‹ La Bible (volume 2)Chapitre 60 sur 93 · RUE DE SEINS · texte numérisé non relu

RUE DE SEINS

ëzëchiel

A répoque même où l'activité prophétique et la carrière littéraire de Jérémie touchaient à leur fin, nous rencontrons un autre écrivain non moins digne d'attention, et, si tout ne nous trompe, plus important encore par son influence sur la direction ultérieure du judaïsme : c'est Ézéchiel. Ces deux hommes occupent les premières places parmi les orateurs israélites dont l'œuvre nous a été conservée, si ce n'est en vue de leur style, à regard duquel d'autres leur disputent la palme, ni de leurs idées religieuses, pour lesquelles ils se renferment dans le cercle tracé depuis longtemps, du moins quant à l'intérêt qui s'attache à leurs personnes et à la position qu'ils ont prise en face des événements. Autrement ils n'ont absolument rien de commun. Leurs destinées, leur caractère, leur manière d'écrire, leurs tendances, tout concourt à les séparer l'un de l'autre et à donner à chacun d'eux une physionomie particulière.

Nous savons bien peu de chose sur le compte d'Ézéchiel. Il appartenait à une famille sacerdotale, assez distinguée, à ce qu'il paraît, puisqu'il a eu l'honneur, ou le malheur, comme on voudra, d'être compris au nombre des déportés lors de la première prise de Jérusalem par Neboukadreççar, en 598 av. J. -G. Il devint ainsi le compagnon d'exil du jeune roi lekonyah, quand celui-ci, à peine monté sur le trône , dut se rendre au conquérant babylonien

A. T. 2» part. — II. 1*.

4 ézéCHIEL.

et se soumettre à une longue et triste captivité. Un certain nombre d'entre les Israélites emmenés à cette occasion furent établis dans la Mésopotamie supérieure, dans un endroit nommé Tel-Abîb, situé sur le fleuve Kebar (le Chaboras des Grecs), non loin de la ville de Karkemîs' (Gircésium), devenue fameuse, dix ans auparavant, par la défaite du Pharaon Nekô. Ézéchiel faisait partie de cette colonie, qui paraît d'ailleurs avoir joui d'une certaine autonomie ; car il est plusieurs fois question, dans les textes de notre prophète, d'Anciens, c'est-à-dire, sans doute, de personnes exerçant une certaine autorité, soit officielle, soit conventionnelle. Il est même permis de croire que les relations entre cette colonie et les autres qui avaient été fondées dans les mêmes conditions, avec les Israélites restés en Palestine, et qui formaient toujours le gros de la nation, n'étaient pas tout à fait interrompues. Nulle part le prophète ne se plaint de sa situation, et sauf les regrets très-naturels qui pouvaient naître de son éloignement forcé de la patrie, et les tristes pressentiments que lui suggéraient les dispositions morales de ceux qu'il avait dû laisser derrière lui, rien ne paraît avoir assombri son horizon. Seulement on conçoit que la solitude et la cessation de ses fonctions habituelles aient donné à son esprit une direction et à son tempérament une couleur qui se reflètent d'une manière très-sensible dans ses écrits.

Nous savons encore d'une manière générale la date de son livre, ou plutôt les dates de plusieurs des fragments qui le composent. Car, de même que Jérémie, Ézéchiel aussi a l'habitude de préciser l'année, et même le mois et le jour auxquels certaines révélations lui furent faites, ou auxquels il rédigea tel de ses discours. Ses débuts remontent à la cinquième année depuis sa déportation, soit à l'an 594, et la date la plus récente qu'il indique (chap. XXIX, 17), est la vingtrseptième année, sans doute depuis le même événement, c'est-à-dire l'an 572. On remarquera que la première de ces dates est antérieure de six ans à la ruine de Jérusalem et à la seconde déportation, la seconde est postérieure de seize ans à cette catastrophe. Ézéchiel a donc commencé à écrire à Tépoque où Jérémie, déjà vétéran* était encore dans la plénitude de son activité, au milieu des péripéties qui amenèrent la fin de l'indépendance nationale, et il a dû continuer longtemps encore après que son illustre collègue eut disparu de la scène.

D y a cependant une réserve à faire au sujet de ces données chronologiques ; non pas précisément en tant qu'elles doivent servir à déterminer d'une manière générale l'époque du prophète, mais bien en tant qu'on en voudrait conclure que celui-ci a su, pour ainsi dire, jour par jour, sur les rives du Kebar, ce qui se passait au pied de la montagne des oliviers. Il est vrai qu'il y a des passages qui se prêtent à une pareille interprétation, qui semblent même l'exiger : mais nous estimons que des rapprochements de ce genre, qui indiquent, pour la composition de tel morceau relatif à un événement qui se passe en Judée, le jour même où cet événement s'est produit à plus de cent lieues de distance, appartiennent à la fiction poétique. Nous verrons bientôt que de toutes les facultés de l'esprit, l'imagination est celle qu'Ezéchiel met le plus à contribution dans ses écrits.

