ANONYMES DE LA FIN DE L*EXIL
de Torient, où les siècles ont entassé tant de ruines. Enfin, il termine en mettant dans la bouche des Israélites, afiranchis du joug de leurs cruels vaincpieurs, un chant satyrique adressé au dernier monarque babylonien, dont le corps est resté gisant sous un tas de cadavres, et dont Tombre descend au séjour des morts, où règne ordinairement im si morne silence, et où son arrivée provoque im mouvement étrange parmi les nombreuses victimes qui l'y ont précédé.
Pour ce qui est de l'époque de cette pièce, peu de mots suffiront pour la déterminer. Israël est aujourd'hui réduit à l'état de servitude (XIV, 3), mais dès que Babylone, qui va partager le sort de Sodome (XIII, 19), aura été frappée du coup mortel, le peuple retournera en liberté dans son antique pairie (XIV, 3). L'auteur nomme même les Mèdes comme les exécuteurs de la sentence de Jéhova (XIII, 17). Nous en conclurons que Cyrus était déjà en marche, et que ses premières vitoires assuraient son triomphe définitif.
. (Ésaïe XXI, 1-lO.J
La même situation se dessine dans le petit morceau qui forme aujourd'hui la première moitié du vingt-unième chapitre de notre livre du prophète Ésaïe. Il est trop court pour permettre à son auteur de donner libre carrière à son génie poétique ; mais les quelques lignes dont il se compose, contiennent l'esquisse d'un véritable drame, qui aurait mérité de ne pas rester à Tétat d'ébauche. Un ouragan s'élève du côté du désert, et de son sein le prophète entend les paroles brèves et énigmatiques d'im oracle, qui annonce l'arrivée des Mèdes et des Perses et la cessation des soupirs d'Israël. La terreur saisit ses entrailles à cette nouvelle, qui pourtant est une nouvelle heureuse pour lui et les siens, tandis que les Babyloniens insouciants se livrent aux plaisirs des festins d'où soudain ils sont appelés aux armes. En attendant, le prophète se place en sentinelle et voit arriver l'armée des conquérants libérateurs : il termine en proclamant la chute de Babylone. Nous sommes enclin à penser, ou plutôt nous sommes presque convaincu que l'auteur est le même que celui de la pièce précédente.
(Ésaïe XXXIV.)
C'est un oracle contre le peuple édomite, qui est menacé de la vengeance du ciel, pour ce qu'il a fait de mal à Israël. On sait que cette nation, autrefois tour à tour alliée ou sujette des Hébreux, avait pris une part très-active au sac de Jérusalem, et nous rencontrons plus d'une page, tant chez les prophètes que dans les psaumes, où la haine des vaincus, provisoirement impuissants à se venger, et le désir des représailles éclatent avec une sauvage énergie.
L'auteur débute par l'annonce d'une espèce de jugement général, à prononcer par Jéhova contre tous les peuples païens; mais bientôt ce sont les Édomites seuls qu'il prend à partie, et il se complaît dans la description de la terrible catastrophe, qui changera leur pays en un désert et leurs villes en des monceaux de ruines. Cette description serait un très-beau morceau poétique, si elle ne reproduisait pas trop exactement les traits du tableau que nous avons déjà eu sous les yeux au chap. XIII. Est-ce un même auteur qui se serait ainsi copié lui-même, ou bien l'un des deux a-t-il imité l'autre?
(Ésaïe XXXV.)
Description poétique du retour des Israélites de Babylone au pays de Canaan. Que ce retour, au point de vue de l'auteur, soit encore à venir, cela se voit sans peine aux couleurs tout idéales du tableau, qui nous représente la nature même comme se revêtant de ses plus riches attraits, dans les terres à parcourir par la caravane des émigrants, lesquelles, dans la réalité, n'ont jamais oflert aux voyageurs que le triste aspect de la solitude et de l'aridité. Mais on comprendra aussi que cette exaltation de l'espérance a dû être l'effet de l'attente fiévreuse de la grande révolution politique qui approchait, et dont la perspective inspirait aussi les autres poètes dont nous venons de parler.
