VII
Malheur à Ass'our, la verge de ma colère,
Le bâton auquel j^ai remis ma vengeance * I
Je l'envoie' contre un peuple impie, Je le dépêche contre la nation, objet de ma fureur, Pour saisir sa proie, pour s'emparer du butin.
Pour la fouler comme la boue des rues :
Mais ce n'est pas là ce qu'il médite;
Ce n'est pas à cela que pense son cœur*. Non 1 il songe à détruire, A exterminer les peuples en grand nombre. Car il dit : c Mes satrapes sont autant de rois ^ I
' Ce discoura (chap. X, 5 -XII, 6], le plus étendu de la première collection, est relatif 8QX rapports de Juda avec l'Assyrie. Le roi Ahaz était devenu tributaire de cette puissance vers 741 , époque où Tiglat-Piléser avait fait son expédition (chap. YIII). Cette situation subsiste encore (chap. X, 27}. D'un autre côté, Samarie est tombée également (X, 9 ss.), d'après la chronologie adoptée vulgairement. Or, Salmanassar détniisit le royaume d'Éphralm en 722 et Hizqiyah refusa le tribut vers 715; c'est donc dans l'intervaUe de ces deux époques que nous devons placer le présent morceau. Les événements particuliers auxquels il fait allusion, ne sont pas autremeut connus. Mais il est évident que l'Assyrie menaçait Juda d'une nouvelle ioTasioD. Ësaîe chfttie l'insolence de l'Assyrien, qui, oubliant qu'il n'avait été que lustrament 'de la colère de Jéhova contre IsraSl, prétend de ses propres forces anéantir le peuple de Dieu que le Seigneur réserve à de hautes destinées après TaToir puri6é.
' La construction du premier distique a pu sembler obscure et singulière, en ce qne l'Âssyrien est nommé d'abord une verge de Dieu, ce qui est une métaphore très-oonnue, et puis la verge lui étant mise entre les mains. Mais le sens reste le même et il n'y a pas lieu de changer le texte. La seconde phrase nous choque, parce qu'un bâton n'a pas de mains. Notre traduction efface cet inconvénient.
' Le verbe au présent peint très-bien la vivacité du discours. Car la mission <le l'Assyrien, dont il est parlé ici, appartenait au passé, et Jéhova le menace précisément, parce que le roi étranger ne la croyait pas terminée.
^ n faut bien se garder de combiner ces penséies de l'Âssyrien avec le butia de la phrase précédente. Car c'est précisément pour piUer qu'il voulait revenir. Ésaïe veut dire : U ne pense pas, il ne considère pas qu'Israël ne lui avait été livré que momentanément pour un but déterminé.
^ L'orgueil du conquérant insatiable est tout aussi odieux à Jéhova que l'avait été la perversité de son peuple. Cet orgueil se peint dans le discours mis dans ^ bouche du roi d'Assyrie (v. 8-11). Il est le roi des rois, le titre royal étant P°^ par beaucoup de ses vassaux, et môme ses satrapes exerçant une puissance royale.
246 éSAiB X, 9-14.
N*en a-t-il pas été de Kalno comme de Karkemis' ?
N*eD a-t-il pas été de Hamat comme d'Arpad?
N'en a-t-il pas été de S'omerôn comme de Damas*? De même que ma main a frappé ces royaumes aux vains dieux ^, Dont les images étaient pourtant plus nombreuses qu*à Jérusalem ^
De même que j'ai fait à S'omerôn et à ses vains dieux.
Ainsi je ferai à Jérusalem et à ses statues ! >
Mais quand le Seigneur aura achevé son œuvre
Sur la montagne de Sion et à Jérusalem *, Alors il comptera avec Torgueil du roi d*Ass'our,
Et avec sa hautaine insolence'*.
Car il dit : c C'est par ma propre force que je Tai fait,
Et par ma sagesse, car je suis intelligent :
J*ai reculé les frontières des peuples, J*ai pillé leurs trésors,
J'ai renversé les rois, conune un héros. Ma main a saisi, comme un nid, les forces des nations ;
Comme on ramasse des œufs délaissés.
Moi j'ai ramassé toute la terre ;
® Il se vante de ses conquêtes précédentes. Tout a dû lui céder: Kalno ou Kalné sur le Tigre, plus tard Gtésiphon, la capitale de Tempire des Arsaddes; Karkemis' (Circésium) sur l'Euphrate, devenue célèbre par la victoire de Neboakadnéçar sur le Pharaon Neko; Arpad et Hamat, villes de la Syrie,* la première inconnue aujourd'hui, la seconde (Epiphanie sur l'Oronte] florissante aujourdliui encore sous son ancien nom. Les lautres sont connues (voy. les chap. VU et VUI et 2 Rois XVI-XVIII).
