IV
L'année de la mort du roi 'OuzziyahoUf je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé, et les pans de son vêtement remplissaient le Sanctuaire. Des sarafs ' se tenaient debout près de lui ; ils avaient chacun six ailes, de deux ils se couvraient la face, de deux iU se couvraient les pieds, et de deux ils volaient. Et ils criaient Ton à Tautre et disaient : « Saint, isaint, saint est laheweh Çebaôt ; toute la terre est pleine de sa gloire ' I » Et le seuil s'ébranlait jusque dans ses fondements à la voix de celui qui criait, et la salle se remplit de fumée.
' Ce morceau (cbap. VI] est, pour la forme, le récit de la vocation du prophète, et sert à fixer la date du commencemeut de sou ministère. Mais il n'a pas été, poar cette raison même, le premier que l'auteur ait rédigé. Car son contenu fait Toir clairement qu'Ësale, au moment où il le mettait par écrit, avait constaté, par une longue expérience, le peu de succès de sa prédication. Voilà pourquoi il peut dire que Jéhova, en l'envoyant vers les Israélites, lui avait commandé, non point de les exhorter, de les éclairer, de les corriger, mais de les rendre aveugles et sourds, pour quHU ne se convertissent pas. Évidemment ce n'est pas là an but, mais cela peut être un résultat. Un prophète ne veut pas un pareil résultat, mais il le trouve sur son chemin et il s'en plaint. Le morceau est donc parfaitement à sa place. C'est le seul de tout le livre qui emploie la forme de la vision. La scène est dans le temple de Jérusalem, où Jéhova est censé assis sur l'arche sainte, Têta d'habits pontificaux tellement amples et flottants, que même la partie antérieure du lien saint en est remplie. Le prophète est placé sur le seuil de la porte d'entrée. (D'autres ont pensé qu'il s'agit plutôt du ciel.)
' Les Sarafs (Séraphins) ne sont en aucun cas les anges aUés de la mythologie chrétienne, que l'Ancien Testament ne connaît pas, et aucune des nombreuses étymologies qu'on a essayées pour en déterminer la notion, n'est sérieusement soutenable. (Les brillants, les brûlants, les encensants, les nobles, etc.) Tout aussi peu est-il possible de changer le texte [s^araMm, les ministres), le mot de Seraphim se trouve déjà chez les Septante. En hébreu, saraf est toujours un serpent, et nous saTOQâ que le serpent jouait un rôle dans la symbolique orientale, comme représentant certains attributs divins (le mystère, l'éternité). Nous le voyons servir à des représentations figurées de Dieu chez les Juifs (Nomb. XXI. 2 Rois XVIII, 4). Ici il ne s'agit pas de simples serpents naturels, mais de formes complexes (comme celles des Chérubins d'Ézéchiel), qui ont des parties de serpents, d'oiseaux (les ailes), d'hommes (les mains). Ces formes sont créées par l'imagination de l'auteur et nous •emblent grotesques, parce que nous n'avons plus l'habitude de symboliser des idées abstraites, telles que les attributs divins, par des combinaisons hybrides de Cornes animales. Ces idées deviennent ainsi des êtres animés, personnels, et se placent comme en sous-ordre à calé de la notion abstraite de Dieu.
^ La triple répétition sert à donner à l'expression de la solennité. Comp. Jér. XXU, 29. Nah. I, 2. Ez. XXI. 32. 2 Sam. XVIII, 33. Apoc. IV, 8. L'ancienne théologie y voyait une preuve à l'appui du dogme de la trinité.
230 ÉSAIE VI, 5-ii.
Et je dis : Malheur à moi, je suis perdu ! car je suis un homme aux lèvres impures, et je demeure au milieu d'un peuple aux lèvres impures, et c'est le roi laheweh Çebaôt que mes yeux ont vu*4 £^ Tun des sarafs vola vers moi, tenant à la main une pierre ardente qu'il avait prise sur Tautel avec des pincettes ^ ; et il l'approcha de ma bouche en disant : Vois I ceci a touché tes lèvres et ton péché est ôté^ et ton iniquité est pardonnée.
Puis j'entendis la voix du Seigneur qui disait : Qui enverrai-je ? et qui ira pour nous ? Et je dis : Me voici I envoie-moi * I Et il dit : Va dire à ce peuple : Entendez toujours, mais ne comprenez pas ! Voyez toujours, mais ne reconnaissez pasi Rends insensible le cœnr de ce peuple ', bouche-lui les oreilles, ferme-lui les yeux, pour qu'il ne voie pas de ses yeux, ni n'entende de ses oreilles, pour que son cœur ne comprenne point , ni ne se convertisse, et qu'il ne soit pas guéri!
Et je dis : Jusques à quand, Seigneur 'I Et il dit : Jusqu'à ce que les villes soient ruinées et dépeuplées, et les maisons sans habitants, et que le pays soit dévasté et désert, et que l'Éternel en ait éloigné les hommes, et que la désolation soit grande sur cette terre. Et s'il y reste un dixième, ils seront anéantis à leur tour 1 Comme le téré-
^ L'impureté des lèvres est placée ici pour l'état de péché en général. L'homme en sa qualité de pécheur ne peut supporter l'aspect ou l'approche de Dieu; m présence le tue. Partout où il est fait mention dans l'Ancien Testament d'appaiitions de Dieu, la môme crainte est exprimée (Juges VI ; XIU. Gen. XVI, etc.)
^ On est censé se trouver dans le sanctuaire de Jérusalem ; il y a devint le siège de Jéhova un autel où l'on brûle de l'encens. On se servait de piètres chauffées très-fortement, non-seulement pour y brûler de l'encens, mais encore dans le ménage pour faire cuire le lait ou le pain. Le feu a ici, comme aiUeurs , la vertu de purifier. C'est un acte symbolique de la grâce accordée à un membre de la communauté d'Israèl, et moyennant laqueUe il est séparé du reste du peuple, pour devenir l'honmie de Dieu.
6 La question n'avait été adressée ni à Ésaîe, ni aux Séraphins, qui ne soot pas les conseiUers de Jéhova, mais Dieu s'était parlé à lui-même (Grên. I, 26J. Cependant Esaïe, maintenant purifié, entend la voix de Dieu et s'offre pour son service.
