‹ La Bible (volume 2)Chapitre 48 sur 93 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

Voici ce que dit l'Étemel : Va te rendre auprès du roi de Juda, et parle -lui en ces termes: Écoute la parole de l'Éternel, roi de Jada, qui sièges sur le trône de David, toi et tes officiers et ton peuple, qui entre par ces portes I Voici ce que dit l'Éternel : Rendez la justice avec équité, arrachez celui qu'on dépouille aux mains de l'oppresseur', ne violentez ni ne surchargez l'étranger, l'orphelin et la veuve, et ne versez point de sang innocent en ce lieu-ci. Car, si vous voulez bien agir selon cet avis, c'est qu'il entrera encore par les portes de cette maison des rois succédant à David sur son trône.

^ Encore un fragment étraDger à ce qai l'entoure aujourd'hui. Il doit 6tre bien aDtérieur au siège, car il contient un simple avertissement, une menace conditionnelle, et non, comme ce qai précède, une annonce positive d'une ruine désormais inévitable.

^ Ces dernières lignes, adressées à Jérusalem, et dépourvues de toute formule dÏDtroductton, pourraient à la rigueur se rattacher au v. 7, et être regardées comme la péroraison du premier morceau. — Jérusalem, à vrai dire, n'était pas située dans une plaine ou vallée, mais sa situation sur des hauteurs, laquelle lui assurait une -certaine sécttrité en face de l'ennemi, autorisait l'orateur à s'exprimer comme si les alentours avaient été beaucoup moins élevés.

^ Litt.: Je regarderai après vous selon le fruit de vos actes, c'est-à-dire, selon vos œuvres.

^ C'est là une pure image, pour rendre plus pittoresque l'allégorie de l'incendie, car les environs de Jérusalem sont déboisés.

' Ce nouveau discours doit se placer peu après le commencement d'un règne ; il parait destiné à adresser des avis au nouveau roi et à lui offrir en perspective, selon la manière dont il gouvernera, soit la prospérité, soit la ruine. Il est particulièrement intéressant pour le coup d'œil rétrospectif sur les règnes précédents.

a Chap. XXI, 12.

494 JÉRÉMIB XXIIy 5-14.

jEissis sur leurs chars et trûnés par leurs cheyaux, ayee leurs officiers et leur peuple. Mais si vous n'écoutez point ces paroles, alors, je le jure par moi- même, parole de TÉtemel, c'est que cette maison deviendra une mine. Car voici ce que dit rÉternel, au sujet de la maison du roi de Juda : Toi, qui es aujourd'hui un G'ile'ad, une cime du Liban', je ferai de toi, je le jure, un désert, un lieo inhabité. J^enrôlerai contre toi des destructeurs, chacun bien armé, pour qu'ils abattent tes beaux cèdres et les jettent au feu. Alors, quand les peuples en foule passeront près de cette viîle^ et qa'ils se demanderont les uns aux autres : pourquoi laheweh en a-t-il agi ainsi à l'égard de cette grande cité ? on répondra : c'est parce que, abandonnant l'alliance de l'Eternel, leur Dieu, ils se sont prosternés devant d'autres dieux et les ont adorés.

Ne pleurez pas celui qui est mort^, et ne le plaignez pasl pleurez, pleurez celui qui s'en est allé — car il ne reviendra plus, il ne reverra plus sa terre natale ' I Car c'est là ce que dit rÉternel, an sujet de S'alloum, le fils de los'ijahou, le roi de Juda, qui a régné à la place de son père, et qui a dû quitter ce lieu -ci : Il n'y reviendra plus jamais ; mais il mourra là où on l'a déporté, et il ne reverra plus ce pays-cil

Malheur à celui* qui bâtit sa maison, en manquant à la justice, et ses pavillons contre toute équité; qui fait travailler les autres sans les payer, et ne leur donne pas le salaire de leur peine; qui dit : je me bâtirai une maison vaste, et des salles spacieuses; qui y pratique de grandes fenêtres, la couvrant de bois de cèdre et la peignant de rouge. Seras-tu roi, pour rivaliser avec d'autres

^ Ceci s'adresse moins au roi qu'à sa capitale ; les habitants de ceUe-ci et leur prince sont censés être solidaires. Les montagnes de G'ile *ad et du Liban sont nommées ici pour leurs belles forêts, et l'allégorie est la même que ci-dessus, XXI, 14. Le ton général du discours trahit assez clairement la prévision que les avis salutaires ne seront pas écoutés.

4 los'iyah, roi de Juda, tué à la bataille de Meg'iddo (voyez nntroduction], qall perdit.

^ A la nouvelle de la mort de los'iyah, les habitants de Jérusalem proclamèrent roi son filS'Ioahaz (2 Rois XXIII, 30], mais Neko s'empara bientôt de sa personne et de sa capitale, et l'envoya prisonnier en Egypte. On doit supposer que le nom de S'alloum, donné ici à ce jeune prince, était son nom primitif, et l'autre son nom royal ou hono* rifique, adopté par lui à l'occasion de son avènement, d'après une coutume suivie aussi par ses successeurs.

^ Il s'agit du roi actuel, frère de loahai, loyaqim, dont le nom n'est prononcé qae plus tard. On voit par ce passage que, malgré la triste situation politique et financière du pays (2 Chron. XXXVI, 3), il se livrait au luxe et négligeait ses devoirs les pins importants.

en bois de cèdre? Ton père mangeait et buvait aussi ^^ mais il rendait la justice avec équité, et par suite, il fut heureux ; il faisait droit au pauvre et au malheureux ; par suite, il fut heureux ; voilà comme on me reconnaît, parole de rÉternell Mais tes yeux et ton cœur ne visent qu'à ton intérêt, à verser le sang de Tinnocent, à exercer Toppression et la violence.

C'est pourquoi voici ce que dit rÉternel, au sujet de lehoyaqtm, fils de lôs'iyahou, roi de Juda : On ne fera pas de complainte sur lui : c Hélas , mon frère I hélas , ma sœur I > On ne fera pas de complainte sur lui : «Hélas, le seigneur I hélas, sa gloire!» C'est la sépulture d'un âne qu'on lui donnera, en le traînant et le jetant loin des portes de Jérusalem^.

xxvn*.

Honte au Liban et pousse des cris, et sur le Bas'an fais retentir ta voixl Crie du haut des 'Abarîm, car ils sont écrasés, tous tes amants. Je te parlais pendant le temps de ta sécurité ; tu disais : je ne veux point écouter. C'était là ta façon depuis ta jeunesse ; jamais tu n'écoutais ma voix. Tes chefs seront emportés par le vent', tes

'^ Jouissait de la vie.

^Les circonstances de la mort de loyaqîm nous sont inconnaes. Les livres historiques n'en disent rien. De 2 Rois XXIV, 6^ on pourrait conclure qu'il est mort tranquillement dans son lit ; le passage 2 CUron. XXXVI, 6, pourrait plutôt faire présumer qall est mort en exil à Babylone. Comme Jérémie est ici le témoin le plus ancien, et même contemporain, son texte doit faire autorité. S'il s'agissait d'une menace en Tair que l'événement n'eût pas ratifiée, on l'aurait certainement omise dans la rédaction définitive de son livre. Tout au contraire, elle est reproduite plus tard encore, chap. XXXVI, 30 ; et il est mdme probable que le texte, tel que nous l'avons^ a reçu sa forme positive en vue des faits accomplis. — Â première vue, on ne comprend pas bien pourquoi il est dit : Hélas, ma sœur 1 Probablement l'auteur a voulu peindre, d'après les usages, ce qui se passait d'ordinaire dans les cérémonies funèbres, selon qu'on enterrait nn frère ou une sœur ; ce n'est que la seconde ligne qui s'applique au cas du roi. Du reste, comme on n'enterre pas les ftnes, la phrase qui en parle signifie tout simplement qu'il sera Jeté à la voirie, en pâture aux bêtes.

' Ce discours s'adresse à Jérusalem, et date de l'époque de la catastrophe connue BOUS le nom du premier exil (598 av. J.-C], du temps du roi lekonyah, fils de loyaqim. Le population, représentée comme de coutume sous la figure d'une femme, est censée réfugiée sur les montagnes, hors du territoire de Juda, et pousse des cris de détresse. Les wnantt sont les peuples étrangers, dont elle avait vainement espéré l'assistance dans la guerre contre Babylone.

^ Dans l'original, il 7 a un Jeu de mots : le vent (brûlant de Test) paîtra (dévorera, fera disparaître] tes pâtres.

496 JÉRÉMIE XXII, 22-dO. XXIII, 1-3.

amants iront en captivité : alors ta seras honteuse et confuse, à cause de toute ta méchanceté. Toi, qui te loges sur le Liban, qui niches dans les cèdres', ah, comme tu gémiras, quwd les doulears te saisiront, pareilles aux convulsions d^une femme en travail I

Par ma vie (parole de rÉternell),Konyahoa*, le fils de lehoyaqioi, le roi de Juda, fût-il un anneau^ à ma main droite, je Ten arracherais I Oui, je te livrerai aux mains de ceux qui en veulent à ta vie, aux mains de ceux dont tu as peur, aux mains de Neboukadreççar, le roi de Babel, aux mains des Cbaldéens. Et je te jetterai, toi et ta mère, qui t'a enfanté*, sur un sol étranger, où vous n'êtes pas nés, et c'est là que vous mourrez. Et quant aux pays vers lequel tendront leurs regrets, il n'y reviendront pas!

Est-il donc un vase si vil, et à briser, cet homme, ce Konyahoa? un meuble méprisable ? Pourquoi sont-ils chassés, lui et sa race, jetés dans une terre à eux inconnue^ I Mon pays, mon pays, mon pays, écoute la voix de rÉternell Voici ce que dit l'Eteniel: Inscrivez cet homme comme étant sans lignée"; sans aucune bonne chance sa vie durant : car nul de sa race n'aura la chance de s^asseoir sur le trône de David, et de régner encore sur Juda.

Malheur aux bergers, dit l'Éternel, qui laissent le troupeau de mon p&turage se perdre et se disperser. Voici donc ce que dit l'Éternel, le Dieu d'Israël, au sujet des bergers qui guident son peuple : C'est vous qui avez dispersé mon troupeau, vous avez poussé les brebis hors du chemin et n'avez pas eu les yeux ouverts sur elles ; eh bien, moi j'ai l'œil ouvert sur vous, sur la méchanceté de vos actes, parole de l'Éternel ! Moi, je veux ramasser ce qui reste de mes brebis, de tous les pays où je les ai dispersées, et je les ramènerai à leur pâturage, pour qu'elles y redeviennent fécondes

^ La comparaison peut porter sur la splendeur des maisons de Jérusalem, oh, sus doute, les gens riches imitaient les rois, et employaient du bois de construction tiré du dehors ; peut-être, cependant, l'auteur n'a-t-il voulu que peindre l'orgueil et la sécaxité de la population.

^ Forme abrégée de lekonyabou, que les livres historiques nomment loyakin. Vojei la note sur le nom du roi S'alloum (v. 11).

^ L 'anneau I qui servait de cachet, était un objet dont on ne se séparait Jamais.

^ La reine-mère. Voyeï chap. XIII, 18.

'^ On prend ces questions comme l'expression d'un sentiment de pitié, auquel le prophète n'aurait pu résister (comp. chap. XIV] . Mais on pourrait aussi les envisager comme une forme purement rhétorique, pour amener l'assertion corroborative qui va suivre.

8 L'image est empruntée aux inscriptions sur les registres de la cité. Konyahoa en disparaîtra, sa famille ne continuant pas à résider à Jérusalem

JÉRÉMIE xxm, 4-10. 497

et se moltiplient. Et j'établirai sur elles des pâtres qui les paîtront ; pour qu'elles n'aient plus rien à craindre, qu'elles ne soient plus ilarmées, et qu'il ne s'en perde plus, parole de l'Éternel 1 Oui, il Tient un temps, parole de l'Éternel ! où je susciterai h David une progéniture* juste, qui régnera en roi et avec prudence, et qui rendra la justice avec équité dans le pays. De son temps, Juda prospérera, et Israël demeurera en sécurité, et le nom qu'on lui donnera, sera : laheweh, notre salut ^^. Aussi vient-il un temps, voyez-vous, dit rÉternel, où l'on ne dira plus : Vive l'Éternel, qui a ramené les enfants d'Israël du pays d'Egypte I mais : Vive TÉternel, qui a retiré et ramené la race d'Israël du pays du Nord, et de tous les pays où je les avais dispersés, pour qu'ils demeurent dans leur patrie*^ I

Des prophètes*.

