ÉZÉCHIEL XLVII, 20-23. XLVIII
dans la grande mer. Voilà pour le côté du sud, au midi '^^. Quant au coté de Touest, c'est la grande mer depuis la frontière "' jusqu'à vis-k-vis de Hamat. Voilà quel est le côté de l'ouest. Et vous répartirez ce territoire entre les tribus d'Israël, et vous le distribuerez au sort par lots entre vous et les étrangers qui sont établis au milieu de vous et qui ont formé des familles au milieu de vous. Vous les considérerez comme indigènes parmi les enfants d'Israël ; ils auront leurs lots au sort avec les tribus d'Israël *'^*. Et vous donnerez à l'étranger son lot dans la tribu avec laquelle il demeure : c'est le Seigneur, l'Éternel, qui le dit.
Voici maintenant les noms des tribus '^^ : A la limite septentrionale, du côté du chemin de Hetlôn» dans la direction de Hamat, vers Haçar-'Énôn sur la frontière de Dammesq, vers le nord du côté de Hamat, de l'est à l'ouest : Dan^ un. Et sur la frontière de Dan, de Test à l'ouest : As'er, un. Et sur la frontière d'As'er, de l'est à l'ouest : Neftalî, un. Et sur la frontière de Neftalî, de l'est à l'ouest : Menass'eh, un. Et sur la frontière de Menass'eh, de l'est à Touest ; Ëphraîm, un. Et sur la frontière d'Ëphraïm, de l'est à l'ouest : Ruben, un. Et sur la frontière de Ruben, de l'est à l'ouest : Juda, un. Et sur la frontière de Juda^ de l'est à l'ouest, il y aura
l^^ La doable dénomination du sud et du midi s'explique parce que l'un de ces mots [Negh) était devenu le nom propre de la partie méridionale de Canaan et signiûait dans Torigine le pays sec. Tamar doit avoir été situé quelque part vers la pointe méridionale de la mer morte (1 Rois IX, 18). Pour les Eaux des querelles, voyez Nomb. XX, 13. La rivière qui se jette dans la Méditerranée, à l'angle môme que forme ici l'Asie avec l'Afrique, est le Wadî el Arish de nos cartes.
153 Qui vient d'être indiquée.
154 II s*agit là sans doute de diverses petites tribus depuis longtemps incorporées à la nation, même au point de vue religieux, comme les Rékabites, les Qénites, les Kalébites, etc.
155 x^ division du territoire est tout à fait idéale: chaque tribu reçoit la môme portion ; il n'est pas question d'une différence en nombre ou en puissance. La position géographique des tribus est absolument autre que dans l'histoire. Chaque portion va de la Méditerranée aux lacs ou au Jourdain, et les lignes de démarcation sont des lignes droites, comme sur les cartes des états de l'intérieur de l'union américaine. L'énumération des tribus commence par le nord. On remarquera, dans cette énumération : 1^ Que sept tribus sont logées au nord du domaine sacré, et cinq au sud, contrairement au principe de symétrie qui règle toutes les autres combinaisons de ce tableau. C'est probablement parce que dans la réalité l'ancienne Jérusalem était plus rapprochée de la frontière méridionale que de celle du nord. 2*> Que les dimensions des portions de tribus ne sont point énoncées en chiffres; le fait est que le prophète se borne à l'indication générale des limites, à l'orient et à l'occident (v. 18, 20], et au principe de répartition égale pour l'étendue du nord au sud. Le domaine sacré seul est déterminé plus exactement.
154 KZÉCHIEL XLVIII, 8-16.
le domaine que vous consacrerez"*, de yingt-cinq mille de largeur, et sa longueur sera comme Tune des autres portions de Test à Touest, et le sanctuaire sera au milieu. Le territoire que vous consacrerez à rËternel sera long de vingt-cinq mille et large de dii mille. Et voici à qui appartiendra le domaine sacré : aux prêtres, au nord vingt-cinq mille^ à Touest une largeur de dix mille, à Test une largeur de dix mille, et au sud une longueur de vingt-cinq mille, et le sanctuaire de l'Éternel sera au milieu '^^, aux prêtres, à qui est consacré d'entre les fils de Çadoq. qui ont fait mon service, et ne se sont point égarés lorsque les enfants d'Israël se sont égarés, comme se sont égarés les Lévites "". C'est à eux qu'appartiendra une portion prélevée sur le domaine consacré, un territoire sacré par excellence, sur la frontière des Lévites. Et les Lévites auront, le long de la frontière des prêtres, vingt-cinq mille en long et dix mille en large. Chaque longueur sera de vingt-cinq mille, et la largeur de dix mille***. Et ils"** n'en vendront rien, et il ny aura pas d'échange, et cette terre-prémice ne passera pas en d'autres mains, car elle est consacrée à l'Eternel. Et les cinq mille qui resteront en largeur, le long des vingt-cinq mille, formeront un terrain profane, pour la ville, habitations et banlieue, et la ville sera au milieu**'. Et voici ses dimensions : le côté nord aura quatre mille
^^6 Chap. XLV, 1 suiv. Les viogt-cinq mille perches de largeur sont à prendre du Dord au sud ; la longueur n'est pas énoncée ici en chiffres, parce que, pour le moment, l'auteur y comprend les deux bandes latérales réservées au prince et dont la largeur est inconnue. On remarquera qu'en parlant de l'ensemble, l'auteur nomme longwur la ligne de l'est à l'ouest, et largeur celle du nord au sud; tandis que plus loin, en parlant de la portion des prêtres, c'est le contraire, parce qu'il prend toujours la plus grande ligne pour la longueur.
^^'7 Ce mot de milieu ne sera pas à prendre dans le sens rigoureux et mathématique, lors même que l'on placerait le domaine des prêtres entre celui des Lévites et celui de la ville. Mais il serait même possible que ce domaine fût au nord des deux autr^, puisque toute l'énumération suit la direction du nord au sud.
