ANONYME (ZACH. XII-XIV
Les textes que nous allons étudier forment dans nos bibles les trois derniers chapitres (XII à XIV) du livre du prophète Zacharie. Nous répétons ici ce que nous avons déjà dit plus haut sur les trois chapitres précédents (IX à XI), auxquels nous avons dû assigner leur place entre Osée et Ésaïe : de même qu'il nous a été impossible de voir dans ceux-ci une production postérieure à l'exil, de même nous nous voyons obligé de regarder ceux qui les suivent d'après l'arrangement traditionnel, comme étant écrits par un auteur antérieur à la ruine de Jérusalem, et comme dépeignant une situation absolument différente de celle du contemporain de Zeroubbabel et d'Aggée, dont la physionomie nous est suffisamment connue par des textes aussi clairs qu'authentiques. S'il y a, dans ceux que nous allons lire, quelque chose de positif et d'incontestable, c'est que la dynastie des Isaïdes était encore en possession du trône de Jérusalem au moment où le prophète écrivait, et que cette ville elle-même était menacée d'un siège dont l'issue douteuse suggérait à l'auteur alternativement des craintes et des espérances. De nombreux prophètes se présentaient au peuple comme ses conseillers; mais la plupart d'entre eux, la presque totalité même, n'étaient point les organes de Dieu et leurs discours étaient mensongers et perfides. Il paraît même (mais ceci est déjà exprimé d'une manière beaucoup plus obscure) que les vrais prophètes de Jéhova étaient persécutés, que l'un d'eux notamment aurait été mis à mort. De l'autre côté, il n'est plus question d'Ëphraïm et de Samarie, qui occupent une si large place dans les morceaux précédents de ce recueil. On peut en conclure que l'auteur a vécu plus ou moins longtemps après la destruction du royaume des dix tribus.
Ces différentes données, toutes positives qu'elles sont, ne nous permettent de déterminer l'époque de la rédaction que d'une manière très-générale, en la remettant au septième siècle avant notre ère. Nous convenons que c'est là une délimitation beaucoup trop vague pour l'explication historique des détails auxquels il est fait allusion. La question capitale est de savoir de quel siège de Jérusalem l'auteur a pu et voulu parler. Plusieurs commentateurs s'en sont tenus à l'un ou l'autre de ceux qui ont eu lieu du temps des Qls du roi los'iyah, soit du fait des Égyptiens, soit lors des invasions successives des armées de Neboucadreççar. On arriverait ainsi aux dernières années du septième siècle, et même sur le seuil du siècle suivant. Il n'y a rien dans les textes qui
contredirait celte hypothèse et la ferait écarter péremptoirement. Cependant si nous mettons dans la balance ce qui est dit des prophètes, de la persécution des uns et de la perversité des autres, nous inclinerions plutôt vers une autre combinaison, d'après laquelle on songerait de préférence à l'époque du roi Menass'eh, fils et successeur de Hizqiyah, dont le long et malheureux règne occupe presque toute la première moitié du septième siècle. Il est vrai que nous savons fort peu des choses sur les événements de ce règne ; les données des livres historiques (2 Rois XXI. 2 Ghron. XXXni) sont fragmentaires, et en partie contradictoires. Cependant elles constatent deux faits qui paraissent jeter un certain jour sur les discours de notre auteur. Le roi favorisait l'idolâtrie ; il rencontra de la part des prophètes une opposition vigoureuse ; il sévit contre les opposants et fit couler le sang à flots dans Jérusalem. Une tradition juive, d'ailleurs fort sujette à caution, veut qu'Ésaïe souffrit le martyre à cette occasion. D'un autre côté, l'histoire parle d'une guerre contre les Assyriens, à la fin de laquelle le roi lui-même aurait été emmené captif à Babylone. Gela impUquerait le siège et la prise de Jérusalem. Voilà ce qu'on peut alléguer en faveur de cette seconde combinaison. D'autres arguments qu'on a fait valoir dans le même sens, nous paraissent trop faibles pour mériter d'être mis en ligne de compte. Reste à savoir, si ces divers événements ont été, dans le cours de tout un siècle, les seuls de leur genre, et si par conséquent le champ de la critique est limité par eux.
