‹ La Bible (volume 2)Chapitre 66 sur 93 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Et la parole de l^Éternel me fut adressée en ces termes : Et toi, fils d'homme^ j^ë^y j^gc ' ^^ ^^^^^ ^^^ meurtres ! rappelle-lui toutes ses abominations 1 Dis-lui : Voici ce que dit le Seigneur, TÉternel : Ville qui verses le sang dans tes rues, pour hâter ton heure, qui t'es fait des idoles pour te souiller^, par le sang que tu as versé tu es devenue coupable, par les idoles que tu as faites tu t'es souillée : tu as fait approcher ton jour^ tu es arrivée au terme de tes années^. C'est pour cela que je vais te livrer aux insultes des nations, à la dérision de tous les pays, voisins ou éloignés de toi, ils t'insulteront, impure de nom, chef-lieu du désordre I Vois donc les chefs d'Israël! ils sont là chez toi, chacun avec son bras, pour verser du sang ^ ; chez toi on méprise përe «t mère, chez toi on fait violence à l'étranger ; l'orphelin et la veuve, on les opprime chez toi. Tu avilis mes choses saintes ^ et tu profanes mes sabbats. Des délateurs sont là pour verser du sang; ou va chez toi banqueter sur les hauteurs ^ ; toute atrocité se commet dans ton sein. Tel souille la couche de son père, tel y abuse de la femme dans son impureté. L'un commet l'adultère avec la femme de son prochain, l'autre souille sa bru par l'inceste, un autre débauche sa sœur, la fille de son père^. Chez toi on accepte des présents pour verser du sang; tu prends usure et intérêt ^^ tu dépouilles les autres par malversation, et quant à moi, tu m'oublies, dit le Seigneur, l'Éternel. Mais vois-*tu,

^ Les crimes de Jérusalem et leur punition. — La mesure est comble, Vheure du châtiment approche. Ce sont deux crimes principaux, le meurtre (des prophètes? des innocents en général ?) et TidolAtrie que l'auteur reproche à Israël.

« Chap. XX, 4.

3 Les actes du culte ont toujours le but de purifier le pécheur, de le réconcilier avec Dieu. Le culte d'Israél, tel qu'il était, ne pouvait avoir que l'efTet contraire.

^ Cela se dit ordinairement d'un vieillard décrépit dont les jours sont comptés. Ici, il s'y ajoute encore l'idée du châtiment.

^ Si le discours parle d'abord des chefs (y compris les rois), les reproches s'adressent plus tard à tout le monde. Le bras est dit par opposition au droit . A défaut de celui-'Ci, c'est par la violence qu'on s'approprie ce qu'on convoite. Les meurtres paraissent être mentionnés comme un moyen de confiscation illégale, et la mention de délateurs et de présents acceptés par les juges nous signale les procédés ordinairement employés dans ces odieuses manœuvres.

^ Temple, autel, sacrifices, fôtes, etc. Généralement le mot s'emploie des objets consacrés, prémices, etc. On les avilit en les détournant de leur destination.

"^ Comp. chap. XVIII, 6.

« Lév. XVIII, 8, 9, 15, 19.

9 Chap. XVIII, 8, 13.

je frappe dans ma main *® au sujet du gain que tu as fait et du sang versé chez toi. Ton courage résistera-t-il ? tes mains tiendrontelles ferme" au jour où j'agirai contre toi? Moi, TÉternel, je le dis et je le ferai! Je te disperserai parmi les nations, je te disséminerai dans tous les pays, j'ôterai de chez toi ta souillure entièrement, et tu seras avilie par toi-même aux yeux des nations^ et tu reconnaîtras que moi je suis rÉternel.

Et la parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Pour moi la maison d'Israël est devenue de la scorie : tous ils sont de l'airain, et de Tétain, et du fer, et du plomb dans un fourneau; ils sont des scories d'argenf . Pour cela^ voici ce que dit le Seigneur, TÉternel : Puisque vous êtes tous devenus des scories, voyez, je vais vous amasser dans Jérusalem: comme on amasse de l'argent et de l'airain, et du fer, et du plomb, et de rétain dans un fourneau, pour y souffler le feu, afin de le faire fondre, de même je vous amasserai dans ma colère et dans* mon ardeur : je vous y mettrai et je vous ferai fondre. Je vous rassemblerai et je soufflerai sur vous le feu de mon courroux et vous y serez fondus. Comme l'argent est mis en fusion dans un fourneau, de même vous y serez fondus, aiSn que vous sachiez que moi, rÉternel, j'ai versé sur vous ma colère.

