‹ La Bible (volume 2)Chapitre 31 sur 93 · SOPHONIE III · texte numérisé non relu

SOPHONIE III

point ruinée, ce que j'avais décrété contre elle, — mais ils ont mis leur diligence à mal faire en toutes choses.

Ainsi donc, attendez-moi"', dit TÉternel, pour le jour où je me lèverai pour saisir la proie: car j'ai résolu de réunir les nations, de rassembler les royaumes, pour déverser sur eux ma fureur, tout le feu de ma colère, car par ma jalouse ardeur toute la terre sera consumée. Car alors j'octroyerai aux peuples des lèvres pures, pour que tous invoquent le nom de TÉternel, et qu'ils le servent d'un commun accord'^. D'au-delà des fleuves de Kous', mes adora* teurs, mes enfants dispersés'^ m'apporteront des offrandes.

En ce jour-là tu n'auras plus à rougir'* de tous ces actes par lesquels tu t'es rendu coupable envers moi, car alors j'aurai éloigné du milieu de toi tes orgueilleux fanfarons, et tu ne continueras plus à faire la superbe sur ma sainte montagne. Je laisserai dans ton sein un peuple humble et modeste, qui se mettra à Tabri du nom de l'Éternel. Le reste d'Israël ne commettra pas d'iniquité et ne dira pas de mensonge; il ne se trouvera pas dans leur bouche de langue trompeuse; ils paîtront et se reposeront sans que personne les dérange'*.

Pousse des cris de joie, fille de Sion I élève ta voix, ô Israël ! R^ouis-toi et tressaille de tout ton cœur, fille de Jérusalem 1 L'Eternel a retiré ses arrêts", il a éloigné l'ennemi. Le roi d'Israël,

^^ Le discours doit s'adresser ici, comme au commencement du chap. II, à la partie saine de la population. A elle, la belle perspective, mais auparavant il faut que les arrêts du grand jour s'accompUssent.

^0 La transition au tableau des temps messianiques est encore très-brusque ici. Immédiatement après la scène de la destruction des nations païennes, il est parlé de leur conversion ; naturellement il s'agit de ceux qui auront survécu à ce terrible triage. — Au lieu d'un commun accord, le texte parle d'un mente dos, image empruntée à celle d'une charge qu'on porte comme serviteur.

30 x^es païens convertis à Jéhova, dans toutes les parties de la terre, pouvaient bien être nommés ainsi. Cependant d'autres ont voulu voir là des Israélites que les peuples païens auraient ramenés en Palestine comme un hommage à leur nouveau Dieu. Alors le substantif serait à l'accusatif. (Litt. : la fille, c'est-à-dire le collectif de mes dispersés.)

3 1 Le discours s'adresse à Jérusalem ; mais pour bien comprendre la tournure des phrases, il ne faut pas perdre de vue que ce sujet collectif et permanent représente à la fois Tancienne condition morale, si sévèrement blâmée, et le nouvel état des choses ; ce sont comme deux peuples qui se succèdent.

8* Allégorie du troupeau.

33 Litt.: tes arrêts, c'est-à-dire ceux qu'il avait prononcés contre toi, bien entendu, après les avoir fait exécuter dans une certaine mesure. Le prophète se transporte évidemment dans un avenir plus éloigné. Il n'est pas question d'une rétractation pure et simple des menaces précédentes.

SOPIIONIE 111, 16-20. 373

laheweb, réside dans toQ sein : tu ne verras plus de malheur. En ce jour ou dira à Jérusalem : N'aie pas peur, Sion I que tes mains ne défaillent point! L'Éternel, ton Dieu, le sauveur puissant au milieu de toi, en aura sa joie et son plaisir, il se taira dans son amour '^, il se réjouira, il sera dans Tallégresse.