Voilà tout ce que nous pouvons dire sur la personne de cet auteur, dont le nom même a eu la mauvaise chance d'être singulièrement défiguré dans les diverses traductions de la Bible. D'après l'orthographe hébraïque, il s'appelait lehezqel, ce qui peut signifier : Dieu est fort, bien que la forme ne soit pas tout à fait régulière, grammaticalement parlant. Les deux formes adoptées dans les versions modernes, Ézéchiel et Hésékiel, correspondent à une orthographe qui donnerait Ilizqiël, c'est-àdire: Ma force ^ c^est Dieu^. Les Septante sont même allés jusqu'à combiner les deux étymologies, celle qui y voit un verbe énonçant un attribut de Dieu, et celle qui y reconnaît le substantif avec le pronom. Ils écrivent lezekiel, ce qui est une forme impossible au gré de la grammaire.

Si les rensdgnements positifs sur la vie privée du prophète nous font défaut, par suite de l'isolement dans lequel il a dû la passer en grande partie, en revanche son livre, l'un des plus étendus de tout l'Ancien Testament qui soit sorti des mains d'un seul homme, nous permet d'étudier et d'apprécier son individualité au point de vue psychologique et littéraire, sans que nous ayons à craindre de porter sur lui un jugement trop précipité ou sujet à caution. C'est que ce jugement peut s*appuyer sur un recueil assez volumineux et portant un cachet

^ Une différence analogae se rencontre dans le nom du roi que nos bîLles appellent Ézéchias. Bn hébreu, on l'écrit tantôt Hizqiyah (ma force, c'est Jéhova], tantôt lehisqyah (Jéhova est fort].

très-caractéristique, et la critique n'est pas réduite à éplucher quelques petits fragments, comme le sont ceux que nous possédons de la plupart des autres prophètes. Ézéchiel nous y apparaît comme un homme conversant peu avec le monde, et vivant à part, ruminant et travaillant ses idées dans le silence de la retraite et finissant toujours par les produire dans un langage énergique, bien qu'un peu rude et inculte, et revêtues de formes concrètes et pour ainsi dire palpables. Placé sur la limite de deux âges, juge rigide et sévère de l'un, organisateur à la fois pointilleux et idéaliste de l'autre, son regard se partage entre le passé et l'avenir, sa position personnelle l'empêchant de se mêler activement aux affaires du temps présent, et d'exercer ses forces dans le contact immédiat avec ceux qui les menaient dans l'un ou dans l'autre sens. A tous égards, il mérite d'être connu de plus près. Par un singulier caprice des études appliquées à la littérature et à la religion des Israélites, il l'est beaucoup moins que ses collègues ; probablement parce que les commentateurs chrétiens ont moins trouvé chez lui que chez les autres ce qu'ils cherchaient de préférence dans les textes hébreux : des rapports directs, vrais ou prétendus, avec les faits et les idées de l'Évangile.

Son livre consiste, comme tous nos livres prophétiques de quelque étendue, et même plusieurs de ceux de moindre dimension, en une série de morceaux indépendants les uns des autres. L'ordre dans lequel ces morceaux sont arrangés est si simple et si naturel, et accuse un plan si bien conçu et si facile à découvrir, qu'on est porté à croire que cet arrangement est dû à l'auteur lui-même. On peut diviser ces différentes pièces en quatre groupes principaux.

Le premier groupe (chap. I à XXIV), qui est aussi le plus riche, puisqu'il comprend tout juste la moitié, soit vingt, du nombre total des pièces à distinguer, est formé des discours adressés au peuple israélite et plus particulièrement à Jérusalem, au sujet du dévergondage de l'idolâtrie et des cultes étrangers, qui s'y étalaient effrontément, et que les récents châtiments du ciel n'étaient point parvenus à extirper. La menace d'un châtiment plus terrible encore se joint naturellement à des tableaux de mœurs tracés de main de maître et avec des couleurs sur lesquelles nous aurons à revenir. Il résulte de ce que nous venons de dire que tous les morceaux compris dans cette première partie

se placent à une époque .antérieure à la ruine du temple ; du moins, c'est là le point de vue auquel se met l'auteur : nous n'oserions affirmer qu'ils étaient tous écrits avant cet événement.

Le second groupe (fchap. XXV à XXXII) ne comprend que onze morceaux de moindre étendue , qui contiennent des invectives contre les voisins d'Israël, contre lesquels les prophètes nourrissaient une antipathie traditionnelle, moins à cause des inimitiés politiques qui existaient entre ces peuples et le leur, qu'en vue de la pernicieuse influence que leurs mœurs et leurs cultes exerçaient sur celui-ci. De ce nombre étaient surtout Tyr et rÉgypte, à l'adresse desquels nous lisons ici des philippiques d'une force oratoire des plus remarquables.

Dans le troisième groupe (chap. XXXIII à XXXIX) sont réunis huit morceaux postérieurs à la destruction de la ville, et dont le ton diffère notablement de celui des précédents. L'esprit du prophète est maintenant accessible à l'espérance d'un meilleur avenir ; il trouve des accents de consolation et se complaît, lui aussi, à la perspective d'une glorieuse restauration, d'une sécurité désormais permanente et d'une ruine définitive de tous ceux qui entreprendraient de troubler le bonheur de la nation réconciliée avec son Dieu.

