ÉZÉCHIEL VII, 25-27. VIII
maisons ; je mettrai fia à Torgueil des puissants ** et leurs sanctuaires seront profanés. La ruine est là ! Ils chercheront le salut, mais point de salut I II viendra désastre sur désastre, il y aura rumeur sur rumeur*^ : ils demanderont des oracles au prophète^ Tinstruction manquera au prêtre, le conseil aux vieillards ^^. Le roi sera dans le deuil, le chef se vêtira d'épouvante *', les mains du vulgaire trembleront. Selon leurs actes j'en userai avec eux, et d'après leurs jugements je les jugerai, pour qu'ils sachent que moi je suis rÉterael !
Et il arriva la sixième année, le cinquième jour du sixième mois*, pendant que j'étais assis dans ma maison et que les sheikhs de Jada étaient assis en face de moi, que la main de l'Éternel vint me saisir. Et j'eus une vision, et je vis une forme qui semblait être de feu ^ ; depuis ce qui paraissait être sa ceinture vers le bas, c'était du feu, et depuis sa ceinture vers le haut, c'était à voir comme une vive lumière, comme l'aspect de l'airain incandescent'. Et il étendit une forme de main, et me saisit par les boucles de mes cheveux et oDe force divine * me souleva entre la terre et le ciel, et me transporta à Jérusalem en extase ^, à l'entrée de la porte de l'intérieur ' tournée vers le nord, à la place même où se trouve l'idole qui provoque la
I® Traduction conforme au texte. Nous inclinons cependant À changer celni-d d'après les passages parallèles XXIV, 21 ; XXX, 18; XXXIII, 28. Lévit. XXVI, 19, où Torgueil de leur puissance est le temple. Cette leçon est recommandée par le parallélisme.
1*7 Dans une ville assiégée, à défaut d'une connaissance certaine de ce qui se passe au dehors, les rumeurs alarmantes, les fausses nouvelles qui se suivent et s'entrecroisent, contribuent à entretenir Tanziété des habitants.
18 Comp. Jér. XVIII. 18.
l'Comp. ci-dessus v. 18. La métaphore du vêtement est amenée par la mention du deuil.
I Ce serait quatorze mois ou 418 Jours après la date marquée au chap. 1, 1. 2. A moins d'avoir recours À une année à intercalation, nous ne retrouvons donc pas les 437 jours d'intervalle qu'il nous faut d'après III, 15; IV^ 5, 6. Mais ce ne serait U qu'une preuve de plus que ces actes symboliques n'appartiennent pas à la réalité.
^ On est tenté de lire un homme ({«' pour es')t avec les Septante.
8 Chap. I, 4, 27.
4 Chap. II, 2.
^ Litt. : dans les visions de Dieu.
8 II est question sans doute d'une porte de communication entre la cour eztérieare et la cour intérieure du temple, située au nord do celle-ci, dans la prozimité da graocl autel.
jalousie de Dieu ^. Et là m'apparut la majesté du Dieu d'Israël, telle que je Pavais vue dans la plaine ^.
Et il me dit : Fils d'homme 1 Lève tes yeux et regarde du côté du nord I Et je regardai du côté du nord et j'aperçus, au nord de la porte de Vautel, cette idole de jalousie, à Tentrée. Et il me dit : Fils d'homme I Vois-tu bien ce qu'ils font là ? De grandes abominations qu'Israël commet ici^ de manière à s'éloigner de mon sanctuaire ^, mais tu en verras bien d'autres encore.
Pois il me conduisit à Feutrée de la cour, et je regardai et je vis un trou dans le mur. Et il me dit : Fils d'homme, pénètre par ce mur ^^ ! Et quand j'y eus pénétré, j'y vis une porte ; il me dit : Viens, regarde les abominations impies qu'ils y pratiquent I Et quand j'y fus entré, j'aperçus toutes sortes de figures de reptiles et d'animaux immondes, et toutes les idoles de la maison d'Israël gravées sur le mur tout autour. Et soixante-dix hommes d'entre les anciens d'Israël^ laazanyahou^ fils de S'afan, debout au milieu d'eux, se trouvaient en face d'elles, chacun sou encensoir à la main, et il s'en élevait le parfum d'un nuage d'encens. Et il me dit : Vois-tu, fils d'homme, ce que les anciens d'Israël font en cachette, chacun dans sa chambre à images ? car ils disent : laheweh ne nous voit point ! iaheweh a abandonné le pays !
Puis il me dit : Tu verras encore d'autres grandes abominations qu'ils pratiquent. Et il me conduisit à l'entrée de la porte septentrionale de la maison de Dieu, et là je vis assises les femmes qui pleuraient Tammouz^^ Et il me dit : Le vois-tu bien, fils d'homme? Hais tu verras de plus grandes abominations encore.
"^ L'auteur ne nous dit pas quelle divinité représentait cette idole. En tout cas, c'était le symbole d'un culte étranger. L'idole se trouvait à l'extérieur, dans la seconde cour, et le prophète placé sous la porte, le dos tourné vers le temple, la voit deyant lui .
8 Cbap. m, 22.
d Le sens de cette phrase est douteux. D'autres traduisent : de manière que je dois m'éloigner, etc., ou bien : choses qui seraient à éloigner.
^^ Cette autre scène est manifestement idéale. L'auteur fait allusion à un culte dans lequel on encensait des divinités représentées par des figures d'animaux. Un pareil culte, sévèrement défendu depuis Josias, se pratiquait eu cachette. (Voilà pourquoi le prophète est obligé d'y arriver par un trou du mur}. Il doit avoir été très-répandu, car 70 sbeikhs de Jérusalem y prennent part (chacun dans son domicile), entre autres un personnage désigné nominativement, et sans doute haut placé à cette époque, mais à nous inconnu. Le 70 hommes réunis dans ce trou, appartiennent nécessairement à la OctioD, qui est clairement expliquée plus loin.
^^ Un troisième culte, cette fois-ci familier à l'autre sexe, se pratique près de l'enceinte extérieure. Le Tammouz des Sémites est l'Adonis des Grecs, le soleil printanier, dont la mort est pleurée au solstice d'été (ailleurs le soleil en général, en tant qu'il vivifie la nature, et mourant en automne, pour renaître l'année suivante].
30 ÉZÉCHIEL Vm, 16-18. IX, 1-3.
Pois il ifie conduisit daiis la cour intérieure de la maison de Dieu, et à rentrée même du temple, entre le vestibule et T autel, je vis vingt-cinq hommes ^^ qui tournaient le dos au temple de Diea, la face vers T orient, et qui adoraient le soleil à T orient. Et il me dit : L'as-tu bien vu, fils d'homme? Est-ce trop peu pour la maison de Juda de faire les abominations qu'ils pratiquent ici, pour qu'ils remplissent encore le pays de crimes et qu'ils m'irritent sans cesse? mais ils portent la serpette à leur propre nez ^' ! Moi aussi j'agirai dans ma colère : mon œil n'aura point pitié et je serai sans miséricorde, et dussent-ils m'appeler à grands cris, je ne les écouterai point I
Puis je l'entendis crier à haute voix : Approchez, surveillants ** de cette ville, chacun son arme exterminatrice à la maini Aussitôt il parut six hommes, venant du côté de la porte supérieure*^ sitnée au nord, chacun sa massue à la main ; et au milieu d'eux un homme vêtu de lin, avec une écritoire à la ceinture. Et ils vinrent se placer à côté de l'autel d'airain *^. Cependant la majesté du Dieu d'Israël s^était élevée de dessus le Keroûb *^, sur lequel elle se trouvait, vers le seuil du temple, et s'adressant à l'homme vêtu de lin, qui avait l'écritoire à la ceinture, l'Éternel lui dit : Passe à travers la ville,
12 Et non pas : Je vis environ 25 hommes. La particule ne doit pas marquer l'iacertitude du nombre, mais faire allusion à l'état extatique du prophète. Ainsi plus baat, V. 2, il voyait quelque chose comme une main ; ici il voit comme 25 hommes, mais non en chair et en os.
13 Menace proverbiale. La serpette est Tinstrument avec lequel on taille la vigne; la porter à son nez^ c'est se donner du mal à soi-même très-gratuitement (comp. Prov. XXIII, 2). — La traduction traditionnelle suppose que le prophète veut parler d'un rite persan^ d'après lequel les adorateurs du soleil tenaient à la main un rameeu (le mot hébreu pourrait avoir cette signification, XY, 2), en faisant leur prière et le portaient à la bouche. Mais les rites persans sont inconnus À Jérusalem au temps d'Ézéchiel, et le prophète en a fini avec la vision des 25 honmies et a commeDc« l'annonce du châtiment.
14 La suite fait voir qu'il s'agit d'ôtres célestes, c'est-à-dire de personnifications de la vengeance divine. On traduit ordinairement : Faites approcher les châtiments. Les Rabbins déjà paraissent l'avoir compris ainsi; mais alors on ne voit pas à qui le discours s'adresse. Le nombre de ces anges est de sept; ce qui devint par la suite un nombre conventionnel pour ce qu'on finit par appeler les archanges.
1^ Le temple étant situé sur la partie la plus élevée de Morijah, la porte septentrionale supérieure est celle par laquelle on entre dans la cour intérieure, du côté du nord.
^^ C'est le grand autel où se faisaient les sacrifices (VIII, 16].
11 Xtf Keroûb, ailleurs les Keroûbs, est ici Tenscmble de tous les phénomènes visionnaires décrits au chap. I. On peut hardiment traduire : le char, bien que lo mot hébreu ne signifie pas proprement un véhicule (Ps. XVIII. 11).
ézÉCHIEL IX, 4-11. X, 1. 31
à travers Jérusalem, et trace une marque** sur les fronts des hommes qui soupirent et gémissent à cause de toutes les abomina^ tioos qui s'y commettent. Et aux autres il dit, devant mes oreilles : Saivez-le à travers la ville et frappez 1 que votre œil n'ait point pitié et soyez sans miséricorde ! Vieillards, jeunes gens, vierges, enfants et femmes, tuez, exterminez-les, mais ne touchez à aucun de ceux qui portent la marque. Commencez près de mon sanctuaire mémel Et ils commencèrent par les vieillards qui se trouvaient devant le temple **. Et il leur dit : Souillez le temple, et remplissez les cours de cadavres : sortez I Et ils sortirent et égorgèrent dans la ville.
Et pendant qu'ils égorgeaient, comme je restais seul ^^^ je me jetai la face contre terre, et je m'écriai en disant : Ah, Seigneur^ Éternel 1 venx-tu donc exterminer tout ce qui reste d'Israël, en déversant ainsi ta colère sur Jérusalem 1 Et il me répondit : L'iniquité de la maison d'Israël et de Juda est grande au-delà de toute mesure ; le pays est rempli de meurtres et la ville est pleine de prévarication : car ils disent : laheweh a abandonné le pays 1 laheweh ne le voit pas I £h bien, mon œil aussi n'aura pas pitié et je serai sans miséricorde : je ferai retomber leurs actes sur leurs tètes I Sur cela, rfaomme vêtu de lin, vint faire son rapport et dit : J'ai fait conformément à tes ordres.