158 Chap. XLIV. 10.
159 C'est Id la traduction exacte du texte, et le sens doit être que la portion des Lévites et celle des prêtres seront égales entre elles en longueur et en largeur. Pour trouver le sens exprimé par plusieurs traducteurs : la totalité de la longueur, etc. [en hébreu kol kaorek), c'est-à-dire les dimensions des deux domaines réunis, il faudrait non seulement y mettre Tarticle qui manque, mais nécessairement changer les dix mille en vingt mille. Cela serait sans doute possible, car la même variante [ou faute) s'est trouvée XLV, \ .
1 <^o Le sujet, c'est la caste sacerdotale en général. Car il est impossible de supposer que les prêtres eussent eu le droit d'aliéner leur portion.
161 Chap. XLV, 6. Mathématiquement tout est juste, mais la description n'est pas claire. Le domaine sacré forme un carré de vingt-rcinq mille perches de côté; deox
ÉZÉCHIEL XLVm, 16-21. 155
cinq cents, le côté sud quatre mille cinq cents, le côté est quatre mille cinq cents, et le côté ouest quatre mille cinq cents, et il y aura une banlieue autour de la ville, de deux cent cinquante vers le nord, de deux cent cinquante vers le sud, de deux cent cinquante vers Test, et de deux cent cinquante vers Touest*^^. Et ce qui reste de la longueur, le long du domaine sacré, dix mille vers Test et dix mille vers Touest, parallèlement au domaine sacré, ses produits seront pour les gens *•• de la ville, et les gens de la ville, qui seront de toutes les tribus d^Israël, le cultiveront. Tout le domaine réservé sera de vingt-cinq mille sur vingt-cinq mille; vous en prélèverez un quart *•* pour la propriété de la ville. Et au prince "* appartiendra ce qui reste des deux côtés du domaine sacré et de la propriété de la ville, le long des vingt-cinq mille du domaine réservé jusqu'à la limite orientale, et vers Touest, le long des vingtcinq mille jusqu'à la limite occidentale, attenant aux lots, au prince. Et le domaine sacré et le sanctuaire du temple sera au milieu.
parallélogrammes de dix miUe perches de largeur sont donnés aox prêtres et lévites, reste un troisième pour la ville, aussi long que les autres, mais de moitié moins large. Comme la ville aura quatre mille cinq cents perches de côté, plus 2 X 250 d'espace lihre (banlieue) autour (total cinq miUe], il s'ensuit que la ville occupera toute la largeur du parallélogramme, et que de chaque côté il restera, pour les champs à cultiver, un petit parallélogramme de dix mille de long sur cinq mille de large.
162 gi l'auteur prenait des coudées pour mesure, la ville serait déjà considérable, car elle formerait un carré (sans la banlieue] de deux mille deux cent cinquante mètres de côté. Mais nous maintenons qu'il s'agit de perches (à trois mètres] , ce qui fait treize mille cinq cents mètres. Il ne faut pas se récrier sur cette étendue colossale, puisque le prophète suppose toute la population de son grand parallélogramme (dix mille hectares] agglomérée dans sa ville. Ce qui est bien plus étonnant, ce sont les trois portes sur une longueur de treize kilomètres.
163 Kous choisissons ce terme vague, parce que nous ne savons pas ce que le prophète veut dire. Il se sert d'un terme qu'on a tour à tour traduit par : habitants, ouvriers, cultivateurs, adorateurs. En tout cas, il ne peut pas être question de distinguer deux classes d'habitants, dont Tune posséderait les terres et l'autre les maisons. L'idée principale et dominante est que Jérusalem appartiendra en commun à toutes les tribus, qui toutes y auront leurs représentants.
164 L'auteur veut dire, une portion équivalant au guart de ce qu'aura la caste sacerdotale. Car le domaine de la ville sera un cinquième de la superficie totale du domaine réservé (tant sacré que profane).
165 Comp. XLV, 7. Nous traduirons ici un peu librement, le texte étant sans doute altéré en quelques endroits. A l'explication donnée page 146, note 113, nous n'avons que peu de chose à ajouter. Ces mots : attenant aux lots, 'au prince, trahissent une faute quelconque de copiste, mais on entrevoit que l'auteur a voulu dire que les deux bandes (lu territoire cédé au prince, attenant dans leur longueur au domaine réservé, sont contiguCs aux lots des tribus les plus voisines, Juda au nord. Benjamin au sud.
la nni^/s A a ï. *
Ainsi de la propriété des Lévites et de la propriété de la ville, situées entre ce qui appartient au prince, celui-ci aura ce qui va de la frontière de Juda à la frontière de Benjamin. Et le reste des tribus, de Test à Touest^** : Benjamin, un. Et sur la frontière de Benjamin, de Test à Touest : S'ime'ôn, un. Et sur la frontière de S'ime on, de Test à l'ouest : Yissakar, un. Et sur la frontière de Yissakar, de Test à Touest : Zebouloun, un. Et sur la frontière de Zebouloun, de Test à Touest : Gad, un, Et sur la frontière de Gad, du côté du sud au midi, la frontière sera depuis Tamar aoi Eaux des querelles à Qadès' vers la rivière qui est sur la grande mer*". Voilà le territoire que vous distribuerez au sort par lots*" entre les tribus d'Israël, et voilà leurs portions, dit le Seigneur, rÉternel. Et voici quelles seront les issues de la ville : du côté du nord, l'étendue sera de quatre mille cinq cents, et les portes de la ville seront nommées d'après les tribus d'Israël **'. Trois portes au nord, la porte de Ruben, une, la porte de Juda, une, la porte de Lévi, une. Et du côté de Test, quatre mille cinq cents, et trois portes, savoir la porte de Joseph, une, la porte de Benjamin, une, la porte de Dan, une. Et le côté du sud, quatre mille cinq cents d'étendue, et trois portes : la porte de S'ime'ôn, une, la porte de Yissakar, une, la porte de Zebouloun, une. Le côté de l'ouest, quatre mille cinq cents ; ses portes, trois : la porte de Gad, une, la porte d'As'er, une, la porte de Neftali, une. Circonférence, dix-huit mille *^^. Et le nom de la ville sera désormais : Ici l'Étemel *'* !