180 ANONYMES DE LA FIN DE l'eXIL.
Beaucoup de commentateurs sont d'avis que les deux morceaux, dont il a été question en dernier lieu, et qui se suivent aussi dans le recueil, ne doivent pas être séparés, que le second était destiné à compléter le premier. Il est de fait qu'en thèse générale les prophéties menaçantes servent d'introduction à celles qui leur sont opposées, et que les promesses de restauration et de bonheur sont d'ordinaire précédées de peintures sombres et terribles. La brusque transition de l'une à l'autre partie, qu'on pourrait faire valoir pour soutenir l'opinion contraire, n'est pas un argument péremptoire. Car cette absence de toute liaison des idées est précisément le caractère le plus frappant dans ce genre de littérature, et la conception que la ruine des uns amènerait le triomphe des autres, et cela surtout sans que ceux-ci aient besoin d'y intervenir eux-mêmes, cette conception, qui est pour ainsi dire l'une des lois de la pensée prophétique, suffirait presque à elle seule pour souder ensemble deux pièces qui, à première vue, sont tout-à-fait étrangères l'ime à l'autre.
(Jérémie L, LI.]
L'opinion des savants est moins généralement arrêtée à l'égard d'un dernier écrit que nous croyons devoir placer ici, et qui se trouve compris dans le recueil des prophéties de Jérémie, dont il forme les derniers chapitres. A la différence des pièces que nous venons d'énumérer, celle-ci, non seulement porte en tète le nom de son auteur présumé, mais est suivie d'une notice historique, destinée à faire connaître les circonstances dans lesquelles elle aurait été écrite et l'usage qui a dû en être fait immédiatement après sa publication. Il semblerait, d'après cela, qu'il ne s'agit pas ici simplement d'une méprise de la part d'un collecteur plus récent, ou du dernier rédacteur de l'œuvre de Jérémie, mais d'une composition pseudépigraphe proprement dite, et c'est là ce qui a fait hésiter plusieurs critiques éminents, qui se sont efforcés de revendiquer les droits d'auteur de l'illustre écrivain désigné par la tradition, et d'écarter, tant bien que mal, les indices qui paraissent autoriser le doute.
Cependant le jugement à porter sur Torigine de ce morceau, comme de tous ceux qui précèdent, doit avant tout se fonder sur le texte lui-même, et sur les données qu'il fournit relativement au point de vue de l'auteur. Or, à cet égard il ne saurait y avoir de doute : pour notre auteur, la terrible catastrophe appartient au passé ; Jérusalem est détruite, le sang d'Israël est répandu et demande vengeance (LI, 34 suiv.); le peuple est dans l'exil et soupire après Sion (L, 5) ; ce sont ses péchés qui l'ont conduit jusque-là, mais ils seront pardonnes (L, 6 suiv., 20); il retournera dans sa patrie (L, 19), bien que pour le moment ses oppresseurs refusent de le relâcher (L, 33). Mais bientôt, après un petit laps de temps (LI, 33), la situation va changer. Jéhova va rendre à Babel et à tous les habitants de la Chaldée, le mal qu'ils ont fait à Juda (LI, 24) ; il vengera son temple (L, 28; LI, 11, 51). Déjà l'ennemi, choisi par lui pour accomplir ses desseins, se met en route; Dieu lui-même l'appelle et l'excite (L, 14, 26 suiv.); il vient du nord (L, 3, 9; LI, 48), des extrémités de la terre (L, 41; LI, 27); il est appelé par son nom, sous lequel l'histoire le connaît aussi, celui des Mèdes (LI, il, 28). Déjà ils sont assez proches pour que le prophète puisse presser ses compatriotes de fuir la ville et le pays voués à la ruine (L, 8, 28; LI, 6, 45). Tout cela retrace la même situation que celle dessinée dans les autres discours auxquels nous joignons celui-ci, et si tout à l'heure nous n'avons pu nous refuser à l'évidence résultant de tant de détails nullement équivoques, il en sera de même à l'égard du morceau présent.
