‹ La Bible (volume 2)Chapitre 53 sur 93 · JÉRÉMIE XLIII, 11-13. XLIV · texte numérisé non relu

JÉRÉMIE XLIII, 11-13. XLIV

dît laheweb Çebaôt, le dîeu. d'Israël : Je vais envoyer chercher Neboukadreççar, le roi de Babel, mon serviteur, et je placerai son trône au-dessnà de ces pierres, que je viens d^enfoncer, et il étendra sur elles son tapis ; et il y viendra et frappera le pays d'Egypte, qui à la mort^ qui à la déportation, qui à Tépée '*. Et je mettrai le feu aux temples des dieux d^Égypte^ et il les brûlera et les emportera, et il mettra le pays d'Egypte sens dessus dessous, comme nn pâtre fait de son manteau*^, et il sortira de là victorieux. Et il brisera les colonnes du temple du SoleiP* [qui est en Egypte]^ et les temples des dieux de TÉgypte^ et y mettra le feu.

XUV«.

La parole qui fut adressée à Jérémie pour tons les Jndéens, demeurant dans le pays d'Egypte, à Migdol, à Tahpanbès, à Noph et dans le pays de Pajxos, en ces termes :

tuilerie, dans VargiU de laquelle il veut cacher des pierres. Pourquoi les cacher? et comment Neboncadreççar établira-t-il son trdne au-dessus de l'argile dans une tuilerie? Gela n'est pas acceptable. Le Malhén ne peut être ici le lieu où Ton fabrique les briques, mais un lieu construit en briques, un pavage, probablement en mosaïque, et fonnut une avance un peu élevée au-dessus du sol, devant le portail. On sait que les souverains de l'Orient s'asseyaient ainsi sous la porte de leurs palais pour donner audience (comp. aussi Jean XIX, 13J. Jérémie remplace donc quelques pièces de ce parvis en mosaïque par d'autres pierres faciles à reconnaître, et cela afin de mieux intéresser TimaginatioD à ce qu'il aUait prédire. Le tapis est ou bien celui sur lequel devait se placer le trûoe (d'autres traduisent le daiê), ou bien une couverture en cuir sur laquelle se consommaient les exécutions capitales.

86 Comp. chap. XV, 2.

8'' La véhémence du discours entraine quelques fautes de rédaction. Les pronoms se rapportent tour à tour au pays et aux habitants, aux temples et aux dieux, sans que la transition soit toujours nettement indiquée. La comparaison avec le manteau du pAtre a été diversement interprétée. Nous avons eu égard au fait que les pfttres se couvraient d'une peau de mouton dont le côté velu se mettait tantôt sur le corps^ tantôt en dehors, selon la saison. Or, retourner un pays (en latin : evertere), c'est le ruiner.

88 II s'agit des obélisques, et au lieu de temple du soleil, on peut être tenté de traduire lieu^ Tille du soleil; il s'agit sans doute dlléliopolis, en hébreu On, endroit très-bien connu des Juifs (Gen. XLIj 45] et qu'un lecteur plus récent a trouvé néces> saire de distinguer d'autres endroits portant le même nom et situés en Palestine.

1 Ce morceau appartient à une époque un peu plus récente. Nous y voyons les émigrés de Juda déjà répandus dans toute l'Egypte, où ils furent en partie amenés à adorer les dieux du pays, en partie à revenir à leurs anciennes habitudes idolâtres et superstitieuses. Les noms propres géographiques, placés en tête du discours, représentent les grandes divisions territoriales de l'Egypte. Patrosest la Thébaîde ou haute Egypte, Noph ou Memphis est la capitale du centre, Migdol et 'Tahpanbès sont des villes du nord, voisines de l'Arabie.