«Gf^ Cette phrase pourrait donner lieu à un mal-entendu. L'énumération des tribus va toujours du nord au midi (v. 1 suiv.). Quand l'auteur dit de l'est à Voueit, il veut rappeler que chaque territoire s'étendait sur toute la largeur de Canaan.
iCTChap. XLVII, 19.
168 La distribution au tort ne peut concerner que les patrimoines individuels des familles. Car les lots des tribus sont déterminés d'avance.
1 69 La nomenclature des douze tribus est ici une autre que dans la répartition du territoire. Là, pour avoir la douzaine, Lévi étant mis à part, Joseph a été divisé eo deux (Ëphraïm et Menasse). Ici, l'auteur revient naturellement aux noms des douze frères, fils de Jacob.
110 Quatre fois quatre mille cinq cents.
ni Et non pas: Désormais rÉternel sera ici. Car dans le sens théocratique, il j i bien été antérieurement aussi. Jérusalem prendra un nom tout autrement sacré et reli^eux que celui qu'elle avait porté autrefois, et ce nom ne sera pas un mensonge.
(Livre d'Ésaîo. Ghap. XXIV- XXVII.)
Les quatre chapitres qui, dans le volume des prophètes, tel qu'il nous est parvenu, suivent immédiatement la collection des oracles contre les nations étrangères attribués au prophète Ésaïe, et précèdent les discours du même prophète relatifs à l'invasion de Sanhérib, ne sauraient lui appartenir également. Ils accusent un état de choses tout différent de celui qu'a connu le contemporain du roi Ézéchias, et sont écrits dans un style qui ne rappelle le sien en aucxme façon. Ils forment d'ailleurs un seul tout, bien que le point de vue de l'auteur semble changer à chaque instant, et que le tableau on ne peut plus sombre de la situation actuelle du peuple israélite soit à chaque instant traversé par l'éclat d'une perspective brillante, d'un avenir glorieux de revanche et de restauration. Ainsi, malgré cette variété de couleurs, ou ces changements dans les dispositions de l'écrivain, la division traditionnelle du texte en plusieurs sections est superflue et gênante .
Mais ce qui est bien plus embarrassant pour le lecteur que cette fréquente et brusque transition d'un point de vue à l'autre, c'est la difficulté de trouver dans l'ensemble de ce petit écrit des indications assez claires pour servir à préciser l'époque de l'auteur. Plus d'un commentateur, même parmi ceux qui. ne songent pas à l'attribuer à Ésaïe, a cru pouvoir s'arrêter en derà
160 ANONYME (6s. XXIV SUIV.).
(le la ruine de Jérusalem, en renvoyant, par exemple, à Ninive les imprécations formulées par le prophète contre la puissance qui avait dévasté Canaan, ou en rapportant la désolation du pays dont il y est question aux premières incursions des Chaldéens. D'autres sont allés chercher l'explication à une époque postérieure à la chute de Babylone. Il y en a même eu qui y ont vu le rellet des événements accomplis vers le temps des Macchabées. Ces divergences ont de quoi nous surprendre à première vue; (cependant elles s'expliquent quand on en vient à constater que l'auteur ne réussit guère, par la façon dont il s'exprime, à préciser toujours sa position relativement au temps qu'il veut décrire. On n'a qu'à comparer plusieurs traductions choisies au hasard, pour se convaincre que dans un grand nombre de passages elles mêlent ensemble les passés, les présents et les futurs, ou emploient tour à tour ces différentes formes du vcrbi\ sans qu'on voie pourquoi l'une a été substituée à l'autre. Qu ou ajoute à cela la probabilité que nous ne possédons plus le texte dans sa pureté primitive, et qu'il n'existe de l'auteur inconnu rien que ces quatre pages, et l'on ne sera pas trop étonné des tâtonnements de la critique.
En présence de pareilles difficultés, ce serait une grande présomption que de se faire fort de dissiper tous les doutes légitimes, ou de prétendre qu'on a enfin trouvé une exphcation désormais inattaquable. Ce que nous offrirons ici à nos lecteurs, ce sera donc encore une simple hypothèse, un essai de rendre un peu moins obscurs des textes qui ont tant exercé la sagacitt des savants. Il soutiendra peut-être la comparaison avec ceux qui l'ont précédé ou qui lui font concurrence, mais, sans doute, il n'en clora pas la liste.
Pour s'orienter dans l'étude de la composition dont il s'agit, il est avant tout nécessaire qu'on tâche d'arriver à distinguer ce qui, pour l'auteur, appartient au passé de ce qui est encore à venir. A l'égard de la première catégorie de faits, nous pensons que la solution du problème n'est pas trop difficile. Il nous semble même impossible, à moins d'un parti pris, de méconnaître que l'auteur a écrit après la catastrophe qui a mis fin au royaume de Juda. En effet, il se complaît dans la description d'un étal des choses, tel qu'il a dû se présenter aux yeux du spectateur à quelque distance de l'événement. Le pays est ruiné et désert, ses habitants sont dispersés (XXIV, 1 ; XXVII, 8), la ville et son
temple sont détruits (XXIV, 10; XXVII, 9 sidv.), les anciens péchés de la nation, ses infidélités qui ont excité la colère du ciel, ont porté leurs fruits (XXIV, 5; XXVI, 14), ils ont été cruellement expiés. Ces traits, assez vagues si l'on veut, puisqu'ils ne sont précisés par aucun nom propre, par aucune peinture de détails, nous semblent pourtant siïffire pour nous autoriser à songer de préférence à l'événement capital de l'histoire israélite. Aucune autre calamité publique n'a pu aussi profondément affecter les esprits ; et Ton voit clairement qu'il ne s'agit plus ici de menaces et de pronostics, comme chez les prophètes antérieurs, mais d'une accablante' réalité, qui a même pu faire taire les justes récriminations et désarmé la sainte colère des orateurs de Jéhova. Lisez Jérémie et Ézéchiel, et vous verrez que jusqu'à la veille du jour suprême de Jérusalem, le ton des prophètes était un autre ; mais ce qu'ils avaient eu à blâmer et à maudire, pour leurs successeurs, les prophètes anonymes de l'exil, ce n'était plus qu'un souvenir, triste, et douloureux, sans doute, mais pâlissant devant l'énormilé du châtiment.