Après ces observations générales, nous pouvons nous contenter d'une rapide analyse du texte, en réservant au commentaire tout ce qui demanderait une discussion de détail. L'écrit de notre anonyme se compose de deux morceaux parfaitement distincts, mais mal divisés dans nos éditions : le premier s'étend jusqu'au 6* verset du chap. XIII ; le second, commençant avec le verset 7, comprend le reste.
Le premier dicours débute par la promesse formelle que Jéhova repoussera victorieusement les attaques des étrangers dirigées contre Jérusalem, et que ceux-ci y trouveront leur propre ruine, les habitants tous, jusqu'au dernier, devant se montrer comme des héros pareils à David, et les princes de la maison royale comme des dieux. Mais ce sera à la condition que Juda pleure ses péchés et porte le deuil de ceux dont il a versé le sang, que les idoles disparaissent, et que les prophètes mêmes, dont le ministère a été
352 ANONYME (ZACH. XII-XIv).
avili par le mensonge et l'impureté, soient en exécration chez le peuple, qui dans sa juste colère les forcera de se cacher, après les avoir trop facilement crus pour son propre malheur.
Le second discours présente une perspective moins brillante au début. U commence par un appel aux armes, adressé aux nations qui sont invitées à marcher contre Jérusalem. La ville sera prise et saccagée, la population outragée et décimée. Une minorité sera préservée, et c'est en faveur de ce reste de son peuple que Jéhova finira par intervenir. D'abord il lui ménagera miraculeusement un moyen d'échapper au massacre dans la ville tombée au pouvoir des ennemis ; puis il tournera ses armes contre ceux-ci ; une panique les lancera les uns contre les autres, des plaies cruelles frapperont les hommes et les bêtes. La terre de Juda sera transformée en une belle plaine bien arrosée, la capitale sera à l'abri de toute attaque ultérieure, et ce qui survivra des étrangers viendra faire le pèlerinage de la cité sainte et y adorer le dieu d'Israël.
Par cette courte analyse, on voit qu'ici comme ailleurs, c'est un cercle d'idées passablement étroit qui fait le fond du discours. C'est la foi inébranlable au triomphe définitif de la vérité et de la justice, qui, en face d'une triste actualité, se soutient par des illusions d'autant plus brillantes qu'elles sont moins justifiées par la situation. Cette uniformité du point de vue de tous les prophètes peut servir à jeter quelque lumière sur les textes les plus obscurs, mais souvent, comme dans le cas présent, c'est à condition qu'on s'en tienne aux généralités.
Déclaration de la parole de VÉlemel sur Israël.
Parole de TÉternel qui a étendu les cieux et fondé la terre, et qui a formé Tesprit de l'homme au dedans de lui * : Voyez, je fais de Jérusalem une coupe d'ivresse pour tous les peuples à l'entour (et cela regardera aussi Juda, quaud on mettra le siège devant Jérusalem), et en ce jour-là je ferai de Jérusalem une pierre à soulever : tous ceux qui la soulèveront se blesseront'. Toutes les
• Cela peut s'entendre tout simplement de ce qui est raconté Gen. Il, de sorte que le mot former ne serait qu'une expression plus poétique que celle employée dans le récit de la création. D'autres cependant j voient l'idée d'une influence permanente sur TactÎTité de Tesprit : ce qui nous paraît être en dehors des conceptions anthropologiques de l'Ancien Testament et surtout des allures du style des prophètes.
