JÉRÉMIE XLIV, 27-30, XLV
Je vais veiller sur eux pour leur malheur et non pour leur bonheur, afin que tous les hommes de Juda qui sont au pays d'Egypte périssent par répée et par la famine, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus ! Et ceux qui échapperont à Tépée retourneront du pays d'Egypte au pays de Juda en bien petit nombre*', et tout ce reste de Juda qui est venu au pays d'Egypte pour y demeurer, saura de qui la parole sera ratifiée, la mienne ou la leur! Et ceci vous servira de signe", dit l'Éternel, de ce que je vous demanderai compte en ce lieu-ci, afin que vous appreniez que mes paroles contre vous seront positivement ratifiées pour votre malheur : Voici ce que dit l'Éternel : Je vais livrer le Pharaon Hofra*, le roi d'Egypte, à ses ennemis et à ceux qui en veulent à sa vie, de même que j'ai livré Çideqiyah, le roi de Joda, à Neboucadreççar, le roi de Babel, son ennemi, qui eu voulait à sa vie.
La parole que le prophète Jérémie adressa à Barouk, fils de Nériyah, lorsque celui-ci écrivit ces discours dans un rouleau sons la dictée de Jérémie*, en la quatrième année de lehoyaqim, fils de los'iyahou, roi de Juda. Il dit :
Voici ce que dit l'Éternel, le dieu d'Israël, à toi, Barouk I Tu dis: <AhI malheur à moi! l'Éternel ajoute la douleur à mon- chagrin : je me fatigue à gémir et ne trouve point de repos'!» Voici ce que tu lui diras : Ainsi dit l'Éternel : Vois, ce que j'ai bâti, je le détruis moi-même, et ce que j'ai planté, je l'arrache ; et il s^agit de toute la terre. Et toi, tu demanderais pour toi de grandes choses? Ne les
15 Voyez V. 14. — Il en restera quelques-uns qui serviront de preuve vivante de la certitude des prédictions divines.
1 ^ Pour corroborer sa prédiction, Jérémie indique un signe, c'est-à-dire il prédit un événement futur, facile à constater quand il arrivera, et par l'accomplissement duquel on pourra juger en même temps de la certitude des autres catastrophes prédites pour une époque moins prochaine. Le roi régnant, Hofre *, perdra le trône et la vie par la main de ses ennemis, comme ce fut le cas du dernier roi de Juda. Le pharaon Hofra'est celui qu'Hérodote, II, I6l ss., appelle Apriès et dont les Egyptiens paraissent avoir prononcé le nom Ouaphrè. Ce roi périt dans une guerre civile suscitée par Âmasis, lequel lui succéda en 5*70 av. J.-C, dix-huit ans après la ruine de Jérusalem. Iloe serait pas impossible que Jérémie ait vécu jusque-là; en tout cas, Barouk, le rédacteur, a pu être témoin de l'événement.
' Chap. XXXVI.
^ Les menaces contenues dans les discours de Jérémie troublaient Tesprit de soo secrétaire.
demande pas! Car, vois-tn, je vais amener le malheur sur tous les
mortels, parole de rÉternel! Mais à toi j'accorderai la vie sauve en tous lieux où tu iras ' I
9 Ces paroles, destinées à rendre le calme à Barouk, ne peuvent guère être considérées comme consolantes. Quand une terrible catastrophe menace le monde, lui, simple individu, voudrait être exempté de la destinée commune ? Demande exorbitante I Tout ce qui lui sera accordé, c'est qu'il emportera sa vie comme un butin (XXI, 9 ; XXXVIII, 2; XXXIX, 18), comme quelque chose qu'on met en sûreté quand tout risque d'être détruit.
Ce qu'il y eut de paroles de T Étemel adressées au prophète Jérémie, au sujet des nations païennes^.
Relativement à FEgypte^,
Sur Tarmée du Pharaon Neko, roi d'Egypte, laquelle se troDTait sur TEuphrate à Karkemis', que défit Neboukadreççar, le roi de Babel, la quatrième année de lehoyaqim, fils de los'iyahou, roi de Juda'.