Mon cœur se brise dans mon sein, tous mes membres tremblent ; je suis comme un homme ivre, comme quelqu'un que le vin domine, à cause de l'Éternel et de ses saintes paroles '^ Car le pays est rempli d'hommes adultères; c'est à cause d'eux' que la terre est en deuil, que les pâturages de la lande sont desséchés ; leur allure

^ C'est à dessein que nous nous servons de ce terme et non de celui de rejeton. Ce dernier ne désignerait qu'un seul individu, l'autre est un collectif, et la pensée de Jérémie est positivement celle-ci, que la dynastie de David gouvernera dans le sens indiqué par le texte. Voyez le passage parallèle, et très -explicite à ce su]et, Chap. XXXIII, 15 suiv. Cela n'empêche pas que le nom de Rejeton n'ait été pris plus tard dans le sens individuel, et même comme une espèce de nom propre du Messie (Zach. III, 8; YI, 12).

'^ Par le même passage parallèle, on voit clairement que le sujet qui recevra ce nom, n'est point le Roi (la dynastie], mais la personne nommée immédiatement auparavant, c'est-à-dire Israël. Le nom en question symbolise la condition du peuple à cette époque.

il Répétition littérale de Chap. XVI, 14-15.

' D'après la ponctuation rabbinique, il faudrait joindre ces mots au texte : Pour les prophètes^ mon cœur se brise^ etc. Nous prenons ces mots pour une inscription ajoutée par quelque main plus récente, et d'ailleurs assez peu exacte. On aura voulu séparer le morceau nouveau du précédent qui traitait des bergers.

^ Le prophète se dit troublé et abattu, en considérant d'un côté les ordres et les menaces de Dieu, et de l'autre la perversité des honmies, parmi lesquels il signale de préférence ceux qui devraient donner le bon exemple.

' A cause d'MM, LXX. Le texte hébreu actuel met : à cause de la malédiction, aUk pour elkh.

A. T. 2« part. I. 32

498 JÉRÉMIB xxm, 11-20.

est mauvaise, leur force, c'est riniquité. Même le prophète, même le prêtre est un impie ; dans ma maison même je surprends leor méchanceté, dit rÉternel. Aussi leur chemin sera-t-il pour eux comme un sentier glissant dans l'obscurité : poussés S ils y tomberont ; car j'amènerai sur eux une calamité, en Tannée où je leur ferai rendre compte, parole de rÉternel.

Chez les prophètes de S'omerôn j'ai vu des choses absurdes : ils prophétisaient au nom de Ba al et égaraient mon peuple, Israël. Mais chez les prophètes de Jérusalem, je vois des horreurs : adultères et menteurs, ils encouragent les méchants, de manière qu'ils ne se repentent pas de leurs crimes. Ils sont pour moi tous comme ceux de Sedom, et leurs compatriotes comme ceux de 'Amorab. C'est pourquoi voici ce que dit laheweh Çebaôt à l'égard de ces prophètes : Voyez, je vais leur faire manger de l'absinthe, et je leur ferai boire un breuvage empoisonné^; car c'est de la part des prophètes de Jérusalem que vient l'impiété de tout le pays.

Voici ce que dit l'Éternel : N'écoutez point les discours de ces prophètes qui vous prophétisent 1 Ils vous content des fables; ils vous débitent les inspirations de leurs cœurs ; ce qu'ils disent ne vient pas de la bouche de l'Éternel. Ils vont dire à ceux qui méprisent la parole de l'Éternel * : Vous serez en paix I et à quiconque persiste dans sa rébellion, ils disent : Il ne vous arrivera point de mal. Mais qui donc a assisté au conseil de l'Éternel? qui l'a vu? qui a entendu sa parole? qui y a prêté l'oreille, de manière à pouvoir la proclamer ' ? Voyez plutôt l'orage de l'Éternel I Sa colère éclate, l'ouragan se déchaîne, sur la tête des méchants il va fondre I Le courroux de l'Éternel ne s'arrêtera pas avant d'avoir exécuté et accompli ses desseins : vous le verrez bien, tantôt! Je n'ai point donné mission à ces prophètes, et les voilà qui courent I

^ Sur un sentier glissant on risque de tomber, mÔme en plein jour ; i plas forte raison ce sera le cas dans Tobscurité. Or, celle-ci n'est autre chose que la calamité, dans laquelle Dieu va les pousser,

5 Chap. IX, 14.

6 Leçon des Septante. Les rabbins ont lu : à ceux qui me méprisent : L'Étemel a parlé (trois voyelles à changer).

'^ Cette phrase est douteuse. Le texte imprimé porte la trace de variantes. Noos la conservons dans son entier, sauf h changer une voyelle dans le dernier mot [yas'ma* pour yis 'ma 'J . Nous y voyons une espèce de défi jeté aux faux prophètes, poar leur dire qu'ils n'ont pas qualité pour parler au nom de Jéhova. D'autres, -avec de pla$ nombreux changements de voyelles, traduisent: « Mais c'est celui qui a assisté.... qui doit faire voir et entendre sa parole, celui qui la écouté, doit la proclamer. • Ce serait une espèce d'apologie personnelle de Jérémie.

Je ne leur ai point parlé, et ils vont prophétisant 1 S'ils ont assisté à mon conseil, hé bien, qa'ils fassent entendre à mon peuple mes paroles pour qu'ils se détournent de leur mauvaise voie et de leurs actes criminels I

Suis-je donc dieu de près seulement, dit TÉternel, et non pas dieu de loin^? Quelqu'un peut- il se cacher dans un lieu secret, que moi je ne le voie pas ? dit rÉternel. Est-ce que ce n'est pas moi qui remplis le ciel et la terre ? dit l'Éternel. J'ai bien entendu ce qu'ils ont dit, ces prophètes qui débitent le mensonge en mon nom ; ils disent: J'ai eu un songe I j'ai eu un songe I Jusqu'où cela ira-t-il? Est-ce qu'ils se proposent, ces prophètes qui débitent le mensonge, ces prophètes de leur propre fourberie, est^ee qu'ils songent à faire oublier mon nom à mon peuple, au moyen de leurs rêves qu'ils se racontent l'un à l'autre, comme leurs pères ont oublié mon nom pour celui de Ba'al? Que le prophète qui a eu un songe, raconte son songe ^, et que celui qui a eu ma parole, proclame ma parole fidèlement I Qu'est - ce que la paille fait parmi le grain ? dit rÉternel. Ma parole à moi est comme le feu, dit l'Éternel, pareille au marteau qui brise le roc'^.

Aussi, voyez-vous, dit l'Étemel, je vais m'en prendre à ces prophètes qui dérobent mes paroles l'un à l'autre**! Voyez-vous, dit rÉternel, je vais m'en prendre à ces prophètes, qui se servent de leur langue pour débiter des oracles I Voyez-vous, dit l'Éternel, je vais m'en prendre à ceux qui proclament des songes mensongers, et qui, en les racontant, égarent mon peuple par leurs mensonges et leur forfanterie, bien que ce ne soit pas moi qui les aie envoyés, ou

^ Croit-on qae J'ai abdiqué mon pouvoir, ou que je reste ignorant de ce qui se passe, quand on ne me voit pas, comme qui dirait, à portée de main.

^ Nous pensons que le prophète veut opposer ici les songes des faux prophètes à la parole de Dieu annoncée par lui-mÔme. Du moins ce qui précède autorise cette interprétation, et Tantithèse de la paille et du grain nous y ramène également. Cependant puisque ailleurs (par ex. Joël III 1}, les songes sont représentés comme une forme authentique de la révélation, d'autres ont cru que le parallélisme dans notre texte est 8jnonymi<{ue et que Tadverhe fidèlement se rapporte aux deux membres.

^^ Les faux prophètes annoncent des (^oses agréables (v. 17), mais ils mentent ; la vérité que Jéhova veut faire connaître par ses organes à lui, est d'une nature toute différente (v. 19 suiv.].

^' Ces mêmes menteurs trouvent quelquefois leur intérêt à répéter ce qu'ils ont entendu dire à d'autres prophètes, sans que cela leur soit venu par une inspiration personnelle. D'autres fois ils inventent purement et simplement leurs prétendus oracles, litt. : ils prennent leur langue et débitent la phrase consacrée : Neoum (Adonaï), c'est-àdire Parole (du Seigneur). L'expression, assez obscure du reste, doit sans doute sigaaler ce qu'il y a d'arbitraire dans ce genre de prophétie.

500 JÉRÉMIE xxni, 33-40. xxrv, i.

qui leur aie donné mission , et qu'ils ne puissent que nuire à ce peuple 1 C'est TÉternel qui le dit.

Que si ce peuple-ci, ou un prophète, ou un prêtre, t'adresse cette demande: Quelle est la charge** de rËternel? tu leur répondras : C'est vous qui lui êtes à charge : mais je vous jetterai à terre, parole de rÉternel I Et le prophète, et le prêtre, et le peuple, qui dira encore : Charge de TÉternel — je lui en demanderai compte, à lui et à sa maison. Voici comment vous direz en parlant entre vous , l'un à l'autre : Qu'a dit l'Éternel I Qu'a réponde l'Éternel? Mais vous ne parlerez plus d'une charge de l'Étemel; autrement la parole d'un chacun deviendra une charge pour lui, car vous auriez parodié " les paroles du Dieu vivant, de laheweh Çebaôt, notre Dieu. Voici comment vous direz au prophète : Qae t'a répondu l'Étemel ? Qu'a-t-il dit ? Mais si vous parlez d'une charge de l'Éternel, alors voici ce qu'il vous annonce : Puisque vous appelez cette parole-là une charge de l'Éternel, bien que je vous aie mandé de ne point l'appeler ainsi, pour cela^ voyez-vous, je voos soulèverai comme une charge ** et je vous jetterai à terre, loin de moi, ainsi que la ville que je vous avais donuée à vous et à vos pères, et je vous couvrirai d'une honte éternelle, et d'un opprobre étemel, qui ne s'oubliera pas.

J'ai eu une vision de par l'Éternel : je voyais deux corbeilles avec des figues, placées devant le temple. C'était après que Neboukadreççar, le roi de Babel , eut déporté lekonyahou , fils de lehoyaqim, roi de Juda, et les principaux de Juda, ainsi que les forgerons et

12 Le prophète joue ici sur le mot Matjà qui a les deux siguificationa de Oraelt et de charge. Le peuple, les prêtres et les (faux) prophètes sont censés interroger Jéiémie sur ce que Dieu veut leur révéler (comme s'ils n'en avaient point encore été snffiamment instruits], et se servir à cet effet dW terme qui cachait une ironie, en tant ^Hs se moquaient des menaces de Dieu. II leur répond en se servant du même mot, mais dans un tout autre sens. (Lisez avec les Septante : attem kammasiâ, en coupant autrement les mots et sans rien changer au texte primitif.]

13 Litt. : perverti, ce qui revient à ce que nous appelons le persiflage. Les faux prophètes prédisant le bonheur, et Jérémie annonçant une catastrophe, le disconrs de celui-ci était une charge^ (un fardeau] et Ton s'en moquait en affectant de l'appeler de ce terme équivoque.

1^ Le jeu de mots est repris sous une nouvelle forme. Mais pour cela il faut lire avec les Septante : nasô nastti, et non avec les rabbins : ik»M nat'iti, je tous oublierai.

les serrnriers, et qu'il les eut conduits de Jérusalem à BabeP. L'une des corbeilles contenait de trës-bonnes figues, comme des ligues de la première pousse, l'autre de très-mauvaises figues, et qui n'étaient pas même mangeables.

Et rÉternel me dit : Que vois-tu, Jérémîe ? Et je répondis : Des figues; les bonnes figues sont très-bonnes, mais les mauvaises sont si mauvaises qu'elles ne sont pas mangeables. Alors la parole de VÉternel me fut adressée en ces termes : Voici ce que dit TÉternel, le dieu d'Israël : Tels que ces bonnes figues, je reconnaîtrai à bonnes fins les déportés de Juda', que j'ai cbassés de ce lieu-ci dans le pays des Chaldéens ; je dirigerai mon œil sur eux à bonnes fins, je les ferai revenir dans ce pays- ci, je les restaurerai et ne les ruinerai point, je les replanterai et ne les arracherai point. Et je leur donnerai un cœur pour reconnaître que moi je suis l'Éternel, afia qu'ils soient mon peuple et que je sois leur dieu, quand ils seront revenus à moi de tout leur cœur. Et tels que les mauvaises, qui ne sont pas mangeables (dit l'Éternel), tels je ferai Çidqiyahou, le roi de Juda, et ses ofiSciers, et ce qui est resté de Jérusalem dans ce pays-ci, et ceux qui sont établis en Egypte', et je ferai d'eux un objet d'horreur [de malheur]* pour tous les royaumes de la terre, un objet d'opprobre, de dérision, de raillerie et d'exécration dans tous les lieux où je les chasserai. J'enverrai parmi eux l'épée, la famine et la peste, jusqu'à ce qu'ils soient exterminés du pays que je leur avais donné à eux et à leurs pères.