^ On voit facilement qu'il est question d'un siège de Jérusalem par des peuples étrangers, nombreux et puissants, mais qui n'aura pas de résultat, et tournera à la confusion des ennemis. Ce fait est représenté par deux images. Jérusalem est pour les assaillants : !<* une coupe d'ivresse, c'est-à-dire que leur attaque, loin de les mener à la \ictoire, aura pour eux l'efTet qu'a sur le buveur une boisson fortement enivrante : n perd sa force et ses sens, il finit par tomber à la renverse ; 2<* une grosse pierre à soulever, comme cela se fait dans les exercices de gymnastique ; cette pierre est trop lourde et retombe à terre en blessant à la main ou au pied celui qui tente de vains efforts. — Il y a cependant dans ce tableau un élément très- obscur et diversement interprété. C'est le rôle qui est attribué à Juda, c'est-à-dire au peuple dont Jérusalem était la capitale. On a pensé que l'auteur veut dire que Juda, forcé sans doute par l'envahisseur, commencera par prendre part au siège [v. 2 : la coupe d'ivresse sera aussi pour Juda), mais que, averti ou rassuré par l'intervention visible de Jéhova, qui jettera une panique parmi les étrangers, il tournera lui-même ses armes contre eux. Dans ce sens, on traduit v. 5: les habitants de Jérusalem sont trop forts pour nous, etc. Notre traduction écarte cette combinaison et assigne à Juda sa place à côté de Jérusalem; le sort de cette ville, protégée par Jéhova, sera aussi celui de la nation et du territoire ; après les mauvais jours viendra, pour tous également, la délivrance et la victoire.
A. T. 2« part. — I. 23
354 ANONYME (ZACH. XII, 3 -il).
nations de la terre s'assembleront contre elle — en ce jour-là, (parole de TËterncl I) je frapperai tons les chevaux d'épouvante et leurs cavaliers de vertige : mais sur la maison de Juda j'aurai les yeux ouverts et je frapperai de cécité tous les chevaux des peuples. Et les chefs de Juda diront en leurs cœurs : Les habitants de Jérusalem sont notre force, par laheweh Çebaôt, leur Dieu. En ce jourlà, je ferai des chefs de Juda, comme un bassin à feu' dans les bût^hes, et comme une torche allumée dans les gerbes, pour qu'ils dévorent à droite et à gauche tous les peuples à Tentour, et que Jérusalem continue à rester à sa place, à Jérusalem^. Et TÉternel sauvera tout d'abord les tentes de Juda, afin que la gloire de la maison de David et la gloire des habitants de Jérusalem ne s'élève pas au-dessus de Juda^. En ce même jour, TÉternel protégera les habitants de Jérusalem, et le plus faible® parmi eux sera pareil alors à David et la maison de David'' sera comme un dieu, comme une manifestation de rÉternel à leur tête. En ce jour-là aussi, je me mettrai à exterminer toutes les nations qui seront venues contre Jérusalem. Et je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de prière et de supplication * ; et ils regarderont à moi, qu'ils ont égorgé ; et ils le pleureront comme on pleure un fils unique ; et ce sera un deuil amer comme le deuil du premierné. En ce jour-là, le deuil sera grand à Jérusalem, comme le deuil de Hadadrimmôn dans la plaine de Heg'iddo^. Le pays entier sera
3 Un vase rempli de braise ardente.
4 Que la ville ne disparaisse pas à la suite d'une conquête, et que les habitants ne périssent ni ne soient déportés.
^ Cette phrase seuàhle encore confirmer l'interprétation des lignes précédenlesi d'après laquelle un même sort est réservé à la ville et au pays ; s'il y a eu égalité à l'égard du danger et de l'épreuve, il n'y aura pas de privilège après le triomphe. Jéhova seul aura la gloire, le peuple a besoin de son secours, nul ne sauve lautre sans lui.
e Litt. : le trébuchant.
'^ La dynastie régnante, et plus particulièrement son chef actuel.
8 II nous semble indispensable de reconnaître à ces deux mots, dérivés d'une même racine, une signification synonyme. Il s'agit évidemment du repentir de la nation, amené par cette protection visible et miraculeuse dont il vient d'être question. Le premier substantif signifie ailleurs grâce ou faveur.
