II
Parole révélée à Ésaïe, fils d'Amoç, sur Juda et Jérusalem.
Mais il arrivera sur la fin des jours Que la montagne de la maison de TÉternel Se dressera à la tète des montagnes Et s'élèvera au-dessus des collines.
Et toutes les nations y afflueront, Et des peuples nombreux viendront et diront : c Allons monter à la montagne de laheweh, À la maison du dieu de Jacob, Pour qu'il nous instruise dans ses voies Et que nous marchions dans ses sentiers I > Car c'est de Sion que viendra l'enseignement. Et la parole de l'Éternel de Jérusalem. Et il sera l'arbitre des nations.
Et à de nombreux peuples il dictera ses arrêts. Et de leurs épées ils forgeront des socs de charrue^
Et de leurs lances des serpettes :
Une nation ne lèvera plus l'épée contre l'autre. Et elles ne sauront plus rien de la guerre * I
^ Ce second discours, beaucoup plus étendu que le premier (chap. H-IV), parcourt & pea près le même cercle d'idées. Il commeuce par une description de la corruptioQ du peuple, en insistant surtout sur l'idolâtrie, et passe ensuite à divers tableaux très-animés des châtiments qui frappent TËtat et les familles. Enfin, il se termine I>v U perspective d'un meilleur avenir, annoncé d'avance dans une espèce de pféambole, sur lequel voyez la note suivante. Il est difficile de déterminer l'époque précise de ce discours. Comme il n'y est pas question de l'invasion des A-Ssyriens, OQ a pu admettre qu'il appartient à une époque antérieure.
^ Ce morceau doit être considéré comme une espèce de texte servant de point de départ au discours qui va suivre. Il ne se lie pas bien avec le commencement de celui-ci, ou plutôt il est en quelque sorte en contradiction avec lui. On remar> quera aussi qu'il commence par une conjonction, ce qui en trahit le caractère fragmentaire. Ësale doit l'avoir emprunté à un autre auteur ; il le rappelle, ou le cite comme un oracle déjà connu, et d'autant plus significatif qu'il forme un étrange contraste avec ce qu'il a à dire présentement. Le texte parle d'un temps où les païens mêmes viendront adorer Jéhova, où il y aura une fraternité générale entre les nations, où la révélation émanée de Sion sera écoutée au loin. Combien le présent eeUil encore en opposition avec une telle promesse 1 Combien peu Israël •st-tl prdt pour un pareil changement! Le même morceau se trouve textuellement, OMIS un peu plus complet, dans Michée (chap. IV, 1 suiv.). Tous les commen- Utsors reconnaisseoi que Michée ne Ta pas emprunté à Ésale. Mais faut-il admettre
216 ÉSÂiE II, 5-9.
Maison de Jacob I Allons^ marchons dans la lumière de rÉternel'l
Mais tu as délaissé ton peuple *y
La maison de Jacob, Parce qu'ils sont pleins de TOrient, Magiciens comme les Philistins, Faisant alliance avec les fils de l'étranger *'^. Leur pays est rempli d'or et d'argent, Et il n'y a pas de fin à leurs trésors ; Leur pays est rempli de chevaux, Et il n'y a pas de fin à leurs chars ; Leur pays est rempli d'idoles^ Ils se prosternent devant l'œuvre de leurs mains, Devant ce que leurs doigts ont fabriqué.
Mais l'homme sera humilié Et le mortel abaissé, Et tu ne leur pardonneras point I Entrez dans les rochers, Cachez- vous sous la terre, Devant la terreur de l'Éternel Et l'éclat de sa majesté I
la dépendance dans le sens opposé ? Ou bien une main étran^re 1 Vt-elle introduit ici mal à propos ? Ou enfin les deux prophètes ont-ils également puisé dans ud troisième plus ancien? Toutes ces opinions ont trouvé leurs défenseurs et ion est même allé Jusqu'à signaler Joël comme le véritable auteur^ à cause de la ressemblance de notre texte avec Joël lY, 10. Mais il n'y a de raisons concluantes pour aucune de ces hypothèses, bien que la dernière semble préférable aux autres.
3 Après le texte cité, le prophète s'adresse à ses contemporains et les exhorte à se tourner vers Jéhova, eux les premiers, et à donner ainsi l'exemple à ces païens dont parlait tout à l'heure la prophétie. Mais hélas 1 la réalité forme on triste contraste avec cette perspective.
