‹ La Bible (volume 2)Chapitre 21 sur 93 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

(Chap. XXXII, 9-20.)

Femmes insouciantes, venez écouter ma parole ! Filles trop confiantes, prêtez Toreille à ma voix I Une année encore*, et vous tremblerez,

Vous qui êtes si confiantes.

Car la vendange sera perdue, La récolte des fruits ne viendra pas.

Tremblez, insouciantes !

Craignez, confiantes que vous êtes !

Dépouillez-vous, ôtez vos vêtements.

Ceignez-en d'autres sur vos reins ' I

l^ Le prophète s'arrête en passant à faire le vrai portrait de Y impie et de Vintrigmti les traits de ce tableau ne sont pas d'une grande vivacité de couleur, cependant on entrevoit que l'auteur a principalement en vue la mauvaise administration de la Justice (V, 23; XXIX, 21, etc.)* Le portrait du nobUt qui devait former le pendant de ce tableau, se borne à une phrase plus que pAle et sans animation.

^ Dans ce discours ou fragment de discours, spécialement adressé aux femmes de Jérusalem (comp. III, 16 suiv.), il n'y a pas d'allusions explicites à des faits historiques. Seulement les pressentiments sinistres, les menaces prédominent. L'époque doit être la même à peu près que celle des morceaux précédents.

^ Traduction conjecturale, litt.: des jours sur une amnée, ce qu'on rend ordinairement par : dans un au et quelques jours. Comp. XXIX, 1, où le terme est indiqué également d'une manière peu précise. On pourrait même être tenté de le préciser (et de le raccourcir) ici, l'auteur ne disant rien de la moisson, mais parlant seulement des récoltes d'automne. Si c'est à dessein qu'il se borne à ces dernières, c'est qu'il aura attendu la catastrophe dans le courant de l'été, et en admettant que l'année commençait au printemps et que le discours appartint à une époque antérieure à Pâques, il dirait: peu de jours à ajouter à la (présente) année.... avant la fin de Tannée qui vi commencer.

3 Ellipse très-expressive, tout le monde comprenant qu'il s'agit d'habits de deuil.

éSAlE XXXII, 52-19. 279

Frappes-Yons le sein^, A cause de vos beaux champs, de vos vignes fertiles ! Des ronces et des épines vont pousser Sur la terre de mon peuple, Même sur les gaies maisons, dans la cité joyeuse ^^ Oui, le palais sera abandonné, La ville bruyante sera déserte, Tour et colline serviront de repaires", pour longtemps, De rendez-vous aux onagres, de pâturage aux troupeaux. Jusqu'à ce qu'un esprit d'en haut soit répandu sur nous^ Et que la steppe soit changée en verger. Et le verger estimé une forêt sauvage^. Alors le droit s'établira dans la steppe, La justice demeurera au verger S Et le fruit de la justice sera la paix, Son effet sera le repos et la sécurité pour toujours. Mon peuple demeurera dans le séjour de la paix. Dans des retraites sûres, dans des asiles sans soucis. Quand la grêle tombera, à faire tomber la forêt. Alors la ville s'humiliera humblement^.

4 89 frapper U tei» est également une marque de profonde tristesse. Nous conti- DQons & traduire les verbes à Timpératif (adressé aux femmes) , bien que l'expression Tarie dans l'original. (D'autres changent les points pour trouver le sens : On se lamente eu iujet iti eÂamp* : sadtm pour s^adatm.)

^ C'est la première fois dans cette série de discours, que le prophète se livre à des craintes lérieuses au sujet du sort de la ville même. Jusqu'ici il espérait un retour de fortone aa moment suprême. XXIX, 5 suiv.; XXX, 19 suiv.; XXXI, 5.

^ Aux animaux qui vivent dans des tanières et parmi les ruines, tels que renards, chacals, hérissons, etc. Il est probable que la tour et la colline sont à prendre ici comme noe espèce de noms propres pour certaines localités de Jérusalem. Ainsi la partie méridionale de la hauteur qui portait le temple, était désignée habituellement par le nom de 'Ophel, la Côte.

'^ Comp. XXIX, 17. Il s'agit encore d'un changement radical (comme on dit aujoard'hoi), par lequel les choses deviennent l'opposé de ce qu'elles ont été.

^ Ici les deux termes de steppe et de verger représentent simplement la totalité du P*y8: partout régnera la Justice.

^ Ce distique est extrêmement obscur, surtout parce qu'il ne continue pas la série des idées précédentes. Assez ordinairement on 7 voit une menace contre les ennemis. Mais h viUe, ainsi désignée sans plus ni moins, ne saurait ôtre une ville lointaine, nnBe part nommée aiUeurs dans ces discours, la ville de Ninive. Il faut de toute aécessité s'arrêter à Jérusalem. C'est elle qui doit b* humilier (XXIX, 4), se repentir, demander pardon. D'un autre côté, la grêle est l'image poétique d'une grande catastrophe amenée directement par Dieu [car dans l'ordre naturel des choses, la gr£le n'abat point U forêt), et la foréi symbolise quelquefois une puissance politique

280 éSAIE XXXU, 20. XXXIII, i>3.

Hearenz vous qui semez sur le bord des eaux, Qai laissez courir librement le bœuf et Tâne *® !

Chap. XXXIII.)

Malhear à toi, dévastateur.

Qui toi-même n'as pas été dévasté I Spoliateur^ qu'on n'avait pas dépouillé I

Quand tu auras achevé de dévaster, tu seras dévasté aussi!

Quand tu auras fini de dépouiller, c'est toi qu'on dépouillera^!

Éternel, sois-nous propice 1 C'est en toi que nous espérons.

Sois leur' soutien tous les matins, Notre soutien au jour de la détresse 1 Devant ta voix terrible les peuples fuient; Quand tu te lèves, les nations se dispersent.

et militaire pC, 18 s., 84). Ainsi les deax hémistiches doivent être l'an avec l'autre dans un rapport conditionnel (voy. par ex. XXX, 20), et il ne reste que la question de savoir si le prophète a voulu dire : Le repentir viendra quand Jérusalem aura été chAtiée (de manière que la forôt représenterait le gouvernement actuel du royaume), oa bien quand le peuple^ suffisamment chAtié^ verra ses ennemis foudroyés à leur tour, au moment suprdme. Cette interprétation peut se prévaloir de nombreux passages parallèles (XXIX, 5 ss.; XXX, 30}. — Il y a d'ailleurs dans ces lignes un double jeu de mots qui n'a pu être reproduit que très- faiblement.

10 Continuation de la perspective ouverte au verset 18. Le laboureur et le pâtre ne seront plus troublés par l'invasion étrangère, celle-ci n'étant à craindre que pour uû peuple rebelle à Jéhova, comp. XXX, 23. C'est à tort qu'on trouve ici l'idée que les nomades sont heureux quand les citadins sont assiégés.

1 Le dernier des discours relatifs à l'invasion des Assyriens sous Sanhérib, vers 704 av. J.-C. Une partie du pays est déjà occupée, Jérusalem elle-même est menacée, le roi Ilizqiyah songe déjà à négocier la paix, le secours des Égyptiens lui faisant défaut. Le prophète ne semble plus considérer que les malheurs de ses concitoyens, et au lieu de continuer à lancer des menaces contre ses adversaires, il se tourne contre les envahisseurs eux-mêmes, et cherche à rassurer les Israélites. Ce morceau est plus décousu que les précédents.

^ Le discours commence par une apostrophe adressée au roi d'Assyrie, auquel le prophète reproche de venir porter la dévastation et le pillage en Judée, sans que les Judéens lui aient fait du mal antérieurement. Mais il en sera puni !

^ Leur soutien ; le prophète se distingue du peuple et intercède pour lui.

éSAIE XXXIII, 4-9. 281

Votre butin sera moissonné, Comme moissonne la sauterelle * ; Comme une volée d'insectes rongeurs on y volera.

L'Etemel est grand, il siège en haut; Il remplit Sion de justice et d*équité. Il viendra, ton temps de sécurité; Abondance de salut, sagesse et intelligence, La crainte de l'Éternel sera ton trésor'.

Voyez 1 leurs guerriers crient dans la rue ; Les messagers de paix pleurent amèrement^.

Les routes sont désertes ; Plus de passant sur les chemins !

Il a rompu le pacte, Il maltraite les villes, il n'a aucun égard pour les hommes. Le pays est en deuil et languit.

Le Liban est honteux et flétri.

^ Il s'adresse de nouYeau aux Assyriens et voit venir le moment où avec le secours de Dieu, les Israélites se précipiteront sur le camp des assiégeants comme une nuée de sauterelles^ et leur enlèveront le produit de leurs rapines. Dans la ligne suivante, il J a, à U lettre : comme le saut des sauterelles^ on sautera dessus. La langue française n'a pas deux mots pour les sauterelles^ et le Jeu de mots ne peut guère être reproduit.