^ Ce fait, connu sous le nom du premier exil, est raconté 2 Rois XXIV. Il se rapporte à Tannée 598 av. J.-C, d'après la chronologie usuelle. La vision dont le texte parle, n'est^ à vrai dire, qu'une forme symbolique du discours, par laquelle le prophète veut rendre plus frappant et plus sensible le jugement qu'il va formuler. Comp. 1, 11 8uiv.

^ La raison pour laquelle Jérémie n'a que des promesses pour les déportés, contre lesquels il a pourtant si énergiquement parlé antérieurement^ et seulement des menaces poor ceux qui ont échappé à la catastrophe, ne doit pas être cherchée dans leur mérite respectif. Mais les déportés ont €U punis^ ils ont expié leurs fautes^ il est à supposer qu'ils prendront le châtiment à cœur, tandis que les autres, qui sont évidemment ici le véritable sujet du discours, n'ont point profité de ce terrible avertissement. Leur tour viendra donc aussi (à h(inMi fins, litt. : à bien ; cela doit se rapporter aux desseins de Dieu envers cette moitié du peuple).

3 Beaucoup d'Israélites avaient émigré pendant la guerre. Jérémie les regarde à juste titre comme absolument et volontairement séparés du peuple de Dieu.

4 Ce mot n'existait pas dans le texte des Septante et ne présente pas de sens ici. Probablement un lecteur ou glosateur l'a ajouté en marge pour expliquer le mot précéder, qui est d'un usage peu fréquent et même un peu douteux, comme le prouve la note critique imprimée dans nos éditions.

La parole qui fut adressée à Jérémie au sujet de tout le peuple de Juda, la quatrième année de lehoyaqim, fils de los'iyahou, roi de Juda (laquelle était la première année de Neboukadreççar, roi de Babel)^ et que le prophète Jérémie annonça à tout le peuple de Juda et à tous les habitants de Jérusalem, en disant :

Depuis la treizième année de los'iyahou, fils d'Àmon, roi de Juda, jusqu*à ce jour, voilà vingt-trois ans que la parole de l'Éternel m'est adressée et que je vous l'annonce continuellement sans que vous m'écoutiez '. Et rÉtemel envoya vers vous tous ses serviteurs, les prophètes dès Tabord et itérativement , et vous n'avez point écouté ni prêté T oreille, de manière à obéir. Ils vous disaient : Revenez donc de vos mauvaises voies, et de vos méchantes actions, et vous demeurerez dans ce pays que TÉternel vous a donné, à tous et à vos pères, d'ores à jamais I Et ne courez pas après d'antres dieux, pour les adorer et vous prosterner devant eux, et ne m'irritex pas par l'ouvrage de vos mains', pour que je ne vous fasse pas de mal. Mais vous ne m'avez pas écouté, dit rÉtemel, de manière à m'irriter par l'ouvrage de vos mains, pour votre propre malheur. Pour cela, voici ce que dit l'Éternel : Puisque vous n'avez pas écouté mes paroles, voyez-vous, je vais envoyer quérir toutes les tribus du nord, dit l'Éternel, avec Neboukadreççar, le roi de Babel, mon serviteur, et je les conduirai contre ce pays-ci, et contre ses habitants, et contre tous ces peuples à l'entour, et je les vouerai à l'extermination et j'en ferai un objet d'horreur et de dérision, et des ruines éternelles ; et je ferai cesser parmi eux les cris de joie et de réjouissance, la voix de l'époux et de la mariée', le bruit des meules et l'éclat du flambeau. Car tout ce pays^ci deviendra un désert et une solitude. [El ces peuples- là seront les sujets du roi de Bahtl pendant soixante-dix ans. Et quand les soixante-dix ans seront complets, je demanderai compte de leurs crimes (parole de V Étemel!) au roi de Babel ^ et à ce peuple^ et au pays des Chaidéens^ et j^en ferai un désert à jamais. Et j'accomplirai sur ce pays toutes les menaces que j'ai prononcées contre lui^ tout ce qui est écrit dans ce livre^ ce que Jérémie a prophétisé contre tous les peuples. Car eux aussi^ des peuples nombreux et de grands rois

l Chap. VII, 13, 25, 26; XVIII, 11. etc.

^ LeB idoles.

s Chap. VII, 34 ; XVI, 9. L'absence de la lamitee et des ustensiles pour k mouture, dans la maison, est l'effet naturel de l'absence des habitants.

JÉRÉMIE XXV, i5-25. 503

les asservironty^ et je leur rendrai selon leurs actes et Tœuvre de lenrs mains.

Car yoici ce que m'a dit rÉternel, le dieu d'Israël : Tiens, prends cette coupe avec le vin de la colère*, et fais -y boire tous les peuples vers lesquels je t'envoie I Qu'ils boivent, qu'ils s'enivrent, qu'ils perdent la tête en face de l'épée que je vais lancer parmi enx ! Et je pris la coupe de la main de TÉternel, et j'y fis boire tous les peuples vers lesquels Dieu m'avait envoyé, Jérusalem, et les villes de Juda, ses rois et ses chefs, pour en faire des ruines, un objet d'horreur, de dérision et de malédiction en ce jour * ; puis Pharaon, le roi d'Egypte, ses officiers et ses chefs, et tout son peuple, et les étrangers'; et tous les rois du pays de 'Oùç', et tous les rois du pays des Philistins, As'qlôn, 'Azzah, 'Eqrôn, et ce qui reste d'Âs'dod ^ ; Edom, Moab et les 'Ammonites ; et tous les rois de Tyr et tous les rois de Çîdôn, et les rois des îles*® qui sont au-delà de la mer ; Dedan, Témà, Bouz, et tous ceux qui se rasent les tempes**, et tous les rois de l'Arabie et des étrangers qui demeurent au désert; et tous les rois de Zimeri*', et tous les rois de 'Êlam, et tous les rois de la Médie, et tous les rois du nord,

4 Le passage mis entre crochets nous paraît être étranger au texte authentique de Jérémie, dont le livre y est mentionné comme un ouvrage distinct et achevé. Cependant c'est dans ce livre mSme que le glosateur a puisé ce qu'il insère ici relativement à la ruine de Babel (XXIX, iO). On remarquera d'ailleurs le décousu de la rédaction. Les peuplet (au pluriel) sont d'abord, v. 1 1 , les mÔmes que ceux du 9* verset, ceux qui partageront le sort de Juda; puis, v. 13, ce sont tous ceux dont parle Jérémie^ y compris les Babyloniens. Enân, v. 14, ce sont les vainqueurs de ces derniers.

^ La coupe en question n'existe pas dans la réalité ; c'est une figure de rhétorique pour parler de la prédiction relative à la colère de Dieu. Celle-ci est comparée à un vin qni trouble la raison et fait chanceler le corps de ceux qui en boivent, de manière qu'en face du danger ils sont désarmés et impuissants. Les peuples qui boivent ainsi sont ceux du v. 9, qui vont être enveloppés dans la catastrophe de Juda.

^ D'autres traduisent : comme c'est aujourd'hui. Dans ce cas, ce serait une glose ajoutée par une main plus récente. Les LXX omettent ces mots.

"^ Litt. : le mélange, c'est-à-dire toutes sortes de gens, étabUs en Egypte, sans être Égyptiens. A l'époque de Jérémie, le commerce avait déjà amené dans ce pays de nombreux étrangers, notamment aussi des Palestiniens. Le texte reçu joint ce mot à ce qui soit, et les traductions le considèrent comme un nom propre (rArabie) ; cependant celle-ci est mentionnée plus bas.

5 Le pays de Job, Tldumée ou quelque contrée avoisinante.

^ Ville des Philistins, détruite récemment par le Pharaon Psammétique.

^0 Ou pays maritimes. Aussi loin que l'horizon géographique du prophète s'étendait.

^1 Comp. IX, 25. Il s'agit de tribus arabes.

^^ Localité inconnue.

504 JÉRâMIB XXV, 26-34.

proches et éloignés les nns des autres^ enfin, toas les royaumes du monde, qiii sont sur la surface de la terre" — [et après etuc le roi de S'és'ak boira aussi] — et tu leur diras : Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël : Buvez, enivrez*vous, vomissex et tombes, pour no plus vous relever, sous Tépée que je vais lancer parmi vous. Et s'ils devaient refuser de prendre la coupe de ta main pour boire, tu leur diras : Voici ce que dit rÉternel : Vous U boirez pourtant I Car, voyez-vous, c'est par la ville à laquelle est attaché mon nom, que je commencerai à frapper, et vous, vons resteriez impunis? Non, vous ne resterez pas impunis I mais je vais mander une épée contre tous les habitants de la terre, parole de rÉternel I Et toi, va proclamer tout cela ; dis-leur : C'est rÉternel qui rugit d'en haut ; de sa sainte demeure il fait éclater sa voix ; il fond en rugissant sur sa campagne, il fait entendre le cri des vendangeurs à tous les habitants de la terre '^ Le tumulte s'étend jusqu'au bout du monde, car l'Éternel prend à partie les peuples, il plaide contre tous les mortels, et les coupables, il les livre à répée, parole de l'Éternel l Voici ce que dit l'Étemel : Voyez, la catastrophe passe de peuple à peuple ; une grande tempête s'élève des extrémités de la terre. Les massacrés de l'Étemel^ en ce jour, joncheront la terre d'un bout à l'autre ; ils ne seront ni pleures, ni ramassés, ni enterrés ; ils deviendront du fumier sur la surface du sol ''. Poussez des cris d'angoisse, vous, bergers I roulez-vous dans la poussière, vous, les nobles du troupeau '* ! car il est arrivé, le

18 Jusqulci tous les noms propres dépendent, comme régime, da verbe: J'y fis boire. Cela veut dire, le monde paien tout entier sera châtié, avec Jnda, par le rm de Babel, instrument de la colère de Dieu — et à la fin, le tour de celui-ci Tiendra aussi. Du moins le texte le dit, en tant que S'és'ak est Babel. Comp. LI, 41 . Mais comme Iss Septante n'ont point cette phrase, et que la substitution d'un nom énigmatique an nom usuel a quelque chose de singulier, il est probable que nous ayons ici une glose étnngère comme ci-dessus, t. 11-14, laquelle interrompt mâme le fil du discours.

^"^ Il 7 a ici deux images assez peu nettement dessinées. Dieu est comparé au Boa qui se jette en rugissant sur le troupeau dans la campagne, et au rendangeur qui crie et chante pendant le travail du pressoir. Or, le pressoir sert souvent d'image pour peiadn un grand carnage. Il va sans dire que Dieu est représenté ici comme acoompUssint de ses propres mains l'œuvre de destruction.

16 XVI, 4 j VIII, 2; XIV. 16.

^0 Les bergers sont les princes, les nobles du troupeau sont les nobles de la nation. C'est aux chefs et conducteurs d'Israël que la menace s'adresse de préférence. Cette môme allégorie du troupeau revient encore plus loin sous diverses formes (égor^gcr, disperser, pâturage, lion). Mais l'auteur y en mêle une autre anez disparate, celle d'nn vase précieux qu'on Jette à terre pour le briser.

JÉRÉMIB XXV, 35-38. XXVI, 1-7. 505

moment où vous devez être égorgés ; je vous briserai ^'^ et vous tomberez comme un vase précieux. Plus de refage pour les bergers I plus de retraite pour les nobles du troupeau 1 Écoutez I Cris des bergers, cris d'angoisse des nobles du troupeau I C'est que TÉternel dévaste leur pâturage : elles sont minées, les campagnes paisibles, par le feu de la colère de TÉternel. Pareil au jeune lion, il a quitté son ballier, et leur terre est devenue un désert, devant son épée ^' vengeresse^ devant le feu de sa colère I

XXXP.