Et je regardai encore et je vis sur le plancher'* au dessus de la
^^ La marque s'appelle en hébreu tav, ce qui est eu même temps le nom de la dernière lettre de l'alphabet, dont la forme, d'après les monuments les plus anciens, ressemblait à notre T (et au T grec), mais de manière à ce que la ligne perpendiculaire dépassait un peu la ligne horizontale. De là vient qu'on traduit quelquefois : une croix, en affectant d'y trouver une prédiction évangélique. Comp. du reste Âpocal. VII.
^^ On aurait tort de demander qui étaient ces vieillards (ou anciens) ; ce n'étaient en Umt cas pas ceux du chapitre précédent (v. 11, 16). L'auteur se représente naturellement que la cour du temple n'était jamais déserte, par conséquent, c'est là que commence l'accomplissement du décret divin. La présence d'un cadavre rend impur le lieu où il se trouve.
^^ On n'en voudra pas au prophète, au sujet de cette supposition, encore très-* naturelle, que dans l'enceinte sacrée il ne s'était trouvé personne pour recevoir la marque I II est le seul fidèle 1
^^ Pour la description du trône de Dieu, des- Keroûbs et des roues, voyez le chap. I. Il y a dans le présent morceau un manque de précision, en tant que Jéhova prend place sur le seuil du temple, à deux reprises différentes, IX, 3 ; X, 4, sans qu'il soit dit que dans l'intervalle il l'ait quitté pour reprendre son siège sur les Keroûbs. Pourtant la mention du trône, X, 1 , parait impliquer celle de la présence de Dieu, sans qu'on entrevoie le but de ces déplacements successifs. U conviendra peut-être de dire qu'il n'y en a qu'un seul (IX, 3) et que le trône (X, 1) n'est pas occupé.
32 ézÉGHlEL X, 2-11.
tète des Keroûbs comme une pierre de saphir; c'était à voir comme la forme d'un trône qui apparaissait au dessus d'eux. Et s'adressant à rhomme vêtu de lin, il dit : Va passer entre le rouage sous le Keroûb ^' et remplis tes mains de braises prises entre les Keroûbs, et répands-les sur la ville. Et il y alla devant mes yeux. Les Keroùbs se trouvaient placés à la droite du temple quand Thomme y alla, et la nuée*' remplissait la cour intérieure. La majesté de rÉtcrnel s'était élevée de dessus le Keroûb, vers le seuil du temple, et le temple était rempli par la nuée et la cour était remplie de réclat de la majesté de rÉternel. Et le bruit des ailes des Keroûbs se faisait entendre jusque dans la cour extérieure, pareil à la voix du Tout-Poissant, quand il parle ^^. Or, quand il eut donné ses ordres à Thomme vêtu de lin, en disant : Prends du feu d'entre le rouage, d'entre les Keroûbs, et qu'il fut venu se placer près de la roue, le Keroûb étendit sa main d'entre les Keroûbs'^, vers le feu qui était entre les Keroûbs, et en prit et le remit aux mains de l'homme vêtu de lin, qui le prit et s'en alla. (On voyait aux Keroûbs la forme d'une main d'homme sous leurs ailes) ^'.
Et comme je regardais, je vis quatre roues à côté des Keroûbs, une roue à côté de chaque Keroûb ; l'aspect en était comme celui d'une pierre de Tars'is. Et quant à leur figure, toutes les quatre avaient la même forme, comme si Une roue était dans l'autre. Quand elles se mettaient en marche, eUes allaient dans la direction de
^^ Comp. IX, 3. Le rouage (d'autres traduisent : tourhillcn) est le système complet des quatre roues, décrites I, 15 et suiv. «t ci-dessous v. 9. Comme toute cette machine a une apparence de feu (I, 5, 13], la braise ardente s'y trouve natureUement.
^8 Qui enveloppait la personne du Très-Haut et la dérobait à l'œil du mortel. Cette nuée pénètre dans l'intérieur du temple, tout en permettant à la lumière de se refléter au dehors. Les deux phénomènes signalent la présence de Dieu. Toute cette description porte sur Tétat des choses, tel qu'il était au moment de l'ordre donné à l'égard de la braise.
*4 C'est-à-dire, au tonnerre.
2^ Si le texte n'est pas altéré ici, le style du moins est très-embarrassé. Comme l'agent principal arrive au char par un côté, il est naturellement en face à'unt roue et d'tffi Keroûb {à^entre les quatre), seulement il est à remarquer que tout à l'heure k Keroûb (au singulier) représentait le système entier. Il conviendrait de traduire : Tun des Keroûbs étendit sa main entre les Keroûbs, etc.
'^ Note supplémentaire, pour expliquer comment il pouvait être question de mains, dans cette occasion (comp. I, 8). Avec cette note, l'auteur s'engage de nouveau dans une description détaillée de toute l'spparition du char de Dieu, qui reproduit plus ou moins exactement celle du chap. I, et en attendant il n'arrive pas à continuer la narration relative à l'incendie de la ville, à laquelle le lecteur devait s'attendre après le V. 2.
leurs quatre côtés, et ne se tournaient pas. en marchant ; elles allaient toujours du côté où la tête était tournée sans se tourner eu marchant '^. Et tout leur corps, et leur dos, et leurs mains, et leurs ailes, et les roues étaient couverts d'yeux tout autour, à tous les quatre, leurs roues '*.
Or, ces roues, j'entendis qu'on leur criait : Tourbillon *® ! Or chacun avait quatre faces, la face de Tun était la face du Keroûb, et la face 'du second était une face d'homme, et du troisième une face du lion^ et du quatrième une face d'aigle ^^. Alors les Keroûbs s'élevèrent — c'étaient ces mêmes êtres que j'avais vus sur les bords du Kebar : quand les Keroûbs marchaient, les roues marchaient à côté d'eux ; et quand les Keroûbs levaient leurs ailes pour s'élever au-dessus du sol, les roues aussi ne se détournaient point d'eux; s'arrètaient-ils, elles s'arrêtaient, se levaient-ils^ elles se levaient avec eux, car l'esprit de l'être était dans elles'* — et la majesté
^'^ La tête est ici le côté des roues qui se trouve dans le sens de la direction à suivre. Il faut simplement retenir que ces roues sont à vrai dire une espèce de globes qui peuvent se mouvoir en tous sens, sans avoir besoin^ pour changer de direction, de commencer par un mouvement préalable de circuit. Peut-être serait-il permis d'entendre par la tête celle des roues qui se trouvait être la première selon la direction à suivre, mais alors il faudrait supposer un mouvement en forme de losange.
^^ Traduction littérale. Il est fort probable que le texte est ici altéré. En tout cas, la description des roues et des Keroûbs (lesquels n'avaient pas tous ces yeux dans le premier tableau) est amalgamée ici d'une manière très>embarrassante. Le mot qui nomme le dos des Keroûbs, était employé d'abord pour les jantes des roues. La dernière phrase peut signifier : chaque Keroûb avait sa roue à côté de lui. Dans les phrases suivantes, il est tour à tour question des roues et des Keroûbs, sans que le sujet soit toujours indiqué.
29 Qe mot que nous avons déjà rencontré plus haut, v. 2, comme le nom caractéristique de l'appareil de locomotion du trône de Dieu, est ici employé dans le sens d un commandement de partir, comme si nous disions : Le roulement I La rotation I c'est-à-dire : Partez !
30 Oq pourrait croire que l'auteur change ici son symbolisme en ne donnant à chacun des quatre Keroûbs qu'un seul visage, comme le fait l'auteur de l'Apocalypse, chap. IV. Mais il dit positivement le contraire : chacun a quatre faces comme la première fois; il faudra donc biffer toute Ténumération qui manque aussi dans les Septante, et la considérer comme une glose maladroite, ou bien admettre que le prophète aurait aperçu une autre des quatre faces à chacun des quatre Keroûbs. D'après les lois de la perspective, co^ne serait pas impossible. Mais il y a encore une autre difficulté. Au lieu de la face du taureau, le texte nomme la face du Keroûb. Ne serait-ce pas là une faute de copiste ?
^^ Pour tout ce passage, comp. I, 10 et suiv. C'est encore une parenthèse, et il est facile de remarquer qu'en laissant de côté toutes les intercalations du même genre, on obtient le récit très-simple de ce qu'on pourrait appeler le départ solennel de Jéhova de son temple, qu'il abandonne définitivement pour le livrer à la destruction.
A. T. 2- part. — II. 3
de rËternel, ayant quitté le seuil du temple, se plaça au-dessus des Keroubs, et les Keroubs ayant levé leurs ailes, s^élevërent du sol, sous mes yeux, eu partant, les roues restant à leurs côtés^ et cela s'arrêta à l'entrée de la porte orientale du temple'*, la majesté du dieu d'Israël étant au-dessus d'eux tout en haut. C'était bien là l'être que j'avais vu au-dessous du dieu d'Israël sur les bords du Kebar, et je reconnus que c'étaient des Keroubs ". Ils avaient chacun quatre faces et quatre ailes, et sous leurs ailes une forme de mains d'homme. Et quant à la forme de leurs faces, c'étaient les faces que j'avais vues sur les bords du Kebar : c'étaient leurs figures, c'étaient eux. Chacun marchait droit devant lui.
Puis l'Esprit me souleva et m'emmena vers la porte antérieure da temple, celle qui regarde l'orient'*, et à l'entrée de cette porte, je vis vingt-cinq hommes, au milieu desquels j'aperçus laazanyah, fils de ^Âzzour, et Platyahou, fils de Benayahou, les chefs du peuple ^^. Et il me dit : Fils d'homme I Voilà ceux qui méditent le crime, et qui donnent de mauvais conseils dans cette ville *'. Ils disent : Il ne
3^ C'estr-à-dire à la grande porte d'entrée, en face du portail et du vestibule.
83 Cette dernière note semble assez singulière. L'auteur veut-il insinuer ^e maintenant enfin, après une observation prolongée et plus attentive, il se rendit compte de la véritable forme et nature de ces êtres? De fait, au 1"^ chapitre il ne s'était point encore servi du terme de Keroûb, qu'il emploie seulement dans le présent morceau. Or, 11 faut se rappeler que des figures de Keroubs (mais nulle part décrites en détail] se troitvaient sculptées sur les murs du temple et dans le sanctuaire. Ézéchiel constaterait donc l'analogie ou l'identité des formes que leur éclat ne lui avait pas d'abord permis de voir assez distinctement.
^^ Cela revient à dire que le prophète, dans son extase, suivit Jéhova et les KeroCybs à leur station actuelle.