-^ Âusai bien le prophète, au lieu de parler au peuple, s'adresse- t-il à Dieu lui«m6mej pour formuler ses plaintes et pour constater que le châtiment est inévitable etj imminent. Car il en parle au présent, comme d'une chose tout à fait certaine.
^ Les reproches adressés ici aux Israélites peuvent être ramenés à ce qu'ils sont entrés dans des relations intimes avec les nations païennes, et en ont adopté les mœurs. Les peuples de l'Orient et les Philistins (à l'Ouest) se placent en opposition locale pour représenter tous les autres. Les eOets de cee reiationa soat le luxe, l'esprit guerrier, et l'idolfltrie avec la magie et la divination qui en relèvent»
ÉSAIE II, H-19. 217
Les yeux hautains de Thomme se baisseront.
Et la fierté des mortels sera humiliée, Et l'Éternel seul sera grand en ce jour-là" I
Car laheweh Çebaôt aura son jour
Sur tout ce qui est fier et hautain, Sur tout ce qui s'élève, afin qu'il soit mis à bas ; Sur tous les cèdres du Liban, hauts et élevés^
Et sur tous les chênes de Bas'an^,
Sur toutes les hautes montagnes.
Et sur toutes les collines élevées ; Sur toute tour élancée.
Et sur toute muraille escarpée ;
Sur tous les vaisseaux de Tars'is'",
Et sur tous les beaux objets d'art I
Et Torgueil des hommes sera humilié, Et la fierté des mortels abaissée.
Et rÉternel seul sera grand en ce jour-là : Et les idoles — c'en est fait totalement I Et ils se retireront dans les cavernes des rochers^ Et dans les trous de la terre.
Devant la terreur de l'Eternel Et l'éclat de sa majesté, Quand il se lèvera pour effrayer la terre.
' Toal ce laxe^ tout cet appareil guerrier périra sans avoir servi à préserver Israël de la catastrophe. Ni or, ni chevaux, ni armes, ni murs, ni vaisseaux, ne saoreront ceux que Dieu veut chfttier (v. 9-17), et les idoles n'y feront pas daTtntage (v. 18 suiv.]. Ësaïe ne s'arrête pas à dire par quels moyens ce châtiment s'accomplira, mais l'analogie des autres discours nous fait entrevoir Tinvasion d'one poissance étrangère. Le tableau des effets préoccupe le prophète plus que la recberche de la cause immédiate. Le désastre sera tel qu'il ne restera plus d'autre saint aux hommes que de se réfugier dans des cavernes souterraines.
"^ Lee cèdres et les chênes doivent être pris à la lettre, tout aussi bien que les moDtag&et, les tours, les mura et les vaisseaux. Il est vrai que quelquefois les luames eont comparés à des arbres, mais ils ne le sont jamais aux autres objets muDés id. Toute la description rappelle plutôt les grandes constructions entreprises pv les rois 'Ouzziyah et lotam (2 Rois XV. 2 Chron. XXVII) pour la défense da pays, et qui n'empêchèrent pas la ruine de Juda sous leur successeur.
^ C'eot4-din les plus grands. Car les Israélites ne faisaient pas eux-mêmes et dnecteoMol le commerce avec Tars'is' (l'Espagne). Mais le roi lotam avait des vûsasanx sur la mer Rouge, d'oti son successeur fat délogé par les Syriens .2 Rois XVI, 6).
218 ÉSAIE II, 20 22. III, i, 2.
En ce jour-là les hommes jetteront.
Aux rats et aux chauves-souris Les idoles d'argent et les idoles d'or. Qu'ils se sont fait faire pour les adorer '^ Pour aller se cacher dans les antres des rochers Et dans les gorges pierreuses^ Devant la terreur de TÉternel Et réclat de sa majesté, Quand il se lèvera pour effrayer la terre !
Cessez donc de vous fier à l'homme
Vivant d'un souffle passager *^ I
Car à quelle valeur peut-il être estimé ?
Car voyez, le Seigneur, laheweh Çebaot
Va retirer de Jérusalem et de Juda
Tout soutien et tout support*',
[Tout soutien de pain et tout soutien (Teau]
Les héros et l'homme de guerre.
Le juge et le prophète, le devin et l'ancien.
