‹ La Bible (volume 2)Chapitre 3 sur 93 · AMOS VIII, 12, 13*. IX · texte numérisé non relu

AMOS VIII, 12, 13*. IX

Ni une soif après Teau, Mais celle d'entendre les paroles de rÈternel '^ !

Ils erreront d^une mer à Tautre, Du. nord au levant ils courront éperdus, En quête de la parole de TÉternel;

Mais ils ne la trouveront pas !

En ce jour-là, les belles vierges

Et les jeunes gens périront de soif.

Eux qui jurent par le péché de S'omerôn *®,

Qui disent : Vive le dieu de Dan I

Vive la voie de Beër-S'éba' *' I Mais ils tomberont pour ne plus se relever.

Je vis le Seigneur debout sur TauteP,

Il dit: Frappe le chapiteau,

Que les linteaux s'ébranlent'.

Et brise-les sur leurs tètes à tous!

Ce qui en restera, je regorgerai avec Tépée, Pas un seul d'entre eux ne parviendra à fuir.

Pas un seul ne s'échappera I

1^ Ce ne sera pas la moindre des peines pour le peuple aujourd'hui sourd et aveugle, de ne plus trouver de conseillers et de directeurs au moment où un repentir tardif surgira enfin; de ne plus rencontrer ces prophètes qull repousse aujourd'hui et qui lui feront défaut alors.

1 ^ La soif est prise ici dans un autre sens que tout à l'heure. Après avoir servi à peindre un désir moral énergique, mais qui restera sans satisfaction, elle peint maintenant le dépérissement physique, la défaillance et la ruine. Le prophète introduit de préférence la jeunesse, parce qu'elle semble être plus capable que les autres Ages de résister aux malheure et aux privations.

16 Le péeh^ de S'omerôn par lequel on jure, ne peut 6tre qu'une divinité qu'on y adorait. Le parallélisme avec les lignes suivantes confirme cette explication.

1'^ Dan et Beër-S'éba* étaient les deux points extrêmes de la Palestine, au norfl et au sud. C'étaient des lieux de culte, objets des remontrances des prophètes. I^ voie fait peut-être allusion aux pèlerinages (voyez chap. V, 5J. Autrement on pourrait traduire : les rites.

1 C'est la dernière vision ou représentation symbolique du châtiment ; la ruine d'ÉphraXm est figurée par le renversement du temple dans lequel le peuple est assemblé pour célébrer son culte réprouvé. L'autel est au-dehors, Jéhova y apparaît a la fois comme témoin et comme juge, et le coup que, par son ordre, Amos doit frapper sur une colonne, est censé assez puissant pour faire tomber l'édifice entier. Comme il ne s'agit que d'une allégorie, cela ne fait aucune difficulté.

^ Nous ne garantissions pas lezaclitude des termes d'architecture.

S'ils pénétraient dans le S'eôl,

Ma main les en arracherait ; S'ils montaient au ciel,

Je les en ferais descendre ; S'ils se cachaient au sommet du Garmel, Je les y découvrirais et je les saisirais ; S'ils se dérobaient à mes yeux au fond de la mer, J'y manderais le serpent pour les mordre ; S'ils s'en allaient captifs devant l'ennemi, J'y manderais l'épée pour les égorger !

J'aurai les yeux sur eux.

Pour leur malheur et non pour leur bien ^ l

Le Seigneur, l'Éternel des astres^ — Il touche la terre et elle se dissout. Et tous ses habitants se lamentent ; Elle se gonfle comme le Nil, tout entière, Et s'affaisse comme le fleuve de l'Egypte^. Il bâtit dans les cieux ses pavillons; Sa voûte, il l'a fondée sur la terre*. Il appelle les eaux de l'océan Et les déverse sur la surface de la terre : L'Éternel est son nom !

Vous êtes pour moi comme les fils de Kous'^, 0 fils d'Israël I dit l'Éternel ;

3 Li raine d'Israël est décidée ; rien ne sauvera ce peuple voué à la destructioo. Cette idée est exprimée en antithèses hyperboliques : plus de refuge pour ces rebelles, ni an ciel, ni au fond de la terre^ ni dans les cavernes du Carmel, ni dans labîme de Tocéan ; partout le Dieu vengeur saurait les atteindre ; et si R>Q bras (humainement parlant} n'était pas assez long, il aurait encore à ses ordres des instruments de vengeance, l'épée des étrangers et les monstres de la mer. Il ne se contentera pas même de Texil comme punition, il veut la mort des coupables.

* Glorification incidente du Tout-Puissant^ comp. chap. V, 8.

5 Voyei ch. VIII, 8.

8 Construction merveilleuse de l'univers, comparé à un édifice à deux étages. Comp. Ps. CIV, 3. Le jtavillon est Tétage supérieur (la chambre haute de nos bibles françaises), la toiUe du ciel repose sur le disque de la terre^ et est ellemême le sol (plancher], où est établie la demeure céleste ; c'est pour cela que le ciel est appelé firmament ^ c'est-à-dire masse solide.

"^ Vous ne valez pas mieux à mes yeux que la race que vous détestez le plus, celle qui habite la lisière méridionale du continent. Israël ne doit donc point se prê\aloir de son titre de peuple de Dieu ; il l'a perdu.

J'ai fait venir Israël de la terre d'Egypte,

Les Philistins de Kaftor, les Araméens de Qir*.

Voyez, les yeux du Seigneur^ TEtemel,

Sont fixés sur ce royaume coupable:

Je Texterminerai de la surface de la terre 1

Cependant je n'exterminerai pas tout à fait * La maison de Jacob, dit TÉternel.

Mais voyez, je donnerai mes ordres, Et je secouerai la maison d'Israël parmi les nations, Comme on secoue avec le crible, De sorte que pas un grain ne tombe à terre ^. Les pécheurs de mon peuple mourront tous par l'épée *^, Eux qui disent : Le malheur n^arrivera pas jusqu'à nous, Ni ne nous atteindra I

C'est alors que je rétablirai

La chaumière délabrée de David'*,

Je fermerai ses brèches.

Je relèverai ses ruines.

Je la rebâtirai comme elle était autrefois. Afin qu'ils s'emparent du reste d'Édom,

s Le sens de ce distique n'est pas bien clair. Il peut signifier qne Dieu a donné à d'autres peuples aussi leurs territoires ; il est le bienfaiteur de qui il veut, et dispose librement.de la terre; U n'est pas plus engagé envers Israël, qu'Israël ne l'était envers lui. Kaftor est l'île de Crète. Sur Qir, voyez chap. I, 5.

^ Le Jugement de Dieu, qui jusqu'ici ne s'est guère présenté que sous l'image d'une ruine totale et absolue, parce que le prophète se préoccupait exclusivement de ce qu'il avait de blâmable devant les yeux^ est ici décrit comme un triage. Il y a encore quelques bons éléments que Jébova saura découvrir et mettre à part. De là, l'image du crible qui conserve les bons grains et ne laisse tomber que la poussière et la balle. Ce triage se fera à l'étranger^ parmi les nations ; en d'autres termesj le châtiment consistera essentiellement en une déportation, de laquelle les bons seuls reviendront.

10 Reproduction de la menace, destinée à prévenir une fausse interprétation de la perspective ouverte tout à l'heure aux Israélites restés fidèles.

11 La promesse s'adresse de préférence à cette partie du pays qui, sous uoe dynastie légitime, avait conservé intact le sanctuaire de Jébova. C'est Juda et Jérusalem, ce sont les Isaïdes, auxquels la perspective heureuse est offerte par le prophète. Mais à ce moment, ce royaume aussi et sa dynastie ne sont plus ce qu'ils ont été autrefois sous leur glorieux fondateur. Les neveux de David n'habitent plus, pour ainsi dire, qu'une chaumière délabrée.

Et de tous les peuples sur qui mon nom a été prononcé*^ I C^est rÉternel qui le dit, et il le fera !

Voyez, il vient des jours, ditTEternel,

Où le moissonneur suivra de près le laboureur*^;

Et celui qui presse les raisins Touchera à celui qui jette la semence ; Et les montagnes ruisselleront de vin doux, De toutes les collines il en coulera**. Et je ramènerai les captifs de mon peuple, d'Israël, Pour qu'ils rebâtissent leurs villes détruites et y demeurent, Et qu'ils replantent leurs vignobles et en boivent le vin. Et qu'ils se fassent des jardins et en mangent le fruit !

Et je les replanterai dans leur sol ",

Et ils ne seront plus arrachés

De leur sol que je leur ai donné !

C'est l'Éternel, ton Dieu, qui le dit.

i^ Israël, restauré à d'autres égards, verra aussi l'empire de David rétabli dans toate son étendue. Les peuples voisins qui avaient été subjugués par ce roi, et qui ainsi ont entendu proclamer cbez eux le nom de Jéhova vainqueur, seront de BOQveau assujettis à la domination israélite.

^3 Description poétique de Tâge d'or de l'avenir. La fertilité de la terre sera telle que la moisson commencera aussitôt que la cbarrue aura tracé les sillons; de même les semailles et les vendanges se suivront de près et la nature n'aura plus de saison morte.

14 Copié de Joël IV, 18.

1^ L'allégorie, amenée par une association naturelle des idées, est fréquente dans les prophètes.

Nous passons à un prophète dont les écrits ou discours sont rangés à juste titre panni les plus difficiles de l'ancienne littérature liébraïque. Cette difficulté provient, d'un côté, du style même de Fauteur et de son genre de composition ; de l'autre, de la connqiissance très-imparfaite que nous avons des événements politiques de son temps, auxquels il fait fréquemment allusion, mais d'une manière qui ne suffit pas pour orienter le lecteur placé à distance. Kn outre, on est amené, plus souvent qu'ailleurs, à suspecter rintégrité du texte qui nous a été conservé, et que son obscurité même a pu exposer à des altérations plus nombreuses.

Nous ne savons absolument rien sur la personne de cet écrivain. L'inscription placée en tête de son livre, et dont l'origine nous est inconnue, se borne à mentionner le nom de son père, comme cela a été le cas pour Joël, et les légendes répandues sur son compte, et que l'on trouve tant chez les Rabbins que chez les Pères, sont trop sujettes à caution, ou plutôt trop évidemment des inventions oiseuses, pour que nous dussions nous y arrêter ici. Nous serons donc obligés de nous en tenir au livre même, pour tâcher d'y découvrir quelques données positives sur l'auteur et son époque, lesquelles, à leur tour, pourront servir à l'interprétation plus sûre des détails.

