XIII
L'Éternel me l'a fait savoir et je l'ai su : là tu m'as fait voir leurs menées '. Et moi, pareil à un agneau domestique^ qu'on mène à la boucherie, je ne savais pas qu'ils avaient ourdi des trames
contre moi «Détruisons l'arbre dans sa sëve^ et arrachons-le
de la terre des vivants, pour qu'il ne soit plus question de son uomi» — Mais l'Éternel est un juste juge, qui sonde les reins et le cœur : je verrai ta vengeance contre eux, car c'est à toi que je remets' ma cause.
Pour cela, voici ce que dit l'ÉterneP contre les gens de 'Anatot,
^ ^ L^allégorie est parfaitement transparente. Israël est un arbre autrefois beau et fécond, détruit maintenant^ ou devant être détruit par l'orage. La phrase : être nommé, est fréquemment employée pour : être, ou re$sembler.
^ L^occasion de ce morceau est suffisamment indiquée par le y. 21 . Les gens de 'Ânatot, compatriotes et voisins de Jérémie^ impatientés de ses sinistres prophéties, méditaient sa perte. Dieu, veillant à sa sûreté, lui fait connaître leurs mauvais desseins et — comme nous devons le supposer — le soustrait ainsi au danger.
^ L'introduction a une forme très-oratoire et même poétique. Le lecteur ne sait pas d'abord de quoi il s'agit et ce n'est que par degrés qu'il est initié au secret de la découverte qu'a faite le prophète.
3 Né et nourri à la maison, être tout à fait inofitensif.
^ Paroles mises dans la bouche des ennemis du prophète. Le texte hébreu porte : d^ruitons l'arbre dans son pain, ce qui ne donne pas de sens acceptable ; car nous ne saurions y voir une métaphore, par laquelle le jpain serait substitué au fruit ^ comme traduisent la plupart des commentateurs. On obtient le sens de la sève, en biffant une seule lettre [m] du mot hébreu. Un arbre mourant dans sa sève, est une image assez natureUe pour une mort violente.
^La ponctuation traditionnelle du mot exigerait : je r^ile; mais comme tout à Ibeure le prophète disait lui-même que c'est Jéhova qui lui a révélé la chose à lui, ce sens est ici hors de propos. Un changement de voyelles nous fait arriver à une interprétation toute naturelle.
^. Jérémie, qui vient de remettre sa cause k Dieu, est rassuré sur l'issue an procès* 11 peut donc dès à présent proclamer l'arrêt à intervenir de la part de celui qui sonde les cœurs. Cet arrêt déclare que les habitants de 'Anatot seront enveloppés dans la catastrophe de Jérusalem. La même année réglera les comptes de la nation rebelle à Dieu et des conspirateurs qui osent lever la main contre son prophète.
468 JÉRÉMIE XI, 22, 23. XIT, 1-5.
qui attentent à ta vie, en disant : Tu ne dois pas prophétiser au nom de rÉternel, autrement tu mourras par notre main! — Pour cela, voici ce que dit laheweh Çebaôt ^ : Je vais leur en demander compte : ' leurs jeunes gens mourront par Tépée, leurs fils et leurs filles mourront par la famine. Et il ne leur sera pas laissé de reste, car j'amènerai le malheur sur les gens de 'Ânatot, en Tannée où je leur ferai rendre compte.
Tu es trop juste, ô Éternel 1 pour que je dispute contre toi : cependant je plaiderai avec toi ^ : Pourquoi la voie des méchants est-elle prospère? pourquoi sont-ils en sécurité, tous les traîtres impies? Tu les plantes et ils prennent racine, ils croissent et produisent du fruit : tu es près de leur bouche et loin de leur cœur. Mais toi, Éternel, tu me connais, tu me vois, tu as éprouvé mon cœur' : Entraine-les comme des moutons à la boucherie, consacre-les pour le jour du carnage ! Jusqu'à quand la terre sera-telle en deuil, et toute Therbe des champs desséchée ^® ? A cause de la méchanceté des habitants, c'en est fait des bètes et des oiseaux, car ils disent : On ne verra point notre fin^M
c Si, en courant avec les piétons, ils te fatiguent, comment seras-
'^ Cette reprise, tout à fait oiseuse^ man^e dans la traduction des Septante.
