‹ La Bible (volume 2)Chapitre 52 sur 93 · XLIII · texte numérisé non relu

XLIII

La parole^ qui fut adressée à Jérémie de la part de rÉternei, après que Nebouzaradan , le chef des gardes, l'eut renvoyé de Ramah, où il Tavait trouvé chargé de chaînes, au milieu de tous les captifs de Jérusalem et de Juda qui devaient être déportés à Babylone '.

Lorsque le chef des gardes eut trouvé Jérémie, il lui dit : C'est laheweh ton Dieu qui a annoncé ce malheur à ce lieu-ci, et c'est laheweh qui Ta amené et accompli comme il Tavait annoncé, parce que vous avez péché contre lui et que vous n'avez pas écouté sa voix*. Voilà pourquoi cela vous est arrivé. Or, vois-tu, je t'ôte aujourd'hui les chaînes que tu as aux mains : s'il te convient de venir avec moi à Babel, viens et je prendrai soin de toi ; mais s'il ne te convient pas de venir avec moi à Babel, n'en fais rien. Vois, tout le pays t'est ouvert ; tu pourras te rendre en tel lieu qu'il, te

^ On peut songer ici aux Chaldéens ou aux chefs du parti à la fureur duquel 'Ébed- Melk avait soustrait Jérémie.

1 Nous arrivons ici à l'un des morceaux historiques les plus intéressants et les plas détaillés du livre. C'est le récit de ce qui s'est passé après la ruine de Jérusalem, où les chefs militaires, qui étaient parvenus à échapper aux vainqueurs, dans ia nge du désespoir, mirent la main sur le gouverneur, chef du parti modéré, et après l'avoir assassiné, se réfugièrent en Egypte.

^ Le premier verset peut être considéré comme une espèce de titre général de cette partie du livre, qui renferme les discours et actes de Jérémie après la ruine de Jérusalem. Il faut seulement observer que les discours ne suivent pas immédiatement, mais qae le récit historique qui en forme le cadre prend la première place dans la rédaction.

3 II avait été donné ordre (XXXIX, il ss.) que Jérémie fût traité avec des égards particuliers et qu'il fUt pris soin de sa personne. Il parait que ces ordres avaient été mal exécutés (voyez cependant la note sur le passage cité], car nous trouvons ici le prophète confondu avec la masse des déportés. Le chef des gardes l'y découvre et lai rend la liberté. Cela eut lieu à Ramah, à deux lieues au nord ^e Jérusalem.

4 Nabouzaradan pouvait dire des choses analogues concernant l'infidélité des Israélites au point de vue du vasselage politique. C'est le rédacteur hébreu qui leur donne la couleur thcocratique.

plaira et où il te conviendra d'aller et on n'en reviendra pas^.

Retourne donc auprès de G'edalyah, fils d'Ahiqam, fils de S'afan, que le roi de Babel a établi préfet des villes de Juda, et reste avec lui au milieu de ce peuple, ou rends-toi en tel lieu qu'il te plaira I Et le chef des gardes lui donna des vivres et un présent et le congédia. Et Jérémie se rendit auprès de G'edaljah, fils d'Âhiqam, à Miypah, et resta avec lui au milieu du peuple qui avait été laissé dans le pays.

Cependant les chefs des troupes qui étaient dans les campagnes ayant appris, eux et leurs gens, que le roi de Babel avait établi G'edalyah, fils d'Âhiqam, comme préfet dans le pays, et qu'il lui avait donné la surveillance des hommes, des femmes et des enfants, et de la basse classe du pays^ de ceux qui n'avaient pas été déportés à Babel, ils vinrent auprès de G'edalyah à Miçpah*, savoir Yis'ma'ël, fils de Netanyah, et lohanan et lonatan, fils de Qaréah, et Serayah^ fils de Tanhoumet, et les fils de 'Ofaï de Netofah, et lezanysÂ, le fils de celui de Ma'akah, eux et leurs gens. Et G'edalyah, le fils d'Ahiqam, fils de S'afan, les adjura, eux et leurs gens, en disant : Ne craignez pas de servir les Chaldéens ; restez dans le pays et servez le roi de Babel^ et vous vous en trouverez bien. Voyez, moi je reste à Miçpah, pour me présenter devant les Chaldéens qui viendront chez nous. Mais vous, allez récolter le vin, les fruits et l'huile^ mettez -les dans vos vases, et demeurez dans les endroits que vous aurez occupés^. De même, tous les Judéens qui