A. T. 2« part. — I. 9

Le nom du prophète (en hébreu Hos'éa'), que celui-ci a en commun avec plusieurs autres personnages distingués de l'histoire israélite (Nombres XIII, 16. 2 Rois XV, 30), n'est au fond qu'une abréviation de n'importe quelle forme plus complète exprimant ridée que le salut vient deDieu (Hos'a yah, lehos'oua'), et de laquelle on retranchait, dans le langage usuel et familier, le nom de Jéhova, pour ne conserver que l'élément verbal, comme cela a été le cas aussi pour les noms de Nathan, Obed, Micah, Safat, Nadab et beaucoup d'autres. L'origine ou la patrie d'Osée nous est inconnue ; cependant l'opinion commune des savants est qu'il a été citoyen du royaume d'Israël ou des dix tribus. Ce qu'il y a de certain, c'est que ses discours s'adressent plus spécialement aux populations de cette partie du pays. Il est vrai que le nom de Juda se présente assez fréquemment sous sa plume (II, 2 ; V, 5, 10 suiv.; VI, 4, 10 suiv.; VIII, 14; X, 11 ; XU, 1, 3), mais alors c'est toujours conjointement avec celui d'Éphraïm ; et dans des passages bien plus nombreux encore, ce dernier ou ses équivalents sont prononcés seuls (V, 1 ; VI, 8 ; VII, 1 ; XII, 12; XIV, 2, etc.), et des morceaux entiers, très-instructifs à cet égard, nous représentent le prophète précisément en face de cette fraction particulière du peuple. Nous signalerons ici surtout le morceau allégorique placé en tête du recueil, au sujet duquel il ne saurait y avoir de doute, et ensuite le passage VII, 5, où le roi d'Éphraïm est appelé notre roi. Si, dans l'une ou l'autre occasion. Osée semble montrer une prédilection pour le royaume de Juda (I, 7, comp. IV, 15), on n'en conclura pas nécessairement qu'il y était né, comme nous avons vu cela dans Amos ; la légitimité du culte et de la dynastie expliquent suffisamment une pareille distinction. Sous la réserve de la valeur de cette argumentation. Osée serait donc le seul prophète éphraïmite dont il nous serait parvenu quelques pages d'écriture, à moins qu'on ne veuille lui donner pour compatriote, soit Nahoum, soit celui dont nous allons nous occuper tout à l'heure.

Une question qui nous embarrassera davantage, c'est celle relative à l'époque où le prophète a dû écrire, et cette question est d'autant plus importante, que c'est d'elle que dépend l'explication d'un grand nombre de passages, qui resteraient des énigmes, si l'on ne parvenait pas à la résoudre d'une manière plus ou moins plausible. A cet égard, l'inscription du livre, qui devrait nous guider dans cette recherche, est plutôt de nature à nous désorienter.

En effet, elle nous dit qu'Osée prophétisa sous les rois de Juda Oazziyah, lotam, Ahaz et Hizqiyah (dont le premier mourut en 759 et le dernier monta sur le trône vers 728 avant J.-C), ce qui ferait de lui un contemporain d'Ésaïe et de Michée, quel que soit du reste le commencement ou la fin que nous assignerons à son ministère. Mais cette inscription le fait aussi prophétiser sous larobe'am II, roi d'Israël, lequel mourut déjà en 784, c'est-à-dire 25 ans avant la mort d'Ouzziyah. Gela donnerait en tout, pour le moins, une période d'une soixantaine d'années pour l'activité prophétique de cet écrivain. Ce chiffre paraît excessif. Le doute est justifié et corroboré par le fait que les deux indications, dont nous venons de parier, semblent se contredire. On sera autorisé à se demander pourquoi il n'est pas question là des successeurs de larobe am, sous lesquels il faudrait bien qu'Osée eût prophétisé, si réellement il a exercé son ministère jusqu'après l'avènement de Ilizqiyah. Un auteur qui s'occupe plus spécialement de la situation politique et religieuse d'Éphraïm, telle qu'elle s'est faite sous les rois qui ont occupé le trône après la chute de la dynastie dont larobe 'am avait été le chef le plus brillant, aurait certainement nommé ces rois, s'il avait lui-même voulu préciser l'époque de la composition de son livre, et ne se serait pas borné à des données si vagues et au fond si étrangères à son horizon prochain. L'inscription n'a donc été ajoutée qu'après coup et nous estimons qu'elle est due aux combinaisons d'une critique assez superficielle. C'est aux textes mêmes que nous devrons nous adresser, pour avoir des renseignements plus positifs.

Or, nous venons de dire que ces textes sont généralement assez obscurs, et les allusions à des faits historiques peu transparentes. D un autre côté, les livres historiques de l'Ancien Testament ne nous offrent que des ressources bien insuflGlsantes pour corriger ce défaut. Malgré cela, l'aride chronique des rois d'Israël nous fournit certaines indications au moyen desquelles nous parvenons à élabUr au moins le cadre général de la situation en vue de laquelle le prophète Osée a dû composer les divers morceaux compris dans le livre qui porte son nom. Nous lisons dans celui-ci, dès les premières lignes (1, 4), que la dynastie de léhoû, qui avait occupé le trône tout juste pendant un siècle, va tomber sous la main vengeresse de Dieu. Plus loin, il est question de plusieurs rois qui ont péri ou qui ont été renversés (VI, 7 ; VII, 7, 16 ; X, 15 ; Xin, 11), d'autres qui ont été proclamés contre la volonté de

Jéhova (Vni, 4), puis d'un état de choses où il n'y avait plus même de roi du tout (III, 4; X, 3), où le peuple en demandait un à grands cris (XIII, 10). Depuis longtemps les commentateurs ont cru devoir rapprocher ces passages du récit contenu dans le quinzième chapitre du deuxième livre des Rois, où il est parlé d'une série d'usurpations sanglantes qui suivirent coup sur coup la mort du dernier grand monarque d'Éphraïm, et qui finirent par amener la ruine de ce royaume et de la nation. Les chronologistes ont même fait remarquer que si l'on veut faire accorder les dates de ces divers règnes, telles qu'elles sont énoncées dans le texte cité, avec celles assignées aux règnes contemporains des rois de Juda, il faudra nécessairement admettre un ou plusieurs interrègnes, des périodes d'anarchie complète, dans cette partie du pays, à moins qu'on ne préfère reprocher à l'historien des omissions de noms propres ou des erreurs de chiffres. Cette explication des discours de notre prophète au moyen de l'histoire d'Israël pendant les vingt premières années qui suivirent la mort de larobe'am II, nous paraît acceptable et justifiée de tous points. Elle est encore confirmée par ce qui est dit dans plusieurs endroits de la politique extérieure de ces gouvernements passagers et révolutionnaires. Dans l'état de faiblesse dans lequel le pays était plongé par suite des troubles civils incessamment renouvelés, ils cherchaient un appui à l'étranger, en Egypte et surtout en Assyrie, et finirent par devenir tributaires de cette dernière grande puissance, qui se préparait dès lors à étendre ses conquêtes jusque sur les bords de la Méditerranée (V, 13 ; VII, 11 ; VIII, 9 ; X, 6 ; XII, 2 ; XIV, 4).

Si l'époque de la composition du livre d'Osée peut être ainsi déterminée d'une manière générale, il n'est pas également facile de préciser les termes extrêmes du ministère de ce prophète. Gomme il n'y a aucune trace dans son texte, ni d'une déportation d'Israélites en Assyrie, qui aurait déjà été un fait accompli (2 Rois XV, 29), ni des derniers efibrts faits par les Éphraïmites pour reconquérir la suprématie sur les rois de Jérusalem, efiort^ momentanément couronnés de succès {ibid,, XVI, 5 suiv.), nous en conclurons que la rédaction de ces discours tombe au-delà du milieu du 8* siècle. D'un autre côté, le passage déjà cité, dans lequel la maison de léhoû est menacée de ruine (I, 4), ne prouve pas absolument qu'Osée écrivait déjà avant la mort de larobe *am II (784), parce que nous ne savons pas si son fils, qui n'a régné que

quelques mois (2 Rois XV, 8), a pu lui succéder immédiatement, ou s'il ne parvint à s'emparer de la couronne qu'après un long interrègne. Cette dernière combinaison paraît être recommandée par les calculs à établir sur les données du 2® livre des Rois XIV, 23; XV, let8.

Après cela, il est superflu d'insister sur certains passages, qui rappellent des idées ou des tournures qu'on a déjà rencontrées dans Amos, à l'effet.de prouver ce qui ne peut plus être contesté, savoir que ce prophète, dont nous avons fixé l'époque au plus lard vers 790 avant J.-C, a été antérieur à celui dont nous nous occupons en ce moment. De fait, ces passages ne sont ni bien nombreux, ni bien significatifs (ch. IV, 3, comp. avec Amos VIII, 8; — ch. IV, 15, avec Amos V, 5 ; — ch. VIII, 14, avec Amos II, 5).

D est, du reste, possible que toutes les pièces qui composent le recueil ne soient pas écrites à la même époque. Mais elles ne fournissent pas des données suffisantes pour qu'on puisse y découvrir l'évolution successive des événements auxquels elles pourraient être censées correspondre. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les trois premières, qui forment une espèce d'ensemble et qui se distinguent du reste par leur style particulier (ch. I-III), paraissent être antérieures aux autres. Du moins, elles se séparent aisément de la partie comprise dans les ch. IV-XIV, tandis qu'il ^t très-difficile de séparer les éléments de ce second groupe, même au point de vue purement rhétorique. Les essais qui ont été faits à ce sujet n'ont abouti qu'à faire voir que les textes se prêtent à des coupures très-variées, et que rarement les différents morceaux, qu'on peut être amené à distinguer, commencent de manière à nous faire immédiatement reconnaître un nouvel exorde, ou s'arrondissent de manière à se terminer par une véritable conclusion ou péroraison. Aussi la diviâion que nous adoptons pour la traduction et le commentaire n'a-t-elle pas la prétention d'être la seule possible. Elle doit simplement servir à faciliter Imlelligence des textes, qu'on pourrait presque regarder comme formant un seul tout.

Quant à la tendance générale de ces discours, on peut la caractériser en deux mots. Us s'occupent presque exclusivement de la profonde décadence d'Israël, non-seulement au point de vue politique, mais surtout relativement aux mœurs et à la religion. On peut même dire que si les sévères invectives d'Amos s'adressaient de préférence aux auteurs et fauteurs des calamités sociales.

134 OSÉB.

Osée insiste avant tout sur la corruption générale, sur les vices qui paraissent avoir formé le cortège du polythéisme, et sur l'abandon des autels de Jéhova. Ici encore, on est amené à reconnaître qu'il doit s'être produit à cet égard un changement de plus en plus déplorable, sans doute en grande partie par suite de la décomposition politique de la nation. Du moins chez aucun autre prophète les couleurs ne sont si uniformément noires, les menaces si généralement âpres et impitoyables, bien que, ici encore, mais fort rarement, quelques rayons de lumière viennent éclairer le sombre horizon du prophète désespérant de son peuple.

