NEUVIÈME SIECLE AVANT JÉSUS-CHRIST
La série des prophètes dont il nous est parvenu des discours écrits commence par Joël, bien que cette place d'honneur, que lui décerne la critique moderne à la presque xmanimité, ne lui revienne qu'en vertu d'arguments purement négatifs. Le fait est que les anciens Juifs déjà n'avaient à cet égard aucune donnée traditionnelle positive, et c'est sans doute un peu au hasard que dans le recueil des synagogues orientales il occupe la seconde place dans la collection de ceux qu'on appelle les petits prophètes ; tandis que chez les Grecs il n'en est que le quatrième. Et pourtant, selon toutes les probabilités, l'un comme l'autre arrangement se fonde sur des combinaisons chronologiques. Nous aussi nous suivrons l'opinion commune, tout en reconnaissant qu'elle ne s'appuie sur aucune preuve péremptoirement concluante et irréfiragable^ mais en constatant aussi que celles qui sont ordinairement alléguées en sa faveur ne sont contrebalancées par aucune considération qui en amoindrirait la portée. Cependant pour faire comprendre le raisonnement par lequel on croit pouvoir revendiquer pour notre prophétie ce privilège de la plus haute antiquité, il faut que nous disions d'abord un mot du sujet qu'elle traite.
L^opuscule se divise en deux parties, distinctes Tune de Tautre, mais formant malgré cela un tout bien coordonné. Dans la première (I, l-II, 17), l'orateur débute par un appel à toute la population, citadins et campagnards, prêtres, vieillards, laboureurs et gens de plaisir, qu'il invite à se joindre aux lamentations universelles, provoquées par une cruelle calamité qui a frappé le pays. Une sécheresse. extraordinaire et l'invasion d'une armée de sauterelles a détruit tous les produits du sol, et menace les habitants de toutes les horreurs de la famine. L'auteur s'arrête surtout avec complaisance à la description de cet ennemi irrésistible et insaisissable qui dévore la verdure comme un feu, et dont la marche n'est arrêtée par aucun obstacle. Mais cette calamité n'est que l'avis précurseur d'un jugement plus terrible encore, dont la colère de Dieu menace le monde. C'est que le grand jour de l'Éternel est proche, et qui, parmi les mortels, pourra en supporter les terreurs? Aussi le. discours se termine-t-il par un second appel à tout le peuple, qu'il invite à implorer la clémence du Très-IIaut, dans l'espoir qu'il voudra faire grâce et épargner ce qui n'a pas encore péri.
Ce premier morceau est suivi d'une note en prose qui constate que la prière a été exaucée, ou qui, si l'on veut, annonce le changement comme chose positive (II, 18, 19).
Puis vient un second discours poétique (II, 19 -IV, 21), qui retrace en couleurs non moins vives un tableau idéal de l'avenir. C'est d'abord la promesse du retour de la fécondité du sol et de l'abondance des récoltes ; ensuite celle d'une ample effusion de Tesprit de Dieu sur la nation entière ; enfin, l'annonce des assises solennelles de Jéhova, qui va convoquer tous les peuples dans la plaine du jugement, pour leur demander compte des avanies faites à Israël, et pour rendre la liberté aux captifs dispersés et réduits à l'état d'esclaves loin de leur patrie.
On voit sans peine qu'avec de pareils éléments et à défaut de toute tradition historique (l'inscription même du livre se taisant complètement à cet égard), il doit être fort difficile de déterminer l'époque où l'auteur a vécu. Des calamités du genre de celles qui sont décrites ici étaient malheureusement très-fréquentes en Palestine, si fréquentes, que les annales du peuple Israélite les signalent presque à chaque page et qu'aucune génération ne paraît en avoir été exempte. Ce n'est donc pas au moyen de l'événement qui a mis la plume à la main du prophète, qu'on peut arriver à
résoudre le problème chronologique. Il faut pour cela des combinaisons plus compliquées et partant moins sûres.
On a d*abord été frappé de ce fait que le prophète Âmos, dont lëpoque peut être déterminée avec assez de certitude et dont Tœuvre remonte aux premières années du huitième siècle avant noire ère, paraît avoir eu sous les yeux l'écrit de Joël et en avoir pris texte pour ses propres prédications. Le grand et beau morceau qui est placé en tête de son recueil amplifie cette idée, que les menaces prononcées autrefois contre les peuples voisins d'Israël recevront leur accomplissement (ce qui revient à dire qu'elles ne lont pas reçu encore) et que Jéhova ne rétractera pas sa parole. II y a plus : il débute par la phrase même par laquelle Joël avait commencé sa péroraison (Am. I, 2. Joël IV, 16). De même, tout à la fin de son livre, la perspective d'une heureuse fécondité du sol de Canaan est calquée sur le tableau qui termine la prophétie de Joël (Am. IX, 13. Joël IV, 18). Une autre phrase de celui-ci se trouve reproduite, quoique en sens inverse, par deux prophètes du milieu du huitième siècle (Joël IV, 10, comp. avec Ésaïe II, 4 et Michée IV, 3), dans des passages qui sont facilement reconnus comme des emprunts faits à un auteur plus ancien. Nous n'insistons pas sur l'identité évidente de Joël I, 15 et d'Ésaïe XIII, 6, par la raison que ce dernier texte appartient à un prophète beaucoup plus récent et ne peut donc pas servir à démontrer l'antiquité de son modèle.
Un autre argument, plus concluant peut-être, est dérivé de la nomenclature des nations étrangères qui sont l'objet des invectives du prophète dans le moment présent, et de la vindicte céleste dans l'avenir. Il ne s'agit là encore que des plus proches voisins de Juda, des Philistins, des Édomites, des Égyptiens (IV, 4, 19), ainsi que des Phéniciens, lesquels, sans doute, n'avaient point été directement en guerre avec les rois de Jérusalem, mais s'étaient attiré la haine des Israélites en leur qualité de marchands d'esclaves, et par l'odieux profit qu'ils avaient su tirer des victoires des autres. Joël ne parle point des Syriens, dont les incursions commencèrent dès le neuvième siècle (2 Rois XII, 18), encore moins des Assyriens, dont les armes, dès avant le milieu du huitième, avaient porté des coups terribles à la richesse et à l'indépendance de la nation. D'un autre côté, les déprédations des Philistins, qui arrivèrent jusqu'à piller Jérusalem (Joël IV, 5), remontent au premier quart du neuvième siècle (2 Ghron. XXI, 16 suiv.). La
guerre malheureuse contre les Édomiles, qui reconquirent leur indépendance (2 Rois VIII, 22), se place à peu près à la même époque, et Tinvasion des Égyptiens est d'ime date plus ancienne encore (1 Rois XIV, 25).
Enfin, pour tout dire, on a aussi insisté sur ce fait, qu'il n*est question, dans le texte de notre prophète, ni d'idolâtrie, ni d'adoration de dieux étrangers, chose d'autant plus remarquable que c'est là l'un des thèmes les plus habituels des discours de ses collègues ou syccesseurs. Le culte de Jéhova paraît subsister dans toute sa régularité (I, 9, 13; II, 14, 17). Si cette observation est fondée, on doit chercher dans l'histoire d'Israël une époque caractérisée à la fois par l'absence du polythéisme et l'abaissement politique. On croit ainsi être autorisé à s'arrêter à la minorité du roi Joas (vers 870), et avant les faits mentionnés au deuxième livre des Rois, ch. XII, 18, et cela avec d'autant plus de raison, que le prophète ne parle nulle part d'un roi, tout en énumérant les différentes catégories de personnes directement atteintes par les effets de la détresse publique et appelées à en conjurer les périls par la prière et le repentir. Nous convenons cependant que ces derniers arguments reposent sur une base très-peu solide.
Si, d'après tout ce qui vient d'être dit, on ne peut revendiquer qu'une certaine probabilité pour l'opinion qui fait remonter la prophétie de Joël au-delà du milieu du neuvième siècle, en revanche, il est hors de doute que l'auteur a été citoyen du royaume de Juda, et selon toutes les apparences, c'est à Jérusalem même qu'il a vécu et écrit. Toutes les fois qu'il fait allusion à quelque acte religieux, il prononce le nom de Sion, et rien n'indique que ce ne soit là qu'une forme rhétorique et non im effet de l'actualité (voir II, 1, 15; IV, 18,21).
Joël compte avec raison parmi les écrivains classiques de son peuple. Son style est à la fois clair et châtié ; aucune difficulté de langage n'arrête le lecteur, quand il veut jouir des brillants tableaux pleins de mouvement qui font de ce petit livre lune des plus belles productions de la littérature hébraïque. En effet, on s'aperçoit facilement qu'il y a là une composition littéraire, et non le calque d'un discours improvisé sur quelque place publique. Tout y fait ressortir un talent distingué : la disposition des parties et l'évolution des scènes, comme le choix des expressions et la vivacité des images. L'auteur touche successivement à tous les
points qui sont les éléments obligés de la prédication prophétique : les péchés du peuple, le châtiment du juge suprême, le repentir Qéc^saire et la perspective de la réconciliation ; et malgré cette simplicité monotone du cadre, qui semble devoir entraver l'essor du génie individuel, il y a ici une originalité de conception, une liberté d'allure, qui soutient la comparaison avec n'importe quelle autre composition du même genre. Il y a seulement à relever cette circonstance assez curieuse, que ce prophète, contre l'usage général de ses successeurs, tout en exhortant ses compatriotes à revenir à Dieu, à faire un acte de contrition en déchirant leurs cœurs et non pas seulement leurs vêtements (II, 12), n'insiste en aucune façon sur leurs fautes ; qu'il ne les énumère pas en détail, ni ne les dépeint avec une généreuse indignation ; en un mot, que sa rhétorique ne se préoccupe pas trop du côté moral de la situation, comme nous le verrons si fréquemment ailleurs.
Nous nous arrêterons encore un moment à la partie du texte qui pour nous est la plus intéressante : nous voulons parler de la description idéale de l'avenir. Ce n'est pas que nous nous proposions d'insister sur ce que la réalisation des espérances nationales est attendue pour une époque prochaine : cela va de soi et est le caractère commun de toutes les prophéties. Il en est de même de l'élément politique, qui prend une large place dans les peintures fantastiques de la dernière partie du discours. Mais il convient de faire remarquer deux faits également dignes d'attention. D'abord, on y chercherait en vain une trace de l'idée messianique proprement dite, c'est-à-dire, de l'espérance ou de la prédiction de Tavénement d'un roi victorieux qui rendrait à Israël son ancienne splendeur, assurerait sa paix, et ferait régner la justice au sein d*un peuple purifié par de cruelles épreuves et désormais fidèle à la loi de son Dieu. Cette idée, caressée surtout par les plus illustres prophètes du huitième siècle, n'a dû sans doute surgir qu'après des malheurs publics plus accablants et un plus grand abaissement de la nation, laquelle, dès lors, désespérait de se jamais relever par ses propres forces.
En revanche, Joël insiste avec complaisance sur une autre perspective, moins éclatante peut-être, mais qui atteste mieux l'élévation des sentiments personnels de l'auteur et la tendance essentiellement spiritualiste de ses conceptions. Il annonce à ses compatriotes une effusion si ample de l'esprit de Dieu, que la nation tout entière deviendra un peuple de prophètes. On sait
A. T. a*- part. — I. 5
comment, dès le début de la prédication apostolique, cette prophétie est devenue, pour les disciples de Jésus, une espèce de garantie pour Taccomplissement de toutes leurs espérances en partie si enthousiastes. Il faut convenir qu'en l'invoquant à l'appui de leurs convictions nouvelles, ils n'ont point cédé à une illusion, et que leur exégèse, si peu sûre encore de ses principes et de ses méthodes, les a mieux servis ici que dans mainte autre occasion. Quel que soit d'ailleurs le jugement qu'on veuille porter sur Joël et son livre, nous avons de la peine à croire que la littérature prophétique ait commencé par là. Il se révèle dans ces pages, à ce qu'il nous semble, un si haut degré de perfection dans le rapport entre la forme et le fond, que nous ne pouvons nous défaire de ridée que divers essais, moins parfaits d'abord, ont dû précéder celui-ci. S'il s'agissait seulement du point de vue religieux et de ce qui se rattache plus immédiatement au cadre de l'enseignement, nous ne soulèverions point une pareille question critique : car personne ne contestera que les idées fondamentales du prophétisme remontent à une époque bien antérieure à celle où nous nous trouvons ici. Ce sont les qualités littéraires de ce premier modèle du genre qui nous ont inspiré la remarque qu'on vient de lire. Aussi bien paraît-elle s'être déjà présentée à l'esprit d'autres lecteurs. La critique la plus récente en a même tiré une conséquence dont nous ne saurions reconnaître la nécessité. Elle s'est demandé si le jugement traditionnel qui place Joël à la tête des prophètes écrivains ne devrait pas être complètement réformé? Elle a même essayé de lui assigner sa place parmi les tout derniers, après l'exil, où il ne s'agissait plus de rois ni de guerres, où les noms des grands conquérants, qui avaient autrefois afliigé la terre promise, appartenaient à un passé lointain et pouvaient être effacés de la mémoire des hommes, tandis que les mesquines inimitiés des peuplades du voisinage venaient encore raviver le souvenir de griefs plus anciens. A défaut d'arguments positifs à faire valoir en faveur d'une hypothèse si diamétralement opposée à l'opinion accréditée jusqu'ici, il nous a semblé plus sûr de nous en tenir à celle-ci.
Parole de rÉlemel adressée à Joël fils de Pelouël
Écoutez ceci, vieillards 1 Prêtez Toreille, vous tous, habitants de ce pays I Pareille chose est-elle arrivée de votre temps.
Ou du temps de vos përes ?
Faites-ed le récit à vos fils, Et que vos fils le racontent aux leurs, Et ceux-ci ,à une autre génération ^ I Le grillon a dévoré les restes de la chenille, La sauterelle a dévoré les restes du grillon, Le rongeur ailé a dévoré les restes de la sauterelle '.
^ Les premiers distiques forment ane espèce d'exorde destiné à peindre comme tout à fait inonîe la calamité à laquelle le prophète veut rattacher sa prédication. Il s'adresse aux vieillards d'abord, comme à ceux dont les souvenirs remontent le plus haut, et il insinue que plus d'une génération passera avant que rien de semblable n'arrive.
^ Il j a quatre noms d'animaux dans le texte, mais il est essentiel, pour lioteUigence du discours, de maintenir que les quatre noms désignent une seule et même espèce, dans les différents stades de son développement. La grandeur de U calamité résultait de ce qu'un immense essaim de sautereUes s'était formé dans le pays et ne l'avait quitté qu'après une entière dévastation, et en passant sur les lieux mêmes par les métamorphoses successives propres à cet insecte. A cet égard, notre traduction aussi reste imparfaite^ le grillon et la sauterelle étant des animaux divers, mais en tout cas cela vaut mieux que les hannetons des anciens traducteurs. Il est probable que le prophète (ou plutôt la langue elle-même] désigne par le premier mot l'essaim qui vint d'abord, et par le second, la génération éclose l'année sùvinte; les deux derniers termes à leur tour désignent l'animal devenu parfait ■près le stade où U n'avait point encore ses ailes.
Réveillez-vous, ivrognes, et pleurez !
Lamentez-vous, buveurs de vin, Au sujet du jus de la vigne.
Car il est enlevé à votre bouche.
Car un peuple a envahi mon pays, Puissant et innombrable ; Ses dents sont des dents de lion.
Une denture de lionne est la sienne.
Il a changé mon vignoble en désert, Mes figuiers en un taillis mis en pièces ; Tout est rongé, dépouillé, abattu, Et les sarments jaunissent'.
Pleure*, comme une vierge ceinte du cilice
Pour répoux de sa jeunesse*.
Offrandes et libations manquent à la maison de rÉternel ; Les prêtres, les ministres du Seigneur sont en deuil. La campagne est dévastée, la terre est triste, .
Car les blés sont détruits,
Le vin est perdu, Thuile tQirit.
Désolez-vous, laboureurs.
Lamentez- vous, vignerons, Au sujet du froment et de Forge :
Car la récolte des champs a péri.