^ L'espérance d'un retour soudain de la fortune prédomine ici sur tous les autres sentiments. Le prophète vient d'entrevoir une défaite des Assyriens, U y rattache le t^Ueaa idéal 4'uq temps meilleur. Les pronoms, ton temps, ton trésor (texte : son ^^r), s'adressent à Sion. Les trait? de ce tableau, assez légèrement e8({uis8és, portent d'un côté sur l'amendement moral et religieux, de l'autre, sur le bonheur nutériel (pii en sera la récompense.

^ L'auteur revient à la description de la situation actuelle. Les soldats, sur lesquels on compte pour la défense, sont eux-mêmes découragés. Les députés qu'on a envoyés à Saahérîb pour traiter de la paix, n'ont rien pu obtenir. (Voy. 2 Roin XVIII, 14 et M.) Le roi accepta une forte rançon et marcha tout de même contre Jérusalem. C'est pourvoi Ésaïe dit : Il a rompu le pacte. Les autres traits peignent la désolation à 1 extérieur, mais d'une manière figurée ; car le Liban, le Carmel, les. montagnes de ^'tn ne furent pas défrichés et déboisés ; c'est le poète qui les représente comme portant le deuil de la patrie. (La traduction du premier mot par guerrier^ assez généralement adoptée aujourd'hui, est pourtant sujette à caution. Pour y arriver, il faut cbanger les points, d'après 2 Sam. XXIII, 20, de manière a obtenir proprement le scu : lions de Dieu, ce qui semble passablement recherché. Le texte imprimé ne donne pas de sens plausible.)

282 ÉSÀiE XXXIII, 10-15.

S'arôn^ est semblable au désert, Bas'an et Karmel laissent tomber leur feuillage.

Maintenant je me lèverai,, dit TÉternel ;

Maintenant je me redresserai,

Maintenant je montrerai ma grandeur !

Vous avez du foin dans le ventre,

Vous enfanterez de la paille^, Votre fureur est un feu qui vous dévorerai Et ces peuples seront consumés, réduits en chaux ; Des ronces coupées, brûlées par le feu*.

Écoutez ce que je fais, vous qui êtes loin. Vous qui êtes près, reconnaissez ma puissance!

Les pécheurs tremblent dans Sion,

La terreur saisit les impies*®:

c Qui tiendra donc dans ce feu dévorant ? c Qui tiendra dans ces flammes éternelles ? > C'est celui qui marche dans la voie de la justice"^

Qui parle selon la droite vérité.

Qui dédaigne le gain de Tiniquité^

"7 S'arôn est le nom d'une plaine riante et fertile sur les bords de la mer an sad da promontoire du Carmel. Bas'an est la contrée alpestre à Test du lac de Génézaret.

8 La grossesse et l'enfantement serrent quelquefois à figurer le rapport entre les intentions et les résultats, comme dans le fameux proverbe de la montage qui accouche d'une souris. Ici l'ironie porte sur les deux termes de la comparaison. Carie foin et la paille représentent également la faiblesse. Ce que tous méditez n'aboutira pas et l'effet sera nul.

9 Dans les trois vers, le feu est le symbole de la destruction. Votre fwriur, litt.: votre souffle, c'est-à-dire la passion, qui se manifeste quelquefois par la respiration plus agitée.

^0 Ordinairement la destruction de l'ennemi ne vient qu'après l'accompUssement du châtiment qu'il est appelé à infliger à la nation pécheresse. Ici il semble que Tordre des faits est interverti. A la vue de la catastrophe qui ruine les Assyriens, les pécheurs sont effrayés et craignent enfin la colère du Dieu vengeur Le feu, dans le distique suivant, n'est autre chose que cette colère même.

11 C'est la réponse du prophète à la question des impies. Les traits de l'image de celui qui n'a rien à craindre de la colère de Dieu, sont en partie positifs (amour de la justice et de la vérité}, en partie négatifs (horreur des moyens illicites de s'emidur, de l'injustice des arrêts judiciaires, du crime en général et sous quelque forme qu'il se présente]. On remarquera que le prophète parle seulement de gens qui ne veulent pas s'associer aux crimes des autres. Cette description ne lui est pas inspirée par use conception morale imparfaite, mais par le fait que les criminels existaient et que dans beaucoup de cas les bons n'avaient pas les moyens de les retenir.

âsAiB XXXIII, 16-21. 283

Qai repousse du geste les présents corrupteurs, Qui bouche Toreille aux complots de saug, Qui ferme les yeux pour ne pas voir le mal. C'est lui qui aura sa demeure sur les hauteurs ^^ ; Le château du rocher est son asile :

Son pain lui est donné.

Son eau ne tarira pas.

Tes yeux verront le roi dans sa beauté 'V;

Ils contempleront un pays étendu.

Tes pensées se reporteront sur ce temps de terreur : Où est le commissaire? où est le percepteur?

Où est celui qui comptait les tours *^?

Ce peuple cruel, tu ne le verras plus. Ce peuple au langage obscur qu'on n'entendait pas^

Bégayant une langue inintelligible*^.

Regarde Sion, la cité de nos fêtes, Tes yeux verront Jérusalem, un séjour paisible.

Une tente qu'on n'emportera pas, Dont les pieux ne seront jamais arrachés. Dont les cordes ne seront pas défaites ^^.

C'est qu'ici l'Éternel est pour nous, dans sa gloire; Il nous tient lieu de rivières.

De fleuves à larges bras. Où aucune barque à rames ne passe.

^* Â l'abri du danger, qu'oa suppose ne pas atteindre si haut. Toute la suite du ttbleao représente le Juste comme logé dans une citadelle inaccessible avec des provisions suffisantes pour braver Tennemi qui viendrait l'attaquer ou le bloquer.

'^ Tableau final. Jérusalem est délivrée^ Tennemi a disparu. Le regard des assiégés ^i&linase de nouveau les campagnes étendues^ sans l'apercevoir. Le roi, aujourd'hui àiHB le deuil (XXXVII, \), se montrera de nouveau dans sa splendeur royale.

^'^Où sont maintenant ces agents assyriens qui désolaient le pays, exigeant toutes s^s de fournitures, faisant des réquisitions, extorquant de l'argent ? Où sont ces lodadeax guerriers qui s'avançaient Jusque sous les murs de Jérusalem pour reconnaître la forteresse ?

ï^Comp. XXVIII, li.

^^ Jérusalem restera le centre du culte de Jéhova ; sa population ne sera pas forcée d'émigrer, ne sera pas déportée; sort dont la tente du nomade serait le symbole.

284 éSAIB XXXIII, 22 24.

Qu'aucun puissant navire ne franchit *\ Oui, rÉternel est notre juge, L'Éternel est notre législateur, L'Éternel est notre roi.

C'est lui qui nous sauvera.

Tes cordages sont relâchés '^, Ils ne retiennent plus le mât dans sa base.

Ils ne déploient plus la voile; Le butin du pillage est distribué à foison, Les boiteux mêmes se chargent de dépouilles ^^, Aucun habitant ne dira : Je suis malade ^^ I Au peuple qui y demeure son péché est pardonné 1

^"^ D 'autres grandes villes, Ninive^ Babylone^ Thèbes, sont protégées par de puissants fleuves ; nous avons mieux que cela ; nous avons TÉtemel pour rmpûrt. Il n'y a pas d'engin qui s'ouvrirait le passage de cette enceinte de défense. L'allégorie est nouvelle. Elle va être reprise un peu plus loin. Nous avons cru pouvoir employer le terme de fleuve à larges hras, quoiqu'il ne rende pas exactement le sens de roriginal. Celui-ci dit : large àes'deua mains, c'est-à-dire des deux côtés, dans tous les sens.

18 L'image, accidentellement employée tout à Theure, d'un vaisseau qui viendrait tenter l'attaque d'une ville protégée par un large fleuve^ est reprise ici. L'Assyrie est représentée comme un pareil vaisseau ; mais celui-ci se trouve en mauvais état ; les cordages ne fonctionnent pas, le mût est mal assuré, les voiles ne sont pas tendues, l'attaque ne saurait réussir. Il est évident qu'avec cette description le prophète reprend sa position dans l'actualité historique, comme au v. 7. Il prédit encore une fois la défaite des Assyriens, tandis que dans les lignes précédentes, il dépeignait déjà les temps glorieux d'un avenir plus lointain.

1^ Comp. ci-dessus v. 4.

20 II est difficile de dire le vrai sens de cette phrase. L'auteur continae*t-il U description du pillage, de manière à dire : même les boiteux, les alités, par conséquent ceux qui ont le moins de chances, trouveront encore de quoi s'enrichir? On bien, cette phrase se rattache-t-ello à ce qui suit et fait-elle allusion è la peste qui à cette époque même régnait à Jérusalem et dans les environs [XXX Vil, 36 ; XXXVIII, 1 suiv], de sorte que le sens serait : Jéhova fait cesser l'épidémie, parce qu'il a pardonné?

ÉSAIE XX, 1-5. 285

XVP.

(Chap. XX.)