Nous avons déjà dit qu'Osée ne se distingue pas par la lucidité de son style. Celui-ci est plus que concis dans la plupart des morceaux, notamment de la seconde partie ; il est quelquefois saccadé, abrupt, nulle part soigné. Il tient à la poésie plutôt par le nombre des images et des locutions figurées que par la facture des vers ; le parallélisme n'est ni régulier ni soutenu. On a été jusqu'à contester à ce livre, et d'une manière absolue, le caractère poétique. Nous pensons que c'est là une exagération. L'énergie oratoire, qui ne se dément jamais, s'élève de temps à autre au niveau de l'enthousiasme lyrique, et si les images et les tableaux ne sont pas précisément de nature à entraîner le lecteur, c'est que l'auteur passe trop rapidement de l'un à l'autre, qu'il ne fait que les ébaucher, et qu'il ne se donne nulle part la peine d'y mettre les couleurs. Il est plutôt possédé par son sujet qu'il ne le possède, et le sentiment qui l'inspire et le domine se presse sous sa plume sans attendre qu'il soit revêtu d'une forme appropriée à son élévation. Il en résulte que tout semble fragmentaire et décousu, quoique au fond tout se tienne et soit relié par une seule idée. C'est en lisant de pareilles compositions qu'on acquiert la conviction, nous pourrions dire la certitude, que nous n'avons pas là le calque de discours prononcés ainsi devant le peuple, mais le travail d'un écrivain qui peut avoir parlé au public en d'autres occasions, mais qui du moins ici n'avait en vue que des lecteurs.

Cependant, si l'explication des textes est restée douteuse en maint endroit, il convient de dire que cela n'a pas été partout de la faute de l'auteur. Tout au contraire, ce sont les commentateurs qui, en grand nombre, se sont étrangement trompés sur la portée de la partie la plus claire et la mieux travaillée du livre. Nous voulons parler de la double allégorie comprise dans les

chapitres I et III, que beaucoup d'interprètes anciens et modernes se sont obstinés à prendre pour un simple récit historique. Nous rendons d'avance nos lecteurs attentifs à ces deux morceaux. Ils sont d'autant plus intéressants pour l'histoire des idées religieuses chez le peuple hébreu, que les termes figurés qui y reviennent à chaque ligne sont devenus dès lors tellement usuels, que les orateurs sacrés les ont adoptés assez généralement. Es ont même passé dans le simple langage de la prose des historiens, où ils ne peuvent que gêner le lecteur moderne, auquel une traduction littérale sans commentaire suggérera facilement des idées étrangères tant aux faits qu'aux intentions des rédacteurs. Notons enfin que le prophète Osée fait quelquefois allusion à des traditions nationales, de celles qui nous ont été conservées \m le Pentateuque (II, 17 ; XI, 8 ; XII, 4, 5).

Parole de rÉternel adressée à Hos'éa', fils de Beërî, du temps des rois de Juda 'Ouzziyah^ lotam, Ahaz, lebizqiyah, et du temps de larobe'am, fils de Ioas\ roi d'Israël.

Quand PËternel commença à parler par llos'éa', il lui dit : Va prendre poTir femme une prostituée * et des enfants de prostitution, ear ce pays quitte l'Éternel pour se prostituer. Et il alla prendre

^ Il est impossible de voir dans ce texte le récit d'un fait réel et historique. Poar prouver cela^ on n'a pas le moins du monde besoin d'invoquer la morale ou U théodicée. Il suffit de faire remarquer que si le prophète avait réellement épousé une femme de mauvaise vie, les enfants qu'il en aurait eus n'auraient point été des bâtards. En les nommant ainsi^ l'auteur fait clairement voir que le sens qu'il attache à ce mot est tout différent de l'acception ordinaire. Ensuite il convient de rappeler qu'au chap. III^ une alliance analogue, mais différente, est introduite sans quil soit question de la première. Il s'agit donc d'ivie allégorie. Le prophète est le représentant de Jéhova ; Israël est la femme de celui-ci, mais une femme infidèle et adultère, qui a des amants étrangers, les faux dieux. Les enfants de cette femme sont les Israélites, qui sont nommés des enfants de prostitution, parce qu'ils se rendent coupables de ce môme polythéisme qui est comparé à un adultère. Les enfants participent au péché de leur mère, les individus reproduisent chacun pour loi le crime commun de la nation. En même temps, ils représentent l'effet de la caase à un autre égard encore : leurs noms s3rmboliques expriment l'idée du chàtiinent. Pour la forme de l'allégorie, ils sont appelés les enfants du prophète, mais ce trait n'a aucune importance dans l'interprétation qui doit s'attacher exclu- Hvemeot à la valeur et an sens des noms propres, qui sont ici l'essentiel. Nous ferons remarquer que le prophète Osée est le premier auteur hébreu qui se soit ^ervi de ces termes figurés de prostitution ou d'adultère pour désigner un culte païen. Ses successeurs, surtout Ézéchiel, reviennent fréquemment à cette mÔme allégorie, qui n'a rien d'étrange dès qu'on se rappelle qu'en hébreu un mdme mot {Bû'a() sert à désigner le seigneur et le mari. Jéhova est l'un et l'autre à l'égard de la nation élue.

Gomer, la fille de Diblaïm^, et elle devint enceinte et lui enfanta un fils. Alors l'Eternel lui dit : Donne-lui le nom de Dieudisperse^^ car bientôt je vengerai sur la maison de léhou le sang versé à Yizre'ël et je mettrai fin à la royauté de la maison d'Israël ^. Et en ce jour je briserai l'arc d'Israël dans la plaine de Yizre'ël^ Et elle devint encore enceinte et enfanta une fille ; alors il lui dit ^ : Donne-lui le nom de Disgraciée^ car je ne ferai plus grâce à la maison d'Israël, de manière à leur pardonner. Mais je ferai grâce à la maison de Juda, et je les sauverai, non par Tare et Tépée et la bataille, par les chevaux et les cavaliers, mais par TÉternel, leur Dieu ^. Et quand elle eut sevré Disgraciée, elle devint enceinte et enfanta un fils. Alors il lui dit : Donne-lui le nom de Plus-mon-peuple, car vous n'êtes plus mou peuple et moi je ne suis plus à vous ! Mais * le nombre des enfants d'Israël sera comme le sable de la

^ Il est fort probable que ces noms doivent avoir une signification symbolique, comme tous les autres qui vont suivre. Mais nos dictionnaires hébreux n'offreat aucun moyen de la retrouver. En aucun cas il ne s'agit ici d'une personne historique^ soit de la véritable femme du prophète, soit d'une courtisane de son époque, comme on Ta souvent pensé.

3 Le prophète reçoit l'ordre d'appeler le premier né de sa femme [du peuple) Dieudisperse. Ce nom, évidemment allégorique, marque donc le châtiment imminent de la nation pécheresse. Mais la meilleure partie du symbole disparait dans la traduction, en ce que ce nom (probablement dans un tout autre sens : Dieu-semée] est en même temps le nom propre de l'ancienne capitale du royaume des dix tribus, dans laquelle le fondateur de la dynastie régnante, léhou (2 Hois IX, X], avait égorgé toute la famille de ses prédécesseurs, sans se conformer davantage aux commandements de Jéhova. Or, comme il faut conserver le nom géographique de Yizre'el, le jeu de mots qui donne du relief à ce texte est complètement effacé.

^ Au royaume des dix tribus.

^ Cette plaine avait été maintes fois le théâtre de grands conflits : Juges IV. VI, VII. 1 Sam. XXXI. 1 Rois XX, etc.; et après Osée, elle le fut encore fréquemment: 2 Rois XXIII. 1 Macc. XII, de sorte que le prophète pouvait bien y placer la bataille qui devait mettre fin à l'existence de ce royaume infidèle. L'arc est le symbole de la puissance.

^ C'est toujours Jéhova qui parle au prophète. C'est une fille, parce que le nom propre est un féminin, les deux antres sont des masculins. L'idée représentée par la figure est partout la môme.

"7 Le royaume de Juda, et la dynastie légitime des Isaldes, ne seront point atteints par la catastrophe dont Éphraïm est menacé. Mais ce n'est que la faveur divine, et non la force humaine qui les sauvera.

^ A l'annonce du châtiment et à un châtiment qui était signalé comme définitif, se rattache, par une transition on ne peut plus brusque, ou plutôt sans aucune transition, une perspective de restauration. La liaison des idées peut se rétablir de manière qu'on met l'accent sur ce qui a été dit de la destruction A* Israël (des dix

mer, qa'on ne peut ni mesurer ni compter, et au lieu même où on leur aura dit : Vous n'êtes plus mon peuple, ou leur dira : Enfants du Dieu vivant. Et les enfants de Juda et les enfants d'Israël s'uniront ensemble et se donneront un seul chef et s'élèveront du pays^, car grande sera la journée de Dieu-semé^^. Nommez** vos frères Mon-peuple et vos sœurs Graciée I

Plaidez contre votre mère, plaidez * !

Car elle n'est point ma femme, Et moi je ne suis pas son mari.

Qu'elle ôte son impudicité de sa face Et de son sein ses adultères ' !

Autrement je la mettrai toute nue, Et je la dépouillerai comme au jour de sa naissance % Je la rendrai pareille au désert,

tribus] et de la conservation de Juda. Par la première est préparée une fusion des deux fractions de la nation, et celle qui a été disgraciée, retrouvera la grftce divine m s'onissant à Tautre sous un roi isaîde.

9 Gomme les innombrables épis d'un champ ensemencé. Toutes les autres interprétations, comme s'il s'agissait du retour de l'exil, d'expéditions de conquête ou de pèlerinage de Jérusalem, sont étrangères au texte.

^0 Nouvelle traduction du nom de Yizre'êl, qui fait antithèse avec la première. L'étjmologie autorise l'une comme l'autre, le contexte assigne à chacune sa place particulière, et leur différence même est un moyen de rhétorique. La journée est cdle de la restauration.

II Nommez- vous les uns les autres (vous en aurez le droit} d'un nom qui vous est refusé aujourd'hui. Par cette dernière phrase, le tableau s'arrondit et forme un toat bien encadré.

^ Ce second discours reprend tour à tour les mêmes pensées que le précédent, et en partie même en se servant des mêmes formes allégoriques. La mère, c'est la nation, c'est en même temps le pays habité par celle-ci. Ceux qui doivent plaider contre elle, l'accuser devant le juge, décliner toute soUdarité avec elle, ce soot les IsraéUtes restés fidèles et disposés à écouter la voix du prophète. Du reste, c'est JéhoTa qui parle.

* L'impudicité se manifeste de préférence dans le regard et dans le costume ; Israël, représenté comme une prostituée, doit faire disparaître ces témoins de son égarement. Il s'agit toujours d'un culte idolâtre et non d'autre chose.

3 Limage est continuée en s'appliquant au châtiment. La nudité complète (telle qu'elle se voit dans l'enfant nouveau-né) est la suprême honte; appliquée au pays, elle est le symbole de la dévastation. Mais l'allégorie ne se soutient pas, le discours deTenant momentanément direct, de figuré qu'il était. Canaan sera changé en un désert.

J'en ferai comme une terre aride,

Et je la ferai mourir de soif.

Et je n'aurai point pitié de ses enfants,

Car ce sont des enfants de prostitution*.

Car leur mère s'est prostituée, Celle qui les conçut s'est couyerte de honte.

Elle disait : Je suivrai mes amants ',

Qui me donnent à manger et à boire, Ma laine et mon lin.

Mon huile et mon breuvage.

C'est pourquoi, voyez, j'obstruerai son chemin d'épines,

Je l'entourerai d'une cloison.

De sorte qu'elle ne trouvera plus son sentier'.