Nous sommes donc convaincu que notre auteur a écrit après la ruine de Jérusalem. Peut-être réussirons-nous à déterminer son époque d'une manière un peu plus précise encore. En examinant attentivement son discours, nous avons cru trouver quelques traces, légères à la vérité, mais pourtant dignes d'être relevées, qui peuvent nous guider dans nos recherches. Elles nous permettent de supposer que cet écrit est bien antérieur à ceux des autres auteurs anonymes dont nous allons nous occuper tout à l'heure. Il est vrai que la haine de Babylone, si ardente chez ceux-ci, ne l'est guère moins ici ; elle y aboutit également à des vœux de vengeance, à des prédictions de ruine. Mais tout cela reste dans les généralités abstraites et rien ne nous fait encore pressentir que l'orage qui doit réaliser ces prophéties se prépare dans un bref délai, ou plutôt qu'il assombrit déjà l'horizon, comme vont le proclamer, avec une satisfaction triomphante, les témoins des victoires de Cyrus. Notre prophète est beaucoup plus rapproché, ce nous semble, du début que de la fin de la période de l'exil. Les images de désolation sont vivantes encore, le sol est encore ensanglanté, et l'on est amené à se représenter l'auteur comme témoin oculaire des tableaux qu'il esquisse, et non comme partageant le sort des déportés ou des fuyards (XXIV, 16; XXVI, 18, 21). Il paraît s'intéresser de préférence à
A. T. 2- part. — II. 11
ceux de ses compatriotes qui ont réussi à se sauver et qui ont ainsi pu échapper à la captivité (XXIV, 13 suiv.), et c'est là ce qui nous explique comment au milieu des scènes de douleur qu'il dépeint, il peut encore entendre retentir des accents de joie et de contentement. Tant qu'il ne donne pas libre carrière à sou imagination, il en est encore à s'armer de patience, à désirer uu temps meilleur (XXVT, 11, 20), au lieu de se le représenter comme déjà arrivé. Dans tous ces éléments, nous reconnaissons volontiers des traits de la réalité, et ce dont eux seuls qui doivent et peuvent nous orienter sur la situation du moment. Le reste, et c'est encore une partie notable de l'écrit entier, est un produit de l'imagination; et ce qui y est dit des destinées ultérieures de l'empire ennemi , actuellement victorieux , ne saurait être envisagé comme un fait déjà acquis à l'histoire, à moins qu'on ne veuille aussi considérer comme tel le tableau tout idéal de l'avenir d'Israël, qui manque ici tout aussi peu qu'ailleurs.
Voyez, rÉternel dévaste le pays et le rend désert * ; Il en bouleverse la face Et disperse les habitants.
Il en est du prêtre comme du peuple,
Du maître comme de Tesclave,
De la maîtresse comme de la servante,
Du vendeur comme de Tacheteur,
De l'emprunteur comme du prêteur,
Du débiteur comme du créancier.
Le pays est pillé et vidé, vidé et pillé.
C'est rÉternel qui a prononcé cet arrêt.
Le pays gémit et se flétrit,
La patrie se flétrit et languit.
L'élite des habitants languit ' :
La terre était profanée sous ses habitants^. Car ils avaient transgressé les commandements. Ils avaient violé la loi,
Ils avaient rompu l'alliance séculaire.
C'est pour cela que la malédiction a dévoré le pays,
Et ses habitants en portent la peine : C'est pour cela que les habitants sont consumés.
Et il n'y reste que peu de monde.
1 Le discours commence par une description de la désolation du pays de Canaan. Celui-ci est représenté comme entièrement ruiné, de sorte qu'aucune portion des habitants, aucune classe de la société, n'est exempte des effets désastreux qu'a amenés la catastrophe.
2 L'auteur cherche a racheter la monotonie généralement peu poétique de son style, par des allitérations et des rimes que nous essayons de reproduire tant bien que mal, tandis que la généralité des traducteurs néglige ces formes artificielles.
3 Le prophète signale la cause du malheur général ; celui-ci est le châtiment infligé à un peuple rebelle à Dieu. Aussi hien les verbes passent maintenant du présent au plusqueparfait. La traduction littérale : sous ses habitants, conserve un trait ordinairement négligé. La terre qui porte les méchants est pour ainsi dire souillée par leur contact, sous leurs pas. La malédiction qui dévore, rappelle le tableau précédent, qui peignait aussi une végétation anéantie, et les habitants consumés sont eux-mêmes assimilés à des plantes qui périssent.
Le raisin est en deuil, la vigne languit; Les cœurs naguère joyeux soupirent, Il a cessé, le plaisir des tambourins^ 11 se tait, le bruit des réjouissances. Le plaisir de la harpe a cessé.
Plus de chanson, quand on boit du vin : Le jus exquis semble amer aux buveurs *,
Elle est ruinée, une cité de désolation' : L'entrée des maisons est fermée.
Dans les rues, on crie après le vin^.
Toute joie a disparu.
Les plaisirs sont allés en exil.
Dans la ville, il reste la désolation, Les portes enfoncées sont en ruines.
Oui^ il en est dans ce pays.
Au milieu de ces populations,
Comme quand on abat les olives,
Quand on grapille à la fin de la vendange^.
Eux, ils élèvent la voix et crient.
Ils acclament la majesté de TÉternel des bords de la mer.