Au commencement du règne de lehoyaqim, fils de los'ijabou, roi de Juda, la parole suivante vint de la part de rÉternel : Voici ce que dit rËtemel : Place-toi dans la cour de la maison de TÉternel, et proclame, contre toutes les villes de Juda qui viennent à la maison de l'Éternel pour y adorer, toutes les paroles que je t*ordonne de leur dire, sans en rien retrancher. Peut-être écouteront^ils et se détourneront-ils de leur mauvaise voie, eu sorte que je me repentirai du mal que je médite de leur faire à cause de la méchanceté de leurs actes. Dis-leur : Voici ce que dit rÉternel : Si vous ne m'écoutez pas, de manière à marcher selon la loi que je vous ai proposée, et à écouter les paroles de mes serviteurs, les prophètes, que je n*ai cessé de vous envoyer dès Tabord et itérativement et que vous n'avez point écoutés, j'en ferai de cette maison comme de S'ilob', et je ferai que cette ville soit en exécration à tous les peuples de la terre'.

Or, les prêtres et les prophètes et tout le peuple entendirent Jérémie, quand il dit toutes ces choses dans la maison de TÉternel. Et quand Jérémie eut fini de dire tout ce que l'Étemel lui avait ordonné de dire à tout le peuple, les prêtres et les prophètes et

1*7 Le texte offre ici un mot de fonne impossible, que les anciens déjà n'ont pas su expliquer. Noos supposons une première personne Hiphil, et non un substantif. En dtsani : ]e tous briserai, nous avons voulu mettre le mot en rapport avec le vase. L'étymoiogie probable militerait plutôt pour : je vous disperserai.

1^ Leçon des LXX.

1 n est impossible de méconnaître l'analogie de ce récit avec celui du cbap. VIL La situation est la môme, tant à Tégard de la localité, que relativement à la substance da discours. Au sujet des conséquences qui résultèrent de celui-ci pour la personne du prophète, comp. cbap. XX.

s Cbap. VU, 12.

3 Son sort sera si terrible, que le monde entier le rappellera à titre d'exemple, quand il s'agira de prononcer une malédiction sur une antre ville.

506 jâRÉMIB XXVI, 8-19.

tout le peuple le saisirent en disant : 11 faut que tu meores I Pourquoi as-tu prophétisé au nom de TÉternel, en disant : « Il en sera de cette maison comme de celle de S'ilo, et cette ville sera déserte et inhabitée I> Et tout le peuple s'attroupa contre Jérémie dans la maison de rÉternel.

Cependant lorsque les magistrats de Jnda apprirtsnt ces choses, ils montèrent de la maison du roi à la maison de rÈtemel et prirent place à l'entrée de la porte neuve du temple ^ Et les prêtres et les prophètes dirent aux magistrats et à tout le peuple : Cet homme mérite d'être condamné à mort, car il a prophétisé contre cette ville, comme vous Tavez entendu de vos oreilles ^

Alors Jérémie s'adressa à tous les magistrats et à tout le peuple eu ces termes : L'Éternel m'a donné la mission de prophétiser, à l'égard de cette maison et de cette ville, tout ce que vous avez entendu. Or, maintenant amendez votre conduite et vos actes, et écoutez la voix de l'Éternel votre Dieu, pour qu'il se repente à l'égard du malheur dont il vous a menacés. Quant à moi^ me voici entre vos mains; agissez-en avec moi comme bon vous semblera. Seulement sachez bien que si vous me faites mourir, vous mettez du sang innocent à votre charge, et à celle de cette ville et de ses habitants, car, en vérité, l'Éternel m'a envoyé vers vous pour vous faire entendre toutes ces choses.

Alors les magistrats et tout le peuple dirent aux prêtres et aux prophètes : Cet homme n'a pas mérité la mort, mais c'est au nom de l'Éternel notre Dieu qu'il nous a parlé. Et quelques-uns des sbeikhs du pays* s'avancèrent et parlèrent à toute l'assemblée en ces termes : Mikayah , le Moras'ti^® i prophétisait du temps de Hizqiyahou, le roi de Juda, et parlait à tout le peuple de Juda en ces termes : «Voici ce que dit labeweh Çebaôt : Sion sera labourée comme un champ ; Jérusalem deviendra un monceau de ruines, et la montagne du temple une hauteur boisée ^ I » Est-ce que le roi Hizqiyahou et tout Juda l'ont mis à mort pour cela? N'a-t-il pas

^ On suppose <{u'entre le palais et le temple il y avait, k cette époque, une Tallée^ dans laquelle il fallait descendre pour remonter de Tautre côté. La situation exacte de toutes les portes de l'enceinte sacrée nous est inconnue. Voy. XX, 2.

^ Cela s'adresse plutôt à la foule qu'aux magistrats, qui n'avaient pas été présents, ô Le gouvernement, chez les Israélites, avait encore, dans les affaires judiciaires, on reste de forme démocratique^ bien qu'elle ne (Ût pas légalement organisée, ni surtout généralement respectée. Les anciens, c'est-à-dire les pères de famille, ou chefs de danSt fermaient une espèce de jury. Nous avons préféré le terme arabe aujourd'hui consacré, à celui à*ancieHê, qui ne représente pas pour nous la même notion.

f Michée III, 12.

craint rÉternel, et cherché à l'apaiser, de maniëre que TÉternel s'est repenti du mal dont il les avait menacés ? Et nous nous chargerions d*un si grand crime*?

[// y eut encore un autre homme qui prophétisait au nom de rÉternely Ouriyahou, fils de S'ema'yahou, de Qiryat-Ie'arim ; il prophétisait contre cette ville et contre ce pays dans les mêmes termes que Jérémie. Et le roi lehoyaqim ayant entendu ses discours^ ainsi que ses officiers et les magistrats^ voulut le faire mourir, mais Ouriyahou l'ayant appris^ eut peur et alla se réfugier en Egypte, Alors le roi lehoyaqim envoya des gens en Egypte^ Elnatan^ fils de 'AkboTj et d^autres avec /vt, et ceux-ci retirèrent Ouriyahou d'Egypte et l'amenèrent au roi lehoyaqim^ qui le fit mourir par le glaive et jeter son corps à Vendroit ov, Pon enterrait le commun peuple*.]

Mais A.hiqam, fils de S'afan, protégea Jérémie, de manière qu'on ne le livra pas au peuple pour le faire mourir ^^.

XXXIP.

Au commencement du règne de lehoyaqim*, fils de los'iyahou, roi de Juda, la parole fut adressée à Jérémie de la part de rÈternel en ces termes :

Voici ce que m^a dit l'Étemel : Fais-toi des liens et des jougs et mets-les sur ton cou'. Puis envoie-les au roi d'Êdom, et au roi de

s Ce discours des sheikhs peut être placé avant la décision des magistrats, y. 16, qui serait menlionnée par anticipation. Autrement il peut dire considéré comme une explication à l'appui de l'arrêt. L'histoire ({Ui suit ne peut être arrivée que plus tard (oomp. la date du v. i], elle ne peut pas non plus avoir été citée par les sheikhs, dont elle aurait tSaibli les conclusions. Il faut qu'elle ait été insérée ici à l'époque de la rédaction définitive du livre, pour (aire voir combien grand était le danger que courait le prophète.

' Sans sépulture.

^0 Cette dernière phrase se rattache au texte interrompu après le v. 10, et fait voir que ce qui précède est étranger à ce texte. Pour Ahiqam voy., 2 Rois XXII, 12. 11 était sans doute l'un des magistrats mentionnés au v. 16. Il fut père du célèbre G'edaljah, dont il sera question ci-après, chap. XXXIX et suiv.

^ Jérémie veut dissuader le gouvernement de se liguer avec les voisins pour secouer le joog des Babyloniens.

' Faute de copiste. Lises Çidqiyahou. Gomp. v. 3 suiv.

3 Le Joug avec lequel les bœufs étaient attelés, parait avoir été composé de plusieurs pièces, reliées entre elles par des cordes. De U, sans doute, le pluriel dans le texte, qai ne prouvera pas qu'il s agit de plusieurs jougs. Comp. XXVIII, 13. Le Joug représente ici (comme dans notre langage figuré j l'assujettissement politique.

508 jâaÉMiE xzvii, 4-ii.

Moab, et au roi des 'Ammonites, et an roi de Tyr, el an roi de ÇidÔD, par l'entremise des ambassadeurs qui sont venus à Jérusalem chez Çidqijahou, le roi de Jada^, et ordonne-leur d* aller vers leurs maîtres pour leur dire : Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël : Voici ce que vous direz à vos mûtres : C^est moi qui ai fait la terre, et les hommes et les bètes qui sont sur la terre, par ma grande puissance et avec mon bras étendu, et je les donne à qui bon me semble. Or, je donne, moi, tous ces pays-là à Neboukadneççar, le roi de Babel, mon serviteur. Je lui donne même les bètes sauvages, pour qu'elles lui soient assujetties^. Et toutes les nations lui seront soumises, à lui et à son fils, et au fils de son fils, jusqu'à ce que le temps de son pays à lui vienne aussi, et que des peuples nombreux et de grands rois Tasservissent *. Et la nation ou le royaumQ, qui ne se soumettra pas à lui, à Neboukadneççar, le roi de Babel, et qui ne pliera pas son cou sous le joug du roi de Babel, cette nation-là, je viendrai la visiter avec Tépée, la famine et la peste, parole de rÉternel, jusqu'à ce que je Taie exterminée par sa main. Et vous, n'écoutez point vos prophètes, ni vos devins, ni vos songes, ni vos sorciers, ni vos magiciens, qui vous disent : Vous ne serez point soumis au roi de Babel. C'est un mensonge qu'ils vous prophétisent, à l'efifet de vous faire chasser de votre pays, et pour que je vous disperse et que vous périssiez^. Mais la nation qui pliera son cou sous le joug du roi de Babel, et qui se soumettra à lui, je la laisserai dans son pays, dit l'Éternel, poor qu'elle le cultive et y demeure.

4 Cet envoi, fait k cinq rois voisins qui étaient en ce moment en négociation avec le roi de Juda^ n'est pas à prendre au pied de la lettre. Les ambassadeurs n'auraient pas emporté ces singulières machines. Il ne s'agit pas de six exemplaires^ dont cinq pour l'étranger. S'il 7 a là un fait, et non une simple forme de rhétorique, nous dirons que Jérémie parut en public avec son joug sur les épaules, et il suffisait que les ambassa* deurs le vissent et l'entendissent comme tout le monde, pour que leurs souverains respectifs eussent connaissance de ses avis.

^ Terme hyperbolique, les bètes sauvages étant d'habitude les créatures libres par excellence.

0 Cette prédiction (v. 7) manquait au texte traduit par les LXX. Elle n'est pas nécessairement inauihentique pour cela, bien qu'il convienne de remarquer qu'ailleurs Jérémie écrit toujours Neboukadreççar, forme plus exacte d'après les monuments. Aurions-nous à partir d'ici la rédaction de Barouk? En tout cas, l'accent est à mettre, non sur le nombre des successeurs, qui ne doit pas être déterminé ici, mais sur le mot jusqu'à..,, ce qui revient à dire, aussi longtemps qu'il plaira à Dieu.

'^ Ce n'était pas, sans doute, le but de ces faux prophètes, mais c'était l'eflet immanquable de leurs prédications, si on les écoutait.

JÉR^MIE XXVII, 12-22. 509

Pois je m'adressai, dans les mêmes termes, à Çidqijah, le roi de Jada, en disant : Pliez votre cou sous le joug du roi de Babel, et soumettez-y ous à lui et à son peuple^ pour que vous viviez. Pourquoi voudriez-vous périr, toi et ton peuple, par Tépée, la famine et la peste, comme TEternel Ta prononcé contre toute nation qui ne se soumettrait pas au roi de Babel ? Et n'écoutez point les discours des prophètes qui vous disent : Vous ne serez point soumis au roi de Babel l C'est un mensonge qu'ils vous prophétisent : Car je ne leur ai point donné mission, dît TÉternel, et ils mentent en prophétisant en mon nom, à l'effet de vous faire disperser par moi, et pour que vous périssiez, vous et vos prophètes I

Puis je parlai aux prêtres et à tout ce peuple-ci, en disant : Voici ce que dit l'Éternel : N'écoutez point les discours de vos prophètes qui vous prophétisent en disant : Voyez, les vases de la maison de l'Éternel ^ vont être rapportés de Babel, maintenant bientôt! C'est un mensonge qu'ils vous prophétisent I Ne les écoutez point, soumettez-vous au roi de Babel, pour que vous viviez I Pourquoi cette ville deviendrait- elle une ruine ? Mais s'ils sont prophètes, et si la parole de l'Éternel est en eux, hé bien I qu'ils insistent auprès de l'Éternel, afin que les vases, qui restent encore dans la maison de l'Éternel, et dans la maison du roi de Juda et à Jérusalem, ne soient pas aussi transportés à Babel. Car voici ce que dit laheweh Çebaôt, au sujet des colonnes, et du grand bassin, et des trains d'airain^, et du reste des vases laissés en cette ville, que Neboukadneççar, le roi de Babel, n'emporta point, quand il emmena lekonjah, le fils de lehoyaqim, le roi de Juda, de Jérusalem à

Babel, ainsi que tous les nobles de Juda et de Jérusalem Car

voici *^ ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël, au sujet des vases restés dans la maison de l'Éternel, et dans la maison du roi de Juda, et à Jérusalem : Vers Babel ils seront transportés, et là ils resteront, jusqu'au jour où j'irai les trouver, dit l'Éternel, pour les faire rapporter et remettre en ce lieu-ci I

B Les va868 d'or emportés par les Chaldéens lors de la prise de Jérusalem sottâ lekoDjah. 2 Rois, XXIV, 18.

