‹ La Bible (volume 2)Chapitre 61 sur 93 · IP · texte numérisé non relu

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Et la main de Dieu vint là me toucher, et il me dit : Va te rendre à la plaine, là je te parlerai. Et j'allai me rendre à la plaine, et là je vis, placée devant moi, la majesté de l'Éternel, telle que je l'avais vue sur les bords du Kehar. Et je me jetai la face contre terre, mais une force de Dieu me pénétra et me redressa sur mes pieds. Et il me parla et me dit : Va t'enfermer dans ta maison. Vois-tu,

^^ Comp. Hab. II, 1 . La sentinelle, placée sur une tour, regarde au loin pour voir arriver Tennemi et avertir les habitants du danger (2 Rois IX, 17 suiv.). Ainsi le prophète doit yeiller à la sûreté de ses compatriotes, à Tégard du danger moral. Ce qui suit jusqu'à la fin est en quelque sorte le résumé des devoirs du prophète.

^"^ Litt. : Tu auras sauvé ta vie, ou : tu te seras sauvé.

28 L*achoppement est un terme figuré pour ce que nous appelons une chute morale, ou l'occasion d'une telle chute. Quand un homme a mérité un châtiment, Dieu le met à l'épreuve en jetant devant lui une pierre d'achoppement, ou un pi^ge, en suite do quoi, selon le cas, il obtient son pardon, s'il évite une nouvelle chute, ou bien, s'il vient à faUlir encore, il devient mûr pour le châtiment.

^ Ce second morceau a pour objet principal une prédiction du siège de Jérusalem et de ses conséquences. C'est une thèse fort simple et familière aux prophètes, mais présentée ici sous des formes assez singulières. Ézéchiel est appelé hors de l'endroit où il se trouve (Tel-Abîb), pour recevoir une communication d'en haut, dans la solitude. Cette communication consiste tout d'abord dans l'injonction préalable de rester chez lui, et de ne point prophétiser jusqu'à ce que Dieu le lui ordonnerait. Le prophète nous racontera le reste.

20 ézéCHIEL III, 2&-27. IV, 1-6.

fils d'homme, on mettra sur toi des cordes pour te lier avec elles, afin que tu ne sortes pas pour être au milieu d'eux ' ; et j^attacherai ta langue à ton palais pour que tu restes muet et que tu ne deviennes pas pour eux un censeur, car ils sont une race rebelle. Quand je viendrai te parler, je t'ouvrirai la bouche et tu leur diras : Voici ce

que commande le Seigneur, TÉternel Que celui qui veut écouter,

écoute I qui veut le laisser, le laisse I car c'est une race rebelle.

Or toi, fils d'honune, prends une brique, place-la devant toi et grave dessus une ville (Jérusalem)'. Tu la feras assiéger, tu construiras contre elle des tours^ tu élèveras contre elle un rempart, tu placeras contre elle des camps., tu dresseras contre elle des béliers tout autour. Puis tu prendras une poêle de fer et tu la placeras comme un mur de fer entre toi et la ville ^, tu fixeras ton regard sur celle-ci pour qu'elle soit cernée, et tu la serreras de près — ce sera un signe pour la maison d'Israël. Puis tu te coucheras sur ton côté gauche, et tu y déposeras la coulpe de la maison d'Israël; pendant le nombre de jours que tu seras ainsi couché, tu porteras leur coulpe. Et moi je te compterai les années de leur coulpe pour le nombre des jours : c'est pendant trois-cent quatre-vingt-dix jours que tu porteras la coulpe de la maison d'Israël. Et quand tu en auras fini avec ceux-là, tu te coucheras en second lieu sur ton côté droit et tu porteras la coulpe de la maison de Juda pendant quarante jours : je te compte chaque jour pour une année ^. En même

' La suite fait voir qu'il ne s'agit pas de quelque violence exercée sur le prophète par ses compatriotes; en général, il n'est pas question d'un fait matériel. C'est Dieu qui le retient chez lui et lui commande le silence ; or, cette volonté de Dieu est absolue et puissante, conmie le serait pour le corps un assujettissement à des liens ou chaînes.