9 Quant aux idoles, le ridicule se joiadra à la terreur. L'homme verra qu'elles ne lui servent de rien et pour les éloigner de sa vue, il les Jettera dans les coins, là où se blottissent les animaux immondes qui hantent la demeure des hommes.
10 \ la menace générale d'un châtiment contre lequel rien ne prévaudra, le prophète ajoute encore deux tableaux spéciaux, celui de la situation politique (Lï, 22-111, 15] et celui du luxe des femmes (III, 16-IV, 1), avec leurs consé> quences respectives. — L'unique moyen de salut, c'aurait été la confiance en Diea. A son défaut, la confiance dans l'homme est une ressource trompeuse. Il est inutile de demander si Ésaîe a songé ici à un homme particulier, par exemple au roi régnant et à ses capacités guerrières ou gouvernementales. La suite du texte fait voir qull s'agit des hommes en général, mais surtout de ceux qui sont censés les plus puissants. Qu'est-ce que l'homme? Que vaut-il? La réponse est facile. On n'a qu'à se rappeler que son existence dépend d'un souffle qu'il a aujourd'hui dans k ne* (litt.} et qui demain n'y est plus (Ps. CXLVI, 3-5).
l^ Le prophète, pour expliquer sa pensée, va énumérer toutes les classes d'hommes sur lesquelles repose ordinairement la force d'un peuple, militaires, administrateurs, artistes et prophètes de toute espèce. Voilà ceux qu'on appelle les soutiens du peuple. Eh bien, au moment décisif, Jéhova les fera disparaître toas, les privera des moyens d'agir, les paralysera, et le peuple, abandonné à loi-mdme, tombera dans l'abîme de l'anarchie. — Une main inconnue, mais fort andenDe, voulant expliquer ces mots soutien et support, que le prophète avait pourtant si bien interprétés lui-même, a introduit dans le texte la glose absurde qoe nous avons mise entre crochets. Il n'est pas question le moins du monde d'une famine.
ÉsAiE III, a-Il. 319
Le capitaine et le notable, Le conseiller, l'artiste intelligent, Et rhabile enchanteur.
Et je leur donnerai pour chefs des jeunes gens, Et la pétulance régnera sur eux.
Et le peuple se ruera homme sur homme. L'un contre l'autre ils s'emporteront.
Le jeune homme contre le vieillard, Le plus vil contre le plus noble.
Puis, quand un homme saisira l'autre Dans sa maison paternelle :
cTu possèdes un manteau. Il faut que tu sois notre chef.
Et que cette ruine soit sous ta garde I » En ce jour-là^ l'autre protestera en disant : c Je ne veux pas être le médecin ; Je n'ai chez moi ni pain ni manteau ; Ne me faites pas chef de ce peuple ^* I »
Car Jérusalem chancelle Et Juda tombe, Parce que leurs paroles et leurs œuvres sont contre l'Éternel, De manière à braver son regard auguste. Leur air insolent témoigne contre eux ; Pareils à Sedom, ils publient leurs vices Et ne les cachent point.
Malheur à eux!
Car ils sont eux-mêmes la cause de leur perte. Dites que le juste sera heureux, Car il jouira du fruit de ses œuvres ;
^^ Laa penonoas sur lesquelles repose Tordre et ht sécurité de TÉtat, les msgistniêf les kominee sages et expérimentés^ étant tous mis de côté, il y aura une ftffireosa anarchie dans le pays^ un bouleversement complet, et par suite une miaère telle qne celui-là passera pour riche qui possédera encore un manteau. On lui o£Erira le pouvoir» pour sortir de cette situation insupportable, mais il refusera. — Comme toute cette description est idéalci elle ne saurait servir à déterminer Vêpo<{Qe du discours. Nous avons ici une menace prophétique et non le tableau de racUulité btstorique. — L'État est parfaitement bien désigné comme une ruine ^ suis Tima^ du wiédeeiit ne cadre pas avec le reste.
220 ésAis m, 11.16.
Malheur aa méchant, aa penrers, Car il lui sera fait selon Tœuvre de ses mains".
Le chef de mon peuple est nn enfant '*,
Et des femmes le gouvernent.
Mon peuple I Tes conducteurs ^égarent
Et détruisent le chemin où tu dois passer.
