‹ La Bible (volume 2)Chapitre 65 sur 93 · XV · texte numérisé non relu

XV

Et la septième année, le dix du cinquième mois, il vint des hommes d'entre les sheikhs d^Israël pour consulter TÉternel. Et comme ils étaient assis devant moi, la parole de TÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Parle aux sheikhs d'Israël et dis-leur : Voici ce que dit le Seigneur, TËternel : C'est donc pour me consulter que TOUS venez? Par ma vie, je ne me laisserai pas consulter par vous I dit le Seigneur, TÉternel. Juge, juge-les, fils d'homme * I Rappelle-leur les crimes de leurs pères I Dis-leur : Voici ce que dit le Seigneur, TËternel : Le jour où j'élus Israël, et où j'élevai ma main ' vers la race de la maison de Jacob, et me fis connaître à eux an pays d'Egypte, en élevant ma main vers eux et en disant : Moi, je suis laheweh, votre dieu S en ce jour-là^ j'élevai ma main vers enx pour les faire sortir du pays d'Egypte, vers une terre que j'avais choisie' pour eux, une terre ruisselant de lait et de miel, le plus beau de tous les pays. Et je leur dis : Jetez-là, chacun de vons, les idoles de son choix*, et ne vous souillez pas avec les faux dieux de l'Egypte : moi, laheweh, je suis votre dieu I Mais ils furent rebelles à mes ordres et ne voulurent point m'écputer ; aucun d'eux

1 Une nouvelle série de discours, remplis de reproches contre les Israélites, et de menaces pour l'avenir, est introduite, comme celle qui a commencé au chàp. XIV, par un incident (précisé chronologiquement, comp. chap. VIII, 1) au sujet duquel nous renvoyons les lecteurs à notre remarque sur le passage parallèle. Les sheikhs ne paraissent être mentionnés que pour la forme, car nous n'apprenons pas même ce qu'ils veulent. Axl prophète, il (ûui vm auditoire : or, dans la réalité, Ézéchiel est simplement écrivain ; son auditoire, ce sont les lecteurs. Cependant on peut dire que ses compagnons d'exil, et ses contemporains en général, auraient voulu entendre des consolations et recevoir des promesses. C'est le contraire qu'il doit leur annoncer. Le discours se divise naturellement en plusieurs parties, dont la première et la plus longue est une récapitulation de l'histoire d'Israël, dans le môme sens que celle du chap. XVI, mais sans images et en termes propres. Vient ensuite Tannonce du châtiment (du triage) et en6n la perspective d'une restauration quand le châtiment aura produit son effet.

& L'assertion positive et péremptoire s'exprime en hébreu par la forme interrogative, qui ne serait pas comprise en français. Le prophète, représentant de Dieu, est chargé de proclamer l'arrêt.

^ Geste du serment.

4 Exod. VI, 6 et suiv.

^ Litt.: explorée. Dieu avait pour ainsi dire parcouru le monde pour trouver la meilleure place.

^ Litt.: de ses yewo; comparez une expression analogue, chap. XVIII, 6. — Il est à remarquer qu'Ëzéchiel nous représente les Israélites antérieurs à Moïse, et contemporains de ce prophète, comme adonnés an paganisme. Le Pentateuque n'en dit rien, mais la science moderne trouve cette assertion très-digne de foi. Comp. aussi Âmos V, 25 et suiv. Jos. XXIV, 14.

62 éZÉCHIEL XX, 8-15.

ue jeta là les idoles de son choix, ni ne quitta les faux dieux de rÉgypte. Alors je me proposai de déverser sur eux mon courroux, et de satisfaire ma colère sur eux au pays d'Egypte même; mais j'agis par égard pour mon nom, pour qu'il ne fût pas avili aux jeui des peuples au milieu desquels ils se trouvaient, et en présence desquels je m'étais fait connaître à eux, à l'effet de les faire sortir du pays d'Egypte^. Je les fis donc sortir du pays d'Egypte et je les conduisis dans le désert. Et je leur donnai mes préceptes et je leur fis connaître mes commandements, que l'homme doit pratiquer pour s'assurer la vie*. Et de plus, je leur donnai mes sabbats*, pour servir de signe entre moi et eux, pour qu'ils sussent que moi, l'Éternel, je les ai consacrés. Mais ils furent rebelles à mes ordres, la race d'Israël, dans le désert ; ils ne suivirent point mes préceptes et méprisèrent mes commandements, que l'homme doit pratiquer pour s'assurer la vie, et ils profanèrent mes sabbats outre mesure. Alors je me proposai de déverser sur eux mon courroux dans le désert, pour les anéantir. Mais j'agis par égard pour mon nom, pour qu'il ne fût pas avili aux yeux des peuples, en présence desquels je les avais fait sortir. Oui, j'avais élevé ma main contre eux dans le désert *^, pour ne point les conduire dans la terre que je leur avais destinée, une terre ruisselant de lait et de miel, le plus beau de tous les pays, parce qu'ils avaient méprisé mes commandements