Enfin les neuf derniers chapitres (XL à XLVIII) forment un seul tout et tracent le tableau idéal de l'organisation future du nouvel Israël. C'est une composition des plus curieuses, où l'imagination se donne libre carrière et ne se laisse point arrêter par les conditions de la réalité, mais où en même temps, aux contours les plus fantastiques, se mêlent des prescriptions formulées avec une précision et une autorité législative telles , que les institutions créées par les générations suivantes en ont gardé la trace. On peut dire sans exagération que cette dernière grande composition de notre prophète est devenue à certains égards, et autant que cela dépendait de la volonté des hommes, la charte de la théocratie, et ce sera plus tard une étude on ne peut plus intéressante que d'examiner la part, spirituelle ou matérielle, qui peut revenir à Ézéchiel dans la constitution définitive de la hiérarchie et de la législation juives. Ici nous devons provisoirement faire abstraction de cette question spéciale, qui rentre dans Thistoire du Pentateuque.

Cette courte ébauche fait voir qu'au fond le cadre de la pensée prophétique n'est point changé ici, ni grandement élargi. Mais

on aurait bien tort d*en conclure qu'Ézéchiel s*e$t traîné, comme simple, imitateur ou continuateur, dans une ornière depuis longtemps tracée. Rien ne serait moins exact. Tout au contraire nous estimons qu*il est de tous les prophètes le plus original, autant par les conceptions elles-mêmes qu'il consigne dans ses pages, que par les formes dont il les revêt. Le lecteur qui aura parcouru, étudié et admiré les discours des prophètes, dans Tordre chronologique dans lequel nous les lui avons mis sous les yeux, constatera sans peine, et tout en avançant dans celte lecture, qu'il se trouve toujours en face d'idées devenues familières à force d'être reproduites, et de tournures qui risquent de devenir fastidieuses par leur extrême ressemblance. Mais tout en restant sur le terrain déjà tant de fois exploré, il sera étonné de découvrir ici tant de choses nouvelles, surprenantes et quelquefois étranges. Aussi regardons-nous comme chose indispensable de l'orienter, par quelques remarques préliminaires, dans Tétude d'un auteur qui occupe une place à part dans la littérature hébraïque, et qui est devenu le modèle par excellence de toute une classe d'écrivains d'un autre siècle, lesquels, comme cela arrive généralement, lui ont surtout emprunté ce qu'il a de bizarre et d'outré, sans posséder les qualités qui l'élèvent au-dessus du niveau commun.

De prime abord, Ézéchiel se place à un point de vue qui aurait pu le décourager et le faire douter de sa vocation. Il se reconnaît la mission de prêcher à Juda : mais Juda est devenu païen, ou à peu près, et il n'y a absolument rien à espérer de cette prédication. De plus, séparé qu'il est de son pays, il ne peut guère parler qu'à la postérité, qui lira des discours que personne n'aura entendus. Tout de même'il se met à l'œuvre. Il commence par légitimer sa résolution par le récit d'une apparition de Jéhova, qui l'installe dans son ministère. Cette scène d'ouverture nous laisse entrevoir la puissance et les ressources de l'écrivain, qui saura vivifier les idées les plus abstraites, en mettant à contribution la nature animée et inanimée, dont les formes servent de symboles pour représenter ce que l'intelligence a de la peine à saisir autrement. Puis il s'adresse directement à ce peuple dont l'exil l'a éloigné de corps seulement, qu'il a connu de près et qu'il voit courir à l'abîme dans un déplorable aveuglement. Franchissant en esprit la distance qui l'en sépare, il se croit, il se sait, pour ainsi dire, au milieu de ses compatriotes. Profondé-

ment pénétré du sentiment de sa propre responsabilité comme gardien d'un troupeau que le Seigneur lui a confié, il remplit son devoir conmie s'il était sur les lieux ; il représente à Israël, dans le miroir d'une allégorie transparente, mais qui eflFarouche notre goût par la crudité de ses images, toute son histoire depuis l'origine ; il fait voir que les fils n'ont pas le droit de rendre leurs pères responsables de leurs malheurs, que la mesure de leurs fautes et de leurs crimes accumulés est telle, qu'aucune intercession des plus justes et des plus saints de la nation ne saurait plus arrêter le bras vengeur d'un dieu si incessamment, si outrageusement offensé. Ce n'est qu'après la catastrophe, dont les sinistres présages avaient toujours été accueillis avec une dédaigneuse incrédulité, que le prophète se laisse aller à d'autres sentiments. On dirait que l'orage qu'il a vu passer à l'horizon a rafraîchi l'air, en le purifiant des miasmes de la corruption, et lui permet de respirer plus librement désormais. La puissance indestructible de la foi aux promesses de Jéhova reprend le dessus, et ce cœur, naguère tout entier S la douleur et à l'indignation, s'ouvre à l'espérance. L'œil contemple déjà la résurrection de ce peuple aujourd'hui anéanti, enseveli dans le champ de la mort ; il le voit ressuscité, uni, à l'abri de l'invasion, se renfermant dans ses frontières naturelles entre la mer et le Jourdain, dans un territoire régulièrement, mathématiquement délimité et réparti entre les tribus, ayant au milieu la capitale et son temple, son roi et son dieu.