^ Cette strophe décrit la dévastatioD des vignobles et des vergers. Les Jeunes pousses n'ont pu échapper à la voracité de ces innombrables et invincibles envahisseurs ; la tendre écorce, les premières feuilles ont été attaquées par un appareil incisif, et comparable, pour ses effets, à la denture d'un carnassier; la verdure pleine de promesses a cédé la place à la couleur blême d'une tige mourante ; Tespoir de la vendange est perdu. C'est à ceux qui aiment le vin, qui ne peuvent s'en passer, qu'il appartient de fairo entendra les premiers les plaintes lugubres qui seront bientôt universelles.
^ La seconde strophe s'adrasse nécessairement au pays lui-même. Les poètes personnifient les pays ou les villes, sous la figure de femmes.
^ La douleur la plus amère et la plus inconsolable est celle d'une Jeune fille qui perd son bien-aimé ou son fiancé. Le texte dit littéralement: le mettre de sa jeunesse.
La vigne est perdue,
Le figuier est flétri, Le grenadier, et le palmier, et le pommier. Tous les arbres de la campagne sont desséchés : La joie est perdue pour les mortels !
Ceignez-vous de deuil, ô prêtres !
Lamentez-vous, ministres de Tautel !
Venez passer la nuit revêtus du cilicc, Ministres de mon Dieu !
Car l'offrande et la libation Sont refusées à la maison de votre Dieu. Ordonnez un jeûne sacré.
Convoquez une assemblée solennelle.
Hennissez les vieillards, tous les habitants du pays, Â la maison de rËternel, votre Dieu !
Invoquez rÉternel à grands cris * :
< 0 jour de malheur !
Oui, il est proche, le jour de l'Éternel, Il fond sur nous comme la foudre du Tout-Puissant ^ ! Ah! devant nos yeux toute nourriture est enlevée, La joie et l'allégresse, de la maison de notre Dieu. Les graines pourrissent sous leurs mottes. Les granges sont vides, les greniers détruits.
Le blé est perdu!
c Comme les bestiaux mugissent !
Et que les troupeaux de bœufs sont dans la détresse!
Pour eux, plus de pâturage I Les troupeaux de brebis aussi pâtissent.
^ Les prêtres sont introduits à leur tour comme ressentant le contre -coup de la calamité publique. Les productions du pays étant perdues, les offrandes cessent aussi ; et les fonctions sacerdotales consistent d'un côté à s'associer au deuil universel, de l'autre à provoquer des démonstrations naturelles en pareille circonstance et à donner l'exemple de la contrition et de la prière. Les deux strophes suivantes formulent cette dernière.
"^ Il y a id dans l'original un jeu de mots inimitable dans une traduction française et que l'allitération de fondre et de fwiârt ne rend que très-imparfaitement — Le ^0111* dt l' Éternel est ici le jour d'une calamité suprême, par laquelle le Dieu courroucé contre son peuple lui fait pressentir une ruine définitive.
C'est toi. Éternel, que j'invoque, Car un feu a dévoré la verdure de la lande ; Une flamme a brûlé tous les arbres des champs. Les animaux sauvages aussi crient vers toi.
Car les cours d'eau sont taris, Et un feu a dévoré la verdure de la lande ^.>
Sonnez la trompette en Sion !
Faites retentir le signal sur ma sainte montagne '"^ I Que tous les habitants du pays acpourent en tremblant ! Car il vient, le jour de l'Éternel, il est proche ;
Un jour de ténèbres et d'obscurité.
Un jour de nuages épais et sombres I Comme l'aurore*^, on voit s'étendre sur les montagnes
Un peuple nombreux et puissant;
Son pareil n'a jamais existé,
Ni ne reviendra après lui.
Dans les années des générations futures!
Devant lui le feu dévore,
Derrière lui éclate la flamme; Le pays devant lui était un jardin d'Éden,
Derrière lui c'est un désert aride.
Auquel il n'est pas même laissé un reste".
s La dévastatioa par les sauterelles n'est pas le seul fléau dont Israël a à se plaindre. Une sécheresse extrdme vient s'y joindre et achève la mine du pays.
9 C'est la reprise de l'idée déjà exprimée ch. I, 14. Le prophète demande une convocation solennelle du peuple pour un acte public de contrition.
10 II est évident que cette comparaison se rattache à ce qui suit, car il serait assez singulier que le poète eût comparé les ténèbres à l'aurore. Les essaims de sauterelles qui envahissent tout l'horizon ressemblent à l'aurore, soit par la rapidité de leur arrivée, soit par leur apparition simultanée sur toute l'étendue de pays que
* le regard peut embrasser, soit par une certaine lueur que projettent dans l'atmosphère, au dire des voyageurs, leurs corps lisses et luisants, soit enfin parce que raccompUssement de la catastrophe doit être l'aurore du dernier jour, après que l'idée abstraite de la colère divine a été représentée par l'allégorie des ténèbres.
11 La double antithèse de devant et derrière est prise dans deux sens différents. On voit facilement que la seconde fois le poète oppose l'état florissant de la campagne avant l'arrivée des sauterelles à l'entière dévastation amenée par celle-ci ; mais auparavant les deux termes devant et derrière j loin d'être opposés, sont destinés à exprimer la notion partout ; la voracité des insecteis et la sécheresse de la saison détruisent à l'envi la végétation comme si le feu y avait passé.
A les voir, on dirait des chevaux *' ;
Et comme des coursiers ils s'élancent.
Quand ils sautent, c'est le bruit des chars sur les hauteurs, C'est la flamme qui pétille en dévorant le chaume, C'est une troupe armée qui se range en bataille". A leur approche, les hommes tremblent,
Tous les visages pâlissent ^^.
Pareils à des combattants ils s'élancent, Comme des gens de guerre ils escaladent les murs ;
Chacun marche droit devant lui^
Ils ne changent point leur route;
Nul ne presse son voisin,
Chacun avance dans son sentier.
A travers les flèches ils se précipitent.
Sans rompre leurs lignes.
Ils assaillent la ville, ils enjambent la muraille,
Ils montent dans les maisons.
Ils entrent par les fenêtres comme le voleur.
Devant eux la terre tremble.
Les cieux s'ébranlent ; Le soleil et la lune s'obscurcissent, Et les étoiles perdent leur éclat ^^.
^* C'est ici la célèbre comparaison de l'essaim de sauterelles avec une armée de soldats. Les anciens commentateurs se sont ridiculement mépris sur le sens de ce passage, en y voyant la prédiction d'une invasion étrangère et militaire. Il s'agit au contraire toujours encore du fait mentionné dès le commencement, d'une calamité déjà accomplie et que le prophète veut mettre à profit pour sa prédication essentiellement exhortatoire. La comparaison des sauterelles avec des chevaux est d'ailleurs très-naturelle. En allemand, le peuple les appelle les chevaux de l'herbe [Btupftrdé), et l'auteur du livre de Job (XXXIX, 20) compare le cheval à la sauterelle.
1' Les mouvements rapides et saccadés de ces innombrables insectes produisent un bruit particulier que le poète compare successivement à différents autres bruits.
^^ Litt. : retirent leur beauté (leur belle couleur).
^^ Ces lignes forment la transition entre la peinture allégorique qui précède et l'application pratique qui va suivre. Elles expriment l'idée, déjà énoncée plus haut, qaa la calamité présente est le signe précurseur du Jour du grand jugement, qui s'annonce natorellement aussi par des phénomènes célestes et un tremblement de terre. Le prophète quitte le terrain de l'histoire pour tracer un tableau purement poétique.
Et rEternel fait entendre sa voix devant son année ^^, Car ils sont nombreux, ses bataillons^
Ils sont paissants, les exécuteurs de ses ordres.
Oui, le jour de TÉternel est grand et terrible : Qui est-ce qui pourra le supporter?
Et encore maintenant *^ dit TÉternel, Revenez à moi de tout votre cœur, Avec des jeûnes, des larmes et en deuil I Déchirez votre cœur et non vos vêtements**. Et revenez à l'Eternel, votre Dieu; Car il est bon et miséricordieux, Plein de patience et riche en grâce,
Pour qu'il se repente au sujet de cette calamité *' ! Qui sait ? Il se repentira encore Et laissera après lui une bénédiction'^,
Offrandes et libations pour rEternel, votre Dieu.
Sonnez la trompette en Sion^M Ordonnez un jenne sacré.
Convoquez une assemblée solennelle !
16 Jéhova Ta arriver sur la scène comme juge; Torage ètnnonce sa présence.
l"? Malgré la grandeur du châtiment déjà infligé et l'imminence d'un jugement plus sévère encore, il est encore temps, il n'est pas trop tard de se convertir.
1^ Les actes purement extérieurs sont insuffisants pour obtenir le pardon; il faut la contrition du cœur, le repentir sincère.
10 En traduisant ainsi cette ligne, nous suivons l'avis des anciens critiques juifs, qui dans une note marginale reconnaissent que le verbe doit être pris à la troisième personne du mode subjonctif et non au participe, comme la voyelle le ferait croire. Ordinairement on y voit un nouvel attribut de Dieu, comme si c'était sa nature et son habitude de se repentir.
^0 La bénédiction, ce sont ici les dons de la nature. Jéhova, descendu du ciel pour punir, y remonte apaisé en laissant derrière lui les preuves de sa réconciliation. Et le premier usage qu'on aura à en faire, c'est de lui oiïrir des sacrifices d'actions de grâces.
^1 Une troisième et dernière fois le peuple entier est convoqué pour implorer le pardon de Jéhova. Tous les rites préparatoires de sanctification doivent être accomplis ; personne ne doit manquer a cette réunion, les enfants mêmes, les Jeunes époux doivent y paraître.
Réunissez le peuple, sanctifiez la communauté,
Assemblez les vieillards^ Amenez les enfants, les nourrissons à la mamelle!
Que répoux sorte de sa chambre,
Et la jeune mariée de son alcôve *^ !
Entre le portique et TauteP^ Que les prêtres, les ministres de TÉternel pleurent ! Qu'ils disent: c Epargne, ô Etemel, ton peuple! Ne livre pas ton héritage^* à l'opprobre, De nianière que les païens se moquent de lui! Pourquoi dirait-on parmi les nations :
Où donc est leur Dieu ? »
Et rÉternel s'éprit de zèle pour son pays, et eut pitié de son peuple. Et rÉternel répondit à son peuple et dit'^ :
€ Voyez, je vous envoie blé, vin et huile,
Pour que vous puissiez vous en rassasier ;
Je ne veux plus vous livrer en opprobre aux païens.
Et ce dévastateur'*, je Téloignerai de vous;
^^ Ce terme devait être conservé dans lu traduction parce qu'il se trpuve dans 1 original. On sait qu'il nous vient des Arabes par l'Espagne. Les habitations des anciens Israélites, fort simples du reste, étaient séparées par de simples rideaux en deux pièces, dont l'une était réservée à la femme.
*3 Devant le temple, dans l'espace de la grande cour compris entre la porte du vestibule et l'autel des holocaustes. C'était la place réservée aux sacrificateurs.
^^ Héritage, patrimoine, propriété territoriale appartenant à une famiUe. On sait qoe les prophètes se servaient habituellement de ce terme pour désigner le rapport dlsnèl k Jéhova. On pourrait traduire Us tiem ; mais cela effacerait l'image sans nécessité.
^^ Le ton change tout à coup, ainsi que le point de vue du prophète. La prière da peuple repentant est exaucée, Jéhova lui rend sa grftce. De fait, c'est U une espérance et une promesse ; mais le prophète en parle comme d'une actualité, à moins qu'on ne préfôre admettre un intervalle entre les deux morceaux.
^^ On traduit ordinairement le septentrional^ en supposant que les sauterelles étaient venues du Nord. Mais cette circonstance n'ayant pas été mentionnée, la désignation serait bien obscure, et il est plus naturel de faire venir les sauterelles da désert, soit de l'Bst ou du Sud. Nous préférons donc le sens exprimé par notre triductioD, en reconnaissant dans le mot un adjectif du nom de Çefén (en grec Typhon), personnification des vents brûlants du désert et des phénomènes qu'ils produisent. C'est par un vent du Nord que Dieu chasse les sauterelles du territoire de Jérusalem vers l'Arabie Pétrée, et ce vent amène en même temps la pluie et la fertiUté.
Je le chasserai dans une terre aride et déserte, Sa tête dans la mer d'orient,
Sa queue dans la mer d'occident ^^;
Là son odeur montera, sa puanteur s'élèvera. Car il a fait de grandes choses'*.»
Ne crains rien, ô mon pays" I Livre^toi à la joie et à l'allégresse, Car l'Étemel aussi fait de grandes choses I Ne craignez rien, vous, bêtes des champs, Car les herbes de la lande reverdissent ;
Les arbres portent leurs fruits ; Le figuier et la vigne rendent en abondance. Et vous, enfants de Sion, soyez dans l'allégresse ; Réjouissez-vous en TÉternel, votre Dieu!
Car il vous donne la pluie d'automne en juste mesure,
Il fait tomber sur vous les ondées D'automne et de printemps tout d'abord'*^.
< Les aires se rempliront de grains, Les cuves déborderont de moût et d'huile '^
^'7 II ne faut pas presser cette image^ car le même vent ne peut pas souffler dans deux directions opposées. Le poète veut peindre la dispersion et la destruction de l'essaim entier. Le gros en est poussé Ters le désert où il périra de faim, les deux extrémités (ailes), dans la Méditerranée et dans la Mer morte, où les animaux se noieront. Les cadavres couvriront les eaux en telles masses que Tair en sera infecté.
^S Les sauterelles n'avaient fait qu'exécuter les ordres de Dieu (II, 11), et c'est en cette qualité que leur acte est désigné par les mômes termes qui vont aussi servir à qualifier l'acte restaurateur de l'âternel.
S9 Dans cette strophe, c'est le prophète qui parle; à partir de la suivante, le discours est encore mis dans la bouche de Jéhova.
30 La pluie d'automne est celle qui permet de commencer les semailles après la saison chaude ; la pluie du printemps est celle qui précède l'été et qui hâte la maturité des blés. L'auteur ajoute tout d'abord^ parce que ces pluies devaient précéder la prochaine récolte. On doit supposer que le prophète les promet pour un moment assez rapproché, en d'autres termes, que la catastrophe avait eu lieu au fort de l'été.
31 Lee promesses qui suivent ici se rapportent naturellement à une époque ultérieure et doivent se traduire au futur.
JOËL II, 25-27. m, 1-3. • 75
Je vous compenserai les années '^
Qu'a dévorées la sauterelle,
Chenille, grillon et rongeur ailé, Ma grande armée que j'ai lancée contre vous.
Et vous mangerez à satiété.
Et vous célébrerez le nom de rÉternel, votre Dieu,
Qui aura fait des merveilles pour vous; Et mon peuple ne sera plus jamais dans la détresse. Et vous saurez que je suis au milieu d'Israël, Et que moi, TÉternel, je suis votre Dieu, et nul autre ; Et mon peuple ne sera plus jamais dans la détresse.
c Et après, je répandrai mon esprit sur tout le monde. De manière que vos fils et vos filles prophétiseront.
Que vos vieillards auront des songes,
Et vos jeunes gens des visions.
Même sur les esclaves, hommes et femmes. Je répandrai mon esprit en ce jour-là"! Et je ferai des prodiges au ciel et sur la terre^ Du sang et du feu et des colonnes de fumée :
9^ Lb fécondité future fera oublier les pertes récentes.