L'Éternel se lève pour plaider,
Il est debout pour juger les tribus ^^.
L'Éternel entre en jugement Avec les anciens de son peuple et ses chefs :
c C'est vous qui avez brouté la vigne I C'est dans vos maisons qu'est la dépouille du pauvre !
Qu'aviez-vous à écraser mon peuple,
A broyer la personne des pauvres gens ? »
Dit le Seigneur, labeweh Çebaôt'*.
L'Étemel dit encore*':
Puisque les filles de Sion sont orgueilleuses Et marchent la tète haute, En promenant leurs regards.
1' Après le tableau des malheurs politiques de Juda^ le prophète revient aux causes qui doivent les amener. Ici il se tient dans les généralités^ en se bornant à signaler un degré de perversité et de corruption où le vice ne trouve plus mdme nécessaire de se voiler.
^4 A moins de prendre ces mots dans un sens collectif (des enfant^ ^ il faudra bien y voir une allusion i Textrâme jeunesse du roi régnant (Ahaz), placé sous U tutelle de sa mère ou de son harem.
15 D'Israfil.
K' Le châtiment est de nouveau annoncé ici sous Tallégorie d'un procès intenté par Jéhova aux criminels conducteurs dlsraèl. Il épouse la cause des opprimés et demande compte aux oppresseurs. La vigne, c'est le peuple (chap. V). Les paroles placées entre guillemets sont le plaidoyer de Jéhova. [Broyer, litt. : moudre.)
l'^ Suit le second tableau, celui du luxe des femmes et de son châtiment particttUor. Il est à remarquer que le prophète ne parle ici que de oe qui tient à la va«tté féminine, à l'étalage des richesses, et non de corruption morale. On peot en conclure qu'il en veut principalement à cette tendance mondaine et anti-théocfs- Uque qui ooqoettait avec l'étranger et adoptait ses mœurs. Ce morceatt eet d'ailleurs compté parmi les plus difficiles de l'Ancien Testament à cause des nombreux termes de toilette, dont le sens est en partie très-douteux. Cependant avec le secours de la langue arabe et par la comparaison des mœurs orientales actuellee, nous sommes anjourd'hui mieux à môme de déterminer la valeur de certains mots que ne Tétaient les traducteurs du 16* siècle.
éSAIE III, 17-25. 221
Allant à petits pas Et cliquetant avec les anneaux de leurs pieds '* — Le Seigneur rendra chauve la tête des filles de Sion^
Et rÉternel découvrira leur nudité ^^« En ce jour- là, le Seigneur leur ôtera leur parure, Les anneaux des chevilles, les soleils et les croissants. Les boucles d'oreille, les bracelets et les voiles, Les toques, les chaînettes et les ceintures.
Les boites à parfum et les amulettes.
Les bagues et les anneaux du nez,
Les habits de fête et les robes^
Les manteaux et les gibecières.
Les miroirs et les chemises.
Les turbans et les surtouts'^
Et au lieu de parfum, il y aura la puanteur,
Au lieu de la ceinture, une corde.
Au lieu de cheveux bouclés, une tête chauve. Au lieu d'un ample manteau, un cilice étroit. Le visage défiguré au lieu de la beauté '*.
Tes hommes tomberont par Tépée, Ta force guerrière dans le combat"'.
1' On portait des anneaux au-dessas des chevilles et on les rattachait Tun à Tnitre par des chaînettes qui empêchaient les personnes de faire de grands pas et çii prodoisaient une espèce de cliquetis comme nos éperons.
^' L'expression du texte est à*\ïae crudité intraduisible. La menace porte sur les éventualités à*vaïe invasion de barbares.
20 l^es habits de toute espèce mentionnés ici, n'étaient pas tous portés en même temps, mais appartenaient à des costumes différents, comme cela résulte par exemple de U nention simultanée de» toques et des turbans. Les soleils et les croissants étaiflot des objets de parure en or suspendus au cou ; les miroirs étaient des plaqœs de métal poh, suspendues à la ceinture. De petites boîtes à parfum se portaieat sur le sein.