3^ Ce titre fait voir qu'il s'agit ici d'une autre catégorie de personnes qu'aa chap. YIII, 16, où les 25 paraissent plutôt être des prêtres. Les noms propres désignent sans doute des personnages historiques, mais il ne s'en trouve pas de trace ailleurs. .
de Nous n'apprenons pas de quel genre de conseils il est question, ou plutôt la chose est exprimée dans la phrase suivante par une figure on ne peut plus obscure, et trèsHliversement interprétée. En lisant attentivement la suite, on est amené à penser qu'Ezéchiei fait allusion aux intrigues politiques qui ont fini par déterminer la catastrophe. Un parti, qui dominait le roi, méditait de secouer le joug des Babyloniens, soit avec le secours des Égyptiens, soit en se fiant aux moyens de défense de la capitale. — Mais les deux phrases mises dans la bouche de ces mauvais conseillers sont on ne peut plus énigmatiques. On a voulu voir dans la première une allusion au conseil donné par Jérémie (XXIX, 5) aux déportés : mais le sort des déportés ne pouvait guère préoccuper les meneurs de Jérusalem , et ils ne peuvent pas avoir voulu dire : Au lieu de vous établir à l'étranger pour tout de bon, revenez I D'autres n'y voient que ce simple sens : Préparons-nous à la guerre et ne songeons pas à autre chose.
s'agit pas maintenant de bâtir des maisons ; voici le pot et nous sommes la viande ! Or donc, prophétise contre eux, prophétise, fils d'homme 1 Alors Tesprit de rÉternel descendit sur moi, et il me dit : Dis : Voici ce que dit l'Éternel : Voilà comme vous parlez, maison d'Israël I mais ce qui vous passe par Tesprit^ moi je le sais : vous avez multiplié les meurtres dans cette ville, et vous avez rempli ses rues de cadavres. C'est- pour cela, voici ce que dit le Seigneur, rÉternel : Les victimes que vous avez faites dans son sein, voilà la viande, et voilà le pot"; quant à vous, on vous en fera sortir! C'est répée que vous craignez ? et c'est Tépée que j'amènerai contre vous, parole du Seigneur, l'Étemel 1 Oui, je vous en ferai sortir, et je vous livrerai aux mains des étrangers, et je ferai justice de vous I C'est par l'épée que vous périrez, c'est sur la frontière'^ d'Israël que je vous jugerai, pour que vous sachiez que moi je suis l'Éternel I Ce n'est pas cette ville qui sera pour vous le pot, et vous n'j serez pas la viande : c'est à la frontière d'Israël que je vous jugerai ! Pour que vous sachiez que moi je suis l'Éternel, moi dont vous n'avez pas voulu suivre les ordonnances, ni pratiquer les lois, mais plutôt les lois des peuples qui vous entourent.
Et pendant que je prophétisais, Platyahou, le fils de Benayah, mourut '^ et je me jetai la face contre terre, et je m'écriai à haute
Quant à Timage da pot et de la viande^ elle doit avoir eu ui\e signification proverbiale. Elle est ironiquement rétorquée, v. 7, contre ceux qui l'emploient ici. Nous ne croyons pas que ce soit une exclamation du désespoir : Advienne que pourra I nous restons ici et nous mourrons sur la brèche (nous nous laisserons cuire dans notre pot) I II noas semble plus probable que ces mots disent tout simplement : Nous sommes chez nous, on ne nous délogera pas. De là, plus loin la réplique qui les menace du contraire.
^^ La même image est appliquée dans un autre sens. Tout à Theure la viande et le pot représentaient deux choses tenant naturellement ensemble, et faites l'une pour l'autre ; ici, il est parlé de la viande comme provenant de la boucherie. L'image est employée pour rappeler les nombreux meurtres judiciaires ou autres qui auront ensanglanté Jérusalem pendant les querelles politiques des derniers règnes, ou bien les malheurs amenés par les invasions réitérées de l'étranger. Les chefs du parti dominant en sont rendus responsables.
sa II ne faut pas voir là une allusion directe aux faits racontés Jér. LU, 24 et suiv., et en conclure que le présent morceau n'a été écrit qu'après l'événement. Le prophète veut dire que les murs de Jérusalem ne protégeront personne, quand Dieu se met du côté des ennemis, et qu'il saura encore frapper les rebelles après leur avoir ainsi prouvé leur impuissance.
99 Cette mort subite (qu'on aurait d'ailleurs tort de combiner avec le massacre du chap. IX, 5 et suiv.) n'est pas un fait historique, mais typique. Elle représente ici la certitude et la promptitude de l'accomplissement des menaces divines. Le prophète, comme dans le passage cité tout à l'heure, est effrayé de cette catastrophe subite, et craint que ce ne soit le signal de l'anéantissement complet de la nation.
36 ÉzéCUIEL XI, 14-23.
voix : Hélas, Seigneur, Éternel, tu veux donc exterminer ce qui reste d'Israël !
Et la parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Tes frères, tes frères, ce sont tes parents ^°, c'est tonte la maison d'Israël, tous ceux dont les habitants de Jérusalem disent : Ils ont été éloignés *' d'auprès de laheweh, c'est à nous que ce pays a été donné en propriété 1 Dis donc : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Oui, je les ai éloignés parmi les nations; oui, je les ai dispersés dans d'autres pays ; mais je suis pour eux un sanctuaire en petit *^, dans les pays où ils sont allés. Dis donc : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Mais je vous rassemblerai d'entre les nations, et je vous recueillerai des pays où avez été dispersés, et je vous donnerai la terre d'Israël. Et quand ils y seront arrivés, ils en ôteront toutes ses idoles et toutes ses abominations. Et je leur donnerai à tous un même cœur, je mettrai en eux un esprit nouveau ; j'ôterai de leur corps le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair ^\ pour qu'ils suivent mes ordonnances et qu'ils observent mes lois et les pratiquent, et qu'ils soient mon peuple et que je sois leur Dieu. Mais ceux dont le cœur est avec le cœur ** de leurs idoles et de leurs abominations, je ferai retomber leurs actes sur leurs têtes, parole du Seigneur, l'Eternel 1
Et les Keroûbs levèrent leurs ailes, les roues restant à côté d'eux, et au-dessus d'eux, tout en haut, était la majesté du dieu d'Israël. Et la majesté de l'Éternel s'éleva du milieu de la ville, et s'arrêta
^^ Le sens est clair : N'intercède pas pour ceux de Jérusalem : tes véritables frères, auxquels tu dois t'intéresser et que tu devras rassurer, ce sont les exilés, ceux que cet exil a ramenés à Dieu, ou qui peut-être ont souffert sans l'avoir mérité. Les partnUt litt.: les hommes du rachat, allusion aux institutions civiles qui imposaient aux proches parents cerUins devoirs (Lév. XXV, 24 ss. Ruth IV. Jér. XXXII, 7). Ici il s'agit sans doute des prêtres, tandis que la maison d'Israël comprend les laïcs.
^1 Changement d'une voyelle. Le texte reçu dit : Éloignez-vous ! ce qui n'est guère acceptable, puisque la déportation n'avait pas eu lieu par ordre des Israélites restants. Ceux-ci, loin de se laisser avertir par le sort des autres, s'en félicitent, parce qu'ils sont maintenant les seuls occupants.
42 D'autres traduisent : pour peu de temps. L'antithèse, en tout cas, rappelle que le grand sanctuaire, c'est le temple de Jérusalem, dont ils sont privés pour le moment.
43 La pierre représente la dureté, lopiniàtreté, la désobéissance. La chair est donc naturellement ici la qualité contraire : la bonne volonté, qui accepte les avertissements divins. Si désormais tous doivent avoir un même cœur, cela fait voir que parmi les exilés, au début, les dispositions n'avaient pas été les mêmes chez tous.
44 Locution en apparence singulière, mais qui s'explique par Tantithèse. Oo dit d'un homme qu'il est selou le cœur de Dieu. Cette phrase est ici appliquée à un sentiment religieux diamétralement opposé.
sur la montagne qui est à Torient^'. Et Tesprit m'emporta et me ramena au pays des Chaldéens auprès des déportés^ en vision, en extase. Puis, la vision que j'avais vue, se dissipa. Et je racontai aux déportés tout ce que rÉternel m'avait dit et montré.
VP.
Et la parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme 1 Tu demeures au milieu d'une race rebelle ; ils ont des yeux pour voir et ne voient pas, des oreilles pour entendre et n'entendent pas, car ils sont une race rebelle. Or, toi, fils d'homme, fais-toi un attirail d'émigrant% et émigré en plein jour sous leurs yeux : peut-être reconnaitront-ils qu'ils sont une race rebelle. Tu sortiras tes bardes en plein jour sous leurs yeux, comme un attirail d'émigrant, et toi, tu sortiras le soir sous leurs yeux, comme pour partir pour l'étranger. Sous leurs yeux tu feras une brèche dans le mur et tu feras sortir par là tes bardes'. Sous leurs yeux chargeles sur tes épaules et emporte-les dans l'obscurité, en couvrant ton visage pour ne pas voir le sol * : car je fais de toi un symbole prophétique pour la maison d'Israël.
^^ Ce n'est pas à dire qu'Ézéchiel veut placer la résidence de Dieu sur la montagne des oliviers, ou que Dieu devait y rester pour contempler la prochaine ruine de Jérusalem. La vision est arrivée à son terme^ l'extase cesse ; le dernier regard du prophète avant son réveil avait été tourné du côté où l'apparition paraissait se retirer.
^ Acte symbolique représentant le départ pour l'exil et le sort du roi Çideqiyah. Le morceau n'est pas daté. Il se sépare très-positivement du précédent, en ce qu'il accuse une disposition très-blAmable chez les exilés, et contredit ainsi ce qui est dit chap. XI, 14 et suiv. Il faudra donc lui assigner une date bien postérieure.
2 L'attirail d'un émigrant ne peut guère être autre chose ici qu'une besace avec des provisions, un paquet de bardes et un bftton. Comme plus loin il est ordonné à Ézéchiel de partir le soir, on devra combiner les deux indications, en disant qu'il a fait ostensiblement ses préparatifs en plein jour pour être remarqué et pour attirer l'attention, et qu'il s'est mis en route à la nuit tombante pour symboliser ce qui devait se passer à Jérusalem. Cependant avec tout cela il ne faut pas perdre de vue que ces actes symboliques ne se font que sur le papier pour les lecteurs, et non en réalité^ de sorte que des détails de ce genre ne doivent pas être serrés de trop près.
3 Le roi de Juda tenta de se sauver de nuit avec sa famille et ses officiers, en quittant Jérusalem furtivement; cependant il n'est point parlé à cette occasion (Jér. LII, 7] d'une brèche faite exprès dans ce but. L'acte d 'Ézéchiel ne représente donc que d'une manière générale une fuite exécutée par un chemia inusité, non surveillé.
^ Comme on ne peut guère marcher les yeux bandés, et comme l'auteur ne peut pas simplement vouloir dire qu'il doit partir à l'heure où personne ne voit plus rien, il faut combiner ce détail avec le fait que le roi, tombé aux mains des Chaldéens, eut les yeux crevés (Jér. LU, 11].
Et je fis comme il m'avait été ordonné ; je portai dehors mes hardes en plein jour, comme attirail d'émigrant, et sur le soir je fis avec ma main une brèche dans le mur ; je les emportai dans Vobscurité, en les chargeant sur mes épaules sous leurs yeux.