Oui, dans les iles, glorifiez TÉternel, Le nom du dieu disraël, sur les côtes de la mer.
^ En présence d'une pareille catastrophe, toutes les réjouissances ont naturellement cessé. Le tableau est un peu idéal. La vigne et le raisin (litt.: le vin) sont en deail, est une prosopopée hardie, qui prête à la plante et à son fruit une conscience et la participation au plaisir.
5 L'auteur ne nomme pas Jérusalem ; mais une ville qui a rompu V€Ulianc$ tétuidn avec Jéhova, ne saurait se trouver hors de Canaan, et dans ce pays nous n'avons guère le choix. (L'entrée est fermée par les décombres.)
ô Pour étancher une soif ardente. Voyez Es. V, 13. Joôl I, 5.
'3 L'auteur reprend l'idée déjà précédemment exprimée (v. 6], qu'un très-petit nombre d'hommes ont pu se sauver dans cette tourmente. La comparaison avec le grapill^ des raisins porte sur la petite proportion. Heureux^ dit-il, ceux qui ont ainsi échappé ! Par une fiction poétique très-belle, il les entend pousser des cris de joie, apràs avoir pQ gagner la côte et les îles ; ils remercient Jéhova de leur salut. Il est question daas Jérémie (XL, 11) de ce mÔme fait du salut cherché dans la fuite en temps atile. {Dans les îles, conjecture faite d'après une variante des Septante, l'hébreu ne doonaot point de sens.)
ANONYME (ES. XXIV, i6-20). 105
Da bout de la terre, nous entendons leurs chants :
c Gloire au Juste I>
Mais moi je dis" :
Malheur à moi ! Malheur à moi ! Hélas !
Les pillards pillent, Au pillage pillent les pillards^!
Frayeur, fosse et filet.
Sur vous qui restez an pays 1 Celui qui fuit au cri de la frayeur.
Tombe dans la fosse, Celui qui sort de la fosse.
Est pris dans le filet.
C'est que les écluses du ciel se sont ouvertes*^. Et les fondements de la terre s'ébranlent.
La terre est fracassée avec fracas,
La terre éclate en éclats,
La terre s'agite et chancelle, La terre vacille, vacille comme un homme ivre.
Elle se balance comme un hamac :
Sa faute pèse sur elle.
Elle tombe sans pouvoir se relever**.
8 L'auteur est évidemment de ceux qui n'ont pas pu fuir, et qm ont été envebppés dans la catastrophe.
9 Voici encore quelques lignes pleines d'assonnances et d'allitérations comme Tauteur parait les aimer. Des trois mots : pakad pahat wa-pah, nous n'avons pu conserver que la répétition de l'initiale. Encore le mot de frayeur ne rend-il qu'imparfaitement le texte. Il ne s'agit pas de ce qu'on éprouve, mais de ce qui épouvante. C'est le cri terrible de l'ennemi. En voulant lui échapper, on tombe dans la fosse comme l'animal poursuivi par le chasseur. Le môme jeu de mots se lit chez un prophète contemporain. Jér. XLVIII. 43.
10 Le tableau prend des proportions hyperboliques. De la ruine du royaume de Juda, l'auteur passe à la description d'un cataclysme général. La terre entière (qui d'après la cosmologie hébraïque est immobile] semble devoir être mise en pièces et perdre l'équilibre. Il s'agit évidemment d'un acte plus terrible encore de la puissance divine. Les allitérations reviennent plus inimitables que tout à l'heure, mais non pas plus heureuses. Le A4tmac (le Hrtâl des Arabes} est le gite de nuit des gardes champâtres, suspendu aux branches des arbres.
^^ Le jugement récemment accompli sur Juda devient un jugement universel ; comme il sera question ultérieurement d'une restauration d'Israël, on voit bien que ces derniers mots ne s'appliquent pas à ce peuple.
Et en ce joar-là^ TÉtemel regardera Après Tannée d'en haut, là-Laut, Et après les rois de la terre, sur la terre*', fis seront amassés, entassés, enfermés dans le souterrain,
Emprisonnés dans la prison ; A la longue enfin, il leur sera demandé compte ! Et la lune rougira, et le soleil aura honte. Car laheweh Çebaôt règne Sur la montagne de Sion et à Jérusalem:
Sa gloire luit à ses anciens ".
Éternel, tu es mon dieu; Je veux t' exalter, célébrer ton nom :
Car tu as accompli des merveilles.
Tes desseins de jadis^ ta fidélité, ta foi * I Tu as changé la ville en une ruine, La forte cité en un monceau de décombres, Le palais des barbares n'est plus une ville :
Jamais il ne sera rebâti I
C'est pourquoi une nation puissante f honore-, La cité d'un peuple sauvage te révère.
1^ Les rois sont ceux qui ont fait du mal à Israël, Tarmée d'en haut (plus loin, la lune et le soleil], ce sont les divinités sidérales, adorées par ces mêmes rois et leurs peuples. Les astres (les dieux) seront confondus dans leur impuissance, les rois seront emprisonnés (dans le tombeau). Il y a encore beaucoup d'allitérations dans le texte.
13 Ces anciens sont les Israélites qui, en leur qualité d'élite de la nation restaurée, sont représentés comme entourant le trône de Jéhova (à Jérusalem) dans la nouvelle théocratie.
^ Le point de vue du prophète est celui d'une époque où la vindicte céleste a déjà atteint Babel. Cette ville est représentée comme détruite, le royaume chaldéen anéanti, comme la fin du morceau précédent le prédisait. Ce que Jéhova avait résolu depais longtemps, ce qu'il avait annoncé d'avance, il l'a fait, il a ratifié ses promesses, il s'e^ montré fidèle et véridique.