^ Il y a ici évidemment une lacune dans le texte. Il faut supposer que Tofficier babylonien, après avoir laissé à Jérémie le choix de sa future résidence^ lui fait comprendre la gravité de Valtemative. S'il va à Babylone, ce sera pour toujours. Ordinairement on traduit : Comme il ne répondait pas (Nebouzaradan continua,] etc. Mais cela s'exprimerait tout autrement en hébreu.

^ Après la retraite des Chaldéens, la nation se recompose, pour ainsi dire, par le retour d'un grand nombre de gens que les malheurs de la guerre avaient dispersés. Il est question ici d'abord de quelques petits corps de troupes qui avaient pu se soustraire à la catastrophe ; ensuite de ceux des habitants que les Chaldéens n'avaient eu aucun intérêt à comprendre dans les listes des déportés, enfin des exilés volontaires qui avaient pris la fuite dès le commencement de la guerre et à l'approche du danger. Ils viennent tous se ranger autour du centre que les Chaldéens eux-mêmes venaient d'établir en nommant un préfet juif.

"^ G'edalyah tâche de leur inspirer de la confiance dans l'état actuel des choses, les engage à pourvoir à leur subsistance et à faire les récoltes d'automne (on était en août ou en septembre), et les assure qu'ils n'ont pas à craindre de nouvelles hostilités de la part des Chaldéens. Il promet de se prtfsenter éventuellement devant ces derniers, c'est-à-dire de défendre, le cas échéant, les intérêts do sos administrés, de sorte que ceux-ci pourront vaquer eu paix à leurs occupations.

544 J^RÉMIE XL, 11-16. ICLI, 1, 2.

étaient en Moab, et chez les 'Ammonites, et en Édom^ et généralement ceux qui étaient en divers pays, apprirent qne le roi de Babel avait permis qu'il y eût un reste en Juda, et qu'il avait établi préfet sur eux G'edalyah, le fils d'Ahîqam , fils de S'afan. Et tous ces Jndéens retournèrent de tous les lieux où ils avaient été dispersés, et revinrent au pays de Juda, auprès de G'edalyah à Miçpab, et y récoltèrent du vin et du fruit en grande quantité.

Cependant lohanan, fils de Qaréah, et tous les chefs de troupes qui étaient dans les campagnes, vinrent auprès de G'edalyah à Miçpah et lui dirent : Sais-tu bien que Ba'alis, le roi des 'Ammonites, a envoyé Yis'ma'ël, le fils de Netanyah, pour Vassassiner^? Mais G'edalyah, fils d'Âhiqam, ne les crut point. Alors lohanan, fîls de Qaréab, parla à G'edalyah à Miçpah en secret et lui dit: Je pourrais aller tuer Yis'ma'ël, fils de Netanyah, sans que personne ne le sût. Pourquoi te laisserais-tu assassiner par lui, de sorte que tout ce qui de Juda s'est rassemblé autour de toi serait dispersé, et que le reste de Juda périrait? Mais G'edalyah, fils d'Ahiqam, dit à lohanan, fils de Qaréah : Ne fais pas cela, car tu dis là un mensonge au sujet de Yis'ma'ël.

