XL
La quatrième année de lehoyaqim, fils de los'iyahou^ roi de Juda^ la parole que voici fut adressée à Jérémie de la part de rÉtcrnel : Il dit : Prends un rouleau à écrire, et écris dessus toutes les paroles que je t'ai dites, au sujet d'Israël et de Juda, et de toutes les nations, depuis que j'ai commencé à te parler, du temps de los'ijahou, jusqu'à ce jour. Peut-être la maison de Juda écoutera-telle tout le mal que je médite de leur faire, de manière qu'ils se détournent de leur mauvaise voie, en sorte que je puisse leur pardonner leurs crimes et leurs péchés.
Alors Jérémie appela Barouk, le fils de Nériyah, et Barouk écrivit sous la dictée de Jérémie, dans un rouleau à écrire, toutes les paroles que l'Éternel lui avait dites. Puis Jérémie donna ses ordres à Barouk, en disant : Je suis empêché', je ne puis aller au temple. Va donc toi-même lire les paroles de l'Éternel, que tu as écrites sous ma dictée dans le rouleau, devant le peuple au temple, un jour de jeûne ; tu les liras aussi devant tous les Judéens qui viendront de leurs bourgades^. Peut-être imploreront-ils la grâce de rÉtcrnel, et se détoiimeront-ils de leurs mauvaises voies, car grande est la colère et l'indignation dont l'Éternel a menacé ce peuple. Et Barouk, le fils de Nériyah, fit tout ce que Jérémie lui avait ordonné, eo lisant au temple les paroles de l'Éternel écrites sur le rouleau.
La cinquième année de lehoyaqim, fils de los'iyahou, roi de Juda, an neuvième mois ^, on avait convoqué au temple, pour un jeûne, toute la population de Jérusalem, et tous ceux du peuple qui des bourgades de Juda voulaient venir à la ville. Et Barouk lut dans le rouleau les paroles de Jérémie, au temple, dans la salle de G'emaryahou, fils du secrétaire S'afan^ dans la cour supérieure, à rentrée de la porte neuve du temple ^, devant tout le peuple. Or,
^ Histoire de la première rédaction du livre de Jérémie.
^ Nous n'apprenons point la cause de cet empêchement.
^ Un Jour de jeune était en môme temps un jour de fôte qui réunissait beaucoup do monde dans la cour du temple.
^ Cela reviendrait à peu près au mois de décembre 606 av. J.-G.
^ La description des localités^ telle qu'elle est donnée ici, ne nous apprend pas trop bien la disposition des lieux, sur lesquels d'autres renseignements nous manquent. Sealament on peut dire qu'il s'agit ici non d'une salle attenant à l'édiGcc sacré lui-même (1 Rois VI. 5. Jér. XXXV, 4), mais d'une salle adossée à l'enceinte de la cour intérieure et s'ouvrent sur celle-ci, tout près de l'une des portes par lesquelles on y entrait. Comp. surtout cbap. XXVI, 10.