'* Après le rétablissement du bonheur matériel, promis aux pieux Israélites dans les strophes précédentes, viendra un autre bienfait d'autant plus signalé qu'il n'a jamais encore été donné dans une pareille mesure. La plus grande marque de distinction accordée jusqu'ici aux mortels, membres du peuple de Dieu, c'était le don de la prophétie, la révélation qui leur parvenait tantôt par la voie du songe et de la vision, tantôt par une inspiration intérieure. Cette effusion de l'esprit de Dieu, dépeinte ici comme produisant une illumination de l'intelligence, ailleurs comme amenant un surcroît d'énergie de la volonté, et qui, jusque-U rare et sporadique, constituait le privilège d'un petit nombre d'hommes, doit donc, dans ces jours de restauration, devenir l'apanage de tous. Il est évident, d'après le contexte, qnH ne s'agit pas de l'universalité des mortels, mais seulement des Israélites, membres de la nation sanctifiée. Le mot tout le mondé (toute chair], opposé à la classe peu nombreuse des prophètes, est déterminé par ces autres : vos fib, vos vieillards, etc. Aucun ftge, aucun sexe ne sera exclu de ce bienfait; les esclaves mêmes y auront part. On sait que beaucoup d'Israélites étaient dans une condition serrile, soit dans le pays même, soit au- dehors, et nous allons voir que le prophète attendait, à cet effet, le retour prochain de ces derniers. En tout cas, il ne sagit pas ici d'une perspective vague et lointaine, mais d'une espérance positive, d'une promesse à réaliser prochainement. En un mot, Israël restauré sera un peuplo de prophètes, d'hommes honorés d'une relation plus intime avec Dieu et lui servant d'organes. L'auteur ne développe pas cette idée, mais il est facile d'y rattacher les coaaéquencee morales et religieuses qui en découlent nécessairement.
Le soleil se changera en ténèbres,
Et la lune en sang, A rapproche du grand et terrible jour de TÉterneP^ Mais quiconque invoquera son nom sera sauvé :
Car sur la montagne de Sion Et à Jérusalem il y aura un reste préservé,
Comme rÉternel Ta dit, Et parmi les restants seront ceux que l'Éternel appellera '^ !
« Car voyez, en ces jours-là et en ces temps.
Quand je ramènerai les déportés de Juda et de Jérusalem '%
J'assemblerai toutes les nations Et je les ferai descendre dans la plaine du jugement de Dieu ; Là je leur ferai le procès au sujet de mon peuple
Et de mon héritage, Israël'^,
. 34 Un autre fait précurseur du grand jour du jugement, ce sont les prodiges ou phénomènes célestes qui annoncent l'approche de la catastrophe. Chez les peuples anciens, de pareils phénomènes étaient toujours considérés comme des signes prophétiques, et un grand événement ne se concevait guère sans un pronostic de ce genre. Il s'agit principalement d'éclipsés, de rougeurs extraordinaires du ciel, de météores, etc. Le sang et la fumée, en tant que le texte parle aussi de choses qui doivent se passer sur la terre, pourraient à la rigueur être entendus de la guerre et des incendies ; cependant il nous semble plus juste de ne songer qu'à des phénomènes de la nature.
3^ Le salut dépendra donc de deux choses, de l'invocation de Dieu par les hommes, et de la grâce qui les exauce. Cette idée d'un reste à sauver, est familière aux prophètes. Le châtiment mérité s'accomplissent, les coupables disparaissent^ les justes survivent, et à eux se joignent les repentants.
36 U a été dit plus haut déjà que les Israélites devenus esclaves à l'étranger seraient ramenés dans leur patrie pour avoir leur part des bienfaits de la restauration prédite. Dans les guerres continuelles des Juifs avec leurs voisins, lesquelles avaient été en partie très-malheureuses (voyez surtout le règne de Joram, 2 Chron. XXI), de nombreux captifs ont dû être enunenés et vendus sur les marchés d'esclaves des villes phéniciennes.
3*7 La revendication des droits d'Israël est représentée comme un acte Judiciaire où Jéhova interviendra comme demandeur, mais où il est sûr d'obtenir justice, parce que, à vrai dire, il est en même temps le juge ou l'arbitre. Comme cette scène de tribunal est une pure figure de rhétorique, nous ne regarderons pas le nom donné à la localité comme un nom propre emprunté à la géographie réelle. Les anciens n'ont pas été de cet avis. Les Juifs ont pris la vallée de Joeaphat pour un lien déterminé, et dans leur théologie scolastique, ils ont ainsi nommé le séjour des bienheureux, comme la vallée de Hinnom (la Géhenne] était devenue le nom de l'enfer. Ils plaçaient ces deux vallées à Test et à l'ouest de Jérusalem^ ce qui est en tout cas contraire à notre texte qui veut peindre une vaste plaine.
Qu'ils ont dispersé parmi les nations, En se partageant mon pays'"; Sur mon peuple ils ont jeté le sort, Échangeant le garçon contre la courtisane, Et vendant la fille pour du vin à boire ^^.
cEt vous aussi, que me voulez-vous, Tyr et Sidon,
Et tous les cantons de la Pbilistie?
Voulez-vous vous venger de moi.
Ou voulez- vous me faire du mal*°?
Promptement, soudain, sur votre tête
Je ferai retomber vos actes I
Vous avez pris mon argent et mon or.
Vous avez porté dans vos temples mes joyaux précieux**
Les enfants de Juda et de Jérusalem,
Vous les avez vendus aux Ioniens *%
Pour les emmener loin de leur patrie !
Voyez, je les ferai revenir
De Tendroit où vous les avez vendus, Et sur votre tête je ferai retomber vos actes ! Je vendrai vos fils et vos filles aux enfants de Juda*^ Pour qu'ils les vendent aux Sabéens, au peuple lointain : C'est rÉternel qui le dit I »
38 Comme nous ne connaissons pas tous les détails de l'histoire du siècle de Joël, nous ne saurions dire à quel fait le prophète fait ici allusion. Le partage n'était probablement pas une conquête totale du territoire, mais une occupation partielle.
'^ Les nombreux prisonniers de guerre, et les gens enlevés par les vainqueurs, étaient distribués entre ceux-ci par la voie du sort; chacun vendait ensuite son lot aux acheteurs, à l'étranger, dans les villes païennes; les esclaves devenaient de la monnaie I avec laquelle on payait ses plaisirs.
^^ Cette série de questions (que nos traductions ont tort de méconnaître) représente le plaidoyer de Jéhova contre les nations païennes, annoncé plus haut. Que poavez-vous me faire? Bspérez-vous résister? Méditez- vous une nouvelle agression ? Les Philistins sont nommés comme les véritables envahisseurs et pillards, les Tyriens et les Sidoniens comme les marchands d'esclaves qui avaient profité de la déconâtore d 'Israël.
^^ Allusion évidente à un pillage de Jérusalem, peut-être à celui dont il est parlé 2 Chron. XXI, 16 suiv.
^^ Les Grecs étaient d^ns l'antiquité les marchands d'esclaves par excellence. ^^ C'est Jéhova qui, à son tour, se fait l'agresseur, se constitue le vengeur de son penple; il livrera des prisonniers phéniciens et philistins aux Israélites qui les rarendroni aux peuples du sud (de l'Arabie), comme eux-mêmes avaient été vendus aux peuples du nord.
Proclamez ceci parmi les nations ** !
Inaugurez la bataille !
Faites lever les combattants I Qu'ils s'approchent^ qu'ils s'avancent,
Tous les hommes de guerre !
Forgez des épées avec les socs de vos charrues ! Faites des lances de vos serpettes !
Que le plus faible dise : Je suis un héros ! Hâtez-vous^ arrivez tous, peuples, De toutes parts rassemblez-vous !
Et toi, Éternel, fais-y descendre tes combattants *•• I
tQue les nations se lèvent!
Qu'elles montent à la plaine du jugement de Dieu *^ 1 Car là je vais siéger, Pour juger tous les peuples à la ronde : Étendez la faucille*'.
Car la moisson est mûre I Venez, foulez, le pressoir est plein, Les cuves regorgent, Car leurs crimes sont au comble I »
Troupes après troupes bruyantes Dans la plaine de la décision*'!
44 Après les menaces vient la description prophétique et poétique du Jour du jugement qui doit venger Israël. Le prophète appelle, ou plutôt fait appeler par des hérauts^ les peuples voisins, ennemis d'Israël. Loin de craindre le nombre, il provoque une levée en masse, afin que la catastrophe inévitable devienne plus décisive. (On inaugurait les batailles par des rites religieux.)
45 1^8 combattants de l'Éternel, auxquels la victoire est assurée d'avance, ne sont pas les Israélites, qui ne se sentaient guère de courage dans le moment actuel. Ce sont les puissances célestes, c'est la foudre avec laquelle Dieu écrase ses adversaires.
46 Jéhova lui-m6me prend la parole: à son tour il appelle les peuples païens, mais c'est pour prononcer leur arrêt.
4*7 La moisson mûre^ le pressoir plein, sont deux images plus d'une fois employées dans la Bible pour symboliser l'idée du châtiment prochain amené par les méfaits des hommes arrivés au comble de leur mesure. Couper les épis, fouler le raisin, est l'image correspondante pour le chAtiment aecimpU, C'est Dieu qui parle à ses agents.
43 Ije prophète en extase toit arriver les peuples païens par troupes innombrables et bruyantes, sur la plaine qu'ils doivent Joncher de leurs corps. Elle est maintenant la plaine de la décision, nom plus significatif encore que celui de Jugement.
Il approche^ le jour de rÉternel,
Dans la plaine de la décision !
Le soleil et la lune deviennent noirs,
Les étoiles perdent lenr éclat ^".
Et rÉternel rugit du haut de Sion '^,
De Jérusalem il fait retentir sa voix,
Et le ciel et la terre s'ébranlent;
Mais pour son peuple TÉternel est un refuge,
Une citadelle pour les enfants d'Israël'* :
c C'est pour que vous sachiez que moi, rÉternel, je suis votre Dieu, Qui demeure à Sion, sur ma sainte montagne ; Et que Jérusalem sera sacrée, Et que les étrangers n'y passeront plus 1 Alors le vin doux ruissellera des montagnes, Le lait coulera sur les coteaux, Tons les ravins de Juda seront remplis d'eau ^*, Et de la maison de l'Éternel il jaillira une source Pour arroser la vallée des ronces".
^^ n voit aussi les phénomènes célestes, annoncés plus haut, et la mention qu'il en fait ici doit indiquer que les délais sont passés et que le grand coup va 6tre frappé.
^ Le terme de rugir est choisi à dessein (Âmos I, 2) ; il doit rappeler la terreur ({n'Inspire la voix du lion. Il s'agit d'ailleurs du tonnerre, dont le bruit va ôtre interprété dans la dernière strophe.
&i La même manifestation suprême du Très-Haut qui effraie et menace les païens, doit consoler et rassurer Israël. Cette explication est mise dans la bouche de Jéhova lui-même dans la strophe suivante. /
h^ Tableau poétique de la prospérité de Juda, après cette réconciliation solennelle de Dieu avec son peuple. Les couleurs sont choisies de manière à former la contrepartie de celles du premier chapitre.
^ On a tort de traduire la vallée de S'itttm^ comme si c'était un nom propre. Une vallée ou plaine de «ce nom se trouvait au-delà de la Mer morte, et nous ne pouvons nous décider à supposer à l'auteur, soit une telle hardiesse poétique, soit une telle bévue géographique ; 8*iitim est le .nom d'un arbre épineux du genre tc^citf qui croissait dans les ravins desséchés des environs de Jérusalem. Ici il faut songer de préférence au ravin de Qidrôn, dans lequel seul pouvaient se déverser des eaux venues des collines de Jérusalem. Le poète veut dire que les alentours de la ville, généralement si arides, se changeront en une campagne verdoyante.
L'Egypte deviendra un désert, Ëdom sera un désert aride, Â cause de leurs crimes contre les enfants de Juda, Sur la terre desquels ils ont versé le sang innocent. Mais Juda restera à jamais^ Et Jérusalem d'âge en âge!
Et je vengerai le sang non vengé encore.
Et rÉternel demeurera à Sion ! >
(Ésaïe XV, XVI)
A. T. â« part. — I. 6
Les Moabites étaient une peuplade sémitique, voisine des Israélites, et occupant le territoire entre la mer Morte et le grand désert d'Arabie. L'histoire a conservé des souvenirs plus ou moins vagues de rapports hostiles entre les deux nations, depuis Tâge héroïque jusque sous les rois (Juges IIL 1 Sam. XIV. 2 Sam. Vin. 2 Rois III; XIII). Ces hostilités laissèrent dans les esprits des antipathies profondes, dont nous retrouvons les traces dans la littérature hébraïque bien plus tard encore, par exemple Amos II. Soph. II. Jérém. XLVIII. Ézéch. XXV. Ps. LX ; LXXXIII. Nomb. XXTV. De nos jours, la découverte d'un monument, destiné à perpétuer le souvenir de ces luttes et la gloire d'un des rois moabites, a jeté sur cette partie de l'histoire un jour nouveau, et éveillé à un haut degré l'intérêt des antiquaires et des philologues.
C'est à cette série de morceaux comminatoires contre Moab qu'appartient aussi le présent discours. Nous y voyons les Moabites surpris par un ennemi venu du nord, se réfugier auprès des Édomites, leurs voisins méridionaux, soumis eux-mêmes au roi de Juda ; mais ils sont repoussés et leur perte est ainsi assurée (Ésaïe XV, 1-XVI, 12).
Ce discours est suivi d'une note (XVI, 13, 14), qui dit que cet oracle menaçant a été prononcé autrefois contre Moab, mais qu'il va s'accomplir maintenant au bout de trois ans. Cette note
semble insinuer que l'auteur du post-scriptum est un autre que celui du corps même de la pièce. C'est du moins l'opinion la plus généralement reçue de nos jours. Elle s'énonce plus positivement de manière à dire que le posl-scriptum doit être d'Ésaïe, dont on y retrouve certaines expressions caractéristiques, tandis que le discours lui-même appartiendrait à un prophète plus ancien. Il est vrai que le style de ce dernier diffère beaucoup de celui d'Ésaïe el qu'il s'y rencontre une masse de termes et de formules qui ne se retrouvent nulle part ailleurs dans la littérature hébraïque. Cependant cette particularité ne suffirait pas à elle seule pour décider la question dans le sens indiqué. Mais il y a dans le texte certaines données chronologiques qui permettent d'arriver à des conclusions plus précises. Les Moabites avaient été soumis par David ; par suite du schisme, ils devinrent les sujets des rois d'Ephraïm; mais après la mort d'Ahab, au commencement du neuvième siècle avant Jésus-Christ, ils secouèrent le joug (2 Sam. VIII, 2. 2 Rois I, 1; ch. III, 4 ss.), et les successeurs de ce roi ne parvinrent pas à les réduire de nouveau. Au contraire, les Moabites se fortifièrent et s'emparèrent même d'une partie du territoire de la tribu voisine (2 Rois X, 32 s.; XIII, 20), ce qui nous explique comment, dans notre texte, nous les voyons en possession d'un certain nombre d'endroits qui sont désignés ailleurs comme appartenant aux Hébreux. Les choses changèrent sous le règne de Jéroboam II (825-783), qui parvint à rétablir la domination Israélite depuis le Liban jusqu'à la mer Rouge (2 Rois XIV, 25). Comme il n'y a rien dans le texte qui nous oblige de songer à une invasion assyrienne, c'est précisément cette conquête de Jéroboam qui se présente d'abord pour expliquer les allusions historiques de ce discours. Nous ne pouvons guère descendre plus bas, parce que, d'après notre texte, les Édomites étaient à la même époque sujets du roi de Juda, ce qu'ils cessèrent d'être après le règne de *Ouzziyah, mort en 759, qui les avait soiunis pour la dernière fois (2 Rois XrV, 22). Or, les prophéties d'Ésaïe ne remontent pas au-delà de cette dernière époque (Ésaïe VI, 1) et paraissent même appartenir toutes aux règnes d'Ahaz et de Hizqiyah (743 suiv. d'après la chronologie vulgaire) ^
1 Comp. Jér. XLVIII où cet oracle est imité.
Oracle contre Moab.
Oai, dans la nuit de destruction 'Ar-Moab périrai Oui, dans la nuit de destruction 'Qir-Moab périra * ! Bayit et Dibôn montent à Bamot pour pleurer^ Sur le Nebô, sur Mêdebà Moab se lamente*.
Toutes les tètes sont rasées,
Toutes les barbes sont coupées.
Dans les rues on ceint le cilice,
Sur les toits, sur les places
Tout le monde crie et fond en larmes.
Hes'bôn, Éle'aléh poussent des cris^
Jusque vers lahaç on entend leur voix;
Pour cela les guerriers de Moab gémissent,
Les cœurs tressaillent d'angoisse.