Dans Tannée où X^rte^*» envoyé par Sargon, le roi d' Assyrie, vint à As'dod, Tassiégea et la prit, vers ce temps-là, TÉternel parla ' par le ministère d'Ésaîe, fils d'Amôç, en lui disant : Va délier le cilice de dessus tes reins, et ôte tes souliers de tes pieds ^. Et il le fit et marcha nu et déchaussé. Alors l'Éternel dit : De même que mon serviteur Ésaïe marche nu et déchaussé, en guise de signe et de présage pour trois ans ', contre TÉgypte et TÉthiopie, de même le roi d^Assyrie emmènera les prisonniers de l'Egypte et les captifs dEthiopie, jeunes et vieux, nus et déchaussés, les fesses découvertes % à la honte de TÉgypte. Et ils'' trembleront et auront honte

1 SargoD, roi d'Assyrie (722 sniv. av. J.-C), fait marcher son armée contre l'Egypte • trayers le pays des Philistins. Il assiège à cette occasion la Tille d'As'dod qui se tronve sur son chemin. Ésaîe prédit la ruine des Égyptiens par les Assyriens. On peat rapprocher de cette prédiction le fait de la ruine de Thèbes, dans la Hante- Égypte, mentionnée par Nahum (HT, 8] comme un événement accompli et dont nous ne siTons rien par les autears profanes. La chronologie établie aujourd'hui au moyen des inscriptions cunéiformes^ rapporte le siège d'As'dod à l'an 711 .

^ Cfl général reparaît plus iard, 2 Rois XVIII, dans l'histoire du siège de Jérusalem par Sanhérib. Probablement 'Tartan n'est pas un nom propre, mais désigne une foDctbn.

^ Ce verbe se rapporte au discours y. 8 suiv., adressé par Jéhoya aux Israélites, et non aux paroles immédiatement adressées au prophète même.

'^ Ce devait dtre un acte symbolique, comme qui dirait un tableau vivant de ce qui aurait lieu plus tard. L'imagination des spectateurs en était plus vivement frappée que par de simples paroles. (Nu, signifie sans manteau ou habit de dessus, en simple chemise ou blouse.}

^ Cela ne veut pas dire qu'Ésaîe resta dans cet accoutrement pendant trois ans, mais que la catastrophe devait arriver dans trois ans au plus, et que jusque-là le signe prophétique subsisterait dans la mémoire des témoins.

C C'est une pruderie déplacée, que de vouloir décolorer le langage vigoureux et iedsif de l'original, comme le font à l'envi tous nos traducteurs. C'était l'usage d'exposer les prisonniers à la risée publique [voy. 2 Sam. X, 4), en leur coupant la partie inférieure de la tunique.

"i Qui cela? Ç 'auront été tous ceux qui, s 'appuyant sur l'alliance égyptienne, croyaient pouvoir braver les Assyriens. Comme plus loin le prophète fait parler les hahitants de la câu, ou de VtU (le mot hébreu I signifie l'un et l'autre), les commenlateoTi songent naturellement aux Philistins ou aux Tyriens. Il nous semble cependant assez peu probable qu'il ait fallu trois ans pour leur faire reconnaître la faiblesse de leurs moyens, Sargon ne pouvant même attaquer l'Egypte sans avoir d'abord

286 ÉSAIE XX, 6. XXII, 15-18.

a cause de TÉthiopie, leur espoir, et de TÉgypte, leur gloire. Et ce jour-là, rhabitant de cette côte dira : Voilà où en est notre espoir, ceux auxquels nous recourions pour être secourus, pour être protégés contre le roi d'Assyrie : comment donc échapperions - nous nousmêmes ?

XVIP.

(Chap. XXII, 15-25.)

Voici ce que dit le Seigneur, laheweh Çebaôt ;

Va te rendre auprès de ce ministre,

Auprès de S'ebnà, le préfet du palais :

Qu'as-tu ici et qui as-tu ici,

Pour te faire tailler ici un sépulcre, Toi qui te tailles ton sépulcre sur la hauteur,

Qui te creuses une demeure dans le roc'?

Vois-tu, rÉtemel te lance avec élan,

A bras d'homme il te saisit avec force,

Il te roule en boule et te lance

Comme une pelotte par la vaste plaine^ : Là tu iras mourir, Là iront tes chars superbes,

Toi, l'opprobre de la maison de ton maître !

BouxniB le littoral de la Palestine. Nous peasons plutôt qu'Ésaïe veat donner une leçon à ses propres compatriotes de Jérusalem, qui voulaient s'appuyer sur l'Egypte pour secouer le Joug du roi de Ninive, dont ils étaient les vassaux (chap. VII]. Comp. chap. XXX. Ce parti l'emporta cependant et attira sur Jérusalem l'année da successeur de Sargon.

^ Discours dirigé contre le préfet du palais, S'ebnâ, homme orgueilleux et dur, et^ & ce qu'il paraît» l'un des chefs du parti qui poussait le roi Hizqijah à la révolte contre les Assyriens et à l'alliance avec l'Egypte (XXIX, 15 ; XXX, 1 ss ; XÎXI, i ss.). Ésaïe lui prédit la chute et l'exil. Nous savons par l'histoire (XXXVI, 3, 22; XXXVII^ 2] que cette prophétie s'accomplit au moins en partie, en ce que S'ebnâ dut céder sa haute place à celui qu'Ésaïe désignait ici mdme, pour en occuper une autre, inférieure. Mais les Assyriens ne parvinrent pas à s'emparer de la ville et les ministres qui avaient conseillé la défection échappèrent ainsi à leur rancune.

^ Ésaïe trouve S'ebnft occupé à faire tailler dans le roc un caveau de famille, atn environs de Jérusalem, peut-être sur la pente même de la colline où étaient les tombeaux royaux. C'était un acte de présomption et de vanité. Qui veux-tu faire enterrer là? dit le prophète ; ni toi ni les tiens ne mourront ici.

^ La chute et l'exil du ministre sont décrits par une image très-expressive. L'effort d'un bras vigoureux lance au loin dans la plaine un corps rond : tel sera le sort de S'ebnâ. Les moments successifs de l'acte ne se trouvent pas ici dans l'ordre naturel. L'acte de saisir précède l'acte de lancer. Par les détails, on voit qu'il faut se représenter la pelotte comme composée de fils roulés les uns sur les autres.

ÉSAIE XXII, l9-?5. 287

Je te chasserai de ton poste ^, On te renversera de ta place I

Alors j'appellerai mon serviteur

Elyaqim, le fils de Hilqiyahou %

Je le revêtirai de ton habit,

Je le ceindrai de ta ceinture ^, Et je mettrai ton pouvoir entre ses mains, Pour qu'il soit un père pour le peuple de Jérusalem

Et pour la maison de Juda.

Je le chargerai de la clef de la maison de David ^,

S'il ouvre, personne ne fermera ;

S'il ferme, personne n'ouvrira.

Je l'enfoncerai solidement comme un clou dans le mur^. Et il sera un siège glorieux pour sa famille.

On y suspendra toute la gloire de sa maison.

Branches nobles et rejetons vils^,

Les moindres vases,

Depuis les bassins jusqu'aux cruches.

En ce jour, dit laheweh Çebaôt,

Le clou, solidement fiché au mur.

Cédera, sera abattu et tombera.

Et la charge qu'il supportait croulera '^ :

C'est l'Éternel qui l'a dit.

* Dans raideur de son sentiment, le prophètei se substituant à Jéhovata, ou bien fusant inteirenir celui-ci directement, parle à la première personne.

^ Eljaqîm est serviteur de Jéhova, en ce qu'il dirigera les affaires dans le sens de W théocratie et des conseils du prophète. Le changement de ministère eut lieu effectïTement avant l'arrivée des Assyriens, chap. XXXVI^ 8.

* Noua supposons qu'il 7 a eu des costumes officiels, nous dirions des uniformes de à\^\é et d'emploi. C'est de là que vient l'expression : être revêtu d'une charge.

'* Utt.: Je mettrai la clef sur son dos, ce qu'il faut prendre dans le sens d'une chargé B^nistérielle, et non d'une marque appliquée sur l'habit. Il fermera et ouvrira à son ?féi c'est-à-dire : il gouvernera, il sera Visir ou premier ministre.

^ L'image qui termine le discours est assez peu noble et poétique. Le elou solideoest enfoncé dans le mur représente la solidité du nouveau ministre, c'est-à-dire la ceititnde qu'il restera en place ; puis, de môme qu'on suspend toutes sortes de choses > DQ clou ou crochet, de même tonte la famille d'Elyaqîm, s'acerockant à lui, arrivera ux honneurs et à la considération publique. Au point de vue moderne, ce serait une ^tjK contre le népotisme ; pour l'antiquité orientale, c'était le droit commun.

* Ptr ces mots, on voit bien que les vasês sont les membres de la famille d'Blyaqlm, famîDe assez obscure jusqu'alors, à ce qu'il parait.

^® Si ce dernier verset est une partie intégrante du texte authentique, il faut admettre ^ le cUu arraché est S'ebnâ. Plusieurs commentateurs, suivant en ceci Jérôme et

288 ÉSAIE XXII, 1-5.

[Oracle de la Vallée de vision '.]

(Chap XXII, 1-14.)

Qu'avez-vous donc, pour monter tous sur les toits*?

Ville bruyante et pleine de tumulte.