*? Les Égyptiens et autres peuples auraient pu croire que le Dieu d'Israël était impuissant et ne pouvait pas accomplir ses promesses. C'est donc pour l'honneur de son nom qu'il opéra la délivrance dlsrafil et non point parce que le peuple la méritait. Le Pentateuque ne dit rien non plus d'une espèce de rétractation qui aurait eu lieu dès avant le départ d'Egypte.

s Dans le sens d'Exod. XX, 12. C'est-à-dire d'une existence heureuse et protégée par la faveur de Dieu, surtout aussi (comme le contexte le réclame) en tant qu'il s'agit du peuple et non pas seulement des individus. Il ne faut pas traduire: pftur wtre ttlon euw, Israël, à chaque stade de son histoire, était en face de la ruine ; sans l'aide de Jéhova, il aurait péri inunanquahlement. Mais cette aide ne lui était assurée que conditionnellement.

0 De toutes les institutions théocratiques, le sabhat est signalé de préférence, comme celle qui rappelait le plus fréquemment le lien qui unissait le peuple à son divin législateur, et qui était indépendante du culte du temple, de sorte qu'elle pouvait subsister môme pour les exilés. Le participe à la fin de la phrase {eonsacrfy) se rapporte aux Israélites et non aux sabbats.

10 Comp. le récit Nombr. XIV, 11 et suiv. En parlant plus bas des fiU (v. 18), le texte fait évidemment allusion au fait mentionné dans le passage cité v. 23. (Comp. aussi Nombr. XVI et XVII.) Du reste, après avoir distingué l'une de l'autre les premières générations, contemporaines de la sortie d'Egypte et de la conquête de Canaan, le prophète embrasse toutes les générations suivantes dans un seul tableau, Les répétitions monotones du discours sont destinées à mettre en relief la permanence des torts d'Israël et la longanimité de Dieu.

et qa'ils n'avaient pas suivi mes préceptes, mais qu'ils avaient pro* fané mes sabbats, leur cœur étant attaché à leurs idoles. Mais mon œil eut pitié d'eux, et ne voulut point les perdre ; et je ne les exterminai point au désert. Et je dis à leurs fils dans le désert : Ne suivez pas les préceptes de vos pères, et n'observez pas leurs commandements, et ne vous souillez pas avec leurs idoles. Moi, laheweh, je suis votre dieu : suivez mes préceptes à moi^ observez mes commandements et pratiquez-les ! Et sanctifiez mes sabbats, pour qu'ils servent de signe entre moi et vous, et que vous sachiez que moi, l'Éternel, je suis votre dieu. Mais ces fils furent rebelles à mes ordres ; ils ne suivirent pas mes préceptes et n'observèrent pas, de manière à les pratiquer, mes commandements, que l'homme doit pratiquer pour s'assurer la vie, et ils profanèrent mes sabbats. Alors je me proposai de déverser sur eux mon courroux, et de satisfaire ma colère sur eux dans le désert même. Mais je retirai ma main et j'agis par égard pour mon nom, pour qu'il ne fût pas avili aux yeux des peuples, en présence desquels je les avais fait sortir. Oui, j'avais élevé ma main contre eux dans le désert^*, pour les disséminer parmi les nations et les disperser dans tous les pays, parce qu'ils ne pratiquaient pas mes commandements et qu'ils méprisaient mes préceptes et profanaient mes sabbats, leur cœur étant attaché aux idoles de leurs pères. ;Aussi leur donnai -je des préceptes qui n'étaient pas bons, et des commandements qui n'assuraient point leur vie *'. Je les souillai par leurs offrandes, en ce qu'ils y

1 1 Déjà alorsi je les ai meMcés par serment de l'exil et de la dispersion. Ils ont donc été dûment avertis (comp. Dent. XXVIII, 25, 36, 64).

