‹ La Bible (volume 2)Chapitre 5 sur 93 · OSÉE XII, 13-15. XIII · texte numérisé non relu

OSÉE XII, 13-15. XIII

Et Jacob s'enfait aux plaines d'Âraiu, Israël se fit semtear pour une femme,

Pour une femme il se fit berger ^^.

Et par un prophète rÉtemel Ramena Israël d'Egypte ;

Par un prophète il fut gardé ^^. Et Éphraîm irrita son Maître amèrement ; Hais il fera retomber sur lui le sang versé *''

Et lui rendra son ignominie'*.

Quand Éphraîm parlait, on tremblait,

Il était à la tète d^Israël :

Hais il se rendit coupable par Ba'al, Et périt*».

Et aujourd'hui ils continuent à pécher.

Ils se font, avec leur argent, des images de fonte, Des idoles, selon leur caprice, Oeuvre de forgerons que tout cela !

Et c'est à elles qu'ils adressent leurs paroles ; Les hommes qui sacrifient baisent des bœufs ^^! C'est pour cela qu'ils seront comme le nuage matinal, Comme la rosée qui bientôt se dissipe ^*,

^^ La nation a eu des origiDes peu glorieuses; cela revient à dire qu'eUe doit toat k Dieu, à ce Dieu qu'elle abandonne aujourd'hui.

'^ L'antithèse entre l'époque de Jacob et celle de Moïse porte jusque sur les détails de la forme. Le patriarche garda les troupeaux de bétail ; Israël sortant d'Egypte était gardé' par le prophète de Dieu.

n Des meurtres peuvent avoir été commis en mainte occasion, quand on songe tuz révolations politiques auxquelles le prophète fait si fréquemment allusion ; piosieurs commentateurs ont préféré chercher l'explication dans la strophe suivante (Km, 2), où, selon eux, il est question de sacrifices humains.

'S C'est-à-dire, ceUe que le peuple ingrat fait essuyer à ce Dieu méconnu.

^^ Après avoir rappelé les origines de la nation pour en tirer des leçons pour le présent, le prophète s'arrête encore à une autre époque de l'histoire, dans OD bat pareil. Il fut un temps où Éphraîm jouait le principal rôle dans le pays : c'était lors de la conquête et pendant toute la période des anciens héros (des Juges). Aujourd'hui il sent sa faiblesse, il tremble pour son existence, il voit approcher sa fin. La cause de ce changement est facile à trouver.

^^ On traduit aussi : Ils immolent des hommes et baisent (adorent) des veaux, ce qoi doit exprimer plus énerglquement encore l'absurdité du culte idolfttre. Mais Osée ne perle pas ailleurs de sacrifices humains et nous ne lisons nulle part ^11 s'en soit fait aux endroits où Jéhova était adoré sous la figure du taureau. Llronie reste assez incisive, sans Cette exagération.

" Chap. VI. 4.

Comme la balle emportée de Taire, Comme la famée qui sort de la fenêtre^*.

Et moi, rÉternel, ie suis ton Dieu

Depuis le pays d'Egypte *' :

Tu ne connais point de Dieu hors moi,

Ni de sauveur, que moi seul''^.

Moi, je t'ai connu dans le désert,

Dans la terre des chaleurs.

Tant que je les nourrissais^ ils étaient rassasiés ; Quand ils furent rassasiés, leur cœur s^enorgueillit.

Et c'est alors qu'ils m'ont oublié !

Aussi suis-Je devenu pour eux comme le lion ; Comme la panthère je les guette au passage. Je fondrai sur eux comme Tourse privée de ses petits. Je leur arracherai le cœur, Et je les dévorerai sur place comme la lionne *'. Une bête sauvage les mettra en pièces '^.

Ce qui te perd, Israël, C'est que tu es contre moi, contre ton sauveur!

Où donc est ton roi*', Pour qu'il te sauve dans toutes tes villes?

22 A défaut de cheminées, la fumée sortait par les ouvertures latérales des maisons.

28 Comp. chap. XII, 10. Le prophète veut dire : Cette défection dlsraêl est d'autant plus coupable que Jéhova, aussi loin que les souvenirs de la nation remontent, a toujours été son bienfaiteur. Le chfttiment actuel est donc amplement mérité.

24 C'est un appel à l'histoire : Israël n'a été grand et heureux que par Jéhova. Aucun autre Dieu ne s'est fait connaître à ce peuple par des actes de puissance.

