoptée ici, la preuve de notre désir de ménager ces opinions, autant que possible. Ici nous plaçons : 1° Deux petits morceaux, dont l'un paraît même n'être qu'un fragment, et qui peuvent être rapportés aux temps d'Ahaz et de l'invasion éphraïmite (chap. XVII, 1-11 et chap. XIV", 28-32). 2« Une série de six pièces réunies par le rédacteur et formant aujourd'hui les cliap. XXVIII à XXXIII ; elles se rapportent toutes, sauf peutêtre la première, à l'invasion de Sanhérib. 3*^ A la même époque on peut rapporter les deux morceaux formant notre chap. XXII, et dont l'un est dirigé contre un ministre du roi Hizqiyah. 4" Le récit très-succinct d'un fait relatif à Ésaïe, mais qu'il n'a pas nécessairement rédigé lui-même (chap. XX). 5® Un fragment inséré au chap. XIV (v. 24-27). Enfin, nous mentionnerons ici pour mémoire le fameux oracle contre les Moabites (chap. XV, XVI), que nous regardons comme beaucoup plus ancien que notre prophète, et que, par cette raison, nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs plus haut déjà, mais qu'Ésaïe a réédité à son tour en y ajoutant quelques lignes de sa main.
Reste un petit nombre de pièces dont l'origine est fort difficile à constater. Il y en a deux très-courtes, et surtout très-obscures, dans la seconde moitié du chap. XXI; une autre (ou peut-être deux, car la division même est incertaine) non moins obscure chap. XVn, 11- XVIII ; enfin, deux plus grandes et plus importantes, dont Tune s'adresse à l'Egypte (chap. XIX) et l'autre à la Tille de Tyr (chap. XXTTI). Des arguments très-sérieux ont été produits contre l'authenticité de ces deux dernières compositions, qu'on a cru devoir combiner avec des événements bien postérieurs au siècle d'Ésaïe. Ces arguments, cependant, ne nous ont pas paru péremptoires ; nous essaierons de faire prévaloir l'opinion traditionnelle, et quoique ce jugement ne soit pas accepté par tous les savants, et qu'en fait de critique littéraire et historique il n'y ait pas de prescription, nous avons pensé que nous pourrions laisser ces textes, ainsi que les autres dont nous venons de parler, à la place qu'un usage séculaire leur a assignée, tant qu'une preuve décisive n'aura pas forcé la science de réformer à leur égard Topinion du premier collecteur.
Si Ton y regarde de près, on reconnaît aisément que les qualités du style d'Ésaïe, que nous avons signalées en parlant du
208 ÉSAIE.
premier recueil, ne se retrouvent guère dans les morceaux mentionnés en dernier lieu, et même à un certain degré dans ceux de la catégorie précédente. Mais nous ne nous hâterons pas trop de tirer de ce fait des conséquences défavorables à ITiypothèse de Tauthenticité de ces parties, du livre. Le style d'un auteur peut changer avec l'âge ou selon les circonstances, et il ne faut pas oublier que la plupart des pièces comprises dans le second recueil sont très-courtes, en partie même, à ce qu'il paraît, de simples fragments. De pareilles productions littéraires seraient certainement mal jugées, si l'on voulait leur appliquer la mesure de ce que leur auteur a écrit de plus beau et de plus parfait. On trouvera donc réimi ci-après tout ce que contient aujourd'hui le livre qui porte le nom d'Ésaïe, à l'exception des textes que nous reconnaissons décidément comme appartenant à la période de l'exil, et auxquels nous réservons la place qui leur revient d'après la chronologie que nous prenons pour guide.
D'après ce qui vient d'être dit, on comprendra que dans noire commentaire nous ne suivions pas exactement l'ordre des chapitres de nos textes imprimés. Celui que nous avons préféré, se règle d'un côté sur la distinction que nous avons faite à l'égard de la certitude relative de l'origine de chaque morceau, de l'autre, sur la chronologie, en tant qu'elle peut être fixée par conjecture.