Et quand elle courra après ses amants,

Elle ne les atteindra pas,

Et quand elle les cherchera,

Elle ne les trouvera pas '' ;

Alors elle dira : Je m'en vais

Retourner vers mon premier mari.

Car j'étais plus heureuse alors qu'aujourd'hui ! Et elle ne reconnaît pas

Que c'est moi qui lui ai donné

Le blé et le vin et l'huile.

Et de l'argent en masse et de l'or,

Dont ils ont fait leur Ba'al'I

C'est pourquoi je reprendrai Mon blé en son temps.

Et mon vin dans sa saison,

Et je retirerai ma laine et mon lin,

•^ Ici les enfants sont, comme au cbap. 1, les Israélites idolâtres ; et comme sans doute la grande majorité était dans ce cas, le prophète ne fait point d'exception, de sorte qu'il y a une contradiction apparente avec la première ligne de ce morceau.

^ Les faux dieux qalsrael regardait comme les dispensateurs des biens de la nature, au lieu d'en rendre hommage au vrai dieu et créateur.

^ Le châtiment est' ici représenté sous l'image d'une route sans issue, où l'on s'enfonce dans les taillis et les broussailles, où le chemin est barré, où l'on ne sait plus où se diriger dans son angoisse.

"^ Ils ne pourront pas lui venir en aide; elle reconnaîtra alors ({ne sa confiance était mal placée.

^ Exclamation de reproche ironique : Quel usage ils ont fait des trésors de toute espèce que Je leur ai donnés ! On pourrait aussi traduire : Ils l'ont consacré à Baal.

Qui couvraient sa nudité^.

Alors je dévoilerai sa honte Aux yeux de ses amants '^, Et nul ne la sauvera de ma main.

Et je mettrai fin à toutes ses réjouissances, A ses fêtes, ses nouvelles lunes et ses sabbats,

Et à toutes ses solennités ** ; Et je ravagerai ses vignes et ses figuiers, Dont elle disait : C'est mon salaire à moi. Que m'ont donné mes amants *^.

Je les changerai en broussailles.

Pour que les bêtes sauvages les mangent.

Et je lui demanderai compte Des fêtes des Ba'als auxquels elle brûlait de Tencens, En se parant de son anneau " et de ses joyaux ; Elle courut après ses amants.

Mais moi, elle m'avait oublié!

L'Éternel Ta dit.

C'est pourquoi, voyez, je la caresserai, Je la conduirai au désert.

Et je la consolerai *^.

9 Puis^'on ne Teut pas reconnaître que c'est Jéhova qui donne les biens de la oatore, il les reprendra^ ne les donnera plus^ à l'époque de la moisson et de la todange; on pourra alors les demander aux autres dieux. La faim^ la soif et la nudité, conséquences de cette punition^ feront peut-être comprendre à ceux qu'elles Grippent la gravité de leur erreur.

10 Comp. V. 5. L'amant comme le mari est toujours appelé à défendre la femme oatragée. Jéhova défie les faux dieux de protéger Israël contre sa juste jalousie.

11 II va sans dire que toutes 'ces fêtes doivent avoir été profanées par des rites ptîèiis et des sacrifices idolâtres.

'^ Le salaire est le prix de la prostitution^ et appartient à l'aUégorie, comme tout ce qui sera dit plus loin de la parure. Au fond, il y a l'idée que l'on obtient de la divinité les biens de la nature pour prix du culte qu'on lui rend.

^' Les femmes (et même les hommes, Juges YIII, 24] portaient des anneaux d'or, soit dans les oreilles, soit dans le nez.

H De même que dans le premier morceau^ le prophète passe ici d'une manière assez abrupte à la seconde partie de son discours. A l'annonce du chfttiment succède la perspective de la restauration. Le chfttiment est censé avoir produit son eff^, soit en ramenant les égarés^ soit en extirpant les coupables. Toujours est-il ({ue la nation ainsi purifiée subsiste. L'allégorie continue. Israël est encore une faune dont Jéhova veut gagner l'affection ; il lui prodigue les paroles d'amour et d'amitié, il la eonduit au désert, c est-à-dire il la ramène à son point de départ, à Vépoque de leur première alliancCi non encore rompue par des infidélités.

Et je lui rendrai de là ses vignobles **, Et la plaine de tristesse deviendra la porte de Tespérance " ; Elle y chantera comme aux jours de sa jeunesse *', Comme au jour où elle sortit de la terre d'Egypte.

En ce jour-là, dit TÉtemel,

Tu m'appelleras : mon époux.

Tu ne m'appelleras plus : mon maître **. Et j'ôterai de sa bouche les noms des Banals '^, Pour qu'ils ne soient plus mentionnés par leurs noms.

Et je ferai pour eux en ce jour-là

Un pacte avec les bétes des champs,

Et avec les oiseaux du ciel.

Et avec la vermine de la terre '" ;

Je briserai Tare et Tépée,

De la terre je bannirai la guerre,

Et je les ferai reposer en sécurité.

Et je te fiancerai à moi pour jamais ; Je te fiancerai à moi en droit et en justice,

En grâce et en miséricorde ; •

Je te fiancerai à moi en fidélité ^\

Et tu reconnaîtras TÉternel.

15 De là^ de ce nouveau point de départ, je la reconduirai dans sa patrie, dans la terre promise ; ce sera comme la reprise de Thistoire.

^0 La localité dans laquelle Israël est censé se trouver pendant la durée du châtiment» est appelée la plaine de tristesse, comme il est question ailleurs d'une vallée des ténèbres (Ps. XXIII, 4) ou d'une plaine des larmes (Ps. LXXXIV, 7). Il ne s'agit pas d'une localité déterminée, quoiqu'il y ait eu réellement près de Jéricho une vallée qui portait le nom de 'Akôr, à laquelle Osée ne peut pas aroir songé ici.

l*? C'est peut-être une allusion au chant de triomphe qui nous est conservé Bxode XV. Mais la mention du chant pourrait aussi simplement indiquer l'allégresse et le bonheur de Tépoque où les relations de Jéhova et d'Isradl n'étaient point encore troublées et oii la récente délivrance paraissait un gage assuré de l'avenir.

IS Cette phrase contient encore un jeu de mots. Le maître, en hébreu, se dit Ba*al, mot qui est ici à double entente. Il y a d'abord la différence des rapports indiqués par les mots d'époux et de maître, et il y a en second lieu l'antithèse du vrai et du faux Dieu.

10 Au pluriel. Baal était adoré sous différents noms spéciaux. Peut-être aussi le prophète emploie-t-il le mot pour tous les faux dieux en général.

30 Ce pacte aura pour objet que les bêtes ne feront plus de dommages aux plantations des habitants.

21 Les fiançailles (nouveUes) sont nécessaires, parce que l'union antérieure a été rompue par l'adultère et le divorce. Les substantifs qualificatifs qui s'y joignent sont nécessairement destinés à nommer la manière d'agir de Dieu, comme cela est

Et en ce jour-là j'exaucerai, dit rÉternel,

J'exaucerai les cieux^',

Et eux exauceront la terre,

Et la terre exaucera

Le blé, le Tin et Thuile,

Et eux exauceront Dieu-semé '^ I Oui, je le sèmerai pour moi dans cette terre,

Et je ferai grâce à Disgraciée, Et je dirai à Plus-mon-peuple : Mon peuple, c'est toi !

Et lui il dira : Mon Dieu «* î

Et rÉteruel me dit : Va encore aimer une femme qui est Tamante d'un autre, et qui est adultère, de même que rÉternel aime les enfants d'Israël, tandis qu'eux se tournent vers d'autres dieux* et aiment les gâteaux de raisins^. Et je me Tachetai pour quinze sicles

éTident pour la grâce et la miséricorde. Il faut se rappeler que c'était le prétendant qui achetait le consentement des parents. Jébova nomme donc les cadeaux qa'il ofire pour sa nouvelle alliance.

'^11 y a là toute une série de prosopopées : l'homme s'adresse an blé auquel il demande sa nourriture, le blé demande la sienne à lu terre, la terre implore le ciel pour avoir la pluie, et le ciel invoque Dieu, le dispensateur suprême de tout bien.

^^ Traduction du nom de Yizre*êl (cbap. II, 2}, qui doit être employée ici pour deux raisons : d'abord parce que l'auteur la reproduit lui-même dans la ligne SQivante, ensuite parce que les autres noms symboliques reviennent aussi.

'^ Par cette péroraison, ce second morceau se rattache évidemment au premier. 1^3 noms symboliques des enfants, Dieu-disperse, Disgraciée et Plus-mon-peuple, finissent par se changer en leurs opposés.

^ L'allégorie du premier chapitre est reproduite ici avec une certaine modification et dans un but spécial. Israël infidèle et idolâtre est encore comparé à une femme adultère, et le prophète est toujours le représentant de Jéhova. Mais ces rapports, tels qu'ils sont exprimés par des figures, ne se dessinent pas bien nettement. Comme femme adultère, elle est déjà mariée, et celui qui doit la prendre pour femme maintenant, est au fond la même personne que le premier mari. Une pareille combinaison, impossible comme fait, se comprend comme image. Israël a été infidèle à son Dieu ; ce Dieu veut entrer avec son peuple dans un autre rapport, comme cela va être dit plus loin. Il aime toujours («t le prophète, son représentant, aimera aussi], mais ce ne sera plus maintenant un vrai mariage.

^ Ces gâteaux sont en tout cas un élément particulier au culte Israélite extralégal, ou idolâtre. Peut-être serait-on autorisé à traduire : des dieux qui aiment det gàieaw.

144 OSÉE m, 3. 4. IV, 1-3.

d'argent^ et pour un boisseau et demi d'orge'. Et je lai dis : Durant longtemps tu me resteras là sans te laisser débaucher et sans te donner à un bomme^ et moi aussi j'en userai ainsi envers toi *. Car durant longtemps les enfants d'Israël resteront sans roi et sans cbef^, sans sacrifice et sans statue, sans épbod et sans teraphim^. Après cela, les enfants d'Israël chercheront de nouveau l'Étemel leur Dieu et David leur roi^, et ils reviendront humblement vers rÉternel et sa grâce, à la fin des temps.

Écoutez la parole de rÉternel,

0 enfants d'Israël !

Car l'Éternel a un litige * Avec les habitants de ce pays ; Car il nV a dans ce pays Ni fidélité, ni amour^ ni connaissance de Dieu. Ce n^est que parjure et mensonge, Assassinat, vol et adultère; Ils commettent des violences.

Ils entassent meurtre sur meurtre !

C'est pour cela que le pays est en deuil,

Tout ce qui l'habite languit.

Les bêtes des champs, les oiseaux du ciel,

3 Trente sicles étaient le prix ordinaire d'un esclave. Quinze sicles et une certaine quantité d orge, denrée peu précieuse, voilà ce qu'elle vaut. Pour une vierge qu'on recherchait en mariage, on payait bien davantage à ses parents. Il ne faut pas demander à qui le prophète aura payé ce prix, car il s'agit d'une femme infidèle, et non d'une fille à marier. Le prix n'est introduit que dans le but indiqué.