"^ Litt.: enduis-le de graisse. Ce sont bien des impératifs partout, dans ce discours ; c'est la volonté de Dieu de produire ce déplorable effet ; parce qu'il est las d'avertir, il veut que le peuple devienne mûr pour le châtiment. Le passage est souvent reproduit dans le Nouveau Testament (Matth. XIII, 14. Marc IV, 12. Luc VIII, 10. Jean XII, 40. Actes XXVUI, 26. Rom. XI, 8). Mais le sens eo est généralement affaibli.
9 N'y aurait-il plus d'espoir?
ÉSAIE VII, 1-3. 231
biothe et le chêne, dont il reste un tronc en terre quand on les coupe, leur tronc deviendra une race sainte ^ I
Il arriva du temps d'Ahaz, fils de lotam, fils de 'Ouzziyahou, roi de Jnda^ que Reçin, roi de Syrie, avec Péqah, fils de Remalyahou, roi d'Israël, marcha contre Jérusalem pour Tattaquer, mais il ne parvint pas à y mettre le siège *. Et lorsque la nouvelle arriva à la cour du roi ', que les Syriens étaient campés en Éphraîm, son cœur était agité, ainsi que le cœur du peuple, comme les arbres de la forêt sont agités par le vent. Et TÉtemel dit à Ésaîe : Va sortir, toi et ton fils Tourne - reste ^, à la rencontre d'Ahaz , vers Fextrémité
' Point de grâce pour la prësânte génëration ; elle sera exterminée, coupée a flear de terre. La eouche restée dans le sol refleurira, et poussera de jeunes et beaux rejetons, comme il arrive des arbres, pour lesquels aussi c'est quelquefois le dernier moyen de conservation. La syntaxe de la dernière phrase est un peu embroniUée, mais Timage est claire et la traduction n'avait pas besoin d'en changer reipresflion.
^ Â l'époque de l'avènement du roi Ahaz, les rois Reçtn de Damas et Péqah de Samarie se liguèrent contre Juda et mirent ce royaume à deux doigts de sa perte [3 Rois XVL 2 Ghron. XXVIII). La guerre paraît avoir duré plusieurs limées (entre 743-799 av. J.-G.) et se termina par l'intervention des Assyriens, qn'Abaz avait appelés à son secours et dont il devint dès lors tributaire. Le discours, oa pbitdt les différents discours qui se suivent ici (chap. VU, 1-IX, 6], se npporteni aux incidents de cette guerre. Si nous les réunissons, ce n'est pas que Boos mécimnaissionâ la distance qui les sépare les uns des autres, mais parce qu'ils M rapportent tous à des événements qui se tiennent.
* Cette dernière note prouve que la rédaction de notre* texte est postérieure à ces érénements, car le premier discours qu'on va lire a dû dtre prononcé dans an moment où l'insuccès de l'entreprise n'était pas encore décidé, et où l'on faisait caeore & Jérusalem des préparatifs de défense.
' lilt.: à la maison de David.
^ On effacerait complètement, pour le lecteur français, l'un des principaux éléments prophétiques de ce morceau, si l'on conservait les noms propres des fils d'Ësaîe dans leur forme hébraïque. La valeur étymologique de ces noms est importante même pour llntelligence de l'ensemble. S'ear-ioê'onb signifie : le reste (du peuple, eomp. VI, 18) reviendra, se retournera, se convertira à Dieu. Le prophète avait donné exprès ce nom symbolique à son fils, pour qu'il fût un «tyntf, un avertissement pour les habitants de Jérusalem (VIII, 18). Encore pourrait-on soutenir l'opinion que ce fils d'Ésale, et les autres qui seront nommés plus loin, sont des personnages purement fictifs (comp. Osée I).
232 KSAIB vu, 4-8.
de i*aqaedac du réservoir supérieur, sur le chemin de la blaocbisserie', et dis-lui :
Garde à toi* et sois tranquille I N*aie pas peur, et que le cœur ne te faille Devant ces deux bouts de tisons fumants, [La fureur de Reçîn el de la Syrie et du fils de RewuUyahou''] Parce que Aram médite ta ruine, Avec Éphraîm et le fils de Remalyahou, Et qu'ils disent : Marchons contre Juda,
Serrons-le, forçons-le'.
Et donnons-lui pour roi le fils de TabeëP! Voici ce que dit le Seigneur, TÉternel : Cela ne réussira pas, cela ne sera pas 1 Car la tète d'Aram, c'est Damas, Et la tête de Damas, c'est Reçin*<^, [D'ici à 65 ans Epkraim sera ruiné el dépeuplé^*]
& Ces localités sont situées aa nord-ouest de la ville. Les eaux dn ruisseaa de G'ihon s'y trouvaient recueillies dans un réservoir et de là dirigées par un aqueduc sur la ville même. Le roi est allé inspecter ces lieux pour y faire faire des travaux de défense, afin que l'ennemi ne pût pas détruire Taqueduc.
^ Le but de cette première allocution esl de rassurer le roi, pour qu'il n'aille pas chercher du secours à l'étranger au lieu de s*en remettre à la protection de Jéhova. Garde à toi, se rapporte à cette dernière idée, et ne veut pas dire : prends des mesures de défense. L'invasion, la guerre, comme la passion en général} sont comparées à un feu. Les deux alliés ennemis, à ce point de vue, ne sont plus que des bûches déjà presque consumées, c'est-à-dire, que leur force d'attaque est déjà épuisée.
*? Nous estimons que cette ligne toute prosaïque et surtout très-superflue, n'est qu'une note explicative de quelque ancien lecteur ou commentateur ; nous en verrous bien d'autres plus loin.
S Évidemment, en parlant ainsi, on a en vue la capitale, qui doit être assiégée, ouverte par des brèches, prise d'assaut.
0 On suppose généralement qu'il s'agit là de quelque personnage autrement inconnu qui devait être le vassal des étrangers. Pourquoi Tabeêl ne serait-il pas le nom du père de Reçîn même ?