Champion courageux des droits de ce dieu, censeur véhément et passionné des vices de son siècle, en même temps qu'enthousiaste accessible à l'exaltation, Ézéchiel ne renie point le prêtre. En cela il se distingue de tous ses prédécesseurs, surtout de Jérémie, qui pourtant l'était aussi, et il est le chef de file de la plupart de ses successeurs, soit qu'il revendique une vieille règle méconnue ou tombée en désuétude, soit qu'il en crée une nouvelle, librement et de son initiative, pour un peuple mieux disposé à s'y façonner. La solide construction du sanctuaire visible et matériel, est pour lui le fondement et la garantie du temple spirituel et invisible dont parlera l'Évangile. Il en décrit tous les détails, il donne l'exacte mesure de toutes ses parties. Les portes, les vestibules, les piliers, les salles, les mosaïques, les sculptures, les meubles, jusqu'au moindre crochet, tout est mis à sa place, tout est soigneusement enregistré. Tour à tour

nous avons là devant nous les créations fantastiques de Timagination et les lois prosaïquement positives qui instituent une caste sacerdotale, à laquelle reviendra nécessairement le monopole du pouvoir dans la nouvelle communauté. Et sur les bords du ruisseau miraculeux qui doit sortir de dessous le seuil du lieu saint, pour arroser les arbres de vie et donner de Teau douce à la mer morte, viennent se placer des lévites dressés au service, mais hiérarchiquement soumis à une famille privilégiée de sacrificateurs. Ainsi les rigoureuses exigences du principe d'un gouvernement ecclésiastique s'allient partout aux conceptions irréaUsables du visionnaire. Il y apparaît bien, à l'arrière-plan, un roi, un David de l'avenir, mais c'est une figure un peu nébuleuse, et ses fonctions, dans ce pacifique État de l'Église, sont proprement celles d'un serviteur laïque de l'autel que sa royale munificence pourvoira de riches hécatombes.

Après tout ce qui vient d'être dit, il est presque superûu d'ajouter qu'il n'y a pas, dans tout ce livre, une seule page que nous devrions supposer avoir été lue ou débitée publiquement. Ézéchiel n'a pas été orateur ; il est écrivain. Ce qu'il nous donne, ce sont des élucubrations littéraires, le produit d'un travail de cabinet, le fruit du recueillement et de la contemplation. Il faudrait fermer les yeux à l'évidence, pour arriver à soutenir qu'il ait jamais eu l'occasion de se mêler activement aux afiFaires, de sortir de sa retraite pour paraître sur la scène où s'agitaient les passions et où se déroulaient les événements. Si dans la sphère dont son livre ne parle pas, dans ses rapports avec les déportés, il devait en avoir été autrement, du moins cela ne nous regarde pas ici, et nous pourrons y revenir à une autre occasion. Mais, pour le moment, les Anciens qui sont introduits de temps à autre, ne sont positivement que des comparses, des décors (chap. XX, etc.). L'épouse que l'auteur nous représente mourante, et pour laquelle il n'a pas une larme de regret, n'est pas un être réel, chair et os comme nous, mais, c^jmme celle d'Osée, un hiéroglyphe facile à déchiffrer (chap. XXIV). En général, tout ce qui se présente ici comme un fait concret, ou même comme un acte symbolique, porte le cachet de la pure fiction . La prophétie ne parle pas chez Ézéchiel par la bouche à l'oreille, mais à l'œil par le pinceau ; l'esprit se fait chair, la rhétorique devient tableau. Le besoin de revêtir les idées abstraites d'un corps vivant et à couleurs voyantes, entoure le

trône d'un dieu , généralement calme et impassible , d'êtres mobiles et actifs , tantôt anges serviteurs , tantôt créatures grotesques et hybrides , composées d'éléments divers , moitié personnes, moitié symboles (chap. I et X). Il serait absurde de prendre à la lettre le livre que le dieu révélateur donne à dévorer au prophète (chap. II): ce n'est là que la forme matérielle, mais peu gracieuse, de l'idée de l'inspiration. Il en sera de même de la représentation figurée du siège de Jérusalem (chap. IV), où il se montre couché sur son lit, sans mouvement, et attaché avec des cordes, pendant plus d'une année ; ou de celle de l'exil, où il raconte qu'il a reçu l'ordre de s'équiper en voyageur et de sortir de sa maison par un trou pratiqué dans le mur (chap. XII). Les allégories sont nombreuses, ordinairement assez transparentes, et si ce n'est pas le cas de toutes, comme de celle du glaive (chap. XXI), la faute en pourrait bien être plutôt aux copistes qu'à l'auteur. Mais tout en ne créant pas trop de difficultés à l'interprète, elles ne sont pas sans choquer le goût, tantôt par la combinaison baroque d'éléments hétérogènes, comme celle des aigles qui plantent des vignes fchap. XVII), tantôt par la hardiesse avec laquelle elles mettent à nu ce que la décence nous commande de voiler (chap. XVI; XXIII).

Le style d'Ézéchiel a ses défauts. Il est prolixe, il manque de souplesse, il est quelquefois obscur ; et si l'auteur possède assez sa langue pour lui dicter dans l'occasion des tournures nouvelles, souvent aussi les expressions paraissent manquer à son esprit créateur et impétueux. Des redites nombreuses, des formules stéréotypes ne laissent pas que de fatiguer le lecteur. Mais en somme, celui-ci en reçoit une impression profonde par la richesse des images et par l'éclat du coloris. Il y a là des peintures qui produisent un effet saisissant, soit par ce qu'il y a de sublime dans la conception même, par exemple dans le tableau de la plaine aux ossements (chap. XXXVII), soit par la vivacité des détails, comme dans celui du port de Tyr (chap. XXVII). Ailleurs, ce sont des scènes à couleurs sombres, à proportions colossales qui vous remuent les entrailles : l'invasion du roi Gog et de ses Scythes, dont les hordes vont joncher le sol sacré de Canaan et faire des Israélites un peuple de fossoyeurs (chap. XXXVIII suiv.); ou cette autre, la plus grandiose de toutes (chap. VIII-XI), où le prophète, transporté en esprit dans l'enceinte du temple de Jérusalem, y assiste comme témoin aux

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rites sacrilèges des cultes étrangers, et voit tout à coup Jéhova apparaître sur son char porté par les Keroubs, et prendre place devant son sanctuaire profané, et de là envoyer ses anges par la ville pour y mettre le feu et frapper les coupables. Oui, dans son ensemble, le livre d'Ézéchiel est lui-même comparable à ces figures de Keroubs qu'il dessine dès la première page: un composé de parties hétérogènes qui fascine le regard, dont la hardiesse même impose le silence à la critique, mais qui ne parle pas au cœur.

