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Malheur à ceux qui méditent Tiniquité Et couvent le mal sur leurs lits^ Pour Taccomplir au point du jour.
Dès que leur main en a le pouvoir 1
Ils convoitent des champs, et les ravissent, Des maisons, et les enlèvent;
Ils s'emparent de l'homme et de sa maison, Du maître et de son patrimoine*.
C'est pourquoi TÉternel dit :
Voyez, moi aussi je médite un malheur contre cette race,
lecteurs, nous substituerons des noms de lieux français à ceux de la Palestine ; par ex.: N'allez pas le dire à Dijon ! N'allez pas pleurer à Plœrmel ! Pars, Paris I Chartres, attèle ton char! etc. Tout est de cette force. Les goûts littéraires Tarient d'un siècle à l'autre. — Quant au fond, il est clair que le prophète veut faire un tableau animé de la terreur et de la désolation qui régnera en Israël^ et sur la frontière de Juda, à l'approche de la catastrophe qui va engloutir Samarie. Le royaume d'Israël^ ou, si l'on veut, la terre d'Éphralm, est dépeinte comme une mère éplorée portant le deuil de ses enfants qui lui ont été enleyés. La consternation générale, la fuite précipitée, rimpo^ibilité de se maintenir quelque part contre l'étranger euTahisseur, contre le ncwtl héritier ou propriétaire usurpateur, se dessinent dans ce qui est dît de ces nombreux bourgs et villages, la plupart autrement inconnus, dont Iss habitants vont inonder, es fuyant, le territoire de Juda et pousser jusqu'à 'AdouUam, c'est-à-dire au-delà de Jérusalem, dans la direction du sud. Les détails restent en partie obscurs : Lalâ8^ de manière ou d'autre, a dû exercer précédemment une mauvaise influence religieuse sur la Judée voisine, peut-être par un culte particulier. Le congé donné a Mores'eUGst nous représente l'image d'un divorce, d'une femme répudiée, chassée de chez elle. Pareille à un ruisseau desséché par les chaleurs de l'été et où l'on viendrait vainement chercher l'eau qu'on y trouvait naguère, Akzîb n'offre plus de ressource, de moyens de résistance. — Ah I si l'on pouvait faire eu sorte que de pareils malheurs restassent ignorés des voisins ! (comp. 2 Sam. I, 21.} N'allez point en parler aux Philistins de Gat, aux Phéniciens de *Acco ! Ne portez pas chez ces étrangers, toujours mal disposés contre nous, le spectacle de cette détresse !
1 Ce second morceau est dans une certaine liaison avec le premier^ cependant il convient mieux de le considérer comme un discours nouveau. La catastrophe méritée qui va frapper Samarie, fait faire au prophète un retour sur Juda. Ici les péchés ne sont pas moins grands, le chfttiment ne se fera pas attendre non plus.
^ Les péchés de Juda sont résumés d'une manière générale, mais assez pittoresque. On les médite pendant la nuit, on les exécute pendant le jour. En d'autres termes : nuit et jour on s'y livre. Il s'agit plus particulièrement de l'oppression des faibles, auxquels on enlève leur bien par des fraudes criminelles. Cette accusation revient fréquemment dans les discours des prophètes hébreux.
Auquel vous ne soustrairez pas votre cou : Vous ne marcherez plus la tête haute, Car ce sera un temps de calamité'.
En ce jour-là, on chantera de vous une chanson. On récitera une complainte :
C'en est fait 1 dira-t-on, nous périssons 1 nous sommes perdus I L'héritage de mon peuple est aliéné — Comment me fait-on déguerpir!
C'est au païen qu'on partage nos champs^!
«C'est pourquoi, pour toi non plus
Personne ne jettera le cordeau
Sur un lot dans la communauté d'IsraëP.>
«Ne prêchez point I » prêchent-ils ;
«On ne doit point prêcher de ces choses-là !
Ces incriminations n'ont pas de fin ^ ! >
Est-ce à dire, ô maison de Jacob, Que l'Éternel est irascible?
' Le châtiment sera en rapport avec le crime. A leur tour, les oppresseurs et ravisseurs perdront leurs biens. Cette punition est représentée comme un joug sous lequel ils auront à se courber. Pour rendre l'antithèse plus expressive^ Jéhova est dit méditer m màUeur (litt. : un mal], comme ils en méditaient aussi ; il va sans dire qu'il s'agit d'an mal d'un autre genre^ et dans un autre but.
^ Pftr une tournure très-poétique, la nature du châtiment est indiquée, non par la bouche de l'orateur ou par un oracle divin, mais dans des paroles à la fois lamentables et ironiques, tenant et de la complainte et de la satire, qui sont mises dans la bouche niême des coupables. Il y a une contradiction apparente entre ces deux phrases : Ou chantera de vous, et : nout périssons, etc. Mais elle disparaît quand on considère que ce qui est complainte dans la bouche de ceux qui souffrent, devient chanson, c'est-àdire satire, dans la bouche de ceux qui approuvent ce châtiment. Ceux-ci n'ont donc qu'à lépéter la complainte sur un autre ton, ironiquement, pour manifester hautement cette approbation.
^ Ces lignes, très-transparentes quant à la signification des mots, très-obscures quant à la liaison logique, sont prises ordinairement comme la fin de la tirade précédente : Le territoire passera aux mains de l'étranger et il n'y aura plus de répartition nouvelle pour Israël, conune au temps de Josué. Mais le discours s'adresse, non pas à Israël, mais à on individu israélite, auquel il ne doit pas ôtre donné de part avec les autres. Cela nous coudait à penser que ce sont des paroles censées (ou réellement] adressées à Michée par ceux qu'il venait de menacer. «Tu nous prédis la perte de notre pays? Eh bien, c'est ^i qni seras dépouillé, pour te punir de ton insolence I ■ La suite semble justifier cette interprétation.
^ Ici ce sont évidemment des paroles des Juifs qui ne veulent pas entendre les prophètes et qui s'impatientent au sujet de leurs discours sévères.