Le lendemain, la parole de rÈternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I N'est-ce-pas ? la maison d'Israël, cette race rebelle, t'a dit : que fais-tu là ? Dis leur : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Cet oracle, c'est le prince à Jérusalem, et toute la maison d'Israël, dont ils font partie'. Dis : Moi je suis pour vous un symbole prophétique: ce que j'ai fait leur arrivera à eux, ils s'en iront en exil, en captivité. Et le prince qui est parmi eux emportera ses hardes sur l'épaule* dans l'obscurité et partira, ou fera une brèche dans le mur pour le faire sortir, il se couvrira le visage, de manière que lui ne verra pas le pays, de ses yeux^. Je jetterai sur lui mon réseau, il sera pris dans mon filet^ je le mènerai à Babel^ au pays dés Chaldéens^ mais il ne le verra pas, et y mourra. Et tout ce qui l'entoure, ses auxiliaires et ses troupes, je les disperserai à tous les vents, je les poursuivrai l'épée dans les reins, pour qu'ils reconnaissent que moi je suis l'Éternel, quand je les aurai dispersés parmi les nations, et disséminés dans tous les pays. Cependant j'en laisserai survivre un petit nombre, à l'épée, à la famine et à la peste^ pour qu'ils racontent toutes leurs abominations aux nations chez lesquelles ils viendront, et qu'on sache que moi je suis l'Éternel *.
Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme, mange ton pain dans le trouble, et bois ton eau dans
^ Cet oracle, c'est-à-dire la signification, l'objet de cet oracle, de cette menace exprimée d'ane manière figurée. Le prince à Jérusalem, Çideqiyah, et non lehoyakÎD, son prédécesseur, avec lequel Ézéchiel lui-mfime avait été déporté. Us font partie d'IsraM : les compagnons d'exil du prophète sont ainsi mis sur la même ligne que ceux de Jérusalem, contrairement à chap. XI, 14. Or, comme on ne pouvait plus les menacer d'un châtiment qu'ils subissaient déjà, cela revient à dire que puisqulls ne valent pas mieux que les autres, un seul et même sort leur est réservé à tous. On a voulu échapper à cette nécessité en changeant le texte, de manière à lui faire dire : la maison d 'Israël qui «'y trouve (à Jérusalem}.
^ Ce sera donc hien peu de chose.
"7 Voyez la note sur le v. 6. Il n'est pas question de la honte que le roi aurait eue de fuir ainsi. Il avait certainement besoin de ses yeux pour fuir. L'auteur va expliquer lui-môme sa pensée, exprimée deux fois, par une figure, et en termes propres.
3 Les païens apprendront de cette manière que cette catastrophe est l'effet de la volonté du Dieu d'Israël lui-même, et ne l'attribueront pas à leur propre supériorité ou à celle de leurs dieux.
ézécHiEL xn, 19-28. XIII, i-s. 39
l'anxiété et dans la tristesse ^ 1 Dis an peuple de ce pays : Voici ce que dit le Seigneur, TÉternel, des habitants de Jérusalem au pays d'Israël : Ils mangeront leur pain dans la tristesse et ils boiront leur eau dans la désolation, parce que leur pays sera désolé et dépouillé, à cause du crime de tous ses habitants ; les villes peuplées seront détruites et le pays sera un désert, pour que vous sachiez que moi je suis rÉtemel.
VIP.
Et la parole de TÉtemel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Qu'est-ce que cette façon de parler que vous avez au pays d'Israël, quand vous dites : Le temps passe et toutes ces prophéties sont vaines ' I Dis-leur donc : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Je mettrai fin à cette façon de parler, et l'on ne tiendra plus ces propos en Israël. Dis-leur au contraire : Le temps approche, ainsi que l'accomplissement de toutes les prophéties. Car désormais il n^y aura plus de prophétie mensongère, ni de divination trompeuse dans la maison d'Israël. Car moi, je suis l'Éternel : je dis la chose que j'ai à dire, pour qu'elle s'accomplisse sans délai ; car c'est de votre temps encore, race rebelle, que je le dis et que je l'accomplis, parole du Seigneur, l'Éternel 1
Puis la parole me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Vois-tu, ceux d'Israël disent : La prophétie que celui-ci débite est à long terme; c'est pour des temps éloignés qu'il fait ses prédictions! Dis-leur donc : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Il n'y aura plus de délai pour mes paroles, ce que je dis s'accomplira, parole du Seigneur, l'Éternel !
Puis la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme! Prophétise contre les prophètes d'Israël qui vont prophétisant I Dis à ces prophètes qui s'inspirent eux-mêmes : Écoutez la parole de l'Éternel ! Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Malheur à ces prophètes insensés, qui suivent leur propre
' On voit facilement que ceci est encore une simple figure de rhétorique pour rinstruction du lecteur > et non un fait matériel. Sans compter qu'une pareille démonstration est assez difficile à accomplir^ les habitants de Jérusalem n'en auraient rien TU. Le pain et l'eau représentent la nourriture en général, et ne sont pas destinés à indiquer la disette.
1 Contre les faux prophètes et ceux qui regardaient toutes les prophéties comme vaines on prématurées.
2 Litt. : Les jours se prolongent et toute vision périt, c'est-à-dire rien n'est changé, et les menaces ne s'accomplissent pas.
40 éZÉCHIEL XIII, 4-10.
esprit et ce qui ne leur a pas été révélé'. Tes prophètes, ô Israël, sont comme les chacals daus les ruines ^. Vous ne montez pas à la brèche, ni n'entourez la maison d'Israël d'une clôture, afin de soutenir le combat à la journée de rEterneP. Leur prophétie est mensongère, leur divination trompeuse ; ils disent : C'est la parole de l'Éternel, et l'Éternel ne les a pas envoyés, en sorte qu'ils pourraient espérer de voir leurs discours ratifiés. Oui, ce sont des prophéties mensongères que vous annoncez, c'est une divination trompeuse que vous débitez 1 Voiïs dites : c'est la parole de l'Éternel, quand moi je n'ai point parlé 1 Or donc, voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Parce que vos discours sont mensongers et vos prophéties trompeuses, pour cela, voyez-vous, je m'en prendrai à vous, parole du Seigneur, l'Éternel I Je leur ferai sentir ma main, à ces prophètes qui révèlent des mensonges et prédisent des faussetés : ils ne seront plus admis au conseil de mon peuple '^f ni inscrits sur les rôles de la maison d'Israël ; et ils n'entreront plus sur son territoire, pour que vous sachiez que moi je suis le Seigneur, l'Étemel. Attendu et parce que ils égarent mon peuple, en lui promettant le salut, quand il n'y a point de salut, et, quand il élève un mur, en l'enduisant de crépi '', tu diras à ces badigeonneurs, qu'il tombera ! Qu'il vienne
3 Litt. : ce qu'ils n'ont point vu. Voir, dans le style prophétique, c'est connaître par révélation.
4 II est difficile de dire quel doit être ici le terme de comparaison. On a pensé aux trous que les renards se creusent, de manière à miner au lieu d'édifier (mais alors que nous veulent ici les ruines?), ou aux dégâts qu'ils font dans la vigne [du Seigneur; allégorie usitée : mais môme objection). L'auteur aurait-il simplement voulu dire que ces animaux profitent des ruines pour s'y cacher, tandis qu'un vrai prophète devrait songer à restaurer la théocratie ruinée ?
^ La journée de Dieu est toujours le jugement^ l'épreuve ; mais il ne s'agit pas de lui résUter à lui ; il est question d'une épreuve à soutenir.
0 On peut conclure de ce passage que les faux prophètes étaient quelquefois tout simplement des conseillers du gouvernement qui suivaient une politique téméraire et ruineuse, et, par cette raison, désapprouvée hautement par ceux qui défendaient les bons principes. — Quant à ce qui suit, il suffira de rappeler qu'il s'agit là de la perspecti?e d'une restauration faite au profit d'une portion privilégiée du peuple (XI, l7); il y aura donc alors de nouveaux registres pour les citoyens admis.
^ Cette métaphore ou allégorie a un double sens. La crépissure d'une paroi est l'image de l'hypocrisie ou du mensonge (Matth. XXIII, 37. Âct. XXIII, 3}; ici le mur lui-même (élevé par le peuple de Jérusalem) est une construction frêle et chance' lante. Les faux prophètes (dit Ézéchiel) flattent le peuple et caressent ses illusions, lui promettant une heureuse issue, bien que sa ruine soit imminente. Plus loia, le mrr représente sans doute la ville elle-même, qui périra dans le prochain cataclysme, ou bien encore le royaume avec son gouvernement.
ÉzéCHIEL XIII, 10-19. 41
uoe averse, que la grêle tombe, que l'ouragan éclate* — le mur croulera, et Ton vous dira : Où est maintenant le crépi dont vous l'avez enduit? Or donc, voici ce que dit le Seigneur, T Éternel : Je ferai éclater Touragan dans ma colère, l'averse viendra dans mon courroux, et la grêle, dans ma fureur, tombera pour détruire. Je renverserai le mur que vous avez enduit de crépi, je le jetterai par terre, de manière à mettre ses fondements à nu, et quand tout ^ tombera, vous périrez aussi, et vous reconnaîtrez que moi je suis rÉternel I Et quand j'aurai assouvi ma colère sur le mur et sur ceux qui l'ont enduit de crépi, on *® dira d'eux : C'en est fait du mur ! c'en est fait des badigeonneurs, de ces prophètes d'Israël, qui prophétisaient pour Jérusalem et lui débitaient des visions de salut ! C'est le Seigneur, rÉternel, qui le diti
Et toi, fils d'homme, tourne tes regards vers les filles de mon peuple, qui prophétisent en s'inspirant elles-mêmes, et prophétise contre elles** 1 Tu leur diras : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Malheur à vous qui cousez des coussinets sur toutes les jointures des mains, et qui faites des capuchons pour les têtes de toute taille, pour capturer des âmes : ce sont les âmes de mon peuple que vous capturez, pour sustenter les vôtres. Vous me desservez auprès de mon peuple, pour une poignée d'orge et un morceau de pain, pour faire mourir des âmes qui ne devraient pas mourir, et pour en faire vivre d'autres qui ne devraient pas vivre, en mentant à mon peuple qui
^ Le texte met ici la seconde personne : viens grêle^ éclate ouragan ! Cette apostrophe peut être d'un grand effet rhétorique, mais elle ne s'adapte pas bien à l'ensemble.
^ En hébreu, il y a ici tout à coup le féminin (le mur est masculin]^ ce qui fait vuir que l'auteur^ oubliant son image, pensait à la ville. Nous avons préféré mettre un mot qui marque la transition, sans gôner la syntaxe.
^0 Les voyelles demanderaient qu'on traduise : jt dirai. Mais c'est sans doute une faute. Voyez v. 12.