» i Rois VII, 27 suiv.

i<> Le verset 21 fait double emploi avec les versets 19 et 20 qui manquent presque totalement dans la récension grecque. En tout cas, la répétition est on ne peut plus oiseuse.

510 JÉRÉMIE XXVin, 1-13.

En cette même année, au commencement dn règne de Çidqiyab, roi de Juda, c'est-à-dire au cinquième mois de la quatrième année 'S Hananyah^ fils de 'Azzour, le prophète de G'ibe'ôn, vint me parler dans la maison de TÉternel, en présence des prêtres et de tout le peuple, en ces termes : Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël : Je brise le joug du roi de Babel I Deux années encore, et je fais rapporter en ce lieu-ci tous les vases de la maison de rÉternel que Neboukadneççar, le roi de Babel, a enlevés de ce lieu-ci pour les transporter à Babel. Et lekonjah, le fils de leboyaqim, le roi de Juda, et tous les déportés de Juda emmenés à Babel, moi, je les ramène en ce lieu-ci, parole de rÉternel, car je briserai le joug du roi de Babel 1

Sur cela, le prophète Jérémie répondit au prophète Hananyah, en présence des prêtres et de tout le peuple qui se trouvait dans la maison de TÉternel, et le prophète Jérémie dit : Amen, ainsi fasse rÉternel, et qu'il ratifie les paroles de ta prédiction, en faisant revenir de Babel en ce lieu-ci, les vases de la maison de TÉternel et tous les déportés. Écoute cependant la parole que je vais te dire, à toi et à tout le peuple : Les prophètes qui ont été avant moi et avant toi, depuis fort longtemps, ont prédit guerres, pestes et calamités a beaucoup de pays et à de grands royaumes : si donc nn prophète vient prédire le bonheur, ce n'est que par TaccompUssement de la parole de ce prophète qu'on pourra reconnaître que l'Éternel lui a véritablement donné mission '*.

Alors le prophète Hananyah prit le joug du cou du prophète Jérémie et le brisa. Et Hananyah dit en présence de tout le peuple: Voici ce que dit l'Éternel : C'est ainsi que je briserai le joug de Neboukadneççar, le roi de Babel, d'ici à deux ans, de dessus le cou de tous les peuples. Et le prophète Jérémie s^en alla de son côté.

Mais après que le prophète Hananyah eut brisé le joug de dessus le cou du prophète Jérémie, la parole de l'Éternel fut adressée à celui-ci en ces termes : Va parler à Hananyah et dis-lui : Voici ce que dit l'Éternel : C'est un joug de bois que tu as brisé, et à sa

) ^ On a trouvé singulier que la quatrième année d'un règne, assex court du reste, soit désignée comme le commencement, et Ton a pensé que cette dernière notice pourrait bien être étrangère au texte (LXX) et avoir été mal à propos répétée de Tintitulé da chapitre précédent. A notre gré, cela prouve seulement que la rédaction du texte se place à une époque bien postérieure aux faits, où la perspective pouvait rapprocher les époques. Bn tout cas, ce qui va suivre se rattache immédiatement à la scène du jouj.

12 Jusque là les présomptions seront contre lui, à cause des prophéties anténeares, plus nombreuses et plus authentiques.

JÉRÉMIE XXVm, 14-17. XXIX, 1-6. 511

place tu as fait an joag de fer " I Car voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d^Israël : C'est un joug de fer que je mets sur le con de tous ces peuples, pour qu'ils soient assujettis à Neboukadneççar, le roi de Babel, et qu'ils lui soient soumis, et je lui donne JBsqu'aux bêtes sauvages'^.

Et le prophète Jérémie dit au prophète Hananyah : Écoute Hananyah^ ce n*est pas TÉternel qui t'a envoyé, mais toi tu fais que ce peuple se fie à un mensonge. C'est pourquoi TÉternel dit : Vois-tu, je vais te renvoyer ** de la face de la terre ; cette année même tu vas mourir, car tu as prêché la révolte contre rÉternel. Et le prophète Hananyah mourut au septième mois de cette même année.

XXXIIP.

Voici la teneur de la lettre que le prophète Jérémie envoya de Jérusalem au reste des sheikhs déportés, et aux prêtres et aux prophètes, et à tous ceux du peuple, que Neboukadneççar avait déportés de Jérusalem à Babel, après que le roi lekonyah fut parti de Jérusalem, avec la reine-mère et les eunuques, les officiers de Jérusalem et de Juda, les forgerons et les serruriers', par Tentremise d'El'asah, fils de S'afan, et de G'emaryah, fils de Hilqiyah, que Çidqiyah, roi de Juda, envoyait k Babel auprès du roi Neboukadneççar.

Il disait : Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël, à tons les déportés que j'ai fait déporter de Jérusalem à Babel : Bâtissez des maisons et demeurez-y, plantez des jardins et mangezen les fruits I Prenez des femmes, donnez le jour à des fils et à des filles, prenez des femmes pour vos fils, et mariez vos filles, pour qu'elles devieiment mères à leur tour. Multipliez- vous là et ne

^^ Non pas, sans doute, matérieUemeat, mais dans le sens figuré. Tu provoques et encourages l'insurrection contre le roi de Babel. De tolérable qu'il est aujourd'hui, le joug deviendra intolérable et ne pourra plus être brisé.

ï4 XXVII. 6.

^^ Antithèse entre Venvoi prétendu et le renvoi réel du faux prophète, ce dernier dans un sens cruellement ironique .

1 Résomé d'une lettre de Jérémie aux déportés de la Babylonie. Ceux-d, trompés par leors prophètes, espéraient un prochain retour dans leur patrie { Jérémie, profitant d'une occasion qui se présentait, leur écrit pour les détromper, et les avertit que leur eiii se prolongera et qu'ils feront bien de s'arranger en conséquence dans leur nouvelle condition. Cette lettre doit avoir été écrite au plus tard vers l'époque des faits relatés dans les pages précédentes.

^ Cbap. XXIV, 1. Le mot après çue se rattache au fait de l'envoi de la lettre et ne doit pas faire supposer deux déportations consécutives.

512 JÉRÉMIE XXIX, %i6.

laissez pas votre nombre se réduire'. Ayez soin dn bien-être de la ville ^ où je vous ai fait transporter, et priez l'Éternel pour elle, car son bien-être sera aussi le vôtre. Car voici ce que dit i^Êtemel, le dieu d'Israël : Ne vous laissez pas séduire par vos prophètes qui sont au milieu de vous, ou par vos devins, et ne croyez pas aux songes que vous auriez. Car ils mentent en prophétisant en mon nom : je ne leur ai point donné mission, dit rÉternel. Car voici ce que dit rÉternel : Quand soixante-dix ans ^ seront accomplis poor Babel, je vous visiterai, et je ratifierai pour vous ma bonne promesse^ de vous ramener en ce lieu-ci. Car moi, je connais les projets que je médite à votre égard, parole de TÉternel ! projets de bonheur et non de malheur, de vous donner un avenir et nne espérance. Quand vous m^appellerez, vous partirez ; quand vous m'adresserez vos prières, je vous exaucerai ; quand vous me chercherez, vous me trouverez ; quand vous me rechercherez de tout votre cœw, je me laisserai trouver par vous, parole de rÉternel I je ramènerai vos captifs, je vous rassemblerai d'entre toutes les nations et de tous les lieux où je vous ai dispersés, parole de rÉternel I et je vous ferai revenir vers le lieu d'où je vous ai fait déporter. Quant à ce que vous dites : L'Éternel nous a suscité des prophètes à BabeP... C'est que l'Éternel parle ainsi au sujet du roi assis sur

s Colonisez et ne vous livres pas & un morne désespoir ou à des illusions fantastiqaes. Le gouvernement babylonien se sera borné à assigner des terres anx déportés, et ceux-ci, au lieu de mettre bardiment la main à l'œuvre pour se créer une noarelle existence^ risquaient de se perdre complètement par l'abattement et la fainéantise, en vivant au jour le jour. La nationalité ne se conserve pas cbez un peuple de mendiants affamés.

^ Il s'agit de Babylone, et de tout endroit où des Israélites pouvaient se troaver.

^ C'est là un nombre rond et qui n'a pas la prétention d'être le résultat d'un calcul prophétique rigoureusement exact. Nous sommes au règne de Çidqiyah, à l'avènement duquel (598 av. J.) a commencé l'exil de ceux auquel Jérémie s'adresse ici. De \k, an retour, sous Cyrus, il n'y a que 62 ans. Plus tard, ce nombre 70 est devenu nne détermination en quelque sorte officielle, mais que chacun calculait à sa manière (Zach. !> i2; Dan. I, i ; IX, 2).

« Ch. XXIV, 6.

'^ Beaucoup de commentateurs ont cru découvrir ici un désordre dans le texte reça, et ont voulu rattacher le v. 15 au v. 21 , qui, selon eux, en formait la suite et le complément naturel. Quant aux v. 16 à 20 (qui manquent en effet dans la rédaction grecque], on les a considérés comme nne addition marginale postérieure, ajoutée soit par Jérémie lui-même, soit par un gloaataur plus récent. Un argument subsidiaire i l'appai de cette manière de voir c'est que ce texte, supposé intercalé, est en partie la reproduction dn chap. XXIV . Nous ne croyons pas cependant que les difficultés exégétiqnes soient telles que la critique dût intervenir dans le sans indiqué. Seulement il nanqne entre le v. 15 et 16 une idée de tranfttâon facile à rétablir. Les exilés se flattaieiit, sur les promesses de leurs prophètes (v. 21), que la restauration serait prochaine ; Jérémi«

le trône de David, et de tout le peuple resté dans cette ville-ci, de vos frères qui ne sont point partis avec vous lors de la déportation : Voici ce que dit TÉternel : Voyez', j'envoie contre eux Tépée, la famine et la peste et je les rendrai pareils aux figues abominables qa'oD ne peut manger à cause de leur mauvaise qualité ; je les poursuivrai avec Tépée, la famine et la peste et j'en ferai un objet d'horreur pour tous les royaumes de la terre, un objet d'exécration, de stupeur, de dérision et d'opprobre parmi tous les peuples où je les disperserai, parce qu'ils n'ont point écouté mes paroles, dit rÉtemel, avec lesquelles j'ai envoyé vers eux mes serviteurs, les prophètes, des l'abord et itérativement, et vous * n'avez pas écouté. — Mais vous^ écoutez la parole de l'Éternel, vous tous, que j'ai fait déporter de Jérusalem à Babel. Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël, au sujet d'Ahab, fils de Qolayah, et de Çidqiyabou, iils de Ha'aséyah, qui vous prophétisent des mensonges en mon nom : Voyez , je les livre aux mains de Neboukadreççar, le roi de Babel, qui les fera mourir sous vos yeux (et dans toute la colonie de Juda déportée à Babel, on se servira de leurs noms pour maudire, en disant : c Que l'Éternel te fasse comme à Çidqiyabou et à Ahab, que le roi de Babel a fait rôtir au feu I »), parce qu'ils ont commis une impiété en Israël en se livrant à l'adultère avec les femmes des autres, et qu'ils ont dit mensongèrement en mon nom des cboses que je ne leur avais pas commandées : moi, je le sais et j'en suis témoin, dit l'Éternel *^.

▼eut les détromper à cet égard et il ne peut mieux le faire qu'en prédisant^ tout au contraire, la ruine imminente de la monarchie des Isaldes (y. 16 et suiv.], qui n'était encore qu'entamée par la première déportation. Les répétitions sont trop fréquentes dans Jérémie pour qu'on puisse s'en prévaloir comme d'une preuve d'inauthenticité. Du reste^ il ne faut pas oublier que tous ces discours ne nous sont parvenus que dans une rédaction faite après coup, soit par le prophète lui-même, soit sous ses yeux par Barouk, et que, par conséquent, on ne peut jamais arguer de l'impossibilité que Jérémie ait pu dire telle chose à telle occasion, ou de la convenance de tel mot, par exemple, dans une lettre écrite aux déportés. L'omission dans le texte grec peut s'expliquer comme un essai de se débarrasser de l'apparente difficulté (voyez d'ailleurs l'introduction générale).