Ainsi dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël : Vous avez vu vousmêmes les maax que j'ai amenés sur Jérusalem et sur toutes les villes de Jada : voyez, elles sont aujourd'hui en ruines et sans habitants, à cause de leurs méfaits qu'ils ont commis pour m'irriter, en allant encenser et adorer d'autres dieux qu'ils n'avaient point connus, ni eux, ni vous, ni vos pères*. Pourtant je vous envoyais tous mes serviteurs, les prophètes^, dès l'abord et itérativement, pour vous dire : Ne faites point cette chose abominable que je déteste ! Mais ils n'écoutèrent pas, ils ne prêtèrent pas l'oreille, de manière à revenir de leurs méfaits, à ne plus encenser d'autres dieux. Alors ma colère vint fondre sur eux, et ma fureur ravagea les villes de Juda et les rues de Jérusalem, et elles devinrent les ruines et les lieux désolés qu'elles sont aujourd'hui. Or donc, voici ce que dit TÉternel, le dieu des autres, le dieu d'Israël : pourquoi commettez-vous cet attentat contre vous-mêmes^, de vous faire exterminer, hommes et femmes, enfants et nourrissons, du milieu de Juda, de manière qu'il ne restera plus personne? de m^irriter par les œuvres de vos mains ^, en encensant d'autres dieux, dans ce pays d'Egypte où vous êtes ailés demeurer, pour vous faire exterminer et pour être en malédiction et en opprobre parmi tous les peuples de la terre ^. Avez- vous oublié les méfaits de vos pères, et les méfaits des rois de Juda, et les méfaits de leurs femmes, et vos propres méfaits et ceux de vos femmes, qui ont été commis dans la terre de Juda et dans les rues de Jérusalem? Ils ne sont point contrits jusqu'à ce. jour! Ils n'ont point peur! Ils ne suivent pas ma règle et mes commandements, que je vous ai prescrits, à vous et à vos pères ! C'est pourquoi voici ce que dit l'Éternel, le dieu d'Israël : Je vais diriger mon

^ Le discours commence par rappeler les tristes suites que vient d'avoir pour Israël sa défection à l*égard de la loi de Dieu. Malgré tous les avertissements prophétiques, le peuple persévérait dans Tidolâtrie, et la conséquence en fut le chfitiment terrible qui fit périr les uns et chassa les autres de leur patrie. Aujourd'hui, sur la terre de Texil, c'est encore le même aveuglement. Le peuple semble acharné à se détruire, à préparer sa raine définitive. — Il est à remarquer que les Israélites sont tantôt considérés comme formant un seul tout, sans distinction d'âge et d'époque, tantôt le discours sépare les diverses générations les unes des autres et fait la part du présent et celle du passé. De U, la brusque transition de la deuxième à la troisième personne.

3Chap. VII,25suiv.

'^ On pourrait traduire : ce suicide. Le mot n'existe pas en hébreu, mais le sens de la phrase revient à cette idée.

^ Les idoles que vous fabriquez. On remarquera que cette seconde phrase, au point de vue logique, aurait dû précéder l'autre, la provocation de la colère de Dieu étant naturellement antérieure au châtiment.

« Chap. XLII, 18.

552 JÉRéMlB XLIV» 11-10.

regard sur yoqs, pour votre malhear, pour exterminer tout Jnda. Je saisirai les restes de Juda, ceux qui ont toomé leurs regards vers le pays d'Egypte pour aller s^y établir, et ils périront tous, dans ce pays d'Egypte, ils tomberont, par Tepée et la famine ils périront; petits et grands, par Tépée et la famine ils mourront, et ils seront en exécration, en horreur^ en malédiction et en opprobre! Et je viendrai demander compte à ceux qui demeurent au pays d'Egypte, comme j'ai demandé compte à Jérusalem, avec l'épée, la famine et la peste. Et nul n'échappera ni ne survivra de ce reste de Juda, venu au pays d'Egypte pour y demeurer et pour retourner^ au pays de Juda, vers lequel tendent leurs désirs^ pour y demeurer de nouveau — mais ils ne retourneront point, si ce n'est quelques-uns * ! Cependant tous les hommes qui savaient que leurs femmes allaient brûler de l'encens à d'autres dieux, et toutes ces femmes réunies, une grande assemblée, et tout le peuple qui demeurait dans le pays d'Egypte, dans Patros, répondirent à Jérémie en ces termes^ : Pour ce qui est de la parole que tu viens de nous dire au nom de l'Étemel, nous ne t'écouterons pas! Au contraire, nous tenons à accomplir tous les vœux que notre bouche a prononcés, en encensant la Reine du ciel et en lui offi*ant des libations, comme nous avons fait, nous et nos pères, nos rois et nos chefs, dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem; car nous avions du pain à satiété, et nous étions heureux et nous ne connaissions pas le malheur. Mais depuis que nous avons cessé d'encenser la Reine du ciel et de lui offrir des libations, nous manquons de tout et nous périssons par l'épée et la famine *^. Et quand nous brûlons de l'encens à la Reine du ciel, en lui offrant des libations, est-ce donc

'7 Plusieurs traducteurs, suivant en ceci les Septante, biffent la conjoncUon et construisent : Nul n'échappera — pour retourner. En laissant le texte comme il est, on aura le sens : ils sont venus en Egypte — dans Tespoir de retourner.