25 Voyez sur ces images^ étrangères à notre rhétorique moderne, et surtout à nos conceptions religieuses, ci-dessus chap. V, )4. Le texte dit: je êuis détenu, cela revient à dire : je suie maintenatU, à leur égard, dans des dispositions toutes différentes. Je leur arracherai le eaur, litt. : je déchirerai l'enveloppe, le réduit de leur cœur.

26 La forme du discours change subitement, le sens reste le même. Le prophète ne veut pas dire qu'en réalité les Israélites seront mangés par les animaux féroces, mais : leur ruine sera aussi terrible que la mort d'un homme déchiré par une bftte.

2*7 Plusieurs fois déjà (surtout au chap. VIII), nous avons vu que le prophète fait allusion à la situation politique du royaume d'Bphraîm après la ruine de la dynastie de léhou, où des gouvernements éphémères entretenaient l'anarchie plutôt qu'ils n'y mettaient fin. Les usurpateurs qui se disputaient alors le trdne n'étaient pas de taille à arrêter la catastrophe imminente et Jéhova les met ici à leur vraie place.

Où sont tes chefs dont tu disais :

c Donnez-moi un roi et des capitaines '® I >

Je te donne un roi d^ns ma colère,

Et je le reprends dans ma fureur !

L'iniquité d'Éphraïm n'est pas oubliée.

Son péché est mis en réserve ^^.

Il Ta éprouver les douleurs d'une femme en travail '^, Et lui; enfant mal avisé.

Quand son terme vient, Il ne se présente point pour voir le jour '' 1 Et de la main de Tenfer je les délivrerais ?

De la mort je les rachèterais ?

Où sont tes fléaux, ô mort?

Où est ta peste, ô enfer " ?

Mes yeux ne connaissent plus de compassion.

^ Ces paroles soot censées adressées à n'importe qui, mais non à Dieu; et c'est précisément ponr cela que le résultat n'a point justifié les espérances du peuple. Jéhova a permis qu'ils eussent un roi^ momentanément, mais c'était pour le renTerser bientôt.

^^ Litt. : est serré dans une bourse, lié, ficelé, conservé, déposé en lieu sûr. Ces figures étant étrangères à notre langage, nous avons cru devoir les interpréter directement. On remarquera que ce discours, jusqu'au bout, se compose de menaces et de prédictions sinistres. Rien n'est plus contraire au fil des idées que l'interprétation vulgaire qui prétend voir une promesse dans ce qui va suivre.

'0 Image fréquemment employée par les prophètes hébreux, soit pour de grandes douleurs en général, soit surtout pour de grands malheurs.

31 Bphraim vient d'être comparé à une femme saisie des douleurs de l'enfante- Deat (sans figure : la nation va passer par une suprême épreuve qui peut lui faire perdre la vie). Maintenant ce mSme Ëphraïm est comparé à l'enfant qui doit naître (sans figure : le peuple, s'il voulait se convertir au dernier moment, pourrait encore se sauver). Mais malheureusement cet enfant, arrivé à son terme, refuse de naître (litt. : non appartt im vagina), ce qui, dans le cours de la nature, détermine sa mort et celle de la mère. (Es. XXXVII, 3.)

'^ Le contexte demande impérieusement que nous prenions toutes ces phrases dans on sens menaçant. Éphraim ne voulant pas renaître à une nouvelle vie et se convertir i son Dieu, c'en est fait de tout espoir, de toute compassion. Les verbes sont donc a traduire, non au futur de l'indicatif {je délivrerai), mais au conditionnel iaterrogalif, qui doit exprimer une négation, un refus. Et les questions adressées 1 la mort et au S'eôl ne chantent pas victoire comme si c'étaient là des puisnnces désormais vaincues, mais leur demandent au contraire d'exercer leur pouvoir su les victimes que la colère divine leur offre, et d'envoyer contre elles leurs iUaax.

174 OSÉE XIII, 15. XIV, t-4.

Oui, lui, qui fleurit parmi ses frères '' —

Le vent d'est va survenir^ Le souffle de Dieu s'élëye du désert, Et sa source tarit,

Et sa fontaine se dessèche ; 11 emportera son trésor de vases précieux'^. S'omerôn est punie,

Pour avoir été rebelle à son Dieu :

Ils tomberont par Tépée ;

Ses enfants seront écrasés,

Ses femmes enceintes éventrées '^ !

Convertis-toi, è Israël *, À l'Éternel ton Dieu ; Car tu es près de tomber par ta faute ! Venez apporter des paroles* Et retournez à TÉternel I

Dites-lui :

c Ote tout notre péché, Accepte ce bien ', Que nous te payions nos vœux en guise de taureaux !