Et la parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Dis-lui ^' : Tu es une terre non nettoyée, non arrosée, aa jour de la colère! Ses princes^* complotent dans son sein : comme le

10 Geste d'indignation. D'autres traduisent : Je frappe de ma maiu tur le gain, et sur le sang — pour dire : je punis.

1 1 Allusion à l'opini&treté avec laquelle jusqu'ici les avertissements des prophètes ont été rejetés.

18 Pour cette allégorie, comp. Es. I, 22 suiv. Jér. VI, 27 solv. Cependant la chose essentielle dans l'image n'est pas ici, comme ailleurs, le but de l'opération, nous voulons dire la purification d'Israël symbolisée par le dégagement du métal précieux d'avec les divers éléments d'alliage. Il s'agit uniquement de la punition en elle-même. C'est la colère de Dieu et le feu tourmentant ces masses sans valeur, qui forment les deux termes de la comparaison. Jérusalem est le fourneau dans lequel sera entassé le grossier minéral. Dieu y mettra le feu et ces masses seront mises en fusion, c'est-è-dire anéanties quant à leur existence actuelle, réduites à un état qui les rendra méconnaissables, jetées au rebut. L'argent n'est mentionné que pour compléter le tableau ; il n'a rien à faire dans l'application de l'image.

13 Au pays de Juda. Il est, au moral, ce que serait au physique un champ que oi la maiu du laboureur, ni la pluie du ciel n'aurait mis en état de rien produire de bon.

14 D'après les LXX (comp. Soph. III, 3, 4}. Le texte reçu porte nabi pour nêsi. — L'auteur passe en revue toutes les classes de la société pour signaler la culpabiiiU universelle. Il parlera des prophètes plus bas, v. 28. Ce qu'il dit ici s'adapte beaucoup mieux à des hommes revêtus d'une puissance matérielle.

ézécHiBL xxii, 25-31. XXIII, 1-3. 73

lion rugissant qui déchire sa proie, ils mangent les gens, ils enlèvent biens et richesses, ils y font nombre de veuves. Ses prêtres violent et profanent mes choses saintes ; ils ne distinguent pas ce qui est sacré de ce qui est commun, et ne font pas connaître la différence de ce qui est pur et impur ; ils voilent leurs yeux devant mes sabbats, et je suis déshonoré au milieu d'eux. Ses chefs sont là comme des loups qui déchirent leur proie, versant le sang et faisant périr les hommes pour gagner de Targent. Et ses prophètes leur enduisent cela de crépi ^^ ; ils ont des visions vaines et leur débitent des oracles mensongers ; ils disent bien : ainsi parle le Seigneur, TÉternel — mais rÉternel ne leur a point parlé. Le commun peuple exerce des violences et commet des rapines ; ils oppriment le faible et le pauvre, et vexent Tétranger injustement. J'ai cherché parmi eux un homme qui élevât un mur et se plaçât dans la brèche devant moi, pour que ce pays ne fût pas ruiné, mais je n'en ai point trouvé '*. Aussi bien je verse sur eux mon courroux ; dans le feu de ma colère je les achève ; je fais retomber leurs forfaits sur leurs tètes^ dit le Seigneur, rÉternel I

XVIIP.

Et la parole de TÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Il y avait deux femmes, filles d'une même mère : elles se

prostituèrent en Egypte ; dans leur jeunesse elles se prostituèrent. La, leurs mamelles furent pressées, et Ton porta la main sur leur

^^ Comp. chap. XIII^ 10. — Au lieu d'avertir et d'exhorter, ils cachent le danger.

10 L'image du mur et de la brèeke nous met en présence d'une attaque hostiles ; celle-ci est à redouter de la part de Dieu, vengeur de l'innocent et juge de toute iniquité. Le coupable lui-même est incapable de lui résister, mais s'il y avait un Juste, UQ seul, qui pût se présenter avec un cœur pur et un front serein et intercéder pour les autres, Jébova s'arrêterait et se laisserait fléchir. Comp. Gen. XVIII, 23 suiv.

