‹ La Bible (volume 2)Chapitre 28 sur 93 · SOPHONIE · texte numérisé non relu

SOPHONIE

Le prophète Çefanyah, que la bible française appelle Sophonie, d'après la forme que les traducteurs grecs et après eux les versions latines ont donnée à son nom, est peut-être de tous le moins connu et le moins étudié, parce que son écrit n'offre rien de bien saillant et ne se distingue ni par son contenu, ni par son style, ni surtout par l'importance de la situation qui lui a donné naissance. Aussi bien n'avons-nous pas grand'chose à dire à son sujet, et peu de mots sufliront pour orienter les lecteurs qui voudront le connaître de plus près.

Le livre tout entier, qui ne comprend que trois pages, peut être considéré comme formant un seul tout, lequel cependant se laisse diviser en trois parties, facilement séparées l'une de l'autre, et correspondant exactement aux trois chapitres de nos éditions actuelles. L^auteur débute en menaçant Jérusalem et Juda de la colère vengeresse de Jéhova, à cause de l'idolâtrie qui s'y pratiquait impudemment. Puis vient une pressante exhortation à rechercher les bonnes grâces de Dieu, avant qu'il ne soit trop tard. Cette exhortation est motivée par la perspective d'une ruine pn)chaine des Philistins, des Moabites, des Ammonites et des Assyriens, dont la terrible destinée doit servir d'avertissement à Israël. Enfin, le prophète, convaincu que ces avertissements ne soal pas écoutés, revient à ses premières invectives et laisse entrevoir que le châtiment ne fera pas défaut.^ Mais au lieu de

Le prophète Çefanyah, que la bible française appelle Sophonie, d'après la forme que les traducteurs grecs et après eux les versions latines ont donnée à son nom, est peut-être de tous le moins connu et le moins étudié, parce que son écrit n'offre rien de bien saillant et ne se distingue ni par son contenu, ni par son style, ni surtout par l'importance de la situation qui lui a donné naissance. Aussi bien n'avons-nous pas grand'chose à dire à son sujet, et peu de mots sufliront pour orienter les lecteurs qui voudront le connaître de plus près.

Le livre tout entier, qui ne comprend que trois pages, peut être considéré comme formant un seul tout, lequel cependant se laisse diviser en trois parties, facilement séparées l'une de l'autre, et correspondant exactement aux trois chapitres de nos éditions actuelles. L'auteur débute en menaçant Jérusalem et Juda de la colère vengeresse de Jéhova, à cause de l'idolâtrie qui s'y pratiquait impudemment. Puis vient une pressante exhortation à rechercher les bonnes grâces de Dieu, avant qu'il ne soit trop lard. Cette exhortation est motivée par la perspective d'une ruine prochaine des Philistins, des Moabites, des Ammonites et des Assyriens, dont la terrible destinée doit servir d'avertissement à Israël. Enfin, le prophète, convaincu que ces avertissements ne sont pas écoutés, revient à ses premières invectives et laisse entrevoir que le châtiment ne fera pas défaut.* Mais au lieu de

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b*arrêtcr à le dépeindre, il passe subitement à un tableau tout différent : il ouvre une perspective de salut universel, en annonçant la conversion des païens et la restauration d'Israël. Naturellement, cet Israël qui jouira des bienfaits de l'avenir, n'est pas le même que celui qui provoquait tout à l'heure la sainte colère du prophète.

Le cadre général de la prophétie est donc ici absolument le môme que partout ailleurs. Rien de nouveau, ni pour le fond, ni . pour la forme, ne dislingue cette composition des autres, qu'on est amené à lui comparer. C'est bien encore une certaine vivacité de langage, c'est la même indignation morale que nous avons rencontrée chez les prédécesseurs de Sophonie ; mais elle fait ici moins d'impression sur le lecteur moderne, parce qu'elle reste beaucoup trop dans les généralités. Le style ne s'élève nulle part au-dessus du niveau de la prose, et les quelques traits qui lui donnent de la couleur et du mouvement, se font bientôt reconnaître comme des réminiscences, comme des emprunts faits à Amos, à Ésaïe, à Michée. Quelques jeux de mots, destinés sans doute à lui donner du relief, nous laissent d'autant plus froids que nous ne pouvons les reproduire dans la traduction, où ils feraient d'ailleurs un effet assez singulier. L'absence de détails positifs, d'allusions transparentes à des faits historiques suffisamment connus, jointe à une diction saccadée et à une extrême parcimonie dans les peintures, jette sur le tout une certaine obscurité qui va en quelques endroits jusqu'à rendre le texte à peu près inintelligible ou du moins très-douteux.