^ ^ Nous ne devons pas être surpris de trouver à cOté des faux prophètes de fausses prophétesses, bien qu'il n'en soit pas question ailleurs. Ç'auront été des devineresses de bas étage, puisque nous apprenons plus loin qu'elles se contentaient d'une poignée d'orge et d'un morceau de pain pour salaire. Mais ce qui est dit ici sur leur compte est obscur au plus haut point. Non seulement il y a des mots sur la signification desquels on n'est pas suffisamment édifié (coussinets, capuchons], le texte est certainement fautif en plusieurs endroits [il dit : jointures de mes mains ; dans lesquels vous capturez les ftmes qui s'envolent). Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'auteur veut décrire les pratiques et usages de ces femmes, qui, à ce qu'il paraît, avaient un accoutrement particulier, ou qui voilaient môme la tôte de leurs dupes. Capturer les âmes, c'est d'abord tromper les gens ; ensuite, c'est leur faire courir des dangers sérieux en les égarant par le mirage de fausses espérances.
écoute vos moDSODges. Pour cela, voici ce que dit le Seigneur, rÉternel : Voyez, j'en veux à vos coussinets au moyen desquels vous capturez les âmes, je les arracherai de vos bras, et je laisserai envoler les âmes que vous capturez. Je déchirerai vos capuchons, et je délivrerai mon peuple de vos mains pour qu'ils ne soient plus votre proie, et vous saurez que moi je suis TÉternel ! Parce que vous affligez le cœur du juste par vos mensonges, quand moi je ne Pai pas attristé, et que vous confirmez le méchant dans sa mauvaise voie^ de manière qu'il ne la quitte pas pour se sauver, pour cela, vous ne débiterez plus vos prophéties mensongères et vous ne ferez plus vos prédictions et je délivrerai mon peuple de vos mains et vous saurez que moi je suis l'Éternel.
VHP.
Un jour, quelques-uns d'entre les sheikhs d'Israël vinrent chex moi et s'assirent en face de moi. Et la parole de l'Étemel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Ces gens -là ont pris leurs idoles à cœur^ et mettent ainsi en face d'eux un achoppement qui les rend coupables : dois-je me laisser interroger par eux? Pour cela, parle-leur et dis-leur : Voici ce que dit le Seigneur^ l'Éternel : Quiconque de la maison d'Israël prend ses idoles à cœur, et met ainsi en face de lui un achoppement qui le rend coupable, et puis s'adresse au prophète, moi^ l'Éternel, je me charge de lui répondre moi-même *> en vue de toutes ses idoles, de manière à saisir par leur cœur ceux d'Israël qui se sont détachés de moi, pour toutes leurs idoles ^ Dis donc à la maison d'Israël : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Retournez et détournez^ de vos idoles et de
I Après les faux prophètes qui mentent, viennent les vrais prophètes qui doivent se taire dans l'occasion. Dieu ne répond pas à ceux qui ne se donnent pcis à lui de tout leur cœur. Nous apprenons ici que parmi les exilés il y avait des idolâtres ou du moins des gens qui ne rejetaient pas d'une manière hien décidée le culte étranger. Mais la présence des sheikhs pourrait également n'ôtre qu'un cadre librement composé pour introduire la déclaration suivante.
^ Nous rétablissons ici la leçon du passage parallèle v. 7. Le texte reçu a déjà été suspect aux Rabbins, qui ont essayé d'une autre correction conjecturale.
3 La menace n'est pas énoncée avec une bien grande précision. Il est cependant clair que l'auteur distingue ici la réponse prophétique qu'on venait demander de U réponse directe de Dieu qui sera donnée seule. Celle-ci ne sera pas donnée en paroles^ mais en châtiments. — Saisir par le cœur, est dit en vue de la phrase précédente, qui parlait d'idoles prises à cofur.
ÉZéCHIEL XIV, 7-18. 43
tontes vos abominations^ détournez yos faces I Car quiconque de la maison d'Israël, et d'entre les étrangers, qui demeurent au milieu d'Israël, se détache de moi, et prend ses idoles à cœur, et met ainsi en face de lui un achoppement qui le rend coupable, et puis s'adresse au prophète pour m'interroger sur ses affaires, moi, rÉternel, je me charge de lui répondre moi-même^ : Je fixerai mon regard sur cet homme-là, et je le ruinerai, en sorte qu'il devienne un avertissement pour d'autres et qu'il passe en proverbe, et je Texterminerai du sein de mon peuple, pour que vous sachiez que moi, je suis l'Éternel 1 Et le prophète — s'il devait s'être laissé entraîner à parler, c'est moi, l'Éternel, qui aurais entraîné ce prophète-la', et j'étendrais ma main contre lui et je l'extirperais du sein de mon peuple, d'Israël I Et ils supporteront leur peine ; telle la peine de celui qui interroge, telle sera la peine du prophète, afin qne la maison d'Israël ne s'écarte plus de moi, et ne se souille plus par tous ses péchés, mais qu'elle soit mon peuple, et que moi je sois son Dieu. C'est le Seigneur, l'Éternel, qui le dit I
IX*
Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Si un pays pèche contre moi et me devient infidèle, et que j'étende ma main contre lui pour le priver de pain et lui envoyer la famine, et en exterminer hommes et bêtes, et qu'il s'y trouvât
^ Cette réponse est fonnulée dans la ligne suivante, et fait voir qu'il ne s'agit pas de paroles ou d'oracles.
^ Il a été posé en principe que le prophète en aucun cas ne doit répondre par un oracle à quiconque aurait des velléités de polythéisme et d'idolâtrie. Ce serait déroger à la dignité de Dieu et jeter la perle aux pourceaux. Cette règle est absolue. Le prophète commet donc une grave transgression s'il ue s'y soumet, et il ne manquera pas d'être puni ; car il se sera pour ainsi dire associé au péché des autres. Mais comme ceux-ci^ en recevant la réponse demandée^ pourraient croire qu'ib l'ont réellement ohtenue de Dieu, et ôtre ainsi confirmés dans leur mauvaise conduite, il leur est dit de plus que c'est Dieu lui>môme qui a inspiré au prophète mal avisé et prévaricateur une réponse qui n'a point de valeur (1 Rois XXII^ 20 et suiv.). Car le prophète ne peut ni ne doit rien dire sans le concours de Dieu, et celui-ci réclame Israël pour lui d'une manière exclusive.
^ Ce morceau met en relief cette idée que la justice du juste ne saurait préserver le méchant du châtiment mérité. Il rétracte donc en quelque sorte la promesse faite autrefois à Abraham (Gen. XVIII, 23 et suiv.), que même la présence d'un petit nombre de justes proBterait à une majorité de pécheurs. Gomp. aussi Jér. XV, 1.
44 ÉZÉGHIEL XIV, 14-23.
ces trois hommes, Noé^ Daniel et Job', ces hommes, par leur justice, ne sauveraient que leurs propres personnes, parole du Seigneur, rÉternel ! Si je faisais passer dans ce pays des bètes féroces pour dévorer ses enfants, et qu'il devînt un désert, où personne ne passerait plus à cause de ces bêtes, ces trois hommes s'y trouvant, par ma vie ! dit le Seigneur, rÉternel, ils ne sauveraient ni fils ni filles : eux seuls seraient sauvés et le pays deviendrait un désert ! Ou si j'amenais Tépée contre ce pays-là, si j'ordonnais à' Tépée de passer par ce pays, pour en exterminer hommes et bétes, ces trois hommes s'y trouvant, par ma vie I dit le Seigneur, l'Étemel, ils ne sauveraient ni fils ni filles, mais eux seuls seraient sauvés ! Ou si j'envoyais la peste dans ce pays-là, si je déversais sur lui ma colère en faisant couler le sang ', de manière à exterminer hommes et bêtes, et que Noé, Daniel et Job s'y trouvassent, par ma vie I dit le Seigneur, l'Éternel, ils ne sauveraient ni fils ni fille, ils ne se sauveraient qu'eux-mêmes par leur justice ! Voici donc ce que dit le Seigneur, l'Éternel : A plus forte raison, quand j'aurai envoyé contre Jérusalem mes quatre terribles arrêts, l'épée, la famine, les bètes féroces et la peste, pour en exterminer hommes et bêtes, et qu'il y est laissé un reste, des fils et des filles qui en soient emmenés, et qui arrivent auprès de vous, et que vous voyiez leurs faits et gestes, alors vous vous consolerez au sujet du malheur que j'aurai ameoé sur Jérusalem, de tout ce que je lui aurai fait souffrir; ils vous consoleront quand vous aurez vu leurs faits et gestes, et vous reconnaîtrez que ce n'est pas sans raison que je lui ai fait tout ce que je lui aurai fait : c'est le Seigneur, l'Éternel, qui le dit * !
s II est de toute évidence que le prophète se sert ici de ces trois noms qui rappellent des héros de foi et de justice généralement connus , et appartenant comme tels à l'histoire. Pour Noé, cela ne fait pas de difficulté, puisque lui seul fut jugé digne d'être sauvé du déluge universel. La mention de Job fait voir, non que c*est un personnage historique , mais que le livre dont il est le héros est bien antérieur à Tépoque d'Ézéchiel. Quant à Daniel, c'est pour nous un personnage absolument inconnu. Il est impossible de songer au héros du livre qui porte ce nom, puisque celui-ci [même d'après ce livre) aurait été à cette époque un tout jeune homme, un adolescent, dont on ne pouvait encore rien savoir ni dire eu dehors de Babylone.
3 Plus haut déjà (chap. V, 17), nous avons vu ces deux termes ensemble. Comme la guerre a été nommée à part, le sang représente peut-être une maladie particulière.
^ La première partie de ce morceau était assez claire, la dernière ne Test pas autant, et les interprétations les plus diverses ont été données des trois derniers versets. Voici celle qu'exprime notre traduction. Le prophète avait parlé hvpothétiquement : si un pays est coupable, la présence de quelques justes ne le préservera pas du châtiment mérité. Maintenant il fait l'application "de ce principe au cas donné de Jérusalem. Toutes ces calamités viendront frapper cette ville coupable, et concourront
Et la parole de TÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme 1 Quelle valeur peut avoir le bois de la vigne en comparaison de tout autre bois, Tespëce de vigne qui est au nombre des arbres sauvages ? En prend-on du bois pour s'en servir pour quelque ouvrage ? en fera-t-on seulement une cheville pour y suspendre quelque objet? Vois-tu, c'est au feu qu'on le jette pour qu'il soit consumé ! Quand le feu a consumé les deux bouts et attaqué le milieu, peut-il encore servir à quelque ouvrage? Vois-tu, quand il était encore entier, on n'en pouvait rien faire ; à plus forte raison, quand le feu l'a consumé et qu'il est attaqué', il ne pourra plus servir à rien. Or donc, voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Comme le bois de la vigne sauvage % que j'ai destiné à être consumé par le feu, ainsi j'en ferai des habitants de Jérusalem. J'ai mes regards fixés sur eux : ils sont sortis du feu, et le feu les consumera, pour que vous reconnaissiez que moi je suis l'Éternel, quand je fixerai mes regards sur eux, et que je changerai le pays eu un désert, parce qu'ils me sont devenus infidèles : c'est le Seigneur, l'Éternel, qui le ditl
B la dépeupler. S'il échappe quelques habitants^ ils seront déportés et iront rejoindre les compagnons d'exil d'Ézécbiel. Quand ceux-ci auront fait la connaissance des nouveaux venus^ ils comprendront que le châtiment de la patrie était mérité, que Dieu ne pouvait pas agir autrement. Ce qui nous gône, c'est que l'auteur se sert du terme de conêoler, pour exprimer l'idée de la conviction que Dieu avait eu raison. C'est là ce qui a dérouté les commentateurs, qui ont voulu voir dans ces nouveaux exilés des justes à mettre sur la ligne de Noé^ de Job et de Daniel.