Je rassemblerai les tiens^ aujourd'hui affligés par l'exil, et courbés sotis le fardeau de l'opprobre". Oui, je réglerai avec tous tes oppresseurs en ce temps-là, je sauverai tout ce qui se traiue, je rassemblerai tout ce qui est dispersé'^; je les rendrai glorieux et renommés dans tous les pays qui ont vu leur honte. Dans ce tempslà je vous ramènerai, dans ce temps je vous rassemblerai, quand je vous rendrai renommés et glorieux parmi tous les peuples de la terre, quand je vous restaurerai visiblement. C'est TËternel qui le dit I

3^ Cette phrase jure avec le reste et contredit ce qui précède et fA qui suit. Vainement on dit que l'amour sera tel que le sentiment interceptera la parole^ car la joie et l'allégresse attestent le contraire. Encore moins peut-il être question d'un silence gracieux en face de péchés éventuels, puisqu'il n'y en aura plus. Le texte doit être

fautif.

3^ Traduction très-libre d'un texte presque indéchiffrable. Â la lettre : Les afiSigés loin de l'assemblée» Je rassemble, ils sont de toi, fardeau sur eux, opprobre. — Evidemment le prophète se place ici au point de vue de la réalité actuelle. De fait, il y a eu une guerre d'invasion, il y a eu des captifs emmenés^ il promet leur déli- Traoce.

36 Mich. IV, 6.

Nahum occupe en quelque sorte une place à part parmi les prophètes hébreux, dont nous avons réuni les écrits dans la présente collection. C'est le seul qui ne s'adresse ni directement, ni même indirectement au peuple Israélite, soit pour peindre sa situation politique au point de vue de la théocratie, ou pour châtier ses égarements, soit pour lui rappeler les promesses divines, et laisser entrevoir un avenir brillant à une génération plus fidèle. Il n'est question, dans les quelques pages que nous possédons sous son nom, que de la ruine de Ninive, de l'antique et opulente capitale de l'empire assyrien, et c'est en passant seulement que cette catastrophe est représentée comme une rémmiération méritée par ses déprédations antérieures, exercées dans le pays de Juda. L'antipathie nationale, ou, si l'on veut, un sentiment de patriotisme vindicatif paraît avoir été l'unique mobile qui ait mis la plume à la main de l'auteur. Aucune considération morale, aucun besoin d'instruction religieuse ne vient donner à ces textes, d'ailleurs très-beaux à d'autres égards, la consécration ordinaire dans ce genre de littérature, celle d'un but plus élevé et en même temps plus pratique.

L'opuscule tout entier se rapporte à ua seul et même événement. A ce titre, il n'était pas nécessaire de le diviser en plusieurs chapitres. Cependant cette division ne gênant pas l'intelligence du texte, et permettant même de saisir plus nettement la liaison des idées, nous pourrons l'accepter à notre tour. Le premier morceau commence par exalter la puissance de Dieu, ce qui amène une courte description des phénomènes les plus terribles de la nature, description d'ailleurs achevée en quelques vigoureux traits de pinceau et destinée à faire pressentir les effets de la colère divine, quand elle éclatera contre une puissance altière et criminelle. Dans tout ce préambule, le nom de Ninive n'est pas encore prononcé. Ce n'est que dans le second morceau que la scène s'anime. Des messagers arrivent avec la réjouissante nouvelle du désastre de l'odieux ennemi. Il est naturel de supposer que cette nouvelle est poétiquement anticipée, et que les tableaux qui vont suivre ne forment point un récit historique, mais sont un produit de l'imagination. Ils nous représentent l'arrivée des corps d'armée qui marchent contre la ville : on voit l'acier qui brille, les boucliers alignés, les chars de guerre qui s'élancent à travers la campagne, les machines qui se dressent contre les murs; à l'intérieur, la terreur et la confusion; puis des scènes de déroute, de pillage et de massacre. Le troisième morceau reprend les faits de plus haut, eîi peignant de nouveau, et avec des couleurs plus vives encore, l'apparition des bataillons ennemis ; mais au lieu de poursuivre cette description, l'auteur se répand en invectives, en partie ironiques, et en imprécations pleines d'une terrible énergie contre Ninive, dont le nom est enfin prononcé, et qui, à cette occasion, est représentée comme une femme exposée à tous les outrages. Les images, dont celte partie est chargée à profusion, sans contribuer toutes également à la beauté du tableau, tendent à déclarer que la catastrophe est définitive et sans remède.