Préparez la rondacbe et le boucUerl Marchez au combat! Attelez les chevaux ! Montez cavaliers ! Prenez vos rangs ! Mettez les casques ! Polissez les lances! Endossez les cuirasses I
1 Titre collectif pour la dernière partie de la collection. Comparez cependant le chap. XXV.
^ Cette note se rapporte aux deux pièces suivantea.
S En 611 av. J.- C.^ Neko, fils de Psammétique, roi d'Egypte, avait débarqué dans !• baie de Saint-Jean-d'Âcre, pour occuper les pays entre TEuphrate et la mer, et opposer ainsi une digue au débordement des conquérants chaldéens. qui Tenaient de mettre fin à l'empire d'Assyrie. Il défit le roi los'iyahà Meg'iddo, plaça sur le ti^ne de Jérusalem loyâqim, comme vassal de l'Egypte, et s'empara successivement de la Palestine et de toute la Syrie. Mais en 608 U fut défait à Karkemis' (Circésium) sur l'Euphrata, par le prince royal de Babylone, fils et bientôt successeur de Nabopolassar, fondateur de la nouvelle dynastie. A la suite de cette défaite, les Égyptiens furent refoulés derrière leur isthme. Ce morceau contient une description poétique de la défaite. On est tenté, ici beaucoup plus qu'ailleurs dans les discours de Jérémie, de couper les lignes et de donner ainsi au texte, pour l'œil même, la forme de la poésie. Nous ne l'aTonspas fait, en partie parce que c'aurait été une exception trop singulière, en partie parce que, après tout, le style ne se soutient pas et le parallélisme n'est pas assez marqué.
Mais quoi! Que voîs-je? Les voilà culbutés, reculant d* épouvante I leurs guerriers sont écrasés, ils courent, ils fuient sans tourner la
tète terreur partout 1 parole de rÉterneh Ha, le plus agile
n'échappera pas, le plus vaillant ne se sauvera pasi Là, au nord^ sur les bords de TEuphrate, ils trébuchent, ils tombent!
Qui est-ce qui s'avance-là, pareil au NiP? Ses flots se précipitent comme ceux d'un fleuve I C'est l'Égyptien qui s'avance pareil au Nil ; comme un fleuve ses flots se précipitent. Il dit : Je monte^ j'inonde la terre, je vais noyier villes et habitants 1
Avancez chevaux ^ I Chars, lancez- vous au galop ! Que les guerriers marchent, l'Éthiopien et le Libyen, tenant le bouclier, le Lydien bandant l'ai^c * ! Mais ce jour est pour le Seigneur, pour le dieu des astreSf un jour de vengeance, pour se venger de ses ennemis : l'épée doit dévorer, se rassasier, s'abreuver de leur sang ; le Seigneur, le diea des astres^ veut avoir son hécatombe^ au pays du nord, sur TEuphrate 1
Va monter à G'ile'ad et chercher du baume, vierge fille de l'Egypte^! C'est envain que tu multiplies les remèdes ; pour toi il n'y a plus d'emplâtre! Les nations ont appris ta honte; de tes cris la terre est remplie : c'est que tes guerriers se renversent l'un «ur l'autre, ils tombent à la fois tous ensemble!
Parole que l'Éternel adressa au prophète Jérémie, sur ce que Neboukadreççar, le roi de Babel, devait venir frapper le pays d'Egypte *.
Âononcez-le à l'Egypte ! Proclamez-le à Migdol ! Faites-le savoir à Nof et à Tahpanhès ! A vos rangs ! préparez- vous 1 déjà l'épée a
^ Le prophète se reporte au débat de la guerre ; il voit arriver la grande armée égyptienne qui se propose de conquérir le monde, et s'arrête avec complaisance à la description de ce spectacle, pour rendre plus frappant le contraste de l'issue.
^ Provocation ironique.