Mikayehou, le fils de G'emaryabou, fils de S'afan, ayant entenda lire toutes ces paroles de TÉternel, descendit à la maison du roi, à la salle du secrétaire, et y trouva les ministres en séance, Élis'ama^ le secrétaire, Delayahou, fils de S'emayabou, Elnatan, fils de 'Akbor, G'emaryahou, fils de S'afan, Çideqiyahou, fils de Hananyabon, et tous les ministres. Et Mikayebou leur rapporta tout ce qu'il avait entendu lire à Barouk dans le rouleau, devant le peuple. Et les ministres envoyèrent leboudi, fils de Netanyabou, fils de S'elmyaboa, fils de Kous'i, vers Barouk, pour lui dire : Prends le rouleau dans lequel tu as lu devant le peuple et viens ! Et Barouk, le fils de Nériyabou, prit le rouleau et se rendit auprès d'eux. Et ils lui dirent : Assieds-toi et lis-nous cela ! Et Barouk fit la lecture devant eux. Et quand ils eurent entendu toutes ces paroles, ils se firent part l'un à l'autre de leur terreur ", et ils dirent à Barouk : Il faut que nous rapportions tout cela au roi. Puis ils interrogèrent Barouk en disant : Dis-nous donc, comment as-tu écrit tout cela sous sa dictée ^ ? Et Barouk leur répondit : Il me dictait toutes ces paroles, et moi, je les écrivais dans le rouleau avec de l'encre. Alors les ministres dirent à Barouk : Va te cacher, toi, ainsi que Jérémie, et que personne ne sache où vous êtes ^. Puis ils se rendirent à la cour, auprès du roi , en laissant le rouleau dans la salle du secrétaire Élîs'ama', et ils firent en présence du roi un rapport sur toute cette affaire. Alors le roi envoya lehoudî pour prendre le rouleau, et celui-ci le prit dans la salle du secrétaire Élîs'ama', et le lut en présence du roi et de tous les ministres qui se tenaient debout devant le roi, lequel était assis dans son appartement d'hiver (c'était au neuvième mois) et le brasier était allumé devant lui°. Et lorsque leboudi eut lu trois ou quatre chapitres *^, il déchira le rouleau avec
^ Les discours de Jérémie n'étant rien de nouveau pour eux, ce n*est pas au sujet de leur contenu qu'ils s'alarment^ comme d'une chose inouïe ; mais c'est la hardiesse du prophète qui les effraie, lequel osait braver si ouvertement la colère du roi (XXYI). Si l'on voulait presser la lettre du texte, on en viendrait à conclure que Jérémie n'avait jamais parlé en public.
'7 Cette question, comparée à la réponse qui suit, n'a de sens qu'autant qu'on distingue une dictée directe faite par l'auteur à un secrétaire passif, d'une rédaction faite par celui-ci des discours qu'il avait entendus, sans qu'il eût reçu l'ordre d'écrire. Il s'agirait pour les ministres de savoir si Jérémie était complice de cette démonstretioo-
S Police bien débonnaire.
0 A défaut d autres moyens de chauffage, on plaçait un brasier allumé dans la pi^ d'habitation. Pour la saison, voyez la note sur le v. 9.
^^ lÀti.z portei. Les Rabbins, les Ârahes et les Persans font usage delà mto^ expression pour désigner les sections d'un texte. On a tort de traduire le mot par feuillets ou pages, puisqu'il s'agit d'un rouleau.
le couteau du secrétaire et le jeta dans le feu du brasier jusqu'à ce que le tout fût consumé. Et ni le roi, ni tous ses officiers qui avaient assisté à la lecture, n'en éprouvèrent aucune crainte et ne déchirèrent point leurs habits *', et même quand Elnatan, Delayahou et G'emaryahou insistèrent auprès du roi pour qu'il ne brûlât pas le rouleau, il ne les écouta point. Puis le roi ordonna au prince ïerahmeël, et à Serayahou, fils de 'Azrîël, et à S'elmyahou, fils de 'Abdeël, d'arrêter le secrétaire Barouk et le prophète Jérémie. Mais rÉternel les cacha".
Et quand le roi eut brûlé le rouleau avec les discours que Barouk avait écrits sous la dictée de Jérémie, la parole de TÉternel fut adressée à celui-ci en ces termes : Prends encore un autre rouleau et écris dessus toutes ces mêmes paroles qui se sont trouvées dans le premier rouleau brûlé par lehoyaqim, le roi de Juda. Et quant au roi lehoyaqim, tu diras : V%[ci ce que dit rÉternel : Tu as brûlé *' ce rouleau en disant : Pourquoi y as-tu écrit ces paroles : < Le roi de Babel viendra dévaster ce pays et en exterminer hommes et bêtes ! » Pour cela, voici ce que dit TÉternel au sujet de lehoyaqim, le roi de Juda : Il n'aura point de successeur sur le trône de David, et son cadavre sera jeté dehors, exposé à la chaleur du jour et au froid de la nuit'% et je lui demanderai compte de ses crimes, à lui, et à sa race, et à ses gens, et j'amènerai sur eux, et sur les habitants de Jérusalem, et sur les gens de Juda, tous les malheurs dont je les ai menacés sans qu'ils m'aient écouté.