L'Assyrien ne nous sauvera pas; Nous ne voulons plus monter des chevaux^,

88 Éphraïm est comparé à un arbre verdoyant et chargé de fruits, ipii se trouve 'heureusement planté dans le voisinage d'une source (Ps. I, 8}. 11 y a un jeu de mots entre le nom propre et le verbe. Cet arbre est soudain desséché par le Semoûm, image d'une invasion étrangère. C'est à dessein que l'auteur n'achève pas sa phrase.

84 L'image change tout à coup. Le même vent emporte les richesses accumulées dans les trésors du roi et des chefs. C'est l'ennemi qui les pille.

85 Voyez la note sur chap. X, 14.

1 Ce dernier morceau est écrit dans un tout autre ton et permet à l'espérance du patriote d'écarter encore une fois les lugubres visions du prédicateur de la théocratie.

^ Style pittoresque, qui représente les paroles de repentir qui vont être prononcées comme un objet matériel tel qu'on a coutume de le déposer sur l'autel.

8 Cette bonne offrande de nos vœux et de nos promesses. Car dans la ligne suivante, les lètrês du texte (que l'on n'a pas besoin de suspecter} sont certainement les paroles prononcées. Il fallait pourtant, dans la traduction, changer les lèvres en vcBux.

4 Nous ne croirons plus assurer notre sécurité, en formant une puissante cavalerie, avec le secours de l'Egypte.

Nous n'appellerons plus dieu l'œuvre de nos mains ; C'est auprès de toi que Torphelin trouve grâce I »

Je guérirai leur défection^,

Je les aimerai de bon cœur,

Car ma colère se détourne d'eux.

Je serai pour Israël comme la rosée ; Il fleurira comme le lis^ Et jettera des racines comme celles du Liban ^ ;

Ses rejetons s'étendront, Sa beauté sera comme celle de l'olivier^, Son parfum sera pareil à celui du Liban. Ceux qui s'assiéront sous son ombre'

Produiront de nouveau du blé,

Ils fleuriront comme la vigne, Et leur renom sera celui du vin du Liban. Éphraîm ! Qu'ai-je encore à faire des idoles '^ ? C'est moi qui ai exaucé et qui regarderai^

Moi, pareil à un cyprès verdoyant; C'est de moi que tu tiendras ton fruit '* I

^ La défection, l'apostasie d'IsraSl est comparée à une maladie ou à une blessoro mortelle; la main de Dieu seul peut en faire . disparaître les suites.

^ Interprétation traditionnelle et conventionnelle^ mais douteuse.

"^ n est souvent question des racines des montagnes, profondément logées dans la terre. La comparaison porte sur la solidité inébranlable.

^ Cela est dit en vue de la bonté des fruits, et non, sans doute, de la forme de

l'arbre.

^ Les habitants du pays, les Israélites considérés individuellement, sont assis k lomhre de l'arbre qui représente la nation collectivement, et se livrent en toute sécurité à des travaux champêtres. On pourrait cependant songer à l'ombre de Dieu, cest>à-dire à sa protection, bien que la syntaxe et le contexte ne favorisent pas cette explication.

^^ Désormais il n'en sera plus question entre Jéhova et son peuple : c'est une pbase dépassée dans l'histoire de celui-ci. C'est à Jéhova seul qu'il aura recours.

^^ Il ne faut pas trop rapprocher l'image du cyprès et celle du fruit, car le innt da cyprès n'est pas un objet de désir pour l'homme. Mais le cyprès est un arbre dont les feuilles ne tombent pas et qui se prSte ainsi à symboliser la fidélité ^ Dieu ; le fruit est, comme partout, le symbole du bonheur et de la prospérité.

Que celui qui est sage comprenne cela!

Que rintelligent le prenne à cœur I Car les voies de TÉternel sont droites : Les justes y marchent.

Les impies y trébuchent".

12 Ce dernier verset ne fait pas partie intégrante du morceau précédent. C'est une espèce d'épilogue, de sentence finale^ qui recommande le livre entier à la méditation du lecteur.