Nous ferons remarquer encore que le texte d'Ésaïe, notamment dans le premier recueil, nous est parvenu surchargé de gloses, c'est-à-dire d'explications et d'additions de divers genres, que des lecteurs savants, plus ou moins bien inspirés, avaient d'abord écrites sur la marge de leur exemplaire, et qui ont fini par être mêlées au corps même de la rédaction authentique. Dans la plupart des cas, il est assez facile de reconnaître la présence de CCS éléments étrangers et de les élaguer. Voyez par ex. in, 1 ; VII, 4, 8, 15, 17, 20; VIII, 7; IX, 15; XI, 13; XXIX, 10; XXX, 6, 26; XIX, 18; (XL, 7; LI, 11).
{Premier recfieil.)
Prophétie d'Ésaïe fils d'Amoç, qu'il reçut au sujet de Juda et de Jérasalem, du temps des rois de Juda, 'Ouzziyahou, lotam, Âhaz, lehizqijahou * .
Écoutez, cieux!
Terre, prête T oreille I Car c'est TÉternel qui parle:
J'ai élevé des enfants, Et je les ai fait grandir ;
^ Cette inscription ne se rapporte pas exclusivement au premier chapitre, coDune cela résulte de la mention des quatre rois sous le règne desquels Ésaïe a prophétisé. Si elle y a été mise par l'auteur lui-même, elle appartient au recueil primitif de ses discours, chap. I-XII (voir l'introduction). — Le terme hébreu, que nous rendons par prophétie ^ signifie proprement vision, mot par lequel les prophètes ne désignent pas seulement des images présentes à l'œil dans un moment (l'extase, mais toute communication directe de Dieu, tout ce qui est l'objet d'une iospiration, ou pour mieux dire d'une intuition, et non le résultat de la réflexion et de l'étude.
^ Le premier discours parcourt toute la série des idées qui font d'ordinaire le SQJet des prédications prophétiques. Il peint d'abord la désolation du pays ravagé per l'ennemi et la représente comme le châtiment des péchés du peuple. En second lieu, il signale la démoralisation générale vainement cachée sous les dehors d'one piété légale et purement extérieure. Enfin, il offre en perspective une ruine complète des coupables, à la place desquels une génération meilleure viendra reconiptérir les faveurs de Jéhova. Les descriptions sont trop générales pour nous permettre de déterminer l'époque du discours, et notre connaissance des faits est trop ûnparfaite pour que nous puissions préciser la portée de chaque aUusion. À^issi les interprètes ne sont-Us pas d'accord à ce sujet. On a pensé à l'invasion >ss^enne sous Sanhérib (en 714 av. J. Ch.], et avec une plus grande apparence de probabilité à celle des Syriens et des Ëphraîmites sous le règne d'Àhax, dont il sera longuement question au chap. VU.
A. T. 2« part. — I. 14
210 ÉSAIE I, 3-7.
Mais eux se sont révoltés contre moi'.
Le bœuf connaît son possesseur, Et l'âne la crèche de ses maîtres :
Israël ne connaît rien, Mon peuple n*a point d'intelligence*.
Âh I nation pécheresse,
Peuple chargé d'iniquité!
Engeance méchante,
Race de scélérats I Ils ont abandonné TÉternel, Ils ont méprisé le Saint d'Israël,
Ils se sont tournés en arrière
Où vous frappera-t-on encore,
Si vous persistez dans la rébellion?
La tète entière est malade.
Tout le cœur atteint de consomption ^ : De la plante des pieds à la tète rien n'est sain. Ce ne sont que blessures, et meurtrissures, et plaies récentes, Non nettoyées encore, non pansées.
Non amollies par T huile.