8 Comp. cbap. XXIV. 8, 9, 10.

^ Si cette seconde personne, comme le contexte parait le demander, se rapporte aux habitants de Jérusalem, c'est que Jérémie s'adresse au fond à eux, et oublie qu'il est cttué écrire aux déportés de Babjlone. Autrement on pourrait dire qu'il s'adresse ici à ces derniers comme ayant été punis pour n'avoir pas écouté antérieurement. Mais nous préférons la première explication.

10 Jérémie parait avoir appris des détails très-circonstanciés sur ce qui se passait parmi les exilés. Il y avait là des individus de mauvaise vie qui s'érigeaient en prophètes, parlant d'un prochain retour et poussant peut-être à des mouvements insurrectionnels que le gouvernement n aura pas manqué de réprimer avec la dernière cruauté.

A. T. 2* part. — I. 33

514 JÉRÉMIB XXIX, 24-32. XXX, 1, 2.

Et*' à regard de S'emayahon, le Nehlamite, tu parleras en ces termes : Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël : Parce que *^ tu as envoyé, en ton nom, des lettres à tout le peuple et aa prêtre Çefanyah, fils de Ma aséyah et à tous les prêtres, pour lenr dire*^ : c L'Eternel t'a établi prêtre à la place du prêtre Iehoyada'*\ pour qu'il y eût des surveillants au temple de l'Étemel, à l'égard de tout homme fanatique et se disant prophète, pour le mettre aux ceps et au carcan : or, pourquoi n'as-tu pas repris ce Jérémie de 'Anatot qui fait le prophète chez vous, puisqu'il a envoyé vers nous à Babel pour dire : Cela durera longtemps I Bâtissez des maisons et demeurez-y, et plantez des jardins et mangez-en les fruits I> Or, le prêtre Çefanyah ayant lu cette lettre devant le prophète Jérémie, la parole de TÉternel fut adressée à Jérémie en ces termes : Mande à tous les déportés et dis-leur : Ainsi dit rÉternel au sujet de S'ema yah, le Nehlamite : Parce que S'ema'yah vous a prophétisé, bien que je ne lui aie pas donné mission, et qu'il vous a fait mettre votre confiance dans le mensonge, pour cette raison, voici ce que dit l'Éternel : Voyez, je m'en vais demander compte à S'ema'yah, le Nehlamite, et à sa race ; nul d'entre eux ne demeurera au milieu de ce peuple, ni ne verra le bien que je ferai à mon peuple, parole de l'Éternel, car il a prêché la révolte contre l'Éternel.

XXXVP.

La parole qui fut adressée à Jérémie de la part de l'Étemel, ea ces termes :

Voici ce que dit l'Étemel, le dieu d'Israël. Il dit : Écris dans un

1 1 Le morceau qui suit fait partie intégraute de la narration relative à la lettre adressée par Jérémie aux déportés. Cependant on voit que cette lettre est censée être arrivée à destination, il y a assez longtemps déjà, puisqu'ici il est déjà question de ses conséquences. Un prophète exilé dénonce cette lettre et son auteur au prêtre, préfet du temple de Jérusalem, et demande l'curestation de Jérémie. C'est une nouvelle preuye de ce que la rédaction de nos textes est bien postérieure à tous ces événements.

^^ Le complément de cette phrase manque dans le texte, ou plutôt, le discours commencé ici est remplacé plus loin par une narration.

is Cette phrase ne parait pas être très-exacte, autrement il faudrait supposer trois lettres différentes.

^^ Était-ce là le prédécesseur immédiat du préfet actuel, ou Tauteur aurait-il fait allusion au célèbre restaurateur du culte (2 Rois XI] ?

^ Annonce d'une restauration glorieuse.

JÉRÉMIE XXX, a-12. 515

livre toutes les paroles que je t'ai dites ^. Car, vois-tu, il vient un temps, parole de rÉternei, où je restaurerai mon peuple, Israël et Juda, c'est rÉternel qui le dit, et où je les ferai revenir au pays que j'ai donné à leurs pères, afin qu'ils en prennent possession.

Voici les paroles que l'Étemel a prononcées au sujet d'Israël et de Juda. Ainsi dit l'Éternel : Un cri d'effroi arrive à nous ' I C'est l'accent de la terreur et non du bonheur! Demandez donc et voyez si c'est aux mâles d'enfanter ^ I Pourquoi donc les vois-je tous, les mains sur les reins, comme une femme en travail^ et la p&leur sur tons les visages ? Malheur I car ce sera un grand jour que celui-là, et sans pareil, et un temps d'angoisse pour Jacob I Mais il en sera délivré : et en ce jour-là, parole de l'Éternel, je briserai le joug qui pèse sur ta nuque, je romprai tes liens, et les étrangers ne seront plus tes maîtres 1 Ils ^ serviront l'Éternel leur dieu, et leur roi David, que je leur susciterai '. Toi donc, mon serviteur Jacob, n'aie pas peur, dit l'Éternel, ne sois pas alarmé, Israël I car, voistu, je te délivrerai au pays lointain, et ta race dans la terre de son exil, et Jacob reviendra, pour vivre tranquille et en sécurité, et personne ne le troublera plus. Car moi, je serai avec toi, parole de rÉternel, pour te rendre victorieux, quand je consommerai la ruine de toutes les nations parmi lesquelles je t'ai dispersé ; toi seul, je ne veux point te ruiner ; j'ai dû te châtier selon ton mérite et je ne pais te laisser impuni^. Oui, dit l'Éternel, elle est bien maligne, ta

^ Le prétérit ne doit pas nous empdcher d'entendre cette injonction de la prophétie qo] va suiTre et qui formera ainsi un écrit particulier^ et non des prophéties antérieures. Le fait même que le prophète parle ici dès le déhut d'un écrit, fait voir qu'il ne reproduit pas quelque discours qu'il aurait d'abord débité en public. Aussi des promesses pareilles à celles qu'on va lire ne se seraient-elles pas bien accordées avec ses prédications habituelles.

^ Les lignes qui suivent ont été très-diversement expliquées et mdme suspectées, relativement à leur authenticité, comme cela a été le cas en général pour une grande partie de ces morceaux à perspective heureuse. Voici comment nous comprenons cet ezorde. Il s'agit d'une époque à venir, d'une crise suprême et terrible qui doit amener le châtiment de Babel et la délivrance d'Israël. Des crises pareilles sont effrayantes même pour ceux qui doivent en profiter ; il est donc inutile de demander si ceux qui poussent ici des cris d'effroi sont les ennemis ou les amis.

^ On connaît l'allégorie si fréquemment employée par les prophètes et par laquelle ils représentent la suprême angoisse par l'image d'un enfantement douloureux.

^ Le sujet, toujours le même au fond, est exprimé tantôt à la seconde, tantôt à la troisième personne, tantôt au singulier, tantôt au pluriel. Nous avons dû effacer en partie cette variété syntactique, qui serait intolérable dans une traduction.

* VoyeE chap. XXIII, 5.

"' Le verbe au présent fait voir que le châtiment d'Israël n'a pas encore cessé .

516 JÉRÉMIE XXX, i3-2t.

blessure ; ta plaie est incurable * ; personne ne s^intéresse à ta cause ; les remèdes ont produit des ulcères pour lesquels tu n'as point d^emplàtre^. Tous tes amants t'ont oubliée, ils ne se soucient plus de toi, parce que je t^ai frappée d'un coop d^ennemi, d'an châtiment cruel, a cause de la grandeur de ton crime, et parce qne tes péchés étaient si nombreux. Pourquoi te récries-tu au sujet de ta blessure, de ce que ta douleur est si poignante? C'est à cause de la grandeur de ton crime que je t'ai fait cela, parce que tes péchés étaient si nombreux. Aussi bien'^ tous ceux qui t'ont dévorée, seront dévorés à leur tour, tes ennemis tous s'en iront captifs, tes spoliateurs seront spoliés, et tes pillards, je les livrerai tous au pillage 1 Oui, je panserai tes blessures, et tes plaies, je les guérirai^ parole de l'Éternel I Puisqu'ils t'appellent la répudiée, cette Sion-là dont personne ne vent plus — hé bien, dit l'Étemel, moi je rétablirai les tentes de Jacob, j'aurai pitié de ses chaumières ; h ville sera rebâtie sur sa colline, le palais assis à la place qui lai revient*'. Ils'* feront entendre des accents de louange, des cris de réjouissance; je les multiplierai et leur nombre ne sera plus rédait; je les comblerai de gloire, et ils ne seront plus méprisés. Leurs enfants seront comme jadis, leur communauté sera consolidée devant moi ", et j'aurai l'œil ouvert sur qui leur ferait du tort. Leur chef sera des lears^ leur souverain sortira du milieu d'eux '* ; je lui

^ Sous-entendu : à moins que moi Je n'intervienne.

9 D'après la ponctuation des Rabbins, il faudrait traduire: personne ne s^t^resse à ta cause pour te panser, tu n'as ni remèdes, ni emplâtre. Les images seraient ainsi étrangement combinées. Les ulcères représentent le triste état du peuple après le châtiment de Dieu, comme tout à l'heure les plaies et blessures. Les remèdes qui ont ea on effet si désastreux, ce sont les intrigues politiques au moyen desquelles Juda avait voulu se sauver. De là aussi les amants, c'est-à-dire les alliés infidèles qui l'ont alitndonné à son sort au moment décisif (XXII, 20).

1 0 Le cbfttiment a été assez terrible, il Ta été au point qu'une compensation venge* resse est de toute justice. Car les faroucbes vainqueurs, quoiqu'ils eussent été les instruments de la colère de Dieu, n'ont pas mérité mieux que leurs victimes.

1 1 Ville et palais paraissent devoir être pris ici dans un sens général et collectif, comme tentes et chaumières, et ne pas s'appliquer exclusivement à Jérusalem ; il n'y a pas d'article défini dans le texte.

1< Le sujet change. Il s'agit des habitante qui peupleront ces nouvelles demeures.

18 Ces deux phrases expriment ensemble la double idée de la solidité on sécurité du nouvel état israélite et du retour de la fortune d'autrefois.

l'^ Il ne sera plus un roi étranger, mais un prince national, le vrai délégué de Jéhova et comme tel ayant accès auprès de lui, comme un personnage consacré oa sacerdotal, sans avoir rien à craindre pour sa vie à cause de cette famitiarité.

donnerai accès pour qu'il puisse s'approcher de moi : autrement qui oserait risquer sa vie pour s'approcher de moi? dit rÉternel. Et ?ous serez mon peuple et moi je serai votre dieu** ! Voyez*' Forage de i'Èternel I sa colère éclate, Touragan se déchaîne, sur la tète des méchants il va fondre I Le courroux de TÉternel ne s'arrêtera pas avant d'avoir exécuté et accompli ses desseins : vous le verrez bien tantôt! Daus ce temps -là, dit l'Éternel, je serai le dieu de toutes le3 familles d'Israël, et elles seront mon peuple. Voici ce que dit rÉternel*' : Il a trouvé grâce au désert, le peuple de ceux que répée a épargnés ; allons lui donner le repos, à Israël — (de loin rÉteruel m'apparaiti) — d'un amour durable je t'ai aimé; aussi t'ai-je conservé ma grâce. Je te restaurerai encore, vierge d'Israël ! Oai, tu seras restaurée ; tu viendras encore en parure, avec ton tambourin, te mêler aux chœurs joyeux ; tu planteras encore des vignes sur les coteaux de S'omerôn, et ceux qui les planteront, jouiront aussi des fruits **. Oui, il y aura un jour où les sentinelles *® sur les hauteurs d'Éphraïm crieront : Allons monter à Sion, vers laheweh, notre Dieu ! Car voici ce que dit l'Éternel : Éclatez en cris

1^ Cette dernière ligne manque dans le grec et se reproduit assez fréquemment ailleurs (yoj. YII^ 23), de sorte qu'on pourrait la considérer ici comme une glose trèssoperflue et même incommode, en vue de ce qui va être dit au commencement du chapitre suivant.

^^ Les deux versets qui suivent sont la reproduction presque textuelle de chap.

XXllI, 19-20. Jérémie se serait-U ainsi copié? Ils interrompent le discours assez

mal à propos. S'ils sont authentiques, ils reviennent à ce qui a été dit plus haut, V. 5 suiv.