Mon cœur gémit sur Moab :
Ses fuyards sont déjà à Ço'ar, à Eglat-S'elis'iyah ; Ils la remontent en pleurant, la montée de Lou'hit ,
^ *Âr Moab, la t^U (par excellence) des Moabites. 'Ar, était la prononciation proTindale du mot 7r, ville, dont le pluriel hébreu a conservé l'autre voyelle. Elle était située sur la frontière septentrionale du pays propre des Moabites^ sur rÂTDon. Qlr Moab, plus au sud, le Karak ou Kerek des Croisés^ existe encore loJOQrdliuiy et a donné son nom à tout le district.
' On traduit aussi : On monte au temple, Dibôn monte aux hauteurs^ en supposant qae Bayit et Bamot sont des lieux de cuite où Ton invoque les divinités du piyt. Nous prenons tous ces mots pour des noms propres de lieux situés au nord deTAmon, et occupés alors par les Moabites (Jos. XIII, 9, 17. Nomb. XXXIII, 34 sdv.). Rien n 'empêche du reste que Bamot ait eu son nom d'un sanctuaire. Le NebÔ était la plus haute cime dans les montagnes de cette contrée. Deut. XXXIV, 1, et en même temps une ville (Nomb. et Jér., 1. c).
Sur le chemin de Horoaaîm
Ils poussent des cris de détresse^.
Les eaux de Nimerim sont taries,
L'herbe est flétrie, la verdure est passée,
Le frais gazon a disparu*.
Aussi ramasse-t-on ce qui reste, Ils emportent leur bagage vers le ruisseau du désert^, Les cris font le tour des frontières de Moab;
Hurlements jusqu'à Eglaïm,
Hurlements jusqu'à Beër-Élîm"!
Les eaux de Dimôn sont remplies de sang : Mais j'enverrai à Dimôn de nouveaux malheurs.
Un lion aux échappés de Moab^
A ce qui sera resté au pays^.
c Envoyez l'agneau du souverain du pays. De Séla' par la steppe à la montagne de Sion*!> (Comme des oiseaux éperdus,
3 Les endroits nommés dans la strophe précédente étaient au nord da pays, et les premiers exposés à l'attaque; ceux qu'on nomme ici sont du côté opposé, vers la pointe méridionale de la mer Morte, près de la frontière des Édomites. Comp. Jér. XLVIII, 84. On remarquera l'expression de compassion bien peu commune dans les discours des prophètes, quand il s'agit de peuples étrangers. Cela fait voir clairement que les Judéens n'étaient pas les assaillants.
' 4 Ou suppose ordinairement que le prophète parle ici des ravages commis par Tennemi qui aurait bouché les sources. Il nous semble plus naturel de considérer ces lignes comme une description figurée de la désolation générale. La destruction d'un seul petit ruisseau n'aurait pas motivé à elle seule ce qui est raconté plus loin.
& Le ruisseau du désert {Wodi el *Âraba) est nécessairement un affluent méridional de la mer Morte, formant probablement la limite du pays des Moabites.
^ C'est-à-dire du nord au midi, ou de l'est à l'ouest. La position des deux endroits n'est pas bien déterminée, mais il est probable que le premier se trouvait au sud-ouest dans le voisinage de la mer Morte, le second au nord-est. Voyez Kl. XLVII. 10, et Nomb. XXI, 16.
'^ Il est difficile de dire ce que le prophète entend par le lion. On pourrait le prendre 4ans le sens propre. Le pays étant dévasté, les habitants dair-semés, les bdtes sauvages y abonderont (2 Rois XVII, 25). Mais on peut aussi songer à un nouvel ennemi qui viendrait achever l'osuvre de destruction.
8 Ce sont des paroles mises dans la bouche des Moabites fugitifs. Ils ont atteint le pays d*Éd<Hn, alors soumis au roi de Jérusalem. Ils sont censés demander asile et protection au souverain du pays, et en guise dlioiQmage, ils veulent lui envoyer un agneau, comme symbole de soumission. Séla' (Pétra, Wodi Motua) est le chef-lieu des Édomites ; le désert est ici le pays À l'ouest de la mer Morte, entre Bdom et Jérusalem.
Es AIE XV, 5-9. XVI, i-6. 87
Comme une nichée dispersée,
Telles sont les filles de Moab, Les rives de TArnon®.)
c Portez-nous conseil! Soyez équitables!
Couvrez-nous d'une ombre nocturne dans Tardeur du midi!
Cachez ceux qui sont expulsés!
Ne trahissez pas les fuyards!
Que les bannis de Moab demeurent chez vous! Donnez-leur un asyle contre le destructeur*®!
Quand l'oppression aura cessé,
Quand la désolation aura pris fin, Et que les envahisseurs auront quitté notre pays, Alors le trône sera affermi par la clémence.
Et sur lui, en sûreté, sera assis, Dans la tente de David,
Un gouverneur s'appliquant à la justice Et connaissant le droit*'.»
Nous connaissons Torgueil de Moab, Torgueilleuse, Sa fierté, son arrogance, son insolence, Ses vaines fanfaronnades**!
^Le discours des Moabites fugitifs (qui va continuer} est interrompu pour faire comprendre aux lecteurs que ce sont eux qui parlent et qui demandent un refuge. Les filletj sont les habitants, ou plutôt les villes et villages personnifiés. L'Arnon, le priDcipal foadi du pays, représente ce dernier tout entier. Les rives, à la lettre: les pauages, c'est-à-dire les endroits moabites situés le long de ce cours d'eau.
10 En hébreu, le discours est adressé (au singulier féminin des verbes} au pays d'Édom, d'après une prosopopée qui s'emploie fréquemment de nos Jours encore. (La France pense, veut, agit^ etc.) On comprend d'ailleurs^ sans peine, que ce sont les Moabites qui parlent.
11 Après avoir sollicité l'hospitalité des Édomites^ ils promettent la soumission à Joda. Ils espèrent, avec le secours du roi de ce pays, rentrer dans leur patrie et sont disposés à y recevoir un gouverneur représentant la dynastie des Isaîdes, et régnant sur un peuple reconnaissant et fidèle. Nous ne devons pas Ôtre étonnés de voir ces promesses rattachées immédiatement à ce qui précédait. C'est qu'à Séla' même il y avait un gouverneur judéen^ si l'on combine^ pour reconstruire l'histoire des Édomites, les passages 1 Rois XXII, 48 ; 2 Rois VIII, 20, et XIV, 7. Ce sont là cependant des faits antérieurs à l'époque d'Ésaïe. Du temps de celui-ci, les Édomites étaient indépendants. 2 Rois XVI, 6. 2 Chron. XXVIII, 17.
I^ C'est Juda qui répond aux Moabites, et qui déclare ne pas croire à ses promesses, parce qu'on se souvient de sa précédente hauteur et outrecuidance. [Comp. Jér. XLVIII, 27 suiv.}. Ainsi, de ce côté-là, point d'espoir pour Moab.
Que Moab se lamente donc,
Que tous se lamentent sur Hoab!
Soupirez tout contrits Sur les gâteaux de raisins de Qîr-lIarest'M Car elles languissent, les campagnes de Hes'bôn, Les vignes de Sibmah,
Dont les nobles ceps enivraient les rois,
Qui poussaient jusqu'à la'ezer,
Erraient à travers la savane, Et dont les pampres s'étendaient au-delà de la mer*V
Je pleure donc les vignes de Sibmah
Avec les larmes de laezer^^;
Je vous arrose de mes larmes, Hes'bôn et Éle'aléh,
De ce que le hourra est venu fondre
Sur ta récolte, sur ta vendange *^ I La joie et Tallégresse sont bannies des vergers ; Dans les vignes, plus de chants, plus de crisi Personne ne foulera plus le vin dans les cuves.
Je fais cesser le hourra*^!
Aussi mes entrailles gémissent-elles sur Moab, Mon cœur, comme le luth", sur Qîr-Hers.
id Moab^ abandonné à lui-mdme, n'a plus devant lui que le désespoir. La traduction par: gàieanx de raisins, est pleinement justifiée par Os. III, 1. Cant. Il, 5^ et surtout par la suite du discours. Il paraît quHl y a U à la fois un souvenir de la fécondité antérieure du pays et un symptôme de la misère actuelle. Qir-Harest ou Qîr-Hers (v. ii) est peut-être identique avec Qlr-Moab (XV. 1).
l'^ Description idéale et allégorique. Sibmah est considéré comme le centre de la culture des vignes du pays, qui^ de là, s'étend au loin. Ces vignes sont en même temps le symbole de la puissance moabite.
15 Voyez la note sur XV, 5. Avec les larmes de lae'zer peut signifier: je pleure sur l'un comme sur l'autre, ou bien : autant que lae'zer pleure lui-mdme, c'est-àdire comme si ce malheur me touchait personnellement. Mais cela ne peut pas signifier: comme lae'zer pleure sur Sibmah.
10 Le hourra^ en hébreu Aédad^ cri de joie, dans les vendanges, par ex. Jér. XXV, 80 ; XL VIII, 33, et de guerre, Jér. LI, 14. Ici c«tte interjection est employée successivement dans ces deux sens.
^"^ Il faut supposer que c'est Jéhova qui parle, et comme cela est assez étrange dans ce contexte, on pourrait prendre le verbe a la 2* personne du féminin : tu fais cesser (ô Moab].
is II s'agit moins des sons lugubres que du frémissement des cordes.
ÉSAIE XVI, 7-13. 89
Et quand Moab se présente Et se fatigue sur la hauteur sacrée, Et qu'il entre dans son sanctuaire pour prier.
Il n'y peut rien 1
Voilà la parole que rÉternel a prononcée autrefois sur Moab. Et maintenant TÉternel dit : Dans trois ans, années de journalier, la gloire de Moab se changera en honte, avec toute sa bruyante multitude, et le reste sera petit et mince et peu nombreux'^.
19 Sur cette note accessoire, écrite en prose, voyez l'introduction. Des années (joaméesj de mercenaires sont des années (journées] strictement comptées.
Le prophète Amos, que Ton a quelquefois identifié avec le père d'Ésaïe , malgré la diversité de l'orthographe des deux noms^ nous est un peu mieux connu que la plupart des prophètes antérieurs à l'exil. L'inscription mise en tête du recueil de ses discours contient sur son compte plusieurs indications personnelles et chronologiques que la critique n'a aucun motif de révoquer en doute. L'une de ces indications, il est vrai, ne nous est d'aucune utilité. C'est celle qui détermine l'époque de son ministère en disant qu'il a prophétisé deux ans avant le tremblement de terre. On voit bien qu'il est question là d'un événement qui a dû se graver profondément dans la mémoire du peuple, si bien que le souvenir en revient encore ailleurs dans la littérature, et même longtemps après (Sach. XIV, 5). Mais comme nous n'avons pas le moyen d'en préciser la date, il ne nous conduit pas plus loin que la seconde indication plus générale, qui fait d'Âmos un contemporain des rois larobe am II dlsraêl, et 'Ouzziyah de Juda. Ces deux rois n'ont régné simultanément que dans les premières années du huitième siècle avant Jésus-Christ (800-784). Le tremblement de terre est explicitement rapporté au règne de 'Ouzziyah (1. c), et le nom de larobe am
^ Le prophète s'écrit 'Àmos, le père d'Ésaïe Amoç.
se rencontre plus d'une fois dans le livre d'Amos même (VII , 9 suiv.), dans lequel nous voyons aussi que l'auteur écrivait à une époque où le royaume d'Israël jouissait d'une grande prospérité et avait fait des conquêtes sur les voisins (VI, 13 suiv.), ce qui avait amené le goût du luxe et les vices inséparables de l'opulence et d'une fausse sécurité (III, 12; VI, 1 suiv., etc.). Aussi le prophète prédit-il la prochaine ruine de la brillante dynastie de larobe'am, ruine qui se consomma par une révolution sanglante à la mort de ce roi (2 Rois XV, 8 suiv.). D'un autre côté, le royaume de Juda se trouvait encore dans un triste état d'abaissement (IX, 12; comp. 2 Rois XIV, 11 suiv.); les Édomites notamment avaient profité de sa faiblesse pour satisfaire leurs vieilles haines (I, 12), et 'Ouzziyah, à ce qu'il paraît, n'avait point encore réussi à faire reprendre à son peuple la prépondérance qu'il reconquit plus tard sous son gouvernement ferme et glorieux. Enfin, il n'est pas encore question des Assyriens, qui ne firent leur première apparition sur le théâtre de l'histoire d'Israël que quelques dizaines d'années plus tard. C'est à peine si l'on peut découvrir dans l'un ou l'autre passage (V, 27 ; VI, 14) le vague pressentiment d'un danger venant de ce côté-là.
Mais l'inscription contient encore une autre notice, plus intéressante que ces données chronologiques. Elle nomme Amos l'un des pâtres de Teqoa*, et lui-même dit (VII, 14) :
Je ne suis ni prophète, ni disciple de prophètes,
Je ne suis qu*un berger; je me nourris de sycomores.
Mais rÉternel m'a pris d'auprès de mes brebis,
Et m'a dit: Va prophétiser à mon peuple, à Israël.
Nous n'avons pas précisément besoin pour cela de nous représenter Amos comme un homme du vulgaire, de condition infime. Teqoa* est un endroit situé à quelques lieues au sud de Jérusalem, à l'entrée du désert de la Judée, c'est-à-dire de ce vaste territoire où l'agriculture n'avait pas encore disputé la place aux troupeaux ; et rien n'empêche de voir dans Amos un riche propriétaire de bêtes à laine qu'un saint enthousiasme aurait conduit momentanément dans une tout autre sphère d'activité.
Nous disons momentanément, parce que l'inscription semble
circonscrire son ministère dans l'espace d'une seule année, et qu'en tout cas il n y a pas dans ses discours des allusions positives et explicites au terrible événement qu'elle mentionne comme étant arrivé bientôt après. Du reste, le style d'Amos n'est rien moins qu'inculte ; il a dû se former sur des modèles, et le commentaire signalera plusieurs passages qui font voir que les prophéties de Joël n'ont pas été sans influence sur celles de son successeur (voir 1, 3 ; V, 20 ; IX, 13).
Quoique Judéen d'origine , Amos ne s'adresse qu'exceptionnellement et en passant à ses compatriotes (II, 4 suiv.; VI, I; IX, 11 j. Son activité paraît s'être déployée surtout à Bêt-El, 1 un des principaux lieux de culte du royaume d'Épbraïm ; et Samarie, la capitale de ce royaume, est plus souvent nommée dans ses discours que Jérusalem. Nous voyons même, par une courte relation historique insérée dans le septième chapitre, qu'il a eu à Bét-El un démêlé avec le prêtre de l'endroit, qui voulait le forcer de quitter la place, mais auquel il résista avec une noble énergie.
Les différents morceaux dont se compose le petit recueil de ce prophète, se distinguent facilement les uns des autres. Néanmoins la division des chapitres n'est pas juste partout. On peut partager le texte en plusieurs groupes principaux de discours.
Le livre commence par un discours, le plus long de tous (eh. I, II), qui, reprenant les anciennes menaces, prononcées précédenmient déjà contre les peuples païens du voisinage, mais non encore accomplies, annonce derechef à ceux-ci la vengeance de Jéhova. Mais après ces peuples, ce sera aussi le tour de Juda et d'Israël, surtout du dernier, auquel le prophète s'arrête plus longtemps qu'aux autres ; et tandis qu'aux étrangers il reproche plutôt leurs invasions à main armée, leurs cruautés et leurs déprédations, il rappelle à ses compatriotes le culte des faux dieux et la mauvaise administration de la justice. Cette première pièce, d'une forme poétique très-élégante, suffirait à elle seule pour prouver que l'auteur ne doit pas être jugé d'avance d'après son titre de pâtre, dont il paraît se faire honneur.
Les cinq morceaux suivants (ch. III- VI) sont beaucoup plus courts et trabissent si bien une seule et même situation, un seul et même but, qu'on pourrait être tenté d'en former un ensemble, une pièce unique, divisée en plusieurs parties ou sections. Les allusions politiques y rentrent sur le second plan, et s'effacent
devant l'élément moral et religieux. Les tableaux de mœurs y alternent avec la description des calamités qui ont dû être infligées à Israël, et qui, n'ayant pas produit l'effet désiré, seront suivies de nouveaux châtiments.