^ Après ces préliminaires, l'auteur en vient à son sujet principal. Il ne parlera pas pour les oreilles d'un auditoire, mais pour les yeux de spectateurs, ou si l'on veut, de lecteurs. Il dessine avec le poingon une ville assiégée. C'est ville, c'est Jérusalem. (Le nom pourrait bien avoir été ajouté après coup par un copiste, sans nécessité.} On remarquera la vivacité de la description, qui fait faire au prophète ce que celui-ci ne fait que dessiner.

4 Ce mur de fer, placé entre la viUe et le prophète représentant de Jéhova, symbolise la séparation absolue de Dieu d'avec son peuple, qu'il abandonne. II y a plus. C'est au fond Jéhova lui-même qui assiège Jérusalem, puisque sans lui les Chaldéens n'y seraient pas, et voilà pourquoi le prophète est représenté comme dirigeant lui-môme le siège.

5 Le second acte symbolique est beaucoup moins facile à expliquer que le premier. Voici cependant ce qui paraît être le sens de cette scène. Le prophète représente ici le peuple ; comme tel, il est obligé de subir la peine de la coulpe de celui-ci, c'est-à-dire de la somme des péchés accumulés qui provoquent le châtiment du ciel. Cette expiation est symbolisée par la position triste et désagréable d'un homme couché longtemps sans pouvoir bouger (asservissement de la nation, exil, etc } ; le côté gauche (nord}

temps tu auras le regard fixé et le bras nu étendu sur le siège de Jérasalem, de manière à prophétiser contre elle. Et je mettrai sur toi des cordes pour que tu ne puisses pas te tourner d'un côté sur l'autre, jusqu'à Taccomplissement des jours de ton siège ^. Or, toi, prends du froment et de Torge, et des feyes, et des lentilles^ et du millet, et de Tépeautre, et mets les ensemble dans un vase, et fais-en ton pab, autant de jours que tu seras couché sur ton côté ; tu mangeras cela pendant trois-cent quatre-vingt-dix jours ^. La nourriture que tu prendras sera du poids de vingt sicles par jour, et tu mangeras cela de temps en temps ^. Et quant à Peau, tu la boiras mesurée, le sixième d'un hin, et tu la boiras de temps en temps ^. Tu mangeras cela en forme de gâteaux d'orge, que tu auras fait

est relatif aa royaume des dix tribus^ le côté droit (sud), à celui de Juda. Il reste coQcbé pendant autant de jours que la punitioif d Israël durera d'années; or, celle d'Éphralm doit durer 390 ans, celle de Juda seulement 40. Inutile de chercher la ratification de ces nombres dans l'histoire, avec laquelle ils n'ont rien à faire. On peut hasarder la conjecture que la somme totale (430) est empruntée à ceUe des années de la servitude égyptienne (Exod. XII, 40) ,* mais la répartition parait arbitraire, seulement on peut dire que le nombre 40, qui rappelle aussi le trajet du désert, représente la durée d'une génération et se prêtait ainsi parfaitement à déterminer la moindre mesure du châtiment. Quant aux 390 années d'Éphralm, iSO en étaient écoulées en ce moment : cela revenait à dire que le châtiment de cette partie du peuple durerait encore tout juste deux fois autant que par le passé.

^ On voit clairement ici, et par ce qui va suivre, qu'il ne s'agit pas d'un fait réel, mois d'un récit allégorique à l'usage des futurs lecteurs du prophète. Il reste couché pendant plus d'une année, ayant toujours le bras étendu vers la brique sur laquelle est gravé le siège de Jérusalem ; il est lié de manière à ne pouvoir se retourner ; pourtant il doit faire lui-même sa cuisine et pourvoir à tous ses besoins. Ce sont là des images, dont les divers éléments ne s'accordent pas entre eux, mais dont chacune a sa signification assez facile à reconnaître. La prophétie muette du bras étendu qui montre le tableau du siège, demanderait au moins des spectateurs ; or, rien ne nous autorise à penser que les Israélites exilés auraient ainsi attaché Ézéchiel sur son lit, pour rester auprès de lui pendant 430 jours à contempler son geste, sans recevoir d'autre communication. Évidemment ces spectateurs sont des lecteurs.