^^ Le sens n'est pas clair. On peut dire : Reçîn sera roi de Damas et non de Jérusalem; il ne parviendra pas à annexer Juda.
^^ Cette ligne est positivement une note étrangère au texte et assez maladroite par-dessus le marché. Elle interrompt le parallélisme, elle est en contradiction arec le verset 16, qui annonce la ruine d'Éphraïm pour une époque beaucoup plus rapprochée; elle contient une promesse qui ne pouvait guère rassurer Ahai; elle serait Tunique exemple d'une prédiction précise formulée en nombres exacts; enfin, dans ce cas loême, elle serait contredite par l'histoire. Le discours ne peut remonter
ÉSAIE VU, 9-14. 233
Et la téie d*Éphraïm, c'est S'omerôn, Et ia tète de S'omerôn, c'est le fils de Remalyahou : Si vous n'avez pas de confiance, Voas n'aurez pas de consistance*'!
Et rÉternel continua à parler à Ahaz en ces termes *' : Demande on signe de la part de rÉternel, ton Dieu; demande-le ici-bas ou là-hant ** ! Mais Ahaz dit : Je ne demanderai rien et je ne tenterai point l'ÉtemeP*. Et il lui répondit : Écoutez donc, maison de David I Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, pour que vous fatiguiez aussi mon Dieu *^ ? C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Vois-tu, la femme est enceinte, et quand
iB-deli de 743 (au dire des assyriologaes, il serait même plus récent), et la ruine de Samarie survint en 722. L'auteur de la remarque doit avoir eu en vue quelque éTénement postérieur qui nous est inconnu, ou il s'est tout simplement trompé dans ses calculs chronologiques^ ou enfin il y a dans le nombre une faute de copiste.
is Imitation du Jeu de mots de l'original : taamtnoU't^ménou. Cette parole finale s'idresse soit à Ahaz et à ses ministres, soit au peuple entier de Jérusalem. La conBaDce en Jéhova est le moyen de salut indiqué par le prophète, et opposé aux projets d'alliance avec l'Assyrie, nourris sans doute dès lors par le gouvernement, peat-étre déjà en train de négociation.
^^ Le morceau qui suit doit être détaché du précédent. C'est à une autre occaàoD, plus ou moins rapprochée de la précédente, qu'Ésale s'adresse de nouveau au roi. La perspective qu'il ouvre devant lui est une autre que tout à l'heure, et l'on •unit tort de placer toujours la scène de l'entrevue près de l'aqueduc du G'ihon.
^^ Ahaz est invité à demander un signe^ auquel il pourra reconnaître qu'Ésaïe, en le rassurant sur l'issue de la guerre, ue l'a point trompé. On voit, par la suite ^es faits, qu'il s'agit de quelque fait précis et déterminé, dont l'accomplissement préalable, annoncé d'avance, aurait en quelque sorte garanti en même temps celui de la première prédiction. Ce pouvait être un événement ordinaire, naturel, terrestre, on un phénomène céleste. Voyez d'autres exemples 1 Sam. II, S4 ; X, 2 ss. Lac I, 80; II, 12.
^^ Le roi, sous le prétexte d'un scrupule religieux, mais probablement parce que son parti était pris, décline l'invitation du prophète. Il n'a pas besoin de signe, il ne fait pas trop de cas de promesses, il sait ce qu'il a à faire.
^^ Ahaz affectait de ne pas vouloir provoquer Dieu, et ce refus même était une «pèce de provocation ; car c'était une preuve de méfiance et d'incrédulité. Sans <lMite, il ne faut pas demander à Dieu avec impatience ce qu'il ne veut pas donner, mais tout aussi p^ faut-il refuser ce qu'il offre. Ici il offrait de donner des gages de l'aocomplissement de ses promesses, et le roi lui fait l'injure de se défier de celles-ci même. (Les hommes, c'est le prophète tel qu'il avait parlé d'abord tout Bmpleineat; Dieu, c'est l'intervention directe du Très-Haut, quand il offre le signe.)
234 éSAIE VII, 15-19.
elle mettra an monde un enfant, elle rappellera: DieD-pour-noas*'. [// numgera du lait et du miel jusqu'à ce qu'il joeAe rejeter le mal et choisir le bien.] Car airant qne Venfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays dont les deux rois te font peur sera déyasté. L*Éternel amènera sur toi et sur ton peuple et sur ta famille des jours tels qu'il n'y en a point eu depuis qu'Éphnum s*est séparé de Juda [le roi d'Assyrie], En ce jour-là, l'Étemel appellera les moustiques des bords des fleuves d'Egypte et les frelons du pays d'Âss'our, et ils viendront s'abattre dans ces vallées escarpées et dans les fentes de ces rochers, sur tous ces buissons et sur toutes ces landes. En ce jour-là, le Seigneur, avec un rasoir emprunté au-delà du fleuve [par le roi d'Assyrie]^ vous rasera la tète et les
^f Âhaz ne voalant pas demander de signe pour s'assurer de la certitude des promesses de Jéhova, celui-ci en donne un lui-même. Seulement, pour punir le manque de foi du roi, la perspective prophétique change tout à coup. Dans le premier discours, il avait été dit : Fiez -vous à Dieu, Aram et Éphraîm ne réussiront pas, vous n'avez rien à craindre d'eux I Maintenant il est dit : Puisque vous ne voulez pas vous fier à Dieu, mais recourir à l'aide des ÂssyrienSi voici ce qui arrivera : Aram et Éphraîm seront défaits, comme Dieu l'avait promis, mais ceux que vous appelez à votre secours se tourneront contre vous à leur tour. Ainsi la perspective finale, de rassurante qu'eUe avait été, devient sombre et effrajante, sans que Jéhova veuille manquer à sa parole. Et tout cela arrivera daiu un hrtf d^i. Quand une femme est enceinte, on peut calculer le moment de sa délivrance. Esale dit donc : Au bout de peu de mois un enfant qui va naître pourra être appelé : Dieu-pottr^-nous (litt.: Dieu avec nous), ce qui veut dire qu'on sera alors dans une situation rassurante à l'égard de l'invasion qui menace aujourd'hui Judi et Jérusalem. Avant que l'enfant n'ait atteint l'ftge