4 Jéhova, tout en la faisant acheter par le prophète (en son nom), ne veut pas la traiter comme sa femme. Elle doit rester là, comme divorcée ou séquestrée, privée de ses droits et avantages conjugaux.

^ Allusion au temps d'anarchie qui suivit la chute de la dynastie de léhou.

0 Non-seulement le gouvernement politique fera place à l'anarchie, mais le culte aussi, vrai ou faux, n'importe, cessera parce qu'il n'y aura plus de chef pour y présider. L'éphod, que la plupart des interprètes rendent par habit sacerdotal, est probablement une image en bois plaquée de métal. (Voyez surtout Juges VIII et XVIIJ. Les teraphîm étaient des figures de dieux domestiques.

'^ Ils se soumettront à la dynastie légitime des Isaïdes, et cesseront de vouloir se constituer à part.

1 Ou comme on dit plus familièrement : il a un compte à régler.

Les poissons même de la mer disparaissent^. Mais que personne ne réclame, Que personne ne remontre^ I Que ton peuple ne soit pas de ceux Qui font des reproches au prêtre ♦ !

Ta tombes de jour, Et le prophète aussi tombe avec toi de nuit ; Et je ruinerai ta mère ^ !

Mon peuple est ruiné

Par son manque d'intelligence I

Puisque toi tu as rejeté Tintelligence, Je tt) rejetterai aussi comme mon ministre^, Puisque tu as oublié l'enseignement de ton Dieu,

Moi aussi j'oublierai tes enfants I Plas ils devenaient nombreux , plus ils péchaient contre moi ' : Je changerai leur gloire en ignominie!

Le péché de mon peuple leur donne à manger^, Ses méfaits sont Tobjet de leurs désirs :

' Le prophète parait faire aUusion à une excessive sécheresse qui aurait affligé le pays et qu'il représente comme un châtiment céleste. Les habitants ne sont pas ici les hommes, mais les animaux (le texte dit à la lettre : tout ce qui l'habite en fuit de bétes). Ce qui est dit des poissons est naturellement une hyperbole, dût-on sobstitoer à la mer un simple lac. — D'autres voient ici une prédiction pour l'avenir.

^ Que personne ne prétende rejeter la faute sur autrui.

* Phrase obscure, qui rappelle peut-être que les hommes s'en prennent aux prêtres [comme aux interprètes de l'oracle) quand il leur arrive malheur.

^ La personne à laquelle s'adresse le discours, est toujours Israël; sa mère est le pays, la patrie. D'autres estiment que c'est la nation considérée comme totalité, opposée à la série des individus. Tomber exprime à la fois l'idée du péché et du châtiment, qu'il ne faut pas trop scinder. Le prophète est naturellement le guide mensonger et séducteur qui a éloigné Israël de Jéhova. Le jour et la nuit ne forment pas une antithèse, mais expriment l'idée de la continuité du châtiment.

^ Tout Israël est considéré, au point de vue théocratique, comme un corps sacerdotal, un peuple de prêtres.

'^ L'accroissement de la population étant un élément de puissance, le reproche dtt prophète s'adresse ici à l'ingratitude d'Israël, car partout cet accroissement est représenté comme un bienfait direct de Dieu.

^ Il est évidemment question des prêtres qui exploitent le peuple et qui profitent <^es sacrifices. Or, ces sacrifices sont criminels ; ils vivent donc du péché, ils en tirent leur subsistance, ils aiment à le voir de plus en plus fréquent. On n'a paâ besoin de rappeler ici que dans la terminologie rituelle un seul et même mot si^fie le péché et le sacrifice d'expiation.

A. T. 2' part. — I. 10

Mais il en sera du prêtre comme du peuple, Je lui demanderai compte de ses voies, Et je lui rendrai selon ses actes.

Ils mangeront, et ne seront pas rassasiés. Ils seront débauchés et ne formeront point lignée', Parce qu'ils ont déserté le culte de TÉternel.

La débauche, le vin et le moût Otent l'intelligence *®.

Mon. peuple consulte son morceau de bois.

Et son bâton lui donne des avis*'.

Car Tesprit de luxurç les égare, Us se laissent débaucher loin de leur Dieu *^. Sur les sommets des montagnes ils sacrifient, Sur les collines ils brûlent de Tencens, Sous le chêne, le peuplier et le térébinthe. Parce que Tombrage en est si agréable " : Voilh pourquoi vos filles se prostituent

Et vos brus deviennent adultères'^.

Je ne demanderai pas compte à vos filles

De ce qu'elles se prostituent, Ni à vos brus, de ce qu'elles sont adultères. Car eux-mêmes *^ vont à l'écart avec des prostituées.

^ Ces averUssements menaçants peavent être illustrés par lliistoire^ 1 Sam. 11^ 12 88., 22. D'après le contexte, nous sommes autorisés à prendre ici les mots de moMgtr et de débauches à la lettre. Le contentement, le bonheur, ne résulteront pas d'une si honteuse profanation du ministère.

10 Le prophète revient à parler en général de Tidolâtrie du peuple. Quand on se rappellera que le culte des dieux de Canaan comprenait toutes sortes d'orgies, on comprendra qu'un peuple grossier et sensuel y ait pris tant de goût, car en luimême un pareil culte est une folie et indigne d'un homme sensé.

11 Allusion à cette espèce particulière de divination qu'on appelait chez les Grecs la rhabdomantie, ou l'art de connaître l'avenir par des bâtons jetés à terre et la manière dont ils tombaient. Le more f au de bois peut aussi être Hdole en général.

1^ n est facile de remarquer que les termes employés sont à double entente. Le sens propre et matériel indique la cause, le sens figuré, l'eflet ou la conséquence.

IS n s'agit de ce qu'on appelle les hauts-lieux, ou lieux de culte en plein air, sur les hauteurs et dans les bocages. Il convient cependant de rappeler que ce n'est pas le choix du lieu, mais l'objet même du culte et ses rites qui constitaent le délit.

1^ La prostitution était un élément du culte d'Âstarté dans certaines solennités.

1^ D est sans doute encore question des prêtres. Voyez ci-dessus, v. 8.

Et sacrifient avec des filles consacrées *% Et le peuple inintelligent court à sa perte !

Si toi, Israël, tu te laisses débaucher, Que Juda du moins ne se rende pas coupable ! N'allez pas à G'ilgall Ne montez point à Bèt-Awen I N'y jurez point par la vie de rÉternel"! Car Israël est revéche Comme une génisse indocile ; Or, rËternel la laissera paître Comme une brebis lâchée au large *^.

Ephraïm s'est attaché aux idoles :

Laisse-le I Quand ils cessent de boire.

Ils se livrent à la débauche; Ils aiment l'opprobre, leurs boucliers *® ! La tempête les saisira avec ses ailes, Et ils seront confondus à cause de leurs sacrifices !

ifl Des coattisanes attachées à certains temples, dont il est souvent fait mention dans les aatears anciens.

1'' Comp. Âmos IV, 4; V, 5. Les Judéens, moins compromis encore vis-à-vis de Jébova que les Israélites ou Éphraîmites, sont conjurés de ne point suivre l'exemple de ces derniers, et de ne point fréquenter les lieux de culte et de pèlerinage de leurs voisins. Bôt-Awen (maison de néant, c'est-à-dire d'idole ou de péché] est un jeu de mots déjà employé par Amos, pour Bêt-El (maison de Dieu). La dernière phrase ne veut pas dire qu'il est défendu absolument de jurer. Jurer est un acte religieux, mais si le serment se faisait dans des circonstances anormales, ce serait un acte profane et criminel.

^^ Israèl va subir le sort qu'il a mérité. Il n'a pas voulu obéir, on le laissera courir, on l'abandonnera à sa destinée. Menace de la catastrophe politique et de la déportation. Ce qui nous gêne, c'est que l'allégorie mêle deux images, la génisse et la brebis. Cependant le sens ne paraît pas douteux.

^' Le texte de ces dernières lignes est positivement corrompu, comme on peut déjà le voir par les anciens qui en ont lu un tout autre dans leurs manuscrits, ou, ce qui revient au même, qui n'ont plus compris ce qu'ils lisaient. Notre traduction n a aucune prétention à la certitude. Les boucliers doivent être les chefs du peuple, ses défenseurs naturels, h'opprobre serait alors celui de la défaite, de la catastrophe qu'ils ont amenée.

Ecoutez ceci, prêtres ; Faites attention, maison d'Israël, Et vous, maison du roi, prêtez Toreille ! C'est vous que regarde cet arrêt!

Car vous avez été un piège pour Miçpab,

Un filet tendu sur le Tabor* I Les infidèles! Ils sont plongés dans la corruption' Mais moi, j'ai un châtiment pour eux tous I Je connais Épbraïm, Et Israël ne m'est point caché :

Or, tu t'es prostitué, Épbraïm,

Et Israël s'est souillé.

Leurs actes ne leur permettent point De revenir à leur Dieu', Car il y a en eux un esprit d'infidélité *, Et ils ne connaissent point l'Éternel. Mais l'insolence^ d'Israël témoigne contre lui. Et Israël et Épbraïm tomberont par leur faute, Et Juda aussi tombera avec eux.

1 Ce discours présente encore plus d'allusions à des faits contemporains, et par conséquent plus d'obscurités que les précédents, de sorte que dans bien des cas nous serons obligés de nous en tenir à des généralités, au risque d'effacer^ par ignorance des détails historiques, ce qu'il peut y avoir de plus saillant et de plus incisif dans l'expression du prophète. — Miçpab est le nom de plusieurs localités en Palestine ; on suppose qu'il est question ici d'un chftteau ou fort très-élevé dans les montagnes de G'ile*ad; le Tabor étant le point le plus élevé en deçà du Jourdain, sur le territoire du royaume d 'Épbraïm, ces deux noms représenteraient donc le pays tout entier. Pi^^e et /llet sont des métaphores très-usitées dans le langage des prophètes, pour exprimer l'idée d'une séduction, la cause d'un acte repréhensible. Les chefs de la nation sont menacés conmie auteurs de ses égarements.

^ Cette ligne qui, dans le texte reçu, ne donne aucun sens philologiquement Justifiable, est traduite d'après une légère correction suggérée par le passage parallèle chap. IX, 9. [Litt. : ils ont rendu profonde l'action de corrompre).

S Les choses en sont venues au point que la conversion et le repentir est provisoirement impossible. Il faut d'abord un châtiment exemplaire, une catastrophe : alors seulement ils comprendront leurs torts.

^ Proprement, d'infidélité conjugale, d'après l'allégorie bien connue, et fréquemment reproduite par le prophète.

^ On a proposé de traduire: la gloire d'Israël, et d'entendre par là JéhoVa lui-même [Am. VIII, '7); comp. cependant chap. VII, 10, et Amos VI, 8.

Avec leurs moutons et leurs bœufs ^ Ils iront chercher TEternel ; Mais ils ne le trouveront pas :

Il s'est séparé d'eux ' !

Infidèles à TÉternel, Ils ont engendré des bâtards ^ :

La nouvelle lune les dévorera ** Avec tout ce qu'ils possèdent.