Est-ce là sa manière d'agir?
Mes paroles ne sont-elles pas bonnes Avec celui qui marche droitement^?
Mais c'est contre mon peuple' qu'on s'élève en ennemi: Avec le manteau vous prenez la robe A ceux qui passent tranquillement, Comme si c'étaient des prisonniers de guerre^. Les femmes de mon peuple, vous les chassez De leur lieu de délassement ; A leurs enfants vous enlevez mon honneur à jamais! Levez-vous 1 Allez -vous-en !
Ce n'est pas ici un lieu de repos, A cause de la souillure qui vous rend profanes. De l'odieuse profanation •* I S'il venait un homme.
Débitant faussement de vains mensonges : «Je vous prêcherai de vin et de cervoise!» Voilà le prêcheur de ce peuple-là** I
Je veux te recueillir, ô Jacob, tout entier ;
Je veux, je veux rassembler le reste d'Israël *' ;
*' Si Dieu menace, c'est qu'il a ses raisons. Il sait fort bien parler sur un autre ton à qui le mérite. En aucun cas, s'il parle avec sévérité, il ne le fait par caprice, dans un accès d 'humeur ou de passion.
^ Mon peuple, ce n*est pas Israël en général, d'après le contexte, mais cette partie de la nation qui est restée fidèle à Jéhova, qui est opprimée par les grands et tous ceai auxquels s'adressent les menaces du prophète. Les ennemis ne sont pas les étrangers, mais ceux-là mômes qu'il a apostrophés dès le début de ce discours. Des hommes paisibles se voient enlever leurs habits, probablement à titre d'exécution pour dettes. Vous faites des saisies mobilières et immobilières, chassant les femmes de leurs maisons, ôtant aux enfants leurs moyens d'existence et les vendant à l'étranger, où ils ne m'appartiennent plus et perdent leur dignité nationale.
9 Litt. (d'après un changement de voyelles): Les emmenant (à l'occasion] de la guerre. Le sens de cette phrase est fort douteux. Car le verbe passer ne s'applique pas non plus facilement à la description d'une saisie. Serait-il question de violences exercées sur la route publique, de brigandage ?
10 Ces dernières lignes reproduisent les menaces du prophète, qui avertit ses compatriotes que leur mesure est pleine et qu'ils ont à se préparer à l'expatriation.
1 1 Mais le vrai prophète, qui leur parle de repentir et de jugement, ils ne veolenl pas l'entendre.
1^ Comme ce morceau ne parait pas du tout se rattacher au reste, la perspective du bonheur n'étant pas motivée dans ce qui précède, beaucoup de commentateurs mettent ces paroles dans la bouche des faux prophètes, lesquels auraient prédit mensoDgàremeot
Je les mettrai ensemble comme les brebis dans le bercail^ Comme le troupeau au milieu de son enclos :
Une foule grande et bruyante I
Devant eux marche le bélier, Ils enfoncent la porte, ils passent et sortent ;
Leur roi passe devant eux
Et rÉternel est à leur tête".
Et je dis ' :
Écoutez, chefs de Jacob I Et vous, magistrats de la maison d'Israël ! N'est-ce pas à vous de connaître le droit ? Ils haïssent le bien et aiment le mal ; Us leur arrachent la peau du corps Et la chair de dessus les os * I
des triomphes imaginaires. Ils supposent que le 3* chapitre amène la vraie pensée de Michée, en opposition avec ces rôveries. Mais il est impossible que celui-ci qualifie de mensonge ce que lui et tous les prophètes prédisent eux-mômes. Il est déplus évident que la promesse de rassembler le reste d'Israël suppose TaccompUssement d'une menace de dispersion y laquelle n'a pu être formulée par les faux prophètes. Nous mettons donc ce morceau dans la bouche de Michée (de Jéhova). Est-ce im fragment? Y a-t-il une lacune dans le texte? ou du moins dans la série naturelle des idées? Mais nous voyons ailleurs des transitions tout aussi brusques (par ex. Hos. 11^ 1) et qui pourraient faire soulever les mêmes questions. Le sentiment de la justice rémunératrice qui demandait un chfttiment éclatant du mal, et l'espérance patriotique qui croyait aux hautes destinées dlsraél, se balançaient dans l'âme des prophètes et produisaient incessamment ces apparentes contradictions.
13 Limage du troupeau est à ramener, non à l'idée d'une conquête, mais à celle d'un rassemblement d'hommes réunis en un certain endroit, d'où ils se mettent en route pour leur destination commune. Les brebis, sous la conduite du bélier, se précipitent avec impatience hors du bercail pour aller au pâturage: Israël, aujourd'hui chassé par les Assyriens, reviendra dans sa patrie sous la conduite de son roi.
1 Comme évidenmient ce qui va suivre ne se place pas, dans la perspective du prophète, à la suite de ce qui précède, ce mot : Bt je dis : ne peut être que la marque d'un tout nouveau discours. Le sujet de celui-ci est d'ailleurs analogue à celui du second chapitre. Il s'agit encore des iniquités commises quelquefois au nom de la loi contre les faibles.
^ Expression figurée et hyperbolique, employée aujourd'hui encore pour décrire des exactions, des réquisitions exagérées, le pillage légal. On peut, du reste, songer ici non pas senlement à des impôts trop lourds, mais surtout à des injustices privées, h. des procès malhonnêtes et ruineux pour les pauvres, à l'usure, etc.
Ils dévorent la chair de mon peuple^ Ils lui ôtent la peau du corps, Ils lui brisent les os, Ils le dépècent comme pour la marmite, Comme on fait de la viande dans la chaudière'. Puis ils invoquent TÉternel — Mais il ne les exaucera pas:
Il voilera sa face devant eux en ce jour. Parce que leurs actes ont été méchants*.
Ainsi dit TÉternel à Tégard des prophètes
Qui égarent mon peuple.
Qui annoncent la paix Quand leurs dents ont de quoi broyer,
Et qui déclarent la guerre  qui ne leur remplit pas la bouche ^ :  vous donc la nuit, au lieu de vision !  vous les ténèbres, au lieu de divination! Le soleil va se coucher pour ces prophètes,
Le jour s'obscurcira sur eux^!