^ Comparaison de Jérusalem avec un morceau de bois inutile. Le choix de l'espèce (la vigne sauvage) est déterminé par l'usage que font les prophètes de la vigne franche dans des allégories analogues (Es. V. Os. X. Jér. 11/ 21. Ps. LXXX). Pour Éxéchiel, Israël n'est pas une vigne qui produit de bons fruits. Le sens de l'allégorie est clair, le bois de la vigne vierge ne peut servir qu'au chauffage. On n'en fait ni meuble, ni outil^ surtout quand il est déjà à moitié brûlé ou carbonisé. Ainsi ce qui reste d'Israël, après les catastrophes antérieures, n'est plus bon à rien, et périra aussi.
* Par le feu, noirci, carbonisé. C'est évidemment d'une combustion incomplète qu'il &'Bgit. Israël a perdu les deux bouts de son territoire, ce qui reste est entamé, réduit à l'impuissance, et ne peut plus échapper à son sort.
•* Litt.: arhre forestier, en opposition avec la vigne, arbre fruitier;
46 ÉzéCHIEL XVI, 1-8.
Et la parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme 1 Fais connaitre à Jérusalem ses abominations, et dis-lai: Voici ce que dit le Seigneur, TÉternel, à Jérusalem : Par ton origine et ta naissance, tu es dii pays du Cananéen, ton père fat TAmoréen et ta mère une Hittéenne. Et lors de ta naissance, le jour où tu fus mise au monde, ton nombril n'avait point été coupé, tu n'avais pas été baignée dans Teau pour être nettoyée^ tu n'avais point été frottée de sel, ni emmaillotée. Aucun œil n'avait eu pitié de toi pour te faire une de ces choses par compassion pour toi^ mais tu avais été jetée par terre dans la campagne, sans égard poar ta vie, le jour où tu fus mise au monde ^. Et je passais près de toi et je te vis comme tu t'agitais dans ton sang, et je te dis : Vis dans ton sang 1 et je te dis dans ton sang : Vis I Je fais de toi une foule innombrable comme ce qui germe dans les champs '. Et tu te développas et grandis, et parvins à la fleur de Tàge, ton sein se forma et ton poil poussa, mais tu étais nue et découverte. Et je passai près de toi et je te vis, et voilà que c'était ton temps, le temps des amours; j'étendis mon manteau sur toi et je couvris ta nudité, je te fis un serment et Je fis alliance avec toi (dit le
1 Lliistoire d'Israël (de Jérusalem) est résumée, au point de vue théocratiqae, comme celle d'une fille que Jéhova aurait trouvée autrefois dans rabandon, qu'il aurait daigné élever à la dignité d'épouse, et qui lui serait devenue infidèle. Cette allégorie se rencontre dans d'innombrables passages et de nombreuses métapborps très-usuelles ; ici elle est appliquée à bien des détails qui peuvent blesser le goût moderne; cependant, à moins d'effacer complètement la couleur de l'original et de lui enlever toute son énergie poétique et oratoire, nous n'avons pas cru devoir les voiler tout à fait.
^ Le discours s'adresse à Jérusalem, mais en tout cas il s'agit des habitants et non de la ville, et ces habitants représentent en ce moment la nation iaraéUte tout entière. L'allégorie est on ne peut plus transparente, fizéchiel s'en tient À ce fait suffisamment établi par l'histoire et la philologie, gue les Israélites étaient une tribu de Sémites dont l'origine peut dtre rattachée aux autres tribus de la Palestine (cananéennes, contrairement À Genèse X). Sans Jéhova ils n'auraient jamais été autre chose. L'abandon de la petite fille symbolise l'état d'abandon moral et spirituel des peuples païens, tout aussi bien que la faiblesse primitive de la nation.
^ Cette dernière ligne doit être séparée de ce qui suit. Ce n'est qu'à la ligne suivante que l'enfant arrive à l'ftge de la puberté ; il ne peut donc être question ici de sa nombreuse postérité autrement qu'au futur et à titre de promesse. La phrase précédente a été traduite de deux manières diff^érentes, non-seulement pour éviter une froide tautologie, mais aussi en vue des accents. Il y a une double pensée : je te sauverai la vie, malgré ton sang (ton état misérable); et : en te voyant ainsi, je te dis, etc. Israt-I. malgré ses faibles origines, fut conservé et prospéra matériellement.
ÉZÉCHTEL XVI, 9-16. 47
Seigneur, rÉternel), et ta fus à moi^ Puis, je te fis baigner dans Teau et je lavai le sang qui était sur toi et je t'oignis avec de rhaile. Je te revêtis d'étoffe bigarrée et je te chaussai de peau de phoque, et je fis un turban de lin fin, et je te couvris de soie*. Je t'ornai de parures, et je mis des bracelets à tes mains et un collier autour de ton cou. Je mis un anneau à ton nez et des boucles à tes oreilles, et un superbe diadème sur ta tête. Tu te parais d'or et d'argent ; tes vêtements étaient faits de lin fin, de soie, et d'étoffes bigarrées ; tu te nourrissais de fleur de farine, de miel et d'huile ; tu fus de plus en plus belle et tu prospéras de manière à arriver à la dignité royale^. Ta renommée se répandit parmi les nations, à cause de ta beauté, car elle était parfaite, à cause de la magnificence dont je t'avais couverte, parole du Seigneur, l'Éternel''. Mais tu te fias à ta beauté et, profitant de ta renommée, tu te prostituas ; tu prodiguas tes amours adultères à tous les passants; c'est à eux qu'appartenaient tes charmes ^. Tu pris de tes habits et tu te fis des tabernacles rapiécés, et tu t'y prostituas d'une manière inouïe et illicite '. Et tu pris les objets de ta parure, de mon or et de mon
^ Quand Israël fut devenu un peuple nombreux^ Jéhova fit une alliance avec lui. Comme cette alliance est habituellement représentée par les prophètes sous l'image d'une union conjugale, Ézéchiel n'avait qu'à continuer son allégorie en entrant dans des détails, pour lesquels il serait oiseux de chercher une interprétation spéciale. L'époque du mariage est celle de l'alliance du Sinaï, et la perspective poétique ne fait Toir que le beau côté de l'histoire ancienne. Za fleur de l'âge: litt.: la beauté des joues. Étendre le manteau (le pan de l'habit] sur une femme^ était un acte symbolique, et par suite une locution figurée pour parler de fiançailles et de mariage (Ruth III, 9}. La nudité rappelle la servitude d'Egypte.
^ D'après les Rabbins. Traduction de convention ; il est peu probable que la soie ait été connue en Palestine du temps d'Ézéchiel .
^ Il ne s'agit pas ici de la royauté historique et politique de David et de ses successeurs. L'allégorie continue : Israël était parmi les peuples, à l'égard de la distinction que lui accordait Jéhova, ce que la femme légitime et préférée est dans une grande maison, parmi les autres femmes.
"^ Toute cette longue description allégorique doit être considérée comme un résumé des bienfaits que Dieu avait répandus sur Israël : délivrance, abondance, richesse, gloire, etc. Il avait donc aussi le droit d'attendre en retour la soumission et la fidélité. Le revers du tableau sera une allégorie analogue .
^ Israël s'égare, parce qu'il oublie qu'il doit tout à Jéhova ; il est enivré par sa prospérité qu'il croit se devoir à lui-même. Les passante sont les dieux étrangers. A la rigueur on pourrait songer aux peuples païens eux-mêmes, avec lesquels Israël entretenait des relations qui déplaisaient à Dieu et qui entraînaient des conséqaences fôchenses pour la religion et les mœurs.
^ D'une main impie, cette épouse infidèle, cousant ensemble les habits qu'elle devait à son époux, change sa garde-robe d'honneur en un tabernacle d'idoles. Il y a ici une aUusion à ces petites tentes érigées sur les hauteurs (hautS'lieual) et dans, lesquelles se trouvaient les images des dieux.
argent, que je t'avais donnés^ et tu t'en fis des images d'hommes, et tu te prostituas avec elles *^. Puis tu pris tes vêtements d'étoffe bigarrée et tu les en couvris^ et mon huile et mes parfums, tu les déposas devant elles, en guise d'offrande de bonne odeur; et mon pain que je t'avais donné, la fleur de farine, et l'huile, et le miel que je t'avais donnés à manger, tu les déposas devant elles, en guise d'offrande de bonne odeur : cela s'est fait ! dit le Seigneur, rÉternel. Enfin tu pris tes fils et tes filles, que tu m'avais enfantés, et tu les leur immolas pour qu'ils les dévorassent : N'était-ce pas assez de tes adultères, pour que tu égorgeasses encore mes enfants, que tu leur donnas en les faisant passer par le feu en leur honneur**? Et avec toutes tes abominations et tes débauches, tu ne te souvenais pas des jours de ta jeunesse, comme tu étais nue et découverte, comme tu t'agitais dans ton sang. Et puis, après toute ta scélératesse — malheur, malheur à toi I dit le Seigneur, l'Èteruel — tu te construisis un lieu de débauche, et tu te fis un pavillon dans chaque place publique ; à chaque angle de rue tu te construisis ton pavillon, tu déshonoras ta beauté, tu te livras '* à tous les passants, tu multiplias tes adultères. Tu te prostituas aux fils de l'Egypte, tes voi-
10 Gomme rallégorie fait ici d'Israël une femme^ il est naturel que le prophète parle de préféroDce d'images à'hofnmes (de Baal)^ en faisant abstraction du culte d^Astarté, tout aussi fréquent. D autres ont voulu y voir une allusion au culte du phallus, doot ce serait ici la seule trace dans l'histoire d'Israël. Il convient cependant de rappeler qu'il n'est pas non plus question ailleurs de statues de forme humaine. — Les otfrandes, consistant essentiellement en produits du pays, appartenaient à double titre à Jéhova seul, comme au créateur et au maître ; c'était donc aussi un double crime d'en faire hommage à d'autres dieux.
' ^ Les sacrifices d'enfants, brûlés en l'honneur du dieu Moloch, étaient fort en vogue chez les peuples cananéens. Faire poster (par le feu] était le terme technique pour ces sacrifices. — Israël, le peuple personnifié comme femme^ est la mère des Israélites considérés comme individus.