de discernement, c'en sera fait de Damas et de Samarie. Tout cela est fort simple et le sera davantage, si pu la femme en question nous n'entendons pas celle du prophète, ni telle autre en parti' culier, mais la femme comme telle. La brusque transition de la promesse à la menace ne gêne guère. Les interpolations du texte sont assez faciles à élaguer. La première est une combinaison des versets 16 et 22 et interrompt manifestement le discours en s'interposent entre le signe et son explication. La seconde [U m d'Assyrie] n'est qu'une glose marginale explicative, d'ailleurs incomplète, parce qu'Ésale veut parler à la fois des Égyptiens et des Assyriens, qu'U compare à des essaims de moustiques qui viendront tourmenter les hahitants de Canaan. Jamais ee texte n'aurait donné lieu à de si étranges méprises, si les traducteurs alexandrins, dans leur ignorance du grec, n'avaient eu la maladresse de changer la /kmne en vierge, ce qui donna lieu à l'interprétation messianique en vogue dans l'Église chrétienne. En présence de passages comme Gant. YI, 8, et surtout Prov. XXX, 19 s.. U est impossible de traduire ^Almah par vierge, d'autant plus que la langue possède an mot propre à cette dernière notion et qu'on trouve employé plus de einqaaste fois dans les textes. Et puis, quelle consolation y avait-U pour Ahas, si le prophète lui disait : N'aie pas peur de ces deux rois, dans 750 ans naîtra le Messie ?l
ÉsAiE VII, 20-25. Vin, 1, 2. 235
poils da corps, et il enlëyera même la barbe *^. En ce jour-là, un homme entretiendra une vache et deux brebis *^ ; et à cause de Tabondance de lait, on ne mangera que la crème ; oui, ceux qui snrnyront dans le pays se nourriront de crème et de miel. En ce jour-là, tout endroit où il y a aujourd'hui mille ceps de vigne, pour mille pièces d'argent'®, deviendra un champ de ronces et d'épines. C'est avec l'arc et les flèches qu'on s'y rendra'*, car le pays entier ne sera que ronces et épines. Et quant à tous ces coteaux, cultivés aujourd'hui avec le hoyau, vous n'y viendrez plus, de crainte de n'y trouver que ronces et épines : on y laissera courir le bétail, ils seront foulés par les moutons ''.
Et l'Étemel me dit : Prends une grande table et écris dessus en caractères lisibles : Hâte-proie pille-tôf. Et je pris avec moi comme témoins des personnes dignes de foi , le prêtre Ouriyah , et
18 Limage des insectes est remplacée par une autre, mais dans le mdme sens. Si les mouches piquent et tourmentent les hommes, le rasoir les rend chauves: c'est le pays qui est piUé et pelé. ESn fait de cheveux, la barbe est ce que l'Orient soigne et choie le plus. Tout sera perdu^ maisons et moissons. Ce sera du fait des conquérants étrangers que Jéhova aura pris à son service. Nous avons mis emprunté, pour hué, afin d'éviter toute équivoque.
^^ n n'y aura plus d'agriculture, tant la dévastation sera grande et les troupeaux mêmes réduits à la dernière exiguïté. Mais comme le pays sera dépeuplé en même temps, ces trois bêtes dooneront plus de lait qu'il n'en faudra. Ce n'est pas là une promesse, c'est une menace de plus. Quant au miel, c'est celui qu'on trouve dans U forêt on aîUeurs, une production naturelle, donc un indice de plus de l'absence de tonte culture.
*^ Gela veut dire, sans doute, les plus excellents. Un sicle par cep a dû être QB prix très-élevé. C'est environ 3 francs.
^1 Le gibier, peut-être même les animaux féroces s'y seront établis.
^ On remarquera que le prophète ne détermine nuUement l'époque de l'accomplisiement de sa menace, tandis qu'il a été très-positif à cet égard relativement à la délivniioe préalable.
^ On voit facilement que ce nouveau morceau se détache du précédent et n'en est pas la suite. Mais il se rapporte encore à la prédiction rolative à la défaite des Syriens et des Éphnimites. Seulement la prédiction est ici plus précise et pins poitîve, d'abord en ce que le terme en est plus rapproché, ensuite en ee que le prophète désigne l'Assyrie comme la puissance qui ruinera les deux autres. L'ins** cription est formulée à dessein d'une manière tant soit peu énigmatique, pour exciter l'attention des passants ou des spectateurs ; elle est tracée sur ime table ou planche e( probablement exposée en public pour attirer les regards et pour constater de noavean ee que le roi n'avait pas voulu croire. {Carmtères lisibles, litt. : burin d'homme, e'esMi<-dire écriture ordinaire.)
236 ÉSAIE VIII, 3-8.
Zekaryahou, fils de lebérekyahou '^. Et je m'approchai de la prophétesse et elle devint enceinte et mit au monde un fils, et TÉterDel me dit : Appelle-le Hàte-proie pille-tôt, car avant que Tenfant ne sache dire : père et mère, on portera les richesses de Damas et le butin dé S'omerôn devant le roi d'Assyrie '^
Puis rÉternel me parla encore en ces termes *' : Puisque ce peuple méprise les eaux de S'iloah qui coulent doucement, et perd courage au sujet de Reçin et du fils de Remalyahou, pour cela, voyez, le Seigneur va faire monter contre eux les eaux de TEuphrate, grandes et fortes [le roi d'Assyrie et louée sa puissance] ; il quittera son lit et passera par-dessus ses rives^ il se déversera sur Juda, il inondera, il débordera, il atteindra jusqu'au cou, et ses bras étendus couvriront toute la largeur de ta patrie, ô Dieu-pour-nous '^ 1
^^ Les témoins assistent à la composition de Uinscription» pour pouvoir attester plus tard qu'elle avait été faite bien avant Tévénement. Le prêtre Ouriyah est connu par le récit qui le concerne, 2 Rois XVL Zekarjah pourrait bien être le premier prophète de ce nom^ auteur de Zach. IX-XI^ et que la tradition aurait confondu avec son homonyme plus récent.
