‹ La Bible (volume 2)Chapitre 42 sur 93 · XV · texte numérisé non relu

XV

L'Étemel me dit : Va t'acheter une ceinture de lin et mets-la sur tes reins ; mais tu ne la mettras pas dans Teau. Et j'achetai la ceinture selon la parole de l'Éternel et je la mis sur mes reins. Et la parole de l'Éternel me fut adressée une seconde fois en ces termes : Prends la ceinture que tu as achetée et qui est sur tes reins, et va te rendre à l'Euphrate', pour l'y cacher dans une fente de rocher. Et j'allai la cacher dans ^ l'Euphrate, comme l'Éternel me l'avait ordonné. Et après bien des jours, l'Éternel me dit : Va te rendre à l'Euphrate et prends-y la ceinture que je t'ai ordonné d'y

^ Lîtt.: bâiii ; ils auront an6 existence assurée, ou bien : ils seront incorporés à mon peuple. La promesse est^ comme on voit^ conditionnelle.

^ Récit allégorique de la corruption d'Israël et prédiction du châtiment. Jérémie reçoit Tordre d'acheter une ceinture, de la porter pendant quelque temps, puis d'aUer la cacher dans une fente de rocher sur les bords de l'Euphrate. Plus tard^ il est envoyé pour la reprendre, mais il la trouve pourrie. Le prophète nous dispense de chercher au loin le sens de son acte symbolique, d'ailleurs assez peu transparent par lui-même, comme c'est le cas pour la plupart de ceux dont il est question dans son livre. La ceinture, c'est Israël. De tous les vêtements, la ceinture est celui qui servait le plus au luxe des riches. Israèl est donc en quelque sorte une parure pour Jéhova. Cette ceinture est de toile de lin, de l'étoffe réservée aux vêtements du sanctuaire. Pendant quelque temps la ceinture n'est pas mise dans l'eau, c'est-à-dire qu'elle est conservée dans son état primitif; puis elle est déposée dans un trou et pourrit. Le prophète (qui partout ici représente Jéhova) l'a ôtée ; cela dit que le peuple, séparé de son Dieu, périt.

' Nous acceptons l'interprétation ordinaire, qui voit dans le Prat du texte le fleuve Euphrate. Les autres explications, par exemple celle qui y voit Bêt Léhem (Efrata), nous paraissent peu probables. Mais en aucun cas le nom de l'Euphrate ne doit ici impliquer une prophétie relative à l'exil. Car alors (pour nous servir des termes de rallégorie) Israël est allé à l'Euphrate parce qu'il était pourri ; ici il pourrit, parce qu'il est allé à l'Euphrate. Ce voyage d'Israël à l'Euphrate est donc un tout autre que celui de l'exil, c'est celui dont parlait Jérémie, chap. II, 18; ce sont les relations religieuses et politiques intimes avec l'étranger. Le fait seul qu'il s'agit du fleuve Euphrate, prouve que le prophète ne raconte pas ici un événement réel, mais qu'il nous donne un récit fictif et allégorique. Pour faire pourrir une ceinture de Un^ il n'avait pas besoin de faire denx fois un voyage si lointain.

^ Dans la fente du rocher, de manière que les eaux pouvaient l'atteindre.

472 JÉRÉMiE xm, 7-15.

cacher. Et j^allai à TEuphrate^ et je fouillai, et je pris la ceinture de Tendroit où je Tavais cachée, et voilà que la ceinture était pourrie; elle n'était plus bonne à rien.

Et la parole de rÉtemel me fut adressée en ces termes : Voici ce que dit TÉternel : Ainsi je ferai pourrir Torgueil de Juda, le grand orgueil de Jérusalem^. Ce méchant peuple qui refuse d'écouter mes paroles, qui persiste dans sou endurcissement^ et court après d'autres dieux, pour les adorer et pour se prosterner devant eux^ — il doit devenir pareil à cette ceinture qui n'est plus bonne à rien I Car de même que la ceinture s'attache aux reins de l'homme, de même je m'étais attaché toute la maison d'Israël et toute la maison de Juda, parole de rÉternell afin qu'elles fussent mon peuple, mon renom, ma gloire et mon honneur : et elles m'ont désobéi I

Et tu leur tiendras ce discours : Voici ce que dit l'Étemel, le dieu d'Israël : Toute cruche est destinée à être remplie de vin! Et s'ils te disent : Est-ce que nous ne savons donc pas que toute crache est destinée à être remplie de vin ? tu leur diras : Voici ce que dit rÉternel : Voyez, tous les habitants de ce pays-ci^ et les rois qui sont assis après David sur son trône, et les prêtres et les prophètes, et tous les habitants de Jérusalem, je vais les remplir d'ivresse et les briser les uns contre les autres, les pères et les fils à la fois, parole de rÉternel 1 Je n'aurai ni pitié, ni compassion, ni miséricorde: qui m'empêcherait de les perdre*!

Écoutez et prêtez l'oreille! Ne soyez pas hautains, car c'^t rÉternel qui parle ^. Rendez gloire à l'Étemel, votre Dieu, avant

^ D'après toate la tendance de rallégorie, Vorgueil de Juda est la présomption da peuple de faire ses affaires sans le secours de Jéhoya, et sans tenir compte de ses avis.