^ Ce doit être la nation victorieuse qui a renversé l'empire chaldéen. Tout païens qu'ils étaient, ils reconnaissent la grandeur du Dieu qui leur a donné la victoire. Le prophète ne les nomme ni ne les connaît de nom, mais il va sans dire qu'ils sont puissants et terribles. Plus ils viennent de loin, plus ils doivent ôtre cruels et sauvages. H J avait donc aussi du danger pour les Israélites eux-mêmes. Mais leur Dieu les protège
Tu as été un refuge pour le faible,
Un refuge pour le malheureux dans sa détresse ;
Un abri contre Torage, Un ombrage contre la chaleur, [tempête ^
Quand le soufQe des sauvages battait les murs comme la Comme la chaleur dans la terre aride, Tu fais cesser les clameurs des barbares; Comme la chaleur sous Tombre d'un nuage, Les chants des sauvages s'affaissent.
Et laheweh Çebaot prépare
A tous les peuples sur cette montagne Un festin de mets gras^ un festin de vins vieux, De mets gras et moelleux, de vins vieux et clarifiés ^.
Et il ôte sur cette montagne
Le voile qui voile les peuples,
La couverture qui couvre les nations^.
n anéantit la mort pour toujours^ :
Le Seigneur, TÉternel essuie les larmes de tous les visages. Il ôte l'opprobre de son peuple de tout le pays ;
C'est l'Éternel qui le dit.
3 Ce passage est très-obscur, et en tout cas par la faute de Tauteur qui désigne positivement deux nations différentes par les mômes adjectifs. Il est de fait, que ceux dont le palais doit ôtre détruit ne sont pas les mômes que ceux qui révéreront Jéhova. Pourtant les deux termes différents par lesquels ces deux peuples sont désignés aux V. 2 et 3, sont appliqués à un seul et môme peuple au v. 5 (barbares et sauvages). Les commentateurs entendent cette dernière phrase des Babyloniens, oppresseurs d'Israël^ à la tyrannie desquels Dieu mettra fin. Nous avons essayé de donner à toute la strophe un autre sens. Ce seraient les conquérants, qui, après avoir inspiré d'abord une terreur môme aux Israélites exilés, seraient apaisés par le Dieu protecteur de ces derniers, de manière à se montrer cléments pour eux, au moment môme où ils se déchaînaient comme la tempôte contre les murs de Babylone. Il nous reste des doutes sur la justesse de cette interprétation.
4 Le festin représente le bonheur des temps prochains de la théocratie victorieuse et paisible, auquel sont conviés les peuples étrangers. La montagne ne saurait ôtre que celle de Sion, bien qu'en ce moment elle soit couverte de ruines. L'image du festin devint très-populaire dans la suite, et finit par ôtre une formule théologique. Le texte offre des assonnances inimitables.
^ Le voile est le symbole du deuil et de la tristesse.
^ On est autorisé à prendre ce mot à la lettre. (Gomp. XXVI, 19.} Tout de môme, c'est plutôt un désir qu'une espérance, et après tout il s'agit de la restauration nationale et non de la résurrection des individus.
Et l'on dira en ce jour-là :
Voyez! c'est notre Dieu, En qui nous avons espéré qu'il nous sauverait ; C'est rÉternel en qui nous avons espéré. Soyons dans l'allégresse^ réjouissons-nous de son secours! Car la main de l'Éternel reposera sur cette montagne . Et Moab sera broyé sur place.
Comme la paille est broyée dans la mare^. Et quand là dedans il étendra ses mains, Comme le nageur les étend pour nager, On refoulera son orgueil", Et les efforts de ses mains.
Et la citadelle élevée de tes murs, On l'abattra, on la renversera.
On la jettera à terre dans la poussière.
En ce jour-là. on chantera ce cantique
Dans la terre de Juda :
Nous avons une ville forte.
Il nous donne son secours en guise de mur et de fossé.
Ouvrez les portes.
Pour qu'il entre un peuple juste et fidèle*.
C'est au cœur ferme*®, C'est à lui que tu réserves le salut.
Parce qu'il se confie en toi.
Confiez-vous en l'Éternel à tout jamais. Car en laheweh vous avez un rocher des siècles !
'^ Protection efficace d'un côté, vengeance sanglante de l'autre. C-est le côté politique de la perspective. L^image est empruntée à ce quil j a de plus vil et de plus abject dans le ménage campagnard. Quand les grands tyrans seront abattus^ le tour des petits ennemis viendra aussi. Moab et Édom sont toujours nommés par les prophètes de cette époque comme les voisins qui s'étaient le plus attiré la haine des Judéens accablés. (Le texte dit : dans Us eaux du fumier , une note critique des Rabbins recommande de lire : dans le fumier,)
^ Cette traduction est justifiée par le passage parallèle Es. XVI, 6. Autrement il serait plus conforme à l'allégorie de dire : son soulèvement, c'est-à-dire ses efforts de sortir du bourbier et de se relever.
9 Tout cela est un tableau idéal et purement poétique. La nouvelle Jérusalem n'a pas besoin de murs, et pourtant il est question de portes ; elle est déjà rebâtie, et pourtant on j convie ceux qui doivent l'habiter.
10 Litt.: le sentiment (la pensée] étayé; ce sont les Israélites restés fidèles.
Il a humilié ceux qui trônaient si haut ; La ville élevée, il Ta renversée,
Il l'a renversée à terre,
11 Ta jetée dans la poussière.
Elle est foulée par les pieds,
Les pieds des faibles,
Sous les pas des malheureux^*.
La voie du juste est unie *, Tu nivelles et aplanis Tomière du juste. Oui, sur la voie de tes jugements.
Nous t'attendons, ô Éternel I Ton nom, ton souvenir est le désir de Tâme. De mon âme je te désire pendant la nuit. De mon esprit, qui est en moi, je te cherche; Car quand les jugements éclatent sur la terre, Les habitants du monde apprennent la justice. Si le méchant est gracié, il n'apprend pas la justice : Il fait le mal dans le pays du droit'. Et ne voit pas la majesté de TÉternel.