^2 Litt.: Dmuhxisti entra tua, — Tout ce passage peut être pris dans deux sens ditférents. On est tenté de le prendre au pied de la lettre, parce qu on sait que le culte de plus d'une divinité ancienne^ notamment chez les peuples sémites, favorisait et consacrait même la prostitution. Il manquerait même quelque chose au tableau^ si ce trait avait été passé sous silence. Cependant on est arrêté par cette considération que les phrases suivantes, qui pourtant paraissent être dans une intime liaison avec relie que nous a vous devant nous^ prennent les mots d'adultère et de prostitution dans le sens politique, dans le sens que nous avons signalé dans la note sur le v. 1 5. Les passants seraient donc les nations voisines. — Nous avons employé le motde/ari7/«ii, bien que le texte dise simplement hauteur : il s'agit en tout cas d'une construction quelconque consacrée à un usage religieux ; le terme ne préjuge pas la question que nous venons de soulever. En tout cas, l'allégorie même suppose la réalité des usages. Le mot hébreu que nous avons rendu par lieu de débauche, correspond exactement au latin fornix, pour toutes les acceptions.
ézéCHIEL XVI, 26-34. 49
sins anx corps vigoureux*', et tu multiplias tes adultères pour m'irriter. Mais j'étendis ma main contre toi^ et je retranchai de ce qai rétait destiné **, et je te livrai à Tavidité de tes ennemies, des filles des Philistins, qui avaient honte de ta conduite criminelle. Pais tu te prostituas aux fils d'Ass'our, parce que tu n'en avais pas encore assez ; et tout en te prostituant à eux, tu ne fus pas encore rassasiée. Et tu multiplias tes adultères avec la Chaldée, ce pays de trafiquants*^, et même avec cela tu n'en eus pas encore assez. Que ton cœur est lâche ! dit le Seigneur, TÉternel ; que tu aies fait tout cela, Tœuvre d'une impudente courtisane**! que tu aies construit ton bordel au coin de toutes les rues, et que tu te sois fait ton pavillon sur chaque place publique 1 Mais tu n'étais pas même comme une courtisane^ en ce que tu dédaignais le salaire. Femme adultère I À la place de ton mari tu prends des étrangers : mais tandis qu'à toutes les courtisanes on donne des cadeaux^ toi, tu donnes tes cadeaux à tous les galants, tu les séduis par des dons pour qu'ils viennent chez toi de toutes parts pour faire la débauche avec toi. Pour toi, ce fat l'inverse des autres femmes à l'égard de la débauche : ce n'est pas après toi qu'on courait pour la luxure; en donnant toi-même un salaire, et en n'en recevant point, ce fut l'inverse des autres *' !
^3 Litt.: çuonm ffrandta sunt membra. — La religion égyptienne se distinguait surtout par le symbolisme grossier de son culte de la nature. De là^ l'image grossière aussi. — Du reste, nous pensons qu'il s'agit ici principalement des relations politiques compromettantes et funestes par leurs conséquences.
^^ Dans l'aUégorie, c'est ce que le mari doit à sa femme, pour son entretien ; dans TappUcation historique, c'est le territoire promis, dont une partie tomba au pouvoir des Philistins.
^^ Cette interprétation est faite d'après le passage parallèle XVII, 4. Canaan n'est pas ici un nom propre (Prov. XXXI, 24]. Le commerce avec l'étranger, dans tous les sens de ce mot, était odieux aux prophètes. — D'autres traduisent : depuis la Phénicie jusqu'en Chaldée. Mais de cette manière, l'ordre chronologique serait interverti, car les relations religieuses et politiques avec les Phéniciens ont précédé l'époque assyrienne, et même la grammaire ne favorise pas cette interprétation.
^^ La lâcheté n'est pas à prendre ici dans le sens d'un manque de courage, mais ponr l'aLsence de toute vigueur morale. La fidélité étant une qualité active et énergique, l'infidélité est de la mollesse. — Impudente^ litt. : maîtresse, c'est-à-dire secouant le frein de la décence .
^'^ Pour bien comprendre ce dernier reproche, il faut ne pas perdre de vue que les deux comparaisons, avec une femme mariée et adultère, et avec une courtisane libre, ont été plus ou moins entremêlées. Ici elles sont distinguées à dessein. Israël est pire qu'une femme publique qui se vend au premier venu; c'est là une honte, mais ce n'est p^ un crime commis contre un mari. Israël est mariée, et non contente de se jeter entre les bras des étrangers, elle les paie encore pour qu'ils viennent. C'est-à-dire que la nation payait encore, et très-chèrement, Talliance des grandes puissances.
A. T. 2« part. — II. 4
50 ÉzéCHIKL XVI, 35-44.
Or donc, courtisane^ écoute la parole de rÉtemel I Voici ce que dit le Seigneur, rÉterneP" : Puisque tes trésors*^ ont été prodigués, et ta nudité découverte devant tes galants^ dans ta luxure, et devant toutes tes idoles abominables^ et à cause du sang de tes enfants que tu leur as donnés, pour cela, vois-tu, je vais rassembler tous tes galants auxquels tu as plu, et tous ceux que tu as aimés avec tous ceux que tu as dédaignés, et je les réunirai contre toi de toutes parts, et je découvrirai ta nudité devant eux, afin qu'ils la voient tout entière. Et je te jugerai d'après les lois sur les femmes adultères et meurtrières, et je ferai de toi un carnage de colère et de jalousie. Je te livrerai entre leurs mains, pour qu'ils démolissent ton bordel et renversent tes pavillons, et te dépouillent de tes babits, et enlèvent tes objets de parure, et te laissent là nue et découverte. Et ils feront siéger contre toi une assemblée publique, et t'enterreront sous un monceau de pierres, et te mettront en pièces avec leurs épées, et mettront le feu à tes maisons, et ils feront justice de toi en présence de beaucoup de femmes. Et je ferai en sorte que tu cesseras d'être une courtisane, et que tu ne payeras plus le salaire de ta honte. Et quand j'aurai assouvi ma colère sur toi, et que ma jalousie n'aura plus à s'attacher à toi, alors j'aurai du repos et je n'aurai plus à m'irriter. Puisque tu ne t'es pas souvenue des jours de ta jeunesse, et que tu m'as provoqué par toutes ces choses, moi aussi, vois-tu, je fais retomber tes actes sur ta tète, dit le Seigneur, l'Éternel, pour que tu ne commettes plus de crime après toutes tes abominations'^. Vois-tu, quiconque voudra faire un
18 Ici commence la seconde partie du diacours, la description prophétique du châtiment. L'allégorie continue encore : L'épouse infidèle sera punie conformément à la loi, un jury populaire est formé de pères de famille ; l'époux outragé porte plainte, des témoins sont appelés. Déclarée coupahle, l'accusée subit une dégradation publique, puis elle est lapidée. Mais à ces images se mêlent partout des termes propres, il est question d'épées, de ruines, d'incendie. Gela fait voir clairement de quel châtiment il est question pour Israël.
10 Litt.: ton airain. Conmie il n'est question nulle part dans l'Ancien Testament de paiements faits en cuivre, il est difficile de dire ce que l'auteur a eu en vue. On a proposé de changer le texte et d'y mettre un mot qui pClt être rendu par tes charma (v. 15) ; du moins, il y a dans cet autre passage le mdme verbe qu'ici, lequel, signifiant proprement verser ^ paraît fort peu s'accorder avec le substantif de notre texte. Si Ton ne veut pas toucher a celui-ci, il faut songer a tous les biens qu'Israël pcssédait et dont il a fait un mauvais usage.
^0 C'est là la traduction la plus simple de cette phrase tourmentée par les commea* tateurs. Autrefois on mettait le passé avec l'interrogation: N*as-tm pas commis, etc., ou bien: tu n'as pas rZ/léchi, etc. Ou encore: {Je te punis) pour ne pas commettre moi-mime un crime. Mais les Rabbins ont bien vu que le veth^ est à la seconde personne.
ÉzéCHIËL XVI, 45-52. 51
proverbe sur ton compte, le fera en disant : Telle mère, telle fille I Tq es bien la fille de ta mëre qui a rejeté son mari et ses enfants ; tu es bien la sœur de tes sœurs qui ont rejeté leurs maris et leurs enfants. Votre mère était Hittéene et votre père Amoréen. Ta grande sœur, c'est Samarie avec ses filles, qui demeure à la gauche; ta petite sœur, qui demeure à ta droite, c*est Sodome avec ses filles '^ Et tu n^as pas marché dans leurs voies et pratiqué leurs abominatioDs un peu seulement : mais tu as fait pis qu'elles k tous égards. Par ma vie I dit le Seigneur, rËternel : Sodome, ta sœur, avec ses filles, n'a point fait ce que vous avez fait, toi et les tiennes I Voici quel était le crime de Sodome, ta sœur : Torgueil, la bonne chère et rindolente oisiveté, voilà ce qu'elle avait, elle et ses filles ; mais la main du pauvre et de l'indigent, elle ne la soutenait pas ; et elles devinrent fières et commirent des abominations devant moi ; mais je les fis disparaître, dès que je le vis ^'. Et quant à Samarie, elle n'a pas commis de moitié autant de péchés que toi ; tu as commis plus d'abominations qu'elle, et tu as fait absoudre tes sœurs par toutes les abominations que tu as commises '^ Porte donc, toi aussi, la honte que tu as décrétée contre tes sœurs ; par tes péchés que tu as rendus plus abominables que les leurs, elles sont devenues plus justes que toi. Eh bien ! toi aussi sois couverte d'opprobre et porte
^^ L'allégorie est continuée par un nouveau tableau. Jérusalem (Juda]^ la femme adultère, n^a fait que suivre l'exemple donné par sa famille. Sa mère et ses sœurs n'ont pas fait mieux ; et pourtant on peut dire qu'elles ont fait moins mal. La mère, c'est Canaan (v. 3), les sœurs sont Samarie et Sodome, à gauche et à droite, c'est-à-dire au nord et au sud. Les termes de grand et petit ne peuvent pas se prendre dans le sens de l'flge (de l'ancienneté}, car dans ce cas, ce serait tout juste la qualification opposée qu'il aurait fallu pour les deux sœurs. Il s'agit simplement de la grandeur politique. Que ces trois autres femmes aient rejeté leurs propres enfants, cela doit encore se rapporter aux sacrifices humains. Quant au rejet du mari, cela pouvait se dire de Samarie, qui faisait partie d'Israël. Sodome et Canaan étant païennes, elles n'ont pas de mari dans le sens de notre allégorie. On doit donc supposer qu'Ézéchiel regarde ici le paganisme en lui-môme comme une infidélité, abstraction faite de toute alliance pareille à celle du Sinaî. — Les filles de Samarie et de Sodome ne doivent pas être identifiées avec les enfants rejetés. Ce sont les autres villes dépendantes de ces chefs'lieux.
^^ Les crimes de Sodome semblent à dessein amoindris ici, pour aggraver davantage, par la comparaison, ceux de Jérusalem.