^3 Ce passage a donné bien des soucis aux commentateurs. Comment Dieu pouvait-il donner des lois qui n'étaient pas bonnes, et quelles étaient ces lois? On songeait aux lois rituelles, comme si jamais un prophète hébreu eût fait de la polémique contre ces lois ! L'explication n'est pas trop difficile quand on sait se mettre au point de vue de la théologie de l'Ancien Testament. En tout état de cause, il est question d'un châtiment, infligé à Israël par la juste colère de Dieu. De môme que la génération sortie d'Egypte avait fini par périr, sans que le peuple, pris en pitié par Jéhova^ fût anéanti complètement (v. 17), de môme cette seconde génération périt aussi, du moins en grande partie, et la pitié divine, préconisée au v. 22, ne profita pas à tous. Ce parallélisme évident des idées, qui n'est que peu dérangé par le changement rhétorique des formes, nous servira à déterminer le sens du passage douteux. Quelles sont les lois mauvaises auxquelles Ézéchiel fait allusion? Mais il le dit en toutes lettres: Jéhova leur demanda leurs premiers nés (litt.: ce qui rompt la matrice), et cette fois, s'empressant d'ohéir, ils devinrent eux-mômes les instruments de leur punition, laquelle était le but de Dieu. lu y firent passer leurs enfants (au feu), comme victimes immolées à Jéhova (non à Moloch). Ézéchiel parle donc de sacrifices humains du temps de Moïse, comme d'un fait positif et historique. Mais il va sans dire que ces sacrifices sont désapprouvés, comme le déclare le terme de souillure. Seulement (et c'est là ce qui a dérouté Téxégèse),

64 ézécmEL xx, 27-33.

faisaient passer toute primogénitare ; c'est que je voulais les mettre dans la désolation, pour qu'ils reconnussent que moi je suis TÉternel. Or donc, fils d'homme I Parle à la maison d'Israël et dis-leur : Voici ce que dit le Seigneur, TËternel : Encore en ceci vos pères m'ont outragé dans leur rébellion criminelle : quand je les eus conduits dans le pays que je leur avais promis par serment, ils jetèrent les yeux sur toute colline élevée et sur tout arbre touffu, et y immolèrent leurs victimes, et y portèrent l'insulte de leur offrande, et y déposèrent le parfum de leur encens, et y versèrent leurs libations. Et je leur dis : Qu'est-ce que ces hauteurs où vous allez ? Et pourtant ce nom est resté jusqu'à ce jour ^' I Or donc, dis à la maison d'Israël : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel: Comment? c'est à la manière de vos pères que vous vous souillez ? c'est avec leurs idoles que vous frayez? c'est en apportant vos offrandes, en faisant passer vos enfants par le feu, que vous vous souillez avec tous vos faux dieux jusqu'à ce jour, et moi, je me laisserais consulter par vous, maison d'Israël? Par ma vie, dit le Seigneur l'Éternel, je ne me laisserai pas consulter par vous *^ I Et ce qui vous est entré dans l'esprit, cela n'aura certain nement pas lieu, quand vous disiez : Soyons comme les autres nations, comme les populations de tous les pays , adorant le bois et la pierre *^ 1

Dieu lui-môme est représenté comme l'instigateur du mal, quand il veut combler la mesure du criminel. Il avait endurci Pharaon, il dit aux Israélites d^mmoler leurs enfants. Le résultat, dans les deux cas, c'est la gloire de son nom, fondée d'un côté sur une délivrance miraculeuse, de Tautre, sur un châtiment exemplaire, que les coupables sont amenés à s'infliger de leurs propres mains. Rien ne se faisant sans la volonté de Dieu, ces sacrifices d'enfants sont considérés comme l'efTet de ses ordres. Il est vrai que la loi écrite (Exod. XIII, 12) parle d'une rançon à payer pour la primogénitare, mais cela même présuppose une coutume barbare, que le prophète envisage comme l'efTet de la volonté vengeresse de Jéhova. (Comp. 2 Thess. II, 11. Actes VII, 42.)