La trentième année^ le cinquième jour du quatrième mois \ lorsque je me trouvais parmi les déportés sur les bords du fleuve Kebar, j'eus une vision divine. [Le cinquième jour du mois {c'était la cinquième a/nnée de la déportation du roi Joyakin) la parole de rÉternel fut adressée au prêtre Jehezqel fils de Bouzi^ dans le pays des Chaldéens^ sur les bords du fleuve Kebar; c'est là que la main de V Éternel le toucha^,] Et je vis un tourbillon venant du nord, un gros nuage et un globe de feu, jetant son éclat tout à Tentour, et au milieu c'était comme Taspect de Tairain au milieu du feu*. Et dans ce milieu il y avait la forme de quatre êtres vivants, dont voici la figure : Ils avaient une forme humaine, chacun avait quatre faces et chacun avait quatre ailes, leurs jambes étaient droites,

1 Ces indications chronologiques ne sont pas assez précises pour déterminer l'époque à laquelle le prophète fait remonter le commencement de son ministère. On se demande si la trentième année est celle de son âge^ ou celle de la dynastie régnante à Bahylone^ ou enfin celle d'un événement remarquable de l'histoire des Israélites ? Et les mois sont-ils comptés depuis l'équinoxe du printemps ou depuis celui d'automne, les deux méthodes ayant été tour à tour en usage ?

^ Nous avoQS mis ce passage entre crochets, parce qu'il paraît être étranger au texte primitif. NuUe part aiUeurs il n'est parlé de l'auteur à la troisième personne, et le contenu est en partie une simple répétition, en partie une explication de ce qui précède. La déportation de loyaktn, avec lequel l'auteur fut transporté en Babylonie, eut lieu en 598 av. J.-C.

3 La description du phénomène est très-bien faite, en ce que le prophète visionnaire n'aperçoit d'abord que les contours généraux et distingue peu à peu les détails. Le phénomène vient du nord, non qu'Ézéchiel place la résidence de Dieu de ce côté, mais parce que les destinées de Juda s'accomplissent à la suite d'événements qui se produisent dans cette direction. C'est un orage qui amène Jéhova, c'est un nuage qui enveloppe sa personne, c'est un globe de feu qui forme le noyau du nuage, semblable, quant à son éclat, à du métal en fusion. Bnfin de ce feu éblouissant se dégagent des figures à contours plus précis.

14 ÉZÉCHIEL I, 'î-!4.

leurs pieds étaient comme des pieds de bœuf, et ils étincebient comme de T^irain brillant. Sons leurs ailes il y ayait des mains d'hommes^ sur leors quatre côtés ; et tons les quatre avaient leurs faces et leurs ailes. Leurs ailes touchaient Tune à Tautre ; en marchant ils ne se tournaient point, chacun marchait droit devant lui. Quant à la forme de leurs faces, c'était une face d'homme, pois à droite une face de lion, à tous les quatre, à gauche une face de taureau^ à tous les quatre, enfin une face d'aigle à tous les quatre. Leurs faces et leurs ailes étaient séparées par le haut; chacun en avait deux qui touchaient aux autres, et deux qui couvraient son corps. Chacun marchait droit devant lui; ils marchaient dans la direction où Tesprit les poussait, sans se tourner dans leur marche. Quant à l'aspect de ces êtres, ils étaient à voir comme de la braise ardente, comme des torches allumées ; ce feu flamboyait ça et là entre eux, et du feu jaillissaient des éclairs. Et ces êtres s'élançaient dans tous les sens, semblables au zigzag de l'éclair^.