Ou pourrait s'attendre à ce qu'un livre si peu étendu et en même temps si peu précis, offrît aussi de graves difficultés quant à la détermination de l'époque de sa rédaction. Mais cela n'est pas le cas. Du moins, les commentateurs sont généralement d'accord à s'en tenir à cet égard à la note placée en tète du texte, et qui fait de l'auteur un contemporain du roi los'iyah et par conséquent de Jérémie. On peut aller plus loin et affirmer qu'il a dû écrire avant l'époque où ce roi a entrepris la grande réformation religieuse et ecclésiastique dont parle rhistoire (2 Rois XXII suiv.), puisque les désordres auxquels il essaya de mettre lin })ar des mesures très-énei^ques, sont dépeints ici conune existant encore dans toute leur étendue, et que les membres mêmes de la famille royale sont accusés (chap. I, 8) d'y prendre juirt» Il est vrai qu'on a voulu voir dans une phrase du début, où

il est question d'exterminer ce qui reste de Ba'al (chap. I, 4), la preuve que la réformation avait été commencée, mais n'avait pas encore complètement réussi. Cependant le terme dont le prophète se sert ici n'a pas nécessairement cette signification ; et c'aurait été une injustice de sa part, si en formulant ses accusations, il avait passé sous silence les nobles efforts faits par le roi pour amener un état de choses conforme à ses propres désirs. Nous croyons plutôt que ce silence, combiné avec les reproches qu'il adresse aux princes, nous permet de songer de préférence à une époque où le roi était encore mineur et où le gouvernement a dû être entre les mains de ses parents. La mention de Ninive, dont la chute appartient encore à l'avenir (chap. II, 13) milite en faveur de cette combinaison; car il est assez probable que l'empire assyrien fut renversé du temps même du règne de los'iyah.

Les autres indices qu'on a cru pouvoir mettre à profit pour déterminer l'époque du prophète sont très-peu sûrs : mais quand même on pourrait les utiliser avec une plus entière confiance, ils ne contrediraient pas l'opinion que nous venons d'exposer. Ainsi on a voulu voir dans un passage (chap. III, 15) une allusion aux incursions des Scythes, qui, d'après les auteurs profanes, ont dévasté l'Asie occidentale dans la seconde moitié du septième siècle. Mais cette allusion, à défaut de noms propres, est bien trop vague pour servir à n'importe quelle démonstration. Enfin, on a aussi relevé cette circonstance insolite que Tinscription nomme les ancêtres du prophète jusqu'à la cinquième génération et que le dernier- nom qu'elle signale est le même que celui d'un des rois les plus fameux de Jérusalem. On a naturellement identifié ce roi avec le bisaïeul du prophète, et comme la chronologie ne s'opposait pas à cette combinaison, on y a trouvé une nouvelle preuve de l'exactitude de la note du titre. Mais nous pensons que si l'auteur de l'inscription, quel qu'il ait été, avait voulu revendiquer pour le prophète l'honneur d'appartenir à la famille royale, il n'aurait pas manqué de le dire explicitement.

Parole de TEternel adressée à Çefanyah, fils de Kous'i, fils de G'edalyab^ fils d'Àmaryah, fils de Hizqiyah, du temps de lôs'iyahou, fils d'ÂmoD, roi de Juda.

J'eDlëverai tout, absolument tout, de la surface de la terre, dit rÉternel. J^enlëverai hommes et bêtes, j'enlèverai les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, les scandales avec les impies. J'exterminerai rhomme de la surface de la terre, dit TÉtemeP.

Et j'étendrai ma main contre Juda et contre tous les habitants de Jémsalem; et j'exterminerai de ce lieu-ci tout ce qui reste de Ba al, jusqu'au nom des prêtres et servants ; et ceux qui se prosternent sur les toits devant les astres du ciel, et ceux qui se prosternent en jarant à la fois à laheweh et par leur Roi, et ceux qui désertent l'Éternel, qui ne le recherchent ni ne s'en soucient ' I

^ L'annonce du jugement vengeur, qui tout à Theure s'adressera plus particulièrement à Juda, débute par une menace faite au monde entier. Car il va sans dire que le paganisme national des autres peuples ne vaut pas mieux que le paganisme d'emprunt d'Israël. Ce sera comme un nouveau déluge : tout ce qui a vie y passera. La cause de ce fait est indiquée par ce mot de teandaleSf qu'il faut prendre ici dans son sens primitif, comme occasion de chute (de péché), une trappe, un piège, et ceci comme une métaphore pour les faux dieux. Il est vrai que le texte n'exige pas qu'on songe à autre chose qu'à la Judée seule ; cependant la mention des poissons semble Justifier ootre interprétation.