Et les voyants seront confus, Et les devins rougiront;
3 La métaphore de tout à l'heure est continuée et devient une espèce d'allégorie. Le peuple est traité comme un animal qu'on apprête pour le repas.
^ La strophe se termine par l'antithèse de cette conduite et de la rémunération ({ui l'attend. Sn ce jour (chap. II, 3), quand le châtiment éclatera sur çux, ils oseront inTOquer le secours de Jéhova ; mais il les punira sans pitié.
& Les faux prophètes, dans la classe desquels sont naturellement compris les devins vulgaires» les diseurs de bonne aventure et tous les charlatans qui exploitent la crédulité du peuple, sont ici menacés d'une manière particulière. Au lieu d'avertir ceux qui les consultenti des châtiments qui attendent les prévaricateurs, ils disent à chacun ce qai peut lui plaire, pourvu qu'on les paye. La paûo et la guerre, peuvent être prises à U lettre, en tant que Michée aussi annonce des événements politiques, mais ces mots symbolisent aussi généralement le bonheur ou le malheur individuel qu'ils prédisent à cbacuQ selon le salaire qu'ils obtiennent.
G C'est un défi que Michée leur jette à la tête. Quand le moment fatal arrivera, an sujet duquel ils se font illusion à eux-mêmes et aux autres, ils ne sauront plus q^^ dire ,* leur savoir prophétique , qui devrait être une espèce de clairvoyance, sera à boot de moyens; ils se trouveront comme dans une nuit profonde, qui sera à U fois celle de riguorance et celle de la détresse.
Tous ils se voileot la barbe ^, Car il n'y a plus de Dieu qui réponde. Mais moi, je suis rempli de force, De Tesprit de rÊternel, De justice et de courage, Pour parler à Jacob de son péché, Et à Israël de son iniquité^.
Écoutez ccci^ chefs de la maison de Jacob !
Et vous, magistrats de la maison d'Israël ^ !
Vous qui avez la justice en horreur.
Et qui pervertissez tout ce qui est droit !
Ils bâtissent Sion avec du sang*^, Jérusalem avec le crime !
Ses chefs rendent la justice pour des présents, Ses prêtres enseignent pour un salaire ^', Ses prophètes prédisent pour de Targent, Et c'est sur rSternel qu'ils s'appuient en disant'^:
L'Éternel est au milieu de nous.
Aucun malheur ne viendra nous frapper 1 C'est pour cela qu'à cause de vous Sion sera labouré comme un champ, Jésusalem deviendra un monceau de ruines. Et la montagne du temple une hauteur boisée I
"* E^ffession ploB énergique pour dire le visage. Ils n'oseront plus se montrer en publie. Ils n'oseront plus prophétiser, après le terrible démenti qui leur aura été donné ptr les événements. Aujourd'hui, quand on les consulte, ils ont toujours une réponse prdie, il 7 a toujours un (prétendu] Dieu, au nom duquel ils parlent ; ce Dieu (sans article, Déporte lequel) leur fera défaut. Il n'est pas précisément question d'un faux dieu étranger, mais bien d'un mensonge prononcé au nom de Dieu.
^Le vrai prophète ne flatte pas son public; il dit la vérité, parce qu'il est animé da sentiment du bien et du droit, et qu'il a l'énergie morale nécessaire pour en rendre témoignage.
^ Cette troisième strophe a beaucoup d'analogie avec la première, tant pour les idées qne pour la forme rhétorique.
10 Encore une figure hyperbolique, analogue pour le sens à ceUes des versets 2 et 8. Les riches et les puissants construisent leurs palais avec l'argent extorqué aux faibles. ^\t»iûignênt pour s'enrichir; et ce sang leur sert pour ainsi dire de ciment. A vrai dire, par un tel moyen on ne fait que préparer la ruine de la ville (v. 12).
11 On voit que déjà du temps de Michée il existait un enseignement public régulîeri confié aux prêtres. Nous n'en connaissons point les formes^ mais nous voyons qu'il était déjà devenu un moyen de se créer un revenu, tandis qu'il aurait dû être gratuit.
12 Malgré ces abus on ose compter sur la protection permanente de Dieu et on se livre à une funeste et coupable sécurité.
Mais il arrivera sur la fin des jours". Que la montagne de la maison de rÊternel Se dressera à la tète des montagnes, Et s'elëvera au-dessus des collines.
Et les peuples y afflueront, Et des nations nombreuses viendront et diront: «Allons monter à la montagne de lahev^eh,
 la maison du Dieu de Jacob, F^our qu'il nous instruise dans ses voies, Et que nous marchions dans ses sentiers!» Car c'est de Sion que viendra l'enseignement, Et la parole de l'Éternel de Jérusalem. Et il sera l'arbitre de peuples nombreux, Et a des nations puissantes il dictera ses arrêts au loin, Et de leurs épées ils forgeront des socs de charrue.
Et de leurs lances des serpettes:
Une nation ne lèvera plus l'épée contre l'autre. Et elles ne sauront plus rien de la guerre.
Chacun demeurera sous sa vigne Et sous son figuier, sans être troublé : C'est la bouche do laheweh Çebaôt qui l'a dit".
Quand tous les peuples marchent Chacun au nom de son Dieu, Nous, nous marcherons au nom de l'Éternel, De notre Dieu, à tout jamais*'.
18 Voyez pour ce morceau, y. 1-4, le commentaire sur Ésaïe, chap. II, où nous avons cherché à établir que c'est un fragment d'un prophète plus ancien dont Bsaîe et Michée ont pris le texte, chacun à sa manière, pour j rattacher leurs propres prédictions. Le texte de Michée est plus complet, plus arrondi, et probablement plus religieusement conservé selon la teneur de l'original, que celui d'Éaaïe. — La tnnsition de la strophe précédente à celle-ci, n'est pas plus brusque, tant s'en faut, que celle entre les 11* et 12' verset du chap. II, et à cet égard, rien ne noua empêcherait de reconnaître Michée pour l'auteur de ces lignes ; mais au verset 5 suiv., non-sealement la liaison n'est pas étroite, il y a même une espèce de contradiction.
l'^ Ces trois dernières lignes, qui forment la conclusion presque indispensable da morceau, manquent dans le texte d'Ésaïe.