4 Les étrts vivants décrits ici, et appelés plus loin Keroubs (Cbérubins^ X, 1], n< sont Di des anmauat ni des anges, mais tout simplement des symboles ou représentalions figurées des attributs essentiels de la divinité, dont l'apparition est le sajei de tout ce discours allégorique. Ils sont au nombre de quatre, placés sur les côtés ou aux angles d'un carré ; leurs ailes supérieures déployées se touchent, de manière à fermer ce carré, qui forme ce que nous pourrons appeler le cbar qui supporte le trône de Dieu. Les quatre faces représentent quatre attributs : celle de Thomme, l'intelligence (ou la domination, Qen. I, SS8. Ps. VIII, 7]; celle du lion, la puissance; celle du taureau, la force créatrice; celle de l'aigle, la providence (Deut. XXXII, 11). Leur corps, dans ses formes générales, ressemble le plus à celui de l'homme ; cependant les ailes sont ajoutées pour symboliser la rapidité du mouvement et de Taction, et les pieds de boDuf qui, comparés à ceux de Thomme, paraissent se terminer en pointe, n'ont été choisis sans doute que pour écarter ceux de forme humaine, qui ne peuvent se mouvoir que dans une seule direction, l'auteur ayant surtout voulu faire ressortir l'absolue indépendance du mouvement (et de l'action}. Les quatre faces (qu'on se les représente attachées à une seule tête, ou appartenant à quatre têtes difiérentesj sont disposées de manière à regarder les quatre points cardinaux, comme c'est aussi le cas du carré tout entier; il y en aura toujours une dans la direction du mouvement, de quelque côté que l'esprit (la volonté de Dieu) pousse celui-ci. La seconde paire d'ailes de chaque Chérubin est simplement destinée à couvrir le corps (Es. VI, 2), c'est4dire à symboliser le respect dû à la sainteté du Très-Haut. Chaque élément du tableaa a sa signification propre et l'on aurait tort de rechercher leur liaison, quant à tons les détails. Ainsi, tout en pouvant nous servir du terme de char, pour désigner l'ensemble, le texte ne nous autorise pas à considérer les Keroubs comme un attelage. Le carré représente plutôt l'univers, et les êtres vivants, les forces actives par lesquelles le monde est gouverné. — Du reste, nous avons cherché à nous en tenir au texte reçu, bien qu'il présente plusieurs obscurités, que les Septante ont évitées en éliminant simplement les mots ou membres de phrases qui gênent plus ou moins l'intelligeDce.

ÉZéCHIEL I, l5-!33. 15

Comme je contemplais ces êtres, j'aperçus une roue à terre à côté d'eux, sur les quatre faces. Quant à Taspect et la structure de ces roues, elles apparaissaient comme la pierre de Tarsis' ; toutes les quatre avaient la même forme ; leur aspect et leur structure était comme si une roue était dans T autre. Quand elles se mettaient en marche, elles allaient dans la direction de leurs quatre côtés et ne se toomaient pas en marchant. Quant à leurs jantes, elles étaient hautes et admirables; leurs jantes, à toutes les quatre, étaient garnies d'yeux tout autour. Quand les êtres vivants marchaient, les roues marchaient à côté d'eux ; quand ils s'élevaient de terre, les roues s'élevaient aussi. Ils allaient dans la direction où l'esprit les poussait [où r esprit les poussai i^]^ et les roues s'élevaient à côté d'eni, car l'esprit de l'être était dans les roues. Marchaient-ils, eUes marchaient aussi ; s'arrêtaient-ils, elles s'arrêtaient ; s'élevaientils de terre, les roues s'élevaient à côté d'eux, car l'esprit de l'être était dans les roues ^.

Et une forme était au-dessus <les têtes de ces êtres, c'était à voir comme un plancher de cristal admirable, étendu par-dessus leurs tètes. Et sous ce plancher, leurs ailes se dressaient l'une contre l'autre, et chacun en avait deux qui lui couvraient le corps '. Et

^ Comme ces mots font double emploi avec ceux qai précèdent^ que les Septante ne les expriment pas, et qu'il est impossible de leur donner une signification par un changement de construction, nous les biffons comme provenant d'une faute de copiste.

^ L'idée d'un char étant donnée, la figure des roues se présentait naturellement ; seulement le texte ne dit pas que ces roues tiennent à un véhicule. EUes forment un symbole à part. On remarquera surtout leur structure ; elles se composent chacune de deux cercles qui se coupent à angle droit et peuvent ainsi se mouvoir dans tous les sens, comme des sphères ou globes. En disant qu'eUes ne se tournaient pas en marchant, l'auteur ne veut pas nier la rotation, mais la nécessité d'un mouvement de détour, comme le font nos voitures en changeant de direction. Le prophète aperçoit d'abord une roue, puis il voit qu'il y en a sur les quatre faces du carrée soit aux côtés, si les Keroubs sont aux angles, soit aux angles, si les Keroubs sont sur les côtés. Ces roues représentent donc par leur mobilité absolue la toute-présence, par les yeux des jantes la toute-science (deux attributs combinés aussi Ps. CXXXIX). Ces deux nouveaux attributs sont du reste inséparables de ceux symbolisés par les Keroubs, ayec lesquels les roues vont toujours de front, partout où l'esprit les pousse. Car Vajirit (l'esprit de l'être, c'est-à-dire de l'être vivant) est en elles tout aussi bien que dans les Keroubs, ce qui a dû être ajouté explicitement pour que le lecteur ne se méprit pas sur le sens du symbole, comme si la roue et l'être à forme animale appartenaient à deux catégories de notions spécifiquement différentes. — La pierre de Tars'is' doit avoir été une pierre précieuse originaire d'Espagne. Les modernes ont songé à la topaze.