Votre pays est un désert % Vos villes sont consumées par le feu,
^ L'éducation dlsraél, c'est la conduite providentielle de la nation depuis sa naissance^ c'est-à-dire depuis sa sortie d'Egypte, à travers une série de siècles marqués par de nombreux bienfaits. La révolte n'est pas toujours et nécessairement le polythéisme idolâtre, mais surtout aussi la transgression de la loi morale.
4 L'âne et le bœuf ne sont pas nommés comme des animaux moins intelligents que d'autres, mais comme animaux domestiques attachés à leurs maitres, tandis qu'Israël, qui désobéit au sien et l'abandonne, se montre par là même privé de raison. Comp. Jér. VIII, 7.
& La description du triste état de la Palestine est d'abord donnée d'une manière symbolique en ce que le peuple est représenté comme un individu meurtri de coups et consumé par la maladie, si bien que par une espèce d'ironie ou d'hyperbole rhétorique, le prophète peut dire que Jéhova ne sait plus où frapper, si sa sévérité continue à être provoquée. Les blessures faites à Israël sont récentes, non encore pansées ou traitées avec de l'huile (comme dans la parabole du Samaritain), ou cicatrisées par le temps.
^ Après la description figurée, il en vient une autre en termes propres. On voit ici qu'il s'agit bien réellement d'une invasion récente. Il n'y a que des étrangers (des barbares,' dans le sens antique) qui ont pu en agir ainsi. A peu de chose près, on a subi le sort de Sodome et de Qomorrhe, c'est-à-dire une destruction complète et irréparable.
éSAIE I, 8-13. 211
Vos campagnes — devant vos yeux des étrangers les dévorent : C'est une désolation, un bouleversement de barbares! Et la fille de Sion est restée seule, Comme une cabane dans le vignoble, Comme une guérite dans le champ de melons '^^
[Comme un lieu de garde'.] Si laheweh Çebaot ne nous eût laissé un petit reste, Nous serions comme Sedom, Nous ressemblerions a 'Amorah !
Écoutez la voix de TÉternel, chefs de Sedom! Prête Toreille à renseignement de notre Dieu,
Toi, peuple de 'Amorah®!
Qa*ai-^je à faire de la multitude de vos sacrifices ?
Bit l'Éternel *«.
Je suis rassasié d'holocaustes de béliers.
Et de graisse de veaux ; Le sang des taureaux et des agneaux et des boucs,
Je n'en veux plus !
Quand vous venez paraître devant moi.
Qui donc vous a demandé de fouler mes parvis ? Ne continuez pas à m' apporter une vaine offrande ! Vos parfums — je les ai en horreur :
"' La capitale seule (dont la population est personnifiée comme sa fille) est provisoirement encore épargnée. Au milieu de toutes ces ruines, elle est comme la chêtiTe loge du gardien^ restée isolée après la récolte, dans la vigne ou dans les cluuDps.
^ Si ces mots sont authentiques^ ils doivent exprimer la même idée, et l'auteur tan songé à quelque petite tour, ou à un fort placé sur une cime élevée^ comme dernier refuge d'une population décimée par la guerre. Mais nous inclinons à croire qolls sont étrangers au texte, et seulement introduits comme une note marginale destinée à expliquer l'image de la guérite et de la cabane, et dire : une ville bien gvdée.
' Les deux villes ne sont pas seulement le symbole de la destruction, mais encore celui de la perversité. Cette double signiGcation ménage au prophète une transition à la fois naturelle et d'un grand effet oratoire.
1^ Toute cette partie du discours est aussi claire qu ^éloquente. Elle expose une Mée familière aux prophètes : ce n'est pas le rite religieux, le culte extérieur qui •paite la colère de Dieu, mais un sincère repentir et le retour à la justice. Voilà ce qu'Bsaîe appelle VenêetgnmnêHt de Dieu , et non la Loi , comme s'il s'agissait da code mosaïque, lequel abonde précisément en prescriptions purement rituelles
212 ÉSAIE I, 14-18.