15 II est de toute évidence que ces lignes ne se rattachent pas à ce qui précède. Tout à l'heure le prophète entrevoyait le moment où toutes les nations adoreraient le Dieu d'Israël, ici il suppose le contraire. Il revient donc à l'actualité, et son but est de travailler à l'affermissement de la foi au vrai Dieu, chez son propre peupla, afin de rendre possible l'avènement des temps heureux décrits d'avance par un prophète plus ancien. Nom marcherons, forme antithèse avec la fin du chapitre précédent. C'est u portion saine du peuple Israélite.
MICBÉE IV, 6-9. 335
En ce jour-là, dit rÉternel, Je ramènerai tout ce qui se traîne, Je rassemblerai tout ce qui est dispersé, Tous ceux auxquels j'ai fait du mal *^. Ce qui se traîne, je le conserverai*' Ce qui est éloigné, j'en ferai une nation puissante.
C'est rÈternel qui régnera sur eux, Sur la montagne de Sion d'ores à jamais I Et toi, tour du troupeau*^.
Colline de la fille de Sion, C'est à toi que vient, que revient,
La domination d'autrefois, La royauté, à la fille de Jérusalem *^.
A présent ^^, pourquoi pousses-tu des cris! N'y a-t-il pas de roi près de toi?
Ton tuteur a-t-il péri.
Pour que l'angoisse t'ait saisie
Comme une femme en travail'*?
^^ Sn ce jour, dans ce temps à venirj décrit tout à l'heure comme celui de la fraternité des peuples et de la paix universelle. Encore une fois, le tableau tracé ici fait voir que celui qui précède n'appartient pas primitivement au discours de Michée. Car U, les étrangers affluent au temple de Jérusalem, ici il n*est encore question que de ramener les exilés, de restaurer la nation, par conséquent de relever aussi les ruines do temple. — Ce qui se traîne, litt.: ce qui est boiteux. L'image est empruntée au troupeau de brebis.
^'^ Litt.: j*en ferai un reste. Le mot reste est un terme usité chez les prophètes pour désigner la souche d'une nation régénérée.
^^ Israël vient d'être comparé à un troupeau dispersé (allusion à une catastrophe politique imminente). La restauration est également dépeinte par cetle mâme allégorie. Le troupeau rassemblé par Dieu est ramené à son enclos sûr, la montagne et forteresse de Sion, où une tour, qui domine et lu citadelle et toute la contrée, est pour ainsi dire la résidence d'une puissance tutélaire, le gage de la sécurité. (On avait des tours, c'est-à-dire de légères constructions en échafaudage, dans la steppe même, pour surveiller le troupeau.)
1* La réintégration d'Israël dans sa patrie ramènera aussi l'ancienne splendeur de la rovanté des Isaldes.
^^ Le regard du prophète se retourne vers l'actualité. Aujourd'hui ce n'est pas le tableau d un avenir brillant qui se déroule devant les yeux de la population, mais celui d'un danger imminent. Les Assyriens qui viennent de détruire Samarie, menacent aussi Jérusalem. Cela pourrait bien être la réalisation des sinistres prédictions du chap. III.
^^ La population de Jérusalem est aujourd'hui dans l'angoisse à propos des événements qoi se préparent. Elle ne peut pas s'en remettre avec confiance à ce Dieu qu'elle a méconnu, et ses chefs, son roi, ne savent pas eux-mêmes comment conjurer l'orage.
Oui, tremble et enfante**, Fille de Sion, comme une femme en travail: Car à présent tu vas quitter ta ville, Et camper dans les champs.
Et arriver jusqu'à Babel — *• Là enfin tu seras sauvée, Là rÉtemel te rachètera de la main de tes ennemis 1 Â présent des peuples nombreux se rassemblent contre toi: Que Sîon soit violée I disent-ils, Que nos yeux se réjoubsent à la voir !
Mais ils ne connaissent pas les pensées de rËternei,
Us ne comprennent point son dessein :
C'est qu'il les amasse comme les gerbes sur Taire '^. Lève-toi I Foule-les aux pieds, fille de Sion, Je te donnerai des cornes de fer.
Je te donnerai des ongles d'airain.
Et tu écraseras tous ces peuples.
Et tu consacreras leurs dépouilles à TÊternel, Et leurs richesses au Maître de Tunivers'*.
2^ La comparaison peut porter uniquement sur la douleur et l'anxiété. S'il faut supposer un régime direct au dernier yerbe^ ce serait précisément la catastrophe.
2' Babel, à cette époque, faisait partie de l'empire assyrien et était beaucoup plos rapprochée de Jérusalem que Ninive. Elle se présente donc d'abord à l'esprit comme le lieu de la déportation. Peut-être antérieurement déjà des Israélites avaient-ils été déportés en Mésopotamie.
^ Sans doute, les conquérants étrangers sont, entre les mains de Jéhova, les instruments de sa colère contre Israël ; mais ce n'est pas à leur gloire et profit que doivent tourner ces épreuves destinées à purifier, i corriger le peuple élu. Ce rassemblement de nations sujettes de l'Assyrien, réunies pour se ruer sur Jérusalem, aboutin à leur propre perte. Jéhova leur permet de se joindre les unes aux autres, pour mieux les frapper du même coup. — L'allégorie qui suit compare ces étrangers i des gerbes étendues sur l'aire, sur lesquelles vont piétiner les Israélites, comme font les bœufs qai servent à égrener les épis. Les cornes, symbole de la force, sont un hors-d 'couvre dins l'image principale.
