‹ La Bible (volume 2)Chapitre 69 sur 93 · XXIII · texte numérisé non relu

XXIII

Et la parole de rÉternel me fat adressée en ces termes : Toi^ fils d'homme, fais entendre un chant plaintif sur Tyr et dis-lui : 0 toi qui résides aux abords de la mer, qui trafiques avec les nations, vers des îles nombreuses, voici ce que dit le Seigneur laheweh : Tyr, tu dis, je suis parfaite de beauté I L'océan est ton domaine ' ; ceux qui t'ont bâtie t'ont faite bien belle. De cyprès de Sénir ils ont construit tes deux parois, ils ont pris un cèdre du Liban pour t'en faire un mât, les chênes de Bas'an ont servi pour tes avirons, ton pont est fait d'ivoire incrnsté dans le mélèze ' des îles de Kittim. La toile bigarrée d'Egypte formait tes voiles et te servait de pavillon, ta tenture était faite de pourpre bleue et rouge des îles d'Élis'ah*. Les hommes de Sidôn et d'Arwad étaient tes rameurs, les plus intelligents qui se trouvaient chez toi, ô Tyr, étaient tes pilotes ; tu avais les vieux maîtres de G'«ebal pour calfeutrer tes voies d'eau ^. Tous les vaisseaux de mer avec leurs matelots arrivaient chez toi pour trafiquer avec toi. Persans, Lydiens et Libyens composaient tes forces comme gens de guerre*, ils suspendaient^ dans ton enceinte leurs casques et boucliers et te donnaient de l'éclat. Les enfants d'Arwad et tes propres guerriers garnissaient tes mnrs tout autour, des braves occupaient tes tours et suspendaient leurs armes à tes murs et achevaient de te rendre belle. Tars'is'' était ton marché pour une masse de richesses ; c'est avec de l'argent, dn fer, de l'étain et du plomb qu'elle payait tes marchandises. lawan,

1 C'est ici le fameux morceau dans lequel Ézéchiel décrit la grandeur et la richesse de Tyr et de son mouvement commercial.

2 Dans les lignes (pii suivent (v. 4-9], Tyr est représentée sous la figure d'un grand et beau vaisseau.

' Conjecture. Il y a même à dire qu'on n'obtient un nom d'arbre, et Tidée de la marqueterie, que par un léger changement du texte qui cependant ne touche pas au consonnes. — Les lies de Kittim, comme le pluriel le fait voir, sont nécessairemeot plusieurs, et probablement les Sporades. Primitivement le nom désignait le port àf Kition (la patrie du philosophe Zenon), dans llle de Chypre.

4 Élîs'ah (l'Élide ?] correspond sans doute au Péloponnèse et aux îles adjacentes. La tenture est celle qui se déploie sur le pont pour abriter l'équipage.

^ Sidon, Aradus, Byblos (G'ebal), sont des endroits phéniciens bien connus, dont le> habitants relevaient à cette époque des Tyriens. — Insensiblement l'allégorie ei^t abandonnée et le discours prend les choses dans leur état naturel.

^ On sait que les Carthaginois aussi avaient à leur solde des mercenaires étrangers, et que notamment beaucoup de Grecs faisaient ce métier.

•ï Cant. IV, 4. 1 Rois X, 16.

^ L'Espagne (colonie de Tartessus).

Toubal et Més'ek ^ trafiquaient avec toi ; avec des esclaves et des objets d*airain ils faisaient rechange avec toi. Ceux de Togarmah^^' * payaient tes marchandises avec des chevaux de trait et de selle et des mulets. Ceux de Dedan^' trafiquaient avec toi; de nombreuses îles te servaient de marché, elles te fournissaient des cornes d'ivoire et du bois d'ébëne en paiement^'. Âram était ton marché pour les nombreux produits de son industrie; là on payait tes marchandises avec Tescarboucle, la pourpre, les étoffes bigarrées, le coton, le corail et le rubis ". Juda et le pays d'Israël trafiquaient avec toi, et faisaient des échanges contre du froment de Minuit, des pâtisseries*^, du miel, de Thuile et du baume. Damas était ton marché pour du vin de Helbôn et de la laine blanche, contre les objets fabriqués chez toi et une masse de richesses. Wedan et lawan d'Ouzal " payaient tes marchandises avec du fer forgé, du bois de cassier et d'acorus, qu'ils échangaient. Dedan*^ faisait avec toi le commerce de housses pour monter à cheval. L'Arabie et tous les émirs de Qédar faisaient le commerce avec toi, en trafiquant