"^ Ce n'est pas le ciel lui-même qui est censé descendre sur la terre, mais le trône de Dieu est supporté par quelque chose d'analogue, une masse à la fois solide et transpa-

16 ÉZÉCHIBL 1, 24-28. II, 1-5.

j'entendais le bruit de leurs ailes, pareil au bruit de grandes eau^ pareil à la voix du Tout-puissant ; quand ils se mettaient en marcbe c'était un bruit étourdissant comme celui d*nn camp; quand ils s'arrêtaient, ils laissaient tomber leurs ailes, et il se faisait un brait. Au-dessus du plancher qui était sur leur tête [Quomd ils s^arrélaient^ iis laissaient tomber leurs ailes, El au'€lessus du plancher qui était sur leur tele^]^ il y avait une forme de trône, dont Taspect était comme celui d'un saphir, et sur cette forme de trône, il y avait comme une figure d'homme, placée dessus^ tout en haut. Je le voyais pareil à Tairain incandescent, comme entouré de feu; depuis ce qui paraissait être sa ceinture vers le haut et vers le bas^ je ne voyais qu'un feu jetant son éclat tout autour^. Pareil à l'arc qui se montre dans les nues en un jour de pluie, tel était l'aspect de cet éclat tout autour. C'était à voir comme l'image de la majesté de l'Étemel. Lorsque je la vis, je me jetai la face contre terre, et j'entendis une voix ; quelqu'un me parlait. Il me dit : Fils d'homme *^ ! mets-toi debout, que je te parle! Et comme il me parlait^ une force de Dieu** me pénétra et me redressa sur mes pieds et j'écoutai celui qui me parlait. Il me dit : Fils d'homme I Je t'envoie vers les enfants d'Israël , ces païens ^^, ces rebelles qui se sont révoltés contre moi : eux et leurs pères m'ont manqué de foi, jusqu'à ce jour-ci. Cette engeance au visage dur et au cœur raide^ je t'envoie vers eux poor que tu leur dises : Voici ce que commande le Seigneur, l'Éternel...."! Et eux — qu'ils t'écoutent ou non (car ils sont une race rebelle)

rente. Le mot de plancher n'exprime Tidée que très-imparfaitemeat. -^ Les boats des ailes étendues se touchaient (v. 11] et paraissaient servir de supports au plancbeîj bien que la suite montre que cela n'était pas nécessaire. Le trône de Dieu n'est point porté par ces ailes qui se meuvent librement.

8 Phrases répétées par inadvertance^ et omises par les traducteurs grecs.

9 On remarquera que l'auteur est très-sobre dans cette dernière partie de son tableau. C'est à peine s'il dessine le contour de l'apparition divine; l'éclat qu'elle jette semble l'éblouir et lui dérobe les détails.

10 Formule d'allocution dont Ëzéchiel se sert constamment. BUe est sans doute destinée à lui rappeler la distance qui sépare l'homme de la divinité. Pour le sens, elle revient au fond à notre terme de mortel.

1 1 Litt. : un esprit.

12 Et non pas simplement : ce peuple rebelle. Le mot est au pluriel et séparé de l'adjectif. 11 doit donc être pris dans le sens emphatique qui a fini par prévaloir dans le langage des Juifs, où il désigne les peuples étrangers à l'alliance théocralique.

13 L'auteur pouvait se borner à formuler ici l'exorde de ses discours. Le reste allait de soi. Le visage dur et le cœur ratcfa, sont des termes figurés pour signaler l'eifroaterie et l'obstination, inaccessibles aux bonnes impressions.

— ils sauront da moins qu'il y a eu un prophète parmi eux*^ 1 Et toi, fils d'homme I n'aie pas peur d'eux, et de leurs discours ne f efiiraie pas ! Quand tu seras entouré d'épines et d'orties^ et que tu seras assis parmi les scorpions ^^, n'aie pas peur de leurs discours, et ne t'efraie pas de la mine qu'ils te feront, car ils sont une race rebelle l Tu leur prêcheras mes paroles, qu'ils t'écoutent ou non, car ils sont rebelles. Or, toi, fils d'homme^ écoute ce que je te dis : ne sois pas rebelle comme cette race rebelle ; ouvre ta bouche, et mange ce que je vais te donner.

Et comme je regardais, je vis une main étendue vers moi^ qui tenait un rouleau d'écriture ; il le déploya devant moi, il était couvert d'écriture sur le devant et sur le dos : c'étaient des complaintes, des lamentations et des gémissements^". Et il me dit : Fils d'homme, mange ce que tu vois-là, mange ce rouleau, puis va parler à la maison d'Israël. Et j'ouvris la bouche, et il me fit manger le rouleau. Et il me dit : Fils d'homme, repais ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne I Et je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel '^.

Pois il me dit : Fils d'homme I Va te rendre auprès de la maison d'Israël, et annonce-leur mes paroles! Car ce n'est point vers un peuple au langage barbare et inintelligible'^ que tu es envoyé, mais

'4 Ils le sauront, peut-être trop tard^ par révénement, par raccomplissement des menaces divines. Pour le moment, le prophète n'a pas à se préoccuper du succès de sa prédication.

15 Les images s'appliquent facilement à la situation. La vermine malfaisante et les plantes qui agacent douloureusement la peau représentent l'opposition malveillante que le prophète rencontrera. Il doit s'y attendre. Jéhova lui dépeint d'avance le peuple selon la vérité.

le On voit sans peine que le rouleau est censé contenir tout ce que le prophète sera chargé d'annoncer aux Israélites pendant toute la durée de son ministère. C'est beaucoup ; aussi le rouleau (le parchemin) est-il couvert d'écriture des deux côtés. Le sujet de ces discours sera généralement lugubre et terrible. L'acte de manger le rouleau symbolise l'idée de la communication faite au prophète des révélations relatives aux choses à venir ; il s'en nourrit, il s'en pénètre et saura, par conséquent, les reproduire en temps et lieu.

^"^ Non pas certes à cause de la joie qu'aurait pu lui causer la nature des chosefl qu'il devait proclamer, mais parce qu'il sait apprécier l'honneur d'être choisi pour être l organe de Dieu.