Cité toujours si joyeuse ' I

Tes morts ne sont pas frappés par Tépée,

Ils ne périssent pas à la bataille ;

Tous tes chefs fuient ensemble.

Ils sont pris sans coup férir;

Ils viennent de loin pour se sauver :

Tout ce qui s'y trouvera sera pris ensemble^ I

Je dis donc : Détournez-vous de moi,

Que je pleure amèrement I N'insistez pas pour me consoler De la ruine de mon peuple î C'est un jour de confusion et de commotion et de consternations De la part du Seigneur, laheweh Çebaôt,

d'autres anciens, prétendent que U clou ne peut être que celui qui Yient d'être déagné par ce mot, c'est-à-dire Elyaqim. Dans ce cas, Âsaïe prédirait aussi la chute de celui-ci, et comme cela est contraire à l'esprit du v. 20, on serait amené à Toir ici une addition postérieure.

^ Le titre a été pris par le collecteur ou rédacteur dans le texte même du discours, V. 5. (comp. XXI, 1, 11, 13.) C'est un morceau relatif à l'invasion des Assjh«ns sous Sanhérib, 704 av. J.-C. Le prophète prédit aux hahitants de Jérusalem une issue fatale du siège dont ils sont menacés^ parce que, jusqu'au dernier moment, ils se livrent aux plaisirs au lieu de songer à Dieu.

< Le texte dit à la lettre : qu'as-tu donc? en s'adressent à la ville collectivement. On monte sur les toits pour voir ce qui se passe au-dehors. Le tableau est créé par l'imagination du prophète, car les Assyriens n'arrivèrent pas à accomplir leur dessein. (Chap. XXXVI suiv.)

s Le bruit est ici celui du mouvement animé de la vie journalière, insouciante, avide de plaisirs et de distractions. Cette allocution est à prendre dans le sens ironique, car elle forme un contraste avec ce qui suit.

4 A l'approche des ennemis, on vient de tous côtés se réfugier à Jérusalem. Nulle part on n'essaie de s'opposer à main armée aux étrangers. Mais cela ne sauvera personne. La peste et la faim feront des ravages plus cruels que Tépée, et ce qui survivra, sera pris et réduit en captivité. {Sans coup férir ^ litt. : loin ie l'arc.)

^ En hébreu: mchoumak^ meiousah, meboukah, litt: tumulte^ écrasement, oonfusioD.

ÉSAIE XXII, 6-H. 289

Dans la vallée de vision '^ :

Il frappe aux murs,

Il retentit à la montagne^.

'Élam porte le carquois Dans ses troupes de cavaliers ; Qîr découvre son bouclier^.

Tes plus belles plaines sont remplies de chars Et les cavaliers s'établissent à ta porte. On arrache le voile à Juda * !

En ce jour- là, vous regarderez

 Tarsenal du palais de cèdre; Vous verrez les nombreuses brèches de la ville de David, Et vous recueillerez les eaux du réservoir inférieur. Vous ferez le relevé des maisons de Jérusalem, Et vous en abattrez pour fortifier la muraille. Et vous creuserez un bassin entre les deux enceintes Pour les eaux du vieux réservoir*^ —

^ Od Toii par le contexte^ que la vallée de vision ne peut être qu'une désignation aliégoriqne de Jérusalem même ; mais comme il est impossible que celte ville soit appelée nne valUe, parce qu'elle est située sur des hauteurs, l'image doit être empruntée à une localité du voisinage, peut-être aux vallées qui entourent la ville et dans lesquelles le prophète pouvait se trouver plus facilement en face du peuple pour le ^«nnguer (comp. VII, 3).

"^ Ces deux Ugnes sont obscures : notre traduction rend l'idée que c'est le jour du Seig&eor qui frappe aux murs, etc., c'est-à-dire qui s'annonce par la terreur qu'il inspire et par les cris qu'il provoque. D'autres traduisent: L'ennemi démolit les morailles, ou encore: il fait du bruit autour des murs.

^ 'Élam (la Perse), Qîr (probablement dans le voisinage du Caucase} , sont nommés <le préférence, comme les provinces les plus éloignées de l'empire assyrien. Découvrir ^ houclier, c'est s'apprêter au combat.

^ Noua joignons cette ligne à ce qui précède. Juda est représenté comme une femme livrée aux mauvais traitements d'un insolent vainqueur.

^^ Tout ce passage revient à dire qu'à la dernière extrémité on songera aux préparatifs de défense; voyez surtout 2 Chron. XKXII, 3 suiv. L'arsenal du palais de c^^re avait été construit par Salomon, i Rois VII, 2; X, 17. On regardera s'il est eocore assez bien fourni d'armes. La ville de David est la citadelle, dont les fortifications ont été mal entretenues. Les environs de Jérusalem n'ayant que peu d'eau, on BTiit soin d'arrêter l'écoulement des sources voisines et d'en diriger les eaux dans des réservoirs creusés à l'intérieur, ou du moins de faire des provisions d'eau en ville. (Comp. sur les réservoirs: VII, 3; VIII, 6. Jér. XIV, 3.) Les différents quartiers de la ville étaient séparés par des murs, c'est ce qui explique les deua: enceintes (2 Roitj

A. T. 2« part..- I. 19

290 ÉSAIE Xill, 12-14. XIV, 24-27.

Mais vous ne regardez pas à celui qui a fait cela, Vous ne voyez pas celui qui Ta préparé de loin " !

En ce jour-la, le Seigneur vous appelle ,

laheweh Çebaot, aux pleurs et au deuil,

A vous raser la tète, à ceindre le cilice :

Et voilà que tout est plaisir et réjouissance ;

On abat des bœufs, on égorge des moutons,

On mange de la viande, on boit du vin —

« Mangeons, buvons 1 car demain nous mourrons * »

Mais rÉternel s'est révélé à mes oreilles :

Non ! ce péché ne vous sera point pardonné

Jusqu'à ce que vous mouriez !

C'est le Seigneur, laheweh Çebaôt qui Ta dit.

XIX*

(Chap. XIV, 24-27.) L'Éternel l'a juré, en disant :

Oui, comme je l'ai résolu, ainsi cela sera ; Comme je l'ai arrêté, ainsi cela s'accomplira I

J'écraserai l'Assyrien dans mon pays, Sur mes montagnes je le foulerai aux pieds. Pour que son joug ne pèse plus sur eux. Et que son fardeau soit ôté de leurs épaules. Voilà la décision arrêtée à l'égard de la terre, Voilà ma main étendue contre les peuples. Quand laheweh Çebaôt a décidé, qui l'empêchera? Quand sa main est étendue, qui la fera retirer?

XXV, 4), c'est-à-dire les deux collines entre lesquelles il j avait une Ville basse Voyez sur les travaux de Hizqiyah: 2 Rois XX , 20. 2 Chron. XXXII, 30. Ces travaux de défense étaient si bien commandés par la nature du terrain^ que le prophète en ptfl^ comme d'une éventualité certaine.

1 1 Et pourtant c'aurait été là le meilleur moyen de défense I

1 Ces quelques lignes ne sauraient être rattachées à ce qui précède dans le texte actuel d'Ésale. Les chap. XIII-XIV, 23 s'occupent de Babybne et de Cyras,- ici il est question d'une déroute que doivent essuyer les Assyriens dans la Palestine môme. Nous sommes donc reportés aux temps d'Ésate et rien n'empêche de songer de préférence à l'invasion de Sanhérîh. Du reste, ce morceau a assez l'air de n'fitre qu'un fragment et non un discours complet et arrondi ; de sorte qu'il ne serait pas impossible de le rattacher de manière ou d'autre au discours contenu dans les chap. X-XII.

ÉSAIE XVII, 12-14. XVIII, 1. 291

XX*

(Chap. XVII, 12 -XVIII, 7.)

Haï Quel bruit de peuples nombreux I Un bruit comme le mugissement de Tocéan ! Quel tumulte de nations I Un tumulte comme celui des vagues puissantes ! Les nations frémissent comme les vagues en tumulte : Il les menace, elles s'enfuient au loin ', Emportées, comme la balle au gré du vent sur les hauteurs, Comme un tourbillon de poussière dans la tempête. A rheure du soir, voici la terreur ' ; Avant le matin ils ne sont plus :

Voilà la part de nos spoliateurs I Voilà le sort de ces brigands !

Haï Pays à la double ombre ^, Au-delà des fleuves de Kous\

^ Ce morceau est le plus obscur de la collection des oracles d'Ésale, en ce ^'il coQtient des aUusions directes à des faits historiques dont les détails nous sont inconnus. Od u s accorde pas même sur sa Traie étendue. Car il j a des commentateurs qui, fidèles à la tradition rabbinique, essaient d'en rattacher les premiers versets au 17* chapitre; tandis que d'autres les considèrent comme un fragment isolé et les scperent à la fois de ce qui précède et de ce qui suit. Nous expliquerons le tout comme on discours relatif à Tinvasion de Sanhérib, roi d'Assyrie, qui menace à la fois Juda et les pays du Nil. Le roi d'Ethiopie envoie des ambassadeurs pour offrir des ^«coars; le prophète annonce que Jéhova confondra les ennemis à lui tout seul et inTîte les étrangers à reconnaître le Dieu d'Israël. Comp. XXXVII, 9, 36.