"7 Ce mépris pour les dieux des peuples vaincus n'est pas dicté par une foi monothéiste ; ce serait contraire à l'histoire. L'Assyrien les juge d'après la résistance qu'ils lui ont opposée. Le Dieu de Jérusalem est naturellement placé par lui sur la môme ligne que les autres; ou plutôt il est plus faible encore, il a moins d'images. On comprend que du point de vue du prophète^ c'est là le comble du blasphème.
8 Le texte ajoute : et à S'omerân, ce qui doit être une faute de copiste, ou même une interpolation mal avisée^ car cela dérange tont à fait le parallélisme des vers et mAme la logique du raisonnement.
9 Le châtiment de l'Assyrien est décidé dès à présent; cependant avant de l'accomplir, Jéhova a une œuvre à terminer à Jérusalem même. Juda n'est point encore suffisamment purifié et Dieu lui réserve d'autres épreuves encore.
10 Notre traduction est ici plus libre que d'ordinaire. A la lettre, ce serait: Je regarderai après le fruit de la grandeur du cœur du roi d'Assyrie et après la gloriole de la hauteur de ses yeux. Ces tropes ne sont pas usités en français. La ff rondeur du cœur, c'est l'orgueil; le fruit de l'orgueil, ce sont les paroles insolentes; U hauteur des yeuœ^ c'est la fierté dédaigneuse. On remarquera aussi que dans l'original le discours passe de la troisième à la première personne.
ÉSAIE X, 15-19. 247
Et il n*y en eut point qui remuât l'aile, Ou qui ouvrit le bec et criât** ! »
La cognée se vante-t-elle contre celui qui la manie? La scie s*élèye-t-elle contre celui qui la fait mouvoir ? C'est comme si la verge agitait celui qui la lève,
Comme si le bâton levait le bras *^ 1 C'est pourquoi le Seigneur, le maître des armées. Enverra la consomption dans ses gros*' bataillons. Et sous sa splendeur il allumera un feu.
Comme le feu de l'incendie.
Oui, la lumière d'Israël deviendra un feu, Et son Saint sera une flamme, Qui dévorera et consumera Ses épines et ses broussailles en un seul jour. Et la beauté de sa forêt et de son verger,
Il la détruira, corps et âme.
Et ce sera comme un malade à l'agonie. Et le reste des arbres de sa forêt sera tel Qu'un enfant en ferait le compte *^.
^^ Ce second discours reproduit la pensée du premier sous une forme plus figurée. Un nid de petits oiseaux est bien la chose au monde qui offrira le moins de résistance à TenTahisseur. Les peuples vaincus sont comparés à ces petites créatures, dont la faiblesse forme un constraste avec l'expression fotcw (militaires} employée à dessein. — Pai renversé^ le$ rois, litt. : ]'ai fait descendre les siégeants (lor le trône).
^' C'est le prophète (ou Jéhova] qui répond. Il déverse le ridicule sur ce langage impertinent, en comparant le conquérant à un instrument qui se croirait l'auteur ^ ictes accomplis avec son aide, tandis qu'il est en réalité l'esclave d'une volonté étnagère. — Au lieu de la dernière phrase, il y a littéralement dans le texte : coome si le bftton levait ce qui n'est pas du bois. Le sarcasme est plus incisif àua cette forme, mais l'effet rhétorique est affaibli pour le lecteur moderne.
l> En hébreu : gras.
'^ Le châtiment est annoncé à son tour dans une série d'images assez dispantes; cependant on peut les ramener à deux. D'abord c'est celle d'une maladie de couow^MH qui doit représenter le dépérissement progressif de la puissance assyrienne. L* jraitse est pour la rhétorique hébraïque le symbole du bien-être, de la prospérité. Cette même image de la consomption revient à la fin du 18" verset, où le texte dit à la lettre : comate la langueur d^un languissant. Déjà la phrase précédente : corps et ^t, prélade à cette tournure des idées et n'a plus rien à faire avec l'image de la forêt. La seconde image est celle du feu qui consume les arbres et doit ainsi représenter une ruine instantanée , amenée par la violence. Le feu , c'est le Seigneur lui-même, qui pour Israël est une lumière bienfaisante. La matière à brûler, forêt, broussailles, verger, etc., c'est l'Assyrien et sa puissance. — Faire le compte, litt. : un nombre qu'un enfant pourrait écrire.