^^ Litt. : un peuple profond de lèvre et pesant de langue. L'auteur veut dire que la mission en elle-même est facile^ en tant qu'il s'agit des moyens de communication avec ceux auxquels elle s'adresse. Israël, parlant la même langue qu'Ézéchiel, peut le comprendre (s'il veut), sans que le prophète ait besoin de commencer par vaincre une difficulté que les anciens considéraient comme énorme, celle d'apprendre une langue étrangère. Les anciens désignaient une pareille langue comme barbare, c'est-à-dire proprement comme un bégaiement, comme balbutiée, murmurée plutôt que parlée.

A. T. 2* part. — II. 2

18 ÉZéCHIEL III, 6-15.

vers la maison d'Israël. Ce n'est point vers des peuples nombreux au langage barbare et inintelligible, dont ta ne comprendrais pas les discours, mais c'est bien vers eux ^" que je t'envoie ; eux pourront te comprendre. Mais la maison d'Israël ne voudra pas t'éconter, parce qu'ils ne veulent pas m'écouter, moi, car tous ils ont le front raide et le cœur dur. Or, vois-tu, je rends ton visage raide, à l'instar du leur, et ton front raide, à l'instar du leur '® ; je te rends pareil au diamant, qui est plus dur que le roc. N'aie pas peur d'eux, ne t' effraie pas de la mine qu'ils te feront, car ils sont une race rebelle.

Puis il me dit : Fils d'homme ! Toutes les paroles que je t'adresserai, reçois-les dans ton cœur et écoute-les de tes oreilles I Or donc, va te rendre auprès des déportés, des enfants de ton peuple; parle-leur et dis-leur : Voici ce que commande le Seigneur, l'Éternel ! qu'ils t'écoutent ou non.

Alors une force de Dieu '^ m'enleva et j'entendis derrière moi une voix retentissante : cBénie soit la majesté de l'Éternel dans sa demeure "U et le bruit des ailes des êtres vivants, qui frappaient " les unes contre les autres, et le bruit des roues à côté d'eux, et un bruit retentissant. Et la force de Dieu m'enleva et me saisit et je partis triste et indigné, mais la main de Dieu était puissante sur moi **. Et j'arrivai à Tel-Abib, auprès des déportés qui demeuraient sur les bords du Kebar ; et là où ils restaient, j'y restai parmi eux sept jours, dans un morne silence'^.

10 Vers les Israélites. Nos tradactioDs ont absolument méconnu le sens de cette phrase. La question négative (N'est-ce pas vers eux ?] est toujours une affirmation.

^0 Cela doit dire que le prophète recevra, de la part de Dieu, Ténergie nécessaire pour braver la mauvaise volonté qu'il rencontrera sur son chemin. Les termes sont les mêmes des deux côtés, mais il va sans dire que ce qui est un vice chez les uns sera une vertu chez l'autre.

31 Chap. II, 2. D'autres traduisent simplement : un vent. Nous admettons que la scène qui va 6tre décrite n'implique pas le fait d'une translocation réelle et corporelle, mais qu'il s'agit d'une pure vision, laquelle elle-mâme appartient au cadre rhétorique choisi par l'auteur.

S8 La demeure de l'Éternel est le ciel ,■ ce serait donc une voix céleste qui prononcerait cette doxologie. Nous l'attribuerons aux Keroubs, d'après le passage parallèle, Es. VI, 3. La formule de bénédiction se place ainsi au moment où un noave&a prophète va commencer son ministère à la gloire de Dieu.

28 Litt. : qui se baisaient, ou qui s'attachaient.

24 La disposition du prophète s'explique par la nature de sa mission et la perspective du genre du succès qui lui était .prédit ; malgré cela, il se sent soutenu par ooe force supérieure.

2^ La localité nommée dans le texte n'est pas autrement connue. Le prophète qui y est transporté en esprit, avait évidemment sa demeure ordinaire ailleurs. Son silence est celui du recueillement, dans lequel il attend les ouvertures ultérieures de Dieu- Jusqu*ici il n'a reçu qu'une vocation toute générale ; il s'attend i apprendre ce quil devra dire dans l'occasion.

ÉzéCHIEL III, 16-24. 19

Et an bout de sept jours^ la parole de rÉternel me fat adressée en ces termes : Fils d'homme I je t'établis coimae sentinelle ^^ à regard de la maison d'Israël : quand tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : ttt mourras ! et que tu négliges de Tavertir, et que tu ne parles pas, afin de détourner le méchant de sa mauvaise voie et de lui sauver la vie, lui, le méchant, mourra pour son péché, mais c'est de ta main que je redemanderai son sang. Mai» si tu as averti le méchant, et qu'il ne revienne pas de sa méchanceté et de sa mauvaise voie, lui, il mourra pour son péché, mais toi tu n'en seras pas responsable*''. Et si le juste se détourne de sa justice et fait le mal, et que je mette dans son chemin un achoppement ^^, il mourra : si tu ne l'as pas averti, il mourra pour son péché, et il ne sera point tenu compte de ses bonnes actions qu'il aura faites ; mais c'est de ta main que je redemanderai son sang. Mais si tu as averti le juste qu'il ne doit pas pécher, et qu'il ne pèche point, il aura la vie sauve, parce qu'il se sera laissé avertir, et toi tu ne seras pas responsable.

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