8 Le châtiment qui vient d*étre annoncé ne s'accomplit pas immédiatement. Jérémie le sait et cherche à 8'expli({uer pourquoi Dieu permet que les méchants restent si longtemps en paix et ne sont pas troublés dans leurs Jouissances. C'est là l'idée développée dans la seconde moitié de ce morceau, que les éditions séparent mal à propos de la première. On ne peut pas disconvenir de l'obscurité du texte qui va suivre. Cependant on se l'est exagérée, en supposant que la question posée par le prophète a dû recevoir une solution. Le fait est qu'il n'y en a pas ici. — La première phrast devrait être traduite à la lettre : Tu es juste, quand je dispute contre toi; c'est-à-dire, dans ce cas, ce serait toujours moi qui aurais tort. ^^ Je plaiderai, }e 'posein voie question de droit, je ferai une réclamation.
9 Cette phrase incidente est sans doute destinée a motiver la demande de Jérémie, tendant à provoquer le châtiment de ses ennemis. Le fidèle serviteur de Dieu peut se croire autorisé à demander l'extermination des impies et des hypocrites.
'0 Sous une forme figurée, c'est la reproduction de la question principale : pourquoi Dieu permet-il que les méchants restent impunis, quoiqu'ils perdent le pays ? On peut admettre qu'il est fait allusion à une calamité momentanée, une sécheresse, une disette, mais qui n'aurait pas suffi pour changer la situation morale (comp. les passages analogues, chap. III, 3; VIII, 20; IX, 9). De pareilles calamités frappent tout le monde, même les innocents, tant que les véritables coupables n'auront pas disparu.
11 Cette phrase, qui peut se traduire de différentes manières {il ne verra pas — t7 ne sait pas) t nous semble devoir exprimer l'idée que les coupables sont aujonrdliui encore à leur aise, qu^ils ne craignent rien, qu'ils se moquent des menaces et des avertissements. A ce point de vue. On est plus expressif que U,
tu rémnle des coursiers *^ ? Et si tu n'es pas rassuré dans un pays paisible, comment feras-tu donc dans les broussailles du Jourdain*'? Car tes frères aussi, et ta famille, eux aussi sont traîtres envers toi ; eux aussi crient après toi à plein gosier. Ne te fie pas à eux, lorsqu'ils te disent des paroles amicales*^!»
XVP.
J'ai quitté ma maison, j'ai résigné mon domaine, j'ai livré les délices de mon âme aux mains de ses ennemis '. Le peuple qui m'appartenait est devenu pour moi comme un lion dans la forêt : n a hurlé contre moi — c'est pourquoi je l'ai pris en aversion. Mon peuple est-il un vautour au plumage bigarré? Les vautours fondent
^* Les denz derniers versets contiennent évidemment une objection faite à la demande dn prophète, nous dirons une réplique de Dieu : non point sans doute la réponse qu'il avait demandée et qui devait sauvegarder la justice providentielle, mais du moins un avis qui doit faire taire sa plainte. «Tu te plains au sujet de bien peu de close, en comparaison de ce qui peut venir encore. Tu as des ennemis parmi tes voisins, tu en auras dans ta famille. La perspective est plus terrible que Vactualité. Comment feraâ-tu donc, que diras-tu quand des épreuves plus cruelles exerceront ta patience?» Tout cela est exprimé par cette locution proverbiale : Celui qui ne peut pas marcher de front avec un piéton, ne peut pas rivaliser avec un cheval.
'^ Le contexte exige impérieusement que cette seconde question, également figurée, âgnifie la même chose que la première. Or, nous connaissons parfaitement la phrase ^e nous traduisons par les broussailleSt les djengles, la végétation luxuriante (litt.: Vorgutil) des bords du Jourdain (chap. XLIX, 19; L, 44. Zach. XI, 8). C'est le repaire des bâtes féroces ; c'est-à-dire un endroit où personne n'est à son aise. Le ptigipaiiibU est donc une demeure où Ton n'a rien à craindre de pareil. Jérémie fait dire i Dieu : Si tu es déjà troublé maintenant, que sera-ce donc quand le danger deviendra plus pressant ? Cela étant acquis, nous nous sommes permis de mettre dans la phrase une négation (tu n'es pas rassuré}, que le texte n'exprime pas. Peut-ôtre aarait-il suffi de dire : Si ee n'est guê dans un pays paisible, etc.
^^ Les choses iront de mal en pire. Le prophète ne sera ni cru, ni écouté par personne, honni, traqué par tous : la défection sera universelle, la ruine devra Tôtre aoBsi. Mais aujourd'hui la mesure n'est pas comble ; voilà pourquoi Dieu tarde à punir. C'est là la réponse définitive à la question posée.