La lunaison, le sabbat, rassemblée solennelle** — Je ne supporte plus ni le crime, ni la fétel Vos lunaisons et vos solennités — mon âme les hait ; Elles me sont à charge.
Je suis las de les souffrir I Aussi, quand vous étendez vos mains.
Je voile mes yeux devant vous ; Dussiez-vous multiplier vos prières, Moi, je ne vous écoute pas :
Vos mains sont souillées de sang I Lavez-vous I purifiez-vous !
Otez-moi des yeux vos actes méchants I Cessez de mal faire I Apprenez à faire le bien, recherchez la justice.
Dirigez le prévaricateur*'.
Faites droit à l'orphelin, défendez la veuve !
Allons, débattons notre cause!
Dit rÉternel.
Si vos péchés sont comtne Técarlate, Ils blanchiront comme la neige ; S'ils sont rouges comme le vermillon, Ils ressembleront à la laine *^
^1 On fêtait régulièrement le septième jour ou sabbat, le l*' de chaque mois, c'est-à-dire le jour de la nouvelle lune, enfin les grandes fêtes annuelles, où le peuple des pèlerins affluait à Jérusalem. Nous avons mis ioUnnêl^ soUnniU, au lien de rbébreu convocation, etc., terme parfaitement justifié par l'antique usage oriental de faire annoncer les cérémonies religieuses par les çrieurs.
1^ Les anciens traduisaient cette ligne : Guidez (soutenez] Vopprimé. On peat objecter contre notre traduction que les bommes auxquels le prophète parle, étaient eux-mêmes les oppresseurs. Le contexte et le dictionnaire ne décident pas; mais il ne nous semble pas naturel de donner au verbe le sens de protéger.
1' La liaison des idées n est pas trop transparente ici. Quelques-uns j ont vu une menace : Vos pécbés seraient encore plus rouges (nous dirions^ plus noirs] qu'ils ne sont, j'ai un moyen de les faire blancbir, c'est-à-dire le cbâtiment. I) autres y voient une promesse : Quand même ils seraient rouges, etc.» Je veux pardonner. Ces deux interprétations sont contraires au contexte. Tout aussi peu nous admettrons une question : Si vos pécbés sont si rouges, pms-je les faire blancbir? les ignorer ou les laisser impunis? Voici notre explication: Jébova dit: Débattons notre cause, réglons-la entre nous, établissons nos condiiionë réciproques. C'est le point de vue de l'Ancien Testament. Entre Dieu et Isratl il y a an contrat synallagmatique : à telle condition, il fait telle cbose. Or, les versets suivants (19 et 20] établissent clairement ces conditions pour le moment présent. Jébova dit : Je n'accepte pas vos sacrifices comme expiation suffisante de vos péchés ; il
ÉSAIE I, 19-25. 213
Si vous voulez bien écouter,
Vous mangerez les biens de ce pays^
Mais si vous êtes récalcitrants et rebelles,
Vous serez mangés par Tépée !
C'est la bouche de TÉternel qui le dit.
Comment est- elle devenue une courtisane,
La ville fidèle, remplie de droiture 1
La justice y faisait son séjour.
Et maintenant ce sont les assassins ^^l
Ton argent a été changé en scories,
Ton vin pur a été coupé d'eau *5.
Tes chefs sont des rebelles, des complices de voleurs, Tous ils aiment les présents et courent après le salaire^
Ils ne font pas droit à Torphelin, Et la cause de la veuve ne les touche point.
C'est pourquoi voici la parole du Seigneur,
laheweh Cebaot, le héros d'Israël :
Ha! j'aurai ma revanche de mes adversaires.