25 LamQme prédiction reproduite sous une autre forme. Il naît un fils à Ésaïe, qui reçoit comme nom les paroles de l'inscription, pour être en quelque sorte le miroir vivant des événements de son époque (comp. 1 Sam. IV, 21). Les commentateurs se divisent sur la question de savoir si Dieu-pour-nous et Pilh-tôt sont deux enfants nés successivement, ou un seul enfant dont les deux noms (d'ailleurs purement symboliques} représentent le même événement à deux points de vue. Nous penchons vers cette dernière opinion, qui a déjà été adoptée par S. Jérôme. Nous pensons même qu'on pourrait aller plus loin encore à ce sujet. Voyez la note sur VII, 3. Le premier nom ne nous semblerait pas justiQé, si llntervalle entre la naissance d'un premier enfant et l'accomplissement de la prophétie s'allongeait de la période d'une seconde grossesse. Comme les divers morceaux dont se compose le texte des chap. VII et VIII sont un peu décousus, nous ne nous arrêterons pas à la circonstance qu'il est dit la première fois : la femme est enceinte, la seconde fois : elle devint enceiote. Et puis on remarquera que la naissance du premier enfant, s'il y en avait eu deux, ne serait pas mentionnée.
2^ Comme dans le morceau précédent, la sinistre prédiction d'une invasion assyrienne se rattache intimement à la perspective de la chute de Damas, et de Samarie.
S*? L'allégorie est très-belle et il n'était pas besoin, pour la comprendre, de la ridicule glose qui s'est glissée dans le texte. L'Euphrate qui inonde Canaan est la puissance assyrienne; mais l'image devient surtout spirituelle par Tantilhèse. Jérusalem, dans sa peur, n'a pas eu assez de sa petite source de S'iloah, qui sort au sud de la ville, de la montagne du temple, et qiii n'est qu'un mince filet d'eau paisible. Elle a voulu du grand fleuve, hé bien, elle l'aurai S'iloah est naturellement le symbole de Jéhova lui-même. — En traduisant : perdre courage t nous obéissons à une nécessité logique. Le texte hébreu paraît être corrompu, car il parle de joie, — Au lieu de hrae^ l'original dit les ailee^ ce qui doit signifier le< deux bords — Ce n'est pas sans intention qu'Ésaïe nomme ici la Palestine le
ÉSAÎE VIII, 9-13. 237
Grondez, peuples, et tremblez"!
(Écontez-bien, régions lointaines I)
Ârmez-Yons, et tremblez I
Ârmez-Yous, et tremblez I Tramez vos complots, ils seront déjoués ; Délibérez vos projets, ils ne tiendront pas,
Car avec nous est Dieu.
Car voici ce que m'a dit TÉternel,
Quand sa main me saisit.
Quand il m'avertit, en ces termes, De ne point suivre la voie de ce peuple :
N'appelez point ligue Ce que ce peuple appelle ligue '® ; Ce qu'il craint, ne le craignez point,
Et ne vous en effrayez pasi
C'est laheweh Çebaôt que vous sanctifierez^^; Que lui soit Fobjet de votre crainte, Que lui vous inspire la iorreur !
pijs de Dieu'pour-nous ; il ne veut pas dire qu'elle appartient à cet enfant, comme le pensent ceux qui voient là le Messie ; il fait allusion à la valeur symbolique àa nom de cet enfant, qui représente naturellement la partie saine de la population dans un moment donné. Voilà, dit-il, quels malheurs attirent sur nous, adorateufs confiants du Dieu protecteur d'Israël, l'iacrédulité et la lâcheté de ceux qui régissent les destinées de ce pays. Ajoutons encore ceci : Nous avons reconnu que, selon Umte vraisemblance, Diet^-pour-nou» est le même que Pille-tôt; voici maintenant le premier nom qui revient dans le second discours, comme pour justifier cette îdenti* &e«tio&.
'S Le nouveau morceau commence encore par une menace contre Damas et Samarie. Le prophète les défie, par le premier impératif de chacune de ses phrases, i:t les menace par le second. Pour donner plus de solennité à ces menaces, il 'Ppellfi comme témoins les pays lointains, non directement engagés dans la lutte ; ils voDt voir comment Jéhova abat ceux qui sont contre lui.
^^ Ces paroles de Jéhova s'adressent, comme le texte le dit expressément, au prophète et à ceux qui partagent ses sentiments. Elles reviennent à dire : Cette fifue de Damas et de Samarie ne doit pas vous effrayer. Sans doute, au point de vue purement politique et matériel, c'était une coalition menaçante ; mais le vrai seniieur de Jéhova, sCir de la protection de son Dieu explicitement promise, ne se laisse pas intimider par ce mot. Une coalition contre le Très-Haut est une absurdité.
^^ Dans le sens consacré par l'Oraison dominicale.
238 ÉSAiE vin, 14-17.
Et il sera un lieu saint**, Une pierre d'achoppement et un rocher qui fait trébucher, Pour les deux maisons d'Israël;
Un piège et un filet Pour les habitants de Jérusalem".
Et beaucoup d'entre eux s'y heurteront,
Et tomberont, et se briseront,
Et seront enlacés et pris.
Enferme l'instruction, scelle la révélation. Avec mes disciples ".
L'Éternel cache sa face Devant la maison de Jacob :
Je prends, patience, j'espère en lui '^.
81 Un liea saint, est un lieu consacré à ki divinité, un lieu dont aucun prûfone ne doit s'approcher, et dont les fidèles mdmes a» s'approchent qu'avec un sentiment de crainte respectueuse. L'expression est absolument synonyme ici du grec adyt<m (où il est défendu de pénétrer), ou de 'arabe Ikarâm, qui est par exemple le nom donné de préférence au lieu saint de Jérusalem. Gardez-YO«i^ dit le prophète, de venir à l'Étemel avec des intentions, des paroles, des actes coniraires à sa sainte volonté .