'^ La ponition dont ce luxe est menacé consiste natorellement en ce qu'A sera remplacé par tous les signes extérieurs du deuil et de la misère. Gela nous paraît pins exact que d'y voir le tableau de la réduction en esclavage. Aussi bien avon»ooos Bis à la dernière ligne le visage défiguré par les égratignores usitées en cas <^ deuil, au lieu de la fiéSriiture, ou de la marque par laquelle le maître s'assurait !• possession de l'esclave. Cette dernière ne s'appliquait jamais au visage et ne lonw pas d'antiUkèse à la beauté.
^ La parole est adressée à Jérusalem, représentée comme une femme assise i terre en deuil (Lament. I, 1); ses portes^ c'est-à-dire ses places, servant autrefois de lieu de réunion à une foule empressée, sont désertée.
222 *SAIK m, 25. IV, i-5.
Ses portes gémiront et se lameateront, Toute désolée elle sera assise à terre. Et sept femmes saisiront un seul homme
En ce jour, et diront :
Nous mangerons notre pain.
Nous nous vêtirons de nos habits ; Seulement que nous portions ton nom :
Ote notre appretare *> I
En ce jour-là, le rejeton de TÉtemel Sera splendide et glorieux, Et le frait de la terre Sera superbe et beau, Quant à ce qui sera sauvé d'IsraëP*^ Et ce qui sera resté en Sion, Ce qui aura été épargné à Jérusalem, On rappellera saint '* ; Quiconque est inscrit pour la vie à Jérusalem. Quand le Seigneur aura lavé la souillure des filles de Sion, Et nettoyé Jérusalem du sang qu'elle a versé, Par le souffle du jugement Et le souffle de la destruction.
Alors rÉternel amènera, Sur toute retendue de la montagne de Slon, Et sur son assemblée.
^3 La désolation sera telle que les femmes qui survivent à ce carnage ne trouveront plus à se marier et seront condamnées à un triste et honteux célibat. Cela est dit d'une manière très-pittoresque, en ce que nous les voyons ici mendier deâ époux, un pour sept, offrant môme de pourvoir à leur propre entretien (sans le secours du mari)| pourvu qu'elles puissent porter le nom d'un homme, se dire des femmes mariées.
^4 Tout à coup le prophète passe du tableau des malheurs imminents k celui d'un glorieux avenir. C'est comme s'il tirait subitement le rideau de devant une arrière-scène qui se découvrirait maintenant à ses yeux. Il est évident qu'il a eo vue non-seulement une autre époque, mais aussi d'autres hommes. Les méchants qui ont provoqué la colère de Dieu sont exterminés. Il n'y a plus dans le pays que ce noyau pur et sain d'une nouvelle nation, ce rejeton (ce platU, LX, 21 ; LXI, 3} de Dieu, qui deviendra la souche de Tlsraèl de l'avenir, du temps messianique. Le fruit de la ten't est la même chose que le rejeton. Il ne s'agit pas de la fertilité végétale.
^^ On pourra rappeler ainsii parce qu'il le sera réellement.
ÉSAIE IV, 6. V, 1 , 2. 223
Une unée de jour et une fumée,
Et de nuit, Téclat d'un feu flamboyant. Oui, sur toute cette gloire il y aura une tenture^
Un treillis qui doune de Tombrage^ De jour contre la chaleur, Un abri, un refuge contre Torage et la pluie '^.
Je veux chanter de mon ami, Le chant de mon bien-aimé au sujet de sa vigne*
Mon ami avait une vigne
Sur un coteau fertile*.
Il la bêcha et en ôta les pierres,
Il y planta des ceps exquis.
n bâtit une tour au milieu.
^ Le changement que le prophète a en vue ne proviendra pas de l'amendement àti coupables, mais de leur extermination. La souillure et le sang, quHl s'agit de faire disparaître, ne sont pas des malheurs essuyéSi mais des crimes commis. Aussi bien sont-ils dtés par un jugement destructeur, accompli par le souffle (l'esprit) de I)iea, expression qui s'applique à toute manifestation de sa volonté. Il ne s'agit pas ici de pardon, mais de justice rémunératrice qui abolit le crime en le punissant. Il ne restera que ceux qui n'auront pas été coupables, et auxquels le salut est assuré d'avance, dans ce triage suprême, par Vimeription au livre de la vie. Jérusalem alors deviendra véritablement la résidence de Dieu ; il y établira sa demeure comme jadis au désert, en manifestant sa présence par les signes de la oaée de feu et de fumée. Cette nuée couvrira à la fois la montagne sainte et la conuDnoauté qui s'y assemble, en lui servant de tenture et de treiUlis, c'est-à-dire i{ue Dieu les protégera contre toute calamité ultérieure.