1 Nouvelle allégorie delà défection antithéocra tique (religieuse et politique) d'Israël à l'égard de son Dieu. Gomme au chap. XVI, l'allégorie se fonde sur l'assimilation de l'alliance théocratique au mariage, et de l'infidélité spirituelle à l'adultère. Il y a cependant dans les détails quelques éléments qui ne s'accordent pas bien ensemble. Le prophète vent distinguer les deux royaumes ou fractions de la nation ; il parle donc d'un mariage de Jéhova, non pas avec une seule femme (Israél), comme ailleurs, mais avec deux sœurs, filles d'une môme mère, ce qui est même contraire à la loi (Lév. XVIII, 18J: ensuite, l'alliance (conjugale] n'est contractée qu'au Sinaï, d'après les données de l'histoire ; pourtant ici il est dit qu'antérieurement déjà, en Egypte, les deux sœurs (la nation entière) était débauchées (idoifttres) ; ce qui n'empêcha pas l'accomplissement de l'alliance {elles furent à moi), dont la conséquence fut la formation d'un peuple nombreux (de deux royaumes). — Les crudités du langage ont dû être un peu voilées en quelques endroits.

sein virginal. Leurs noms sont : Oholah, la grande, et OhoUbah, sa sœur. Et elles furent à moi et enfantèrent des fils et des filles. £t leurs noms sont : Oholah, S'omerôn, et Oholibah, Jérusalem'. £t Oholah me fut infidèle; à ma place elle caressa ses amants, les Assyriens, ses bons amis, vêtus de pourpre, satrapes et seigneurs, tous beaux garçons, cavaliers montés sur leurs chevaux. Et elle leur voua ses amours adultères, à toute cette élite des enfants de TAssyrie, et tout en les caressant elle se souillait avec leurs idoles. Et son dévergondage d^Égypte^ elle n'y renonça pas non plus : car on avait couché avec elle dans sa jeunesse, on avait porté la maio sur son sein virginal, on Tavait plongée dans la débauche. C'est pour cela que je Tai livrée à ses amants, aux Assyriens qa^elle avait caressés'. Eux ont mis à découvert sa nudité; ils lui ont pris ses fils et ses filles, ils Tout elle-même égorgée avec Tépée, et elle est devenue la fable des femmes * après qu'on lui eut fait justice. Et sa sœur Oholibah, quoiqu'elle Teût vu, fit encore pis qu'elle dans ses débordements et son impudicité fut plus grande que celle de sa sœur. Elle caressa les fils de TAssyrie, satrapes et seigneurs, ses bons amis, richement vêtus, cavaliers montés sur leurs chevaux, tous beaux garçons. Et je vis qu'elle se souillait : c'était le même train à toutes les deux^. Mais elle alla plus loin dans ses débauches: elle vit des hommes dessinés sur le mur, des images de Chaldéeos

^ Oholîbah — (ma-^Ml0-m-02/0) — Jéhova ayant élu domicile à Jérusalem ; Oholah — (sa'tentê'à'elU) — le royaume des dix tribus s 'étant séparé du sanctuaire national pour s'en faire un à part.

^ Histoire du royaume de Samarie ou des dix tribus, lequel était détruit depuis plus d'un siècle à l'époque d'Ëzéchiel. Il avait succombé sous les coups de ces mâmes Assyriens avec lesquels ses derniers rois avaient entretenu des relations politiques à Ii fois perfides et onéreuses. Notre auteur insinue que durant cette intimité le culte assyrien fut introduit dans le pays ; les livres historiques ne relèvent pas ce fait. Quoi qu'il en soit, ces liaisons politiques à elles seules étaient déjà considérées comme des actes de défection. Nous voyons ici les rois israélites et leurs sujets, éblouis par U puissance militaire des Assyriens, se jeter dans leurs bras en sacrifiant leur propre indépendance et finir pourtant par être étouifés dans l'étreinte des conquérants. Eo môme temps on reprenait incessamment les intrigues diplomatiques avec les Pharaons d'Egypte, par lesquelles la sûreté du pays était plus compromise que sauvegardée.

4 Les autres peuples la citent comme exemple de la plus profonde humiliation.

^ C'est le pendant du tableau précédent. Les rois de Juda firent comme leurs collègues de Samarie ; eux aussi entretenaient des rapports avec l'Assyrie et acceptaient de l'étranger, avec l'appui politique^plus ou moins illusoire, des mcrors dissolaes et un culte criminel. (Voyez le commentaire sur Ésaie VIL) La chronologie des événements n'est pas très-exacte dans ces tableaux, qui rt^sument plutôt l'esprit que les faits de l'histoire do plusieurs siècles.