Et Jérémie prit un autre rouleau et le remit à son secrétaire Barouk, fils de Nériyahou, et celui-ci y écrivit sous la dictée de Jérémie toutes les paroles de l'écrit qu'avait brûlé lehoyaqim, le roi de Juda, et il y fut ajouté beaucoup d'autres discours pareils".
11 Ne se montrèrent pas da tout affectés du contenu menaçant de ces discours. Comp. 2 Rois XXII, i 1 .
1^ Fit en sorte qu'on ne découvrit point leur retraite.
13 Apostrophe oratoire, qu'il ne faut pas interpréter comme si Jérémie s'était directement présenté devant le roi.
1-1 Comp. la note sur chap. XXII, 19. Le fils de loyaqîm lui succéda^ mais ne régna que peu de mois.
1^ Le récit s'arrête ici sans que nous apprenions combien de temps le prophète a été obligé de se tenir caché. Le morceau suivant se rapporte à une époque bien postérieure.
536 JÉRÉMiE xxx\ni, 1.12.
XLP.
Le roi Çideqîyahoa, fils de los'iyahou , régnait à la place de Konyahou, fils de lehoyaqîm (le roi de Babel, Neboukadreççar , Tavait établi roi dans le pays de Juda); et ni lui, ni ses officiers, ni le commun peuple n'écoutaient les paroles de TÉternel que celui-ci leur adressait par Torgane du prophète Jérémie. Cependant le roi Çideqiyahou envoya leboukal, fils de S'elmyah^ et le prêtre Çefauyahou, fils de Ma'aséyah, vers le prophète Jérémie pour lui dire : Intercède pour nous auprès de TÉternel, notre Dieu 1 Or, Jérémie cii'culait encore librement parmi le peuple et on ne Tavait pas encore mis en prison, et Tarmée de Pharaon étant sortie de rÉgypte, les Chaldéens qui assiégeaient Jérusalem, en ayant été informés, s'étaient retirés de devant la ville.
Alors la parole de TÉternel fftt adressée au prophète Jérémie en ces termes : Voici ce que dit l'Éternel, le dieu d'Israël : Voici ce que vous direz au roi de Juda, qui vous a envoyés vers moi ponr me consulter : L'armée de Pharaon, qui s'est misp en marche ponr vous venir en aide, retourne dans son pays, en Egypte, et les Chaldéens vont revenir pour assiéger cette ville, et ils la prendront et y mettront le feu. Oui, l'Éternel dit : Ne vous faites pas illusion à vous-mêmes^ en disant : les Chaldéens se retireront d'ici, car ils ne se retireront point; et quand bien même vous battriez toute Tarmée des Chaldéens qui vous assiègent, et qu'il ne restât d'eux qu'un homme blessé dans chaque tente, ils se lèveraient tout de même et mettraient le feu à cette ville.
Pendant que l'armée des Chaldéens s'était retirée de devant Jérusalem, à cause de l'armée de Pharaon, Jérémie sortait de Jérusalem pour se rendre au pays de Benjamin', afin de rapporter de là
1 Récit relatif aux événements du dernier siège de Jérusalem^ 589 av. J.-C. Le rédacteur, qui passe ici sous silence une période de 16 à 17 ans, rappelle en deux mots qu'entre lehoyaqlm, dont il vient d'être question, et le roi dont il va parler, il j avait encore eu un autre règne intermédiaire, celui du jeune lekonjah. — Les circonstances auxquelles il est fait allusion sont connues (chap. XXXIV). Les Chaldéens levèrent le siège de Jérusalem à l'approche d'une armée égyptienne qui venait au secours de Jada, mais ils purent bientôt reprendre leurs opérations contre la ville. Cela se passait avant l'arrestation du prophète, racontée chap. XX. Comp. chap. XXXII.