^ Les Lydiens dont il est parlé ici, ne sont pas ceux de l'Asie mineure, probablement, mais quelque peuplade d'un nom semblable, voisine et sujette de l'Egypte.
f Le mot hébreu employé dans le texte exprime l'idée d'un festin pour lequel on aurait immolé un grand nombre d'animaux. Le terme n'est pas exclusivement religieux comme celui de sacrifice.
s L'Egypte est blessée à mort. De là, les métaphores du texte. Voyez cbap. VIII, 22.
1 Le morceau qui suit n'est pas rétrospectif comme le précédent. Il annonce, comme Suite delà défaite de Neko, une invasion de Neboukadreççar en Egypte. L'histoire ne mentionne pas l'accomplissement de cette prédiction.
dévoré tout autoor de vous. Comment donc! ton chef est renversé? il n'a pas tenu tète? C'est laheweh qni Ta mis à bas! Quelle multitude de fuyards 1 Ils tombent Tun sur Tsutre, ils s'écrieqt : Allons^ retournons auprès des nôtres, dans notre pays natal, pour échapper à répée destructrice! Là' ils s'écrient: 0 Pharaon, roi d'Egypte! Ruine! Il a laissé passer le terme! Par ma vie, dit le roi, dont le nom est laheweh Çebaôt: iP va venir comme le Tabor parmi les montagnes, comme le Karmel qui domine la mer.
Prépare tes bardes pour Texil, fille de TÉgypte qui demeures céans, car Nof va être un désert, brûlé et dépeuplé! L'Egypte est une belle génisse : il vient, il vient un taon du. nord. Les mercenaires^ aussi, qu'elle a chez elle, comme des bœufs à engraisser, eux aussi tournent le dos, et s'enfuient tous ensemble, sans tenir tète; c'est le jour de la ruine qui est venu pour eux^ le moment, du compte à rendre.
Sa voix retentit comme celle du serpent, quand ils arrivent en force, et qu'ils lui tombent dessus avec leurs haches, comme des bûcherons; ils abattent sa forêt impénétrable*, parole de l'Etemel, car ils sont plus nombreux que des sauterelles ; il n'y a pas moycD de les compter. Elle est toute honteuse, la fille de l'Egypte^ livrée au peuple du nord. Il l'a dit, rÉtemel^ le dieu d'Israël : Me voici,
^ Ton chef, ce serait Neko. On a proposé de traduire : ton taureau, signification ordinaire du mot, et d'appliquer ce terme au dieu Apis. Cependant, comme Tinvasioo n'a pas encore eu lieu^ et que l'armée égyptienne est encore en route pour rentrer chez elle, il ne peut pas encore être question de la chute du dieu.
9 Cette phrase est très-obscure. Les Septante, et après eux beaucoup de modernes, ont traduit: Ils donnent à Pharaon le nom [i^tm pour a'am) de Ruine (comp. XX, 3). Le tenne que Pharaon aurait laissé passer, serait celui avant lequel Jéhova aurait pu lai faire grâce. Mais cela se placerait peu convenablement dans la bouche des fnjards. Si le texte n'est pas corrompu, il faudrait plutôt l'entendre de la précipitation de la fuite, qui ne permettait plus même de faire des préparatifs de défense.
^ Le roi de Babylone, déposant les autres en puissance, comme le Tabor et le Karmel dépassent en hauteur les alentours. Ce même roi est désigné plus loin par le taon qui va tourmenter la génisse.
^ Les derniers rois d'Egypte avaient à leur solde des troupes étrangères, priacipaiepient des Grecs, cantonnés dans la basse Egypte, et vus de mauvais as! par Ie5 indigènes.
^ Voici le sens qu'on peut trouver à cette allégorie. L'armée chaldëenne est comparée à une troupe de bûcherons qui viennent abattre une forêt épaisse, laquelle représenta ici la nombreuse population de l'Égjpte. Celle-ci, à son tour, est comparée en mfime teop;: au serpent qui se cache dans le taillis et qui se retire en sifflant, sans pouvoir aatreoeiit se défendre. L'absence de forêts en Egypte fait voir qu'il n'y a ici que des images.