ézécHiEL XXIII, 15-23. 75

dessinés an vermillon, portant une ceinture autour des reins, d'amples tiares de couleur sur leurs têtes, tous semblables à des chevaliers^ des portraits de Babyloniens originaires de la Chaldée ; et elle se prit d'amour pour eux à cette vue, et leur envoya des messagers en Chaldée ^. Et cé^ Babyloniens vinrent coucher avec elle maritalement^ et la souillèrent de leur luxure, et elle se souilla avec eux, jnsqu'à ce qu'elle en fût dégoûtée^. Et comme elle faisait voir à découvert son impudicité et sa nudité, je fus dégoûté d'elle, comme je l'avais été de sa sœur. Et elle multiplia ses débauches, jusqu'à se rappeler les jours de sa jeunesse, où elle s'était prostituée sur la terre d'Egypte, et elle fut éprise de ses galants qui avaient des membres comme les ânes et la chaleur des étalons. Tu^ reportais tes yeux sur l'infamie de ta jeunesse, en Egypte, où l'on portait la main sur tes mamelles, à cause de ton sein de jeune fille. Pour cela, Oholibah, voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Je vais exciter contre toi tes amants, ceux-là même dont tu t'es dégoûtée, et je les amène contre toi de toutes parts ^ : les Babyloniens et toute la Chaldée, préfets, chefs et nobles ^°, et avec eux les Assyriens, de beaux garçons tous, satrapes et seigneurs, chevaliers et conseillers.

^ Après la chute de l'empire assyrien, ce fut le tour de la puissance des Chaldéens, ces nouveaux conquérants qui vinrent s'établir à Babjlone. Â ce propos, l'auteur fait allusion à un fait qui appartient à l'histoire de l'art. Le texte dit clairement qu'avant Tépoque où les rois de Jérusalem recherchèrent l'alliance des Chaldéens (par des messagers), on les connaissait déjà par des peintures murales dont les contours étaient exécutés au burin et qui représentaient des guerriers de cette nation. Sans doute, les rois, imitant en cela les princes de Ninive, avaient fait faire des dessins de ce genre ians llntérieur de leur palais. Nous connaissons cet antique usage par le témoignage de Diodore de Sicile (II, 8] et par les fouilles faites de nos Jours sur les bords du Tigre et du Nil. Le costume décrit est étranger. Les tiares ou mitres sont une espèce de bonnets (Hérodote I, 195) à bords ou pans flottants, ou descendant sur les épaules. Les chevaliers sont proprement des guerriers combattant sur des chars.

^ Quand elle s'aperçut enfin que les Chaldéens ne lui voulaient au fond aucun bien, au lieu de revenir à Jéhova, elle en revint aux amours de sa jeunesse ; elle intrigua arec les Égyptiens, dont la puissance contrebalançait alors celle des Babyloniens, afin de se soustraire au joug de ceux-ci avec l'aide des premiers. Les faits auxquels lauteur fait allusion sont relatés au long dans l'histoire de Jérémie et des derniers rois de Juda.

^ La véhémence oratoire amène finalement l'apostrophe directe.

^ Juda, à son tour, sera châtiée comme Samarie ; elle le sera par ceux-là même avec lesquels elle avait entretenu des relations criminelles et auxquels, en dernier lieu, elle avait manqué de parole, espérant 6tre protégée par l'Egypte.

1^ Trois mots de signification douteuse; peut-être d'origine étrangère. Beaucoup de commentateurs, en désespoir de cause, les ont pris pour des noms de peuplades (inconnues).

76 ézéCHIEL XXIII, 24-35.