^ La menace déjà clairement formulée à la suite de l'acte 6ymboli<{ue de la ceinture, est reproduite une seconde fois d'une manière non moins énergique, au moyen d'une autre image. L'ivresse, chose de tout temps détestée en Orient, est l'image de la ruine la plus entière et la plus honteuse. Les prophètes disent que Dieu fait boire à quelqu'un du vin de sa colère pour l'enivrer ; cela veut dire qu'il le conduit à sa perte méritée, en lui dtant en même temps l'inteUigence qui pourrait lui faire éviter le danger. Mais cette image est combinée ici avec une autre : Israèl ne boit pas seulement le vin enivrant, il est le vase, la emche dans laqueUe ce vin est versé. Cette seconde image permet à l'auteur de comparer la destinée du peuple à ceUe des cruches (de terre) qui, jetées les unes contre les autres, se brisent et se détruisent. On remarquera la tournure par laquelle cette comparaison est introduite. Jérémie commence par un fait en apparence banal et indifférent : Les cruches sont destinées à être remplies de vin. Aussi les auditeurs répondent-ils en ricanant : La belle chose que tu nous apprends là I Mais leur raillerie doit se changer en terreur, quand ils entendent de quelles cruches et de quel vin il est question.

0 Aux menaces succèdent des exhortations. Peut-être n'est-il pas trop tard encore !

JÉRÉMIE xin, 16-22. 473

qa'il u'amène les ténèbres, et avant que vos pieds ne se heurtent contre les montagnes de la nuit ; vous attendriez le jour^ mais il Taurait changé en obscurité, transformé en une ombre épaisse^! Ah, si vous deviez ne pas écouter ceci, mon &me en secret déplorerait Totre orgueil, et mon œil, pleurant sans relâche, fondrait en larmes, quand le troupeau de TÉternel sera emmené I

Dis au roi et à la princesse ^ : Descendez de votre siège *, car elle tombe de votre tète, votre brillante couronne I Les villes du midi sont bloquées *^, personne ne les délivre. Tout Juda est déporté, déporté complètement.

Lève tes yeux** et vois ceux qui viennent du nord : Où est le troupeau qui t'avait été confié ? où sont tes belles brebis ? Que diras-tu quand on te donnera pour maîtres des alliés auxquels tu as toi-même appris à être contre toi *^ ? Ah certes, des douleurs to saisiront comme une femme qui enfante "I Et si tu devais dire en ton cœur : Pourquoi cela m'arrive-t-il ? C'est à cause du grand nombre de tes méfaits que les pans de ta robe sont retroussés, que

"^ La nuit et ses synonymes sont les images naturelles du malheur^ comme la lumière est l'image du bonheur. Dans l'obscuritéi on heurte le pied contre les obstacles qui peavent se trouver dans le chemin (les pierres d'achoppement] ; ce sont les dangers^ les accidents, les malheurs considérés comme des faits isolés et successifs. En parlant de wtontagnes, au lieu de pierres, Tauteur emploie une hyperbole ; il veut dire que le danger est inmiense, qu'il y va de l'existence même de la nation.

^ C'est-à-dire à la nî^re du roi régnant (litt.: la Dame, la Maîtresse). En Orient, où les rois vivent dans la polygamie, leurs femmes n'occupent Jamais une place éminente dans l'État. Il en est tout autrement de la reine-mère (la Sultane Walidéh] qui est la personne la plus haut placée après le souverain. L'historien des rois de Juda ne manque guère de nommer ces reines pour chaque règne en particulier. Le roi dont il est parlé id, doit être lekonyah, fils et successeur de loyaqim, qui, tout jeune encore, occupe le trdnede Jérusalem pendant quelques mois seulement, l'an 599 av. J.-C. (2 Rois XXIV). L'année de Neboukadreççar, déjà en marche contre Juda avant son avènement, l'eut bientôt détrôné et l'emmena à Babylone.

^ litt: asseyez -vous plus bas.

10 Linvasion du pays a commencé ; l'ennemi a investi les villes moins fortes, se réservant Jérusalem pour la fin. Ici l'attaque vient du nord, parce que ailleurs la nature rendait l'accès trop difficile.

11 Le prophète s'adresse à Jérusalem, la capitale et comme telle la gardienne d'Israël, du troupeau de Jéhova.

1^ Nous ne sommes pas sûr d'avoir trouvé le sens de cette phrase obscure et trèsdiversement expliquée. Notre traduction exprime la pensée que les Chaldéens, dont les rois de Jérusalem avaient été les vassaux, amenés aujourd'hui par la défection de ceax-d, vont faire valoir leur suprématie par des moyens rigoureux. La construction syntactique du texte ne favorise pas trop cette interprétation.

19 Gomp. chap. IV, 31; VI, 24.

474 JÉRÉMiE xin, 2S-37. XIV, 1-8.

tes talons sont honteusement découverts **. Le nègre changera-t-il sa peau ou la panthère ses taches? Alors vous aussi tous pourriez faire le bien, vous qui n'avez appris qu'à mal faire ^^ 1 Mais je les disperserai comme la paille emportée par le vent de la steppe! Voilà ta destinée, le lot qui Véchoit de ma part, dit rÉtemel, parce que tu m'as oublié et t'es fiée au mensonge ^'. Eh bien, moi aussi, je tirerai les pans de ta robe par-dessus ton visage, afin qu'on voie ta nudité ! Tes adultères, tes hennissements, ta criminelle prosiitation sur les hauteurs, dans les champs — je les ai vues, tes horreurs I Malheur à toi, Jérusalem I Tu ne seras pas pure, après combien de temps encore? I

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