Dans le dernier groupe (ch. VU-IXj, le style change en partie, n y a quelques morceaux en prose, mais surtout des allégories qualifiées de visions, c'est-à-dire des faits actuels ou à venir, représentés sous des images assez peu pittoresques et même un peu énigmatiques. Cependant il se rattache à quelques-unes de ces allégories des commentaires poétiques du genre de ceux qui faisaient l'ornement des discours précédents, et le tout se termine, comme chez les autres prophètes aussi, par la perspective d'une réconciliation de Dieu avec son peuple et d'une restauration glorieuse dans un temps meilleur.
Âmos se distingue par sa mftle éloquence, par l'ampleur de sa diction, et quelquefois aussi par la netteté de ses peintures, bien que cette dernière qualité ne se produise pas toujours. Tel que son recueil nous est parvenu, nous n'avons pas de motif de douter qu'il n'ait été rédigé par le prophète lui-même. Mais nous sommes convaincu que cette rédaction n'est pas la reproduction littérale des discours qui ont dû être prononcés en public. Pour autant qu'elle se rapporte à de pareils discours, il ne peut être question que de résumés artistement arrangés. Il nous semble cependant plus naturel de ne voir là qu'une production littéraire, écrite à tête reposée, et indépendante d'une exhibition orale, au moins en tant qu'il sera question du premier morceau et de ceux qui contiennent les allégories.
Paroles de 'Amos^ qui était d'entre les pâtres de Teqoa\ lesquelles lui furent révélées au sujet d'Israël^ du temps de *Ouzziyah^ roi de Juda^ et de larobe'am fils de loas', roi d'Israél^ deux ans avant le tremblement de terre. Il dit :
L'Éternel rugit du haut de Sion, De Jérusalem il fait retentir sa voix : Les prairies des bergers sont en deuil, Et le sommet du Carmel est flétri * .
Ainsi dit TÉternel :
Pour trois crimes de Damas, Et pour quatre je ne me rétracte pas',
^ Ces quatre lignes peuvent être considérées comme une espèce de texte que le prophète se propose de commenter dans ce premier discours. Les paroles en sont empnintées en partie à Jo€l (IV^lG), et *Amo8, en rattachant ainsi sa prophétie à celle de son devancier, a évidemment en vue de rappeler celle-ci et de la confirmer^ {ffédsément parce qu'elle n'était point encore accomplie. Joël avait annoncé un jogemeat suprême contre les païens; c'est cette menace qui est reproduite ici, dans une forme plus étudiée et plus artificielle et avec des détails beaucoup plus pittoresques. A l'approche du Seigneur courroucé, la nature est saisie de terreur.
*Le premier peuple païen auquel Tarrêt divin est annoncé^ ce sont les Syriens 911, à l'époque d'Amos, étaient les voisins les plus puissants et les plus redoutables d Israël. Damas était leur capitale. Les nombres (fois et quatre ne doivent pas être pris à la lettre ; ils se reproduisent uniformément dans chaque strophe et nulle part il n'est fait une énumération de crimes qui justifierait l'un ou l'autre chiffre. Les règles du parallélisme poétique exigeaient d'ailleurs des combinaisons de ce genre, par ex. 6 et 7 (Job V, 19]: 7 et 8 (Mich. V, 4} ; 9 et 10 (Sir. XXV, 7). Comp. aussi Prov. XXX, 18 suiv. Au fond^ il y a l'idée d'une plonlité non déterminée. — Jéhova déclare ne pas vouloir rétracter (litt. : faire revenir) ce qu'il avait fait annoncer autrefois.
A. T. 2« part. — I. 7
Pour ce qu'ils ont déchiré G'ile'ad avec des herses de fer', Mais je lancerai le feu sur la maison de Hazaël, Pour qu'il dévore les palais de Ben-Hadad^,
Et je briserai les verroux de Damas, J'exteiminerai les habitants de la vallée des idoles, Et rhomme au sceptre de sa maison de plaisance^ ;
Et le peuple d'Aram émigrera vers Qir*I L'Éternel Ta dit.
Ainsi dit TÉternel :
Pour trois crimes de 'Azzah^ Et pour quatre je ne me rétracte pas,
^Noas voyons ici une simple figure de rhétorique. Le pays de G lie 'ad, situé à Torient du Jourdain, avait de tout temps été le plus exposé aux incursions des voisins. Proprement le texte ne parle pas de herses, mais d un instrument encore aujourd'hui usité en Orient pour battre le blé, ou plutôt pour hacher la paille en même temps qu'on égrène les épis. C'est une espèce de traîneau, une grosse planche armée de pointes sur la surface inférieure, qu'on fait passer sur Taire jonchée d'épis (Es. XXVIU, 27; XLI, 15]. IVautres prennent la phrase à la lettre et prétendent que les Syriens ont fait cruellement périr les Israélites au moyen de telles machines, comp. 2 Sam. XII, 31.
^ Hazaël et Ben-Uadad son fils étaient les rois de Damas qui avaient immédia* tement précédé l'époque d'Amos. 2 Rois X, 32 ; XIII, 3.
^ Outre Damas, dont les fortifications ne sauraient résister à la puissance de Jéhova, celui-ci menace encore deux autres localités fameuses dans le même pays: Bât- '£den, que nous avons traduit, à la lettre par maison de filaisance^ et qui était probablement une résidence royale, dont les voyageurs modernes croient avoir retrouvé les traces dans le Liban; du moins le nom d'Eden est resté attaché à un endroit situé à quelque distance au nord de Baalhek. Ce dernier nom, comme on sait, est celui d'une ville dont les ruines font encore aujourd'hui l'admiration des touristes, et qui était située dans la vallée comprise entre les deux chaînes parallèles du Liban. Le nom de Baalbek, dans sa forme primitive et non tronquée^ signifiait le Seigneur de la ValUe et était sans doute un surnom du dieu Soleil dont le temple était l'édifice principal dans la viUe et est encore aujourd'hui remarqué parmi les ruines. C'est probablement par dérision qu'Amos appelle cette contrée la Vallée aux idoles, en remplaçant le nom de Baal par une dénomination injurieuse.
^ Qlr est nommé plus bas [IX, 7} comme le pays d'où les Syriens seraient venus originairement pour s'établir à Damas. Âmos veut donc dire, par une tournure ironique, qu'ils s'en retourneront à l'endroit d'où ils étaient venus. Il s'agit probablement de quelque pays septentrional.
'^ 'Azzah, vulgairement appelée Gaza dans nos bibles, était la principale ville des Philistins, du second peuple dont l'inimitié héréditaire contre Israël est bien connue des lecteurs de l'Écriture. Avec Âs'dod. 'Ëqrôn, As'qlon et Gat, elle formait les cinq districts ou principautés de la Philistie. Le reproche adressé aux
Pour ce qu'ils ont déporté des captifs en nombre.
Afin de les livrer à Édom I Mais je lancerai le feu dans les murs de 'Âzzah,
Pour qu'il dévore ses palais;
Et j'eiterminerai les habitants d'As'dôd,
Et l'homme au sceptre d'As'qlôn,
Et je tournerai ma main contre 'Eqrôn,
Pour que le reste des Philistins périsse! Le Seigneur Dieu l'a dit.
Ainsi dit rÉternel :
Pour trois crimes de Tyr, Et pour quatre je ne me rétracte pas, Pour ce qu'ils ont livré à Édom des captifs en nombre, Sans se souvenir de Talliance fraternelle ^ ! Mais je lancerai le feu dans les murs de Tyr, Pour qu'il dévore ses palais I
Ainsi dit l'Éternel :
Pour trois crimes d'Édom, Et pour quatre je ne me rétracte pas, Pour ce qu'avec l'épée il a poursuivi son frère
Sans trêve ni pitié *®, Le déchirant sans cesse de sa colère.
Et lui gardant une haine perpétuelle!
Mais je lancerai le feu contre Têman, Pour qu'il dévore les palais de Boçrah !
Philistins n'est que le pftle résumé de ce que Joôl (IV, 1-8) avait dit sur le même sujet. On Yoit ici de nouveau que le commerce des esclaves se faisait sur une grande échelle, surtout aussi dans la direction du midi, de manière que les Edomites n'étaient que les intermédiaires entre les Philistins et les Arabes méridionaux.
^Les Phéniciens aussi étaient de grands marchands d'esclaves. Eux du moins saraient dû s'abstenir d'en user ainsi envers les Israélites, avec lesquels ils n'avaient jamais été en guerre. Au contraire, depuis l'époque de David, des alliances politiques et commerciales avaient rapproché les deux peuples. 2 Sam. V, 11 ; 1 Rois V, 1; IX, 13. etc.
'Édom et Jacob étaient frères d'après les traditions généalogiques de la Genèse. Ualgré cela, les deux peuples étaient presque continuellement en guerre. Tôman et Boçrah sont des villes édomites.
10 Lit!.: Il a tué sa pitié, c'est-à-dire étouffé tout sentiment fraternel.
Ainsi dit TÉternel :
Pour trois crimes de ceux de 'Ammôn, Et pour quatre je ne me rétracte pas^ Pour ce qu'ils ont éventré les femmes enceintes de G'ile'ad,
Afin d'étendre leurs frontières " ' Mais j'allumerai un feu dans les murs de Rabbah, •' Pour qu'il dévore ses palais, Au cri d'alarme, au jour de la bataille, Au milieu de la tempête, au jour de l'ouragan " ! Leur roi s'en ira captif.
Lui et ses capitaines tous ensemble I L'Éternel l'a dit.
Ainsi dit l'Éternel :
Pour trois crimes de Moab, Et pour quatre je ne me rétracte pas,
Pour ce qu'il a brûlé et calciné
Les ossements du roi d'Edom**!
Mais je lancerai le feu contre Moab, Pour qu'il dévore les palais de Qeriyot; Et Moab périra dans le tumulte, Au cri d'alarme, au son de la trompette. Et j'exterminerai le chef de son milieu^ Avec lui j'égorgerai tous ses capitaines I L'Éternel l'a dit.
1 1 Le fait spécial auquel il est fait allusion ici, nous est inconnu. Cependant les guerres de voisinage entre les 'Ammonites et les Israélites d'au-delà du Jourdain étaient anciennes et fréquentes. Voyez lliistoire de Jephthé et de David. I«a coutume barbare dont parle le texte est aussi mentionnée ailleurs. Os. XIV, 1 . 2 Rois VIII, 12.
I^ Rabbah, c'est-à-dire la grande, nom de la principale ville des 'Ammonites.
I^Les armes d'Israël et les éléments suscités par Dieu s'uniront pour la mine de l'ennemi. — Au lieu de leur roi, on pourrait être tenté de lire MUkom (le Dieu des 'Ammonites]. Comp. Jér. XLIX, 1. Cependant le parallélisme avec II, 3 semble s'y opposer.
I"^ Allusion à un fait inconnu et d'autant plus difficile à expliquer que le crime aurait été commis contre un peuple que le prophète vient de maudire Inl-môme. On n'apprend pas, d'ailleurs, s'il s'agit d'un supplice ou d'une profanation de tombeau, bien que cette dernière interprétation soit la plus naturelle.
Ainsi dit rÉteruel :
Pour trois crimes de Juda*^, Et pour quatre je ne me rétracte pas, Pour ce qu'ils ont méprisé la loi de TÉternel Et désobéi à ses commandements, Se laissant égarer par leurs faux dieux Que leurs pères déjà avaient suivis.
Mais je lancerai le feu contre Juda, Pour qu'il dévore les palais de Jérusalem.
Ainsi dit TÊternel:
Pour trois crimes d'Israël**, Et pour quatre je ne me rétracte pas, Pour ce qu'ils vendent le juste à prix d'argent, Et le pauvre pour une paire de sandales*^; Ils convoitent la poussière sur la tète des malheureux*^, Et empêchent le chemin des indigents d'aboutir*^. Le fils et le père courent après la fille, Pour profaner mon saint nom'®.
l^On remarq[aera que pour le prophète Amos^ dont les discours sont adressés essentiellement aux Éphralmitesi Juda compte parmi les peuples étrangers, dans la série desquels il occupe la septième et dernière place. Cependant les reproches qui sont adressés à Juda diffèrent de ceux formulés antérieurement et sont puisés dans des considérations théocratiques.
1^ Le royaume des dix trihus ou d'Ëphraîm. Les reproches sont principalement reUtifis à des transgressions de la loi morale, injustices commises envers les faibles et débauches de tout genre. Cette dernière partie du discours se fait immédiatement reconnaître comme la principale, celle à laquelle le prophète en voulait venir dès l'abord, en ce qu'elle s'étend le plus sur les crimes du peuple et les menaces de Dieu.
l'^n s'agit d'un côté de procès injustes, . dans lesquels le riche corrompt le juge pour faire condamner l'innocent, de l'autre, de la cruauté d'un créancier qui, pour ose dette minime, fait décréter la prise de corps contre un malheureux.
^S Cette phrase est très-obscure. On y veut voir les efforts des riches pour ruiner (jeter dans la poussière] les faibles ; mais on reste plus fidèle au texte en y voyant cette hyperbole : ils cherchent à dépouiller les faibles au point do leur envier jusqu'à la poignée de poussière qu'ils jettent sur leur tête pour exprimer leur profonde tristesse.
^^ Litt. : Ils font dévier le chemin. Il est question probablement de procès, dans lesquels on fait fiéthir le droit.
^0 On suppose gratuitement que le prophète veut dire après la même fille. Cela n'est pas indiqué dans le texte; tout aussi peu il est question d'une prostitution reHgieose, telle qu'elle se rattachait quelquefois aux cultes cananéens. La profanation, la violation de la sainteté de Dieu est asses patente là où tous, vieux et jeunes, se livrent à la débauche.
Sur des vêtements engagés ils s'étendent, A côté de chaque autel, Et boivent le vin saisi,
Dans la maison de leur Dieu 'M
Et moi", j'ai exterminé devant eux TÉmorite,
Dont la taille égalait celle des cèdres.
Et la force celle des chênes*';
Je Tai exterminé avec fruits et racines^
Depuis le haut jusques en bas ** !
Et moi, je vous ai ramenés du pays d'Egypte, Je vous ai fait traverser le désert, quarante ans^ Pour vous donner en propriété le pays de rÉmorite!
J'ai suscité des prophètes d'entre vos fils.
Des nazîrs " d'entre vos jeunes gens ; N'en est-il pas ainsi, race d'Israël? dit TÉternel.
Et vous avez fait boire du vin aux nazirs,
Et aux prophètes vous avez commandé :
Ne prophétisez pas^*!
^^ Le reproche formulé ici porte à la fois sur plusieurs faits : il y a d'abord qu'on ruine les pauvres par Tusure, le prêt sur gage, qui va jusqu'à leur enlever leurs manteaux qui devraient leur servir de couverture pour la nuit (Deut. XXI V^ 12 suiv.); en second lieu, il est question de saisies opérées probablement sur des débiteurs ; puis les objets saisis (le vin} servent à des festins et réjouissances, où l'on s'assied encore sur ces mêmes vêtements enlevés; de plusj il est insinué que ces procédés s'allient avec des fêtes religieuses, et qu'ils s'étalent impudemment jusque dans les lieux saints. Enfin il est très- vraisemblable que le prophète a voulu en même temps signaler l'adoration des faux dieux, quoique ce ne soit pas dit très-formeUement.
^2 Tous ces méfaits sont d'autant plus odieux et inexcusables que Jéhova a tant fait pour ce peuple.
28 Le prophète a sans doute en vue les traditions relatives à ces géants dont il est question en quelques endroits des livres historiques, ou bien encore des souvenirs tels que ceux qui sont reproduits Nomb. XIII, 33 s.
2^ Il n'est pas rare que les poètes comparent les hommes à des arbres.
25 Des hommes qui faisaient des vœux d'abstinence, temporaire ou perpétuelle, des hommes saints ou consacrés.
20 Non contents de vos propres transgressions, vous avez fait tout ce qui était en votre pouvoir pour empêcher les autres de faire leur devoir.
AMOS II, 13-16. m, 1-3. 103
Voyez, je ferai chanceler*' le sol sous vos pieds Comme chancelle le chariot rempli de gerbes : Le plus agile n'échappera pas par la fuite, La force manquera au plus fort, Le plus brave ne sauvera pas sa vie, L'archer ne restera pas en place.
