‹ La Bible (volume 2)Chapitre 50 sur 93 · XXXVII · texte numérisé non relu

XXXVII

La parole qui fut adressée à Jérémie de la part de l'Étemel^ lorsque Neboukadneççar^ roi de Babel, et toute son armée, et tons les royaumes de la terre soumis à sa domination, et tous les peuples assiégeaient Jérusalem et toutes les autres villes du pays. Il dît : Voici ce que dit TÉteruel, le dieu d'Israël : Va parler à Çideqiyaboo, le roi de Juda, et dis-lui : Voici ce que dit l'Éternel : Vois-tn, je vais livrer cette ville au roi de Babel, pour qu'il y mette le feu. Et toi, tu n'échapperas pas à sa main, mais tu seras pris et arrêté et livré entre ses mains, et tu le verras face à face, et il te parlera de bouche à bouche, et tu iras à Babel! Cependant écoute* la parole de l'Éternel, Çideqiyahou, roi de Juda ! Voici ce que rÉternel dit à ton égard : Tu ne mourras pas par l'épée. Tu mourras en paix, et l'on te fera des funérailles solennelles comme on les a faites aux rois, tes pères, qui t'ont précédé, et avec le Hélas Seigneur 1 on fera ton deuil '. C'est moi qui le dis, parole de l'Étemel I

1 Ce morceaa parait se rattacher à ce qui a été raconté dans riotroduction à la scène du chap. XXXII ; car les paroles adressées ici au roi ne sont au fond que la reproduction plus complète et plus exacte de celles qui sont rapportées au 1. c, t. 3 et suiv. Comp. aussi chap. XXI.

^ A première vue, il y a une singulière contradiction entre ce qui va suivre et ce qui précède. La ville doit être brûlée et le roi 6tre emmené captif» et pourtant il loi est annoncé une mort paisible, une sépulture honorable, un deuil royal. Ceci ne suppose-t-il pas Tezistence de la ville, et la possibilité d'en agir à l'égard de ce roi à l'instar de ce qui avait été fait pour ses prédécesseurs morts sur le trdne ? Pour sortir d'embarras, il faut fortement accentuer ces mots : Cependant écoute J Ils introduisent an cas, une condition, qui préviendra l'effet des menaces prononcées tout à l'heure. Ces dernières s'accompliront êi le roi persiste à se défendre ; il conjurera la catastrophe en se rendant. L'antithèse aurait pu être formulée d'une manière plus explicite, mais le passage parallèle, XXXVIII, 17 et suiv., confirme de tous points notre interpré* tation.

S Pour funérailles êolennelleSf il y a dans le texte: on te fera des embrasements (des feux] comme les embrasements de tes pères. Il faut entendre cela de la quantité de substances aromatiques qu'on brûlait dans les grandes occasions de ce genre (2 Ghron. XVI, 14). On ne brûlait pas les cadavres eux-mdmes. Pour les mots: Héloê, Seigneur l voyez XXII, 18.

Et le prophète Jérémie dit tout cela à Çideqiyahou, roi de Juda, à Jérusalem, lorsque Tarmée du roi de Babel assiégeait Jérusalem, et toates les villes de Juda qui restaient encore, savoir Lakis' et 'Àzéqah^ car c'étaient là les seules places fortes qui restaient encore d*eDtre les villes de Juda.

La parole qui fut adressée à Jérémie de la part de rÉternel, après que le roi Çideqiyahou eut fait un pacte avec tout le peuple de Jérusalem, à l'effet de proclamer Témancipation, savoir que chacun devait laisser aller en liberté son esclave hébreu, et sa servante hébraïque, de sorte que personne ne retiendrait en servitade son frère judéen. Et tous les chefs et tout le peuple qui avaient consenti à ce pacte, de laisser aller en liberté chacun son esclave et sa servante, de manière à ne plus les retenir en servitude, avaient obéi en effet et les avaient laissés aller. Mais après coup ils firent revenir les esclaves et les servantes qu^ils avaient mis en liberté, et les réduisirent de nouveau à Tétat d*esclaves et de servantes^.

Alors la parole de rÉternel fut adressée à Jérémie, de la part de rÉtemel, en ces termes : Voici ce que dit TÉternel, le dieu d'Israël : i'ai fait un pacte avec vos pères, lorsque je les retirai du pays d'Egypte , de la maison de servitude, en disant : c Au bout de sept ans, chacun de vous laissera partir son frère hébreu qui lui aura été ^endu et qui aura servi pendant six ans, et vous le laisserez partir de chez vous en libertés» Mais vos pères ne m'ont point obéi et n'ont pas prêté Voreille. Mais vous, aujourd'hui, vous êtes revenus à faire ce qui me plait, en proclamant l'émancipation l'un pour Tautre, et vous avez fait un pacte en ma présence dans la maison appelée de mon nom. Cependant vous en êtes revenus à profaner mon nom, et vous avez fait revenir chacun son esclave et sa servante qae vous aviez laissés aller en liberté, à leur gré, et vous les avez

