XIV
Toi ! prononce une complainte sur les princes d'Israël et dis
Quelle lionne était ta mèrel Couchée entre les lions, Au milieu de ses lionceaux Elle élevait ses petits.
Et Tun de ses petits grandit ^, Et devint un jeune lion ; Il apprit à saisir sa proie.
Et dévora les hommes.
Mais les nations Tentendirent — Dans leur fosse il fut pris, On lui mit un anneau dans le nez Et on le mena au pays d'Egypte \
Et voyant que son espoir Etait vain et perdu, Elle prit un autre de ses petits Et en fit un jeune lion *.
1 Deux allégories relatives au sort de la nation et de ses rois. 11 conviendra de les considérer séparément : autrement il en résulte une combinaison hybride comme celle du chap. XVII. Tout de même, en comparant la dernière ligne du chapitre à la première, on voit que, dans l'esprit du prophète, la séparation n'était pas absolue. Comme Tauteor déclare lui-même qu'il compose une complainte (un chant de deuil], nous croyons devoir représenter le texte sous la forme poétique, bien que la versification soit extrêmement libre et à peine reconnaissable.
^ Texte reçu : Elle fit grandir. Les Septante rapportent le verbe au jeune lion. — Les deux Jeunes lions dont parle l'allégorie sont incontestablement deux rois de Juda. La mère>lionne est donc la nation israélite, en tant qu'elle était semblable aux autres nations. Le prophète fait complètement abstraction de la constitution théocratique^ et s'en tient aux tendances politiques de l'époque.
3 loahaz, fils de los'iyah, est le seul roi de Juda qui fut déporté en Egypte. C'est donc de lui que l'auteur veut parler. Mais comme il n'a régné que trois mois, sans avoir l'occasion de faire des guerres agressives au dehors, nous ne savons à ^uoi l'auteur fait allusion dans la strophe précédente. Il faudra s'en tenir à l'idée générale d'un mauvais gouvernement, tel qu'il a pu s'établir sous un adolescent (2 Rois XXIII, 3l et suiv.l.
^ La nation, ne pouvant pas espérer de voir la restauration du prince dépossédé, dut lui donner un successeur. Ici, le tableau historique est tout à fait idéalisé. Le successeur de loahaz, son frère loyaqiia, ne fut pas choisi par la nation et ne fut point emmené à Babel. Ce n'est donc pas de lui qu'il est question. On a le choix entre Ickonyah et Çideqiyah, qui, tous les deux, furent déportés par les Chaldéens. Cependant il est
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Et marchant au milieu des lions, En jeune lion qu'il était^ Il apprit à saisir sa proie Et dévora les hommes.
Il dévasta les châteaux^,
Il désola les villes ;
Le pays avec ses habitants était muet d'effroi
Au bruit de ses rugissements.
Mais de toutes les contrées à Tentour Les nations vinrent lui tendre Et jeter sur lui leurs filets :
Dans leur fosse il fut pris.
Et on le mit en cage, Tanneau au nez,
Et on le mena vers le roi de Babel,
On le mena dans un château fort, [d'Israël.
Pour que sa voix ne fût plus entendue sur les monts
Ta mère était pareille aune vigne ^'
Plantée au bord des eaux;
Elle était féconde et touffue
Par suite de l'abondance des eaux.
probable que ce inorceau fut composé avant la destruction de Jérusalem, et nous nous en tiendrons par conséquent au premier de ces deux princes^ à l'égard duquel nous devrons reproduire l'observation faite au sujet de loahaz (2 Rois XXIV, 8 et suiv.). Llitstoire ne donne aucun détail sur ces courts règnes, et l'on a de la peine à comprendre comment ces jeunes et malheureux rois ont eu seulement le temps de commettre toutes les cruautés qui sont mises ici à leur charge.
^ Nous prenons le mot dévaster dans la traduction grecque (tVra * pour i/da *] ; les ck4ttaiux se trouvent également par le changement d'une consonne (les Septante ont traduit : dans son audace) . Le texte hébreu, dit à la lettre : il coucha avec les veuves ; ce qui semblerait indiquer que le prince faisait mourir les hommes pour s'emparer de leurs femmes. Mais, dans ce cas, l'allégorie du lion, très-fidèlement conservée dans tout le reste du morceau, serait ici complètement mise de côté.
^ Il y a dans le texte un mot de plus dont il est impossible de trouver le sens. La forme adoptée par les critiques juifs demanderait la traduction : dans ton sang. On a proposé tour à tour de mettre : dans ta similitude (rac. damàh), ou dans ta tranquillité [rac. iamam). Les Septante mettent: comme une fleur. D'autres conjectures sont plus hardies et ne sauraient être adoptées de but en blanc. Évidemment le texte est corrompu. ^- En disant: ta mère, le discours paraît s'adresser soit au roi nommé en dernier lieu, soit au peuple, soit même au prophète. En tout cas, cette mère est la môme que celle de la première allégorie, c'est-à-dire la nation considérée comme personne unique. Voyez cependant la dernière note de ce chapitre.
Elle eut des rameaux puissants
Qui devinrent des sceptres de princes';
Elle s'éleva haute dans ses pampres épais ^,
Elle apparut grande avec ses sarments nombreux.
Mais elle a été arrachée avec fureur, Elle a été jetée par terre, Le vent brûlant de Torient A fait sécher ses fruits.
Ses rameaux puissants ont été brisés et flétris, Le feu les a dévorés :
Maintenant elle est transplantée au désert^ Dans un sol aride et sec.
Un feu est sorti de sa branche touffue '° Et a dévoré ses fruits, Il n'y a plus en elle de rameau puissant, De sceptre pour gouverner" !
Voilà la complainte — elle en est devenue une ".
"^ Allusion à la dynastie des Isaîdes, autrefois si puissante. ^ D'autres traduisent : jusque dans les nues. 0 Allusion à la déportation babylonienne.
10 La branche la mieux garnie, la dynastie qui fut la cause de la ruine d'Israël.
11 La vigne ne poussera plus de ces rameaux puissants, c'est-à-dire que U dynastie ne refleurira plus. Cette dernière assertion pourrait autoriser la critique k voir dans le second lion le roi Çideqiyah, le dernier Isalde qui ait occupé le trône de Jérusalem. Nous préférons cependant la combinaison suivante: Le morceau appartient nécessairement au temps de ce dernier roi, comme tout ce qu'écrit Ézéchiel avant la destructioD de Jérusalem, et ce serait lui aussi auquel le discours s'adresse, v. 2 et 10, en lui parlant de sa mère. Le sort des deux rois précédents (des deux jeunes lions) lui est représenté comme un exemple menaçant.
1^ Ceci parait être une note ajoutée après coup, qui ferait allusion à la réalisation complète des prévisions prophétiques.
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