Mais il y a im argument plus décisif encore à faire valoir en faveur de notre manière de voir. La note historique, ajoutée à la fin du discours, prétend rapporter celui-ci à la quatrième année du roi Çideqiyah, c'est-à-dire à la septième avant la destruction de Jérusalem. Jérémie l'aurait remis à une personne qui se rendait à Babylone, en lui enjoignant d'en faire lecture (on ne dit pas à qui), puis d'y attacher une pierre et de le jeter dans TEuphrate en disant: Voilà comment Babylone s'abîmera. Il y a ici plusieurs remarques à faire. D'abord, il importe de rappeler qu'il se trouve dans le livre du prophète Jérémie d'autres discours, soit de cette même quatrième année de Çideqiyah, soit en général des premiers temps de son règne (chap. XXVII -XXIX), qui expriment de la manière la plus formelle la certitude que la puissance babylonienne subsistera
182 ANONYMES DE LA FIN DE l'eXIL.
longtemps encore, que la génération présente n'avait point à se bercer d'espérances illusoires quant à un retour prochain, que les déportés devaient au contraire se résigner à leur sort, créer des établissements, cultiver les champs et fonder des familles dans leur nouvelle patrie. Loin de prévoir alors le glorieux avènement de la Perse et les victoires de Cyrus, il prédit au contraire la ruine de ce pays (XLIX, 34). Et qu'on ne dise pas, que tout en reléguant dans un avenir éloigné la catastrophe qui devait enfin amener la délivrance d'Israël, il pouvait la prédire à l'époque même où il recommandait à ses malheureux frères la patience et la soumission. Le texte s'oppose à cette combinaison ; car les deux éléments ne sont pas rapprochés l'im de l'autre, comme ils auraient dû l'être dans celte supposition : ils sont séparés, indépendants l'un de l'autre, et le second, celui qui offre la perspective d'un meilleur avenir, au lieu d'être adressé à la génération qui devait en profiter, est soustrait à sa connaissance, plongé au fond de l'Euphrate plus d'un demi siècle avant l'accomplissement, et par cela même comme non avenu. On pourrait même se demander comment il a pu être connu de la postérité, si ce qui en est dit ici doit être pris au pied de la lettre. Mais nous ne nous arrêterons pas à des questions de ce genre, en tout cas oiseuses. Il nous semble que l'appendice historique, qui à première vue crée la difficulté, la fait disparaître, en nous mettant sur la voie de la seule explication plausible. En face de l'assertion que Jérémie, tout en prédisant de la manière la plus positive la ruine de Babylone, tout en recommandant aux déportés, et de la manière la plus énergique, de fuir au plus vite la ville irrévocablement condanmée, aurait jugé à propos de se contenter d'une rapide lecture de sa prophétie cinquante ans avant l'accomplissement, et de la détruire aussitôt, de manière qu'il n'en pouvait rester ni trace matérielle, ni impression dans les esprits d'une génération qui naissait à peine, en face d'une pareille assertion, disons-nous, il n'y a que deux partis à prendre : ou bien il faut dire qu'un inconnu vivant à la fin de l'exil, et voulant mettre ses propres inspirations sous le patronage d'un nom illustre, a mis à son écrit et le titre et le post-scriptum que nous y lisons aujourd'hui, et qui étaient destinés à gagner l'attention du public ; ou bien il faut admettre qu'une prophétie anonyme, analogue à celles que nous venons de passer en revue, a été mal à propos attribuée à Jérémie par
des lecteurs qui Tadmiraienl, sans en connaître l'origine, et que cette opinion, en s'accréditanl, a donné lieu à la légende relative au sort du manuscrit, légende d'autant plus facilement conçue, qu'il s'agissait d'expliquer comment la prédiction n'avait paru que longtemps après la mort du prophète.