^ Qaand les Chaldéens eurent mis le siège devant Jérusalem^ le roi demanda qa'on mît en liberté les esclaTes juifs qui se trouverajjpat dans la ville, soit pour s'en servir comme de soldais, soit par un motif religieux (l'aiTranchissement étant exigé par la loi après 6 ans de service], c^est-à>dire pour accomplir ainsi à la dernière heure une loi qai avait sans doute été négligée jusque-là. Cependant après quelque temps les Chaldéens ayant levé le siège temporairement, pour aller combattre les Égyptiens qui s'avançaient au secours des Judéens, ceux-ci, croyant tout danger passé, revinrent sur leur mesure d'émancipation et forcèrent les lihérés à rentrer dans la condition servile.

^ Citation presque textuelle de Deut. XV, 12. — Ce qui suit prouve que cette loi, ancienne ou non, n avait jamais été observée. — L'expression: Au bout de 7 ans, est inexacte. Il faut mettre : 6 ans, ou : dans la septième année.

A. T. 2' part. — I. 31

forcés à être encore vos esclaves et vos servantes. Par cette raison, voici ce que dit TÉternel : Vous ne m'avez point obéi, de manière à proclamer l'émancipation, Tau au profit de l'autre, son frère. Or, voyez, moi je proclame votre émancipation, parole de TÉtemel, au profit de répée, de la peste et de la famine', et je ferai de vous un objet d'horreur pour tous les royaumes de la terre. Et les hommes qui ont transgressé mon pacte, qui n'ont point voulu ratifier les promesses du pacte qu'ils avaient fait en ma présence^ avec le taureau coupé en deux, entre les morceaux duquel ils ont passé*, ces chefs de Juda et de Jérusalem, ces eunuques et ces prêtres, et tout le commun peuple, qui ont passé entre les morceaux du taureau, je les livrerai à leurs ennemis^ à ceux qui en veulent à leur vie, et leurs cadavres deviendront la pâture des oiseaux de proie et des bêtes sauvages. Et quant à Çideqiyahou, le roi de Juda, et à ses officiers, je les livrerai à leurs ennemis, à ceux qui en veulent à leur vie, et à l'armée du roi de Babel qui vient de se retirer de céans. Voyez, je vais donner mes ordres, parole de l'Étemel I et je les ramène vers cette ville pour qu'ils l'assiègent, et la prennent, et la livrent aux flammes, et de toutes les villes de Juda je ferai nne solitude sans habitants.

La parole qui fut adressée à Jérémie de la part de VÉternel du temps de lehoyaqim^ fils de los'iyahou, roi de Juda, en ces termes: Va trouver la famille des Rékabites ^ parle-leur et conduis-les au

3 La menace du chûtiment est formulée ironiquement dans les termes mêmes de la loi violée. Jéhova est le maître dlsraêl, lui aussi émancipera ses serviteurs, parce qall ne veut plus d'eux, mais loin de s'en trouver mieux, ils tomberont sous la puissance de maîtres bien autrement sévères, savoir de calamités cruelles qui mettront fin à leur existence même.

^ Allusion à une cérémonie symbolique usitée dans les affaires civiles et dans les relations internationales. On partageait en deux une victime, et en passant entre Us deux moitiés, on appelait sur soi-même le sort de l'animal en cas de violation da pacte. Genèse XY, 10. (De là, en hébreu, la locution : trancher une alliance, icen fadm, 5px'.a TéiJLvsiv.)

^ Les Rékabites étaient une tribu ou un clan des Qénites (1 Chron. II, 55}, c'est-àdire originairement étrangers à la race Israélite, mois vivant en bons termes avec celle-ci et conservent les habitudes de la vie nomade, non-seulement par goût et par habitude, mais à ce qu'il paraît par une espèce de vœu religieux. Du reste, il est hors de doute qu'ils avaient embrassé les croyances monothéistes. A l'approche des Chaldéons, ils s'étaient réfugiés à Jérusalem, comme ont dû le faire beaucoup d'habitants de la campagne.

temple à Tune des salles ^, et là tu leur offriras du yin à boire. Et je pris laazanyah, fils de Yirmyahou, fils de Habaççinyab, et ses frères et tous ses fils et toute la famille des Rékabites, et je les conduisis au temple dans la salle des fils du propbète^ Hauan^ fils de YigdalyahoU) laquelle est à côté de la salle des ministres^ aordessus de celle de Ma'aséyahou, fils de S'alloum, le garde du seoiM. Puis je plaçai devant les membres de la famille des Rékabites des cruches remplies de vin et des gobelets, et je leur dis : Bayez du vin I Mais ils répondirent : Nous ne buvons pas de vin ; car notre père lonadab ^, fils de Rékab, nous en a fait une loi, en disant : Vous ne boirez pas de vin, ni vous, ni vos enfants, à tout jamais; vous ne bâtirez pas de maisons, vous ne ferez pas de semailles, vous ne planterez ni ne posséderez des vignes; mais vous habiterez sous des tentes toute votre vie, afin de vivre longtemps dans le pays où vous séjournez comme étrangers ^. Or, nous avons obéi à notre père lehonadab, fils de Rékab, en tout ce qu'il nous a prescrit, en sorte que nous n'avons jamais bu de vin, ni nous, ni nos femmes, ni nos fils et nos filles, jamais nous n'avons construit des maisons pour y demeurer, nous n'avons ni vignes, ni champs, ni semailles ; nous habitons sous des tentes, et nous obéissons en agissant en toutes choses selon ce que notre përe lonadab nous a prescrit. Cependant, lorsque Neboukadreççar , le roi de Babel , envahit le pays^, nous avons dit : Venez, allons nous retirer à Jérusalem, devant Tannée des Chaldéens et des Âraméens I Et nous nous établîmes à Jérusalem.