13 Cette dernière phrase a dd être traduite un peu librement, pour bien en faire ressortir la portée. Voici ce que le prophète veut dire : Malgré tout, les transgressions ont continué jusqu'à ce jour. Ces transgressions sont comprises toutes sous un seul fait ou exemple: le culte de ce qu'on est convenu d'appeler les hauts-lietuf, qu'il ait en lieu sur les montagnes ou dans les bocages, le culte illégal, hors du temple de Jérusalem. Le texte met le mot Bamah (le lieu consacré sur la hauteur) au singulier, mais certainement dans le sens collectif, et il n'est nullement question d'une localité unique et particulière. Le nom est resté, parce que la chose a subsisté aussi, malgré la défense.

14 Retour au point de départ, v. 3. La solidarité de la génération actuelle avec ceUes qui l'ont précédée est établie ; les mêmes péchés sont à l'ordre du jour. Il n'y a pas de faveur à accorder à ceux qui viennent la réclamer aujourd'hui. Les sheikbs da V. i ne sont donc là que comme représentants de la totalité.

15 Israël s'est proposé (a eu la fantaisie) d'adorer d'autres dieux. Cela ne sera pas; car de deux choses l'une: ou bien il rentrera dans l'obéissance, ou il sera extermina. Les deux cas seront réalisés, chacun partiellement. Cela est dit dans les lignes suivantes. Le gowoernttnent de Jéhova s'annonce ici comme une discipline sévère.

Par ma yie ! dit le Seigneur, TÉternel : d'une main puissante, et le bras étendu, et en déversant sur vous mon courroux, je vous gouvernerai! Je vous ferai sortir du milieu des peuples, je vous rassemblerai de tous les pays où vous jêtes dispersés, d'une main puissaute, et le bras étendu, et en déversant sur vous mon courroux, et je vous mènerai dans le désert des païens*^, et là, je plaiderai contre vous face à face. De même que j'ai plaidé contre vos pères dans le désert du pays d'Egypte, de même je plaiderai contre vous, parole du Seigneur, l'Éternel I Et je vous ferai passer sous le bâton '^ et je vous ferai rentrer dans les liens de l'alliance *^. Et je séparerai de vous les rebelles, et ceux qui s'insurgent contre moi : du pays de leur séjour actuel je les chasserai, mais dans le pays d'Israël ils n'entreront pas, pour que vous sachiez que moi je suis l'Éternel. Quant à vous, maison d'Israël I voici ce que dit le Seigneur, l'Étemel : Allez, que chacun adore ses idoles I mais après, si vous ne voulez pas m' écouter, vous ne profanerez plus mon saint nom par vos offrandes et vos idoles*^. Mais ce sera sur ma sainte montagne, sur la haute montagne d'Israël, dit le Seigneur, l'Éternel, c'est là qu'ils m'adoreront, la maison d'Israël, tout ce qui sera dans le pays. Là je leur rendrai ma grâce ; là je demanderai vos offrandes et les pré-

^^ On ne voit pas trop ce que l'auteur veut dire par ce mot. Comme Israël doit iortir du milieu des peuples parmi lesquels il est dispersé, pour arriver à ce désert tks paUm, il est évident que ce terme ne désigne pas l'exil historique. S'agit-il d'une localité idéale (Joël IV, 2), d'une vapte plaine qui doit être le théfttre du jugement, et que l'auteur appellerait de ce nom pour faire pendant au désert d^Égypte, lieu où s'est opéré autrefois un premier triage de la nation (v. 13 et suiv.) ? Celte localité serait ainsi placée entre les lieux où Israël se trouve aujourd'hui, et ce Canaan où ne doivent retourner que ceux qui sortiront graciés ou absous dans le procès en question.

^"^ Lfe berger fait passer les brebis sous sa houlette pour les compter (Jér. XXXIII, i3). Peut-être cette image doit-elle aussi rappeler le triage à faire. D'autres traduisent: la verge, pour accentuer l'idée du châtiment.

1^ Si le texte hébreu est authentique (les Septante en ont un tout différent), le plus simple est de voir dans cette phrase l'idée d'un nouvel assujettissement à la loi si souvent violée. La suite fait voir que cela s'adresse précisément à ceux qui rentreront en grâce.