tous montés sur leurs chevaux. Et ils viendront contre toi avec armes**, coursiers et équipages, et avec des masses de troupes ils rangeront contre toi tout autour boucliers, pavois et heaumes, et je leur remettrai le jugement pour qu'ils te jugent selon leur procédure. Et je dirigerai ma jalouse ardeur contre toi, afin qu'ils te traitent avec fureur; ils te couperont le nez et les oreilles, et ce qui restera de toi tombera par Tépée. Oui, ils enlèveront tes fils et tes fiUes, et ce qui restera de toi sera dévoré par le feu. Ils t'arracheront les vêtements et ils enlèveront tes objets de parure. Et je mettrai fin à ton infamie, à ta luxure égyptienne ; tu ne lèveras plus les yeux vers eux et tu ne songeras plus à TËgypte. Car ainsi dit le Seigneur, rÉternel : Vois-tu , je te livre à ceux que tu hais , à ceux dont tu t'es dégoûtée afin qu'ils te traitent avec haine, et qu'ils t'enlèvent le fruit de tes peines, et qu'ils te laissent nue et dépouillée, et que la honte de ta luxure, et de ton infamie, et de tes débauches, soit mise à découvert*'. Voilà ce qu'on te fera, pour t'être prostituée aux païens, pour t'ètre souillée avec leurs idoles. Tu as marché dans la voie de ta sœur — je te donnerai aussi sa coupe à boire *' I Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Oui, tu la boiras, la coupe de ta sœur, cette coupe ample et profonde — [elle deviendra l'objet de la risée et de la raillerie **] — et d'une grande capacité ! D'ivresse et d'affliction ta seras soûlée ; c'est une coupe de désolation et de stupeur, que la coupe de ta sœur de S'omerôn. Et tu la boiras, et tu la lécheras, et tu en rongeras les tessons, et tu déchireras ton sein **. C'est moi qui le dis, parole du Seigneur, l'Éternel! Pour cela, voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Puisque tu m'as oublié, et que ta m'as jeté derrière ton dos, toi aussi porte la peine de ton crime et de ta luxure !

1 1 Mot douteux et peut-être altéré par les copistes.

1^ La syntaxe et le dictionnaire auraient demandé une expression plus énergiqne L'image de la courtisane une fois donnée^ les applications de détail se dessinent eo conséquence.

13 La coupe à boire, c'est le symbole usité de la destinée. Cette image estdéTeloppée dans les lignes suivantes.

1 4 Ces mots qui se lient mal au reste du texte (le verbe est au féminin et la coupe en hébreu est masculin) et qui manquent dans les LXX, ont lair d'ôtro une glose. Tout au plus pourrait*-on dire que c'est une parenthèse et que le sujet en est Oholibch elle-mfime.

1 ^ Après avoir vidé la coupe jusqu'à la dernière goutte (chfltimont excessif, roioe complète), elle la brisera pour lécher les restes du contenu, et les fragments pourront encore servir à faire des meurtrissures sur la chair en signe de désespoir. Vivrtsse e^l a la fuis Timage de l'énormité du châtiment, et de lexcès de la stupeur qui eo sera l'effet.

ézéCHlEL XXIIT, 86-43. 77

Et rÉternel me dit : Fils d'homme ! Prononce l'arrêt *• d'Oholah et d'Oholîbah, et redis-leur leurs infamies! Car elles ont été adultères, et il y a du sang à leurs mains. C'est avec leurs idoles qu'elles ont commis l'adultère, et leurs fils mêmes qu'elles m'avaient enfantés, elles les leur ont offerts en pâture*^. Elles m'ont fait plus encore : elle ont souillé mon sanctuaire en même temps, elles ont profané mes sabbats. Après avoir immolé leurs fils à leurs idoles, elles sont entrées le même jour dans mon sanctuaire pour le profaner. Voilà ce qu'elles ont fait dans l'enceinte de ma maison. De plus, elles ont envoyé vers des hommes venant de loin, auxquels un message fut adressé, et voilà, quand ils furent venus, ceux pour lesquels tu t'étais baignée, et avais fardé tes paupières, et mis tes parures, tu t'es assise sur un divan magnifique, devant lequel était placée une table, et tu y posas mes parfums et mon huile. Là, on entendait le bruit de la foule insouciante ; aux gens de la masse du peuple venaient se joindre les ivrognes du désert : ils leur mettaient des bracelets aux mains, et de belles couronnes sur la tête *^. Et je dis à cette courtisane usée : Elle continue donc ses débauches, elle

ï« Cliap, XX, 4.

1'' Allusion au culte de Moloch et aux sacrifices d'enfants. Ce qui suit fait voir que ce culte marchait de front avec celui de Jéhova et ne l'excluait nullement. On allait d'une fête à l'autre.