^"^ Encore deux versets qui interrompent le fil naturel des idées. L'auteur, au v. 1, aborde l'idée de la restauration entière de la nation et non pas seulement de Juda ; cette idée est reprise aux v. 4 et suiv. Les deux Versets intermédiaires ne s'y rattachent pas d'iioe manière bien saisissable, et de plus, le style en est singulièrement embarrassé. Le détert doit représenter sans doute l'exil. On a hasardé la conjecture qu'il pourrait être question ici de l'époque mosaïque, ce qui nous éloignerait encore davantage du contexte. Les mots en parenthèse peuvent être une exclamation du prophète affirmant ses espérances.

^^ Les images changent d'une phrase à l'autre: Israël, c'est-à-dire ce qui reste des dix tribus, est tantôt rehâti, puis c'est une femme qui chante et danse, ensuite c'est un peuple de cultivateurs qui, par son travail, fait disparaître les traces des malheurs d'autrefois [Jouir, Utt.: profauer, parce que les fruits du premier crû étaient réservés pour le saactaaize. Deut. XX, 6}.

^^ Nous songeons à l'ancien usage de faire observer la réapparition de la nouvelle lune pour annoncer les fêtes, usage qui a duré Jusqu'au quatrième siècle de notre ère, les Jnifii n'étant pas forts en astronomie. Le sens est qu'Éphraïm se ralliera de nouveau au culte de Sion.

de joie au sujet de Jacob I Acclamez la nation-maitresse 1 Faites retentir vos louanges et dites : Sauve *^y o Éternel, ton peuple, le reste d*Israël I Voyez 1 je les ramène du pays du nord, je les rassemble des extrémités de la terre : parmi eux, Taveugle et le boiteux , la femme enceinte et Taccouchée , fous ensemble '* ; ils reviendront ici, une foule immense. Ils viennent en larmes et en prières, je les conduis, je les dirige vers les ruisseaux " par un chemin droit où ils ne broncheront point, car je redeviens pour Israël un père, et Éphraïm est mon premier-né ". Écoutez, nations, la parole de TÉternel^ proclamez-la au loin dans les îles ^* I Dites : Celui qui a dispersé Israël, le rassemble, et le garde, comme le berger garde son troupeau. Oai, l^Éternel rachète Jacob, et le revendique de la main d*un plus fort que lui. A leur arrivée, ils pousseront des cris de joie sur la hauteur de Sion, ils se jetteront avec effusion sur les bienfaits de TÉtemel, sur le blé, le vin et rhuile, sur les moutons et les bœufs; leur cœur sera comme nn jardin bien arrosé; ils cesseront de languir*'. Alors la vierge se réjouira à la danse, jeunes et vieux y prendront part ; je changerai leur deuil en joie ; je les consolerai, je leur donnerai le plaisir après la tristesse. Je récréerai de graisse Tàme des prêtres'* et mon peuple sera rassasié de mes biens, parole de TÉtemel I

^^ Le texte grec met ici Taoriste : il a sauvé. Mais rimpératif de roriginal a sa raison d'être, la vision prophétique embrassant dans nn seul coup d'oeil toutes les phases successives de la grande et heureuse révolution. On pourrait aussi dire que le terme avait fini par devenir une formule de félicitation, plutôt que de prière (Matth. XXI. 9).

^1 Le retour sera si bien accompU sous les auspices d'un Dieu protecteur, que les personnes les moins capables de soutenir les fatigues d'un long et pénible vojage s'y associeront sans peine. Comp. Es. XXX*^, 8 suiv.

^^ Les ruisseaux [qui manquent au désert) sont disposés tout exprès et miraculeusement aux lieux de halte de la caravane. Les pleurs et prières sont à la fois l'expression de la reconnaissance et des regrets relatifs au passé.

'3 Cette dernière expression n'est ici qu'une métaphore destinée à marquer Teotifere réhabilitation de cette portion du peuple. 11 ne faut pas y chercher lldée d'un privilège, ancien ou futur.

«4 Chap. II, 10.

^ La Palestinei aujourd'hui désolée, sera redevenue la terre bénie, et les exilés, à leur retour, la trouveront telle, déjà riche de produits, sans avoir besoin de recosmMocer un pénible défrichement. Les dispositions des nouveaux habitants seront pour aina dire d'accord avec celles de la nature.

2^ La richesse des récoltes et l'accroissement des troapeauz se traduira en oflrandes plus riches aussi et plus nombreuses.

JÉREMIE XXXI, 15-22. 519

Voici ce que dit rÉternel : On entend une voix à Ramah ^^, des lamentations, des sanglots pleins d*amertume : c'est Rahel qui pleure 3es enfants, elle refuse de se consoler, parce qu'ils ne sont plus! Voici ce que dit TÉternel : Cesse de te lamenter, essuie tes larmes ! car il est une compensation pour tes peineis, parole de TÉternel 1 et ils reviendront de la terre ennemie ; il est un espoir pour ton avenir, parole de TÉternel 1 tes enfants reviendront dans leur patrie. Oui, certes, j'entends Éphraïm qui gémit : « Tu m'as châtié, et je Tai bien été, comme un jeune taureau indocile : reconduis-moi et je veux revenir ^*, car toi, laheweh, tu es mon dieu I Car après m'ètre détourné, je me suis repenti ; après être venu à résipiscence, je me suis frappé la poitrine '' ; je suis confus et honteux, car je porte Topprobre de ma jeunesse ^^'.^ Éphraïm est-il donc pour moi un fils à chéri, un enfant favori? Car toutes les fois que je parle contre lui", je reviens à m'en souvenir : aussi mes entrailles sont-elles émues en sa faveur^ et j'aurai pitié de lui, parole de l'Éternel 1

Dresse-toi des signaux , érige des colonnes , sois attentive au

chemin, à la route par laquelle tu passes^' reviens, vierge

dlsraël, reviens à tes bourgades que voici! Jusqu'à quand resterastu vagabonde, fille égarée? L'Éternel prépare des choses nouvelles sur la terre : la femme circonvient l'homme ^' !

2'^ Près de Ramah (une autre tradition mettait Bêt-Léhem] on montrait le tombeau de Ra' el^ la mère de Joseph et de Benjamin [1 Sam. X, 2). Par une très-belle fiction, le prophète la représente sortant de son tombeau et pleurant la perte de ses enfants déportés. Jéhova lui promet leur retour.

88 Jeu de mots dans Toriginal, le verbe étant pris tour à tour dans le sens matériel et dans le sens moral.

29 Litt. : la hanche.

30 C'est-à-dire la peine due aux égarements d'autrefois. Il ne faut pas oublier que la personne qui parle est un peuple et non un individu.

3^ Voyez pour la confirmation de cette traduction, Ps. L, 20; LXXVIII, 19. Quand Dieu parle contre quelqu'un^ c'est qu'il est dans le cas de l'accuser et^ par conséquent^ de le châtier.

3* Ici encore nous sommes sur le terrain de la fiction poétique. Les poteaux-guides 00 signaux plantés dans une campagne sans route frayée, sur une route de caravanes^ ne sont ici que pour la forme : ils symbolisent l'idée de la certitude du retour, dont le chemin ne peut être manqué, malgré les distances , sous l'égide de Dieu. Gomme l'exil est un fait accompli, il serait trop tard de prendre à la lettre l'injonction du prophète.

'^ Ce mot est resté sans explication plausible jusqu'à ce jour. Les anciens exégètes n'y voyaient rieo moins que la prédiction de la naissance du Messie dans le sein d'une vierge ; les modernes se partagent entre plusieurs conjectures : la femme protège l'homme, la femme se change en homme, et autres semblables, les unes plus obscures que les autres. Nous aimerions à supposer que l'auteur emploie ici une locution prover-

520 JÂRÉMIB XXXTi 98-30.

Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël; On ea viendra encore, dans la terre de Juda et dans ses bourgades , quand je les aurai restaurées^ à dire ces paroles : Que rÉternel te bénbse, séjour du salut, montagne sainte '* I Et Juda y demeurera, et tous ses citadins '^ ensemble, ses laboureurs, et ceux qui circulent avec leur troupeau. Car je désaltérerai les âmes épuisées, et je rassasierai toute âme languissante.

— Là- dessus je me réveillai et je vis, et mon sommeil me fut doux'*. —

Voyez, il vient un temps, dit TEternel, où je ferai des semailles en Israël et en Juda, en semant des hommes, en semant des bestiaux; et de même que j'ai eu les yeux ouverts sur eux, pour arracher et pour ruiner, pour détruire et pour démolir, et pour affliger, de même j'aurai les yeux ouverts sur eux pour édifier et pour planter'^, parole de rÉternell En ce temps-là on ne dira plus: < Les pères ont mangé du verjus, et les dents des fils en ont été agacées I > Mais chacun mourra pour son propre péché, et celui qui mangera du verjus en aura les dents agacées lui-même'*. Voyez,

biale^ dont Torigine et le sens primitif nous sont inconnus, mais qui représenterait ce que nous appelons vulgairement le monde reuTersé, c'est-à-dire quelque chose d'étrange et d'inoui. Dans le présent contexte, ce serait Taffirmation de la restauration la plus splendide, faite dans un moment de profonde ruine. On pourrait peut-dtre aussi s'arrêter tout simplement à l'idée qu'Israël (la femme) recherche Dieu (l'époux), tandis que d'ordinaire c'est l'homme qui recherche la femme.

94 On le dira, parce que ce sera la vérité. Toute cette phrase équivaut donc à une promesse directe. Pour la forme, c'est une espèce de salutation adressée à leur patrie par les exilés qui y reviennent.

85 Litt. : ses tilles,

SO Traduction littérale d'une phrase tout énigmatique. Il est évident que c'est le prophète qui parle (car Dieu ne dort pas et ne peut pas dire qu'il a dormi). Mais entend-il insinuer que ce qui précède lui a été révélé en songe ? ou bien exprime-t-il l'idée (a% présent) que désormais il dormira tranquillement et se réveillera de même, parce qu'il est sûr de l'issue ? ou enfin veut-il dire [à V optatif) : puissé^je, après les 70 ans, me réveiller, pour un moment, du sommeil du tombeau pour voir cela et puis me rendormir doucement ? — En tout cas, le fil du discours est interrompu d'une manière assez gênante.

37 Chap. I, iO, 12.

SS Jérémie mentionne ici un proverbe (Éz. XYIII, 2) dont le sens est que rinnocent pfltit pour le coupable. Il va sans dire que le prophète n'approuve pas l'application de ce proverbe à la sittiation du moment, comme si la génération actueUe, tout en expiant les fautes de ses pères, avait été irréprochable. Tout de même il semble admettre que les apparences sont favorables à cette manière de voir, la catastrophe eaveloppaat la nation entière ; tandis que, après la restauration, le péché fera si bien l'exception, qw la peine qu'il entraînera sera circonscrite aassi dans les plus étroites limites, et qœ personne ne pourra plus s'excuser en disant : je souffre pour les fautes d 'autrui.

JÉRÉMIB XXXI, 81-40. 521

dit rÉternel, il vient an temps où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Jnda an pacte nouveau, non plus semblable à celui que je fis avec leurs pères, qaand je les pris par la main pour les faire sortir de la terre d'Egypte, pacte qu'ils rompirent, bien que je fusse leur maître, dit rÉternel. Car voici quel sera le pacte que je ferai avec la maison d'Israël, après ce temps-là, dit l'Éternel : je mettrai ma loi dans leur sein et je l'écrirai dans leurs cœurs, de manière que je serai leur Dieu et qu'eux seront mon peuple. Et ils n'anront plus à s'instruire l'un l'autre, le frère son frère, en disant : Apprenez à connaître l'Éternel I car tous ils me connaîtront, grands et petits, dit l'Éternel, quand j'aurai pardonné leurs fautes, et que je ne me souviendrai plus de leurs péchés'*.

Voici ce que dit l'Éternel, lui qui a fait le soleil pour être la lomière du jour, les lois de la lune et des étoiles pour éclairer la nuit, qui agite la mer, de manière que ses flots mugissent, laheweh Çebaôt est son nom : Si jamais ces lois-là viennent à cesser par devers moi, dit l'Éternel, alors la race d'Israël aussi cessera d'être un peuple devant moi à tout jamais ^^ I Voici ce que dit l'Éternel : Quand les cieux là-haut seront mesurés, et que les fondements de la terre seront sondés là-bas, alors moi aussi je rejetterai toute la race d'Israël, à cause de tout ce qu'ils ont fait, parole de l'Éternel I

Voyez 1 il viendra un temps, dit l'Éternel, où cette ville sera rebâtie pour l'Étemel, depuis la tour de Hananeël jusqu'à la porte de l'angle ; et le cordeau de sa mesure tendra de plus tout droit jusqu'à la colline de Gareb, puis il tournera vers Go ah; et toute la vallée des cadavres, et de la cendre, et tous les champs jusqu'au ravin du Qîdron, jusqu'à l'angle de la porte aux chevaux vers rorient, seront consacrés à l'Éternel, et ne seront plus jamais dévastés et détruits^'.