^ Jérémie était originaire du hourg de 'Anatot, au pays de Benjamin, où il avait des propriétés (comp. chap. XXXII) Cependant le but de son voyage n'est pas clair ; le sens des mots qui doivent l'indiquer est on ne peut plus incertain. On a proposé de traduire : pour y recueillir un héritage, ou bien : pour s'échapper de là. Ces traductions si divergentes, jointes à ce fait qu'on pe sait que faire des mots : parmi le peuple, semblent autoriser le soupçon que le texte est altéré.
quelque chose parmi le peuple. Or, quand il arriva à la porte de Benjamin, il y avait là un chef de garde nommé Yireiyah, fils de S'elmjah, fils de Hananyah, qui fit arrêter le prophète Jérémie en disant : Tu veux passer aux Chaldéens I Jérémie répondit : C'est faux! je ne veux pas passer aux Chaldéens. Mais on ne Técouta pas, et Yireiyah fit arrêter Jérémie et le conduisit devant les ministres. Et les ministres' s'emportèrent contre Jérémie et le firent battre, puis ils le jetèrent en prison dans la maison du secrétaire lehonatan, dont on avait fait la prison. Et Jérémie dut entrer dans on souterrain et fut mis aux ceps^. Quand il y fut demeuré longtemps, le roi Çideqiyahou l'envoya chercher et l'interrogea secrètement dans sa maison ; il lui dit : Y a-t-il une parole de la part de rÉtemel * ? Et Jérémie répondit : Oui I Et il ajouta : Tu seras livré au roi de Babel. Puis il dit au roi Çideqiyahou : Quel crime ai-je commis contre toi, ou tes ofilciers, ou contre ce peuple, pour que vous m'ayez jeté en prison ? Où sont donc vos prophètes qui vous prédisaient que le roi de Babel ne reviendrait pas à la charge contre vous et contre ce pays- ci"? Et maintenant veuille m'écouter, mon seigneur roi, et permets-moi de te présenter ma supplication ' I Ne me fais pas reconduire dans la maison du secrétaire lehonatan, pour que je n'y meure point ! Alors le roi Çideqiyahou donna ses ordres et Ton fit surveiller Jérémie dans la cour de la prison ', en lui donnant chaque jour une miche de pain de la rue des boulangers ^, jusqu'à ce qu'il n'y eût plus de pain dans la ville. Et pendant*^ que Jérémie demeurait dans la cour de la prison^
' On ne perdra pas de vue que ces ministres doivent avoir été autres que ceux dont il est question au chapitre précédent. Ceux-ci avaient sans doute été déportés avec lekoDyah.
^ Traduotioii conjecturale. D'autres mettent une voûte. Le terme de souterrain correspond ici à l'hébreu : fosse, citerne.
^ C'est-à-dire : As-tu une prédiction authentique à me communiquer?
^ On voit que cette scène se passait lorsque déjà les Chaldéens avaient repris le âége de la ville. Les faux prophètes, ainsi convaincus de mensonge, n'osaient déjà plas se montrer.
"7 Litt.: Qu'elle tombe devant toi, c'est-à-dire qu'elle se place sous tes yeux et soit prise en considération.
^ C'est la localité dont il est parlé chap. XXXII, et les deux récits se rapportent au même événement. Jérémie pouvait y voir du monde et converser avec le public.
' Les boulangers paraissent avoir demeuré ensemble, ou du moins avoir eu un bazar ou marché commun.
1^ Nous changeons la coupe des chapitres. — Les noms propres qui suivent nous sont déjà connus en partie (XXI, 1 ; XXXVII, 3J.