is Ces lignes sont on ne peut plus obscures et le texte est positivement altéré. Le grec, tout inintelligible qu'il est, peut du moins nous faire voir que la corruption est fort ancienne. Notre traduction s'en tient autant que possible à l'hébreu. Nous estimons que l'auteur, en parlant d'un message envoyé chez des hommes éloignés, revient tout simplement à ce qu'il avait dit au v. 16, et qu'il s'agit encore de reprocher aux deux sœurs — dont l'une cependant est apostrophée plus particulièrement, parce qu'elle est la seule survivante — leurs alliances avec les Assyriens et les Chaldéens. Mais ici l'allégorie de la courtisane revient : nous lui voyons faire sa toilette pour recevoir ses amants. Elle se baigne, elle met ses parures, elle met du fard sur les bords de ses paupières (2 Rois IX, 30], elle prépare un banquet, où l'on s'oint d'huile et où Ton brûle des parfums (choses qui auraient dû être réservées au créateur qui les avait données}, etc. Les ivrognes (venus de l'autre côté) du déétrt seraient précisément ces étrangers. Mais ces ivrognes mêmes manquent dans plusieurs textes. Quant à la phrase qui parle de la masse du peuple, et d'une foule insouciante, nous n'en donnerons point d'explication, parce que nous ne croyons pas qu'Ezéchiel ait écrit les mots tels que nous les lisons. Les Septante parlent de musique, les modernes d'oracles, de Sabéens et de toutes sortes de choses. On a aussi pensé que l'auteur, oubliant pour un moment son allégorie, aurait pu vouloir décrire une scène de la place publique, où les caravanes étrangères seraient venues se mêler aux habitants de Jérusalem, excitant leurs convoitises mondaines par l'aspect des belles choses qu'ils leur offraietit et donnant lieu, par leur présence, a des oigies. Tout cela nous parait bien loin de la pensée du discours.

78 ÉZÉCHIEL XXIII, 43-49. XXFV, 1, 2.

aussi *^! Mais on va chez elle comme chez une femme publique: oui, voilà comme on allait chez Oholah et Oholibah, ces femmes perdues ! Mais des hommes de justice '^, ceux-là leur feront le procès; le procès qu'on fait aux femmes adultères, et à celles qui ont versé le sang, car elles sont adultères et il y a du sang à leurs mains. Oui, voici ce que dit le Seigneur, TÉternel : On fera siéger'* contre elles une assemblée publique, et on les livrera aux sévices et au pillage; on les enterrera sous un monceau de pierres et on les taillera en pièces avec Tépée, on massacrera leurs fils et leurs filles, et on mettra le feu à leurs maisons. Voilà conune je veux mettre fin aux désordres dans ce pays, afin que toutes les femmes soient averties et qu'elles n'imitent pas votre mauvaise conduite. On vous fera payer pour vos méfaits, et vous porterez la peine de votre idolâtrie, et vous saurez que moi je suis le Seigneur, rÉtemel.

XIX*

En la neuvième année, le dixième jour du dixième mois, la parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Note-toi la date de ce jour^ de ce présent jour : c'est aujourd'hui que le roi

18 Cette phrase est, s'il se peut, plus obscare encore que la précédente, et notre traduction est purement conjecturale. Comme il est question d'une seule femme, nous songerons encore à Juda : il faut cependant remarquer que tantôt les deux sœurs reviendront ensemble. Nous croyons comprendre que le prophète veut nous représenter Jéhova au comble de l'indignation, déclarant que la mesure de Oholibah est pleine, qu'elle aurait dû être lassée par ses propres excès et ne plus trouver personne ^i voulût avoir commerce avec elle. — D'autres traduisent, dans le m6me sens: La prostitution elle-même va se prostituer I

20 Nous ne disons pas des hommes jtuieê, car il s'agit des Chaldéens, instruments de la juste colère de Dieu. Ce sont des agents du juge. En général, dans toute cette péroraison, il faut se figurer comme dernière scène de l'aUégorie un procès formel intenté pour adultère à l'épouse infidèle. Seulement les termes propres empnmtës aux faits historiques viennent partout se combiner avec les figures ; le pillage, le massacre, llncendie, appartiennent à un autre ordre d'idées que l'assemblée des juges, la lapidation, etc.

*^ On pourrait bien traduire : Fais ttégerJ le prophète étant l'organe de la voloot^ de Dieu (v. 86). On remarquera d'ailleurs qu'Oholah (Samarie) est considérée comme existant encore. Cela prouve clairement que du temps d'Ëzéchiel l'ancien territoire da royaume d'Éphraîm était encore peuplé d'Israélites.