' Ce nouveau discours (chap. V de nos bibles) commence par une parabole ou aligne, dans laquelle Israël est représenté sous la figure d'une vigne» à laquelle son maître consacre tous ses soins et qui ne produit que de mauvais fruits. Le maître, dans son juste dépit, l'abandonne et la livre à la destruction. Deux mots. sofBsent au prophète pour expliquer une allégorie aussi transparente. Le reste du discours offre d'un côté un tableau de mœurs, de l'autre la perspective du châtiment.
2 L'ami, le bien-aimé, c'est ici Jéhova. C'est de lui (et non à lui) que parlera le chant, car c'est bien le récit de ce qu'il a fait et de ce qu'il fera encore. Et c'est à Israël qu'il s'adresse. Comme allégorie, ce morceau est un mas'al, non un ^'Ir (voir l'introduction au Psautier) ; l'emploi de ce dernier terme s'expliquera, non par k contenu, mais par la forme et probablement par le débit.
' litt. : une corne, enfant de l'huile. La corne est la hauteur, l'huile le symbole de la fertiUté.
224 Es AIE V, 2-7.
11 y tailla aassi une cave *.
Il espérait qn*elle prodnirait des raisins. Et elle produisit du veijns^.
Or, vous, habitants de Jérusalem, Et vous, gens de Juda, Soyez juges entre moi et ma vigne * I Que restait-il à faire à ma vigne Que je n'aie fait?
Quand j'espérais qu'elle produirait des raisins. Pourquoi a-t-ellc produit du verjus ?
Maintenant je vous ferai savoir Ce que je vais faire à ma vigne :
J'en ôterai la haie, pour qu'elle soit broutée, J'en renverserai le mur, pour qu'elle soit foulée aux pieds.
J'en finirai avec elle.
Elle ne sera plus taillée ni cultivée ; Il n'y croîtra que ronces et chardons, Et je défendrai aux nuages De l'arroser de pluie'.
Car la vigne de laheweh Çebaôt, C'est la maison d'Israël, Et le peuple de Juda Était sa plantation chérie.
Il s'attendait à de la justice,
** Il fit tout ce qu'un propriétaire intelligent peut foire de mieux en pareil eas. La tour est pour le gardien ; la cuve taillée dans la roche vive, fait partie de l'appareil du pressoir. Il est hors de propos de chercher lapplication de tous ces éléments du tableau hors de l'allégorie : Jéhova a fait tout pour bien diriger son peuple.
^ Ou des lambruches. Le sens vrai du terme, au point de vue de la botanique, n'est pas fixé. Le sens de l'image n'offre aucune obscurité.
^ Le rétU fait place au diêcours, si bien que la personne même qui parle est une autre.
*' Celte dernière phrase est étrangère à l'allégorie. Jusqu'ici c'était le propriétaire de la vigne qui parlait, ici c'est Dieu qui seul peut commander aux nuages. C'est là aussi ce qui explique, comment et pourquoi le prophète continue par la conjonction car.
ÉSAIE V, 8-U. 225
Kt voilà rinjusiice —
A réquité, et voilà riniquité^.
Malheur à ceux qui joignent maison à maison^
Qui ajoutent champ à champ, Jusqu'à ce qu'il ne reste plus de place, Et que vous demeuriez seuls dans le pays ^ !
laheweh Çebaôt me Ta dit*^:
Je jure que ces nombreuses maisons seront désertes,
Grandes et belles aujourd'hui,
Elles seront sans habitants.
Oui, dix journaux de vignes
Ne produiront qu'une pinte,
Et un résal de grains semés
Ne produira qu'un boisseau ^^
Malheur à ceux qui des le matin Courent après le vin, Qui s'attardent le soir, Échauffés par la boisson *'.
^ Li |>aavreté de la langue française, nous a forcé de sacrifier ici le sens à la fonne. Le texte dit à la lettre : Justice — meurtre, équité — cris. Mais en hébreu 3 y a : mis'pat — mispah ; çedagah — pe 'agah, ce qui fait voir que l'auteur Toolait donner à sa pensée une forme épigrammatique. En aUemand, on a réussi à i^prodoire le jeu de mots de plusieurs manières. Les essais faits en français .moeon ^ meurtre^ innocence — vengeance ou violence] sont bien faibles.