S'efatyah, fils de Mattan, et G'edalyahou^ fils de Pas'honr, et loukal, fils de S'elmyahou^ et Pas'hour, fils de Malkiyah, entendirent les discours que Jérémie adressait au peuple, en disant : Voici ce que dit rÉternel ^* : Celui qui restera dans cette ville mourra par l'épée, ou par la famine, ou par la peste ; mais celui qui ira se rendre aux Chaldéens vivra et aura la vie sauve. Voici ce que dit rÉternel : Cette ville sera livrée à Tarmée du roi de Babel, pour qu*elle s'en empare 1 Et ces ministres dirent au roi : Qu'o^ mette donc à mort cet homme, puisqu'il décourage les gens de guerre qui restent encore dans cette ville, ainsi que le peuple, en leur parlant de la sorte : car cet homme ne cherche point le bien de ce peuple, mais son malheur. Et le roi Çideqiyahou répondit : Eh bien, il est entre vos mains, car le roi ne peut rien contre vous *^. Et ils prirent Jérémie et le jetèrent dans la citerne du prince Malkiyahou, dans la cour de la prison '% en Ty descendant au moyen de cordes. Il n'y avait pas d'eau dans la citerne, mais seulement de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue.
Cependant un eunuque attaché à la maison du roi, 'Ébed-Helk, le Kous'ite, ayant appris qu'on avait jeté Jérémie dans la citerne, sortit du palais et alla parler au roi, qui était en ce moment à la porte de Benjamin. Il lui dit : Mon seigneur roi, ces hommes ont mal agi en toutes choses à l'égard du prophète Jérémie, qu'ils viennent de jeter dans la citerne, où il mourra ** de faim sur place, parce qu'il n'y a plus de pain dans la ville. Alors le roi donna des ordres à 'Ébed-Melk, le Rous'ite, en disant : Prends d'ici trente hommes avec toi, et retire le prophète Jérémie de la citerne, avant qu'il ne périsse. Alors 'Ëbed-Melk prit ces hommes avec lui et se rendit au palais, au magasin '% et y prit des lambeaux d'habits hors de service et de vieilles bardes et les fit parvenir à Jérémie dans la citerne, au moyen de cordes. Et 'Ebed-Melk, le Kous'ite, dit à Jérémie : Mets ces vieux haillons sous tes aisselles, sous les
n Chap. XXI,9.
I^ La faiblesse du roi est toute morale et pas le moins du monde constitutionneHe, comme on l'a insinué. Il n'est pas Thumble serviteur d'un ministère responsable (cho<^ impossible dans l'antiquité orientale), mais il est incapable de suivre un plan arrêta et tout entier au pouvoir d'un parti extrôme et impérieux.
13 Ici nous nous trouvons en face de l'inconnu; nous ne savons ce que c'est que la citerne d'un prince (XXXVI, 26), placée dans la cour mdme du palais.
^^ he texte porte: il est mort; ce qui doit exprimer la certitude de la chose. Tant que Jérémie était sous la garde du roi, on pourvoyait à son entretien.
'!> Traduction ordinaire : sous la trésorerie.
jâRÉMIE xxxvin, 13-23. 539
cordes I Et quand Jérémie eut fait cela, ils le tirèrent hors de la citerne, au moyen des cordes, et Jérémie demeura dans la coiu* de la prison.
Ensuite le roi Çideqiyahou envoya chercher le prophète Jérémie, et l'ayant fait venir auprès de lui à la troisième avenue du temple**, il loi dit : J'ai à t'adresser une question, ne me cache rien I Et Jérémie répondit à Çideqiyahou : Quand je t'aurai fait ma réponse, tu me feras mourir "^ et quand je t'aurai donné un conseil, tu ne m'écouteras pas. Mais le roi fit à Jérémie un serment secret, en disant : Par la vie de rËtemel qui nous a donné la vie *^, je ne te ferai point mourir, et je ne te livrerai point à ces hommes qui en veulent à ta vie I Alors Jérémie dit à Çideqiyahou : Voici ce que dit laheweh, le dieu des astres^ le dieu d'Israël : Si tu te rends aux géfléraux du roi de Babel^ tu auras la vie sauve, et cette ville ne sera pas livrée aux flammes, et toi et ta famille, vous vivrez. Si au contraire tu ne te rends point aux généraux du roi de Babel, cette ville tombera au pouvoir des Chaldéens qui y mettront le feu, et toi, tu n'échapperas pas à leurs mains ^^. Alors le roi Çideqiyahou dit à Jérémie : C'est que je crains les Jndéens qui ont passé du côté des Chaldéens ; j'ai peur qu'on ne me livre à eux et qu'ils ne me maltraitent'®. Mais Jérémie répondit : On ne te livrera pas : obéis toujours à la voix de l'Éternel à Tégard de ce que je te dis ; tu t'en trouveras bien et tu auras la vie sauve. Mais si tu refuses de te rendre, voici ce que l'Éternel m'a révélé : Vois-tu, toutes les femmes qui restent encore '* dans la maison du roi de Juda, quand on les amènera aux généraux du roi de Babel^ elles diront : « Tes amis t'ont subjugué et trompé; tes pieds se sont enfoncés dans le bourbier, et ils t'ont tourné le dos**.» Toutes tes femmes et tes enfants, on les amènera aux Chaldéens et toi-même tu n'échapperas
1^ Désignation éoigmatique d'une localité inconnue.