1 Allégorie de la ruine de Jérusalem. Ce morceau, d'après la note chronologique mise en tête, aurait été écrit le jour même où l'armée des Cbaldéens parut devant Ii ville.' Nous estimons que cette note tient à la forme du discours. Ce jour, d'ailleurs, est resté gravé profondément dans la mémoire des Israélites (2 Rois XX.V> 1- Jér. LU, 4), qui le fériaient par un jeûne (Zach. VIII, 19).

de Babel prend position devant Jérusalem. Raconte donc à cette race rebelle une parabole', et dis-leur : Voici ce que dit le Seigneur, rÉtemel : Pose la chaudière, pose-la, et verses-y de Teau, entasses-y ses morceaux, tous les bons morceaux, cuisse et épaule, remplis-la des meilleurs os, prends ce qu'il y a de meilleur dans le troupeau, mets aussi la rangée de bûches' dessous, fais-la bien bouillir, et que les os qui sont dedans soient cuits I Pour cela, voici ce que dit le Seigneur, FÉternel : Malheur à la ville souillée de sang, à cette chaudière couverte de rouille et dont la rouille ne s'en va pas I Vide-la morceau après morceau sans tirer au sort * 1 Car son sang est resté chez elle, elle Ta versé sur la roche nue, elle ne l'a point répandu sur le sol pour le couvrir de terre*. C'est pour soulever riodignation, pour exciter la vengeance, que j'ai fait verser * ce sang sar la roche nue, pour qu'il ne fût pas couvert. C'est pour cela que le Seigneur, l'Éternel, dit : Malheur à la ville souillée de sang I Moi aussi je veux dresser un grand bûcher! Amasse^ le bois! Attise el feu 1 Fais cuire la viande 1 Fais fondre la graisse *, et que les os se

^ 11 ne s'agit donc pas d'un acte symbolique qu'Ézéchiel aurait fait en présence de témoins. — L'allégorie est assez simple au fond: la chaudière, c'est la yille, les morceaux de viande et les os, sont les habitants, la cuisson, c'est la destruction. (Comp. chap. XI, 3.} On remarquera que l'auteur ne perd pas de vue un instant le sens propre des figures, car il dit : ses morceaux (le pronom ne peut se rapporter qu'à la Tille et non à la chaudière). Il en est de même des pronoms du v. 6, qui sont au féminin, et en hébreu la ville est un féminin, mais non la chaudière» (Yide-/a, sa rouille, se rapporte donc nécessairement à la ville.)

^ Correction nécessaire pour os. En hébreu, les deux mots se distinguent par une seule lettre.

^ Tous les habitants doivent périr, sans que personne soit exempté.

^ Le principal reproche adressé ici à Jérusalem concerne les meurtres restés impunis (la rouille qui ne s'en va pas, le sang non absorbé par la terre). Comp. XXIII, 37.

^ Dieu lui-même a fait en sorte que la trace du crime ne fût pas effacée, afin que la vengeance divine eût son cours.

"^ Le prophète, organe des volontés de Dieu, reçoit l'ordre de préparer, c'est-à-dire d'annoncer la catastrophe. L'allégorie de tout à l'heure est continuée en partie, mais OQ voit clairement qu'il s'agit du sac de Jérusalem. Cependant l'application de l'image est double. Les viandes et les os qui doivent bouillir jusqu'à ce qu'ils soient réduits en une masse informe, sont les habitants ; puis la chaudière elle-môme (la ville) doit être exposée au feu, seul moyen de la purifier de la rouille qui s'y est attachée (du sang versé, V. 7, 8). Toutes les peines que Dieu s'était données antérieurement pour corriger ce peuple ont été vaines.

^ Phrase douteuse et diversement traduite. Le mot s'emploie ailleurs de la prépara» tion des onguents.

80 ÉZÉGHIEL XXIV, 10-21.

consument! Pais pose-la vide sur les braises pour que Tairain s'échauffe et s'embrase, que Tordure qui y est attachée se fonde, qae sa rouille disparaisse ! Toutes les peines ont été perdues : cette masse de rouille ne s'en va pas : au feu donc sa rouiUe I Ta souillure est criminelle : puisque j'ai voulu te nettoyer et que tu n'es pas devenue pure^ tu ne le deviendras plus jusqu'à ce que j'assouvisse ma colère sur toi! Moi, l'Éternel, je le dis : cela viendra, et je le ferai! Je ne donnerai point de dispense, je n'épargnerai pas, je ne me repentirai pas ! C'est selon tes faits et gestes qu'on te jugera, parole du Seigneur, l'ÉternePI

XX «

Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fiis d'homme! Vois-tu, je vais t'enlever l'objet chéri de tes yeux, par un coup soudain : mais ne porte pas le deuil et ne pleure point, et que tes larmes ne coulent point. Soupire en silence, pour les morts ne fais point de complainte. Ceins ton turban sur ta tête, mets tes souliers aux pieds, ne te voile pas la barbe, et ne mange pas les choses que les gens t'envoient.