'^ Il y a ici une petite difficulté qui résulte de la nature même de l'éloquence prophétique. Tout à l'heure il était dit qu'Israël serait déporté à Babel, et qu'alors seulement Dieu le sauverait, en le ramenant au bercail de Sion, comme un troupeau dispersé et maltraité. Ici, au contraire, le prophète a en vue une victoire éclatante i remporter sur les Assyriens à Jérusalem même, avant la prise de la ville, JéboTa n'ayant permis aux étrangers de s'y réunir que pour mieux les frapper. Il faut avouer que cette double perspective appartient k deux points de vue différents. Dans le premier cas, il est question de la nécessité d'une épuration préalablei pour laquelle il
A présent, attroupe-toi, troupe de brigands I Qu'ils viennent nous assiéger I Qu'ils frappent de la verge La joue du roi dlsraëP^I
Et toi, Bêt-Léhem Efratah, La plus petite des bourgades de Juda, C'est de toi que me viendra Celui qui doit être le régent d'Israël, Et dont l'antique origine remonte aux vieux jours ^^.
Mais il les livrera Jusqu'au jour où la mère l'aura enfanté '*,
Et ce qui restera de ses frères*' Viendra rejoindre les enfants d'Israël.
d't a pas de place dans le second. On pourrait penser qu'il s'agit ici tout de même encore du peuple purifié de l'avenir, et que le prophète passe rapidement sur tout ce qui sépare cet avenir du présent ; mais jamais les prophètes ne parlent de victoires à remporter en pays étranger, et les versets 12 et 14 nous arrêtent à Jérusalem assiégée (comp. ÉsaîeX].
^^ Le sens de ces dernières lignes n'est rien moins que certain. Notre traduction exprime une espèce de provocation, de défi jeté aux Assyriens, par le prophète sûr de I Issue, telle qu'elle est prédite dans les vers précédents. Ordinairement on prend cette phrase comme une simple narration : Pour le moment, cette issue glorieuse n'est encore qu'une e^érance ; le siège va se faire, on va frapper (pour ainsi dire) le roi de Jérusalem, l'outrager en pleine paix.
^''* Après avoir prédit la glorieuse restauration du peuple, le prophète parle aussi de son foUir roi, qui ramènera la splendeur de l'empire de David, son aïeul. Car c'est pour cela qu'il nomme Bêt-Léhem, le lieu natal du grand fondateur de la monarchie israélite. Le village portait la surnom d'Efratah, qui le distinguait d'un autre endroit (le ce nom en Galilée, parce qu'une partie des hahitants étaient Ëphralmites (Ruth I, 2). La traduction ordinaire, qui fait dire au prophète : trop petite pour compter parmi — est contraire au texte et au bon sens. Il pourrait d'ailleurs y avoir une légère faute de copiste dans l'omission d'un article devant l'adjectif.
^^ Cette partie du discours revient au point de vue qui établit un intervalle plus ou Doins loDg entre le moment présent (et les malheurs qu'il va amener] et la restauration messianique. Nous revenons ainsi à ce qui a été dit plus haut de l'exil. On remarquera cette affectation d'un langage mystérieux : Il les livrera, en laissant deviner le sujet et le régime. Il va sans dire qu'il s'agit de Jéhova et d'Israël. La délivrance arrivera quand ^ jour le roi restaurateur viendra à naître. Autrement on pourrait s'arrêter au point de vue d'une défaite immédiate des Assyriens (chap. IV, 12 ss.J, en rapportant la p^irasa : Il les livrera aux seuls Ëphraimites, qui viennent d'êtro écrasés par ces mêmes conquérants.
^^ Ici il s'agit positivement des Ëphraïmites, qui dès lors s'uniront à leurs frères de Juda pour former un grand peuple sous le sceptre du nouveau David.
A. T. 2« part. — I. 22
Et il se mettra à leur tète, Et sera leur berger, fort par TÉternel, Dans la gloire da nom du Seigneur, son Dieu,
Et eux demeureront tranquilles'®, Car dès-lors il sera grand jusqu'aux bouts de la terre.
Et ce sera la paix " I Quand TAssyrien viendrait dans notre pays.
Et qu'il foulât nos palais, Nous lui opposerions sept bergers.
Huit ebefs consacrés avec l'huile".
Ils iraient paître avec l'épée chez l'Assyrien, Aux portes de la terre de Nimerod^^ Voilà comme il nous délivrerait de l'Assyrien Quand il viendrait dans notre pays
Et qu'il foulât nos frontières !
Et le reste de Jacob Sera au milieu des peuples nombreux Comme la rosée qui vient de l'Éternel, Comme les gouttes de pluie sur l'herbe,
Qui n'attendent pas l'homme.
Qui ne se règlent pas d'après les mortels'*.
80 Ils formeront autour de lui comme un troupeau de brebis coucbées en toute sécurité dans la campagne.
31 On peut aussi traduire: il sera la paix, c'est-à-dire qu'il en sera l'auteur elle garant ; ou bien : il y aura paix ; une période de paix et de bonheur, T&ge d'or d'Israël.
3^ Cela veut dire : nous serions à même de lui opposer une force sept ou boit fois plus grande. L'Assyrien (au singulier, pour le roi) est censé être un seul. Les nombres ne sont là que pour exprimer une proportion ; il n'est pas question d'une pluralité de rois qui auraient reçu l'onction. On doit penser à des générau;c, à des chefs militaires en grand nombre, préparés au combat par une cérémonie religieuse, et ayant cbacofl avec lui un corps d'armée pareil à celui des étrangers.
33 L'invasion teutée porterait malheur aux assaillants. Avec des forces supérieares, on les repousserait et l'on irait porter la guerre et la dévastation dans leur propre pays. Paître avec l'épée, s'explique quand on se rappelle que le troupeau d'Israël > sept bergers pour le protéger au besoin. L'allégorie est conservée en partie. Le héros fabuleux ou mythologique Nimerod représente ici le pays qui est dit avoir été le théâtre de ses exploits.