^ On voit clairement que c'est l'état de la religion et du culte à Jérusalem qui inspire an prophète ses paroles menaçantes. Bien qu'il parle de ce qui reste de Ba'al, la mite du discours fait voir que la réforme essayée par le roi los'iyah ne peut pas avoir été accomplie à cette époque. On avait encore des autels sur les plate-formes des maisons pour brûler de l'encens aux dieux-planètes ; ou du moins on associait les divinités étrangères, le Roi, c'est-à-dire Ba*al, qui était mdme adoré sous ce nom de roi [Molek, Milkom] au Dieu d'Israël. — Les prêtres sont naturellement ceux qui se prêtent à ce syncrétisme, ou au culte illégal. Nous avons mis servants (de l'autel), pour obtenir une seconde expression synonyme. Le mot du texte paraît être d'origine étrangère.

368 sopnoNiE i, 7-13.

Silence devant le Seigneur laheweh ! Car son jour est proche^ il a préparé son hécatombe et sanctifié ses conviés ' 1

Et au jour de ma fête, je ferai rendre compte aux chefs et aux princes, à quiconque aura revêtu Thabit étranger; je ferai rendre compte en ce jour à quiconque saute par-dessus le seuil, pour remplir la maison de son maître de fraude et de crimes^. En ce jour-là, dit rÉternel, on entendra des cris depuis la porte aux poissons, des hurlements du côté du faubourg, et un grand fracas de toutes les collines. Lamentez-vous, habitants de la rue basse, car c'en est fait de tout le peuple des Cananéens ; ils sont perdus tons, ces porteurs d'argent^ 1 En ce temps-là je itérai dans Jérusalem une perquisition aux flambeaux', et j'irar trouver les hommes qui restent accroupis sur leur lie^, en se disant : laheweh ne fait ni bien ni mail Et leur avoir sera livré au pillage, et leurs maisons seroat désertes : ils auront bâti des. maisons qu'ils n'habiteront pas, et planté des vignes dont ils ne boiront pas le vin.

3 Le jour de Dieu, c*est le jour du jugement. Ce jugement devant amener la ruine de Juda et la mort de ses habitante criminels, il est comparé à un acte sacré, à une fêUi où l'on immole beaucoup de victimes, et où Ton en fait un festin. Ici les convives du festin sont les instruments de la colère de Dieu, les peuples étrangers appelés à exécuter l'arrêt du juge, et que celui-ci a saneiifiis pour cela, comme un général sanctifie sa troupe avant le combat, par une cérémonie religieuse.

^ Je Iftur ferai rendre compte, litt. : je les visiterai, je ferai une révision, une inspection chez eux. hes princes sont ici les membres de la famille royale. Le prophète veut dire que toutes les classes de la société auront à répondre de leurs faits et gestes, car plus loin il en nomme d'autres. 1/hahit étranger symbolise sans doute les nuEurs étrangères, y compris le culte. Mais le sens de cette phrase : sauter par-dessus le seuil, n'est pas clair. Faute de mieux, nous y verrons la désignation des serviteurs qui sant les agents des mauvaises passions de leurs maîtres, et qui n'ont rien de plus pressé à faire que de les aider dans leurs méfaits.

5 L'auteur veut dire : dans tous les quartiers de Jérusalem on sentira la main de Dieu, accomplissant ses menaces. Les diverses localités désignées dans le texte ne nous sont pas trop connues. La porte aux poissons a dû se trouver au nord-est de la ville. Pour le faubourg ^ litt.: le second quartier, voyez 2 Rois XXII, 14. La r«« husf, litt.: le mortier, l'excavation, doit avoir été une partie située entre plusieurs collines. Les Cananéens sont tout simplement les marchands, les gens du bazar. Voyez la note sur Ésale XXIII, 8.

^ Locution figurée pour dire que personne n'échappera en se cachant dans quelque réduit. Du reste, le contexte fait voir que toutes ces menaces sont censées être exécutées par l'organe d'une armée envahissante, puisqu'il est question de pillage.

"^ C'est là sans doute une façon de parler proverbiale (comp. Jérém. XL VI II, 11], empruntée à un usage relatif a la conservation du vin. Il s'agit ici d'une indifférence ou insouciance coupable qui ne se dérange pas malgré de pareils avertissements et qui prétend que Dieu ne s'occupe pas des affaires des hommes.

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