"* Pourquoi pas 430? De fait, les 40 ans de la punition de Juda ne viennent pas après les 390 d'Éphralm, mais s'écoulent parallèlement à une portion égale de ceux-ci. L'amalgame de toutes ces espèces de farine doit sans doute représenter l'insuffisance de la quantité. On sera réduit à ramasser tout ce qui est mangeable, pour obtenir le strict nécessaire.

^ On a calculé que c'est à peu près la moitié de ce qu'il faut pour la consommation journalière d'un homme, dans ces contrées (environ 300 granmies) . Encore cette petite quantité doit-elle être répartie sur plusieurs repas, et non mangée en une fois, de sorte que ce ne sera jamais assez pour rassasier un homme.

^ D'après les Rabbins, le hta est une mesure dont la contenance équivaut à celle de 72 œufs de poule.

cnire avec des excréments d'homme sous leurs yeux*^. Et TÉtemel dit : Ainsi les enfants d'Israël mangeront leur pain impur, parmi les nations où je les chasserai. Et je dis : Ali, Seigneur Étemel, vois donc, moi-même je ne me suis jamais souillé : jamais je n'ai mangé d'un animal mort naturellement ou déchiré par un autre, depuis ma jeunesse jusqu'à ce jour ; jamais de la viande abominable n'est entrée dans ma bouche**. Alors il me dit : Eh bien, je te permets la fiente de bœuf, au lieu des excréments d'homme, et tu pourras faire ton pain avec cela. Et il me dit : Fils d'homme 1 vois-tu, je vais priver de pain *' Jérusalem et ils mangeront du pain au poids et dans l'afiliction^ et boiront de l'eau mesurée, et dans le désespoir, parce que le pain et l'eau leur manqueront, et qu'ils seront plongés dans le désespoir l'un comme l'autre, et qu'ils se consumeront par suite de leurs péchés.

Or, toi, fils d'homme, prends une épée tranchante, prends-la en guise de rasoir de barbier^ et fais-la passer sur ta tête et sur ta barbe ; puis tu prendras une balance à peser pour en faire le partage *'. Un tiers, tu le brûleras dans la flamme au milieu de la ville, quand les jours du siège seront venus à terme ; tu prendras l'autre tiers et tu le frapperas avec l'épée aux alentours ; et le troisième tiers, tu le jetteras au vent, et je dégainerai après eux*^. Puis tu

10 En Orient, la bouse de vache est un combustible très-usité. On comprend l'intention du prophète, quand il lui substitue une matière inusitée, repoussante, et probablement moins efficace.

11 Bn apparence, cette objection est hors de propos, puisqu'auparavant il n'avait point été question de viande. Mais la suite fait voir que le prophète se révolte contre l'emploi des excréments humains, et quHl croirait se souiller en les employant ; tandis que mime à l'égard des viandes il a toujours strictement observé la règle légale qui défend certaines viandes, et qui, à l'égard de celles qui sont permises, prescrit la manière dont elles doivent être apprêtées (Exod. XXII, 81. Deut. XIV, 21, etc.).

13 Litt. : rompre le bâton de pain, le pain (la nourriture] étant considéré comme ce qui sustente et soutient le corps.

13 Le partage des cheveux ainsi coupés. On comprend tout de suite qu'il s'agit d'oo nouvel acte symbolique qui doit figurer les diverses destinées des habitants de Jérusalem, représentés par les cheveux. L'épée en guise de rasoir fait voir d'abord la cause ûe la catastrophe, la guerre ; la balance indique que tout le monde, sans exception, sera frappé À cette occasion de manière ou d'autre.