* lîUt wtnuuêf c'est naturellement Jéhova qui mit subitement fin à cette guerre par uoe intervention presque miraculeuse, comme on le lira plus au long dans la relation (jue noQ8 venons de citer.

' Et non pas la ruine, comme on traduit quelquefois. Le prophète veut faire ressortir le bnisqne changement de la situation. La terreur est celle que les Assyriens inspirent, un peut regarder cette tournure rhétorique du prophète comme le point de départ des i^Arretions traditionnelles conservées sur le même événement.

* On remarquera le genre de connaissances géographiques dont le prophète dispose. Koos/ (l'Ethiopie) était pour les anciens une notion plus ou moins vague ; tantôt ce ^^^ représentait un royaume contigu à l'Egypte, dont Méroé était la florissante c«|)itale, et avec lequel on était en relations commerciales ; tantôt aussi il correspondait > ce que nous appelons la zone torride, ou les pays intertropicaux. Ainsi dans notre Passage, l'auteur signale ce fait remarqué aussi par d'autres anciens, que dans ces pays K soleil projette l'ombre tantôt vers le sud, tantôt vers le nord (le texte dit à la lettre:

292 ÉSAIE XVIII, 2-5.

Toi qui envoies des messagers^ sur le grand fleuve^ Dans des esquifs de roseaux^ sur les eaux :

Allez, messagers rapides, Vers le peuple brillant et de haute taille. Vers la nation de tout temps redoutable. Le peuple qui étreint et écrase^, Dont la terre est sillonnée de fleuves I Vous tous, habitants de la terre ^, Vous qui demeurez dans tout Tunivers :

Quand le signal se dressera sur les hauteurs, regardez 1 Quand la trompette sonnera, écoutez ^ I

Car voici ce que me dit TÉternel :

c Tranquillement je regarderai du haut de mon trône,

Durant les jours de sereine chaleur.

Et des abondantes rosées de la chaude saison^. > Mais avant la vendange, quand la floraison est passée, Quand la fleur est devenue une grappe mûre, Il coupera les sarments avec sa serpette. Il ôtera les pampres^ il les arrachera'**!

l'ombre aux deux ailes] ; de plus, il connaît rexistence des nombreux et grands afflaents du Nil, fait géographique étranger par ex. à TÉgypte; il connaît aussi les barques de papyrus dont on se servait en Égjte pour la navigation fluviale. Nous ferons cependant remarquer que la première ligne est d'ordinaire traduite autrement, en ce qu'on j Toit le cliquetis des armes, en négligeant les deus ailes du texte.

^ Nous supposons que le roi d'Ethiopie avait envoyé des messagers à Juda, poor annoncer qu'il allait venir à la rencontre des Assyriens, XXXVII, 9. Le prophète renvoie ces mêmes messagers chez eux, pour annoncer les arrêts de Dieu.

^ Allusion aux expéditions guerrières des Éthiopiens, dont on trouve des traces dans les classiques : Diodore, III, 2. Pline, hist. nat., VI, 35. Strabon, 1. XV.

'^ Au lieu de dire immédiatement à ces messagers ce qu'ils doivent annoncer à lear roi, le prophète prétend assembler autour de lui un auditoire plus grand encore, et alors seulement il déclare son message, v. 4.

^ Ceci ne doit pas être pris à la lettre, car les Assyriens doivent être frappés par la main même de Dieu et non par l'intervention d'une armée d'hommes.

0 A la lettre : Durant la chaleur sereine à la lumière, durant les nuages de rosée dans la chaleur de la moisson. Cela veut dire : tout le long de l'été. La chaleur sereine et les abondantes rosées régnent en Palestine de mai à septembre.

10 Quand le moment sera venu, Jéhova frappera le grand coup. L'Assyrien est comparé à un cep de vigne qui prospère pendant un temps, mais qui est détruit avant le moment du résultat définitif.

ÉSAIE XVIII, 6. 7. XXI, 11. 293

Ils seront livrés aux vautours des montagnes, £t aux bètes sauvages, tous ensemble :

Les vautours y passeront Tété, Les bêtes s'y établiront pour Tautomne".

Alors on apportera des offrandes à TÉternel,

De la part de la nation brillante et de haute taille,

De la part de la nation de tout temps redoutable,

Du peuple qui étreint et écrase,

Dont la terre est sillonnée de fleuves, Vers la montagne de Sion, où réside laheweh Çebaôt*^.

[Oracle du silence*.]

(Chap. XXI, 11, 12.)

On me crie de Sé'ir :

Gardien, où en est la nuit?

Gardien, la nuit où en est-elle'?

l^De l'image, le prophète passe à la réalité. Les pampres coupés, ce sont les ÀS5jrieas morts, dont les cadavres restés sans sépulture serviront de pâture, pendant toute mie année, aux animaux sauvages. On pourrait peut-être traduire : les vautours es feront leur moisson d'été et les bêtes de la campagne leur récolte d'automne.

18 L'Ethiopie, frappée de stupeur à la nouvelle de la subite ruine des Assyriens <iui Qenaçaient de l'envahir, rendra hommage au Dieu vainqueur.

^ Ordinairement on traduit : Oracle sur (ou contre] Doumah. Or, Doumah était le Dom d'une tribu arabe, d'après Gen. XXV, 14. 1 Ghron. I, 30, dont il est impossible cependant de déterminer la position géographique. Comme le texte lui-même ne contient d'autre nom que celui des montagnes de Se 'ir, les anciens déjà ont supposé qn^il est question des Édomites ou de l'Idumée, soit que le collecteur (auteur de l'inKription) ait eu des motifs historiques pour identifier Doumah et Édom (dans lequel cts on devrait toujours demander ce qui a pu lui faire préférer un nom presque inconnu i celai qui était dans la bouche de tout le monde], soit que, dans sa pensée, Doumah doire être pris comme nom commun, dans le sens de silence y le prophète refusant de répondre à la question qu'on lui pose, de sorte qu'il y aurait une espèce de jeu de mots.

^De SéHr on s'adresse au prophète pour savoir l'heure qu'il est dans la nuit. Cette phrase, évidenmaent figurée, semble faire allusion à une calamité, à un danger, dont on désirait connaître le terme. Il est impossible d'aller plus loin dans les conjectures, et de préciser les circonstances politiques auxquelles le prophète peut avoir fait allusion. L'histoire de l'Idumée offre une page à peu près blanche pour l'époque d'Ésaïe. On sait seulement que lora de l'invasion des Assyriens sous Tiglatpilésar (743 av. J.-C. ==

294 ÉSAIE XXI, 12-15.

Le gardien répond :

Le matin vient, et la nuit aussi ;

Si vous désirez le savoir, Revenez demander une autre fois !

[Oracle au soir*.]

(Chap. XXI, 13-17.)

Dans la steppe au soir vous faites votre halte, Caravanes de Dedau ' 1 Portez de Teau à ces hommes altérés.

Habitants du pays de Têmâ, Allez vers ces fuyards avec le pain qu'il leur faut ^ ! Car ils fuient devant Tépée, Devant Tépée dégainée.

Devant Tare tendu, Devant la terreur de la guerre.

chap. VII, X), les Ëdomites avaient cessé d'être les vassaux des rois de Jada. Cependant cela ne les empêchait pas nécessairement de consulter un prophète Israélite, mais celui-ci pouvait plus facilement refuser de les écouter. En tout cas, sa réponse est évasive ; le matin vient, dit-il, et la nuit aussi : cela veut dire, ou hien, il j aura des alternatives de bonnes et de mauvaises chances ; ou bien, le malheur présent passé, il en viendra un autre. Pour le moment, c'est tout ce qu'il peut et veut dire.

^ Ici encore Tinscriplion est empruntée à la première ligne du texte. Seulement il faut commencer par rendre à ce dernier son vrai sens, en changeant Ba 'arab (en Arabie] en Ba*&eb (au soir), comme l'ont déjà compris toutes les anciennes versions, ou bien il faut dire que l'auteur de l'inscription a fait une méprise. Pour le fond, voyez la dernière note.

* Les caravanes ne font jamais halte que dans des endroits où elles sont sûres de trouver de l'eau. Donc, si les gens de Têmft sont dans le cas de porter de l'eaa aux Dedanites, c'est une preuve que ceux-ci, poursuivis par des ennemis, ont quitté la route, et se sont enfoncés dans le désert où ils pouvaient espérer d'échiq)per au fer, au risque de périr de soif. La steppe (le taillis, les broussailles), est ici positivement nommée comme un lieu sans eau. La traduction vulgaire, qui fait dire au prophète : dans la steppe de l'Arabie, est assez froide, parce qu'il va sans dire qu'ils étaient en Arabie.

8 Contrairement à l'usage, nous mettons tous ces verbes à l'impératif, ce qm ne nécessite que le changement d'une seule voyelle : çadmou pour fidmôu. L'invitation nous parait être ironique, et simplement destinée k peindre la détresse des fugitife.