^ Ce passage est positivement l'un des plus obscurs de toute la littérature prophétique. La difficulté consiste : 1** en ce que Dieu, parlant à la première personne, semble dire quïl a été égorgé par les Israélites. Il est vrai qu'il existe une variante, d'ailleurs fort peu répandue, qui substitue la troisième personne : ils regarderont à celui, etc...; mais il est facile de voir que cette variante est due à un essai de rendre le texte plus clair { 2* en ce qu'il s'agit, en tout cas, d'un crime qu'on se met à regretter, et qult
eo deuil, chaque famille à part : la famille de la. maison de David à part, et ses femmes à part; la famille de la maison de Natan à part, et ses femmes à part ; la famille de la maison .de Lévi à part, et ses femmes à part; la famille des S'ime'ites à part, et ses femmes à part; toutes les familles qui survivront, chaque famille à part et
nous est impossible de savoir à quoi il est fait allasiou ; 3° en ce que personne ne peut dire an juste ce que c'est que le deuil de Hadadrimmdn. — Nous écartons l'interprétation dile messianique qui veut voir ici une allusion au supplice de Jésus ; et cela par la simple raison que le texte fait intervenir le repentir du peuple à Toccasion d'une hrillante délivrance de Jérusalem^ après une invasion de barbares ; le crime en question a donc dû fitre commis antérieurement à cette calamité, laquelle elle-même aura été la ponition du crime. Celui-ci a donc été pour le prophète un fait historique apparteaant au passé, tandis que le siège et la délivrance sont des faits à venir. Il résulte de tout cela que la clef de l'énigme nous manquera toujours, les récits du livre des Rois ne nous indiquant aucun fait particulier qui puisse être considéré comme ayant pu moUTer un pareil oracle. La circonstance que le prophète fait dire à Dieu qu'il a été lui-même la victime d'un attentat, n'est pas de nature à nous dérouter absolument ; comme l'auteur continue en disant : ils le pleureront, on voit bien qu'il s'agit au fond d'une tierce personne, avec laquelle Dieu pouvait être en quelque sorte identifié ; en d'autres termes, d'un prophète égorgé dans l'exercice de ses fonctions. Nous avons eu des exemples frappants de cette identification (ou substitution] des prophètes et de Jébova, dans Osée I, III. Zach. XI, etc. On a môme cru pouvoir profiter, pour expliquer ce texte, d'une tradition, d'ailleurs vague et peut-être apocryphe, qui parle du martyre d'Ésaîe sous le roi Menass'eh, Quant au deuil de Hadadrimmon, on s'en tient ordinairement à la notice de Jérôme, qui prétend que c'était là le nom d'un lieu près de Meg'iddo, et l'on croit que l'auteur veut parler de la bataille dans laquelle périt le roi Josîas, si amèrement pleuré, d'après le témoignage de l'histoire [2 Cbnm. XXXV, 24). Mais le deuil de Josias s'est fait à Jérusalem et non à Hadadrimmon, et il serait assez extraordinaire qu'un prophète contemporain de Darius, fils dllystaspe (comme l'était le vrai Zacharie, auquel on attribue ce discours), ait choisi comme exemple d'un grand deuil un événement qui avait eu lieu tout un siècle aupara- Tant, tandis que plus récemment il y en avait eu d'autres dont la mémoire était même consacrée par des jeûnes publics. D'ailleurs, un roi mort sur le champ de bataille n'est pas dans la position d'un homme qui périt victime d'un assassinat juridique ou autre. Et si nous avons raison d'attribuer notre texte à un auteur antérieur à l'exil, nous serons autorisé à dire que la mention de la mort de Josias aurait été faite en termes moins ambigus. Selon toute probabilité, Hadadrimmon est le nom d'une divinité adorée par les païens du nord de la Palestine et dans la Syrie (2 Rois Y, 18, et les nombreux noms propres composés avec Hadad}, et plus particulièrement celle du soleil printanier, dont tout le monde connaît le mythe tel qu'il a été poétiquement transformé par les Grecs (Adonis). La mort du dieu (dans le sens symbolique et astronomique) était célébrée dans tout l'orient par une grande fête funèbre, qui a fourni le cadre d'une jolie pièce de Théocrite (Id. 15), et d'une belle élégie de Bion. Ce nous semble chose assez naturelle que le prophète prédit ici aux Israélites sauvés et repentants un deuil tout aussi grand que celui de la fête funèbre du paganisme à laquelle ils ont sans doute pris part dans leurs égarements polythéistes ; comme cela nous est d'ailleurs explicite* me&t attesté par Ézéchiel (VIII, 14). Comp. aussi chap. XIII, 2 de notre texte.