^^ C'est ici le plus beau passage de tout ce livre, celui p«r lequel l'auteur se rapproche le plus du point de vue du Nouveau Testament, dont le nom même lui a été empnmté (2 Cor. III, 3 suiv. Uébr. VIII, 8 suiv.]. Il ne s'agit pas de l'abrogation de l'aDcienne loi, comme si Jéhova avait besoin de promulguer une autre morale, une autre religion que celle qui avait été révélée aux pères (chap. VII, 22}, mais cette loi ne sera plus un commandement tout extérieur, sens rapport organique avec l'esprit de ceux qui devaient l'observer. Désormais ils s'y soumettront par un mouvement spontané et pour ainsi dire instinctif, Dieu ayant changé leurs cœurs mômes.

40 Bq d'autres termes : Israël sera une nation devant moi (XXX, 20), c'est-à-dire soos ma garde et protection, aussi longtemps que durera le monde.

^^ Plusieurs des noms de localités nommées ici pour déterminer la future étendue de la »<m9êlU Jérusalem, nous sont absolument inconnus {6-areb, Oo *ah), d'autres indications sont même douteuses quant à la leçon du texte (les champs) ou relativement au sens (cadavru, cendre). Cependant il parait que l'auteur a voulu dire que la ville de

La parole qui fut adressée à Jérémie de la part de l'Éterael, en la dixième année de Çideqijahou, roi de Juda, laquelle était la dix-huitième année de Neboukadreççar. A cette époque, Tannée du roi de Babel assiégeait Jérusalem , et le prophète Jérémie était enfermé dans la cour de la prison qui se trouvait dans la maison du roi de Juda, le roi Çideqiyahou l'ayant fait enfermer, en disant : Pourquoi as - tu prophétisé en ces termes : « Voici ce que dit rÉternel : Je yais livrer cette ville aux mains du roi de Babel pour qu'il la prenne; et Çideqiyahou, le roi de Juda, n'échappera pas aux Chaldéens, mais il sera livré au roi de Babel, et il lui parlera de bouche à bouche, et le verra face à face. C'est à Babel qu*il fera conduire Çideqiyahou, et là il restera jusqu'à ce que je jette les yeux sur lui, dit l'Éternel. Si vous combattez les Chaldéens, vous n'aurez pas le dessus * I »

Et Jérémie dit : La parole de l'Étemel me fut adressée en ces termes : Hanameël, le fils de ton oncle S'alloum, va venir te trouver pour te dire : Achète pour ton compte mon champ qui est à 'Anatot; car c'est à toi qu'appartient le droit de préachat'. En effet, HanameëU lo fils de mon oncle, vint me trouver dans la cour de la prison, selon la parole de TEtemel, et me dit : Achète mon champ de 'Anatot, sur le territoire de Benjamin, car c'est à toi qu'appartient le droit d'acquisition et de préachat ; achète-le pour

Tavenir compr«ndra, outre ses limites actuelles {ffananeêl au nord-est, porte de l'Angle au nord-ouest^ porte aux Chevaux au sud-est, et ravin de Qidrôn à Test), tonte U vallée de Hinnom, à l'ouest et au sud, si tant est qu'il faille ainsi expUquer la vallée des cadavres, etc., en rappelant qu'U y avait là la voirie, et autres Ueux aujourdliai impurs (2 Rois XXllI, iO}. En tout cas, ces trois versets ne sont écrits ({u'après U ruine de Jérusalem, et paraissent être une addition postérieure au morceau précédent.

1 Tout ce qu'on a lu Jusqu'ici sert d'introduction au récit suivant et fait connaître que le fait qui va être relaté s'est passé au fort du siège, Jérémie lui-même étant prisonnier d'état et courant de grands dangers personnels. Le v. 6 reprend la narration telle que l'avait introduite l'inscription du v. 1 .

* D'après une ancienne coutume, dont des traces diverses se retrouvent Rath IV, Lév. XXV, 25, la propriété territoriale ne devait pas sortir de la famille, par voie de vente, aussi longtemps qu'un parent se présentait pour l'acquérir. Le degré de parenté déterminait le rang du privilégié. Un cousin de Jérémie est dans le cas de vendre on champ, dans un moment oh toute propriété était incertaine, et où les assiégés n'étaient en aucune façon en mesure de faire valoir leurs terres. Jérémie exerce son privilège pour montrer sa foi en l'avenir. (Nous nous permettons d'exprimer la chose par on terme de notre façon.)

ton compte 1 Et je compris que c^ était là un avis de TÉternel. Et j'achetai de la part de Hanameël, le fils de mon oncle^ le champ de 'Anatot, et je lui en payai le prix, dix-sept sicles d'argent'. Je mis le contrat par écrit et je le scellai, et ayant appelé des témoins^ je fis peser l'argent dans la balance. Puis je pris le contrat de vente scellé, règlement et stipulations, ainsi que la lettre patente^, et je remis le contrat de vente à Barouk^ fils de Nériyab, fils de Hahséyah , en présence de mon cousin Hanameël, et des témoins qui avaient signé le contrat de vente, et de tous les Judéens qui se trouvaient dans la cour de la prison, et en leur présence je donna mes ordres à Barouk en ces termes : Voici ce que dit rÉtemel, le dieu d'Israël : Prends ces documents, ce contrat de vente, tant celui qui est scellé que la lettre patente, et dépose-les dans un vase de terre, pour qu'elles se conservent longtemps. Car voici ce que dit labeweh Çebaôt, le dieu d'Israël : On achètera encore des maisons, des champs et des vignes en ce pays- ci I

Et après avoir remis le contrat de vente à Barouk, fils de Nériyab, je m'adressai à l'Éternel en priant ainsi : Âh I Seigneur laheweb I C'est bien toi qui as fait le ciel et la terre^ dans ta grande puissance et avec ton bras étendu ; rien n'est impossible pour toi. Toi qui répands ta grâce sur des milliers ^, et qui fais retomber la faute des pères sur leurs enfants après eux I Dieu grand et puissant, qui as nom laheweh Çebaôt ! Grand en conseil et puissant en action I Toi qui as les yeux ouverts sur toutes les voies des mortels, pour donner à chacun selon ses voies et selon le mérite de ses œuvres! Toi qui as fait des signes et des prodiges dans la terre d'Egypte, jusqu'à ce jour^, tant en Israël que parmi les bommes, et qui t'es fait un nom tel qu'il est aujourd'hui : tu retiras ton peuple d'Israël de la terre d'Egypte, avec des signes et des prodiges, d'une main puissante et d'un bras étendu, et avec une grande terreur, tu leur

^ La modicité du prix (cinquante francs] fait voir combien la situation était désespérée et la propriété incertaine. II serait cependant bon de savoir l'étendue du terrain.

^ Cette phrase n'a ici d'autre mérite que celui d'être littéralement traduite de l'original ; nous ne saurions dire ce que c'était que la Uttrt patente à cdté du centrât uéUé, S'agit-U de différentes expéditions de la pièce, chaque partie en retirant un exemplaire ? Ce qui suit ne fayorise nullement cette explication.

^ A expUquer sans doute d'après Deut. V, 1 0.

S Ce mot ne peut pas vouloir dire que les miracles d'Egypte continuent à se reprodoire ; mais la suite fait voir aussi que le prophète ne veut pas parler non plus d'autres miracles plus récents. La fin de la phrase recommande le sens que voici : Ces miracles d'Egypte ont eu un tel retentissement, qu'aujourd'hui encore la renommée en subsiste chez nous, et même au dehors.

524 jéaéMiB xjlxji, 22-96.

donnas ce pays-ci, que tu avais juré à leurs pères de leur donner, un pays ruisselant de lait et de miel. Mais après être venus en prendre possession, ils n'écoutèrent point ta voix et ne marchèrent pas d'après ta loi; tout ce que tu leur avais commandé de faire, ils ne le firent point, et voilà que tu as fait venir contre eux tontes ces calamités. Déjà les ouvrages d^attaque s'approchent de la ville pour la prendre, et la ville va être livrée aux Chaldéens qui l'assiègent, par Tépée, la famine et la peste; tes menaces vont s'accomplir, tu le vois toi-même, et pourtant. Seigneur Dieu, tu me dis : Achète ce champ à prix d'argent et en présence des témoins, au moment même où la ville va être livrée aux Chaldéens I

Alors la parole de l'Éternel fut adressée à Jérémie en ces termes: Oui, moi je suis l'Éternel, le dieu de tous les mortels : y a-t-il rien qui me soit impossible ? Eh bien, voici ce que dit l'Éternel : Oui, je vais livrer cette ville aux Chaldéens^ et à Neboukadreççar, le roi de Babel, pour qu'il s'en empare; et les Chaldéens qui l'assiègent viendront y mettre le feu, et brûleront la ville et les maisons sur les toits desquelles on a brûlé de l'encens à Ba al, et fait des libations à d'autres dieux, afin de me causer du chagrin. Car depuis leur jeune Age, Israël et Juda n'ont jamais fait que ce qui me déplaisait; oui, Israël n'a fait que m'irriter avec les dieux de sa façon, parole de l'Éternel I Ovd, elle a été pour moi un sujet de colère et d'indignation, cette ville, depuis le jour où on l'a bâtie, jusqu'à ce jour-ci, de manière que je veux la rejeter de ma face, s cause de tout le mal qu'Israël et Juda ont fait pour me donner da chagrin^ eux et leurs rois, leurs chefs, leurs prêtres et leurs pro» phètes, et tous ceux de Juda et les habitants de Jérusalem. Ils m'ont tourné le dos au lieu de regarder à moi, et bien que je les fisse instruire dès l'abord et toujours, ils n'écoutaient point pour recevoir mes avis. Ils placèrent leurs idoles dans la maison à laquelle est attaché mon nom, pour la profaner; ils bâtirent les hauts-lieux de Ba'al dans la vallée de Ben-Hinnom, pour faire passer leurs fils et leurs filles en l'honneur de Molek (chose qne je ne leur avais point commandée et qui n'était pas entrée dans ma pensée) '', pour faire de telles abominations, et rendre Juda coupable. Mais maintenant, malgré cela, voici ce que dit l'Étemel, le diea d'Israël, à l'égard de cette ville dont vous dites qu'elle va être livrée au roi de Babel, par l'épée, la famine et la peste : VoyeZ;

"7 Tout ce passage est la reproduction presque littérale de chap. VU, 90 soiv. Fâirt passer, doit être une locution elliptique ou euphémistique pour les sacrifices d'enfants ; suppléez : on feu, ce qui y est ajouté ailleurs. Mais peut-être Toiuîssion n'est-elle qu'une faute de copiste.

JÉRÉMIB XXXII, S7-44. XXXIII, 1-5. 525

moi je les recaeille de tous les pays où je les aurai dispersés, dans ma colère, dans mon courroux, dans ma grande indignation, et je les fais revenir dans ce lieu-ci, pour qu'ils y demeurent en toute sécorité, et qu'ils y soient mon peuple, et moi je serai leur dieu. Et je leur donne un seul cœur et la même voie à tous, celle de me craindre toujours, pour leur propre bonheur et celui de leurs enfants après eux. Et je fais avec eux un pacte éternel, savoir que je ne cesserai point de leur faire du bien, mais que je mettrai ma crainte dans leurs cœurs, pour qu'ils ne se détournent plus de moi. J'aurai du plaisir à leur faire du bien, et je les planterai dans ce pays-ci, fidèlement, de tout mon cœur et de toute mon âme I Car voici ce qae dit rÊternel : De même que j'ai fait venir sur ce peuple toutes ces grandes calamités, de même je ferai venir sur eux tous les bienfaits que je leur ai promis. Et l'on achètera encore les champs dans ce pays-ci, dont vous dites * qu'il est un désert sans hommes ni bêtes, livré aux Chaldéens : des champs seront achetés à prix d'argent, on passera des contrats et on les scellera en présence de témoins, dans le territoire de Benjamin, et aux environs de Jérusalem, et dans les villes de Jnda, dans les bourgades de la montagne, et de la plaine et du midi, car je les restaurerai, parole de rÊternel'!

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