^"^ On a tort de traduire : Ne me feras-tu pas mourir? Jérémie n'exprime pas une crainte, il fait une prédiction. L'assertion directe et positive est souvent rendue en hébreu par une question négative.
^^ Litt.: Qui nous a fait ce souffle.
19 Comp. chap, XXXIV.
20 x^g transfuges dont il est parlé ici étaient les chefs d'un parti politique qui avait diï céder à Tascendant du parti opposé, soit des partisans de la guerre . Ils pouvaient reprocher au roi d'avoir amené la ruine de l'état et des citoyens.
2^ Toutes les femmes du harem royal qui auront pu survivre aux calamités de ce long siège.
^ Cette phrase a l'apparence d'un proverbe versifié. Les amis sont les chefs du parti Oe la guerre, les ministres qui avaient persécuté le prophète prôchant la soumission.
pas à leurs mains, mais tu seras saisi ci livré au roi de Babel, et quant à cette ville^ elle sera réduite en cendres*'.
Alors Çideqiyahou dit à Jérémie : Que personne ne sache rien de ces discours, pour que tu ne meures point'*. Et si les ministres apprennent que je t'ai parlé et quMls viennent te dire : c Déclarenous ce que tu as dit au roi, ne nous cache rien, autrement nous te mettrons à mort 1 et qu'est-ce que le roi t'a dit ? > tu leur diras : J'ai présenté ma supplication au roi, afin qu'il ne me fasse pas reconduire à la maison de lehonatan pour y mourir. En effet, tous les ministres vinrent trouver Jérémie et lui adressèrent cette question, et il leur répondit conformément aux paroles que le roi lui avait dictées, et ils se retirèrent sans rien dire, car Teutretien n'avait pas été entendu. Et Jérémie resta dans la cour de la prison jusqu'au jour où Jérusalem fut prise.
Et lorsque Jérusalem eut été prise" [La neuvième année
de ÇideqiyahoUy roi de Juda^ au dixième mors, Neboukadrtççar^ roi de Babel^ se présenta devant Jérusalem avec toute son armée, et l'assiégea. Et la onzième année de Çideqiyahou^ au neuvième jour du quatrième mois, une brèche fut faite à la ville. Et tous les généraux du roi de Babel vinrent prendre position à la porte du milieu ^^y savoir Nergal-S'aréçer le Samgar^ Nebou[s'azban] le Sarsakkim ou chef des eunuques^ Nergal-S'aréçer le grand-mage^^ et tous les autres généraux du roi de Babel, Et lorsque le roi ei tous les gens de guerre les y virent^ ils s'enfuirent et sortirent de la ville pendant la nuit par le chemin du jardin du roi ", par la
23 D'après les voyelles du texte, il faudrait traduire: tu la réduiras en cendres. Cela donne un sens très-plausible, mais qui n'est pas recommandé par les nombreux passages parallèles.