Cependant, dans le cours du septième mois% Yis'ma el, le fils de Netanyah, fils d'Élis'ama', de la race royale et Tun des grands du roi*^, se rendit avec dix hommes auprès de G'edalyah, fils d'Ahiqam, à Miçpali, et là, à Miçpah, ils firent ensemble un repas, et Yis'ma'ël, le fils de Netanyah, et les dix hommes qui étaient avec lui, se levèrent et frappèrent G'edalyah, le fils d'Abiqam, fils de S'afan, et tuèrent à coups d'épée celui que le . roi de Babel avait

^ Nous n^apprenons pas pourquoi le roi des 'Ammonites voulait faire assassînef G'edalyah. Cela peut avoir été dans l'espoir de s'emparer lui-même du pays en l'absence de toute autorité régulière. Peut-être aussi Yis'ma'ël, tout en s'aidant de Tappoi de ce roij ne sougeait-il qu'à se mettre à la place du préfet (il était, comme Cedalyah, de la famille royale [XLI, 1] et naturellement adversaire d'un agent des ChaldéensJ. Quoi qu'il en soit, le projet parvint à la connaissance des autres chefs, qui s'empressent d'en informer le préfet. On lui ofTre môme de prévenir le crime en tuant clandestioement le conspirateur. Mais G'edalyah, s'abandonnent à une funeste sécurité, né veut pas entendre parler de pareils expédients. — On ne doit pas trouver singulier ^e dans ce récit, et souvent ailleurs, le texte reproduise toujours et sans nécessité le nom du père do chaque individu. Pour nous, il est vrai, la lecture devient ainsi assez fastidieuse, mais il faut se rappeler que chez les peuples qui n'ont pas de noms de famille, l adjonction du nom patronymique est d'usage et que les deux noms, k vrai dire, n'en forment qu'un seul.

^ Qui commençait vers la tin do septembre.

1^ De Çideqiyah, le dernier roi de Jérusalem.

JKRÉMIK XLI, 3-9. 545

établi préfet du pays, ainsi que tous les Judéens qui étaient avec loi, avec G'edalyah, à Miçpah. Et les Chaldéens qui s'y trouvaient, les gens de guerre, Yis'ma'ël les tua aussi**.

Ot, deux jours après le meurtre de G'edalyah, avant que personne o'en sût rien *', il vint des hommes de S'ekém, de S'ilo, et de S'omerôn, au nombre de quatre-vingts, ayant la barbe rasée et les habits déchirés et la figure égratignée, et portant des offrandes et de Tencens à la maison de rÊterneP'. Et Yis'mael, le fils de Netanyah, sortit de Miçpah^ et alla à leur rencontre, en pleurant chemin faisant**, et quand il les eut rejoints il leur dit : Venez anprès de G'edalyah, le fils d'AhiqamI Et quand ils furent parvenus aa milieu de la ville, Yis'ma'ël^ le fils de Netanyah^ les massacra^ lui et les gens qui étaient avec loi, et les jeta dans la fosse *^. Parmi eux il se trouva dix hommes qui dirent à Yis'ma'ël : Ne nous fais pas mourir^ car nous avons dans les champs des provisions cachées*^ de froment et d'orge et d'huile et de miel. Et il s'arrêta et ne les fit point mourir avec leurs frères. Et la fosse dans laquelle YisWël jeta tous les corps des hommes qu'il avait tués avec

11 II ne faut pas s'exagérer le nombre des yictimes (comp. v. 10 suiv.), car les assassins ne sont ^'au nombre de onze. Il s'agit sans doute de quelques officiers chaldéens et des Juifs qui avaient été invités ce jour-là.

1^ Au dehors, comme cela va sans dire, Yis%a*el aura fermé les portes de Miçpah, jusqu'à ce qu'il eût fait ses préparatifs de départ et empêché ainsi que la nouvelle du massacre se répandît dans d'autres localités.