^^ On a donné de ce verset toutes sortes d'explications. Il se trouve placé sur la limite des deux parties du discours, dont l'une prononçait des menaces et dont l'autre va ouvrir une perspective plus heureuse. La plupart des commentateurs rattachent notre texte (que les Septante déjà n'ont plus compris] à ce qui suit, en traduisant: mais après, certes, vous m'écouterez I ce qui ne s'accorde pas avec l'usage grammatical. Nous y voyons la fin des menaces : le prophète parle non plus de l'avenir, comme dans les lignes précédentes, mais de la situation actuelle : Continuez toujours I dit-il ironiquement, cela ne durera pas. Le moment approche où vous ne profanerez plus le temple do Jérusalem par des cultes idolâtres. La transition au dernier tableau est brusque, comme d'habitude.

A. T. 2* part. — II. 5

mices de vos dons avec tout ce que vous me consacrerez. Comme à on doux parfum je me complairai en vous^ quand je vous aurai retirés d*entre les nations, et que je vous aurai rassemblés de tous les pays où vous étiez dispersés, et je me glorifierai par vous aux yeux des nations. Et vous reconnaîtrez que moi je suis rÉternel, quand je vous aurai ramenés dans la terre d'Israël, dans la terre que j'ai promise par serment à vos pères. Là, quand vous vous souviendrez de votre conduite, et des actes par lesquels vous vous êtes souillés, vous éprouverez du dégoût pour vous-mêmes, à cause de toutes les mauvaises choses que vous avez faites, et vous reconnaîtrez que moi je suis TÉternel, quand j'en agirai avec vous par égard pour mon nom^ et non selon votre mauvaise conduite et vos actions détestables, maison d'Israël I C'est le Seigneur, l'Étemel, qui le dit!

Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Tourne ta face du côté méridional, et prêche vers le midi et prophétise sur la forêt de la campagne au sud, et dis à la forêt du sud : Écoute la parole de l'Éternel ! Ainsi dit le Seigneur, l'Éternel : Vois-tu, j'allume eu toi un feu, qui consumera en toi tout bois vert et tout bois sec ; la flamme de l'embrasement ne s'éteindra pas et toutes les faces y seront brûlées, du sud au nord ^ Et tout le monde verra que moi, l'Éternel, je l'ai allumée : elle ne s'éteindra pas !

Et je dis : Ah, Seigneur Dieu 1 Ils me disent : cet homme ne fait que parler en énigmes '.

Et la parole de l'Étemel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Tourne ta face vers Jérusalem et prêche sur les lieux saints, et prophétise sur la terre d'Israël, et dis à la terre d'Israël:

1 Cette nouvelle prophétie menaçante débute par une image ou allégorie. Du côté du midi il y a une vaste forêt qui doit ôtre consumée par le feu. Ces paroles mystérieuses sont dictées au prophète qui est censé ne pas les comprendre lui-même. Gomme aiUeurs les hommes sont comparés à des arbres, la forêt est ici un peuple ; ce peuple habite une contrée méridionale. Ézéchiel vivant dans la hante Mésopotamie, le sud, pour lui, sera la Palestine. Les arbres secs et les arbres verts représentent li totalité de la population , les bons et les méchants indistinctement. Le feu est le symbole de la destruction, laqueUe sera complète, de manière que toutes les fatu de la forêt seront brûlées, le feu la saississant de tous les côtés à la fois.

^ Il ne faut pas conclure de là qu'Ézéchiel a commencé par adresser les parole précédentes au public, sans trop les comprendre lui-même. Il s*adresso, comme partout, à des lecteurs censés ne pas comprendre le mat'al (l'allégorie), et va lluterprêter par une autre image un peu moins énigmatique.

Ainsi dit rEternel : Vois-tu, c'est à toi que j'en veuxl Je vais tirer mon épéé de son fourreau et exterminer de toi justes et méchants. C'est parce que je veux exterminer de toi justes et méchants, que mon épée sortira de son fourreau contre tout le monde, du sud au nord. Et tout le monde reconnaîtra qae c'est moi, TÉternel, qui ai tiré mon épée de son fourreau : elle n'y rentrera plus ^ ! Et toi, fils d'homme, gémis ! les reins brisés, et dans une amëre douleur tu dois gémir devant eux. Et s'ils te demandent : Pourquoi gémis-tu? tu répondras : C'est à cause d'un message^ — quand cela viendra, tons les cœurs fondront, toutes les mains défailliront, tous les esprits seront abattus, tous les genoux paralysés. Voyez! cela vient, cela se fait I C'est le Seigneur, l'Éternel, qui le dit.