(Zacharie IX-XI) ^HBMIÊRE MOITIÉ DU HUITIÈME SIÈCLE AVANT JÉSUS-CHRIST

A T. 2' part. — I. 12

A la (in du recueil qui comprenait les discours des prophètes dont on ne possédait qu'un petit nombre de textes, et que, pour cette raison, on s'est accordé plus tard à désigner par le nom spécial des petits prophètes ^ les anciens collecteurs avaient placé quelques pièces anonymes, comme une espèce d'appendice, les autres étant arrangées par ordre chronologique, autant que les moyens de la critique permettaient alors de le fixer. Ces pièces additionnelles ne portant pas de titres spéciaux, ont fini par être considérées comme des parties intégrantes du livre de Zacharie, par lequel se terminait la série des prophètes connus et désignés nominativement; de sorte que pendant des siècles ce contemporain des restaurateurs du temple après l'exil a passé généralement pour l'auteur d'une série de morceaux prophétiques auxquels il était étranger. Consacrée par un long usage, cette confusion se retrouve dans toutes les bibles imprimées , sans aucune exception. Ce n'est que de nos jours qu'une étude plus attentive des textes a convaincu la critique de l'impossibilité d'attribuer à un seul et même auteur des discours qui ont dû être inspirés par des événements survenus à une grande distance les uns des autres, et qui laissent entrevoir des situations politiques

absolument différentes. On est ainsi parvenu à découvrir, dans le recueil qui porte le nom de Zacharie, les œuvres de trois prophètes divers : du véritable Zacharie, qui a vécu du temps de la domination persane, sous le règne de Darius fils d'Hystaspe, c'est-à-dire vers Tan 520 avant Jésus-Christ, et de deux anonymes, dont Tun, à peu près contemporain d'Osée, appartient à la première moitié du huitième siècle ; l'autre a dû exercer son ministère dans le courant du septième. On comprend que l'intelligence de leurs discours, qui ne sont pas déjà trop transparents par eux-mêmes, dépend avant tout du jour que la critique historique peut jeter sur leur origine. Notre premier devoir est donc de les analyser chacun à la place que lui assignent les résultats de cet examen, et de bien déterminer l'horizon qui se reflète dans leurs oracles.

En c^ moment nous avons affaire à l'auteur des trois morceaux qui forment dans nos bibles les chap. IX, X et XI du livre de Zacharie, dont les huit premiers chapitres seuls appartiennent au prophète de ce nom. La coupe de ces trois chapitres est parfaitement juste. Les deux premières pièces sont écrites dans le style oratoire , particulier à la plupart des anciens prophètes , et se rapprochant beaucoup des formes de la poésie ; la troisième est en simple prose.

Le premier discours (chap. IX) s'annonce au début comme une menace contre les Syriens et les Phéniciens, dont la richesse et la puissance seront anéanties. Mais le prophète se hâte d'ajouter que Jéhova, après avoir accompli ce châtiment mérité par une honteuse et coupable idolâtrie, recevra en grâce les restes de ces peuples et les incorporera à Israël. Parce fait, Jérusalem, délivrée de tout danger extérieur, pourra se livrer à la joie et jouir de son bonheur, sous un roi juste, victorieux et pacifique. Ses enfants, aujourd'hui enlevés à la patrie par les malheurs de la guerre et la cupide cruauté des marchands d'esclaves étrangers, surtout des Grecs, rentreront dans leurs familles et Jéhova, se mettant à la tête de Juda et d'Éphraïm, désormais unis, vengera leur triste captivité. Ce tableau nous met en présence d'un état de choses que nous connaissons suffisamment par les prophètes qu'on %âent de lire, et dont nous parlerons encore dans ceux qui vont suivre. Les Syriens et leurs alliés sont encore les plus redoutables ennemis d'Israël. Il n'est pas question des Assyriens et encore moins de l'exil. Les captifs, sur le sort desquels le prophète

S apitoie, ont été vendus à des Grecs (Joël IV, 6). Juda et Éphraïm subsistent encore l'un à côté de Tautre, et la fusion des deux fractions du peuple, malheureusement séparées aujourd'hui, est lobjet des vœux de l'auteur. Enfin le Messie, dont l'avènement doit assurer la réalisation de toutes les espérances nationales, est représenté ici avec les attributs que vont lui donner Ésaïe et Michée, et auxquels les prophètes postérieurs ne reviennent guère.

Le second morceau (chap. X) commence par insinuer que tout n'est pas au mieux dans le moment actuel, à l'égard de la condition religieuse du peuple. Il est question de faux prophètes, d'oracles mensongers qu'on prétend obtenir de divinités créées par la superstition. Aussi Jéhova demandera-t-il compte aux chefs qui gouvernent Israël, aux bergers qui négligent ou égarent son troupeau. Puis il se mettra lui-même à la tête de celui-ci et lui rendra la supériorité perdue par la faute des hommes qui ont manqué à leur devoir. Derechef il est parlé de victoires prochaines de Juda et de Joseph et du retour des déportés. Mais la mention simultanée de l'Egypte et de l'Assyrie comme puissances prépondérantes, et ayant déjà commencé leurs agressions (Osée XI, 11), doit nous faire penser que les événements racontés 2 Rois XV, 19 appartiennent au passé.