Et après que j'eus parlé au peuple le matin y ma femme mourut le soir, et le lendemain je fis comme il m'avait été commandé ^ Et le peuple me dit : Explique-nous ce que signifie ce que tu fais. Et je leur dis : La parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Dis à la maison d'Israël : Voici ce que dit le Seigneur, l'Étemel : Voyez, je vais profaner mon sanctuaire, l'orgueil de votre puissance,

0 La traduction grecque ajoute ici ce qui suit : Oui^ je te jugerai en raison du sang versé' et de tes mauvaises pensées, impure que tu es, toi qui ne cesses de mHrriter.

1 Autre symbole de la ruine de Jérusalem et de l'impression que cette catastrophe fait sur les exilés. Ce morceau doit se rattacher au précédent, d'après les indications chronologiques.

^ Le prophète représente la mort subite de sa femme comme un symbole de la ruine de Jérusalem. Elle meurt le soir même du jour où il a raconté la parabole de la chaudière. Mais il ne prend pas le deuil, il ne fait rien de ce qu'on a coutume de faire en pareille occasion : il ne se découvre pas la tête pour y répandre de la poussière^ U ne va pas pieds nus, il ne se voile pas la partie inférieure du visage, il n'accepte pas les mets envoyés par les amis et voisins (Jér. XVI, 7. Os. IX, 4. Deut. XXVI, 14). — Nous nous croyons autorisé a ne voir dans tout ce récit qu'une allégorie, et non un fait réel. A première vue, on pourrait dire que le prophète représente Jéhovs, dool Israël est l'épouse, et qui a déclaré d'avance qu'il ne s'apitoierait pas sur le sort de ce peuple et de sa capitale. Mais il va en donner lui-même une explication plus spéciale.

Pobjet chéri de vos yeux> les délices de vos âmes, et vos fils et vos filles que vous avez laissés tomberont par Tépée. Et vous ferez comme je viens de faire : vous ne vous voilerez pas la barbe, vous ne mangerez point les choses que les gens vous enverront, vous mettrez les turbans sur vos tètes et vos souliers aux pieds ; vous ne porterez pas le deuil et vous ne pleurerez pas, mais vous vous consumerez de langueur sous le poids de vos péchés, et vous gémirez Tan devant Tautre'. Et lehezqel sera pour vous un symbole prophétique : tout ce qu*il a fait, vous le ferez aussi, et quand cela arrivera, vous reconnaîtrez que moi je suis le Seigneur, TÉternel.

Et toi, fils d'homme 1 Au jour où je leur ôterai leur puissance, leur joie la plus glorieuse, Tobjet chéri de leurs y«ux, le désir de leurs âmes, leurs fils et leurs filles^ ce jour-là un fuyard viendra chez toi pour Tannoncer devant tes oreilles. En ce jour-là, ta bouche s'ouvrira en même temps que celle du fuyard : tu parleras et tu ne seras plus mnet; tu seras pour eux un symbole prophétique et ils reconnaîtront qne moi je suis TÉternel * !

^ Ces dernières phrases ont été interprétées de deux manières différentes. On a VU| dans cette absence du deuil chez les exilés, lors de la destruction du temple, la preuve de l'absence de repentir que le prophète aurait voulu leur reprocher, et Ton traduit en conséquence : vous murmurerez Tun contre l'autre, vous vous bornerez à de stériles récriminations mutuelles. Mais il se pourrait aussi qu'Ézéchiel ait voulu peindre un abattement, un désespoir tel, que l'on n'aura plus même la force morale de se livrer aoz démonstrations ordinaires de la douleur. Cette version s'applique mieux que l'autre à la personne du prophète qui doit ici servir de symbole.

* Jusqu'ici la ruine de Jémsalem est simplement annoncée. Les exilés y croient-ils? C'est chose douteuse. Aussi le prophète, à partir de ce moment, reste-t-il muet et n'y revient pas. Mais quand la catastrophe sera accomplie, un fuyard (un seul échappé !] viendra confirmer la prédiction. Alors Ëzéchiel reprendra la parole et continuera sa mission. On n'a pas de peine à reconnaître que tout cela est de la rhétorique, et non de l'histoire.

A. T. 2« part, ^r- II. <>

82 ÉZÉCHTEL XXV, 1-9.

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