34 La comparaison avec la rosée et la pluie est employée fréquemment pour peindre le bonheur ; d'après cela, on a cru voir ici la prédiction d'une couTersion des païens. Ce qui va suivre fait voir qu'une telle pensée est étrangère à l'auteur. Il explique lui-même son image, en disant que la pluie n'attend pas l'homme (ses ordres, soo heure), elle vient soudain, irrésistiblement, et en même temps copieusement. C'est ainsi qu'Israël se jettera sur toutes les nations ennemies et les terrassera à l'improviste et sans résistance.
Et le reste de Jacob sera parmi les nations,
Au milieu des peuples nombreux.
Comme le lion parmi les bètes de la foret, Comme le jeune lion dans un troupeau de brebis :
Quand il y pénètre, Il terrasse, il déchire, et personne ne sauve I Que ta main s'élève contre tes adversaires, Et que tous tes ennemis soient exterminés !
En ce jour-là, dit TÉternel,
J'exterminerai chez toi les chevaux.
Et je détruirai tes chars.
J'ôterai de ton pays les villes.
Je démolirai toutes tes citadelles".
J'arracherai de tes mains les sorcelleries '•,
Et tu n'auras plus de magiciens.
J'exterminerai tes images taillées.
Et les statues dans tout ton territoire. Pour que tu ne te prosternes plus devant Tœuvre de tes mains.
Je renverserai tes Astartés^',
Et j'anéantirai tes idoles ^* I Et dans ma colère et dans ma fureur Je me vengerai des nations qui n'obéissent point ^' 1
^^ Puisqu'il y aara paix éternelle et que les nations ennemies seront réduites à l'impuissance (chap. V, 4 ss.) ou converties elles-mômes (cbap. IV, 1 ss.]^ Israël n'a plas besoin de son attirail guerrier, chars, chevaux, citadelles, villes fermées. Tout cela n'est qu'un aliment de l'esprit profane, de l'orgueil mondain (comp. Deut. XVII, 16. Zach. IX, 10, etc.).
'^ L'art des sorciers consistait souvent dans certaines manipulations, ou s'opérait du moins an moyen d'objets ou d'instruments matériels. C'est ainsi que se justifie l'expression : de tes mains.
^'* Voyez la note sur Juges III, 7.
^^Interprétation conjecturale d'après le parallélisme, et fondée sur la sappositioii d'une faute dans le texte. Celui-ci dit : tes villes, ce qui ne serait qu'une froide répétition, très-déplacée ici.
^^ En terminant, Jéhova parle encore une fois des nations qui ne le reconnaissent pas pour leur Dieu. Elles sont vouées à l'extermination.
Écoutez ce que dit l'Éternel :
Lëve-toi I Plaide devant ces montagnes^ Et- que les coteaux entendent ta voix * I Écoutez, montagnes, le plaidoyer de TÉternel, Vous, immobiles fondements de la terre ! Car rÉternel a un procès avec son peuple, Avec Israël il veut débattre sa cause.
Mon peuple, que t'ai-je fait ?
Et en quoi t'ai-je causé de la peine ?
Rends témoignage contre moi^I Mais je t'ai fait sortir du pays d'Egypte, De la maison de servitude je t'ai racheté,
J'ai envoyé, pour te guider.
Moïse, Aharon et Miryam'.
Mon peuple, rappelle-toi Ce qu'avait projeté Balaq, le roi de Moab, Et ce que lui répondit Bile'am, le fils de Be'ôr.
Depuis S'ittim jusqu'à G'ilgal, Afin de reconnaître les bienfaits de TÉtemel ^ 1
1 Jéhova invite le prophète à exposer ses griefs contre Israël, publiquement et à haute Yoix. La nature eUe-même doit être témoin de la plainte pour se convaincre qu'elle est fondée^ et pour reconnaître la Justice du jugement à intervenir. — Ce morceau forme une espèce de dialogue, dans lequel parlent tour à tour Dieu, le prophète et le peuple.
2 On traduit aussi : Réponds-moi ! mais cela affaiblit le sens du texte. Le mot hébreu est un terme de Jurisprudence qui correspond à notre mot : déposer, attester.
8 Le • plaidoyer t de Jéhova se borne à rappeler ses anciens bienfaits. Le prophète aurait dû et pu mettre en regard les péchés d'Israël. S'il ne le fait pas, c'est qu'après ses autres discours, et en présence des faits patents, cela n'était pas nécessaire. — Miryam était célébrée dans la tradition comme prophétesse et se place ainsi naturellement à côté de ses deux frères.
4 La récapitulation de l'ancienne histoire se borne aux faits qui forment (d'après U rédaction définitive du PentateuqueJ le sujet de la fin du livre des Nombres. Là, il est question pour la dernière fois de Miryam, XX, 1, d'Àharon, XX, 29, puis da prophète Bile'am, payé pour maudire Israël, et qui le bénit (XXII-XXIV) ; du campement à S'ittîm, XXV, 1 . Enfin G'ilgal fut le premier quartier>général de Josué en-deçà du Jourdain. La ligne des points que nous avons mis dans le texte, indiqae la supposition d'une lacune. L'insertion purement mentale de cette phrase : Rappelletoi tout ce que J'ai fait.... nous parait un peu dure. Toujours est-il que le texte devra se compléter par quelque chose d'analogue.
Avec quoi donc me présenterai- je devant rÉternel,
M'bumilierai-je devant le Dieu du ciel ^ ?
Me présenterai-je devant lui avec des holocaustes?
Avec des veaux âgés d'un an?
Agréera-t-il des milliers de béliers?
Des myriades de torrents d'huile*?
Donnerai-je mon premier-né pour mon crime, Le fruit de mes entrailles, pour expier mon péché ^ ? 0 mortel I On fa dit ce qui est bien.
Ce que TÉternel réclame de toi :
D'aimer la charité.
De marcher humblement avec ton Dieu.
La voix de rÉtemel s'adresse à la ville, Et c'est le salut que de craindre ton nom ' 1
Entendez-vous la verge.
Et celui qui l'a mandée'?
Il y aura donc toujours chez le méchant Des trésors amassés par le crime, Et une maudite mesure pour frustrer?
^ Le peuple adresse cette question au prophète : Que faire pour regagner sa faveur?