1 Ce morceau est très-obscur à première vue ,* les allusions nous échappent, les 6gares sont aussi disparates que nombreuses et en partie assez singulières. Cependant on voit que le prophète parle d'une dévastation de Canaan par des bandes ennemies. NoQs songerons de préférence aux dernières années de loyaqîm (2 Rois XXIV), où, peu avant la première déportation, la Palestine était inondée de bandes de Bédouins.
^ On voit facilement que le domaine et les délieet représentent le peuple d'Israèl, bien que les denz figures ne s'accordent pas bien ensemble. De même le lion qui hurle, est l'image du peuple rebeUe.
sar lui de tons côtés ' 1 Allons, assemblez tontes les bétes sanvages ! Amenez-les à la curée I Des pâtres en grand nombre * ont ravagé mon vignoble, ont foulé mon champ, ont fait de mon beau champ un désert inculte. Ils en ont fait un désert : il est dans le demi devant moi , dans la désolation ; tout le pays est dévasté , car personne ne Ta pris à cœur \ Les brigands se sont jetés sur toates les hauteurs de la campagne; car TÉternel tient une épée* qui dévore le pays d*un bout à l'autre : point de salut pour aucun mortel 1 Ils ont semé du blé et récoltent des épines ; ils se sont fatigués et n'en ont point de profit ; ils ont honte de leur moisson, par suite de la colère de TLierneP.
Voici ce que dit TÉterneP à Tégard de tous mes mauvais voisins qui attaquent le patrimoine que j'ai donné en propre à mou peuple, à Israël : Je vais les arracher de leur sol, et la maison de Juda, je Tarracherai de leurs mains. Mais après les avoir arrachés, j^aurai de nouveau pitié d'eux, et je les ramènerai chacun dans son patrimoine et chacun dans son pays. Alors, s'ils veulent bien apprendre les
9 Où a dit que les oiseaux manifestent une grande agitation et des intentions hostiles quand un autre oiseau, étranger^ au plumage éclatant, se hasarde au milieu d'eux. On y a ainsi trouvé l'idée qu'Israël est assailli de tous côtés, comme un oiseau plus beau que les autres. Nous avons de la peine à accepter cette interprétation. Le *À^U est toujours un oiseau de proie. L'image est employée de deux manières différantes. D'abord, c'est Israël qui est un vautour, comme il avait été un lion, c'est- à-dire an ennemij — ensuite ce sont les étrangers qui sont comparés k des vautours venant fondre sur Israél comme sur une proie. C'est la brusque transition d'un point de vue à l'antre qui a dérouté l'exégèse.
^ L'image se rapproche ici beaucoup du fait réel qu'elle représente. En effet, c'étaient des peuples nomades qui venaient se ruer sur le beau pays de Canaan et les dégAts qu'ils y commettaient sont comparés à ceux que ferait un troupeau de chèvres dans un vignoble ou dans un jardin bien cultivé.
^ Notre traduction exprime un reproche adressé au peuple au sujet de sa coupable insouciance. Mais ce sens n'est pas tout à fait sûr. On a aussi traduit : personne n'y prend garde, comme s'il s'agissait de constater l'absence de toute protection. Le stjrle de tout ce morceau est trop décousu pour que le contexte puisse nous diriger.
^ Parce que l'invasion ne s'est point faite sans sa permission, c'est au fond loi qui frappe.
'^ Ces dernières phrases peuvent très-bien être prises à la lettre. Les récoltes ont été détruites par les étrangers, la moisson a été nulle, et le cultivateur en a honte, parce qu'une riche récolte est sa gloire.
8 La seconde moitié du discours contient, comme tant d'autres, une promesse dn genre de celles que nous appelons messianiques. Sans autre transition, le prophète passe de la description du châtiment d'Israël à celle de la punition des étrangers, qui, tout en servant d'instruments à la Juste colère de Dieu, restent responsables du mal qulls ont fait à son peuple. Puis eux aussi doivent se convertir et prendre part à la restauration universelle.
JÉRÉMIE XII, 16. 17. xin, 1-6. 471
▼oies de moa peuple, de manière à jurer par mon nom : Vive laheweh! de même qu'ils ont appris à mon peuple à jurer par Ba'al, ils seront établis^ au milieu de mon peuple. Mais s'iU n'écoutent point, j'arracherai une telle nation^ je Tarracherai et je Texterminerai, parole de rÉternell