^ A l'égard de cette apparente contradiction, comp. chap. IV, 27 ; V, 18.

0 Loin de se rendre aux exhortations du prophète, les Judéens se montrent obstinés à faire comme par le passé. Nous entrevoyons que Jérémie avait parlé pour empêcher une cérémonie religieuse en l'honneur de la Reine du ciel (chap. VII^ 18}, qui allait s'accomplir, et c'est là ce qui nous explique la présence des femmes, et surtout cette phrase : les maris savaient ce que les femmes faisaient. Car c'était une fôte célébrée principalement par celles-ci. On voit en même temps que Jérémie avait été eotrainé Jusque dans la Thébatde par le torrent de l'émigration.

10 On oppose à Jérémie un argument très-concluaot aux yeux du peuple: Le.^ malheurs de Juda datent précisément de l'époque où le roi los'iyah commença ses réformes et proscrivit les cultes étrangers. Auparavant, au temps de la liberté, noas étions heureux.

contre le gré de nos maris que nous lui faisons des gâteaux à son ei&gie**, et que nous lui faisons des libations?

Alors Jérémie parla à tout le peuple, aux hommes, aux femmes et à tous ceux qui lui avaient répondu, et dit'^ : Les encensements que vous avez faits dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem, vous et vos pères, vos rois et vos chefs, et le commun peuple, rÉternel s'en est souvenu et les a pris à cœur. Et comme rÉternel ne pouvait plus supporter la méchanceté de vos actes et les abominations que vous commettiez, votre pays est devenu le désert sans habitants qu'il est aujourd'hui, un objet d'horreur et de malédiction. C'est à cause de Teucens que vous avez brûlé, et parce que vous avez péché contre TËternel, et que vous n'avez pas écouté sa voix, ni suivi sa règle, ses lois et ses commandements, c'est pour cela que ce malheur vous est arrivé, tel qu'il est aujourd'hui!

Jérémie dit encore à tout le peuple et à toutes ces femmes" : Écoutez la parole de l'Éternel, vous tous de Juda qui êtes au pays d'Egypte 1 Ainsi dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël. Il dit : Vous et vos femmes, vous le proclamez de votre bouche, et vous l'accomphssez de vos mains ; vous dites : assurément nous nous acquitterons des vœux que nous avons formés, en brûlant de l'encens pour la Reine du ciel, et en lui offrant des libations ! Eh oui ! ratifiez toujours Yos vœux et acquittez-vous toujours de vos vœux! Mais écoutez aussi la parole de l'Étemel, vous tous de Juda qui demeurez au pays d'Egypte ! Voyez, dit l'Éternel, je le jure par mon grand nom : mon nom ne sera plus prononcé dans tout le pays d'Egypte, par la bouche d'aucun homme de Juda, qui dirait : Vive le Seigneur, l'Éternel*^!

^1 Ce sens n*est pas bien sûr, et noire traduction se base principalement sur le fait ({ue les gftteaux en question représentaient la lune dans son plein. Ordinairement on traduit: «Est-ce donc pour l'affliger que nous lui rendons ce culte? Évidemment non ! • Elles raisonnent dans la supposition de la réalité et de la puissance de leur déesse et ne comprennent pas quel peut 6tre leur tort.

1^ La réplique de Jérémie réfute l'argument principal du peuple idolâtre. On ayait dit: Autrefois, quand nous encensions la Reine du ciel^ nous étions heureux, quand nous cessâmes^ nous devînmes malheureux. Non, répond-il ; vous l'êtes devenus, parce gue voQS faisiez cela. C'est la conséquenoe qui décide de. la valeur des actes.

^3 Ce dernier morceau^ bien qu'introduit par une nouvelle formule de rédaction, doit être regardé comme une partie intégrante du discours précédent. Il en forme la péroraison. Le prophète constate qu'il n'y a plus rien à espérer d'une génération aussi perverse; il la défie de se mesurer avec Dieu, lequel, en face de l'obstination des Judéens, manifeste également des intentions immuables.

'^ Mon nom ne sera plus prononcé, pas même dans ces formules de serment qui échappent aux hommes, presque sans qu'ils en aient conscience. C'est que les Judéens d'Egypte seront exterminés tous.

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