Le coureur n'échappera pas.
Le cavalier sur son cheval ne sauvera pas sa vie, Le plus courageux d'entre les guerriers S'enfuira tout nu dans ce jour-là 1 L'Étemel l'a dit.
Écoutez cette parole^ que l'Éternel vous adresse, tils d'Israël, à toute la race^ que j'ai fait sortir de la terre d'Egypte I II dit:
C'est vous seuls que je connais De toutes les races de la terre; C'est pour cela que je vous demanderai compte^ De toutes vos transgressions.
Est-ce que deux marchent ensemble Sans s'être accordés^?
•"^ Traduction purement conjecturale, le texte reçu ne donnant aucun sens plausible. A la lettre, ce serait: je suis pressé sous vous, comme un chariot, etc. Cela doit dire : tous m'êtes à charge. Mais on voit qu'il s'agit d'une menace, d'un châtiment positif dont la conséquence sera la déroute, ou plutôt la débandade peinte dans les dernières lignes. Le titre du livre, qui parle d'un tremblement de terre, a suggéré la traduction que nous avons adoptée faute de mieux, et surtout sans prétendre la maintenir contre quelque autre moins hasardée. Mais, en aucun cas, nous n'admettrions la version vulgaire : Je foulerai votre lieu comme on chariot foule.
' Malgré cela, il ne sera question que de la portion du peuple qui formait le royaume des dix tribus. La transition brusque de la troisième personne à la première na rien d'insolite dans le style prophétique.
^ litt. : je visiterai sur vous vos transgressions.
' Cette question et toutes les suivantes ne peuvent avoir qu'une portée symbo- Uque ou figurée. Toutes elles expriment l'idée que rien ne se fait sans cause ; le voyage en commun suppose un accord préalable, les rugissements du lion sont un signe certain qu'il a fait une chasse heureuse, l'oiseau n'est pris au piège qu'autant qoe la lacet a été préparé, etc. Il faudra appliquer cela aux menaces qui font le rajet principal du discours. Les punitions annoncées ont nécessairement leur cause ; cette cause, ce sont les péchés du peuple.
Le lion rugit- il dans la forêt Sans qu'il ait sa proie?
Le jeune lion fait-il entendre sa voix de sa tanière, A moins qu'il n'ait fait une capture?
L'oiseau tombe-t-il dans le piège à terre, S'il n'y a pas de lacet tendu?
La trappe vient-elle à sauter, A moins qu'elle n'ait pris quelque chose?
Ou bien sonne-t-on de la trompette en ville,
Sans que le peuple accoure en tremblant?
Y a-t-il une calamité en ville,
Dont l'Éternel ne soit pas l'auteur?
Mais le Seigneur rÉternel ne fait rien Sans révéler son secret aux prophètes, ses serviteurs.
Quand le lion rugit, qui n'aurait peur? Quand l'Éternel, le Seigneur, parle, qui ne prophétiserait*?
Faites-le savoir dans les palais d'As'dod,
Et dans les palais du pays d'Egypte', Dites : Rassemblez-vous sur les montagnes de S'omeron
Et voyez-y les grands désordres.
Et les oppressions dans son sein I Ils ne savent pas faire ce qui est juste, dit l'Éternel, Ils entassent crimes et forfaits dans leurs palais. C'est pourquoi voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel :
Angoisse tout à l'entour du pays!
On t'ôtera ta puissance, Et tes palais seront pillés 1
Ainsi dit l'Éternel:
Comme le pâtre sauve de la gueule du lion
"^ Par la forme^ cette nouvelle série de questions se rattache à la précédente Mais au fond elle appartient à un autre ordre d'idées. Le prophète aborde son sujet plus directement. Il a la mission d'annoncer à Israël des châtiments divins, il est initié aux secrets desseins de Jéhova, pour les proclamer à haute voix ; comment résisterait-il à une si terrible injonction ? Il faut donc qu'il parle. Mais sa parole sera le signal d'une terreur universelle. Alors que le prophète lui-même tremble devant l'Étemel, comme le voyageur devant le lion, le peuple sera effrayé de ce qu'il va entendre, comme on Test au son de la trompette d'alarme.
5 Les peuples païens sont convoqués par ordre de l'Éternel, qui leur enjoint de se rassembler sur les montagnes voisines de Samarie, pour voir de là, dans la capitale da pays, et les crimes qui s'y commettent et le châtiment qui leur est réservé.
AMOS m, 12-15. IV, 1. 105
Deux jambes ou le bout d'une oreille^, Ainsi seront sauvés les fils d'Israël Qui sont assis à S'omerôn dans les coins du divan, Sur des coussins de damas.
Écoutez'' et soyez mes témoins contre la maison de Jacob,
Dit le Seigneur, TÉternel, le dieu des astres.
Le jour où je demanderai compte à Israël de ses péchés,
Je regarderai aussi aux autels de Bèt-El*,
Et les cornes de Tautel seront brisées Et tomberont à terre.
Et je renverserai le palais d'hiver sur le palais d'été ^,
Les salles d'ivoire'® seront détruites.
Et c'en sera fait de beaucoup de maisons ! L'Éternel l'a dit.
Ecoutez cette parole, génisses de Bas'an^ Qui êtes là sur la montagne de S'omerôn *,
Qui opprimez les petits
Et écrasez les pauvres.
ft Un faible reste du mouton enlevé par le ravisseur — un faible reste de ce peuple plongé dans une coupable mollesse. "^ Le discours revient aux peuples païens censés assemblés près de Samarie.
^ Bêt-Bl était l'un des principaux sièges du culte national du royaume d'Ëphraïm [1 Rois XIII]. Jéhova y était adoré sous la figure symbolique d'un taureau, et probablement il s'y était introduit aussi des cultes étrangers. Les cornes de Taute sont les angles saillants supérieurs, les quatre coins ; la destruction d'un autel de pierre conunençait naturellement par la mutilation de ces coins.
^ On voit par Jér. XXXVI, 22, que les rois de Juda avaient aussi diverses résidences selon les saisons. Ici, il pourrait même être question de maisons de particuliers. Du reste, le texte original ne demande pas impérieusement qu'on songe à des palais, ce pourraient être tout simplement des appartements divers dans une même habitation.
10 C'estrà-dire, sans doute, avec des lambris ou des meubles incrustés d'ivoire, i Rois XXII, 39. Psaume XLV, 9.
1 Les beaux pâturages alpestres de Bas'an, à l'est du lac de Génézaret, sont souvent mentionnés dans l'Ancien Testament. Les génisses de Basan sont donc plus particulièrement grasses, bien nourries et indociles, et servent ici au prophète de symbole on d'image pour les femmes de Samarie. La comparaison, bien qu'elle ne Eoil plus de notre goût, doit d'autant moins nous étonner qu'Âmos était pfttre lui-même.
Qui dites à vos maîtres :
Apportez, que nous fassions bonne chère ^ î Le Seigneur, l'Éternel, jure par sa sainteté Voyez, il va venir des jours sur vous, Où Ton vous enlèvera avec des hameçons. Et vos enfants avec des harpons de pêcheur'. Et par les brèches vous sortirez.
Chacune droit devant elle^, Et vous serez chassées vers le Hermôn^ !
L'Éternel l'a dit. '
Allez à 6êt-El et péchez !
A G'ilgal, et péchez davantage^!
Apportez chaque matin vos sacrifices.
Tous les trois jours vos dîmes ; Encensez vos offrandes faites avec du levain, Proclamez vos dons volontaires, faites-les annoncer: Car c'est là ce que vous aimez, fils d'Israël! Dit le Seigneur, TÉternel.
Et moi aussi' je vous ai donné Des dents bien propres dans toutes vos villes ^,
2 Les injustices et les exactions commises aux dépens des classes pauvres tombaient sans doute à la charge des hommes, puissants et riches ; mais le prophète insinue que le luxe et le goût des plaisirs chez les femmes en était une cause indirecte, en ce qu'elles demandaient à leurs maîtres (maris) de le satisfaire.
3 Autre image, absolument étrangère à la précédente. Les femmes de Samario sont menacées de captivité et de déportation, et ne pourront pas plus se défendre que des poissons qu'on prend avec l'hameçon.
^ Quand la ville de Samarie sera prise d'assaut, elles seront emmenées par les brèches, seules issues alors ouvertes, sans plus oser ou pouvoir se retourner.
^ Traduction purement conjecturale. Le Hermôn ou Antiliban formait la frontière septentrionale du royaume d'Israël ; il s'agit donc d'une déportation en pays ennemi. Le texte imprimé n'offre pas de sens plausible.
0 Voyez la note sur chap. III, 14. On remarquera que le prophète ne reproche pas aux Israélites d'être avares de dons et d'offrandes ; au contraire, ils en apportaient plus souvent qu'il ne l'aurait fallu, mais Dieu les rejette, même dans le cas qu'elles lui auraient été destinées à lui-même, parce qu'elles n'empêchaient pas les péchés nommés plus haut, qu'on en faisait grand bruit, et qu'on n'y observait pas les rites sacrés. Car le levain ne devait pas être mêlé aux pains déposés sur l'autel (Lév. II, H).
'^ Ici commence une récapitulation de tous les cbfttiments déjà précédemment infligés à Israël pour l'amener i la repentance, mais qui n'ont point produit d'effet. Moi austi je vous ai donné, en revanche.
S Des dents propres f locution ironique pour dire : rien a manger.
La disette dans toutes vos demeures :
Hais vous n'êtes pas revenus à moi !
Dit TEternel.
Et moi aussi je vous ai refusé
La pluie trois mois avant la moisson^.
J'ai fait pleuvoir sur une ville Et n'ai point fait pleuvoir sur Tautre'^ ; Tel champ a été arrosé par la pluie,
Tel autre non arrosé resta stérile, Et de deux, trois endroits on venait à une même place, Pour boire de Teau sans trouver à se désaltérer : Mais vous n'êtes pas revenus à moi !
Dit TEternel.
Je vous ai frappés de charbon et de rouille^* ; Vos jardins en masse, et vos vignes,
Vos figuiers et vos oliviers,
La sauterelle les a dévastés :
Mais vous n'êtes pas revenus à moi !
Dit rÈternel.
J'ai envoyé parmi vous la peste.
Pareille à celle de l'Egypte *' ; J'ai égorgé vos jeunes gens avec l'épée. Tandis que vos chevaux étaient emmenés comme butin,
Et j'ai fait monter à vos nez L'infection qui remplissait vos camps *^ : Mais vous n'êtes pas revenus à moi I Dit l'Éternel.
J'ai fait parmi vous des ruines Comme Dieu les fit de Sedom et de 'Amorah'^ ;
9 En Palestine^ les dernières pluies, à peu près indispensables pour la prospérité des blés, tombent à la fin de février ou en mars. La moisson commence vers la fia d'avril ou au mob de mai.
10 La sécheresse, quoique seulement partielle, n'en était pas moins funeste.
11 Maladies du blé.
'^ L'Egypte avait déjà dans l'antiquité la réputation d'être un foyer d'épidémies de la pire espèce.
^^ Enfin la guerre, avec toutes ses horreurs, a achevé votre ruine. Le carnage était tel que les cadavres restés sans sépulture infectaient l'air.
^^ Sodome et Gomorrhe, proverbialement employées comme exemples d'une ruine totale. En écrivant ici le nom de Dieu, le prophète n'a pas précisément oublié que c'est Jéhova lui-mâme qui parle ; la substitution du nom au pronom est fréquente en hébreu.
Vous étiez comme un tison retiré du feu*^ : Mais vous n'êtes pas revenus à moi 1 Dit rÉternel.
C'est pourquoi, ô Israël, je te ferai ainsi " ; Et puisque je veux te faire ainsi, Mets-toi là en face de ton Dieu, Israël '^ 1 Car, vois-tu, c'est lui qui a formé les montagnes,
Et créé le vent, Qui révèle à Thomme quelle est sa pensée.
Qui change Taurore en ténèbres, Et qui marche sur les hauteurs de la terre*'! Son nom est rÉternel, le Dieu des astres.
Écoutez cette parole, La complainte que je chante sur vous ',
0 maison dlsraël I < Elle est tombée pour ne plus se relever^
La vierge d'Israël '^ ;
Elle est étendue à terre,
Et personne ne la relève ! »
Car ainsi dit le Seigneur, TÉternel:
La ville qui fait marcher mille hommes %
1^ Â moitié brûlé et détruit. — Il est naturel de supposer ({ue toutes ces calamités étaient survenues pendant Texistence de la génération contemporaine, bien que l'histoire n'en ait pas autrement conservé le souvenir.
I^ Ou bien cela veut dire : Je t'affligerai encore une fois de ces mêmes calamités ; ou bien c'est une réticence rhétorique, une menace générale sans explication détaUlée.
1*7 Comme le coupable en face de son juge pour entendre son arrêt.
18 Bq deux mots : il est le créateur tout-puissant, le révélateur qui sait tout, et dont la présence est annoncée par les phénomènes journaliers comme par l'orage qui passe sur les cimes des montagnes.
^ La ruine dont le prophète a déjà menacé Israël est si certaine, qu'il chante déjà la eomplatnU, une élégie, comme on a coutume de faire pour les morts ; aussi les verbes de cette complainte sont-ils mis exprès au prétérit.
^ Personnification du peuple ou du royaume, exigée par l'allégorie d'un mort sur lequel on chante la complainte. Les peuples et les villes sont toujours représentés comme des femmes.
8 La menace est répétée sans figure et dans le style prophétique ordinaire, mais avec une importante modification. Il ne s'agit plus d'une ruine totale et absolue ; un dixième du peuple survivra a la catastrophe ; le châtiment sera toujours encore assez terrible. Litt. : la ville qui marche (à la guerre) avec mille hommes, en aura cent de reste, les neuf cents autres périront.
En gardera cent.
Et celle qui en fait marcher cent, En gardera dix pour la maison disraël.
Car voici ce que dit TÉtemel
A la maison disraël * :
< Cherchez-moi et vous vivrez !
Ne recherchez pas Bêt-El, Et n'allez pas à G'ilgal^ Et ne vous rendez pas à Beër-S'éba'^ ! Car G^lgal va aller en exil,.
Et Bêt-El, c'en sera fait d'elle • !
Cherchez l'Éternel et vous vivrez.
De peur qu'il ne saisisse la maison de Joseph ^ Comme un feu qui la dévore, Sans que Bét-El ait personne pour éteindre !
Ils changent le droit en poison *, Et foulent aux pieds la justice'. . . .
^ Bn apparence, il n'y a pas de suite logique dans ce discours, puisque Texhortatùm suit l'annonce d'un châtiment inévitable. Mais il ne faut pas perdre de vue que celte exhortation, loin d'être la première, n'est guère reproduite ici que pour constater qu'elle a toujours été vaine. Aussi le prophète va-t-il la faire suivre du tableau des péchés qui subsistent toujours et qui appellent l'animad version de Dieu.
^ Trois endroits où se faisait un culte profane et idolâtre (voyez ch. IV, 4). Beèr-S'éba' faisait partie du royaume de Juda et était fort loin des frontières d'âphraîm. On faisait donc des pèlerinages lointains dans un but repréhensible.
^ n est à peu près impossible d'exprimer en français les jeux de mots ou assonnances qai se trouvent fréquemment chez les prophètes hébreux. Aussi bien, dans U plupart des cas, nous sembleraientr-ils être de mauvais goût. L'auteur veut dire id que les dieux révérés dans ces endroits sont à tort invoqués par les Israélites ; ils ne peuvent pas même protéger leurs sanctuaires. Aller en exiV, se rend en hébreu par les syllabes galô jiffleh, qui imitent les sons de G'ilgal; pour Bêt-El, le jeu de mots, tout à fait intraduisible, est plus spirituel. Le nom signifiant mëiion de Ditu, l'auteur dit : elle deviendra Anen, ce qui veut dire à la fois «^Sm/ et HoU (comp. Os. IV, 15J. Notre traduction a dû se contenter d'une simple assonnance.
"^ Le royaume d'Éphralm (Éphralm étant nommé, dans la généalogie des tribus, le fils de Joseph).
^ Dans l'original, il y a Vahiintke, comme symbole de ce qu'il y a de plus amer. Bn allemand aussi, l'amertume sert à qualifier à la fois le poison et l'injustice.