S^ Israël en général (Jnda et Éphraîm), et Jérusalem en particulier, sont avertis ainsi par le prophète, qui reprend la parole à son tour, pour exprimer une nenace. Ce niême Dieu, qui est le protecteur et le sauveur de ceux qui lui obéissent, ctnee la perte de ceux qui lui manquent. Cette idée est formulée au moyen de diverses images très-fréquentes dans l'Ancien Testament. La pierre placée dans le chemin, contre laquelle on heurte le pied et sur laquelle on tombe en se faisant plus ou moins mal ; la trappe dans laqueUe s'engage l'animal pour tomber au pouvoir da chasseur, peignent l'une et l'autre les causes prochaines ou les occasions dW malheur ou d'un châtiment. La personne de Dieu peut être cette occasion, quand on n'a point pour eUe les égards qu'on lui doit.
83 Ce sont des paroles de Jéhova adressées au prophète» et absolument parallèles, pour le sens, à celles des premiers versets du chapitre. L'oracle est censé écrit d'avance, comme c'était le cas pour l'inscription de la table. L'accomplissement ne devant se faire que plus tard, on l'enferme, on l'enveloppe, on le scelle, en d'antres termes, on le met en lieu sûr, mais en présence de témoins fidèles à Dieu, noos pourrions dir0, d'autres théocrates ou prophètes (v. 2], pour le produire au moment de l'accomplissement, afin de rappeler alors au peuple que Jéhova ne lui avait pas refusé les avis salutaires (comp. Dan. XII, 4. Apoc. X, 4}.
'4 Le prophète, après avoir prêché aux autres, exprime ses sentiments personnels. Pour le moment, l'horixon politique est bien sombre, Jéhova parait lAcher la bride aux ennemis de Juda, Reçin et Péqah s'avancent sur Jérusalem. Mais il a confiance en celui qui lui a dit qu'ils ne seraient pas vainqueurs.'
ésAJE VIII, 18-20. 239
Voyez, moi et les enfants qae TÉternel m'a donnés, Nfl» flomiaes des signes et des présages en IsraëP^
De la part de fuhgfiA Çfibaàt^
.Qoi réside en la montagne de Sîoir.
Et s'ils vous disent :
Consultez les revenants et les devins
Qui marmottent et qui chuchottent — Un peuple ne doit-il pas consulter son Dieu?
Ira-t-il aux morts et non au Vivant '^ ?
c A la révélation I à Tinstruction I »
Ne prononcera-t-il point cette parole,
Lui, pour lequel il n'y a point d'aurore"?
'^ Par les noms mêmes que nous portons, hi'a^yàhou signifie : Salut de TÉtemel^ OQ l'Étemel sauve. Quant aux noms des enfants : Toume^resie, Dieu-pour-nous, PilUtôt, ils ont été expliqués plus haut. Le prophète se prévaut de ces noms pour 7 fonder ses espérances^ parce qu'il ne les a pas donnés arbitrairement à ses fils. Ce qne ces noms présagent, l'asâistance de Jéhova, la ruine de Damas et de Stmtrie, la conversion du reste des Judéens, cela ne peut manquer de se réaliser. — Ce passage, du reste, semble favoriser l'interprétation d'après laquelle l'existence de ces enfants ne serait qu'une forme symbolique de la prophétie, une fiction, conune c'est positivement le cas pour les enfants d'Osée (chap. I).
'^ U s'agit ici d'une application spéciale de ce qui vient d'être dit de la confiance eo Dieu. Le gouvernement et le peuple, auxquels elle manquait, consultaient, dans lev terreur, les devins, les nécromanciens, peut-être les oracles de quelque faux Diea; en tout cas, ils ne s'adressaient pas à celui dont Ésaîe était l'organe. On préférait les prédictions clandestines de quelque charlatan, ou la voix grêle d'un prétendu esprit évoqué (i Sam. XXVIII) à la prédication éclatante d'un vrai prophète; on préférait les morts (revenants ou faux dieux) au Dieu vivant et seul vhttre de l'avenir. La traduction de la dernière ligne est sujette à caution.
'"^ L'exclamation : A la révélation I c'est-à-dire : Adressons-nous à elle, forme Tintitlièse naturelle de la eonsultation des devins et des revenants. En comprenant iiiisi U liaison des idées, toute obscurité disparaît. Les deux questions successives so&t introduites par les deux adverbes interrogatifs généralement usités. — L'aurore est le symbole de l'espérance. Ésaïe veut dire : il n'y en a pas pour Juda, tant «p'on persistera dans cette fausse voie. La conversion est la condition indispensable d an changement dans la situation politique. — Cette idée que le peuple est plongé du» les ténèbres d'une nuit sans aurore va être développée dans un tableau dont les traits sont faciles à reconnaître, seulement on n'entrevoit pas trop clairement si le prophète s'arrête aux faits actuels, nous voulons dire, s'il dépeint un état de choses résultant de l'invasion des Syriens et des Éphraîmites, ou si, revenant mopinément à ses visions antérieures d'une invasion assyrienne, il entend plutôt pciodre une situation future ,* comp. VII, 17 ss.; VIII, 7 ss. Le parallélisme des morceaux précédents que nous citons ici, et surtout le fait que la perspective messianique (qui forme la péroredson de tout ce cycle de discours, chap. VU et VIII) ^s s'y rattacher immédiatement, nous fait penser que dès à présent le regard du prophète plonge dans l'avenir, de sorte que la transition est identiquement la même 9^ les deux premières fois.
240 ÉSAiE vni, ai -23. IX, 1, 2.
Il parcourt le pays, accablé^ affamé; Quand il a faim, il s'irrite, Il maudit son roi et son Dieu.
Il tourne ses regards vers le ciel, Il les fixe sur la terre.
Partout détresse et ténèbres, Obscurité pleine d'angoisse ;
Il est plongé dans une sombre nuit".
Mais plus de ténèbres.
Pour ce qui est aujourd'hui dans Tangoisse'^I
Le passé a humilié
La terre de Zebouloun et la terre de Naftali ;
L'avenir glorifiera
Les bords du lac, au-delà du Jourdain,
Le district des païens ^^.