13 Ces pèlerins pouvaient très-bien savoir que le temple était détruit ; c'est donc sur ses ruines qu'ils voulaient consacrer leurs offrandes, et leur voyage s'accomplit avec lOQs les signes extérieurs du deuil. Ils venaient du Nord et Miçpah se trouvait sur leur chemin. Au lieu de S^ilo, les Septante mettent Salem, ce qui parait mieux s'accorder ivec la situation géographique.

^4 C'est le sens du texte.* Cependant on ne voit pas pourquoi il aurait pleuré chemin faisant; les Septante font ici pleurer les pèlerins^ ce qui est plus naturel. Mais dans ce cas il y aurait une faute dans le texte.

^^ On ne voit pas trop bien pourquoi le meurtrier de G'edalyah commit ce second ciime. Il n'avait rien à craindre de ces pèlerins, il pouvait tenir la porte fermée et les forcer de passer à côté de Miçpah^ de manière qu'ils n'auraient pas appris la mort (la préfet. Àgissait-il ainsi pour venger la mort de ses propres parents suppliciés par ordre du roi de Babel ? La fosse (avec l'article) était un grand réservoir pratiqué dans l'iniérieur de la ville, à l'occasion d'un siège qu'elle eut à soutenir autrefois (v. 9}. Les livres des Rois n'en font pas mention.

^^ Les dix hommes épargnés achetèrent leur vie en livrant aux assassins leurs profitions caches. L'usage d'enfouir en terre les récoltes, dans des siloSy existe encore aujourd'hui en Palestine et en Algéris. Ces silos ne peuvent pas être reconnus à la surface du sol par des étrangers. Yis'ma'él se les fit indiquer sur place, ce que le rédacteur ne raconte pas en détail.

A. T. 2« part. — I. 8&

546 JÉRÉMIË XLI, 10-17.

G'edalyah '^, était celle qu^avait faite le roi Âsà contre Ba*es'à, le roi d'Israël : c'est elle que Yis'ma'ël, le fils de Netanyah, remplit de cadavres. Et Yis'ma'ël emmena tout le reste de la population de Mîçpah, les filles du roi, et tout ce qui y restait d'habitants, sar lesquels Nebouzaradan , le chef des gardes, avait établi préfet G'edalyah, le fils d'Âhiqam, Yis'ma'ël, le fils de Netanyah, les emmena et alla passer chez les 'Ammonites.

Cependant quand lohanan, le fils de Qaréah, et tous les chefs de troupe qui étaient avec lui, eurent appris tout le mal qu^avait fait Yis'ma el, le fils de Netanyah, ils prirent tout leur monde et allèrent combattre Yis'n^a'ël, le fils de Netanyah, et ils le rencontrèrent près du grand bassin qui est à G'ibe'ôn**. Et lorsque tout le peuple qui était avec Yis'ma'ël vit lohanan, le fils de Qaréah, et tous les chefs de troupe qui étaient avec lui, il s'en réjouit^ et toos ceux que Yis'ma'ël avait emmenés de Hiçpah firent volte-foce et vinrent passer auprès de lohanan, fils de Qaréah. Et Yis'ma'ël, fils de Netanyah, fuyant devant lohanan, s'échappa avec huit hommes et se rendit chez les ^Ammonites. Et lohanan*', le fils de Qaréah, et tous les chefs de troupe qui étaient avec lui, prirent tout le reste du peuple, que Yis'ma'ël, fils de Netanyah, avait emmené de Miçpah'^, après avoir tué G'edalyah, le fils d'Âhiqam, hommes, gens de guerre, femmes, enfants et eunuques, qu'on ramena de G'ibe'ôn, et allèrent camper à G'érout-Kimeham '% qui est près de

^'7 Avec G'edalyah, c'est la seule traduction que permette le contexte. Mais ce sens n'est pas justifié par l'emploi ordinaire de la préposition. Au lieu de beifod Q'eàalyak, les Septante ont lu dans leur texte : hôr gadol (c'est la grande fosse}.