Et la parole de rEternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Prophétise et dis : Ainsi dit TÉternel : Dis : L'épée, l'épée est aiguisée, elle est fourbie. C'est pour la boucherie et le carnage qu'elle est aiguisée, c'est pour briller comme l'éclair qu'elle est

fourbie Il l'a donnée à fourbir, pour qu'on la saisisse de la

main; elle est aiguisée, l'épée, elle est fourbie, pour être remise à régorgeur. Crie et lamente-toi, fils d'homme I car c'est sur mon peuple qu'elle vient, sur tous le^ chefs d'Israël : ils sont livrés à

l'épée avec mon peuple — frappe-toi la hanche ! c'est le

Seigneur, l'Éternel, qui le dit M

3 L'explication de la précédeate allégorie, telle qu'elle est donnée ici, ne soulève qu'une partie du voile qui couvre l'avenir. Nous apprenons bien qu'il s'agit de Jérusalem et de Juda, des deux catégories de ses habitants, et de leur ruine à tous. Mais l'image du feu étant simplement remplacée par celle de l'épée, on ne voit pas encore à quel événement il est fait allusion. Seulement on entrevoit qu'avec l'épée nous sommes plus près de la réalité qu'avec le feu. Il s'agira d'une guerre d'extermination.

^ Les données plus précises qu'on demande et attend ne sont pas fournies immédiatement. Le message, au point de vue du prophète, c'est la révélation qu'il reçoit et qu'il doit proclamer; au point de vue de l'histoire, c'est la nouvelle ou la rumeur relative aux préparatifs et à l'arrivée des Cbaidéens. Ce message est si terrible, que l'auteur commence par en peindre l'effet moral, avant d'en faire connaître l'objet. Cette tournure, comme Tallégorie du début, doit exciter dans l'âme du lecteur une curiosité pleine d'angoisse. Le prophète lui-même doit donner l'exemple et le signal de cette anxiété, en poussant des gémissements à rompre les reins (le cœur].

^ Ce morceau serait très-simple, et nous pourrions nous borner à dire que c'est la reproduction poétique de ce que nous avons lu v. 6-10, s'il ne contenait deux phrases aujourd'hui intraduisibles et que nous avons remplacées par des points, aimant mieux avouer notre ignorance que d'offrir au lecteur une explication arbitraire et en tout cas conjecturale. Les mots hébreux, tels que nous les possédons, ne donnent pas de sens du tout, ce dont on se convaincra pbr la traduction littérale que voici : Ou réjouissonsnous tceptre de mon fils elle méprise tout bois^ et v. 18: car épreuf>e et quoi si aussi sceptre elle méprise il ne sera pas. On pourra se faire une idée de l'état du texte, quand

68 EZÉCUIBL XXI, 19-26.

Et toi, fils d^homme, prophétise 1 Frappe, main contre main 1 Que l'épée se double et se triple * I C'est Tépée aux cadavres, la grande épée aux cadavres ^, qui les cernera I C'est pour faire fondre les cœurs, pour entasser les monceaux ' à toutes leurs portes, que je fais vibrer Tépée. Ha I elle est changée en éclair, elle est aiguisée pour le carnage. Serre-toi à droite, tourne-toi à gauche, partout où tes tranchants sont dirigés ^I Et moi aussi, je frapperai main contre main '^, et j'assouvirai ma rage. Moi, rÉternel, je le dis I

Et la parole de TÉternel me fut adressée en ces termes : Toi, fils d'homme, trace-toi deux chemins pour le passage de l'épée du roi de Babel ; ils doivent partir tous les deux d'un même pays ; pais ta graveras une main; tu la graveras à l'entrée du chemin d'une ville. Tu traceras un chemin pour le passage de l'épée vers la capitale des 'Ammonites, et vers Juda, à Jérusalem, la très-forte". Car le