Le peuple qui marche dans l'obscurité
Voit une grande lumière ;
Ceux qui demeurent dans la terre des ombres
Un nouveau jour va luire sur eux.
Tu multiplies ce peuple **
C'est à lui que tu donnes grande joie :
Il se réjouit devant toi.
Comme on se réjouit dans la moisson,
3d Ces dernières lignes pourraient bien avoir un peu souffert dans les copies; avec un léger changement on obtient un parallélisme plus régulier : De détresse et de ténèbres il est enveloppé [mou'a/), dans l'angoisse, dans la nuit il est plongé.
89 Transition brusque (IV, 2; VI, 13} à la prédiction d'un changement heureux. Les conditions morales auxquelles celui-ci doit avoir lieu, sont sous-entendues.
40 Aujourd'hui, le passât Vavenir ; la lettre du texte serait peut-être plus exactement rendue d'après les intentions de ceux qui y ont mis les accents : Au ie*^P (au lieu de : aujourd'hui} précédent il (Dieu] a humilié, au (temps) ultérieur t t' glorifiera. — Il est fait allusion à l'invasion des Assyriens qui d'après 2 Rois XV, 29, et à cette époque môme avaient dévasté la partie septentrionale de Canaan (occupée par les deux tribus nommées dans le texte) et le territoire au-delà du Jourdain et du lac de Génézaret, Bas'an et G'ile'ad. Le pays de NafUli, où la population était très-mélangée (Juges I, 30 ss.: IV, 2; 1 Rois IX, 11], portait dès lors le nom de district ou cercle des païens {Q'elil haggo^îm)^ dont on fit plus tard celui de Galilée. — Ësale prédit donc une restauration de cette malheureuse contrée. Les images de la nuit et de la lumière n'ont pas besoin d'explication.
4^ Après l'avoir décimé pour le chfttier, et après ne lui avoir laissé qu'un faible reste destiné à devenir la souche d'une nouvelle nation (VI, 13). Insensiblement le prophète arrive à généraliser ses prévisions ; il n'est plus question de la Galilée spécialement.
éSÂiE IX, d-5. 241
Comme on tressaille d'allégresse
Au partage du butin.
Car le joug sous lequel il se courbe, Et le bâton qui frappe son dos, La verge de son oppresseur.
Tu les brises comme à la journée de Midyan ♦'. L^armure du guerrier bruyant, Sa casaque trempée dans le sang, Tout est brûlé,
Tout est la proie des flammes.
Car un enfant nous est né *',
Un fils nous est donné — L'empire repose sur son épaule :
On le nommera Conseiller-prodige, Héros-dieu, Père à jamais, Prince de la paix** —
<^ Comme da temps de G'ide'ôn, le vainqueur des Midlanites, le petit peuple dlsreêl, guidé par son Dieu, prendra sa roTanche contre les puissants Assyriens, et après sa victoire on brûlera les dépouilles des vaincus pour inaugurer l'avénement de la paix et du bonheur.
*^ Cette époque, dit le prophète en terminant, est celle de l'avènement d'un roi gouTernant selon la volonté de Dieu, faisant régner le droit et la justice, et assunnt ainsi à tout Jamais au peuple et la protection de Jéhova et la prospérité la plus brillante. Ce roi, c'est celui que la théologie juive a depuis nommé le Messie, c'est-à-dire VOint par excellence. Nous avons traduit le texte en mettant les verbes au présent ; en hébreu ils sont au prétérit. Il va sans dire que le prophète parle de l'avenir. Il n'est pas possihle de voir l'enfant promis dans le jeune prince Hizqijah, alors âgé à peu près de dix ans. Mais il ne faut pas méconnaître non plos l'élément politique fortement accentué dans cette péroraison.
^ Ce sont les quatre principales qualités du roi, à la fois sage et vaillant, coD({aérant et pacificateur. En hébreu, chaque épithète est composée de deux mots, doQt l'un sert à déterminer l'autre ; nous avons cherché à reproduire ces formes de U pensée. Parmi ces épithètes il y en a plusieurs dont on s'est exagéré la portée. £o traduisant : Père à Jamais j nous avons songé à la signification ordinaire du mot père, qui est celle de l'autorité et de la protection. D'autres ont traduit : Pèrt i» tmti», ce qui ne serait pas contraire au dictionnaire (Gen. XLIX, 27. Ésale XXXIII, 23. Soph. III, 8], ni étranger à la conception du Messie (XI, 14. Zach. IX, 13, etc.]. En tout cas, nous ne dirons pas Père de l'éternité, comme on traduit Talgairement. Notre terme de Héros-Dieu est plus exact que Dieu fort, parce que. le texte ne veut pas revendiquer pour le Messie la nature divine dans le sens fflétaphysique, mais lui attrihuer des forces divines qu'il tient de Dieu (XI, 2). Noas pourrions même aller plus loin et écarter complètement la notion de Dieu, le Diot IRl exprimant, à vrai dire, tout simplement celle de la force. Voy. Ézéch. XXXI, 11, où il est appliqué au roi de Bahel.
A. T. 2* part. — 1. 16
242 ésAiB IX, 6-iO.
Pour agrandir Tempire^ Et donner nne prospérité sans fin Au trône de David et à son royaame;
Pour rétablir et raffermir Par le droit et la justice, d'ores à jamais I Voilà ce que fera la jalousie ** de laheweh Çebaôt.
VP.
Le Seigneur envoie une parole en Jacob, Afin qu'elle descende sur Israël', Et que ce peuple tout entier rapprenne, Éphraïm et l'habitant de S'omerôn, Dans son orgueil et sa fierté, quand il dit :
cDes briques sont tombées.
Nous bâtirons en pierres de taille;
Des sycomores ont été coupés.
Nous mettrons des cèdres à la place ^ ! > Mais rÉternel fera lever contre lui les vainqueurs de Reçin,
Il armera ses ennemis,
4^ La jalousie, et non le zèht car d'après l'Ancien Testament Jéhoya est jakmt en tant qu'il ne souffre pas d'autres dieux à cdté de lui^ et qu'il ne permet pu que sa gloire soit obscurcie par les malheurs des siens.