18 Voyez 2 Sam. Il, 13. — Le meurtrier et sa troupe n'avaient pas gagné beaucoup de chemin sur ceux qui venaient les poursuivre. Pour réunir leur monde, pour emporter leur avoir, pour s'emparer des provisions cachées, ils avaient perdu du temps et dû faire un détour. Car G'ibe'ôn était tout près de Miçpah. Ils furent donc bientôt atteints par les autres chefs.

19 Dans ce qui suit, le texte paraît être dans un grand désordre. Nous avons cherché à exprimer un sens qui s'accorde avec les faits généraux. Les chefs qui viennent d'expulser le meurtrier de G'edaljah devaient craindre que les Ghaldéens ne vinssent venger la mort de leur préfet; tout innocents qu'ils étaient du crime commis, ils ne se croyaient plus en sûreté dans le pays et ils résolurent d'émigrer en Egypte. Ils se dirigent donc vers le Sud. du côté de Bet-Léhem et ne rentrent plus à Miçpah.

20 Le texte reçu dit: qu'il avait fait revenir d'auprès de Y. de Miçpah. Les copistes ont pu s'embrouiller dans les deux propositions incidentes, dont l'une parlait de Is marche de Yis'ma'él, de Miçpah à G'ibe'ôn, et l'autre de celle de lohanan, de G'ibe'ùn a Bét-Lébem.

2^ Nous laissons ces mots intacts, comme pouvant ôtre un nom propre. La leçon est douteuse. Les traductions vulgaires parlent d'une hôtellerie ; ce pourrait être tout &u plus un khan, ou une station de caravanes (chap. IX, 1). D'autres mettent htrtûiL Kimeham sa rencontre comme nom d'homme 2 Sam. XIX., 37.

JÉRÉMIE XLI 18. XUI, 1-11. 547

fiét-Léhem, pour aller de là en Egypte, pour se soustraire aux Cbaldéeos. Car ils les craignaient, parce que Yis'ma'ël, le fils de Netanyah, avait tué G'edalyah, fils d'Ahiqam, que le roi de Babel avait établi préfet dans le pays.

Cependant tous les chefs de troupe, et lohanan, fils de Qaréah, et lezanyali", fils de Hos'a'yah, et tout le peuple, petits et grands, s'approchèrent du prophète Jérémie et lui dirent : Puisse notre demande être agréée par toi, et toi^ veuille prier pour nous rÉtemel ton dieu^ pour tout ce qui reste de nous ici : car nous sommes restés en petit nombre , de beaucoup que nous étions, comme tes propres yeux peuvent nous voir : afin que rÉternel ton dieu nous indique le chemin que nous devons prendre, et ce que Dous devons faire *'. Et le prophète Jérémie leur répondit : Je vous écoute : je vais prier rÉternel votre Dieu selon vos désirs, et tout ce que TÉternel vous répondra, je vous Tannoncerai ; je ne vous cacherai rien. Et ils dirent à leur tour à Jérémie : Que TÉternel soit contre nous ^* un témoin véridique et sûr, si nous n'agissons pas d'après la parole que rÉternel ton dieu te mandera pour nous. Que cela nous plaise ou nous déplaise^ nous obéirons à la voix de rÉternel notre dieu, vers lequel nous t'envoyons^ afin que nous nous trouvions bien, pour avoir obéi à la voix de TÉternel notre dieu.

Et après un intervalle de dix jours ^^, la parole de rÉternel ayant été adressée à Jérémie, il appela lohanan, le fils de Qaréah, et tous les chefs de troupe qui étaient avec lui^ et tout le peuple, petits et grands, et leur dit : Ainsi dit TÉternel, le dieu d'Israël, vers lequel vous m'avez envoyé, pour déposer votre prière devant lui : Si vous voulez demeurer dans ce pays, je vous y édifierai et ne vous détruirai point, je vous y planterai et ne vous arracherai points car je me contente ^^ du mal que je vous ai fait. N'ayez pas peur du

^^ Erreur de copiste. Gomp. XLlIi, 2. Dans ce dernier passage (et même dans le nôtre^ chez les Septante}, cet individu est appelé 'Azaryah.