Et je me vengerai de mes ennemis I
Je tournerai ma main contre toi, J'ôterai tes scories^ comme par une fonte à la soude,
d'j i que rameadement moral qui changera la face des choses. Si vous acceptez cette condition, et que tous Taccomplissiez, une nouvelle ère de fécondité et de bonheur conunencera, sinon Tépée continuera à sévir. La difficulté vient de ce que l« 1» du T. 18, ne sont point coordonnés à ceux des deux versets suivants, mais mbordonnés au seul si du ▼. 19.
^* Les parolee précédentes avaient laissé percer une lueur d'espérance ; du ntoins le prophète parlait comme s'il considérait les deux chances, de l'amélioration et de l'endurcissement, comme égales. Mais l'aspect du mal fait reprendre le dessus iQ oôté sombre de la perspective. Il n'y a rien à attendre de la présente gênéntiûD, il faut en attendre une autre. — Pour l'image de la cûurtisafie, il suffit de renvoyer le lecteur aux nombreux passages des prophètes antérieurs, qui l'emploient également.
^^ Voici deux autres images moins usitées. L'argent et le vin, supposés purs à» toat élément hétérogène, représentent la pureté de l'âme. Cette pureté n'existe plos à Jérusalem. A la place du métal, il n'y a plus que les scories, l'écimie, les parties viles, que le feu ou la soude en a séparées; à la place du vin pur, il y a Vk breuvage frelaté, dénaturé, sans goût et sans force. Les lignes suivantes traduisent ces images en simple prose, en parlant directement de dénis de justice, de la corraption des juges, du pillage légal des faibles.
214 Es AIE I, 26-81.
Je ferai disparaître tout son alliage '" l
Et je te rendrai des juges comme jadis,
Et des conseillers comme autrefois :
Alors OD te nommera la ville de justice, La cité fidèle !
Sion sera rachetée par la droiture.
Et ses repentants par la justice *^.
Mais les rebelles et les pécheurs seront brisés ensemble. Et ceux qni abandonnent TÉtemel périront. Oui, on aura honte des bosquets que vous aimez ; Vous rougirez des jardins que vous hantez*': Car vous serez comme le térébinthe au feuillage fané,
Comme un jardin qui manque d'eau.
L'orgueilleux deviendra de Tétoupe, Et son œuvre une étincelle*'.
Ils brûleront ensemble tous les deux,
Et personne ne sera là pour éteindre î
16 La menace annonce un triage, une épuration à la fois radicale et terrible da peuple. L'image de l'argent revient ici naturellement^ l'opération de la fonte dans le feu ardent de Tépreuve et de la calamité publique séparera définitivement les bons et les mauvais éléments de la nation. Comp. Mal. III, 2.
l'7 L'installation d'une nouvelle magistrature, semblable à celle qui a autrefois présidé aux destinées de la nation, aux Moïse, aux Samuel, est signalée comme le principal symptôme de la restauration morale, par la raison que le prophète ayait surtout parlé auparavant d'une magistrature corrompue. Jérusalem sera rachetée, sauvée des ennemis, non par des armes victorieuses, mais par son rtptfUir. Car c'est du repentir que le prophète parle et non, conmie on traduit ordinairement, du retour de l'exil.
18 II est positivement question de hoU sacrés t c'est-è-dire d'un coite étranger et idolâtre. Cela n'est pas en contradiction avec ce qui avait été dit v. 10 suiv. Car le polythéisme des Israélites consistait à adorer d'autres Dieux à côté de Jéhova. Au lieu de bosquets ^ le texte dit litt. : téréhinthes. Ces arbres jouissant d'une grande longévité et d'un beau feuillage, servaient de préférence à des plantations de ce genre. Le même arbre sert ensuite d'image pour le dépérissement de ceux que Dieu va châtier.
10 h'œuvrs, c'est l'idole fabriquée par des hommes qui lui demandent aide et protection. Au lieu de cela, elle deviendra la cause de sa ruine, et d'une rmis qui se consommera rapidement, comme celle de Tétoupe atteinte par une étincelle.
ÉSAIE II, 1-4. 215