ÉSAIE XXI, 16, 17. XXIII, 1. 295

Car Yoici ce que le Seigneur m'a dit : Une année encore, comme Tannée du journalier,

Et c'en est fait de la gloire de Qédar^. Ce qui restera de ses arcs, sera facile à compter, Les Yadllants fils de Qédar seront en petit nombre :

C'est rÉtemel, le dieu d'Israël, qui le dit I

[Oracle contre Tyr *.] (Ghap. XXIII.)

€ Lamentez-vous, vaisseaux de Tars'is' ! Elle est détruite I plus de maisons, plus d'entrée ! > La nouvelle leur en vient de Kittim '.

4 Comme Qédar et Dedan ne sont pas identiques (Gen. XXV, 8 et 13. Jérém. XLIX, 7, 8 et 28), on peat admettre, avec la généralité des commentateurs, que le prophète prédit la mine aux dâua tribus également. Cependant nous préférerions SDpposer que ce morceau, dont l'occasion nous est absolument inconnue, s'adresse essentiellement aux Qédarites, comme le dit ici très-formellement, et presque en prose, la oondusion ; et que la description poétique qui précède, et qui décrit une caravane en faite, est subordonnée à cette prédiction principale. La ruine des Qédarites, amenée par one invasion étrangère^ enveloppe aussi les caravanes qui ne faisaient que traverBer le pays. (Pour les années d'un journalier, voy. XVI, 14, ci-dessus p. 89.)

' Le prophète annonce la ruine de Tyr et la restauration ultérieure, mais tardive, de la Tille, ainsi que sa conversion finale à Jéhova. On connaît deux sièges formidables de cette Tille, avant celui qui amena sa destruction par Alexandre. C'est celui de Salmaoassar, 122 av. J.-C, et celui de Neboucadréçar, en 585 et suiv. Ni l'un ni l'autre de ces sièges n'aboutit à la prise et à la ruine de la ville. Si cette pièce est d'Ésaîe, il s'agira du premier. Au fond, le texte ne contient rien qui nous obligerait de songer plutôt à un prophète plus récent, bien que le style ne rappelle pas beaucoup celui d'Ésaîe et qu'il n'ait surtout point la vigueur poétique de celui-ci. La mention des Cbaldéens, v. 13, peut s'expliquer même de l'époque de Salmanassar, comme on verra plus bas. Un bon nombre de commentateurs préfèrent cependant songer au second siège, dont parle aussi Ézéchiel (chap. XXVII} ; mais dans ce cas, il faut nécessairement renoncer à soutenir l'authenticité du discours.

s Le discours commence par un tableau très-poétique. Des vaisseaux phéniciens NTiemieDtde Tars'îs' (d'Espagne] et apprennent en mer la catastrophe de Tyr, dont les maisons sont ruinées, dont le port leur est fercné. Kittîm est llle de Chypre. On remarquera que le nom de Tyr n'est pas nommé.

296 ÉSAIB XXIII, 2-8.

Soyez maets de stupeur, habitants de la côte^ Que remplissaient les marchands navigateurs de Sidon ' ! Sur les vastes ondes les grains du S'ihor, Les récoltes du Nil formaient son revenu * ; Elle était le marché des nations. / Sois honteuse, Sidon!

La mer, la citadelle de la mer, s'écrie : «Je n'ai point été mère, je n'ai point enfanté. Je n'ai point nourri de fils, Je n'ai point élevé de filles ' 1 » Quand la nouvelle arrivera en Egypte, A la nouvelle de Tyr on y tremblera*.

Passez à Tars'îs", Lamentez-vous^ habitants de la côte !

Est-ce là votre joyeuse cité.

Dont l'origine date des jours d'autrefois, Et que ses pieds emportent vers un lointain exil ?

Qui a décrété ceci Contre Tyr, la dispensatrice de couronnes*,

3 Tout le littoral de TAsie, animé naguère et enrichi par le commerce phénicien, est dans la stupeur. Les marchands navigateurs ont disparu, le silence et la désolation ont remplacé ce mouvement fécondant. Sidon n'est pas ici le nom d'une ville, mais de la Phéuicie entière.

4 L'Egypte exportait surtout du blé, et les Phéniciens en faisaient une des principales brancbes de leur commerce international. Le S'ihor (probablement fleuve noir] est un nom du Nil, Jér. II, 18, qui ne se rencontre pas ailleurs dans le livre d'Ésaîe. L'idée que Tyr était le marché des nations a fourni à Ézéchiel un de ses plus magnifiques tableaux (l. c.].

^ La ville de Tyr avait été primitivement bfltie sur la côte de la terre ferme. Une nouvelle ville s'éleva plus tard sur une île à peu de distance du rivage. Celle-ci ne fut prise que par Alexandre, qui s'en approcha par une digue qui a subsisté et qui changea pour toujours l'île en presqu'île. C'est cette citadelle en pleine mer, qui déplore ici la perte de ses enfants.

^ Ce puissant boulevard étant tombé, rien n'empêchera le vainqueur d'envahir rÉgypte. Cela se vit en effet du temps d'Alexandre, ce fut une menace du temps de Neboucadréçar (Jér. XLIII, 8 suiv.], et nous pourrions l'admettre comme un fait

I assez probable pour le successeur de Salmanassar et le temps d'Ésaîe, voyez chsp.

! XIX et XX.

! ^ La métropole étant ruinée, les Phéniciens n'ont plus qu'à se réfugier dans leurs

! colonies.

' B Tyr ne peut être qualifiée ainsi qu'en vue de la fortune de ses grands commer-

* çants, comme le prophète l'explique lui-mâme. Les colonies phéniciennes n'étaient pas

des monarchies, et n'avaient pas de rois pour vassaux, comme par exemple les

I Anglais dans l'Inde.

ÉSAIE XXIII, 9-13. 297

Dont les marchands étaient des princes, Et les trafiquants ^, les nobles de la terre ? C'est laheweh Çebaôt qui Ta décrété, Pour ternir T éclat de toute cette splendeur, Pour humilier tous ces nobles de la terre. Parcours ton pays, pareille au Nil,

Fille de Tars'îs' !

Aucune ceinture ne te retient plus *^ I

Il a étendu sa main sur la mer.

Il a fait trembler les royaumes ; L'Étemel a donné ordre, au sujet de Canaan ^\ De détruire ses forteresses.

II a dit : Tu ne triompheras plus.

Vierge déshonorée, fille de Sidon !

Mets-toi en route, passe à Rittim *' : Là encore tu ne trouveras pas le repos ! Voyez! le pays des Chaldéens*', De ce peuple qui n'existait pas,

' Ed hébreu : les Cananéens, ce qui était le nom propre et indigène des Phéniciens ; ce nom devint sjnonjrme de marchands^ pour les Israélites agriculteurs et nomades, comme au moyen- ftge on disait Italien pour marchand de denrées exotiqueSi ou comme aajoordliai encore, dans certaines contrées, les confiseurs sont appelés Suisses,

^0 Les pays étrangers où Tyr avait établi sa domination, seront désormais libres. Tartessos, l'Espagne, est nommée à titre d'exemple. La ceinture est ici le symbole de la sertitude. Le Nil, débordant et inondant le Delta de l'Egypte, est Timage de U liberté la plus entière.

^^ Le nom indigène de la Phénicie ne se rencontre pas ailleurs dans l'Ancien Testament, mais bien sur les médailles. Du reste, les Phéniciens n'étaient qu'une branche de la famille de peuples qui avaient donné le nom au pays conquis par les Israélites.

^' Les Phéniciens de tout le littoral (nommés ici Sidoniens, d'après l'une de leurs ^les principales], maltraités par les conquérants, cherchent à se sauver en passant à IHe de Chypre, mais ils y seront suivis par leurs ennemis ou bien aussi mal accueillis par leurs anciens sujets. Étant donnée la comparaison d'une population avec une femme, limage s'explique d'elle-même.

^^ Ce passage est extrêmement difficile, et il se pourrait bien que le texte ne nous fût pas parvenu dans sa forme authentique. En le prenant tel qu'il est, voici à peu près le sens qu'on peut en tirer : Les Chaldéens étaient un peuple barbare et vivant de rvpuies, dont la patrie était la contrée montagneuse de la rive gauche du Tigre SQpérieor, entre l'Arménie et l'Assyrie proprement dite; c'est de ce côté que la tradition sémitique plaçait aussi les origines des peuplades qui formèrent la famille de ce dernier nom (Gen. XI). Les descendants de ces anciens Chaldéens y sont restés JQsqu'à nos jours ; ce sont les Gardouques de Xénophon, les Kourdes modernes. Mais

298 ÉSAIE XXIIT, 14-16.

Ass'our Ta assigné à ces habitants de la steppe : Ils érigent leurs tourelles, Ils détruisent ses palais, Ils en font un monceau de ruines.

Lamentez-vous, vaisseaux de Tars'ls^ Elle est détruite, votre citadelle I

Et il arrivera en ce jour**, Que Tyr sera oubliée septante ans.

Durant les jours d'un roi ** I Et au bout de septante ans, Il arrivera à Tyr Selon la chanson de la courtisane :

fi Prends la guitare, Cours par la ville.