Quoique la plupart de ces descriptions soient à peine ébauchées, au gré des règles de la rhétorique moderne, elles ont assuré de tout temps à l'auteur une place distinguée parmi les orateurs ou poètes hébreux. Il la mérite sans doute. Cependant la rapidité avec laquelle il passe d'un détail, d'une scène à l'autre, sans s'arrêter à achever ses peintures, et même au risque de devenir tant soit peu obscur, nuit dans une certaine mesure à l'impression qu'il aurait pu produire autrement.

On ne sait absolument rien sur la personne de ce prophète. L'inscription placée en tête du livre l'appelle l'Elqos'ite, mais personne ne dira au juste ce que cela doit signifier. Si c'est un nom d'origine, comme on le suppose généralement, l'embarras n'en est guère diminué. Car on ignore où peut avoir été située la localité qui lui aurait valu ce surnom. D'après une note de S. Jérôme qu'on ne peut plus vérifier aujourd'hui, il s'agirait d'un endroit en Galilée. Cela a donné lieu à une combinaison purement hypothétique, qui fait remonter à notre prophète le nom de Caphamaoum (c'est-à-dire village de Nahoum), qui se rencontre si souvent dans l'Évangile. D'autres, certainement moins bien inspirés, le croient Assyrien de naissance, nous voulons dire membre d'une colonie de déportés éphraïmites, et pensent qu'il pourrait bien avoir été témoin oculaire des faits qu'il décrit. C'est faire de la critique aux dépens du talent littéraire, et amoindrir bien gratuitement la valeur de ce que nous aimons mieux appeler de la poésie. Pour un témoin oculaire, il se tient beaucoup trop dans les généralités ou, pour parler plus exactement, il est trop peu historien. Il ne désigne pas même nominativement la puissance de laquelle il attend la ruine des Assyriens, et rien absolument ne trahit chez lui une connaissance plus particulière des lieux ou des hommes qui ont dû jouer un rôle dans ce drame. Nous répétons d'ailleurs ce que nous avons déjà insinué plus haut: nous ne croyons pas qu'il s'agisse ici d'un fait déjà accompli.

Cela nous conduit aussi à dire que l'époque de la composition de cet opuscule est très-difficile à déterminer. Il est bien certain que Ninive a dû succomber aux coups réitérés de ses voisins, vers la fin du septième siècle avant notre ère, et le ton d'assurance avec lequel le prophète s'exprime sur cet événement, qu'il se félicite de voir venir, nous permet de penser qu'on n'en était plus trop éloigné. La mention faite de la destruction de la ville de Thèbes dans la haute Egypte, dont la terrible destinée est présentée aux Ninévites comme un exemple de ce qui les attendait à leur tour, ne nous fournit pas d'élément pour la fixation chronologique de notre livre, parce que nous ignorons la date et les causes de cette autre catastrophe, quoiqu'il soit naturel de la supposer assez récente dans les souvenirs des contemporains.

Oracle relatif à Ninive. Livre de la vision de Nahoum rEIqos'ite.

L'Éternel est nn Dieu jaloux et vengeur,

Il est vengeur, TÉternel, et capable de colère ;

L'Eternel se venge de ses adversaires,

Il garde rancune à ses ennemis.

L'Éternel est lent à s'irriter, Malgré la grandeur de sa puissance.

Hais il n'absout pas le coupable*.

La tempête et l'ouragan marquent son chemin', La nuée est la poussière sous ses pieds.

