SOPHONIE II
Car 'Âzzah sera déserte et As'qlôn en ruines; As'dod, on le chassera en plein midi, et 'Eqrôn sera dévastée*'. Malheur aux habitants du district de la côte, au peuple des Cretois '^ I A yous la parole de rÉternel, Canaan, pays des Philistins : je te perdrai, je te priverai de tes habitants. Le district de la côte ne sera plus qu'une steppe à trous de pâtre '^, et à parcs de moutons; il formera un lot pour le reste de la maison de Juda; ils y iront padtre, et camperont le soir dans Us maisons d'As'qlôn, quand rÉternel, leur Dieu, jettera les yeux sur eux et les rétablira.
J'ai entendu les injures de Moab et les outrages des fils de 'Ammon, qu'ils ont faits à mon peuple en empiétant sur son territoire. Pour cela, dit laheweh Çebaôt, le Dieu d'Israël, je jure par ma vie que Moab sera comme Sedom, et ceux de 'Ammon comme 'Amorah, un domaine d'orties, une fosse à sel '^, un désert à jamais ; le reste de mon peuple les dépouillera, et ceux qui survivront en prendront possession. Voilà ce qu'ils auront pour leur orgueil, pour avoir injurié le peuple de rÉternel, et pour avoir empiété sur lui. Ils apprendront à craindre l'Éternel, quand il aura fait disparaître tons les dieux païens, et qu'on viendra se prosterner devant lui, chacun de son côté, jusque des îles lointaines'^.
Vous aussi, Kous'ites, vous serez les victimes de mon épéel Puis, quand il aura étendu sa main vers le nord'*, et ruiné l'Assyrien, et fait de Ninive un désert, une lande aride, on y verra camper des
^0 Suit une description du jugement de Dieu : la prédiction du sort des différentes nations païennes, à l'effet de stimuler le repentir d'Israël. L'auteur commence par les Philistins, dont il énumère les principales viUes, en désignant leur sort, en partie par des jeux de mots inimitables en français (par ex. 'Azzah en aura assez, *£c[rôn sera égrenée) ; Israël restauré occupera ce pays qui lui était destiné dès l'abord.
IT Voyez la note sur 1 Sam. XXX, 14. Ézéch. XXV, 16.
18 Le sens n'est pas bien sûr. On suppose ici que les pâtres dans le désert se creusaient des trous dans la terre pour être à l'abri du soleil.
19 Les Moabites et les 'Ammonites, établis dans les contrées à l'orient de la mer Morte, avaient été continuellement en guerre avec leurs voisins, les Israélites. La punition dont ils sont menacés ici est décrite avec des couleurs empruntées à ce même horizon géographique, où la tradition marquait la place d'antiques villes détruites par le feu et remplacées par l'eau du lac salé et des roches de sel gemme.
so Ces dernières lignes élargissent pour un instant l'horizon du prophète et portent son regard au delà des Moabites. Les îles lointaines, litt.: ^es nations, ce sont les pays des extrémités de la terre, qu'on se représentait comme des iles, d'après l'analogie de ce qu'on connaissait de plus éloigné du côté du nord. Les dieux païens, litt.: des pays, d'après la métonymie dont on trouve la trace en latin et en français.
*l On remarquera qu'il a été question jusqu'ici de peuples demeurant à l'ouest, à l'est, et au sud d'Israël.
SOPHONIE 11, 14, 15. m, 1-7. 371
troupeaux, toutes sortes de bêtes eu masse, le pélican et le hérisson s'établiront sur ses chapiteaux, la voix des chantres retentira aux
fenêtres, sur le seuil une morne solitude '^. Voilà ce que sera
cette yille joyeuse et insouciante, qui se dit à elle-même : Moi, et hors moi rien 1 Comme elle sera désolée I Un gite pour les bêtes sauvages! Ceux qui y passeront, sif&eront et feront un geste d*horreur I
Malheur à la ville rebelle et souillée, à cette ville de tyrannie ^M Elle n*a point écouté la voix^ elle n'a point accepté Tavertissement, elle ne s'est point confiée à rÉternel, elle ne s'est point rapprochée de son Dieu ! Ses chefs, au milieu d'elle, sont des lions rugissants, ses juges des loups du soir, qui ne réservent rien pour le lendemain^*. Ses prophètes sont pétulants et séducteurs, ses prêtres profanent le sanctuaire et violent la loi.
L'Éternel, qui y demeure, est juste *^ : lui ne commet pas d'iniquité. Chaque matin il met au jour sa règle, sans y manquer, mais le méchant ne connaît point la honte. J'ai exterminé des nations, leurs chefs ont péri; j'ai désolé et dépeuplé leurs campagnes, leurs villes dévastées sont sans hommes, sans habitants^". Il disait : «Crains-moi seulement I reçois cet avertissement!» pour que sa demeure'^ ne fût
^2 Comp. la description des ruines de Babylone, Es. XXXIV. Pour loger les hérissons sar (oa entre) les chapiteaux des colonnes, on n'a qu*à supposer celles-ci renTersées. Le pélican , malgré la lande aride» trouyait de l'eau dans les rivières; d'ailleurs, on aurait tort de faire ici de la critique au nom de l'histoire naturelle. Les ckoMtrti sont les oiseaux qui ont pris la place des hommes. Nous renonçons à traduire les deux derniers mots qui ne présentent aucun sens plausible et n'ont déjà plus été compris par les anciens. En tout cas, la version proposée par les modernes : car il a mis & nu les lambris de cèdre, est inadmissible à tous égards.
^ La suite ya faire voir que ceci s'adresse à Jérusalem et que, par conséquent, ce morceau doit être séparé du précédent qui parle de Niniye.
'^ Les hommes qui gouvernent et administrent la Justice donnent le mauvais exemple, en pillant le peuple comme des animaux carnassiers qui, dans leur avidité, dévorent leur proie sur-le-champ, sans même songer au lendemain, où ils se proposent de recommencer.
^^ La Justice de Dieu peut être accentuée ici par plusieurs raisons : pour faire mieux ressortir la culpabilité du peuple, qui pourtant n'ignore pas sa rèffle, sa loi, ou sa manière de Juger ; ou pour faire pressentir le chfttiment. Il se peut que le prophète n'ait I>a8 séparé ces deux motifs.
^^ Cela aurait pu servir d'avertissement salutaire.
^"^ Sa demeure, celle d Israël, le pays et sa capitale. Je disais cela, Je lui adressais ces exhortations^ pour lui épargner la catastrophe décrétée dans le cas de l'impé*^ nitence.