Éternel I ta main était levée — ils ne Tont pas vue ' : Qu'ils la voient, qu'ils soient confondus I Que le zèle pour ton peuple.
Que le feu dévore tes ennemis!
1 1 On remarquera ici, et dans ce qui suit, la forme particulière de la phrase. L'auteur reprend dans chaque ligne un mot emprunté à la ligne précédente. C'est un artifice de versification comme les assonnances qu'il recherche ailleurs. (Gomp. l'introduction au Psautier, page 33.)
1 Ici, le poète visionnaire retombe dans la prose des réalités, ce qui prouve en même temps que tous les tableaux précédents de la chute de Babjlone n'étaient encore que de beaux rêves. La strophe commence par une maxime de théodicée, un axiome : Le juste doit être heureux. Donc nous^ tes adorateurs fidèles, et moi qui parle, en particulier, nous t'attendons sur le chemin des jugements, nous espérons que tu vas sanctionner cet axiome par le fait, en punissant nos tyrans, et en nous rendant de nouveau heureux.
2 Le pays du droit, c'est là où le droit seul devrait régner, là où Jéhova règne, où demeurent les siens.
3 Ceci parait être une allusion à la chute de l'empire assyrien, laquelle n'a pas servi de leçon à celui de Babylone.
Éternel I tu nous donneras le salut; Car tu nous as fait aussi tout ce qui nous est arrivé.
Éternel, notre dieul D'autres maîtres que toi ont dominé sur nous, Mais c'est par toi seul que nous voulons invoquer ton nom*. Les morts ne ressuscitent pas.
Les ombres ne reviennent pas à la vie : Aussi y as-tu regardé, et les as-tu exterminés. Et effacé jusqu'à leur mémoire^.
Veuille accroître ton peuple, ô Étemel, Veuille accroître ton peuple et te glorifier, Veuille étendre les limites de son pays"!
Éternel I dans la détresse ils ont regardé a toi ;
Ils se sont répandus en prières quand tu les châtias.
Comme une femme enceinte, quand son terme approche, Se tord et crie dans ses douleurs, Ainsi nous étions devant toi. Étemel !
Nous portâmes la charge, nous fûmes en travail. Quand nous enfantâmes, c'était du vent :
La patrie n'a pas été sauvée, Il ne naquit point d'habitants pour le pays'.
4 L'antithèse évidente entre les autret maîtres et Jébova nous oblige de voir dans les premiers les faux dieux, et non les Babyloniens. Cela convient parfaitement an contexte. Nous confessons nos torts, nous promettons de ne plus y revenir, de n'invoquer le nom de dieu que par toi, en te nommant tel exclusivement. C'est en vue de cette promesse et de ce repentir que nous espérons le pardon et la restaaration.
^ La génération rebelle et idolâtre, qui a provoqué la colère de Jébova, n'est plus; elle a reçu son châtiment, elle ne reviendra pas. C'est la confirmation explicite et une espèce de garantie des promesses de tout à l'heure.
^ La traduction par l'optatif est impérieusement demandée par le contexte, et autorisée par les règles de la syntaxe. Dieu se glorifie lui-même, en faisant du bien à ceux qui lui sont fidèles.
'7 L'image d un enfantement servait tout à l'heure (comme souvent ailleurs) à représenter une grande calamité, à cause de la douleur qui accompagne Tun et l autre. Elle est employée ici d'une autre manière encore. Les douleurs d'un accoucbement se terminent du moins par la joie que fait naître l'enfant nouveau-venu ; la calamité essuyée par Israël n'a encore rien amené de pareil. La terre de Juda est encore dépeuplée comme le lendemain de la catastropbe de sa capitale.
ANONYME (ES. XXVI, 19-23. XXVII, i). 171
Puissent tes morts revivre * I Puissent mes cadavres ressusciter I Réveillez-vous, poussez des cris de joie, Vous qui demeurez dans la poussière, Que ta rosée soit une rosée de Taurore ^, Et que la terre enfante de nouveau ses ombres I
Va, mon peuple, retire-toi dans ta chambre*^, £t ferme les portes derrière toi!
Cacbe-toi un petit instant, Jusqu'à ce que le courroux soit passé.
Car bientôt rÉtemel va sortir de son lieu. Pour demander compte de ses crimes à Tbabitant de la terre^ Et la terre découvrira le sang versé*'. Et ne cacbera plus les corps des victimes. En ce jour-là, TÉternel viendra trouver, Avec son épée lourde, grande et puissante. Le Léviatban, le serpent glissant, Le Léviatban, le serpent aux grands replis. Et tuera le monstre marin". .
S Les morts de Dieu, les Israélites pieux qui ont péri. Car les infidèles sont positivement exclus, Y. 14. Mes cadavres : c'est le peuple qui parle des siens qui sont morts. Si un pareil vœu ne se réalisait point, la nation ne se relèverait pas de sa destruction. Les survivants seuls n'y peuvent rien.
^ La rosée est l'image de la multitude, surtout de la population, Psaume CX, 3. D'autres traduisent : rosée de végétation, ce qui donnera le môme sens. L'auteur exprime le désir que la population détruite par la catastrophe politique revienne à la vie et repeuple la patrie. On aurait tort de voir ici un enseignement positif, une croyance arrêtée à la résurrection. (Comp. Ëzéch. chap. 37.)
10 Patience et résignation pour un temps encore. Le grand changement, décrit d'avance plus haut dans de si brillantes couleurs, ne tardera pas à survenir.
11 En ce moment, la Palestine était inondée de sang ; beaucoup d'innocents avaient péri, leur sang n'est pas vengé encore. Quand le jour de la revanche arrivera, la terre rendra le sang absorbé, rejettera les cadavres de son sein, pour qu'ils crient vengeance. Tout cela ne se rapporte en aucune façon à l'idée d'une résurrection.