on saura qae les Septante ont traduit: v. 15: prit à dissoudre tue méjprUe âte tont bois.,, Y. id: car il est justifié et quoi si une tribu est expulsée, cela ne sera pas. Jérôme a lu : 15: Toi gui meus le sceptre de tnon fils tu as coupé tout bois.... 18: parce qu'il est éprouvé et cela quand il aura détruit le sceptre et ne sera pas. Chaque commentateur moderne a essayé à son tour de faire disparaître Tobscurîté, soit en changeant le texte, soit en donnant aux mots des significations «{u'ils n'ont pas ailleurs. Nous désespérons d'y voir plus clair que d'autres. Nous dirons seulement que l'épée parait Ôtre le sujet des deux phrases, et qu'eUe parait être mise en opposition avec le sceptre f comme avec quelque chose de plus faible qui ne lui oppose pas de résistance. Ce sceptre serait-il celui de Juda, par allusion à Genèse XLIX, 10. (Juda est appelé dans ce passage mon fils, parce que c'est Jacob qui parle.] Ce sceptre pourrait être désigné comme méprisant tout bois, c'est-à-dire tous les hommes (v. 3) ou tous les autres sceptres ? D'autres ont mieux aimé voir dans ce sceptre la puissance mfime de Babylone qui^ dans son orgueil, méprise les autres. — Se frapper la hanche, est un geste de désespoir.

0 Le prophète est en quelque sorte l'exécuteur des volontés divines qu'il annonce. Il saisit l'épée et la brandit aux yeux du monde effrayé ; il la saisit, main contre maint c'est-à-dire des deux mains, et il frappe si rapidement de tous côtés, que l'épée semble se doubler et se tripler (litt.: se doubler pour la troisième fois).

"7 Changement dans la coupe des mots — le texte reçu met: l'épée du grand cadavre. Le verbe cerner ne pouvait Ôtre employé que parce qu'au fond il ne s'agit pas d'une épée unique, mais d'une armée. Cela se dessine plus nettement dans les lignes suivantes.

^ Pour multiplier les achoppements, c'est-à-dire les cadavres entassés aux portes qu'il s'agit d'attaquer et de défendre.

^ Allocution à l'épée, c est-à-dire à l'ennemi. L'épée à elle seule ne peut pas se serrer (litt.: s'unir).

iO Ici cette phrase, par un jeu de mots à la fois très-simple et très-expressif, marque le geste de l'applaudissement.

^ ^ Ici enfin l'épée de Tallégorie prend la figure réelle et historique d'une puissance contemporaine. C'est le roi de Babel qui se met en campagne. Son approche et son

ÉZÉCinEL XXI, 27-30. 69

roi de Babel se tient à la naissance du chemin, à l'entrée des deux chemins, pour consulter le sort; il secoue les flëcbes, il interroge ses pénates, il inspecte le foie^^. Dans sa droite, il tient le sort : Jérusalemy pour y dresser ses béliers, pour s'ouvrir l'entrée par la brèche, pour, faire retentir le cri du combat, pour dresser les béliers contre les portes, pour élever des remparts, pour construire des tours. Mais à eux, cela semblera une divination mensongère — ils ont serments sur serments 1 — mais lui les fera souvenii* de leur crime en les livrant". Voici donc ce que dit le Seigneur, l'Éternel: Puisque vous me faites souvenir de votre crime, en mettant à nu vos méfaits, en montrant vos péchés dans tous vos actes, puisqu'on se soQvient de vous, vous serez empoignés I Et toi, qui es voué à répée, scélérat de prince d'Israël, toi, dont l'heure arrive avec

double bnt sont indiqués par un acte symbolique, analogue à celui du chap. IV. Le prophète reçoit Tordre de tracer au burin (sur une planche ou brique) deux chemins, partant d'un môme point (de Babel) et conduisant contre deux capitales, celle d'Israël, et celle de ses plus cruels et redoutables voisins. A l'endroit où les deux chemins se séparent, il y aura une matii, un poteau-enseigne. Arrivé là, le roi de Babel consultera le sort pour savoir de quel côté il se dirigera d'abord. — Jérusalem est appelée la très-forte, par ironie.

is Dg ce9 différents moyens de divination, l'inspection du foie de la victime est surtout connue par l'usage qu'en ont fait les Romains; les dieux pénates Iteroftm) sont fréquemment nonmiés dans l'ancienne histoire d'Israël, même encore du temps de David. La bélomoMiiê, ou divination au moyen des flèches, usitée encore chek les Arabes bien des siècles après, parait avoir été un simple tirage au sort, les différentes réponses possibles étant inscrites sur des flèches dont on prenait l'une au hasard. Du moins, c'est l'explication la plus simple de ce qui est dit du sort : Jérusalem.