* litt.: ils jettent la justice par terre. Ce qui suit ne paraît pas d'abord se rittacber aux phrases que nous venons de lire et qui sont destinées à peindre la
Celui qui a créé les Pléiades et TOrioû, Qui fait succéder Taurore à la nuit profonde, Et voile le jour de ténèbres, Qui appelle les eaux de l'océan Et les déverse sur la surface de la terre *^
— L*Éternel est son noml — C'est lui qui fait éclater la ruine sur le puissant, Pour qu'elle vienne fondre sur la citadelle*'! Et ils haïssent à la porte celui qui les réprimande, Et détestent celui qui plaide pour le droif I
Ainsi donc'% puisque vous maltraitez le pauvre^ Et que vous lui prenez sa charge de blé **, Vous aurez bâti des maisons de pierres de taille,
Mais vous n'y demeurerez point;
Vous aurez planté de belles vignes.
Mais vous n'en boirez pas le vin!
Car je sais que vos crimes sont nombreux, Et vos péchés accumulés,
dépravation des Israélites^ si bien qu'on a proposé d'intervertir Tordre des versets, de manière que le 8* et le 9*, qui exaltent la grandeur de Dieu, se joindraient à la strophe précédente, tandis que le 7* irait se lier au iO*. Pour ne pas changer arbitrairement le texte^ nous essayons d'une construction nouvelle qui intercale ici une menace.
10 Peut-être est>il fait allusion au déluge; en tout cas, les éplthètes réunies ici doivent exalter la puissance de Dieu et faire comprendre qu'il saura aussi punir s'il le veut.
11 Rien ne résiste à la puissance divine, quand elle s'arme de ses foudres: ni homme, ni chftteau ne saurait la braver.
1* On peut admettre que le prophète songe ici à lui-même, en ce que son ministère, déjà pénible en soi, ne lui rapporte de la part des hommes que haine et répulsion. Cependant plus généralement on suppose que c'est une nouvelle dénonciation des injustices commises par les puissants contre les faibles. Alors, au lieu de répritnander, on traduit prouver (le droit]. En tout cas, la porte est la place publique, et le distique entier fait antithèse a la menace qui précède.
13 Le prophète revient à l'annonce du châtiment.
14 Cette phrase est bien vague, et il n'est pas clair si l'auteur veut représenter une charge de blé, c'est-à-dire une quantité comparativement petite, comme tout ce que le pauvre possède, de sorte que l'exaction est d'autant plus odieuse ; ou s'il entend parler de cadeaux que le juge inique extorquerait au malheureux plaideur qui défend une caiise juste. En tout cas, il s'agit d'un revenu illégitime, au moyen duquel on s'enrichit. Cette richesse mal acquise est indiquée par les belles maisons, etc.; mais, est-il ajouté, elle ne profitera pas à celui qui prétend en jouir.
Oppresseurs du juste, qui acceptez une rançon '^ Pour faire fléchir à la porte le droit des pauvres I Aussi le prudent se tait-il dans ce temps-ci, Car c'est un temps de malheur'^.
Recherchez le bien et non le mal, Pour que vous conserviez la vie *', Et qu'ainsi rÉternel, le dieu des astres, Soit avec vous, comme vous le dites ^*. Haïssez le mal et aimez le bien.
Et maintenez le droit à la porte^; Peut-être T Éternel^ le dieu des astres, Fera-t*il grâce au reste de Joseph !
C'est pourquoi ''^ voici ce que dit TÉternel,
Le Dieu des astres, le Seigneur :
Dans toutes les places il y aura lamentation.
Dans tontes rues on criera hélas !
On convoquera les campagnards pour prendre part au deuil. On commandera des lamentations aux pleureurs de profession^
'^ La rançon est toujours une amende par laquelle on rachète un châtiment plus sévère, soit la captivité, soit la mort. Il fdut donc ici songer à des cas de crimes commis par des hommes riches et puissants^ auxquels le juge inflige, pour toute punition, une légère indemnité à payer à la victime. Pour la porte, ou la place où se traitaient les affaires, voyez note 12.
^^ On a pris ce distique pour des paroles mises dans la bouche des gens du moade qui auraient conseillé au prophète de se taire; ou bien encore pour une réflexion que le prophète lui-même aurait faite sur sa propre mission. Il sera plus simple dy voir une nouvelle accusation : Amos veut dire, que ceux-là même qui œ se rendent pas coupables de ces méfaits, n'osent pas élever la voix pour les châtier.
1'' Le prophète interrompt un moment le cours de ses menaces, pour en revenir aux exhortations, auxquelles viennent se joindre naturellement des promesses conditionnelles. Mais il est si bien pénétré de l'inutilité de sa prédication morale, que ce discours, comme les autres, va se terminer par le tableau des malheurs de la natioD.
^^ Comme tous le dites : le peuple ne voulait pas croire aux menaces du prophète ; il 66 croyait en règle avec son Dieu, parce qu'il ne négligeait pas les rites sacrés : • Qn'est-ce qu'il veut de plus? >
^' Parce que, de fait, les ^exhortations sont vaines.
112 AMOS V, l'7-22.
Tous les vignobles retentiront de complaintes'", Quand je passerai au milieu de vous !
L'Éternel Ta dit.
Malheur à qui désire voir le jour de rÉternel ! Que vous serait-il à vous, le jour de TÉternel ?
Il sera ténèbres et non lumière ^ I
Comme si quelqu'un, en fuyant le lion,
Se trouvait en face de Tours,
Ou que, rentré chez lui^
Et posant la main sur le mur,
Un serpent le mordit ', Ainsi le jour de TÉternel est ténèbres et non lumière, Obscurité et non clarté.
Je hais, je dédaigne vos fêtes ;
Je ne goûte point vos assemblées ^ Oui, quand vous m'immoles des holocaustes. Je ne prends pas plaisir à vos offrandes^ Je ne regarde pas à votre tribut de veaux gras!
20 Toutes les expressions employées dans cette strophe appartiennent à la description d'un deuil, tel qu'il se faisait pour les enterrements. On connaît l'usage des anciens de mettre dans un cortège funèbre des gens payés pour faire des démonstrations de tristesse. Comme la calamité annoncée frappera de préférence les citadins^ la mention des campagnards et des vignobles sert à peindre la grandeur de la catastrophe.
1 Le jour de l'Éternel, le grand jour du jugement et de la compensation, était promis généralement par les prophètes. Joël surtout^ auquel Amos se rattache fréquemment, en avait parlé, non sans offrir la perspective riante de la destruction des ennemis d'Israël. Le peuple, oubliant les conditions que Dieu y mettait, appelait donc ce jour de ses vœux; Amos veut lui faire comprendre qu'avant l'époque du bonheur doit venir celle de la purification, le grand triage des bons et des méchants.
2 Pour les pécheurs, le jour du Seigneur est le jour d'un châtiment inévitable. 11 n'y aura que terreurs et ruines, et d'issue nulle part. Ce qui est dit du lion, de l'ours et du serpent, correspond au proverbe latin : tomber de Charybde e» Scjflla, ou au proverbe allemand : sortir de la pluie pour se trouver sous la gouttière.
3 Plus d'une fois il avait été question du culte des faux dieux établi alors en Israël. Nous voyons ici que le culte national subsistait i côté de l'autre et que Von croyait, en le pratiquant selon les formes traditionnelles, satisfaire à tous ses devoirs envers Jéhova (comp. Ésaïe I, 11 ss. Joël II, 13, etc.}. Au lieu de goûter, il y a dans l'original sentir (par l'odorat), par allusion aux sacrifices et aux parfums brûlés.
Loin de moi le bruit de vos cantiques 1 Que je n'entende pas le son de vos lyres 1 Mais que le bon droit jaillisse comme de Teau, Et la justice comme un ruisseau qui ne tarit pas * !
M'avez-vous donc présenté sacrifices et offrandes Au désert pendant quarante ans, maison d'IsraëP?
"^ Nous prenons ce dernier distique comme une antithèse relativement à ce qui précède. Dieu veut la Justice et non des hommages vains et stériles. Une source limpide qui coule toujours est une image gracieuse des vertus agréables à Jéhova. D^autres ont cru qu'il s'agit ici d'une menace. Au lieu de droit et de justice, on a mis le jugement, l'arrêt, et l'eau débordante devenait un symbole du châtiment.
^ Ce passage, v. 25, 26, est le plus difficile de tout le livre, et déjà les anciens ne le comprenaient plus, tandis que les modernes sont on ne peut plus divisés sur le sens. Probablement le texte est altéré ; la version grecque et la Vulgate représentent d'autres leçons que nos éditions hébraïques. Cependant il y a quelques éléments qui nous permettront d en saisir la portée d'une manière générale. On Causse le sens et on s'éloigne du texte en traduisant : • Est-ce donc à moi que ▼ooB avez sacrifié ? . . . non, c'est aux faux dieux ! i La véritable antithèse que le prophète a en vue est celle qui résulte des lignes précédentes : Les sacrifices rituels ne sont pas la chose essentielle, mais la justice et la droiture ! Au désert anssi, dans le temps de Moïse, le culte rituel n'existait pas, comme on le pratique aujourd'hui, par la simple raison qu'un peuple nomade ne peut pas s'organiser comme un peuple sédentaire ayant son temple et ses autels, il est de toute évidence ^'Âmos, en écrivant ces lignes, n'avait pas sous les yeux un récit pareil à celui des trois livres moyens du Pentateuque, qui étaient aussi inconnus à Jérémie (VII, 22). — « Et pourtant, malgré cette absence de rites légaux, n'étais-je pas votre guide et protecteur? N'est-ce pas tout autre chose que je vous demandais en retour de mes bienfaits ? > (Jér. VII, 23.} Jusqu'ici le sens parait assez facile à saisir. 11 n'en est pas de même du verset suivant. Il y est question d'un culte idolâtre et païen, dont les Israélites se sont rendus coupables. Le prophète veut-il parler de ses contemporains? Dans cette supposition, on a proposé de traduire : • mais vous emporterez vos idoles et je vous chasserai au-delà de Damas. • Mais cela ne cadre point avec l'ensemble du discours, où l'on reproche, au contraire, aux Israélites leur culte de Jéhova comme étant purement de forme. Il faut donc traduire le verbe au prétérit, pour l'appliquer à une génération précédente, à oelie-là précisément dont il vient d'dtre question. Au désert, dit Amos, à l'époque même où Jéhova vous donnait ses lois, vous adoriez les faux dieux. Ainsi le prophète constate, comme un souvenir historique (ce que les textes dits mosaïques ne mentionnent pas], que le culte national était autrefois le polythéisme et l'idolâtrie ; la législation du Sinal avait donc pour but de faire connaître le vrai Dieu ci sa sainte volonté, et ne s'occupait pas de détails rituels. Aussi le châtiment à venir frappera-i-il ceux qui désobéissent à la loi de justice, et ne sera-t-il pas épargné à ceux qui croient l'éloigner par des cérémonies.
A. T. 2* part. — I. 8
114 AMOS V, 26, 27. VI, i-3.
Mais vous avez porté la tente de votre roi^,
Et le reposoir de vos idoles. L'étoile de votre Dieu que vous vous étiez fait. . . . Et je vous déporterai au-delà de Damas ^, Dit l^ternel, dont le nom est le dieu des astres.
Malheur à vous, qui vivez sans souci à Sion,
Qui restez en sécurité sur la montagne de S'omerôn,
Vous^ nobles de la nation par excellence,
Vers lesquels afflue tout Israël * !
Passez à Kalneh et regardez, Allez de là vers Hamat la grande.
Descendez à Gat chez les Philistins :
Y est-on mieux que dans ces royaumes-ci ? Leur territoire est-il plus grand que le vôtre'? Vous qui prétendez reculer le jour du malheur,
s Traduction en partie conjecluraloj mais s'attachant au texte. Le mot que nous traduisons par tente est autrement inconnu. Au lieu de votre roi, on peut supposer le nom propre du dieu^ Milcom ou Moloch. I^es figures de dieux étaient portées dans des litières voilées de rideaux. Pour reposoir^ support^ piédestal, tous les anciens mettent un nom propre de dieu : Kêwan, en égyptien Réphan, c'est^i-diie Saturne. On traduirait alors : ■ les tentes de Milcom et de Kêwan , vos images ; une étoile était votre Dieu, etc. i Une traduction analogue est représentée Actes VU, 43.
t Dans des régions dont Israël n'avait encore aucune connaissance à Tépoqne
d'Amos. Cette menace finale se rattache à Tensemble du discours et non à la
dernière phrase, l'exil ne pouvant être la punition des crimes d'une autre génération.
1 Allocution adressée aux grands des deux royaumes, qui jouissent du pouvoir et des richesses^ et dont toute la nation recherche le patronage. Le prophète veut les réveiller de leur insouciance : ils se livrent aux plaisirs, et le jour de la catastrophe approche.
B Le sens de ces questions est assez obscur, parce que nous ne savons pas dans quel but le prophète cite les trois villes. Kalneh ou Gtésiphon était une grande ville assyrienne sur le Tigre ; Hamat ou Epiphanie sur l'Oronte, une grande ville de la Syrie; Gat, une ville des Philistins. S'il était établi qu'à l'époque d'Amos ces villes avaient éprouvé des désastres, on pourrait traduire : « valez-vous mieux qu'elles? vous aurez le même sort.» Mais la seconde question ne se pr6te pas à ce sens ; elle exige, au contraire, le sens que voici : Ces royamnee-ci, c'est-à-dire Israël et Juda, sont tout aussi riches et puissants que les autres, c'est donc de votre part une coupable ingratitude que de me désobéir, comme vous le faites !
Vous établissez tout près de vous le siège du crime ' ! Vous vous couchez sur des lits d'ivoire, Vous vous étendez mollement sur vos divans ; Vous mangez les agneaux du troupeau
Et les veaux arrachés à Tétable^.
Chantant comme des insensés au son de la lyre,
Ils croient manier la harpe de David ^ ;
Buvant le vin dans les amphores^
Et s'oignant d'huiles exquises, Ils ne se chagrinent pas pour la ruine de Joseph I
Pour cela, tantôt ils s'en iront captifs
A la tête des autres déportés.
Et les clameurs de leurs festins^ cesseront. Le Seigneur, TÉternel a juré par lui-même. C'est l'Éternel, le dieu des astres qui le dit" :
Je déteste l'orgueil de Jacob,
Et ses palais ^ je les hais, Et j'enfermerai la ville et tout ce qui s'y trouve ***.
' Il y a ici une antithèse entre les notions de reculer et de rapprocher. Jéhova fût annoncer le jour du jugement ; les grands^ que cela regarde plus particulièrement, ne Teulent pas en entendre parler et le croient d'autant plus éloigné qu'ils 7 songent moins ; en attendant, ils en accélèrent l'arrivée en rendant les iniquités et les violences permanentes parmi eux.
^ Ce luxe et cette bonne chère de tous les jours sont d'autant plus blftmables 9» les moyens de se les procurer sont dus à l'injustice, comme le prophète a eu soin de le dire plus haut.
^ Le sens n'est .pas tout à fait sûr. D'autres traduisent : ils inventent des instruments de musique, comme fit David. Mais il n'y aurait en cela rien de bl&mable. Le prophète paraît^ au contraire, vouloir marquer la distance qui sépare ces gens de David, dont la musique était tout autre.
® Dans les grands vases, et non dans de petits gobelets, et surtout sans y môler de l'eau.
* Litt.: de leur mollesse, de leur intempérance. — La nation entière pfitira, mais les chefs seront à la tête des autres, alors comme aujourd'hui, pour la punition comme pour le délit.
^ Ce n'est pas une assertion gratuite de l'orateur.
9 Les maisons qui ont donné le mauvais exemple, ou qui ont été le dége de tous les péchés décrits plus haut.
*^ Prédiction d'an siège qui fera périr les habitants par la faim et les maladies tout autant et plus que par l'épée. On remarquera que le discours qui s'était adressé d'abord à Juda aussi, ne se dirige plus ici que contre une seule ville, que nous devons supposer être Samarie.
Alors s'il reste dix hommes dans une maison,
Ils mourront** !