14 Dans cette description allégorique, les cheveux coupés se changent insensiblement en hommes, ou, pour mieux dire, ce qui s'annonçait comme un acte symbolique, finit par être une simple fiffure de rhétorique. S'il fallait s'en tenir & l'acte, la ^ille, au milieu de laquelle les cheveux doivent être brûlés, serait la ville dessinée sur la brique ; nous préférons nous en tenir simplement au fait de la prédiction, que le tiers des habitants de Jérusalem périront à l'occasion du sac de la viUe. Cette dernière interprétation est la seule admissible pour les deux autres tiers. Le troisième repré> sente ceux qui échappent à la catastrophe, comme fuyards ou comme captifs ; ils ne sont pas pour cela à l'abri du péril ; Jéhova déclare qu'il les poursuivra encore.

prendras de là un petit nombre, que tu serreras dans les pans de ton manteau^ et tu en prendras encore quelques-uns que tu jetteras an feu pour les brûler'^. Il en sortira un feu pour toute la maison dlsraël ««.

Voici ce que dit le Seigneur, rÉternel : Cette Jérusalem, je Pavais placée au centre des nations^ et les autres pays à Tentour *^ : et elle a été rebelle à mes lois, en devenant criminelle plus que les nations, et à mes ordonnances^ plus que les pays à Tentour^ car ils ont rejeté mes lois et n*ont point suivi mes ordonnances. C'est pourquoi voici ce que dit le Seigneur, TÉternel : Puisque vous faites plus de trouble ^' que les nations autour de vous, que vous ne suivez pas mes ordonnances, et que vous ne pratiquez pas mes lois, mais que TOUS pratiquez ^^ les lois des peuples qui vous entourent, c'est pour cela que le Seigneur^ rÉternel, vous dit : Voyez, moi aussi j'en veux à vous, et j'appliquerai ma loi parmi vous, à la face des nations. Je ferai à votre égard ce que je n'ai jamais fait, et ce dont je ne ferai plus jamais le pareil, à cause de toutes vos abominations. Oui, des përes mangeront leurs enfants parmi vous, et des enfants mangeront leurs pères'®, et je ferai justice de vous, et je disperserai à tous les vents tout ce qui restera de vous. Oui, par ma vie 1 parole du Seigneur, rÉternel, parce que vous avez souillé mon sanctuaire avec vos idoles et vos abominations, moi aussi, je vous le jure, j'arracherai '^ et mon œil n'aura point pitié, et moi aussi

15 Des survivants mdme^ des déportés, il ne sera sauvé qu'un petit nombre. Le pan de l'habit servant à porter des provisions, etc., est ici le symbole de la préservation.

1^ Cette dernière phrase est obscure. Il en sortira, ne peut guère se rapporter qu'à toute l'allégorie précédente : de tout cela; et le feu ne peut plus être le même que celui (pi a déjà i€truit une bonne partie du peuple. Nous estimons donc qu'il s'agit ici de ridée d'une épreuve, d'un triage, d'une purification au creuset du malheur, d'où Israël sortira décimé, mais dégagé aussi de tout mauvais alliage.

1'' Ici commence l'explication, ou si l'on veut, l'application pratique de l'aUégorie. Le cetUre est essentieUement la place d'honneur. Peu importe de rechercher si les Israélites ont pensé, ou non, que leur pays est réellement le centre de la terre (XXXVIII, 12?], conception d'aiUeurs très-naturelle, avec une notion imparfaite de la géographie terrestre.

^^ Signification tant soit peu incertaine. Le trouble, le bruit, serait l'opposé d'une obéissance silencieuse.

1' Le texte dit: vous ne pratiquez pas, ce qui est une évidente contradiction, à laquelle on croit échapper en mettant: pae même. Nous biffons la négation d'après le passage parallèle XI, 12.

^0 Scèoe de la plus affreuse famine dans une ville assiégée (Deut. XXVIII, 53).

^^ a parait manquer ici un mot, à moins qu'on ne combine le verbe avec Vœil, dons le sens de détourner.