Sonnez de la trompette à G'ibe'ah,

Et du clairon à Ram ah I Donnez l'alarme à Bet-Awen,

Après-toi, Benjamin *° I Éphraîm deviendra un désert

Au jour du châtiment ;

Aux tribus d'Israël J'annonce une chose certaine.

Les chefs de Juda ont été Comme ceux qui déplacent les bornes ** ;

C On remarquera que le prophète emploie des termes non confonnes aux règles

et usages do culte légal et traditionnel. On aurait pu traduire: bétail et bestiaux.

Noos j TojOQs une idée de mépris. Les sacrifices devaient consister^ selon le cas,

eo taureaux et béliers, ou en génisses et brebis.

^ Il ne se laissera pas apaiser par des démonstrations purement extérieures. Il Teat autre chose que cela. Voyez plus bas, VI, 6.

^ Le sens de ces deux mots est suffisamment établi par Tallégorie du premier

chapitre. C'est la nation (la femme] qui a été infidèle ; ses enfants [les individus

dont elle se compose} ne sont pas reconnus par Jéhova comme étant siens, par la

simple raison qu'ils sont, comme parties du tout^ dans la même disposition religieuse

et morale.

^ Il faudra renoncer à déterminer ici la véritable pensée de l'auteur. Si le texte reçu (que nous suivons} est authentique^ on peut le traduire, soit: le mois prochain t ou bien : un seul mois ; on a môme dit : le croissant, en supposant que c'était le sjmbole d'une puissance étrangère, de l'Assyrie, par exemple. Les Septante suivent une autre leçon.

^^ Les différentes localités nommées ici (comp. aussi chap. IV, 15), appartenaient

au royaume d'Ëphraîm, et étaient, en partie du moins, situées sur le territoire de

la tribu de Benjamin, près de la frontière de Juda. On est donc peut-être autorisé

à supposer que le châtiment annoncé par le prophète devait arriver de ce côté-lù ;

du moins que Juda devait servir d'instrument à Dieu en cette occasion, sauf à être

ensuite enveloppé dans la ruine commune. Le sens de le dernière ligne est très-

douteux. Nous y voyons une menace.

^^ Probablement une allusion à une récente invasion des Judéens sur le territoire d'Éphraîm, accompagnée de pillage et de meurtres.

ti

150 OSÉE V, H-i4.

Sur eux je verserai Ma colère comme un déluge '*.

Éphraîm est opprimé,

Froissé dans son droit, Parce qu'il lui a plu de suivre les idoles ". Mais moi je suis comme une teigne pour Éphraîm, Comme la vermoulure pour la maison de Juda^*.

Éphraîm reconnut sa maladie, Et Juda sa blessure,

Et Éphraîm alla vers Ass'our,

Et envoya vers le roi Patron";

Mais celui-ci ne pourra vous guérir*® Et n'aura point de remède pour votre plaie. Car moi je serai comme le hurleur *' pour Éphraîm, Comme le lion pour la maison de Juda;

Moi, moi je déchirerai, J'irai emporter, et personne ne sauverai

12 Ce dernier terme est un peu plus emphatique que celui de l'original, mais indispensable pour exprimer la pensée de l'auteur. h*eau n'éveille pas en nous l'image de la destruction.

13 Cette traduction se fonde sur celle des Septante, qui suivaient une autre leçon (les vanités), et de Jérôme, qui ne change que la voyelle (les ordures). Le texte reçu ne donne pas de sens plausible, comme on peut le voir par les versions vulgaires, h* oppression d'Éphraîm, ce serait le châtiment à lui infligé par l'invasion injuste et cruelle des Judéens.

l'* La teigne et la vermoulure (carie) sont fréquemment employées comme images d'une destruction contre laquelle tout l'art et toute la puissance de lliomme ne sauraient prévaloir. Les deux royaumes ressentiront la colère de Dieu, dit le pro* phète, après avoir fait cette prédiction séparément à chacun d'eux.

l& Nouvelle allusion, assez transparente d'ailleurs, à un fait que nos connaissances historiques ne nous permettent pas de préciser. Nous supposons que, dans la lutte entre les deux royaumes, qui les ruinait tous les deux, Éphraîm espéra se tirer d'affaire par une alliance avec les Assyriens, comme Juda le fit à son tour plus tard. Le roi d'Assyrie est appelé ici, un peu par dérision, le roi Patron [protecteur, liit. : celui qui défend la cause d'un autre en Justice, le plaideur). La plupart des commentateurs anciens et modernes prennent le mot pour un nom propre, le roi lareb, ou de lareb.

^^ On remarquera que l'envoi d'une ambassade en Assyrie est introduit comme un fait passé, la suite est au futur. Cela détermine l'époque de ce morceau.

IT Ëpithète poétique pour le lion. La comparaison de Jéhova avec un lion qui saisit sa proie et auquel personne n'ose la disputer, est familière aux écrivains hébreux. Le lion invincible est opposé au roi plaideur, et cette antithèse est une nouveUe preuve que ce dernier terme n'a pu être pris par l'auteur dans un sens honorifique.

OSÉE V, 15. VI, i-4. 151

Je m'en vais retourner à ma place Jusqu'à ce qu'ils aient subi leur peine^ Et qu'ils cherchent ma face, Qu'ils me réclament dans leur angoisse.

« Allons, retournons vers l'Étemel " I C'est lui qui a déchiré, il nous guérira ; Il a blessé, il nous panserai Il nous rendra la vie après deux jours. Le troisième jour il nous relèvera Et nous vivrons devant sa face '^ I

Reconnaissons l'Étemel, Efforçons-nous de le connaitre!

Pareil à l'aurore, son lever est assuré *' ; Il viendra à nous comme la pluie.

Comme l'ondée printaniëre qui arrose le soP'.>

Que te ferai-je, ô Éphraîm?

Que te ferai-je, ô Juda?

Votre amour est comme le nuage matinal. Comme la rosée qui bientôt se dissipe '^

^9 Cette phrase doit se séparer de la précédente. L^image du lion n'est pas co&tinnée. Il fant, au contraire, revenir à la fin du v. 6, où il est dit que Jékova s'eit séparé d'Israël, et qu'on le cherchera vainement au moyen de sacrifices d'animaux.

^0 Paroles mises dans le bouche des Israélites repentants. La coupe des chapitres est absolument contraire au sens du texte. Le mot déchirer rappelle encore une fois limage du lion.

SO Deux, trois Jours, sont la désignation figurée d'un temps comparativement pea long : sll le veut bien, nous serons hientât rétablis! La règle du parallélisme exige que le second hémistiche ajoute toujours une unité au nombre exprimé dans le premier. Voyez la note sur Âm. I, 2. Il est inutile d'insister mr ce qu'il n'est pas ici question de mort et de résurrection autrement que dans le sens politique.

'^ On peut compter sur le secours de Dieu, quand on 1 Implore avec une pieuse sincérité, conune sur le lever de l'aurore. La comparaison porte sur la certitode : ce n'est qu'en seconde ligne qu'on peut y joindre celle du bonheur et de la lumière.

** La pluie, image de la bienfaisance. — On comprend que ces dernières phrases ne sont pas seulement destinées à exprimer une espérance, peut-être illusoire, du peuple, mais encore une promesse conditionnelle de la part du prophète.

^ Réponse de Jéhova, destinée à faire sentir que le passé d'Israël ne le rassure pas sur la sincérité de lenra protestations , et que des promesses stériles ne sauraient désarmer aa juste colère.

C*est pourquoi je frappe par les prophètes '\

Je tue par les paroles de ma bouche, Et mou jugement éclatera comme la lumière. Car c'est à Tamour que je prends plaisir, Et non aux sacrifices ; Et à la connaissance de Dieu, Plus qu'aux holocaustes.

Hais eux, à la façon des hommes ^\

Ont violé Talliance, Ici même ils m'ont manqué de foi'®.

G'ile'ad est une ville de scélérats, Remplie de traces de sang.

Embusquée comme des brigands.

Une bande de prêtres assassine sur la route de S'ckém. Oui, il se commet des crimes Dans la maison d'Israël; J'ai vu ses horreurs :

Là cette prostitution d'Éphraïm, Israël souillé.

Toi, Juda, aussi — une moisson t'est préparée".

24 J'annonce d'avance les sévères chfitîments que je réserve à ce peuple, et l'accomplissement de mon arrêt jettera sur ma justice un éclat pareil à celui du soleil levant.

2^ Comme des hommes ordinaires, profanes, qu'aucun lion religieux ne rattache au Dieu de sainteté ; comme ferait un païen.

20 Ici même, traduction littérale, qui ne jette pas beaucoup de clarté ni sur cette ligne, ni sur ce qui suit. Le prophète fait évidemment allusion à des crimes commis récemment; il y a eu du sang versé, en abondance à ce qu'il parait, à G 'île 'ad, qui est désigné ici comme une ville, tandis que partout ailleurs, c'est le nom d'une vaste contrée ; il y a eu, plus près du séjour d'Osée, du côté de Sichem, un assassinat commis par des prêtres au moyen d'un guet-apens. Tous ces détails, cités ici à titre d'exemples, pour peindre l'état normal du pays, nous sont absolument inconnus. Peut-être est-il permis de les rapprocher des catastrophes politiques qui se sont succédé dans le royaume d'Éphraïm, lors de la chute de la dynastie de léhou (2 Rois XV, 8 suiv.) et dont Osée a pu être le témoin oculaire. Du moins, deux des usurpateurs nommés à cette occasion paraissent avoir été originaires du pays de G'ile*ad.

2'7 Ces dix dernières lignes ont été traduites sans égard à la coupe traditionnelle des versets. Nous avons essayé de rendre un peu intelligible un passage qui probablement ne nous est pas parvenu dans sa forme primitive. La dernière ligne surtout est suspecte. Telle qu'elle se lit aujourd'hui, on doit penser que la moisson est l'image du châtiment ; comp. Joël IV, 13, et plus bas, VIII, 7. — Le prophète Osée, qui s'occupe de préférence du royaume d'Israël, ne jette que de temps à autre un regard sur celui de Juda.

Quand je veux restaurer mon peuple,

Quand je me mets à guérir Israël '^^,

Alors se révèlent les péchés d'Éphraîm

Et les mçfaits de S'omerôn.

Car ils commettent des fraudes.

Le voleur pénètre dans les maisons,

Le brigandage se répand au dehors.

Ils ne se disent pas dans leurs cœurs ^^,

Que je me souviens de tous leurs crimes :

Or, leurs actes les environnent '<*,

Ils sont présents devant ma face.

Ils égaient le roi avec leur méchanceté.

Les chefs, avec leurs mensonges ^^

Tous ils brûlent de convoitise '* Comme un four chauffé par le boulanger :

Il cesse d'attiser.

Depuis qu'il a pétri la pâte jusqu'à ce qu'elle ait fermenté.

C'est le jour de notre roi :

Les chefs sont malades de la chaleur du vin ;

Il tend la main aux moqueurs !

Ardent comme un four, leur cœur est aux embûches ;

Tmite la nuit leur boulanger dort ; Le matin, il brûle comme un feu flamboyant.

Tous ils sont chauffés comme le four.