Et quand le parent chargé de l'enterrement En prend un pour emporter le corps hors de la maison. Et qu'il dit à celui qui est au fond de la chambre :
Y a-t-il encore quelqu'un avec toi?
L'autre dira : Non I Et il dira : Silence I Ce n'est pas le cas de prononcer le nom de rÉterncl ** !
Car, voyez, l'Éternel Ta décrété:
Il battra en ruines la grande maison
Et mettra la petite en pièces *^ Est-ce que les chevaux galoppent sur le rocher? Est-ce que les bœufs y traînent la charrue**? Mais vous, vous avez changé le droit en poison, Et le fruit de la justice en breuvage amer*'.
Vous vous réjouissez de ce qui n'est rien.
En disant : C'est par notre force
Que nous avons conquis la puissance *'^ 1
^^ Cette menace renchérit sur ce qui avait été dit chap. V, 3; c'est comme s'il y avait : les derniers dix mourront aussi. Le tableau qui suit représente la mdme idée d une manière plus pittoresque, mais non d après une conception identique ; de sorte qu'il y a entre les deux versets une espèce de contradiction.
^^ La scène ici décrite sera reconnue comme très-poétiquement arrangée dès qu'on se représente celui gui est au fond de la chambre comme le dernier survivant d'une famille, et celui-ci malade et mourant. Celui qu un parent du dehors vient chercher et emporter, aura été lavant-dernier. Le parent dira au survivant : Silence t Tais-toi ! ne prie point, ni ne te lamente ; le mieux sera de ne pas attirer sur toi l'attention de Dieu, il te ferait mourir aussi ! {Chargé de V enterrement^ le texte a un mot inconnu, qu'on traduit : celui qui brûle le corps mort. Mais les Israélites ne brûlaient pas les cadavres. Il faudrait supposer une pratique exceptionnelle dans la ville assiégée.)
^3 La grande et la petite maison sont toutes les maisons (chap. III, 15] et non pas les deux royaumes de Juda et d'Éphraîm.
^4 Sur le rocher [dur et escarpé) il n'y a ni route praticable, ni moyen d'ense'^ mencer et de récolter. Le chemin qu'Israël a suivi le conduira à sa perte [lui fera casser le cou] et ne saurait produire de bons fruits. L'application de Timage n'est pas clairement exprimée, mais elle est implicitement renfermée dans le distique suivant.
15 St vous le boirez I c'est-à-dire, le mal que vous avez fait aux autres (comp. V, 7) retombera sur vous.
16 Le roi larobe'am II, sous le règne duquel Amos vivait, avait fait des conquêtes dont les Israélites se vantaient, et dont ils s'attribuaient à eux-mêmes la gloire. Mais cet orgueil est vain, parce que la conquête ne sera pas durable, et de plus, il est impie, parce qu'il oublie de faire lu part do Dieu. (La puissance^ litt.: des cornes, qui en sont le symbole.)
AMOS VI, 14. Vil, 1-4. 117
Mais, voyez, maison d'Israël, Dit rÉternel, le dieu des astres, Je susciterai contre vous un peuple Qui vous serrera depuis Hamat jusqu'au ruisseau d'Arabie *'.
Voici ce que me fit voir le Seigneur, TÉternel * : Je le vis, formant des sauterelles, à Tépoque où commençait à pousser le regain. C'était le regain après la fenaison royale'. Et lorsqu'elles eurent fini de manger les herbes de la terre, je dis : Seigneur, Éternel, fais grâce 1 Comment Jacob subsistera-t-il ? Il est si petit! Là-dessus rÉternel se repentit. Ce ne sera pas I dit l'Éternel.
Voici ce que me fit voir le Seigneur, l'Éternel : Je le vis, le Seigneur, l'Éternel, appelant au débat le feu'. Et celui-ci dévora le
^"^ Les deux noms propres sont sans doute choisis pour déterminer les fVontières actaelles du royaume d'Éphraïm (on du moins des Israélites en général). On en conclura qu'Us se trouvaient alors dans une situation politique très-favorable. Du cdlé du nord^ la mention de Hamat (v. 2} implique la possession d'une grande partie de la Syrie, surtout de la vallée comprise entre les deux chaînes du Liban. Au sud, le ruisseau (torrent, vallée, ravin) d'Arabie (c'est-à-dire de la plaine, ou du désert) y fait joindre tout le territoire de Moab (Es. XV, 7).
^ Les catastrophes précédemment annoncées en termes propres sont ici représentées par une série de symboles, que le prophète dit avoir eus devant les yeux. Dans le morceau contenu dans le chap. Vil il y en a trois, celui des sauterelles, celui du feu et celui du plomb, lesquels sont reliés entre eux, d'un côté par l'idée de délais accordés sur les instances du prophète, de l'autre côté par la gradation <iu'ils expriment.
^Allusion à un usage autrement inconnu. Peut-être le roi (le fisc) exerçait-il un droit de fauchage préalable sur certaines prairies. En tout cas, l'image doit signifier que les sauterelles allaient détruire les dernières espérances du peuple. Déjà elles ont mangé les herbes (les légumes cultivés); elles vont se jeter sur ce que la nature donne encore spontanément à une époque de l'année où, dans les pays chauds, ses forces productives commencent à tarir. Il est évident qu'il ne fi'agit pas ici, comme dans Joël, de véritables sauterelles : elles ne sont introduites que comme le symbole de la dévastation.
* La traduction littérale serait : appelant au débat par U feu. Le texte mêle l'interprétation à l'image. C'est une forme très-fréquente de la pensée des prophètes que de représenter Jéhova plaidant contre Israël, le citant devant le tribunal. L'objet du debat^ ce sont ses griefs contre le peuple infidèle. Ici donc aussi il appelle celui-ci à ce débat contradictoire, qui se terminera nécessairement \w un arrêt de condamnation ; or, la condamnation (le châtiment) est symbolisée par le feu.
Çrand océan et allait dévorer la campagne^. Et je dis: Seigneur, Eternel! Ah, cesse! Comment Jacob subsistera-t-il ? Il est si petit! Là-dessus TÉternel se repentit. Cela ne sera pas non plus ! dit le Seigneur, rËternel.
Voici ce qu'il me fit voir : Je vis le Seigneur debout sur un mur fait au niveau, et dans sa main il tenait un niveau \ Et TÉternel me dit : Que vois-tu, 'Àmos ? Et je dis : Un niveau. Et le Seigneur dit : Vois-tiï, je vais poser le niveau au milieu de mon peuple d'Israël ; je ne continuerai point à lui pardonner. Mais les hauts-lieux^ d'Isaac seront désolés et les sanctuaires d'Israël seront détruits, et je me lèverai avec le glaive contre la maison de larobe'am !
VIÏI.
Cependant Amaçyah, le prêtre de Bét-El*, envoya vers larobe'am, le roi d'Israël, pour lui dire : 'Amos conspire contre toi au milieu de la maison d'Israël; le pays ne peut supporter' tous ses discours. Car voici ce que 'Amos dit: C'est par l'épée que mourra larobe'am, et Israël sera déporté loin de sa patrie. Et Amaçyab dit à 'Amos :
•^ Étant donné que le feu représente Tidée du châtiment, Tintensité du feu représentera la grandeur du châtiment. Or, il est dit que le feu était tel qull commença par dessécher la mer Méditerranée, hyperbole dont le sens ne saurait être douteux. En faisant commencer l'action du feu par le dessèchement de la mer, le prophète symbolise la notion abstraite de la menace la plus terrible ; au moment où le feu va attaquer la côte (où la menace va se réaliser sur le peuple), il intercède encore une fois.
& En hébreu, il y a un plomb. Or, l'architecte se sert du plomb pour déterminer les lignes perpendiculaires et horizontales, et il s'agit de savoir auquel des deux instruments le prophète a dû songer ici. Les commentateurs n'ont pas toujours su se rendre compte de la nature du symbole qull emploie. Mais il nous semble clair que Jéhova ne voulant plus pardonner, il s'agira de la destruction du royaume d'Israël ; le royaume est donc comparé à un édifice, à un mur autrefois bien et régulièrement construit (soit perpendiculairement, soit horizontalement, n'importe], dont il ne doit pas rester pierre sur pierre, qui sera égalisé au sol, de manière qu'on pourra mettre le niveau sur ce dernier sans trouver de trace de la construction. Comp. Es. XXXIV, 11. 2 Rois XXI, 13.
^ Tous les lieux de culte qui excitaient la jalousie de Jéhova.
1 C'était à Bât- El même , à l'un des sièges principaux du culte des Éphraîmites , qu'Amos exerçait son ministère ; le prêtre attaché à ce sanctuaire cherche donc à Téloigner soit directement par des instances a la fois menaçantes et dédaigneuses que le prophète va repousser éloquemment, soit indirectement par un rapport au roi, uont nous n'apprenons point les conséquences.
^ Litt. : comtênir, comme s'il s'agissait d'une mesure au comble.
AMOS VII, t3-tT 119
Prophète ' I va t'enfair au pays de Juda ; là tu peux manger ton pain *^ et là tu peux débiter tes prophéties : mais à Bêt-El tu ne continueras pas à prophétiser, car c'est un sanctuaire du roi et une maison royale ^. Et Amos répondit à Amaçyah en disant :
Je ne suis ni prophète, ' Ni disciple de prophète • ;
Je ne suis qu'un berger ''^ Je me nourris de sycomores*; Mais rÉternel m'a pris D'auprès de mes brebis Et m'a dit : Va prophétiser A mon peuple, à Israël!
Or^ écoute la parole de l'Eternel :
Toi tu dis :
Ne prophétise point contre Israël, Ne prêche point contre la maison d'Isaac ! C'est pour cela que l'Éternel dit :
Ta femme sera violée publiquement^.
Tes fils et tes filles périront par l'épée,
3 Le tenne employé dans l'original ne demande pas impérieusement le sens de mépris attaché au terme français de visionnaire qu'on pourrait trouver plus approprié au contexte. Aussi la grande majorité des traducteurs se contentent-ils à*y voir on simple synonyme de prophète. La réponse d'Amos ne va pas au-delà, ou plutôt elle suppose ce dernier sens.
* Cette phrase dédaigneuse peut dtre interprétée de manière à dire: va gagner ion pain ailleurs ; ici tu n'as pas de chances !
^ Non pas une rfsidenee de roi^ ce qui n'était pas le cas, mais un édifice^ un temple construit par le roi, et destiné à un usage national.
9 Amos décline le titre honorifique de prophète ; ce n'est pas là son état ; il n'a point fait d'études, il n'a point abandonné son métier de berger. Ce n'est qu'accidentellement, sur un appel spécial de Dieu, qu'il a quitté son troupeau.
* Le texte dit à la lettre: un bouvier ^ mais comme il est question plus loin de 4r0Kf, et que l'inscription du livre emploie également un mot qui nous fait songer de préférence au menu bétail, il fallait généraliser le sens.
^ Les sycomores ou âgues sauvages sont la nourriture la plus vile qu'on se procurait sans travail, même dans les contrées incultes. Seulement, pour faire mûrir le fruit, il faut y faire une incision ou une égratignure, et c'est proprement là ce que dit le verbe employé dans le texte.
' La prophétie d'Amos avait été dirigée généralement contra le royaume d'Éphraim et ses habitants. Maintenant que le prêtre de Bêt-El veut fermer la boaciie au berger de 'Teqoa' suscité par l'esprit de Dieu, c'est à lui spécialement que s'adressent les sinistres prédictions du prophète. Le tableau du dernier verset est celui d'une conquête à main armée, par un ennemi farouche: le viol, le carnage, la déportation, l'esclavage, la spoliation en sont les éléments naturels.
120 AMos VII, n. vin, 1-6.
Ton champ sera partagé au cordeau '^^
Toi, tu mourras sur un sol impur *\
Et Israël sera déporté hors de sa patrie I
Voici ce que me fit voir le Seigneur, TÉternel * : Je vis un panier de fruits mûrs. Et il me dit : Que vois-tu, 'Amos ? Et je répondis : Un panier de fruits mûrs. Et TÉternel me dit : Israël, mon peuple, est mûr * ; je ne continuerai point à lui pardonner. Les chants du palais se changeront en hurlements en ce jour-là, dit le Seigneur, l'Éternel : des cadavres tant et plus I Partout on les jette sans rien dire '.
Ecoutez ceci*, vous qui vous acharnez après le pauvre.
Pour faire taire les indigents du pays!
Vous dites: c Quand la nouvelle lune sera-t-elle passée,
Pour que nous vendions du blé?
Et le sabbat.
Pour que nous ouvrions nos greniers ^^
En faisant Tépha petit, Et le sicle grand.
En faussant la balance pour la fraude^. Afin d'acheter les indigents pour de Targent,
10 Des étrangers se le partageront.
11 En exil; le sol de la patrie est un sol sacré.
^ Nouvelle vision, ou plutôt nouveau symbole prophétique de raccomplissemeat définitif et irrévocable des menaces de Dieu. Le symbole se fonde sur l'idée de la maturité, qui marque aujourd'hui encore l'imminence d'un changement dans la condition d'existence.
^ Le texte dit simplement: un panier de fruits {çaïf}..,. la fia [çeç] approche. Pour ne pas eifacer ce jeu de mots, sur lequel repose tout le morceau, nous avons traduit librement d'après le sens, en employant deux fois le mot mûr.
3 Catastrophe politique amenée par une invasion étrangère.
4 Le prophète prend lui-m6me la parole pour reprocher encore une fois aux riches oppresseurs leurs crimes contre les faibles, comp. chap. IV et V.
^ Pendant les jours fériés, il ne se faisait pas d'alTaires ; on attend donc avec impatience le jour où celles-ci seront reprises.
^ Mais c est un commerce frauduleux ; on vend le blé dans des mesures trop petites, et on se fait pa3'er (peser l'argent) dans des balances faussées et de manière à se servir d'un poids trop fort, pour extorquer à l'acheteur une plus grande quantité de métal.
AMOS VIII, 7-tl. 121
Et les pauvres pour une paire de sandales ^ ?
Et nous vendrons jusqu'aux criblures de notre blé M >
L'Éternel a juré par la gloire de Jacob ^ :
Jamais je n'oublierai leurs procédés I
Oui ! à cause de cela la terre sera ébranlée,
Et tous ses habitants se lamenteront;
Elle se gonflera comme le Nil tout entière,
Elle se soulèvera et s'affaissera comme le fleuve de l'Egypte *° !
Et en ce jour-là, dit le Seigneur, l'Éternel,
Je ferai coucher le soleil à midi.
Et j'obscurcirai la terre en plein jour".
Je changerai vos fêtes en deuil.
Et tous vos chants en complaintes ;
Je mettrai le cilice sur tous les reins.
Et le rasoir sur toutes les tètes *' ; Je ferai que ce soit comme le deuil pour un fils unique. Et que sa fin soit un jour d'amertume " 1
Voyez, il viendra des jours,
Dit le Seigneur, l'Éternel,
Où je jetterai la faim dans le pays.
Non une faim après le pain.
"^ Le résultat final d'un pareil commerce sera que les pauvres ne pourront plus paver et seront réduits, bon gré, mal gré, à se faire esclaves des riches, qui se saisiront de leurs personnes pour la plus faible dette. Le prophète met cela dans la bouche des accapareurs, mais c'est proprement lui qui fait la réflexion. (Comp. II, 6).
^ Llndigent aura de la plus mauvaise marchandise, après avoir été ruiné en achetant la bonne aux conditions indiquées.
' Dieu ne pouvant jurer que par lui-même, la gloire de Jacob doit être la personne même de Jéhova; et c'est ainsi que l'interprètent la grande majorité des commentateurs. Dans le passage YI, 8 cependant^ ce terme est employé dans un autre sens.
^0 Le tremblement de la terre, dont il est parlé ici, n'est pas à prendre à la lettre ; il s'agit d'un bouleversement politique. La comparaison avec le Nil qui monte et qui baisse est très-pittoresque, à condition qu'on ne perde pas de vue qu'un sol mouvant ne laisse rien subsister de solide à sa surface.
1 ^ La nuit est une autre image du malheur ; la faire commencer à midi, c'est dire que le malheur viendra inopinément.
1^ Signes de deuil public et universel.
13 La ;f » du deuil doit être un jour d'amertume, cela revient à dire que le deuil ne cessera pas.