24 ÉZÉCHIEL V, l^n. VI, 1-8.

je serai sans miséricorde. Un tiers d'entre vous mourra de la peste ou périra de faim, un autre tiers tombera par Tépée aux alentours, et le troisième tiers, je le jetterai au vent et je dégainerai après eux ^' ! Et lorsque ma colère sera satisfaite, et que j'aurai assouvi sur eux ma fureur, et que je me serai vengé, alors ils reconnaîtront que c'est moi, TÉtemel, qui ai parlé dans ma jalousie, quand j'aurai satisfait ma fureur sur eux. Je ferai de toi un désert, la honte des nations à l'entour, aux yeux de tous les passants. Tu seras une honte, et la risée, et un exemple, un objet d'horreur pour les nations à l'entour, quand j'aurai fait justice de toi dans mon ardente colère, dans les châtiments de ma fureur (c'est moi, laheweh, qui le dis). Quand je lancerai contre vous les terribles flèches de la famine, comme un ange exterminateur, que j'enverrai pour vous exterminer, et quand j'augmenterai la famine qui vous accable, et que je vous priverai de pain'', et que je vous enverrai la famine et les bêtes féroces'* qui enlèveront vos enfants, et que la peste et le sang

passeront par là, et que j'amènerai l'épée contre toi c'est moi,

laheweh, qui le disi

IIP.

Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Tourne ta face vers les montagnes d'Israël et prophétise contre elles. Dis : Montagnes d'Israël ! Écoutez la parole du Seigneur, l'Éternel I Voici ce que dit le Seigneur l'Éternel aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées : Voyez, j'amène contre vous l'épée et je détruis vos hauts-lieux. Vos autels seront ruinés et vos obélisques brisés, et je ferai tomber vos morts en face de vos idoles. Oui, je jetterai les cadavres des enfants d'Israël aux pieds de leurs idoles, et je disperserai vos ossements autour de vos autels. Partout où vous demeurez les bourgades seront ruinées, les hauts-lieni ravagés, pour que vos autels soient rainés et détruits, vos idoles brisées et exterminées, vos obélisques abattus, vos œuvres anéanties, et les morts tomberont au milieu de vous — alors vous reconnaîtrez que moi je suis l'Éternel I

Mais je laisserai un reste, en ce qu'il y en aura parmi vous qui échapperont à l'épée, au milieu des nations, lorsque vous serez dis-

2â Comp. V. 2.

«8 Chap. IV, 16.

«4 Deut. XXXn, 24.

^ La courte pièce ^i suit n'oflre rien de particulier. Ce sont encore les mêmes menaces terribles^ avec la perspective d'un repentir tardif.

ÉZÉCHIKL VI, 9-44. VIT, 1-3. 25

perses dans les divers pays. Ceux-là se souviendront de moi, parmi les nations où ils auront été emmenés captifs, quand leur cœur infidèle, qui s'est détourné de moi, sera brisé ^, ainsi que leurs yeux, qui caressaient leurs idoles, et qu'ils seront eux-mêmes dégoûtés de toat ce qu'ils ont fait de méchant à Tégard de leur culte abominable. — Alors ils reconnaîtront que moi je suis l'Éternel et que ce n'est pas en vain que je les ai menacés de tous ces malheurs.

Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Bats des mains et frappe du pied ^ et crie hélas ! au sujet de toutes les méchantes abominations de ceux de la maison d'Israël, qui vont périr par l'épée, par la famine et par la peste. Celui qui sera loin, mourra de la peste ; celui qui sera proche, tombera par l'épée ; celui qui restera et échappera, mourra par la famine : et j'aurai satisfait sur eux ma colère. Alors vous reconnaîtrez que moi je suis l'Éternel, quand leurs morts joncheront la terre au milieu de leurs idoles, autour de leurs autels, sur toutes les collines élevées^ sur les sommets des montagnes, sous tous les arbres verdoyants et sous tous les térébinthes touffus, où ils ont offert leurs suaves parfums à leurs idoles. Oui, j'étendrai ma main contre eux, et je changerai le pays en un désert, eu une solitude, d'un bout à l'autre^, partout où ils demeurent, afin qu'ils sachent que moi je suis l'Éternel.

Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Toi I Fils d'homme I Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Pour la terre d'Israël, fin 1 Elle vient, la fin, pour les quatre coins du pays • ! Maintenant c'est la fin pour toi : je vais lancer contre toi ma colère,

^ TradactioD conjecturale, qui suppose le changement de la première lettre du mot. Le texte {je suis brisé [relativement à] leur cœur) ne semble pas donner de sens plaosible. — Le mot briser ne s'applique d'ailleurs pas bien aux yeux.

^ Gestes d'indignation.

^ D'vm bout à Vautre. Cette phrase remplace deux mots dont la philologie ne se rend pas bien compte, et qu'on traduit tantôt par : plus que le désert de Diblah^ en supposant que ce désert (d'ailleurs inconnu) était le plus affreux dans l'horizon des Israélites ; 00 par: depuis U désert (de l'Arabie Pétrée, au SMà)jusqu^à Rihlah (avec un changement de lettre), c'est-à-dire jusqu'au-delà de la frontière septentrionale, Jérém. XXXIXy 5. Ces deux versions sont également sujettes à caution ; la nôtre, purement conjecturale^ a du moins l'avantage de ne rien changer au sens général.

' Nous traduisons ce texte à dessein tout à fait Uttéralement. L'expression en est très-énergique. C'est l'annonce péremptoire de la catastrophe, laquelle sera d'autant plus inévital>le qu'elle va envelopper le pays de tous côtés.

te juger selon tes voies, te faire rendre compte de toutes tes abominations. Mon œil n'aura point pitié de toi et je serai sans miséricorde. Mais je te ferai rendre compte de tes voies, et tes abominations, je te les mettrai sous les yeux^ pour que vous sachiez que moi je suis rÉternel.

Voici ce que dit le Seigneur, TÉtemel : Un malheur, un malheur unique va venir ! La fin vient ; elle vient, la fin, elle finit ' par venir, elle va venir I Ta destinée t'atteint, habitant du pays ! Le moment arrive, le jour est proche : c'est le cri d'alarme, et non le cri de joie qui retentit sur les montagnes. Tout à l'heure, prochainement, je vais déverser ma colère sur toi, satisfaire sur toi mon courroux, te juger selon tes voies, et te faire rendre compte de toutes tes abominations. Mon œil n'aura point pitié de toi et je serai sans miséricorde, je te rendrai selon tes voies *, et tes abominations, je les mettrai sous tes yeux, pour que vous sachiez que c'est moi, rÉternel, qui vous frappe.

Voici le jour ! Cela va venir ! La destinée pousse, la verge éclot, l'insolence fleurit, la violence s'élève*, pour être la verge de l'impiété — et d'eux ^, rien I de leur foule, rien I de leur opulence, rien ! plus rien de leur magnificence 1 Le moment arrive, le jour approche : que l'acheteur ne se réjouisse pas et que le vendeur ne s'afflige pas, car la colère va éclater sur toute la foule. Car le vendeur ne rentrera pas dans sa propriété, dût-il vivre avec les vivants; car la prophétie regarde toute la foule : il n'y rentrera pas^ et nul ne se fortifiera, à l'égard de sa vie, par son péché *.

* Essai de rendre le jeu de mots de Toriginal, qui dit à la lettre : elle ïi^lU (qeç bû, bft haqqeç, héqiç, baah).

3 Gomme ces lignes sont la reproduction textuelle des y. 3 et 4. les petites YariaDt«s (que nous avons conservées dans la traduction] sont très-probablement dues à des fautes de copiste, soit ici, soit plus baut.

^ Les verbes sont destinés à comparer la catastrophe qui approche à une plante qui croîtrait rapidement. Le verge est le châtiment divin, et plus spécialement la puissance cbaldéenne qui en est Tinstrument. Par suite, l'insolence et la violence doivent représenter cette même puissance.