9 La Grèce (lonie), le Pont et la Colchide. La nomenclature des marchandises peut servir à nous orienter dans les indications géographiques. Il faut d'ailleurs observer que l'auteur nomme ici tour à tour des peuples lointains chez lesquels les Phéniciens allaient faire le commerce^ et d'autres (surtout de l'intérieur) qui fréquentaient le marché de Tyr.

10 L'Arménie.

1 1 Arahes du désert.

1^ Ici il est question du commerce avec l'Inde, qui se faisait par l'entremise de carayanes arabes qui allaient des ports du golfe persique à ceux de la Méditerranée. Les îles sont, comme toujours, des pays lointains. Le texte dit ici : marché de ta main, ce que nous n'avons pas trouvé nécessaire d'exprimer à part. Peut-être l'auteur a-t-il voulu. dire que ce commerce ne se faisait que de main en main^ c'est-à-dire par des intermédiaires.

13 Au lieu d'Aram (la Syrie et la Mésopotamie], quelques anciens ont lu Édom^ et, de fait, ce peuple ne figure pas autrement dans la nomenclature. Les marchandises ne décident rien, car elles viennent en partie de plus loin, si tant est que nous sachions bien la signification des deux derniers mots.

^4 Mot hébreu absolument inconnu. D'autres mettent des confitures, des melons^ des épiceries, etc. Minn t est une localité au-delà du Jourdain.

1^ Ouzal est une localité dans l'Arabie heureuse (Gen. X, 27]. Si le texte n'est pas corrompu (les noms manquent dans les Septante], Wedan et lawan doivent être aussi des peuplades de ces contrées.

^^ Tribu arabe différente (?) de celle du y. 15. — Dans cette même vaste contrée, nous rencontrons plus loin les Qédarites, les S'ebâites, etc., comme faisant le commerce de transit avec des provenances de l'Inde.

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d'agneaux, de boncs et de béliers*'. Les marchands de S'ebà et de Ra'eœah trafiquaient avec toi; c'est avec des parfums exquis, avec toutes sortes de pierres précieuses et de Tor qu'ils payaient tes marchandises. Haran, Kanneh et 'Ëden, les marchands de S'ebà, Ass'our, Kilmad faisaient le commerce avec toi, en trafiquant de riches étoffes, de manteaux de pourpre et bigarrés, d'écheveaox de fil et de cordes solidement tordues**. Les vaisseaux de Tars'is' étaient tes caravanes ** [ton commerce] : tu t'enrichissais, tu devenais

puissante au milieu des mers Au milieu des vastes ondes tes

rameurs t'ont conduite '^ : le vent d'est te brise au cœur de l'océan. Ta richesse, tes marchandises, ton commerce, tes matelots, tes pilotes, tes calfats, tes négociants, tous tes guerriers que tu as à bord, mêlés à toute la multitude qui te remplit, tous ils tombent au fond de la mer. Au moment de ta catastrophe, aux cris de tes pilotes, les plages tremblent. Ils quittent leurs vaisseaux, tous ceox qui manient la rame'*, les matelots, tous les pilotes navigateurs; s'arrêtant au rivage, ils font retentir leurs cris à ton sujet, iU éclatent en plaintes amëres, ils répandent de la poussière sur leur tête, ils se roulent dans la cendre; pour toi ils se rasent le chef, ils revêtent le cilice; ils pleurent sur toi dans l'amertume de leur âme, plongés dans un deuil profond. Dans leur tristesse ils font

1'^ Les Septante ajoutent des chameaux. Mais il est peu probable ^e les Phénideos eussent trouvé des débouchés pour cet article.

18 II s'agit du commerce avec la Mésopotamie ; les deux premiers noms représentent les villes de Carrhas et de Ctésiphon, les trois autres (car Ass'our ne peut pas être ici rÂssyrie) sont douteux. Si les marchands de S'ebft ne se trouvent pas ici par suite de quelque méprise, il faut supposer que ces Arabes servaient d'intermédiaires entre les Phéniciens et les négociants des bords du Tigre et de TEuphrate. Quant aux marchandises, presque tout est incertain. Le texte n'offre que des mots qui ne se trouvent pas ailleurs et la conjecture philologique a beau Jeu.