Il menace la mer et la dessèche,

Il fait tarir tous les cours d'eaux.

Bas'an et Karmel se flétrissent; Elle tombe fanée, la fleur du Liban.

Devant lui, les montagnes s'ébranlent, Et les collines viennent à se fondre; La terre bondit à son aspect, La campagne et tout ce qui l'habite.

1 Le prophète débute par des généralités dont la beauté poétique se reconnaît surtout quand on se pénètre bien de ce fait qu'elles doivent au fond introduire des menaces très-spéciales. Les délais que Dieu met à Taccomplissement de ses chfttimettts oe sont pas un signe de faiblesse. Il est lent à frapper, mais il est capable de colère (l^tt.: possesseur de colère), c'est-à-dire qu'il peut en user quand bon lui semble.

^ Description figurée des châtiments que Dieu inflige dans l'occasion. De même qu'il booleverse la nature, il détruit les empires. L'allusion au passage de la mer Rouge et dn Jourdain ne se trouve que dans la forme du discours, mais non dans la pensée de l'auteur, qui veut parler de phénomènes terribles et non de souvenirs glorieux.

Qui tiendrait devant sa fureur?

Qui resterait debout quand il s'irrite?

Son courroux déborde comme le feu, Les rochers éclatent devant lui.

L'Eternel est bon :

Il devient une citadelle dans la détresse, Il accueille ceux qui se réfugient vers lui'.

Mais par les flots d'un déluge, Il consommera la ruine de ce lieu-là^, Et dans les ténèbres il chassera ses ennemis.

Que méditez-vous contre rÉternel ^ ?

C'est la ruine qu'il va consommer — La détresse ne viendra pas deux fois'.

Car fussent-ils entrelacés comme des épines, Et trempés comme leur vin'.

Ils seront dévorés complètement comme de la paille sèche. C'est de toi^ qu'est sorti celui Qui a 'médité du mal contre l'Éternel, Qui a comploté la destruction.

s Ceci fait antithèse avec ce qui précède. Ces paroles éyidemment rassurantes sont adressées au peuple israéUte, mais celui-ci y est tout aussi peu nommé que ne l'étaient les Assyriens dans les strophes précédentes. — Il aeeueilU; on n'épuise pas le sens du texte en traduisant : il connatt ; ce serait plutôt : il reconnaît comme siens, il les laisse entrer dans cet asile de la protection divine.

^ De ce lieu^là ; nous traduisons librement pour âtre intelligible. Le texte dit : de son lieu à elle, c'est-à-dire de Ninive, capitale ou résidence de la puissance assyrienne. Il faut admettre que le prophète, qui avait eu ce nom présent à l'esprit dès le commencement, oubliait qu'il ne l'avait pas encore explicitement nommé. — Le délmfe est le symbole de la destruction.

^ Aux Assyriens: Oseriez- vous encore braver Dieu? D'autres traduisent: Que pensez- vous de l'Étemel? et font adresser ces paroles aux Israélites.

0 L'accent est sur le mot ruinût et l'auteur veut dire qu'elle sera complète, et qull n'y aura plus rien a tenter contre Jéhova. La détreste est celle d'Israël ; en d'autres termes, Dieu ne permettra pas que les Assyriens reviennent encore une fois À la charge.

J^ Ces deux lignes sont on ne peut plus obscures et nous ne prétendrons pas en avoir rendu le vrai sens. Notre traduction exprime l'idée que les Assyriens périront conune la paille dans le feu, fussent-ils inaccessibles à l'homme comme un fourré de brou.^ «ailles, et au feu comme le vin. L'auteur aurait choisi l'image du vin, de préférence i l'eau, pour rappeler l'ivrognerie de cette nation, ou de ses chefs. D'autres voient dans la mention du vin une allusion à l'ivresse de la fougue guerrière. D'autres encore traduisent : Ils seront dévorés .... pendant qu'ils s'enivrent, etc.

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