356 ANONYME (ZACII. XII, 1-6).
ses femmes à part**^. Ea ce jour-là il jaillira une source pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem, pour le péché et la souillure**. Et en ce jour aussi (parole de laheweh Çebaqt!), j'exterminerai du pays le nom des idoles, pour qu'il n'en soit plus parlé, et les prophètes aussi **, et l'esprit d'impureté^ je les chasserai du pays. Et lorsqu'un homme prophétisera encore, son père et sa mère lui diront, eux qui lui ont donné la vie : Tu ne dois pas vivre, car tu as dit des mensonges au nom de l'Éternel 1 et son père et sa mère, qui lui ont donné la vie, regorgeront à cause de ses prophéties. Et en ce jour les prophètes tous auront honte de leurs visions quand ils prophétiseront et ne se revêtiront plus du manteau de poil pour mentir *\ Mais chacun dira: Je ne suis point prophète; je sais un homme qui laboure la terre, car quelqu'un m'a acheté dès ma jeunesse*^. Et quand on lui dira: Qu'est-ce donc que ces blessures sur ton corps? il dira: C'est que j'ai été blessé dans la maison de mes amis*\
10 Le deuil doit 6tre uaiversel; rois, prêtres et citoyens, hommes et femmes, toat le monde y prendra part. Ceci est parfaitement clair, mais nous ne savons ce que c'était que la famille de Natan et les S'ime'ites; nous n'entrevoyons pas davantage le motif de- cette séparation des familles. Etait-ce Tusage? était-ce un procédé plus solennel? Le nom de Natan se retrouve parmi les fils de David (2 Sam. V, 14), c'est aussi celui d un prophète de la mâme époque. Le nom de S'ime *i revient fréquemment dans les histoires des Benjaminites et des Lévites. Mais on ne voit pas pourquoi ces noms sont nommés de préférence à tant d'autres. Est-ce à titre d'exemple? est-ce pour opposer k des noms nobles des noms vulgaires, et pour marquer ainsi la totalité?
11 C'est-à-dire, pour en nettoyer Israël.
IS Par ladjonclion de Vesprit d'impureté, on voit que l'auteur a en vue les faux prophètes, dont l'esprit (rinspiration) ne venait pas du Dieu de sainteté. Mais comme dans tout ce passage il parle d'une manière toute générale, sans distinction des vrais et des faux prophètes, on peut en conclure que ces derniers formaient la grande majorité et qu'à ses yeux le nom même de prophète n'était plus un honneur. Aussi bien, dans la perspective du nôtre, les temps meilleurs à venir ne connaîtront plus cette classe d'hommes, qui voudront rentrer dans les rangs des simples citoyens.
18 Le manteau de gros poil (cilice) était donc à cette époque déjà un costume d'usage pour cette classe de personnes (comp. Matth. III, 4. Hébr. XI, 37). C'est à dessein que l'auteur dit : pour mentir, puisqu'il regarde en général la prophétie chei ses contemporains comme un produit de l'esprit d'impureté.
1*^ Ces derniers mots font voir qu'on ira jusqu'à mentir, pour éviter le reproche d'être prophète. On se dira garçon laboureur, esclave même, plutôt que d'avouer qu'on a fait le métier si décrié alors.
1^ Le ci* devant prophète est évidemment reconnu comme tel, et partant convaincu de mensonge, aux blessures [ou cicatrices) dont son corps porte les traces ; cela fait voir que les prophètes (du moins ceux de l'espèce en question) faisaient des incisions sur leurs corps, sans doute avec d'autres démonstrations du même genre, contorsions des membres, etc. (1 Rois XVIII, 28. Jér. XLVIII, 37), comme c'est encore aujour-