^ I«e prophète exagère à dessein les quantités pour faire mieux ressortir cette idée, ^a« Dieu ne veut pas de satisfaction purement matérielle.
"^ On voit par là que l'idée des sacrifices humains n'était pas en dehors de l'horizon religieux de cette époque^ bien qu'on ne puisse pas en conclure qu'ils étaient en usage.
^ Nous détachons ce morceau de ce qui précède. 11 ne contient que des reproches et ^ menaces et ne nous paraît pas avoir fait suite à l 'autre, qui est parfaitement achevé par loi-même.
^ Ces dernières paroles sont ajoutées par le prophète comme une espèce d'avertissement: Une suffit pas d'entendre^ U faut aussi en profiter, c'est de cela que dépend le salât.
^ Le texte ne s'exprime pas interrogativement ; il met l'impératif. Mais dans la traduction, l'autre tournure sonne mieux. Il faudrait dire à la lettre : Écoutez la verge ! Or, par la verge, Michée entend le châtiment dont il est chargé de menacer Israël. C« châtiment sera exécuté par une puissance ennemie, appelée par Jéhova dans le pays de Canaan.
342 MICHÉK VI, 11-16.
Serais-je innocent avec une balance trompeuse,
Ou une bourse à faux poids ^ ?
Ses riches^ sont pleins de scélératesse, Ses habitants ne font que mentir, La langue dans leur bouche n'est que fraude.
Moi aussi, je rendrai mortels les coups à te donner, En te dévastant à cause de tes péchés. Tu mangeras sans pouvoir te rassasier,
La famine régnera chez toi ; Tu emporteras sans pouvoir sauver ; Ce que tu auras sauvé, je le livrerai a Tépée*. Tu auras semé et tu ne récolteras point, Tu auras pressé Tolive et tu ne t'oindras pas d'huile, Le moût^ et tu ne boiras pas de vin^. Et Ton prend garde aux ordres de 'Omrî*, Et à toutes les pratiques de la maison d'Âhab ; Et vous marchez d'après leurs conseils, Pour que je fasse de toi une solitude, Et de tes habitants un objet de raillerie. Et que vous portiez l'opprobre de mon peuple'!
^ NoaTelles plaintes contre les fraudes dans les transactions Joamalières. On s'enrichit par des manœuvres criminelles (cbap. II), on se sert de fausses balances, de faux poids (qui consistaient en pierres qu on portait dans une bourse avec soi}, de mesures trop petites (litt.: éfah de maigreur). Dans la dernière pbrase, à moins qae le texte ne soit altéré, le prophète parle à la première personne^ mais on comprend que c'est à titre d'exemple.
^ Litt.: Elle dont les ricbes — ce qui se rattache à la mlU^ v. 9.
0 Description d'un siège, amené par une invasion étrangère. La disette se mettent dans la ville, on no pourra plus manger à sa faim. On se réfugiera derrière les mar$ en emportant ce qu'on a do plus précieux, mais finalement la ville étant prise, tout sera perdu.
'7 Tout tombera aux mains de Tennemi (Amos V, li}.
8 Et non pas à ceux de Jéhova. <Omri| le père d'Ahab, et fondateur de la dynasUe qui avait le plus fait pour introduire des cultes païens en Israël.
9 Vous agissez ainsi pour être punis; la conséquence inévitable est représentée comme le but de l'action. C'est comme si vous provoquiez le châtiment à dessein. Tout l'opprobre qui doit avilir le peuple entier, retombera sur chaque citoyen en particulierj et notamment sur ceux de Jérusalem.
Malheur à moi!
Je me trouve comme après la récolte des fruits, Comme quand on grappille après la vendange :
Plus de raisin à manger, Plus de figue, que désire mon âme* !
La charité * a disparu de la terre ; Plus d'honnête homme parmi les mortels I Tous, ils guettent le sang à verser^ Chacun tend des pièges à son frère'.
Pour le mal, il y a des mains pour le bien faire * Le chef demande, le juge y met son prix, Le grand dit ce qu'il convoite.
Et ils ourdissent cela ensemble \ Le meilleur d'entre eux est comme la ronce. Le plus honnête est pire qu'une haie d'épines^. Mais le jour du compte à rendre,
' On voit facilement par ce qui suit à quoi tend cette image. En Israël, on ne trouve pas plus d'honnêtes gens, qu'on ne trouve de raisins après la vendange, ou de figues après la dernière récolte. Le terme hébreu est d'autant plus expressif qu'il signifie proprement la figue du premier crû.
'Litt.: Le charitable.
' Il peut dtre question ici de violences matérielles, d'assassinats et de brigandages. Les lignes suivantes permettent cependant de songer de préférence, comme dans les nombreux passages parallèles, à des injustices légales, c'est-à-dire à une mauvaise administration de la justice, par suite de laquelle les confiscations, et même les meurtres judiciaires, n'étaient pas rares.
* On remarquera cette combinaison spirituelle : on ne fait bien que le mal -, le bien ne se fait pas du tout.
^ Ce passage est à la fois incisif et pittoresque ; il doit exposer entre quelles mains se trouve l'administration de la justice et comment les petits en sont les victimes. Le chef (prince^ homme en fonction) et le grand (le riche} demandent, désirent, convoitent, le bien d'autrui. Le juge n'a pas de scrupule, pourvu qu'il en ait sa part. Il y met son prix, Uttéralement : le juge, pour la rétribution. Ils ourdissent, litt.: ils tordent cela ensemble, comme on fait des fils pour fabriquer une corde; c'est une expression figurée très- heureuse pour parler d'une intrigue.
^ Lee plantes à épines, beaucoup plus nombreuses en Palestine que chez nous, et surtout fréquentes dans les terrains incultes, servent souvent aux poètes d'images pour les défauts moraux. Voyez par ex. Juges IX, 14 suiv.
344 MiGiiiE VII, 5-10.
Le jour prédit par tes gardiens, il va arriver ' ;
Alors ils seront dans la confusion !