1^ Ces lignes et celles qui suivent sont des plus obscures de ce morceau si riche en ^difficultés. Notre traduction, aussi exacte que le permettait l'incertitude de la construction syntacUque, fera pressentir les embarras du commentateur. Voici le sens que nous croyons découvrir dans ce passage : La prédiction du siégé de Jérusalem par le roi de Babel ne produit pas leffet désiré sur le peuple. Eua (les IsraéUtes), loin *d'y croire, la regardent comme l'oracle d'un devin menteur. Cette disposition provoque davantage la colère de Dieu : /t»', qui au lieu de repentir ne voit qu'obstination, les fera souvenir de leur crime, et Jérusalem sera livrée, saisie par la main du roi de Babel, empoignée.,,. Quant à la phrase mise en parenthèse : < île ont serments sur serments / • nous la prenons comme une retorsion ironique des discours des Israélites, qui à toutes les sinistres prédictions des prophètes répondaient : « Jéhova nous a fait serment, il ne manquera pas de nous protéger • (Jér« VII, 4 et suiv.). Nous convenons cependant que cette phrase a été très- diversement expliquée, par exemple de serments mensongers prêtés à Jéhova , de serments de vasselage prêtés au roi de Babel, sans compter les essais de rectification appliqués à un texte qui, du reste, manque dans la bible grecque.

le crime finaP^, voici ce que dit le Seigneur, FÉternel : Oter la tiare, enlever la couronne ! ce ne sera plus cela : exalter ce qui est bas, abaisser ce qui est haut. Ruines, ruines^ ruines! voilà ce que j'en ferai. Elle aussi ne sera plus, jusqu'à ce que vienne celui à qui est le droit et auquel je le donne *^.

Et toi^ fils d'homme, prophétise et dis : Voici ce que dit le Seigneur, rÉternel, au sujet des fils de 'Ammon et de leurs insultes *M Tu diras : L'épée, Tépée est tirée pour le carnage, elle est fourbie pour éblouir ^^ comme Téclair — tandis qu'on te berce de fausses visions, qu'on te prédit le mensonge I — pour être portée au cou des méchants voués à la mort, dont l'heure arrive avec le crime final ^*. Rengaine toujours ! C'est dans le Ueu où tu es né, dans la terre dé ton origine que je te jugerai. Je déverserai sur toi ma fureur ; du feu de ma colère je soufflerai sur toi ; je te livrerai à des hommes barbares, artisans de la destruction. Tu seras la proie du feu, ton sang coulera par tout le pays ; il ne restera de toi aucun souvenir : moi, rÉternel, je le dis *• !

14 Le roi Çideqijah est voué à Vépée^ litt.: frappé à mort, ce qa'il n'est pas besoin de prendre à la lettre. Son crime final, qui amène son Keure, c'est son parjure politique, à moins qu'on ne veuille y voir le refus d'écouter les avertissements ' suprêmes des prophètes. Les menaces adressées au roi sont énoncées à l'infinitif, ce qui leur donne plus d'emphase. L'antithèse entre ewalter et abaiuer exprime d'une manière figurée ce qu'en langage moderne on appellerait une grande révolution. (Beaucoup de commentateurs veulent distinguer la tiare et la couronne, et y voir le pontificat et U rojauté, comihe deua institutions théocratiques qui doivent finir. Mais Ézéchiel n'a parlé nulle part de la première.)

15 Assez généralement on voit ici une prédiction messianique formulée de manière à rappeler le passage Gen. XLIX, 10 (comp. plus haut v. l5]. Les textes d'Ézéchiel n'offrent point de parallèle assez explicite pour décider ce qu'il peut avoir eu en vue. — Les ruines sont sans doute celles de la ville, quoiqu'elle ne soit pas nommée.

16 Leur tour viendra aussi; ils ont tort de manifester une Joie maligne au sujet de la destinée de Jérusalem. La leur sera plus terrible encore, car elle sera définitive.

1*^ Conjecture. D'autres traduisent: pour achever (LXX}, pour dévorer, etc.

18 Imitation des v. 14, 15, 30. — Disons cependant que le texte hébreu met : pour te porter, etc., ce qu'on prétend expliquer en disant que les ^Ammonites massacrés doivent dire jetés sur les cadavres des Israélites I

19 Les dernières lignes sont adressées au peuple des 'Ammonites. Ils doivent rengainer^ c'est-à*dire ne pas songer à une défense désormais inutile. Le discours se termine comme il a commencé, par l'image de Hncendie.

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