84 Comp. la note sur XXXVIII, 5.
25 Ici une main étrangère a intercalé un résumé de l'histoire du siège et de la prise de la ville, de manière à déchirer une pbrase du texte primitif. Les détails de cette notice, très-maladroitement insérée à cette place, sont pris soit dans chap. LU, soit dans 2 Rois XXV.
20 Cette porte a dû se trouver dans le mur intérieur qui séparait les deux collines principales (de Sion et du temple) des faubourgs du nord ou de la ville basse (septeotrionale). Cette prise de position signifie que la porte était forcée et qu'il n'y avait plus moyen de continuer la défense.
27 Samgar et Sarsakkim sont des titres et désignent des fonctions. Samgar signifie peut-être écbanson, comp. 2 Rois XVIII, 17. Le nom du chef des eunuques est tronqué dans le texte. On le rétablit aisément au moyen de celui du v. 13. On voit que l'eunuque et le mage (devin en chef, président du Conseil d'état] remplissaient des fonctions politiques et môme militaires.
2S Du côté opposé, vers la vallée au sud de la ville.
porte qui est entre les deux murs et Von sortit dans la direction de la plaine. Et les troupes chaldéennes les poursuivirent et elles atteignirent le roi dans les plaines de leréko. Et quand on l'eut pris, on le conduisit vers Neboukadneççar^ le roi de Babel^ à Riblahy dans le pays de Hamat^^. Et le roi de Babel lui fit son procès^ et fit égorger les fils de Çideqiyahou à Riblah^ devant ses yeux; de plus^ le roi de Babel fit égorger toutes les personnes de distinction de Juda^ et crever les yeux à Çideqiyahou^ et le fit lier (finie clouble chaîne pour le conduire à Babel, Et les Chaldéens mirent le feu à la maison du roi et aux maisons du peuple^ et ils démolirent les murs de Jérusalem. Quant au reste de la population qui se trouvait encore dans la ville^ et aux transfuges qui s'étaient rendus à lui^ et au reste du peuple qui survivait^ Nebouzaradan^ le chef des gardas du corpSy les déporta à Babel. Cependant d'entre le bas peuple qui ne possédait rien^ Nebouzaradan^ le chef des gardes du corps^ en laissa dans le pays de Juda et leur assigna des vignobles et des champs y dans ce
temps-là] le roi de Babel donna des ordres, an sujet de
jérémie, à Nebouzaradan, le chef des gardes du corps, en ces termes : Prends-le, aie Toeil sur lui et ne lui fais point de mal ; au contraire, agis-en envers lui comme il te le demandera. Alors Nebouzaradan, le chef des gardes du corps, et Nebous'azban, le chef des eunuques, et Nergal-S'aréçer, le grand-mage^ et tous les grands officiers du roi de Babel, envoyèrent prendre Jérémie dans la cour de la prison et le remirent à G'edalyahou, fils d'Âhiqam, fils de S'afan, pour le conduire dans sa maison '°, et il demeura parmi le peuple.
Pendant que Jérémie était détenu dans la cour de la prison, la parole de rÉternel lui fut adressée en ces termes :
Va dire ceci à 'Ébed-Melk \ le Kous'ite : Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël : Vois-tu, je vais accomplir mes menaces sur cette ville-ci, pour son malheur et non pour son bonheur, et tu en seras témoin en ce jour-là. Mais je te sauverai en ce jour-là.
^9 Dans la Syrie septentrionale.
^^ 8a maison... On ne sait s'il est question de celle de Jérémie ou de celle de G'edalyah. D'autres ont sougé au temple ou au palais. Le fait est que le pronom manque dans le texte original, et le récit est en contradiction avec celui qui disait que la ville entière avait été livrée aux flammes.
ï Chap. XXXVIIl, '7.
542 jéRÉMŒ XXXIX, 17, 18. XL, 1^.
parole de lIÈteniel I et ta ne seras pas livré aux hommes que ta redoutes '. C'est que je te préserverai et tu ne périras point par l'épée; mais tu auras la vie sauve, parce que tu as mis ta confiance en moi^ dit rËtemel.