28 XxL moment de prendre une résolution définitive, les chefs et le peuple viennent consulter le prophète sur ce qu'il y a à faire. Quant aux chefs, le projet de se retirer en Egypte avait pris consistance dans leur esprit, mais soit par déférence pour Jérémie, soit pour entraîner plus facilement les masses, ils veulent se faire autoriser par un oracle. On voit par la suite qu'ils comptaient sur une réponse affirmative.

^'^ La phrase implique l'idée qu'Us appellent sur leur tête la colère de Dieu en cas de désobéissance. Jéhova serait alors à la fois témoin à charge et juge vengeur.

^^ Jérémie a pu laisser passer ce délai, dans l'espoir que le temps amènerait d'autres dispositions et calmerait les esprits. Car il savait dès l'abord ce qu'il avait à leur conseiller au nom de Dieu.

26 Et non pas : Je m^ repens, comme s'il s'agissait d'un regret relatif à des faits accomplis.

548 JÉRÉMIE XUI, 12-21.

roi de Babel que voas craignez mainteDant ; n^ayez pas peur de lai, dit rÉternel, car moi je suis avec tous pour vous saurer et pour vous délivrer de sa main. Et je vous ferai obtenir sa grâce, de sorte qu*il aura pitié de vous et vous laissera demeurer*' dans votre patrie. Mais si vous deviez dire : Nous ne voulons pas demeurer dans ce pays-cil de manière à ne pas obéir à la voix de l'Éternel votre dieu, et à dire : Non I mais nous voulons aller en Egypte, pour ne plus voir de guerre, ni entendre le son de la trompette, ni manquer de pain ; et c^est là que nous voulons demeurer — eh bien, alors écoutez la parole de TEternel, vous qui restez de Juda! Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d*lsraël : Si vous tournez vos regards vers TÉgypte pour y aller, et que vous alliez vous y établir, alors l'épée que vous craignez vous y atteindra, dans le pays d'Egypte, et la famine que vous redoutez vous y poursuivra, et vous y périrez ! Et tous ces hommes qui tournent leurs regards vers rÉgypte, pour y aller et pour s'y établir, ils mourront par répée, par la famine et par la peste, et nul n^y survivra ni échappera aux malheurs que je vais amener sur eux**. Car voici ce que dit rÉternel, le dieu d'Israël : de même que ma colère et ma fureur sont venues fondre sur les habitants de Jérusalem, de. même ma fureur viendra fondre sur vous, si vous allez en Egypte, et voqs serez en exécration, et en horreur, et en malédiction, et en opprobre**, et vous ne reverrez plus ce lieu-ci! L'Étemel vous le dit, restes de .Juda : n'allez pas en Egypte ! Reconnaissez bien que je vous en avertis aujourd'hui solennellement ! C'est au péril de votre vie '® que vous vous en écarteriez ; car vous-mêmes vous m'avei envoyé vers l'Eternel votre dieu, en disant : Prie pour nous l'Eternel notre dieu, et tout ce que l'Éternel notre dieu dira, annonce-le nous, pour que nous le fassions I Et je vous l'ai annoncé aujourd'hui : mais vous ne voulez pas obéir à la voix de l'Éternel votre dieu, ni

2^ Le texte héhreu dit: retourner. Mais comme le discours ne s'adresse pas eut déportés de Babylone^ mais à des hommes qui n'ont pas quitté le sol natal, ce tenne est contraire à la situation. Pour trouver un sens convenable, on n'a qn'à changer la voyelle {kés'ib — hos'ib). Jérémie veut dire: vous n'avez pas à craindre d'être déportés à votre tour.

^8 On voit par la tournure que prend le discours, que Jérémie connaissait parfaitement bien les résolutions, arrêtées d'avance, de ceux qui affectaient de lui demander son avis.