Ils dévorent leurs gouverneurs.

^ Ia discours reprend les idées exprimées plus haut (VI^ 4). L'état du peuple est tel que rÉtemel, le voulùt-il, ne peut pas suspendre son jugement, ni faire |Tiee aux coupables. La coupe des chapitres varie ici déjà chez les anciens.

>' Ils oubUent, ne tiennent pas compte, etc. Marque d'insouciance, de légèreté crifflioelle.

3^ Expression pittoresque, mais inusitée en français, pour dire qu'ils viennent pour ainsi dire avec un cortège de crimes, lesquels sont leurs compagnons inséparables.

^1 La dépravation est telle qu'elle est approuvée par ceux qui devraient la réprimer on la punir. Le roi et les chefs s'en amusent. Il est probable que le terme de mensonge doit être entendu dans un sens plus large. Plus loin, il est spécialement question d'infidélité politique; cependant nous ne pensons pas qu'il foille exclure l'infidélité religieuse.

^^ Le texte dit littéralement : Tous ils sont adultères. Nous avons changé

Vexpression, parce que selon toute probabilité ce reproche n'est pas à prendre ici

^s son sens simple et primitif, et que la comparaison avec le four exigeait une

^<>unnire plus descriptive. Les lignes qui vont suivre sont d'ailleurs les plus

obscures de tout le livre.

Tous leurs rois sont renversés ", Nul d'entre eux ne m'invoque !

Éphrsam se mêle aux nations ** ; Éphraîm est une galette non retournée'^. Les étrangers consument sa force, Et lui, il ne le remarque point ; Les cheveux blancs apparaissent sur sa tête'*^ Et lui, il ne le remarque point.

L'insolence d'Israël témoigne contre lui^ Mais eux, ils ne reviennent pas à l'Éternel^ leur Dieu; Ils ne le recherchent point, malgré tout cela ! Éphraîm est comme une colombe'^.

Sotte et sans intelligence; Ils appellent l'Egypte, Ils courent après l'Assyrie.

S' En lisant cette tirade, la plupart des lecteurs n'y verront ^e du feu. En effet, les plus savants commentateurs ont dû se borner à des conjectures, et les anciennes versions déjà trahissent les embarras de leurs auteurs. La difficulté résulte moins de Tiacertitude du texte (lequel, sans doute, n'est pas élevé partout au-dessus de toute suspicion) ou de notre connaissance imparfaite de la langue, que du fait évident que le prophète fait allusion à des événements contemporains qui nous sont inconnus. L'explication la plus naturelle parait dtre celle qui voit ici les traces, un peu voilées par le langage figuré de l'auteur, d'une conjuration, dont les complices auraient assassiné un roi et ses officiers, à la suite d'un banquet ou d'une orgie nocturne. Nous savons par les livres historiques, que du temps de notre prophète plusieurs catastrophes de ce genre survinrent dans le royaume d 'Éphraîm (voyez ci-dessus, VI, 7). Cependant cea indications ne suffisent pas pour nous faire apprécier la portée de tous les traits de détail, tels qu'ils sont marqués dans le texte. Il y a surtout le boulanger, qui doit avoir été un personnage historique, bien que désigné ici d'une manière allégorique ; et le jour du roi doit également être une époque déterminée.

^* Sous-entendez : étrangères, païennes. Le prophète passe à un autre reproche, aux alliances politiques avec les grandes puissances voisines, alliances dont le moindre inconvénient était de compromettre l'indépendance politique.

3^ Laquelle, constamment exposée à la chaleur du môme cdté, se carbonise au lieu de devenir mangeable. Image populaire des conséquences fâcheuses de ces tendances politiques.

^^ La nation, comparée à un corps, à une personne, commence à vieillir, les symptômes de la décrépitude se montrent.

^'7 Pour échapper à l'oiseau de proie, elle donne dans le filet. Tantôt on se ligue avec l'Egypte contre l'Assyrie, tantôt avec celle-ci contre l'autre. Ces expédients diplomatiques, loin de sauver le pays, hâteront sa perte. Jéhova à son tour, pour rester dans l'image, est comparé à l'oiseleur; son filet, c'est le châtiment tant de fois annoncé par les prophètes.

Mais tandis qu'ils y vont,

J'étends mon filet sur eux :

Comme des oiseaux de l'air je les ferai descendre, Je les châtierai selon Tannonce faite à leur assemblée.

Malheur à eux", Parce qu'ils m'ont fui!

Ruine à eux.

Parce qu'ils me sont devenus infidèles!

Et moi, je les rachèterais^ Tandis qu'eux ils disent des mensonges contre moi? Ce n'est pas à moi que leur cœur adresse ses cris,

Quand ils hurlent sur leurs lits ; Ils ont peur pour leur blé, pour le jus de leurs vignes, Et ils m'abandonnent ^^ !

Et moi je les instruisais.

Je fortifiais leurs bras.

Et c'est contre moi qu'ils méditent le mal I Ils se tournent — mais non vers en haut *® : Ils sont comme un arc tronipeur^'.

Aussi leurs chefs périront-ils par l'épée, A cause de la rage de leur langue ^^ : On s'en moquera bien au pays d'Egypte !

'^ Péroraison de ce discours. Arrêt définitif et irrévocable. L'expression racheter I rappelle moins la menace d'une captivité, d'un exil, qui n'était point encore un

fait accompli, que celle du danger en général, dont l'imminence était déjà telle, que Il main de Dieu pouvait seule encore le conjurer. Mais au lieu de s'adresser à Im' k cet effet, a^ec la conviction que Jéhova seul pourrait les sauver, ils mentent contre lui, c'est-à-dire, ils contestent sa puissance, s'en défient et cherchent le salut ailleurs.

'* L'obscurité du texte est encore bien grande ici, et tel mot {ils ont peur) n'est traduit que d'après une simple et très-discutable conjecture. On peut admettre qve le prophète oppose aux cris de détresse, qui devraient être adressés au vrai Dieu, les hurlements de la rage impie et du désespoir incrédule. Les lits sont mentionnés pour donner au tableau plus de vivacité ; ils servent à représenter le désespoir qui renonce à toute action. Les calamités publiques, guerre et famine, surviennent, et pourtant on ne songe pas à l'unique moyen de salut qui reste encore.

^ Vers le Dieu qui réside au ciel. La réticence est très-expressive. Ils se toonent d'un autre côté et leur aveuglement ne cesse pas même dans cette extrémité.

^^ Qui fait manquer le but à celui qui s'en sert.

^* Cette rage est l'esprit d'impiété qui leur dictait leurs paroles et leurs conseils contrains aux directions de Jéhova.

156 OSÉB VllI, 1-5.

Embouche la trompette* !^ Comme Taigle sur la maison de rÉternel ' . . . Parce qu*ils ont transgressé mon pacte, Et qu'ils se sont révoltés contre ma loi. Ils m'invoqueront à grands cris':

c Mon Dieu, nous, Israël, nous te reconnaissons ! » Israël a rejeté son bonheur — L'ennemi le chassera !

Ils ont fait des rois malgré moi,

Ils ont élu des chefs à mon insu * ;

De leur argent et de leur or

Ils se sont fait des idoles, Pour qu'il fût anéanti^.

Il m'est odieux, ton bœuf, ô S'omerôn ^ ! Mon courroux s'enflamme contre eux :

1 C'est Jéhova qui charge le prophète d'annoncer la consommation de ses arrêts.

2 La phrase est incomplète, soit que le texte ait souffert, soit que la vivacité du discours ait amené une ellipse trop dure. On a proposé de suppléer: va planer, fondre, sur Israël avec les menaces du châtiment divin. Mais on pourrait aussi prendre pour sujet ce châtiment lui-môme qui va fondre sur le peuple, pareil a un aigle. En tous cas, la maiêon de Dieu n'est pas le temple de Jérusalem.

3 Alors, dans leur détresse suprême — mais ce sera trop tard. Ils n*ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes s'ils périssent. Ils pouvaient être heureuXi mais ils ne l'ont pas voulu.

^ Comme l'original n'exprime ni le singulier (un roi, etc.), ni le pluriel {dê$ rois, etc.), on peut songer ici soit à un seul et récent changement de dynastie, l'un de ceux qui sont mentionnés au deuxième livre des Rois, chap. XV, soit à toute la série des révolutions politiques qui forment l'histoire du royaume d'Éphraîm et que le prophète regarderait comme autant d'actes de rébellion contre le gouvernement légitime des Isaîdes. Dans la traduction française, il est impossible de s'exprimer d'une manière également vague.

^ Si l'on s'en tient à la lettre du texte, cette dernière phrase ne peut se rapporter qu'à l'or et à l'argent qui doit être perdu, parce qu'il a été mal employé. Mais on est tenté de mettre le verbe au pluriel, de manière qu'il pourrait marquer le sort du peuple lui-même, que son idoUtrie doit conduire à sa ruine.

^ Allusion au culte consacré dans le royaume des dix tribus, où Jéhova était adoré sous la figure d'un taureau (1 Rois XII, 28); comme cette figure était d'une grandeur de beaucoup inférieure à la dimension naturelle, les Juifs s'accoutumèrent plus tard à parler de veaua d'or. Le symbole étant destiné à représenter la puissance créatrice de Dieu, il est évident qu'il ne peut i)as être question d un veau. S'omerôn (Samarie) est placée ici pour le pays entier, car l'histoire place le siège de ce culte ailleurs.

Jusqu'à qnaud sera-t-il impossible de les absoudre''?

C'est qu'il vient d'Israël * !

C'est un artiste qui l'a fabriqué!

Ce n'est pas un Dieu

Mais il sera mis en pièces, le bœuf de S'omerôo !

Puisqu'ils sèment du vent,

Ils récolteront la tempête ^ ; Leurs semailles ne monteront pas eu tige, Leurs herbes ne formeront point d'épis ;

Et si tant est qu'elles en forment,

Les étrangers les dévoreront*®.

Israël est dévoré :

Déjà ils sont parmi les nations

Comme un vase méprisé*'.

Ils ont couru vers l'Assyrien, Comme l'onagre qui vit dans la solitude ;

Éphraîm recrute des amoureux**.

Ah, qu'ils aillent recruter parmi les nations,

* Littéralement : jasqu'à quand seront-ils impuissants relativement à l'absolution? Cela vent dire : jusqu'à quand dureront leurs méfaits? Le temps où Dieu pourrait cesser de s'irriter contre eux, ne viendra-t-il donc Jamais?

^ Le peuple s'est fait lui-même son dieu, ce qui est contraire à la notion la plus élémentaire de la divinité.

^ La strophe qui suit est encore on ne peut plus obscure et très-diversement expliquée. Cependant on ne se trompera pas en maintenant en général le point de Toe qne le prophète formule des menaces, fondées en partie sur le fait que le gouTemement Israélite a contracté des alliances onéreuses avec des puissances étrangères. Comp. 2 Rois XV, 19. -^ Semer du vent et récolter la tempête, est une locution proverbiale pour dire que les erreurs et les crimes entraînent leur peme comme conséquence naturelle.