Courtisane oubliée!

il paraît que les conquérants assyriens en transplantèrent une partie dans les plaines de la Mésopotamie^ où ils finirent par se rendre indépendants et par fonder l'empire chaldéen de Babylone, qui s'éleva vers la fin du 7* siècle av. J.-C, mit fin au royaume de Juda et fut renversé à son tour par Cyrus. On peut admettre que le prophète nomme ici les Cbaldéens comme un peuple nouveau dans l'histoire, une milice des plos terribles dans l'armée des Assyriens, et employée comme telle au siège de Tyr. Les tourelles érigées peuvent être des macbines de guerre ou de siège. L'obscttrité provient en partie de ce que les termes de pays et dépeuplé alternent ici d'une manière assez capricieuse, surtout quand on s'en tient au texte hébreu ; l'auteur paraît avoir voulu dire simplement: voyez ces Cbaldéens, peuple naguère inconnu, auquel les Assyriens viennent d'assigner un territoire^ etc.

^4 Ce qui suit est, à vrai dire, de la simple prose, et nous ne ferions pas de difficnlté de séparer cette dernière partie du reste du discours, et de la regarder comme noe addition plus récente faite par une main étrangère, s'il n'y avait un motif péremptoire pour écarter une pareille conjecture. Tyr n'a point été détruite, ni du temps d'Esale par les Assyriens, ni du temps d'Ézécbiel (chap. XXVII], si l'on préférait songer sa siège de Néboucadréçar pour expliquer notre texte ; et surtout Tyr ne s'est point convertie à Jébova. On ne peut donc pas dire que cette péroraison aurait été ajoutée par quelqu'un qui aurait voulu compléter l'ancienne prophétie d'après les données de rbistoire. On en reviendra donc nécessairement à l'idée que l'auteur (que nous supposons avoir été Ésale] a pu terminer ses prédictions sinistres par une perspectÎTe de restauration et de conversion, comme il l'a fait à l'égard de l'Egypte (chap. XIX).

1& Aucun roi de cette époque n'a régné 70 ans; c'est donc id un nombre rond, comme l'emploie aussi Jérémie XXV, 11; XXIX, 10, pour désigner un délai très long, et l'idée qu'un roi régnerait aussi longtemps, représente cette autre, que b puissance qui allait ruiner Tyr subsisterait tout ce temps pour empêcher tout essai de restauration.

Es AIE XXIII, 17-18. 299

Jùue toujours^ Chante beaucoup.

De toi qu'on se souvienne '^ I >

Et au bout de septante ans, L'Éternel regardera Tyr, Et elle recommencera son métier^'', En se livrant au commerce avec tous les royaumes de la terre, Sur la surface du monde entier.

Mais ses profits et son salaire Seront consacrés à TÉternel; On n'amassera point, on ne mettra pas en réserve ; Ses profits reviendront aux serviteurs de TÉternel '*, Pour qu'ils mangent et se rassasient, Et se revêtent d'habits somptueux.

'^Ces dz lignes sont évidemment une citation empruntée par, le prophète à une chanson de son temps, qu'il pouvait avoir entendue dans la rue. C'est une satyre à 1 adresse d'une courtisane passée de mode, et ironiquement invitée à se rappeler au MQTenir du public. On Ta voir comment cette citation est appliquée k la ville de T3nr.

^"^ L'auteur joue sur le double sens de plusieurs expressions dont nous avons tAché de reproduire l'équivoque. Il veut dire qu'au bout de 70 ans, Tjr sera restaurée, et que son commerce avec le monde entier refleurira. Jéhova lui fera cette grAce et elle s'en montrera reconnaissante envers lui. Cependant comme, au point de vue théocrati<jne azcluaif, le commerce international est une espèce de manifestation dans le sens da polythéisme, de manière que les prophètes représentent les grandes villes commerçantes coQune des prostituées (Nah. III, 4. Apoc. XVII), d'après une allégorie bien coanae, nous voyons ici aussi que Tyr est nommée une courtisane, qui s'engage dans des intrigues immorales avec tout le monde, et qui arrive ainsi à gagner de nouveau son ttUire [trad. littérale). On voit d'après cela, que la chanson alléguée était bien peu appropriée à la situation que l'auteur avait en vue. Une vieille courtisane, une fois oubliée, n'a guère de chances, tandis que Tyr doit redevenir florissante.

^^ L'autenr veut sans doute parler des prêtres de Jérusalem qui seront enrichis par les o&sndes nombreuses de ces pèlerins nouveaux et fortunés.

300 ésAiE XIX, 1-3.

[Oracle sur TÉgypte*.]

(Chap. XIX.)

Voyez, rÉternel monté sur un nuage léger

S'avance contre TÉgypte*, Et les idoles de TÉgypte tremblent devant lui Et le cœur de TÉgypte vient à faillir. < J'armerai Égyptien contre Égyptien, Pour qu'ils se battent l'un contre l'autre, Homme contre homme, ville contre ville,

Royaume contre royaume'.

L'Egypte perd la tète ^ ; Je confondrai sa sagesse :

Ils iront consulter les idoles et les sorciers, Les revenants et les devins.

^ On a trouvé quelque difficulté k préciser les faits historiques auzqueb ce morceau fait allusion. Comme il y est évidemment question d'une guerre civile, on a songé de préférence à ce que les anciens (par ex. Hérodote II, l4i suiv.) racontent de l'état de rÉgypte avant Tavénement de Psammétique. Mais cela nous conduirait bien au-delà de l'époque d'Ësale. Or, rien ne nous oblige de regarder ce discours comme postérieur à ce prophète, à l'exception d'une seule phrase dont il sera question plus bas. Nous connaissons trop peu l'histoire d 'Egypte pour conclure, de notre ignorance des détails, à l'impossibilité d'admettre l'application du texte à des faits contemporains. D'un autre cdté, nous savons qu'un roi d'Assyrie, Sargon, prédécesseur de Sanbérib, et postérieur à Salmanassar, par conséquent régnant entre 722-'705, a menacé l'Egypte d'une invasion (chap. XX}; ce fait parait pleinement suffire à l'explication historique de notre texte. Cependant nous devons ajouter que des savants modernes préfèrent songer à une époque où l'Egypte était envahie par un conquérant éthiopien, ce qui eut également lieu du temps d'Ésale.

2 Les nuages sont le char de Jéhova. (Ps. XVIII, 10 ; CIV 3, etc.) Les idoles, c'est-à-dire les dieux égy tiens, sont ici considérés comme des ôtres réels, mais, comme il va sans dire, seulement par suite d'une prosopopée poétique.

3 Une guerre civile pouvait facilement éclater en Egypte à une époque où différentes dynasties y régnaient simultanément. Elle est représentée ici comme un premier effet des desseins hostiles de Jéhova. Au lieu de s'unir contre l'attaque du dehors* les Égyptiens s'affaiblissent et se ruinent eux-mêmes par leurs querelles intestines. Comp. Es. XX. 3; XXX, 4; XXXVII, 9.

4 Litt. : son esprit est versé au dedans d'elle, comme on verse de l'eau de manière à vider le vase. Cela revient à dire : l'Egypte sera vide d'esprit; ne saura plus prendre les mesures convenables pour sa défense. — Pour les revenants, etc., voy. VIII, l9.

ÉSAIE XIX, 4-iO. 301

Et je livrerai TÉgypte à un maître dur, Un roi cruel régnera sur eux*,»

Dit le Seigneur, laheweh Çebaôt.

Les eaux du grand fleuve tarissent.

Le Nil se dessèche et manque d'eau.

Les canaux exhalent une odeur infecte, Les rivières de TËgypte baissent et se dessèchent,

Les joncs et les roseaux languissent.

Les prairies du Nil, sur les bords du fleuve. Tout ce que le Nil fécondait,

Se flétrit, tombe en poussière et disparait'. Les pêcheurs gémissent.

Ceux qui jetaient Thameçon dans le Nil, sont en deuil, Ceux qui tendaient le filet sur Teau, sont au désespoir. C'en est fait de ceux qui travaillent le lin peigné.

De ceux qui tissent le blanc coton ^.

Et les colonnes du pays sont abattues, Et ses journaliers dans la tristesse ^ Les chefs de Ço'an ne sont que des sots,

^ L'iQteur ne nomme pas ce roi. Cependant quelle que soit la situation politique à laquelle les combinaisons exégétiques peuvent nous permettre de songer, il n'y aura qne les puissances de la haute Asie qui pouvaient ainsi menacer les pays du Nil. Du temps d'Ësaïe, les Israélites n'avaient aucune prétention de faire des conquêtes de ce cCté-là. Alors, comme après, les Assyriens et leurs successeurs, Chaldéens et Perses, étaient seuls en mesure de méditer de pareilles expéditions.

^ La catastrophe politique est accompagnée d'une calamité physique plus terrible encore. On connaît le rôle que le Nil joue dans l'économie rurale de l'Egypte; un manque d'eau extraordinaire, peint ici avec des couleurs excessives, est la ruine du psjs. On comprend qu'il s'agit là d'un tableau poétique et idéal, le Nil ne pouvant jamais être à sec. Tout au plus cela pouvait être le cas des petits canaux qui répartissaient les eaux dans les campagnes.