Ne croyez pas à un ami^,
Ne vous fiez pas à un familier I Devant celle qui est couchée dans tes bras,
Garde-toi d'ouvrir la bouche!
Le fils traite le père de sot,
La fille s'insurge contre sa mère,
La bru contre sa belle-mère; Les ennemis de l'homme, ce sont les gens de sa maison.
€ Et moi je regarderai vers TÉternel,
J'espère en Dieu mon sauveur :
Mon Dieu m'exaucera". Ne te réjouis pas de mon sort, toi mon ennemie *^ ;
Si je suis tombée, je me relèverai.
Si je suis assise dans les ténèbres,
L'Eternel sera ma lumière.
Je dois supporter le courroux de rÉternel
Parce que j'ai péché contre lui.
Jusqu'à ce qu'il prenne ma cause en main Et me fasse droit,
Qu'il me rende à la lumière,
Et que je voie sa justice.
Et mon ennemie aussi le verra.
Et la honte la couvrira Elle qui me dit : Où donc est-il, laheweh, ton Dieu?
Mes yeux la contempleront.
"^ Le compte à rendre, litt.: la imitation, c'est le moment où le juge suprême regardera à ce que chacun aura fait. Le jour prédit par les gardiens, litt.: le jour des SfHtinulles f c'est-à-dire des prophètes (voyez Hab. II, 1).
8 Le châtiment ne pourra pas être trop sévère, car ce ne sont pas seulement les rapports sociaux en général qui sont profondément altérés par la corruption, môme les relations les plus intimes offrent le spectacle de Tintrigue, de l'infidélité et de l'inimitié.
^ Ces paroles, comme le prouvent les lignes suivantes, sont mises dans la bouche du peuple, bien entendu dans ce sens, que le prophète décrit, sans autre transition, la perspective idéale de l'époque du repentir et de la restauration. Israël, arrivé à cet état de contrition où Dieu voulait l'amener par le ch&timent, et purifié par de cruelles épreuves, exprime la certitude que Jéhova lui rendra sa grâce.
10 L'Assyrie, qui avait été l'instrument de la colère de Dieu. Le tour de cette insolente ennemie viendra aussi et Jéhova, réconcilié avec son peuple, le vengera sur elle. Si la justice de Dieu a exigé la punition du coupable, elle garantit aussi le retour du bonheur après le repentir.
Alors qu'elle sera foulée aux pieds
Comme la boue des rues I > Le jour où tes murs seront rebâtis, Ce jour-là ta frontière sera reculée" :
Ce jour-là on viendra vers toi,
Depuis l'Assyrie jusqu'à l'Egypte "
Et depuis l'Egypte jusqu'à TEuphrate, D'une mer à l'autre,
Des montagnes aux montagnes ^^ Mais le pays sera devenu un désert**, A cause de ses habitants, par suite de leurs actes. Fais paître ton peuple avec ta houlette". Le troupeau, ta propriété, qui demeure à l'écart ** ; Qu'il paisse dans le taillis au milieu du Carmel,
En Bas'an et G'ile ad comme jadis I
c Comme au jour de sa sortie d'Egypte,
Je lui ferai voir des prodiges *M »
Les peuples le verront et seront confondus Malgré toute leur puissance*^:
^^ Ici, c'est le prophète lai-môme qai reprend la parole pour confirmer les espérances qui Tiennent d'être exprimées. La restauration de Jérusalem ne ramènera pas simplement l'ancien étjst de choses, mais un état plus glorieux. La viUe sera le centre [reii^enx et politise) d'un vaste empire.
1^ Maçdr, nom poétique de Miçralm, TËgypte. En mettant jusqu'à (d'après lo partUélisme], nous nous permettons de changer une consonne du texte. (Le texte reçu parle des TiUes de l'Egypte.)
'^ Les deux mers doivent dtre la Méditerranée et celle qui baigne l'Arabie, les deux chaînes de montagnes sont celles du Nord (Liban) et du Sud (SinaîJ.
'^ Antérieurement, comme cela va sans dire. C'est là l'avenir le plus prochain, un iTertissement nécessaire au point de vue de l'actualité, pour qu'on ne se méprenne pomt sur les conditions préalables de la restauration.
^^ Id le prophète s'adresse à Dieu mÔme, pour lui demander ce que tout à l'heure ilsTÛt lui-même promis par anticipation. Jéhova est le berger d'Israël: iipage trèsfréquente.
1^ Cette dernière expression se rencontre assez souvent (Nomb. XXIII, 9. Deut. XXXIII, 28. Jérém. XV, 17; XLIX.Sl), pour exprimer l'idée que la séparaUon d'Israël d'avec le reste du monde est la cause de sa sécurité.
^"^ Réponse de Jéhova. La délivrance et la restauration d'un peuple tombé si bas, isera nécessairement l'effet du miracle.
'^ Litt.: De manière à ne plus en avoir.
. Ils mettront la main sur la bouche
Et leurs oreilles seront assourdies'^.
Ils lécheront la poussière comme le serpent,
Pareils aux reptiles de la terre;
Ils sortiront éperdus de leurs réduits, Vers rÉternel notre Dieu ils viendront en tremblant.
C'est toi qu'ils craindront!
Quel Dieu, comme toi, ôte le péché
Et pardonne la transgression au reste de son peuple?
Il ne persiste pas toujours dans sa colère
Car il aime à faire grâce.
Il aura de nouveau pitié de nous^
Il effacera nos fautes'®, 11 jetera tous nos péchés au fond de la mer. Tu feras jouir Jacob de ta fidélité,
Abraham de ta grâce'*.
Comme tu Tas juré jadis à nos pères I
19 Le silence est l'ayeu de la défaite ; la surdité est l'effet de Téclat des catastrophes terribles dont ils seront les victimes.
20 Litt.: n les maîtrisera^ les vaincra, les foulera aux pieds.
21 Jacob et Abraham sont ici des noms patronymiques pour désigner le peuple d'Israël. L'emploi du second nom dans ce sens est très-exceptionnel.
(Zachorie XII-XI V)