Le chap. XI commence par quelques lignes très-poétiques adressées au Liban, qui va ouvrir ses portes pour livrer passage à une invasion dévastatrice. Plusieurs commentateurs considèrent ces lignes comme un fragment à part, lequel, de même qu'il ne saurait être rattaché à ce qui précède, n'aurait rien de commun non plus avec ce qui suit. Il est vrai qu'il se sépare nettement de cette suite par son style ; mais il nous répugne d'admettre que le texte soit tronqué et incomplet. Nous aimons mieux y voir une espèce de préambule annonçant, sous une forme à la fois brève et brillante, précisément ce qui va être exposé d'une manière plus détaillée sous une autre forme, et au moyen d'images empruntées à un autre ordre d'idées. Comme le commentaire donnera l'explication de ce morceau allégorique, qui passe très à tort pour obscur, nous nous bornerons ici à dire que la ruine imminente du royaume d'Éphraïm, et surtout la période d'anarchie qui a précédé la catastrophe (2 Rois XV), y est décrite sous l'image d'un troupeau que son berger (Jéhova) abandonne, après avoir été lui-même abandonné et rejeté par les brebis. Cette troisième

pièce est la plus importante de toutes pour la fixation de l'époque de l'auteur anonyme. Il est impossible, en face de ce texte, de ne pas reconnaître que le royaume d'Éphraïm existait encore sous ses rois, mais qu'il était déchiré par la guerre civile et l'anarchie, si bien que le prophète, contrairement à l'habitude de tous ses collègues, qui se ménagent la perspective d'un meilleur avenir même dans les circonstances les plus tristes et les plus décourageantes, fait d'avance son deuil de toutes les belles choses qu'il avait lui-même promises dans ses premiers discours, et renonce explicitement à l'idée d'une réconciliation entre Juda et Éphraïm, celui-ci étant irrévocablement voué à la mort.

Déclaration de la parole de rÉternel sur la terre de Hadrak^

Et sur Damas elle s'arrête — Car rÉternel a Toeil sur les hommes^ Et sur toutes les tribus d'Israël" — Et sur Hamat qui y est contiguë, Sur Tjr et sur Sidon qui sont si sages'! Tjrr s'est bâti une citadelle *,

• La première ligne a la forme d'an- titre ou d'une suscription^ mais elle est en même temps une partie intégrante du texte et du parallélisme, ce qui lui donne une tooronre assez bizarre. Le nom de Hadrak ne se trouve pas ailleurs dans TAncien Testament, mais le contexte fait voir qu'il s'agit de la Syrie, puisque la parole de l^u, en se déclarant au sujet de Hadrak, s'arrête sur Damas et Hamat, qui sont les chefs-lieux des deux principales provinces ou royaumes de la Syrie. L'origine et la valeur du nom sont inconnues. On y a voulu voir un mot forgé exprès par le prophète pour exprimer un jugement sur la nature de cette puissance, à la fois dure [oQ plutôt tranchante : hadj et molle (ou faible: rak). Mais il est plus probable que c'est un nom de divinité. Les Septante ont lu Sedrah (Sadrak). La Palestine est DQaim^ la terre de Jéhova (Os. IX, 3), les 'Anunonites sont le peuple de Kemos' 'Nomh. XXI, 29).

' Bt non pas seulement sur ces dernières. Il est le maître universel, réglant les destinées de toutes les nations. Cette assertion est opposée aux conceptions polythéistes popolaires qui donnaient à chaque peuple son dieu particulier.

^ On remarquera que dans ce qui suit, l'auteur s'arrête davantage au châtiment à infliger aux Phéniciens' et aux Philistins, les voisins plus immédiats de Juda, et non pas aux Syriens plus éloignés, et séparés de Juda par le royaume d'ÉphraUn. La t^eue des Tyriens est nommée par ironie ; leurs trésors et leurs fortifications, cilcalées pour assurer leur puissance, ne sauraient prévaloir contre celle de Jéhova.

^ L'auteur veut sans doute parler de la nouvelle ville bâtie sur une ile voisine de l'ancienne située sur la côte. C'est cette lie que Salmanassar assiégea pendant 5 ans, Neboukadneççar pendant 13 ans, sans pouvoir la prendre, et qu'Alexandre ne prit qu'après sept mois d'un siège pénible. Il y a un jeu de mots dans le texte entre le iK>m de la ville (en hébreu Çâr) et le terme de citadelle [mofôr), ce qu'on aurait pu rendre par : Tyr s'entoura de tours.

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