10 La signification de ce mot n'est pas bien certaine. Si la traduction est Josts, l'auteur a voulu dire que le conunerce de Tyr se faisait par mer, comme aiUenrs il se fait par terre. — Après les cartwanes, le texte offre encore le mot ton eommerct, qui a tout l'air d'une glose, ajoutée par une main qui voulait expliquer le mot précédent.

^0 Ici le tableau change : après la splendeur^ la ruine. C'est à dessein qae cette seconde tirade commence précisément par les mfimes mots avec lesquels la première a fini. Dans ce qui suit, les verbes sont mis tantôt au prétérit^ tantôt au futur, selon que le prophète se met au point de vue de la simple prédiction ou de la vision. Noos mettons partout le présent qui répond à la fois aux deux formes du discours. — Tjr, comparée à un vaisseau, sombré en pleine mer.

^1 Cette nouvelle série de gens de mer^ représentés comme se lamentant sur la ruine de Tyr, sont naturellement ceux qui faisaient le commerce avec eUe et qui en ressentiront le contre-coup. Du bord du rivage, ils voient avec effroi le désastre du vaisseau qui est englouti par la mer.

ÉZÉCHIEL XXVII, 32-36. XXVIII, t-9. 89

entendre sur toi un chant fanëbre, ils chantent ta complainte : cQiii était pareil à Tyr, à celle qui a péri au milieu de Tocéanl» Tant que tes marchandises sortaient des mers **, tu nourrissais des peuples nombreux ; avec la masse de tes biens et ton commerce tu enrichissais les rois de la terre. Maintenant que brisée tu as disparu des mers^ tes marchandises sont au fond des eaux, et tout ton équipage 7 est tombé avec toi. Tous les habitants des îles sont dans la stupeur à cause de toi, leurs rois sont consternés et frissonnent. Les trafiquants étrangers te sifiQent : d'un coup soudain tu es frappée, et c'en est fait de toi à jamais I

Et la parole de TÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Dis au prince de Tyr : Voici ce que dit le Seigneur laheweh : Puisque ton cœur s'est enorgueilli et que tu dis : Je suis un dieu ; c'est dans une demeure de dieux que je réside au milieu de l'océan ^ I tandis que tu n'es qu'un mortel^ et non un dieu, et puisque tn penses être un dieu — certes, tu es plus sage que Daniel', aucun mystère n'est obscur pour toi, c'est par ta sagesse et ton intelligence que tu as fait fortune, et rempli tes magasins d'or et d'argent; par ton savoir-faire dans le trafic tu as augmenté ta fortune et à cause de ta fortune ton cœur s'est enorgueilli — pour cela, voici ce que dit le Seigneur : Puisque tu penses être un dieu, pour cela, vois-tu, j'amène contre toi des étrangers, les peuples les plus barbares : ils tireront l'épée contre ta belle sagesse et terniront ta splendeur. Ils te précipiteront dans la fosse et tu mourras, comme meurent les égorgés, au milieu de l'océan '. Diras-tu encore : Je suis un dieu ! en face de tes meurtriers ? tandis que tu n'es qu'un mortel, et non un dieu, entre les mains de celui qui t'égorge? De

^^ Apportées à terre par des vaisseaux de tous les points d'un horizon sans bornes.

1 II ne faut sans doute pas prendre ceci à la lettre et supposer que les rois de Tyr se faisaient rendre des honneurs divins. C'est plutôt Torgueilleuse illusion que le prophète veut signaler, d'après laquelle les Tyriens se croyaient inattaquables dans leur île.

2 Comp. chap. XIY, 14. — Tout ce passage^ qui forme une espèce de parenthèse, doit être pris dans un sens ironique ; les mystère font allusion aux arts de l'industrie, aux inventions, peut-être même aux explorations lointaines. L'auteur ne conteste pas ces choses, mais il insinue que les Tyriens avaient tort de s'en prévaloir tant et si exclusivement.

^ Cette demeure de dieux, inattaquable !