^ Le prophète se met maintenant à énumérer les. griefs de Jéhova contre son pnple. Le premier, c'est l'avidité des riches qui accaparent le sol, et réduisent les autres à Tétat de prolétaires, ou même de serfs.
*^ En hébreu, il n'y a que ces mots : laheweh Çebaôt dans mes oreilles. Le ^^The est omis. Mais cela ne signifie pas qu'il a murmura, ou parlé secrètement, ^ l^oreiUe. Il s'agit tout simplement d'une révélation, d'une communication que le prophète est chargé de reproduire.
^^ Description pittoresque de la stérilité et, par suite, de la ruine totale de (^aao. Les termes français sont pris au hasard. Les mesures hébraïques nommées dus le texte donnent la proportion de 10: 1 pour les grains semés et récoltés, ce (jui revient à une perte presque absolue.
^^ Le second reproche porte sur la vie dissipée de ces mêmes riches, sur leurs <iébaQches de table. Le terme opposé au ^n, dans le parallélisme, est ordinairement ^oit par cervoise. On peut se servir de ce mot, pourvu qu'on ne songe pas à notre hière d'orge, d'origine allemande. Il s'agit plutôt de vin de dattes, peut-être seulement de vin épicé, ou même de vin pur.
A. T. 2' part. — I. 15
226 ÉsAiE V, 12-18.
La lyre et la harpe Le tambourin, la flûte et le vin, Voilà leur festin, Mais ce que fait rÉternel, ils n'y oui point égard. Ils ne considèrent point ToeaTre de ses mains". C'est pour cela que mon peuple S'en ira en exil inopinément ; Sa noblesse deviendra une troupe afiTamée, Son luxe bruyant tarira par la soif**.
C'est pour cela que le S'eôl élargira son gouffre •*, Et ouvrira sa gueule béante et vaste : Et elle y descendra, cette magnificence, Cette pompe bruyante, cette foule joyeuse I Et rhomme sera humilié, Et le mortel abaissé*^, Et les orgueilleux baisseront les yeux, laheweh Çebaôt sera grand dans le jugement. Et le Dieu saint se montrera saint dans la justice ". Les brebis y paîtront comme dans leurs pâturages", Et des moutons étrangers brouteront les landes.
Malheur à ceux qui attirent la punition Avec les cordes de Timpiété, Et le châtiment du péché
13 Uemtre de Dieu, n'est pas le devoir prescrit aux hoaunes, mais la conduite providentielle de leurs destinées, par conséquent^ ici les châtiments qui se préparent, comme les lignes suivantes le font voir clairement.
^^ Il est difficile de traduire exactement ce distique. Il fait pendant avec celui qui décrivait les festins. La seconde métaphore est presque trop hardie pour être traduite à la lettre.
^^ Le S^eâl est le séjour des morts; ici c'est tout simplement la personnification de la mort elle-même.
16 Chap. II, 9 Buiv.
1'' L'abaissement des prévaricateurs sera la gloire et la justification de Jéhova.
1^ Ce dernier distique est un peu obscur, et probablement le texte est corrompa ou mal vocalisé. Il ne se rattache pas non plus trop bien à ce qui précède immédiatement. Le prophète parait revenir à la description du dépeuplement et de la dévastation du pays, qui alors ne sera plus cultivé, mais livré à la vaine pftture. Les nomades y passeront sans obstacle. La seconde ligne est traduite ailleurs par: Elles brouteront les déserts des nobles exilés; elles s'engraissent dans les champs désolés des riches; des étrangers mangent les déserts des riches, etc.
ÉSAIE V, 19-25. 227
Comme avec des traits de voiture *^ I Qui disent : Qu'il dépêche, qu'il bâte son œuvré,
Pour que nous la voyions I Que le dessein du Saint d'Israël arrive à terme, Pour que nous le connaissions I
Malheur à ceux qui appellent le mal bien,
Et le bien mal ; Qui changent les ténèbres en lumière.
Et la lumière en ténèbres; Qui changent amer en doux.
Et doux en amer'^I
Malheur à ceux qui se croient sages.
Qui sont intelligents selon leur opinion '' I
Malheur à ceux qui sont vaillants à boire,
Gens de courage à mélanger le vin '^ !