^ Ce morceau (IX, 7-X, 4) se distingue de tous les autres discours de notre prophète par la régularité de sa forme. Il se compose de quatre strophes terminées par un mdme refrain. 11 se rapporte d'ailleurs à des événements très-rapprochés de ceux dont il vient d'être question. L'invasion des Assyriens est un fait accompli. Le royaume de Damas a été englouU par la conqudte; une partie du royaume d 'Éphraïm a été dévastée (VIII, 23). C'est chose inconcevable que cette pièce ait pu être dépecée pour être répartie entre deux chapitres et rattachée à des textes étrangers.
2 La parole de Dieu (c'est la prédiction même qu'Ésale formule ici) est personnifiée; elle vient comme un messager du haut du ciel.
' La première strophe annonce au royaume d'Éphralm^ non suffisamment humilié par ses pertes antérieures^ un nouveau châtiment de la part de Jéhova. Les Éphraïmites prétendent avoir perdu peu de chose et promettent, dans leur outre' cuidance, de rétabb'r glorieusement leur échec. < Ce qui a été détruit n'était qu'une chaumière construite en briques et en bois de sycomores, nous mettrons à sa place un palais bâti en pierres de taille et en bois de cèdre. > On comprend l'allégorie : l'édifice à construire, c'est le corps de la nation, le royaume et son indépendance.
ÉSAIE IX, 11-16. 243
Aram par devant, les Philistins par derrière, Et ils dévoreront Israël à gueule ouverte ^.
Malgré tout cela son courroux ne s^apaise point Et sa main reste étendue'.
Mais le peuple ne revient pas à celui qui Ta frappé, ns ne recherchent point lahei^eh Çebaôt^. Aussi rKtemel arrachera-t-il d'Israël Tête et queue, palmier et jonc En un même jour'.
[La iéte^ ce sont les Anciens et les gens de distinction^ et la queue^ ce sont les prophètes qui prêchent le mensonge^,] Les guides de ce peuple le fourvoient, Et les guidés s'engouffrent^.
Aussi le Seigneur ne s'intéresse-t-il pas à ses jeunes guerriers '^ ; Il n'aura pas pitié de ses veuves et de ses orphelins. Car ils sont tous scélérats et méchants Et chaque bouche profère Timpiété.
Malgré tout cela, son courroux ne s'apaise point Et sa main reste étendue.
* Le prophète annonce tout antre chose. Les Assyriens qai viennent d'abattre le roi de Damas, se tourneront contre Israël, et ils auront pour auxiliaires ces mêmes Syriens, naguère alliés de Samarie, aujourd'hui vassaux de Ninive, et du cOt^ opposé, les Philistins, aujourd'hui indépendants encore, demain eux aussi sujets des Assyriens (XIV, 28 ss.). Par devant ^ par derrière, c'est-à-dire à Test, à l'onest.
5 Chap. V, 25.
^ Le châtiment déjà essuyé n'ayant pas produit le repentir, Dieu va frapper un coup plus terrible encore. La nation entière va périr.
"^ La t6te et la queue sont les deux extrémités de l'animal; le palmier (litt. : les rameaux du palmier qui n'en forment que la couronne) et le jonc, sont les deux tiges placées aux extrémités de l'échelle quant à la grandeur. Les deux images reviennent donc à dire : grands et petits, tout le monde. Les guides et les guidés, c'est encore : tous, les uns comme les autres.
^ Cette sotte glose toute prosaïque se fait encore reconnaître comme une interpolation par la fausse interprétation qu'elle donne du texte.
^ Image empruntée à des gens qui ne voient pas leur chemin et qui tombent <iAn3 la fosse. D'après les lois du parallélisme, on comprend que cela ne veut pas dire qae les conducteurs ne tomberont pas. Voyez plutôt Matth. XV, 14.
^^ Il ne les conduira pas à la victoire.
244 ÉSAIE IX, 17-20. X, 1-4.
Car la méchanceté brûle comme un feu
Qui dévore ronces et épines, Ei allome les broussailles de la forêt Qui tourbillonnent en colonnes de fumée**.
Par la colère de TÉtemel le pays est en feu.
Et le peuple devient la proie des flammes. Nul n'épargne Tantre.
On déchire à droite, sans assouvir la faim, On dévore à gauche, sans être rassasié,
Chacun mange la chair de son propre bras.
Menass'eh conti'e Éphrum, Éphnum contre Menass'eh, Tous deux ensemble contre Juda*'.
Malgré tout cela, son courroux ne s'apaise point Et sa main reste étendue.
Malheur à ceux qui rendent des arrêts iniques. Aux scribes qui écrivent des sentences injustes.
Chassant les pauvres du tribunal, Privant de leur droit les faibles de mon peuple,
Faisant des veuves leur proie,
Et des orphelins leur butin '^ Et que ferez-vous au jour du compte à rendre.
De la ruine qui vient de loin ?
Vers qui fuirez-vous pour trouver du secours,
Et où laisserez-vous vos trésors ?
A moiDs de se courber parmi les captifs.
Ils tomberont parmi les morts ^* 1
Malgré tout cela, son courroux ne s'apaise point. Et sa main reste étendue ".
11 L 'auteur va expliquer lui-même son image. Elle est empruntée à l'usage de brûler les plantes sauvages pour le défrichement.
IS La guerre civile achève de ruiner un peuple déjà décimé par Tagression du dehors. A l'époque même des invasions assyriennes sous Tiglat-Piléser, Péqah périt assassiné et il s'ensuivit une longue anarchie, sur laquelle les livres historiques ne nous fournissent point de détails. — Ce qui précède est la description poétique de cette anarchie. Le propre brat est mis probablement pour le proche parent.
19 Reproches plus spéciaux adressés aux Juges iniques, oppresseurs des petits tu profit des grands. Les prophètes reviennent souvent à cette déplorable situatiofi sociale. Voyez ci-dessus III, 12 ss. Amos V, 7. suiv. etc.
1^ On peut aussi traduire : Il ne vous restera que de vous courber.... ou de tomber.
11^ Le morceau se termine sans laisser aucune lueur d'espérance.
ÉSAIE X, 5-8. 245