"^ Enfin l'industrie, pour laquelle l'Egypte était surtout renommée dans l'antiquité et qui faisait une partie de sa richesse, sera anéantie aussi, principalement à la suite du manque d'eau ; car ce ne seront pas seulement les poissons qui viendront à manquer [ceqai tient de l'hyperbole), mais surtout les matières premières de la fabrication des étoffes, dont la production dépend de la crue des eaux. Le coton n'est pas dans la lettre du texte, mais il y est question de quelque chose de blanc. Or, la toile de lin &e 8e tisse pas à blanc, mais elle est blanchie seulement après le tissage, et le coton ^ agypte est connu dans toute la littérature ancienne.

^ Toutes les classes du peuple souffrent de même. Les colonnes sont les grands, et le terme Hre abattu, sert à deux fins, à l'image et à la réalité. Les journaliers !fflkki), sont ceux qui travaillent le sol pour le compte des grands propriétaires, comme c'est le cas encore aujourd'hui. Personne ne sait plus que faire ou que conseiller.

302 ÉSAIE XIX, 41-46-

Des plus sages conseillers de Pharaon Le conseil est devenu stupide.

Comment pouvez-vous dire à Pharaon :

Je suis le fils des sages, Le fils des anciens rois'?

Où sont-ils donc, tes sages ?

Qu'ils te Tannoncent donc^ Qu*ils reconnaissent eux-mêmes.

Ce que TÉternel a décrété contre TÉgypte ! Ils sont devenus fous, les princes de Ço'an, Ils ont l'esprit troublé, les princes de Mempbis, L'Egypte est fourvoyée par les chefs de ses tribus **. L'Éternel verse dans leur cœur un esprit de vertige, Et ils fourvoient TÉgypte dans tout ce qu'elle fait, Comme un homme ivre qui patauge dans ce qu'il a vomi'* Et rien ne réussira à l'Egypte^ De tout ce que feront la tête ou la queue. Le palmier ou le roseau *^.

En ce jour, l'Egypte sera comme des femmes. Elle tremblera, elle s'effraiera De la main soulevée de l'Éternel, Qu'il va agiter contre elle.

^ Ço'an (Tanis) était le siège d'ane dynastie égyptienne (XXX, 4} établie dans la Basse-Egypte sur le Nil oriental. Pour comprendre le texte, il faut se rappeler que les Ëgjrptiens étaient divisés en castes. Les prêtres et les guerriers l'étaient par lear naissance même, et c'est de lears rangs que sortaient les rois et tous ceux qui ayaiect part au gouvernement.

^0 Les chefs des tribus (expression empruntée à l'état social d'Israfil, comme plus haut le dessèchement du Nil est copié sur les phénomènes naturels de Canaan), sont précisément les princes de Tanis et de Mempbis, les différents rois qui se partageât le pays et qui s'enlre-déchirent au moment décisif de la lutte à soutenir contre l'étranger. {Chefs j litt. : piètres angulaires.)

1 1 Cette absence complète de prudence et de bon sens dans les dispositions prises par les gouvernements^ est inexplicable ; c'est donc Dieu lui-même qui en est la cause {quem perdere vult, prius demenlat). C'est aussi une espèce d'inspiration, mais dans un sens ironique. L'état des choses n'est pas seulement désespéré, il est dégoûtant. Il n'y a qu'un homme privé de raison qui puisse choisir son chemin de manière à marcher dans les ordures (il terse, litt. : il mélange^ figure empruntée à Tusage de mettre de l'eau dans le vin).

^^ Comp. chap. IX, 13.

ÉSAIE XIX, 17-20. 303

Et le pays de Jada sera la terreur de l'Egypte *'. Partout où il sera nommée on tremblera, A cause de l'arrêt de laheweh Çebaôt Qu'il a proDODcé contre elle.

[En ce jour-lày il y aura cinq villes dans le pays d'Egypte qui parleront la langue de Canaa/n et qui jureront par le nom de r Eternel, L'une d'elles s'appellera ville du Soleil^*.]

En ce jour, TEternel aura un autel Au milieu du pays d'Egypte, Et il y aura une colonne sur la frontière pour TÉternel **.

Ce sera un signe et un témoignage Pour laheweh Çebaôt dans le pays d'Egypte,

1' On ne voit pas bien comment Juda peut être la terreur de l'Egypte, surtout au point de rae politique. Le contexte semble favoriser l'idée qu'il s'agit plutôt du point de Tue religieux, de manière que le nom du pays serait destiné à rappeler celui de son Dieu.

^* Cette phrase nous parait être décidément étrangère au texte primitif et authentique d'Ésiûe. D'abord elle ne cadre 'pas avec ce qui suit, où il est question d'une conversion de toute l'Egypte ; ici cette conversion se restreindrait à cinq villes, si l'on vent prendre le mot: jurer par l'Éternel, dans le sens de: le reconnaître comme Dieu. Ensuite ce serait une singulière prédiction de dire que les Égyptiens parleraient l'hébreu; et si l'on voulait songer à des colonies de Juifs établies en Ég3rpte, nous ferions remarquer que c'était là une chose tout à fait antipathique à l'esprit des anciens prophètes (Deut. XYII, 16. Jér. XLIV, etc.). Mais c'est surtout la prédiction spéciale relative au nom d'une ville qui doit nous engager à chercher l'explication ailleurs. (1 est vrai que ce nom est douteux: en hébreu, il y a dans le texte actuel vt'Z/e de destruction, ce qui serait un véritable contre-sens ; les Septante ont lu Hahéres^ ville du Soleil, Héliopolis; d'autres ont proposé de traduire, d'après l'arabe, ville du lion, en rappelant qu'en second siècle av. J.-C. il y avait un temple Juif à Léontopolis. Sans adopter cette dernière conjecture, on peut croire qu'un lecteur plus récent a pu trouver l'accomplissement de la prophétie qu'on va lire dans l'existence de synagogues florissantes dans plusieurs grandes villes d*Égypte. Mais il ne faudra pas descendre pour cela beaucoup au-delà de l'époque des premiers Ptolémées, parce que les Juifs d'Egypte rareot bientôt oublié l'hébreu.

1^ Comme d'autres oracles d'Ésaïe, celui-ci se termine par une perspective théocra^ tique idéale. L'Egypte se convertira à Jéhova ; il aura son autel au milieu du pays, et une colonne (un obélisque, à la façon usitée dans cette contrée) sur la frontière^ cela Tent dire qu'U sera adoré partout. Ces monuments seront pour Dieu un témoignage qu'il a là des sujets à protéger. Si aujourd'hui il envoie contre l'Egypte un maître dur (v. 4J, alors il brisera ce joug. Le sauveur promis sera un héros théocratique, comme ceux que nommait l'histoire d'Israël. (L'idée que Jéhova aura des autels ailleurs qu'à iérusalem, montre que cette partie du texte n'appartient pas à une époque plus récente.)

304 ÉSAIE XIX, 24-25.

Quand ils imploreront rÊternel contre leurs oppresseurs, Pour qu'il leur envoie un sauveur.

Un vengeur qui les délivre.

Et rÉtemel se fera connaître à TÉgypte, Et les Égyptiens le reconnaîtront en ce jour, Ils lui feront sacrifices et offrandes, Lui adresseront des vœux et les accompliront. Et rÊternel frappera les Égyptiens, En frappant, mais en guérissant aussi :

Ils reviendront à TÉternel, Qui se laissera fléchir par eux et les guérira *^.

En ce jour, il y aura un chemin frayé D'Egypte en Assyrie " :

L'Assyrien ira en Egypte, l'Égyptien en Assyrie, L'Égyptien et l'Assyrien adoreront ensemble. En ce jour, Israël sera de tiers Avec l'Égyptien et l'Assyrien :

Il y aura une bénédiction sur la terre Dont laheweh Cebaôt la bénira, en disant : Béni soit mon peuple d'Egypte, L'Assyrien, œuvre de mes mains.

Et Israël ma propriété !

^ 0 Cette dernière phrase est traduite ici de manière à exprimer le résumé de tout ce qui précède. Jéhova va frapper l'Egypte (v. i-iTj, mais de manière que la plaie soit guérie plus tard (qu'elle ne soit pas mortelle} par suite de la conTersion (y. 19'25]. Mais on pourrait aussi y voir cette idée : Â Vavenir, quand Jéhovah frappera (de nouTeea) rÉgypte, ce seront des châtiments passagers^ suivis (comme chez les Israélites) de repentir et de pardon.

l'< L'horizon du prophète s'élargit encore. L'autre grande puissance se coDTertire aussi; elle aussi adorera le Dieu de Juda, et tous les trois peuples vivront dans des relations pacifiques et Jéhova les regardera tous comme siens au même titre. On remarquera que d'après ce passage l'Assyrie existe encore et que le prophète ne prévoit pas sa ruine. C'est là un argument de plus à faire valoir en faveur de l'antiquité de ce morceau.

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