A ceux qui acquittent le coupable pour un cadeau^ Et privent le juste de son droit I
Aussi seront-ils comme le chaume que dévore le feu.
Comme Therbe sèche qui s'affaisse dans la flamme ;
Leur racine sera comme pourrie ;
Leur fleur sera emportée comme la poussière *',
Puisqu'ils méprisent les avis de laheweh Çebaôt
Et qu'ils dédaignent la parole du Saint d'Israël.
C'est pour cela que la colère de l'Éternel s'embrase contre son peuple. Il étend sa main sur lui et le frappe ;
^9 (Je nouveau reproche concerne la provocation blasphématoire de ceux qui, loin de s'effrayer des menaces faites au nom de Dieu, défient celui-ci de les mettre à exécution. L'image employée est étrangère à notre rhétorique : Attirer le châtiment en j attachant le péché comme une corde qu'on tire à soi, c'est comme qui dirait : se domer de la peine, pour que l'effet ne manque pas à la cause.
*^ n s'agit de la confusion volontaire des idées morales, à la suite de laquelle on ne distingue plus le bien du mal, et on agit d'après les inspirations du pur égoîsme. Les termes des deux derniers distiques ne disent pas autre chose que ceu du premier.
'^ Bt qui, pour cette raison, dédaignent tout avis salutaire.
^^ Les héros de la bouteille et les preux des banquets, ont déjà figuré plus beat, V. 11. Aussi cette strophe résume-t-elle en quelque sorte tout ce qui précède.
>s Annonce figurée du châtiment» en différentes images. La racine et la fleur, les extrémités pour la plante entière.
228 Es AIE V, 26>30.
Les montagnes en sont ébranlées, Et leurs cadavres encombrent les rues comme de l'ordure **, Malgré tout cela, son courroux ne s'apaise point Et sa main reste étendue.
Et il érige un signal pour les nations lointaines : Son sifflet les appelle du bout de la terre**. Et les voici qui arrivent, lestement, en toute hâte. Là, point d'homme fatigué, chancelant de lassitude ;
Nul ne dort ni ne sommeille ; La ceinture de leurs reins ne se défait pas, La courroie de leurs sandales ne se délie pas. Leurs flèches sont aiguisées.
Leurs arcs sont tous tendus, Les sabots de leurs chevaux sont comme le caillou. Les roues de leurs chars pareilles à l'ouragan. Leur hurlement est celui de la lionne*; Ils rugissent comme le jeune lion Qui gronde, saisit sa proie, la met en sûreté,
Et personne ne la sauve.
En ce jour-là, il y aura contre Juda un tumulte Pareil à celui de l'océan qui mugit ;
On regardera le pays :
Le voilà dans les ténèbres de l'angoisse, Et le jour se cache dans les sombres nuages *•.
^4 La môme menace est reproduite en termes propres. La catastrophe, amenée par rinlervention personnelle du Très-Haut, dont la présence fait trembler les montagnes, sera des plus terribles. D'après la phrase qui termine le 25" verset et qui est une espèce de refraiu [voyez le discours N. Vl), on est peut-être autorisé à trouver dans ces lignes deux calamités successives. D'abord le coup qui jonche les rues de cadavres, et auquel l'auteur ne s'arrête pas, de sorte que nous pourrions songer soit à une peste, soit à un massacre ; plus tard, l'invasion du penpk loiniatn, c'est-à-dire des Assyriens.
25 Image du berger qui sifQe son chien.
S6 Le dernier verset est lui-même enveloppé de ténèbres et est diversement interprété. On y voit ordinairement des alternatives de lumière et d'obscurité, soit de crainte et d'espérance, ce qui est absolument contraire à la tendance de ce discours. Il peut y avoir, après les menaces les plus terribles, la perspective de la restauration la plus glorieuse, mais jamais un prophète ne s'arrêtera tout court sans arriver à quelque chose de positif et de définitif. Nous déplaçons l'accent qui coupe l'hémistiche, en le mettant après le mot angoissBy et nous changeons la première voyelle du mot suivant. Des versions, comme celle-ci : «7 y aura ténèbres, amgmst et lumière, puis ténèbres, ne donnent point de sens plausible. Plrobablemeot le texte est fautif.
ésAiE VI, 1-4. 229