S 9 Vos malheurs seront tels, que le nom de Juda sera employé proverbialement. Voyez XXIV, 9 ; XXV, 18, etc.

30 Vous avez vous-mêmes fait des protestations solennelles, des promesses dobéiS' sauce à Dieu : votre refus serait donc une espèce de parjure.

JÉRÉMIE XLII, 22. XLIII, l.Q. 549

à tout ce dont il m'a chargé poar voas. Or, sachez bien que voas mourrez par Tépée, par la famine et par la peste, dans le lieu où il vous plait d'aller pour vous y établir.

Lorsque Jérémie eut achevé de prononcer devant le peuple toutes ]es paroles que l'Éternel leur dieu Tavait chargé de leur dire, 'Azaryah, fils de Hôs'a yah, et lobanan, fils de Qaréah, et tous les hommes récalcitrants répondirent en disant à Jérémie : C'est un mensonge que tu dis là ! L'Éternel notre dieu ne t'a pas chargé de nous dire : N'allez pas en Egypte pour y demeurer I Mais c'est fiarouk*\ le fils de Nériyah, qui t'excite contre nous, afin de nous livrer aux Chaldéens pour nous faire mourir ou déporter à Babel I Et lobanan, fils de Qaréah, et tous les chefs de troupes et tout le peuple, refusèrent d'écouter là voix de TÉternel et de rester dans le pays de Juda. Et lohanan, fils de Qaréah, avec tous les chefs de troupe, prit tout ce qui restait de Juda, ceux qui étaient revenus demeurer au pays de Juda^ de chez tontes les nations où ils avaient été dispersés, les hommes, les femmes et les enfants, et les filles du roi et toutes les personnes que Nebouzaradan, le chef des gardes, avait laissées avec G'edalyah, le fils d'Âhiqam, fils de S'afan^', ainsi que le prophète Jérémie*^, et Barouk, fils de Nériyah, et ils passèrent en Egypte, parce qu'ils refusaient d'écouter la voix de rÉtemel, et ils arrivèrent à Tahpanhès'*.

Et la parole de l'Éternel fut adressée à Jérémie à Tahpanhès en ces termes : Prends dans ta main de grandes pierres et enfonce-les avec du mortier dans le pavé qui est devant la porte du palais de Pharaon à Tahpanhès, en présence des Judéens ^', et dis-leur : Ainsi

31 Sur Barouk, voyez l'introduction. — Les meneurs opposés aux conseils de Jérémie n'osent pas l'attaquer en face. Ils affectent de dire que ces conseils ne viennent pas de lui, mais lui ont été inspirés par quelqu'un d'autre qu'ils avaient moins à ménager.

3' Les personnes qui émigrent sont de deux classes, que la syntaxe du rédacteur ne distingue pas assez clairement. Il y a ceux qui étaient restés dans le pays, du consentement des Chaldéens, sous le gouvernement de G'edHlyah, et ceux qui avaient fui avant la ruine de Jérusalem, ou qui avaient pu échapper à la catastrophe, et qui s'étaient ' dispersés chez les peuples voisins jusqu'après le départ des eunemis. Ceux-ci étaient en partie déjà revenus au pays. Jérémie appartenait à la première classe.

3^ Le prophète est forcé de suivre les émigrants, probablement parce que, pour le moment, il n'aurait plus trouvé dans sa patrie des moyens de subsistance.

34Chap. II, 16.

3^ A peine entré en Egypte, Jérémie prédit la conquête et la ruine de ce pays, par ce même roi de Babylone qui venait de détruire Jérusalem. Cette prédiction est précédée d'un acte symbolique destiné à la fois à exciter l'attention des auditeurs présents et à servir plus tard, lors de l'accomplissement, de témoignage au prophète. Mais cet acte a été singulièrement déûguré par les traducteurs, qui font parler ici Jérémie d'une

Page 1