18 L'empire babylonien est comparé à un monstre du monde animal, ou symbolisé sous cette figure , comme nous en voyons d'autres exemples dans Ëzéch. XXIX ; XXXII. Dan. VII Apoc. XIII. Les épithètes appartiennent à l'image et non pas à la puissance politique. Léviatban est le nom hébreu de toute grande bête vivant dans 1 eau, cétacé, serpent ou crocodile.
En ce jour-là, Chantez la belle vigne " :
«Moi, laheweh, j'en suis le gardien, Je Tarrose à tout moment.
Pour qu'on ne s'avise d'y pénétrer.
Je la garde nuit et jour. Je ne suis plus en colère^* :
Ah, s'il me venait ronces ou épines, Je marcherais sur elles au combat, Je les brûlerais toutes, Â moins qu'on ne s'en tienne à ma protection*'. Qu'on ne fasse la paix avec moi, Qu'on ne fasse avec moi la paix.»
A l'avenir, Jacob poussera des racines^
Israël fleurira et s'épanouira, Et le pays entier sera rempli de ses fruits**. L'a-t-il donc frappé comme il a frappé son bourreau? En a-t-il fait un carnage comme le carnage de ses meurtriers*"? C'est par la dispersion, par l'exil, qu'il lui a fait son procès, De son souffle terrible il l'a emporté au jour de l'ouragan C'est par là que fut expié le péché de Jacob, Et tel est l'effet de la punition de sa faute *^,
1^ Le texte paraît fautif. Nous suivons la leçon Kemd (pour hetnr, ce qui signifierait: vigne au vin}. Comp. Amos V, 11, et surtout Es. V^ 1. La vigne est le symbole dlsraël. Le chant lui-même est mis dans la bouche de Dieu, ce qui est assez peu naturel.
^^ L'allégorie n'est pas strictement observée. Les mots de colère, combat, et toute la dernière phrase (v. 5), font voir qu'il s'agit de protéger Israfil contre des ennemis extérieurs.
1^ Qu'on reconnaisse mon autorité suprême.
10 C'est encore, si l'on veut, l'allégorie de la vigne ; cette plante, par la nature de sa croissance, représentait bien une population qui augmente et s'étend.
^'7 Israël a été chflUé, meurtri, ruiné, c'est vrai ! mais ce n'est rien en comparaison du châtiment infligé aux Babyloniens. (Dans le second hémistiche, meurtriers, suppose la leçon hôregûv au lieu de karougâv. Nous avons dû abandonner la tâcbe de reproduire les assonances.)
IS D'après ce qui précède, ce genre de punition doit être regardé comme un effet de la clémence de Dieu, parce qu'il n'est pas irréparable.
1® La punition, à la lettre : l'éloignement. L'auteur veut dire : c'est par Texil qu'Isradl a été puni, et cet acte de Dieu a eu cet effet.
ANONYME (ES. XXVII, D-lS). 173
En ce qu'il a fait des pierres de Tautel Des morceaux de chaux cassés, Pour que les Baals et les Astartés ne se relèvent plus^^'.
Oui, elle est déserte, la ville forte.
Séjour délaissé, solitaire comme la lande :
Le bétail y va paître et s'y reposer,
Et brouter les arbustes qui y croissent. Quand les broussailles se dessèchent on les brise,
Les femmes viennent y mettre le feu ^*
Car ce n'a pas été un peuple sage :
Aussi son créateur n'a-iril pas eu pitié de lui.
Son auteur ne lui a pas fait grâce I
Mais en ce jour-là, l'Ëternel fera sa récolte ''
Depuis les flots du grand fleuve jusqu'au ruisseau de l'Egypte,
Et vous serez recueillis tous.
L'un après l'autre, enfants d'Israël.
Et en ce même jour, on sonnera de la grande trompette. Et ils viendront, ceux qui étaient perdus au pays d'Ass'our, Ceux qui étaient dispersés au pays d'Egypte, Et ils adoreront l'Éternel
Sur la sainte montagne de Jérusalem.
20 Ce châtiment a été coDsommé par la raine de Jérusalem et de son temple profané par lïdolâtrie. Le peuple lui-même subsiste encore.
21 Tableau de la désolation du pays. Là où autrefois il y avait une ville, une belle campagne, il n'y a plus que la vaine pâture, et des plantes sauvages. Les animaux l'occupent à défaut de laboureurs, et quelques pauvres ménages y vivent misérablement.
22 Litt.: il abattra {les olives); cela veut dire qu'il recueillera les siens et les ramènera dans la patrie. Le grand fieuve est TEuphrate, représentant ici l'orient et le nord. Le ruisseau de V Egypte formait la frontière méridionale du pays de Canaan, et représente le sud et l'ouest.
Nous réunissons ici, sous une seule rubrique, plusieurs pièces, qui très-vraisemblablement ne sont pas toutes du même auteur, mais qui paraissent appartenir à une même époque, savoir à celle qui a précédé immédiatement la chute de Babylone. Elles ont été recueillies, plus tard, par des personnes qui n'en connaissaient pas l'origine et qui les ont jointes aux discours de plusieurs prophètes plus anciens. Nous allons les passer en revue, en nous bornant ici à une notice sommaire, les textes étant généralement si clairs, que le commentaire même ne trouvera guère à discuter des questions douteuses.
(ÉsaïeXIII, i-XIV, 28.)
Babylone est menacée d'une guerre à outrance ; le moment du compte à rendre est venu pour la cité criminelle ; sa destruction est décidée et la délivrance d'Israël est prochaine. Ces données, si simples, forment le cadre d'une des plus brillantes poésies de la littérature prophétique des Hébreux. L'auteur nous montre d'abord Jéhova lui-même, appelant les peuples aux armes; il peint la terreur qui s'empare de la nature entière, à l'approche de la lutte suprême dont elle va être spectatrice; il en décrit l'issue avec les couleurs les plus vives, et nous offre un tableau animé de l'opulente capitale après la conquête, tableau dont les traits peuvent se vérifier aujourd'hui encore en maint endroit
A. T. 2« part. — II. 12