1^ Noos prenons ces lignes duns un sens figuré ; l'allégorie d'une récolte manquée ou perdue est amenée naturellement par le proverbe qui précédait. L'auteur veut dire : L'État est perdu et ruiné, quoi qu'il fasse pour se maintenir ; chaque nouvel effort aboutira à un nouveau mécompte. Il y a d'ailleurs ici dans le tette original un jeu de mots inimitable en français.

il Un objet sans valeur. Il parait que c'était là aussi une espèce de proverbe. 3ér. XXII, 28 ; XLVIII, 38.

i& On connaît l'aUégorie si familière aux prophèteSi d'après laquelle les alliances avec les nations païennes sont représentées comme des intrigues amoureuses et des haisoDS adultères. L'onagre est introduit soit comme un animal rev6che et indocile, fioit tnssi pour symboliser l'instinct auquel il vient d'être fait allusion. Au lieu de: rtctuttr iti amoureux t il y a textuellement: prendre à gages des amourettes.

160 os E IX, 5-9.

Que ferez-vous alors au jour de la fête, Au jour de la solennité de TEtemel ?

Car voyez I Ils s'en iront après la ruine ^, L'Egypte les ramassera^ Memphis les enterrera ® ; Leurs bijoux^ leur argent — Le chardon en prendra possession ; Les ronces croîtront sous leurs tentes!

Ils viennent, les jours du compte à rendre '^ ! Ils viennent, les jours de la rémunération — (Israël reconnaîtra Si le prophète est un fou, L'inspiré un homme en délire'' I) A cause de la masse de tes péchés Et de rénormité de ta rébellion !

Éphraîm guette mon Dieu; Le prophète trouve le lacet de l'oiseleur sur tous ses chemins. L'hostilité dans la maison de son Dieu'^. Ils sont plongés dans la corruption Comme aux jours de G'ibe'ah :

On se souviendra de leurs méfaits.

On leur demandera compte de leurs péchés " !

8 D'après les discours précédents, nous savons quHl s'agit ici de la ruine prochaine du royaume d'ÉphraSm et de la dispersion de ses habitants.

0 Ces deux verbes ne diffèrent en hébreu que par une seule consonne. Le sens est positivement le même. Ce n'est pas une déportation en Egypte, dont le prophète veut menacer le peuple ; il parle d'une fuite, d'une retraite volontaire, mais qui ne le sauvera pas.

^0 Litt. : de l'inspection, de l'examen.

1^ Nous mettons cette phrase en parenthèse et nous j introduisons la particule ai, pour lui donner un sens acceptable. Elle est autrement inintelligible. Plusieurs commentateurs ont cru que l'auteur veut dire qu'Israël reconnaîtra ^me les faus prophètes sont des fous, etc. Mais dans ce cas, le mot le plus indispensable aurait été omis dans le texte. La fin de la phrase, après la parenthèse, se rattache trèsfacilement à ce qui précède celle-ci.

1^ Guetter, lacet, sont des figures qui représentent le même sens que les termes d'hostilité ou de rébellion. Ce serait peut-être aller trop loin que d'insister sur la différence entre un acte militaire et un procédé de chasseur, comme si l'aixtcnr voulait signaler par là l'infériorité de ses propres moyens de résistance, comparés à ceux de Dieu.

13 Comp. V, 2; VIII, 13. Les jours de G'ibe*ah, auxquels il est fait allusion ici, pourraient bien être ceux dont l'histoire est racontée dans les dernin^ chapitres du livre des Juges. Du moins, c'est le seul fait connu qui puisse servir à expliquer la mention de ce nom en cet endroit. Comp. X, 9.

Comme des raisins au désert

J'avais trouvé Israël ; J'avais vu vos pères autrefois Comme la figue précoce au figuier qui pousse * — Et eux, arrivés à Ba'al-Pe'ôr, Se consacrèrent à Tidole, Et je les eus en horreur comme ce qu'ils aimaient'. Éphraîm I Comme Toiseau^ sa gloire s'envolera : Plus de naissance 1 Plus de grossesse I Plus de conception ' ! Lors même qu'ils élèveraient leurs enfants. Je les en priverais jusqu'à extinction^. Oui, malheur à eux, quand je me détournerai d'eux I

Éphraîm, tel que je le vois, Pareil au jeune palmier planté dans la plaine *, Éphraîm livrera ses fils au carnage I Donne-leur, 6 Éternel 1 . . . .

Que leur donneras-tu ^?. . . .

Donne-leur un sein stérile.

Et des mamelles taries ^ !

Toute leur méchanceté est à G'ilgal ^ ; C'est là que je les ai pris en haine.

^ Lt compandaon porte sur le sentiment de plaisir qu'on éprouve en découvrant le premier fruit mûr d'un arbre qui commence à porter, ou un fruit rafraîchissant dans u lien aride. C'est ainsi que Jéhova autrefois Jeta un regard de Joie et d'amour nr le peuple naissant. Mais la joie, hélas, ne fat pas de longue durée.

* ÂUosion au fait raconté au 25* chap. du livre des Nombres. Ba'al Pe'ôr est le aom d'une divinité des Moabites et du lieu où eUe était adorée.

' La menace se revêt ici d'une forme nouveUe. La nation périra par une stérilité iaoue ; les sources de la vie tariront et les survivants^ ou ceux qui naîtront ezceptionoellement, ne verront plus de progéniture.

* Litt.: de manière qu'U n'y ait plus d'homme.

^ Le sens de cette ligne est on ne peut plus douteux. Le mot hébreu qu'on propose aujourd'hui de traduire par un jeune palmier (d'après l'arabe], est pris, par la plupart des interprètes, pour un nom propre, et l'on traduit : Je vois Éphraîm, planté dans b plaine jusqu'à Tyr. En tout cas, il y a antithèse entre l'aspect actuel du pays et du peuple et ce qui l'attend.

^ La question incidente ne marque pas l'incertitude du prophète, et encore moins le désir d'exciter la compassion. C'est une forme rhétorique pour rehausser l'emphase ^ discours.

'' Répétition de la pensée du il* verset.

^ Chap. rv, 15. Amos IV, 4. Les griefs que Jéhova avait à formuler contre IirtSl sont résumés dans le seul nom d'un lieu de culte justement odieux.

A. T. 2* part. — I. il

A cause de leurs actes criminels Je les chasserai de ma maison ^,

Je ne les aimerai plus.

Tous leurs chefs sont des rebelles.

Éphraïm est frappé ^^ :

Ses racines se dessèchent, n ne portera plus de fruits.

Lors même qu'ils enfanteraient Je ferais mourir le fruit chéri de leurs entrailles I Mon Dieu les rejette Parce qu'ils ne l'ont pas écouté :

Ils seront dispersés parmi les nations.

Israël a été une vigne étalée

Et chargée de fruits ' :

Plus ses fruits étaient abondants, Plus il multipliait les autels ; Plus son pays prospérait, Plus on 7 ornait les statues '.

Leur cœur a été trompeur'; Mais ils vont en porter la peine.

Lui-même^ il va briser leurs autels, n va renverser leurs statues.

Oui, alors ils diront :

c Nous n'avons point de roi,

0 C'esi-à-dire de mon pays, de mon domaine ; car il ne peut 6tre question ici du temple.

10 Comme une plante par les rayons brûlants du soleil. Le reste n*est qae la répétition d'une menace déjà deux fois formulée.

1 Ce morceau commence par une image analogue à celle qui forme l'exorde du discours précédent. La prospérité du peuple, qui était pourtant un bienfait de Jéhova, ne Ta pas empêché de devenir infidèle à son Dieu.

S Parmi les autels, il y en avait certainement aussi qui étaient consacrés à Jéhova ; les veauœ (figures de taureaux, de petite dimension) représentaient le môme Dieu ; mais il est hors de doute que le prophète a aussi en vue le polythéisme très-répandu dans le pays. Les statues (colonnes, obélisques^ etc., mais non des figures d'hommes) y font très-directement allusion.

^ Litt.: glissant, caressant ; cette métaphore est très-usitée en hébreu quand on parle de la langue (ou du discours). D'autres traduisent: Leur cœur est partagé, entre Jéhova et les autres dieux ; ou bien : Il (Dieu) a partagé leur cœur.

Parce que nons n'avons pas craint rÉternel — Et le roi, à qnoi nous servira-t-il ♦ ? » Ils traitent leurs affaires Et font leurs alliances, En prononçant de faux serments, Et le droit pousse comme la folle-avoine Dans les sillons de leurs champs^.

Les habitants de S'omerôn ont peur Pour les génisses de Bèt-Âwen ; Oui> son peuple est en deuil, Et ses prêtres tremblent pour lui, A cause de sa gloire qui va partir^.

Lui-même, on remportera en Assyrie, Comme un don pour le roi-patron'.

Il enlèvera la honte d'Éphrsûm ',

'^ On yerra plos bas que cette phrase : Noos n'avons point de roi, n'est pas à prendre à la lettre. Elle s'explique plutôt par la dernière ligne du verset, dans le sens de rimpnissance, ou plutôt de la légitimité : Nous n'avons pas de vrai roi, nous l avons choisi on accepté sans consulter rËtemel. Il s'agit certainement de l'un des usurpateurs nommés 2 Rois XV.

^ Ces lignes sont très-obscures. Notre traduction y fait voir des reproches adressés

tu peuple par le prophète. Alors la dernière phrase veut parler d'une mauvaise

administration de la justice. On dit d'une vertu, d'une qualité excellente, qu elle

fleorit dans une certaine sphère, à une certaine époque. Par ironie, cette image serait

appliquée ici à un vice, à une qualité mauvaise : La justice fleurit comme les mauvaises

herbes; eUe s'est changée en injustice; comp. Amos V, 7; VI, 12. D'autres,

cependant, remplacent le mot droit par celui de jugement, ce qui donnerait l'idée,

exprimée aussi plus bas, que la mauvaise semence jetée dans la terre fait pousser la

récolte de la punition céleste. Le contexte semble favorisef cette dernière version ;

cependant notre auteur ne se distingue pas par une trop grande régularité dans la

succession de ses idées.

^ n est évidemment question ici du culte du taureau établi a BêuEl. (Pour le nom piropre, voy. chap. IV, 15]. Il est seulement difficile de dire pourquoi le prophète, au fiea du tamrtam (veau) au singulier, met des génmts au pluriel. Y avait-il plusieurs images? met*il le féminin par dédain ou par ironie? Comme le texte continue par des suffixes du masculin singulier, nous serions enclin à considérer la première forme pou un mot abstrait (culte idolâtre). Ordinairement on rapporte les suffixes en question- à la ville.

'' Voy. chap. V, 13. Le Dieu lui-môme (son s3rmbole, son image), loin de pouvoir pnrtégcr ses adorateurs, deviendra la proie d'un vainqueur avide qui n'y verra que la inlrar du métal dont il est fait.

^ Le roi d'Assyrie enlèvera l'idole qui est la honte d'Éphraïm. Cette traduction, parfaitement justifiée par le contexte, suppose dans la forme des mots une petite Hccnce granunaticale, ou une faute de copiste. Ordinairement on traduit : La honte sttiân Éphrsîffi, etc....

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