^' Les crimes de Samarie, qui étaient positivement les mêmes que ceux de Jérusalera, sont déclarés moindres, parce que celle-ci était privilégiée au point de vue théocratique ; elle possédait le temple, le culte légal, le sacerdoce légitime, la dynastie de David, les prophètes. La défection de Jérusalem était donc un péché plus grand, et faisait oublier celui de sa sœur, en le faisant paraître plus petit et plus pardon-* nablc.
52 ÉZéCHIEL XVI, 53-61.
ta honte, puisque tu fais absoudre tes sœurs 1 Hais quand je les restaurerai'^, quand j'aurai restauré Sodome et ses filles, et Samarie et ses filles, au milieu d^elles je te restaurerai, toi aussi, afin que tu portes ta honte, et que tu subisses l'opprobre de tout ce que tu as fait, en les consolanf . Tes sœurs, Sodome et ses filles, reviendront à leur premier état, et Samarie et ses filles reviendront à leur premier état, et toi aussi et tes filles, vous reviendrez à votre premier état. Ta sœur Sodome n'a point été dans ta bouche un avertissement'^, à Tépoque de ton orgueil, avant que ta méchanceté fût découverte; comme au temps des insultes des filles d'Âram et de toutes leurs voisines, des filles des Philistins qui t'outragèrent de toutes parts. De ton crime, et de tes abominations tu portes la peine, dit l'Éternel. Car ainsi dit le Seigneur^ TÉternel : J^en agis avec toi comme tu as agi toi-même, toi qui au mépris de ton serment as rompu ralliancel Mais moi^ je veux me souvenir de Talliance que j'ai faite avec toi aux jours de ta jeunesse '^, et je la ratifierai pour toi à jamais I Et toi, tu te souviendras de tes actes, et tu en auras honte, quand tu recevras tes sœurs, celles qui sont plus grandes que toi et celles qui sont plus petites, et que je te les don-
^4 Transition subite à on avenir plus éloigné. Ce qu'il y a de particulier ici, c'est que la restauration est aussi promise à Sodome. Le prophète reste conséquent avec lui-même. La sœur moins coupable ne devrait pas être punie plus sévèrement que celle qui Tétait davantage. Cependant on aurait tort de voir ici autre chose que l'idée que la miséricorde divine est inépuisable, et de demander quand et comment devait être restaurée une population dont pas un seul individu n'avait survécu à la catastrophe.
25 La consolation, pour les deux sœurs, résulte de la punition même de Jérusalem. Elles voient la justice de Dieu égale pour tout le monde, et supporteront plus facilement un sort partagé par d'autres. Mais ce qui rend la phrase obscure, c'est cet afin que par lequel elle commence. Il faut évidemment le rattacher encore aux menaces précédentes, ce qui revient à dire que la restauration de Samarie et de Sodome précédera celle de Jérusalem^ ou bien encore qu'on devra traduire : afin que tu aiet expié, etc., toi aussi, lorsque le moment de la restauration sera venu.
^^ Litt.: un bruit, une annonce. Bile aurait dû te servir d'exemple et te montrer les conséquences terribles de ta conduite. — Ce qui suit est très-difficile à comprendre. Notre traduction, toute littérale, exprime l'idée qu'autrefois déjà, du temps où les Syriens et les Philistins étaient les plus puissants ennemis d'Israël {filUs — villes), un pareil avertissement aurait dû profiter à Jérusalem , avant que sa mesure fût comble. Mais nous ne pouvons nous défendre du soupçon que le texte est altéré^ car ses différents éléments ne représentent pas une suite d'idées suffisamment nettes.
2*7 II y a ici une apparente contradiction. Jéhova veut maintenir Talliance qulsreêl a rompu, et pourtant il dit qu'il agira comme le peuple rebelle a agi lui-même. C'est qu'il faut distinguer entre le peuple actuel, qui subira le châtiment mérité, et le peuple de revenir, avec et pour lequel l'alliance sera renouvelée, par grâce.
nerai pour filles, mais non en vertu de ton alliance '*. Et quand j'aurai ratifié mon alliance avec toi, tu reconnaîtras que je suis rÉternel, afin que tu t'en souviennes et que tu aies honte, et que daDs ta confusion tu n'ouvres plus la bouche, quand je t'aurai pardonné tout ce que tu as fait. C*est le Seigneur, TËternel, qui le dit.
XIP.
Et la parole de TËternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Propose une énigme, raconte une parabole à la maison d'Israël'. Dis : Voici ce que dit le Seigneur, TÉternel : Le grand aigle, aux grandes ailes et à la large envergure, couvert d'un plumage bigarré, vint au Liban et enleva la cime du cèdre. Il arracha le plus haut de ses rejetons et l'emporta dans un pays de négoce, et le déposa dans une ville de marchands. Puis il prit une souche du pays et la mit dans un sol fertile, et la portant près d'une grande eau, il la planta dans une saulaie, pour qu'elle poussât et devmt une vigne plantureuse, humble de taille, de manière que ses branches se tournassent vers lui, et que ses racines fussent sous lui. Ainsi elle devint un cep qui forma des rameaux et étendit son feuillage^. Or, il y avait un autre grand aigle, aux grandes ailes, et
^^ Par cette nouvelle alliance, Jérusalem se trouvera être la mère de ses sœurs, c'està-dire la métropole d'un nouvel empire dans Ie<piel son ancienne et puissante rivale, Samarie, et les populations autrefois païennes, dont Sodome est ici le type, lui seront subordonnées. Mais elle n'aura pas obtenu ce privilège en vertu de son (ancienne] alliance, c'est-à-dire par son mérite et sous le bénéfice du contrat légal.
^ Allégorie représentant le sort du roi Çideqijrah, lequel, placé sur le trône de Jérusalem comme vassal du roi de Babylone, après la déportation de son neveu lekonyah, s'engagea dans des intrigues politiques avec le roi d'Egypte dans l'espoir de secouer le joug des Chaldéens. Ézéchiel prédit l'issue malheureuse de ces tentatives.
^ Énigme et parabole sont deux expressions synonymes pour désigner une seule et même chose. Le second terme implique l'idée d'une comparaison, le premier la nécessité de deviner une chose plus ou moins cachée (litt.: de dénouer un nœud).
^ L'aigle est Neboukadreççar, le Liban est Jérusalem, le rejeton supérieur du cèdre est le roi lekonyah, la ville des marchands est Babylone (le négoce est une occupation antipathique aux prophètes, à cause des rapports qu'il étahlissait avec des populations étrangères). La souche est Çideqiyah, dont la position politique e6t bien symbolisée par la forme d'une vigne rampant à terre, sans tuteur. Tout de môme, à d'autres égards, cette vigne est parfaitement bien placée et dans uu état prospère. (La saulaie est un terrain à eau stagnante où croissent des saules.) L'autre aigle est le roi d'Egypte. Plus le discours avance, plus les détails allégoriques s'effacent pour faire place à ce qui appartient plutôt à l'interprétation et au sens propre. — L'allégorie, ou,
au plumage bien fourni, et voilà que cette vigne , depuis le parterre où elle était plantée, recourba ses racines vers lui, et étendit vers loi ses branches, pour qu'il Tarrosât. Et pourtant elle était plantée dans un sol excellent, auprès d'une grande eau, de manière à pousser des sarments et à porter du fruit, et à pouvoir devenir une vigne superbe. Dis : Voici ce que dit le Seigneur, TÉternel : Cela réussira-t-il? On arrachera ses racines^ on coupera ses fruits, de manière qu'ils se dessèchent ; et tout le feuillage qu'il a poussé séchera, et avec tous les efforts^ et avec beaucoup de monde, il n'y aura pas moyen de le relever de ses racines*. Voyez! elle est plantée : prospérera-t-ellc ? mais dès que le vent d'est la touchera, elle séchera complètement; elle séchera sur le parterre où elle avait poussé.
Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Dis à cette race rebelle : Savez- vous ce que cela signifie? Dis: Voyez! le roi de Babel est venu à Jérusalem, et a mis la main sur son roi et ses officiers et les a emmenés chez lui à Babel. Puis il prit un rejeton de race royale et fit un pacte avec lui et lui fit prêter serment. Cependant il s'empara des principaux du pays, pour que 6e fût un royaume humble, incapable de se soulever, de manière qu'il observât le pacte et subsistât. Mais iP se révolta contre lui, et envoya ses agents en Egypte, pour qu'on lui donnât des chevaux et une grande armée. Réussira- t-il ? S'en tirera-t-il, celui qui a fait cela? Il a rompu le pacte et s'en tirerait ? Par ma vie ! dit le Seigneur, l'Éternel : C'est dans la résidence du roi qui l'a mis sur le trône, dont il a méprisé le serment, et dont il a rompu le pacte, c'est chez lui, à Babel, qu'il mourra! Et avec sa grande armée et ses nombreuses troupes, Pharaon ne fera rien pour lui pendant la guerre ^ quand on élèvera des retranchements et qu'on construira des tours, pour faire mourir une masse de monde. Il a méprisé le serment, et rompu le pacte pour lequel il avait cependant donné sa main : il a fait tout cela — il ne s'en tirera pas 1 Pour cela, voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Par ma vie ! Mon serment qu'il a méprisé, mon pacte qu'il a rompu, je le ferai retomber sur sa tète I Je jetterai sur lui mon réseau ; il sera pris dans mon filet, et je le mènerai k
si Ton veut^ la fable, se compose d'éléments qui répondent assez bien à leur but. quand on les considère séparément : les grandes puissances comparées à des aigle?, le roi d'Israël à un cèdre, la nation elle-môme à une vigne. Mais l'ensemble est assez peu naturel : Un aigle qui plante une vigne, une vigne qui demande à être abreuva par un aigle ! La poésie hébraïque n'a pas trop besoin de la logique.
4 Pour lui faire prendre terre et lui donner les moyens de croître de nouveau.
5 Le nouveau roi.
« Comp. Jérém. XXXVII, 15; XL, 30.
Babel ^, et là, je débattrai avec lui rinfidélité qu'il a commise à mon égard'. Et quaut à Télite^ de toutes ses troupes, ils tomberont par répée, et ce qui en restera sera dispersé à tous les vents, pour que vous sachiez que c'est moi, TËternel, qui Tai dit.
Voici ce que dit le Seigneur, rÉternel: Moi aussi je prendrai de la cime du cèdre élevé, et je le placerai — de ses plus hauts rejetons j'arracherai un tendre rameau et je le planterai sur une montagne haute et élevée *^. Je le planterai sur la hauteur la plus éminente d'Israël^ pour qu'il pousse des branches et porte du fruit, et devienne un cèdre puissant, sous lequel viendront s'établir des oiseaux de toute espèce de plumage, et à l'ombre des branches duquel ils viendront demeurer *^ Et tous les arbres de la campagne *' reconnaîtront que c*est moi, l'Éternel qui ai abaissé l'arbre élevé et élevé l'arbre humble, qui ai fait sécher l'arbre vert, et fait pousser l'arbre sec. Moi, l'Éternel, je le dis et je le fais I