^ Tout autour du temple proprement dit il régnait trois étages de pièces^ servant sanâ doute de magasins, de logements ou de lieux de réunion (l Rois VI, 5]. Il y avait cependant aussi des salles de l'autre côté de la cour (XXXVI, 1 0] et il serait fort possible qu'il s'agît ici de ces dernières.

3 Litl.: homme de Dieu, Il serait possible que les fils aient été proprement des ditcipleê, et qu'il s'agît là d'une salle d'école.

^ Les gardes du seuil n'étaient pas des portiers subalternes, mais de très-hauts dignitaires dans la hiérarchie sacerdotale (LU, 54). De môme les chefs mentionnés ici sont nécessairement des fonctionnaires ecclésiastiques.

^ Ce lonadab est probablement le même que celui qui est nommé dans l'histoire du roi léhou (2 Rois X, 15 et suiv.]. L'aversion pour le vin se retrouve aussi ailleurs dans l'antiquité et a passé des anciens Arabes à l'Islamisme.

^ La vie nomade, la renonciation volontaire à tout ce qui attache l'homme à la glèbe, loi facilite les moyens de se mettre à l'abri du danger en cas d'invasion.

"^ Nous voyons par la note chronologique placée en tête de ce morceau, qu'il s'agit <i une invasion antérieure a celle dont parluient les textes immédiatement précédents.

Alors la parole de rÉternel fut adressée à Jérémie en ces termes : Voici ce que dit laheweh Çebaot, le dieu d'Israël : Va dire^ aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem : N'accepterex-vous point d'avertissement; afin d'obéir à mes paroles ? dit rÉternel. Elles ont bien été respectées, les paroles de lehonadab, fils de Rékab, qui défendit à ses fils de boire du vin ; ils n'en ont point bn jusqu'à ce jour, parce qu'ils ont obéi à la prescription de leur père : et moi, je n'ai cessé de tous parler, et vous ne m'avez point obéi. J'ai envoyé vers vous tous mes serviteurs, les prophètes, dès l'abord et itérativement, en vous faisant dire : Revenez donc de vos mauvaises voies, amendez votre conduite^ ne courez point après d'autres dieux pour les adorer, et vous demeurerez dans ce pays que je vous ai donné à vous et à vos pères, mais vous n^avez point prêté l'oreille et vous ne m'avez pas écouté^. Oui, les enfants de lehonadab, fils de Rékab, ont respecté les ordres que leur père leur avait donnés, mais ce peuple ne m'a point obéi. Pour cela, voici ce que dit l'Éternel, le dieu des astres, le dieu d'Israël ; Voyez! je vais amener, sur Juda et sur tous les habitants de Jérusalem, tous les malheurs dont je les ai menacés, parce qu'ils n'oat pas écouté quand je leur ai parlé, et qu'ils n'ont pas répondu quand je les ai appelés !

Puis, s'adressaut à la famille des Rékabites '<', Jérémie dit : Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël : Puisque vous avez obéi aux ordres de votre père lehonadab, et que vous avez observé tous ses commandements et agi en tout conformément à ce qu il vous a prescrit, pour cela, voici ce que dit l'Éternel , le dieu d'Israël : Jamais il ne manquera à lonadab, fils de Rékab, quelqu'un qui soit placé devant moi**.

s Comme le public n'avait pas assisté à la conversation entre Jérémie et les Rékabites, on est tenté de regarder celle-ci moins comme un fait historique que comme uo élément du discours qui va suivre.

0 Chap. XXV, 3 et suîv.

10 Si l'on s'en tient à Tidée quHl s'agit ici d'une scène historique, ces deroières paroles ont dû être prononcées dans la salle même où l'on avait réuni les Rékabites. Il nous semble cependant plus naturel de faire abstraction de toute circonstance matérielle et de s'en tenir à l'idée de l'antithèse entre le sort promis aux uns et celui réservé aui autres, solon leur conduite respective.

11 Comp. XXXIII, 17. Le sens est: la famille de Rékab subsistera sous la protection de Jéhova. Quelqu'un n'est pas un iudividu uaique, mais le représeotant de la race.

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