90 BZÉCHIEL XXVIII, 10-1 "7.

la mort des iDcirconcis * tu mourras sous la main des étrangers : c'est moi qui le dis, parole du Seigneur, l'Éternel I

Et la parole de TÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Fais entendre un chant plaintif sur le roi de Tyr et dislui : Voici ce que dit le Seigneur laheweh : ' Tu étais un cachet de forme parfaite^ rempli de sagesse et d'une beauté accomplie ; tu te trouvais dans TÉden, le jardin de Dieu ; des pierres précieuses de toute espèce te couvraient : le rubis^ la topaze, le diamant, le chrysolitbe^ l'onyx, le jaspe, le saphir, Tescarboucle, Téméraude : tes ch&sses et tes alvéoles étaient en ouvrage d'or; tout cela était préparé dès le jour de ta naissance : c'est avec le Keroub protecteur aux ailes déployées que je t'avais placé, tu te trouvais sur la sainte montagne de Dieu, tu marchais au milieu de pierres de feu. Tn étais sans défaut dans tes voies, depuis le jour de ta naissance, jusqu'à ce que l'iniquité fût trouvée en toi. C'est par suite de ton vaste commerce que ton sein se remplit de forfaits et tu devins coupable ; aussi bien je te repousse de la sainte montagne de Dieu, et le Keroub protecteur te fait périr du milieu des pierres de fen. Ton cœur s'est enorgueilli à cause de ta beauté, tu as ruiné et ta sagesse et ta splendeur : aussi bien je te jette à terre, en face des

4 Ëzéchiel emploie ce terme dans un sens plus général, pour impur, profane, méchant (XLIV, 9] ; en tout cas ici par antithèse à la notion de Dieu.

^ Les lignes qui suivent sont des plus obscures dans tout le livre d ëzéchiel. Quand on lit les Septante : (tu es un cachet de ressemblance, une couronne de beautff né dans les plaisirs du paradis de Dieu, tu ceignais de belles pierreries [suivent douze noms et de plus l'argent et Tor] et d^or tu remplissais tes magasins, etc.), on reeon* nait facilement que le texte est altéré et qu'il était déjà inintelligible très-anciennement. En nous en tenant autant que possible à l'hébreu, tel que nos éditions l'ofireoti voici ce que nous pouvons en tirer : Le roi de Tyr (représentant ici l'Ëtat et la nation, et non pas tel prince particulier] avait reçu de Dieu tout ce qu'un mortel peut désirer : beau pays, belle position, richesses, honneurs. Dieu l'avait pour ainsi dire associé à sa propre gloire, l'avait reçu dans son temple. Mais l'opulence, produit du commerce, l'avait dévoyé et perdu. Ces idées sont exprimées par plusieurs figures peu en harmonie les unes avec les autres, et qu'il convient, par conséquent, de séparer. Il y a d'abord l'image d'un cachet, que l'homme d'Orient porte au doigt sans s'en séparer jamais; c'est un anneau d'or, garni d'alvéoles, dans lesquelles des pierres précieuses se trouvent enchâssées. Ces pierres sont la sagesse, le savoir-faire commercial, U splendeur de T3T. — La faveur divine est exprimée en second lieu par la mention du Keroub sous les ailes duquel (Exod. XXXVII, 9) le roi de Tyr était abrité, snr la montagne de Dieu, qui est ici à prendre non pas pour celle du temple de Jérusalem, mais pour la résidence idéale du Très-Haut. Nous désespérons de découvrir ce qoe nous veulent les pierres de feu. Du reste, plusieurs obscurités s'éclaircissent dès qu'on maintient que l'auteur parle du roi d'une manière abstraite et qu'il passe sans cesse du roi à la ville ou à TÉtat.

ÉZÉGfflEL XXVm, 18-26. XXIX, i, 2. 91

rois je te donne en spectacle. Par tes crimes nombreux, par l'iniquité de ton trafic, tu as profané tes sanctuaires : aussi bien je fais sortir de ton sein un feu qui te dévore, et je te réduis en cendres sur le sol, aux yeux de tous ceux qui te voient. Tous ceux qui te connaissent parmi les nations sont dans la stupeur à cause de toi : d'un coup soudain tu es frappé, et c'en est fait de toi à jamais !

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