^ D'Israël rien ne restera.

^ Ce passage est tant soit peu obscur. Évidemment il est question de la venta de biens-fonds^ et l'auteur veut dire que l'acquisition d'une terre ne doit pas plus auser de joie à l'acheteur, que la nécessité de vendre ne doit affliger le vendeur, le pavs tout entier devant tomber bientôt aux mains de l'étranger. Lors mdme que le vendeur vivrait longtemps (et comment attendre cela pour des impies ?], il ne recouvrera plus sa propriété. C'est peut -être une allusion à la coutume consacrée par la loi (Lév. XXV}, qu'à la 50* année les biens-fonds retournaient à leurs premiers possesseurs.

Oo sonne la trompette, on prépare tout nul ne veut marcher

aa combat; car ma colère éclate sur toute la foule ^. Au dehors répée, au dedans la peste et la famine; celui qui est aux champs mourra par Tépée ; celui qui est dans la ville, la famine et la peste le dévoreront. Et s'il en échappe quelques-uns, ils se sauveront dans les montagnes, où ils seront tous comme les colombes qu'on entend gémir dans la vallée, chacun à cause de ses péchés. Toutes les mains seront défaillantes, tous les genoux paralysés^. Ils se ceindront de cilice, Teffroi leur servira de manteau, la honte sera sur tous les visages et tous auront la tète rasée. Ils jetteront leur argent dans la rue, et leur or sera estimé comme de Tordure [leur argent ni leur or ne pourra les sauver^ au jour de la colère de rÉ(emel] ■ ; ils ne pourront plus assouvir leur faim *®, ni remplir leur ventre — c'avait été la cause " de leurs péchés I Leur belle parure, ils en avaient fait un sujet d'orgueil, ils en firent leurs idoles abominables : voilà pourquoi j'en ferai de Tordure ; je livrerai tout aux étrangers qui en feront leur butin, j'en ferai la proie des impies de la terre pour qu'ils le profanent"! Je détournerai d'eux ma face, et l'on profanera mon trésor *' ; dés brigands y pénétreront et le profaneront. Préparez les chaînes** I car le pays est plein de meurtres non encore punis** et la ville est pleine de crimes. J'amènerai les plus méchants des païens, pour qu'ils s'emparent de leurs

"7 Toate résistance sera inutile^ ou plutôt eUe ne sera guère tentée.

^ Litt. : s'en vont en eau ; c'est-à-dire perdent toute consistance, toute vigueur. Tout ce qui suit est la description du malheureux sort des survivants, lesquels d'ordinaire, lors d'une catiistrophe, sont estimés les plus heureux ; ou bien plutôt, au lieu de continuer le tableau du sort des fuyards, l'auteur revient à la description des calamités du siège.

^ Les Septante ne connaissent pas cette phrase, qui est empruntée à Soph. I, l8, et par laquelle un glosateur a voulu expliquer celle qui précède. Mais l'explication est pâle et maladroite, car Ëzéchiel a voulu dire évidemment' que l'or n'a plus de valeur, la misère et la disette étant devenues excessives.

10 Litt.: leur appétit.

11 Litt.: l'achoppement. Ils avaient fait un mauvais usage de leurs richesses.

12 Les impies de la terre, c'est-à-dire des autres pays, sont les païens. Tout ce que ceaxHïi touchent est profané.

1^ Il est difficile de dire si l'auteur a voulu parler ici spécialement du trésor du temple ; ou, comme l'ont pensé les anciens, du temple lui-môme, considéré «comme un lieu réservé (litt.: caché). Les Septante paraissent avoir eu devant eux un autre texte, en traduisant l'objet de ma surveillance.

l'* L'apostrophe s'adresse aux exécuteurs des décrets de Dieu.

1^ Litt.: Causes (Judiciaires) de sang (versé) ; l'auteur veut parler en général de tous les crimes commis et provoquant la vengeance céleste.

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