L'une comme l'autre explication peut encore se prévaloir du fait que l'auteur a largement exploité le livre de Jérémie, de sorte que des lecteurs familiarisés avec l'ouvrage de ce prophète (comme il doit y en avoir eu certainement, à l'époque indiquée et plus tard), ont pu être très-facilement amenés à reconnaître ici sa main et son esprit. Comparez entre autres L, 30, 40 suiv., avec VI, 22 suiv.; XLIX, 18 suiv., 26, et surtout LI, 19 suiv., avec X, 12 suiv. Mais le vrai Jérémie n'aurait pas fait abstraction à ce point de ses propres prédictions, formulées précisément à l'époque à laquelle celle-ci est supposée avoir été écrite, et qui interdisaient aux Israélites toute espèce de spéculation ou d'espérance illusoire à l'égard des destinées de Babylone.
Du reste, tout en reconnaissant la vivacité des tableaux et l'énergie de la diction qui distinguent ce morceau, nous devons faire remarquer le peu d'ordre et de suite dans les idées qui en constituent le fond. Ce défaut est tellement sensible, qu'il va en quelques endroits jusqu'à gêner l'intelligence du point de vue auquel l'auteur se place pour contempler les événements, soit présents, soit futurs, dont il se préoccupe. C'est là précisément ce qui a pu engager plusieurs critiques émiments à tenter la défense de la thèse de l'authenticité.
(Ésaïe XIII, 1-XIV, 23.)
cSur la hauteur déboisée élevez un signal 1
Âppelez-les à grands cris I
Faites signe de la main, Pour qu'ils entrent dans les portes des tyrans ! C*est moi qui ai mandé mes bataillons sacrés^ J'ai appelé mes guerriers^ ministres de ma colère,
Mes fiers triomphateurs'.»
Quel bruit^ quel tumulte dans les montagnes,
Comme d'un peuple nombreux !
C'est le bruit tumultueux des empires.
Des nations rassemblées !
C'est Iahe>^'eh Cebaôt Qui passe en revue sa troupe guerrière I Us viennent d'un pays lointain.
Du bout du monde', L'Éternel et les instruments de sa colère, Pour dévaster la terre entière.
1 Prédiction de la ruine de Babylone et de l'empire babylonien. Cette catastrophe est l'effet de la volonté de Jéhova, qui vent chfttier les tyrans oppresseurs de son peuple. Israël est déporté, et gémit dans Texil. Le prophète ranime les espérances de ses frères, en leur annonçant rapproche de l'armée victorieuse des Perses et des Mèdes sous la conduite de Cyrus.
S Par un mouvement rhétorique d'uae grande beauté^ le prophète introduit d'abord Jéhova lui-même, qui appelle cette armée et qui exhorte les Israélites a l'appeler k leur tour, et à reconnaître en elle ses libérateurs. Ces peuples étrangers sont les bataillons tacré!s de Jéhova ; ils ont reçu de lui-môme la mission de punir l'insolence des Chaidéens, et la présence de l'Étemel a sanctifié d'avance la bataille qui va commencer (allusion à l'usage de faire précéder le combat d'une cérémonie religieuse].
3 Litt. : du bout des deux. Car la Perse et la Médie sont des pays lointains où jamais Israélite n'a encore pénétré, et où la voûte du ciel semble s'appuyer sur les bords du disque terrestre.
186 ANONYME (ES. XIII, 6-i2).
Lamentez-vous, car le jour de l'Éternel approche : C'est la ruine qui vient du Roi * !
Aussi toutes les mains tombent-elles de faiblesse ; Tout cœur d'homme est abattu \
Ils sont épouvantés, L'angoisse, la douleur les saisit, Ils se tordent comme une femme en travail ; L'un l'autre ils se regardent stupéfaits*', Leurs faces sont pâles comme la flamme^.
Voyez I le jour de l'Éternel arrive,
Jour terrible de rage et de colère ardente,
Pour réduire le pays en désert
Et en exterminer les coupables.
Les astres du ciel et ses Orions
Ne font plus briller leur lumière ;
Le soleil reste sombre à son lever.
Et la lune ne jette plus d'éclat^.
« Et je punirai la terre pour ses crimes,
Et les impies pour leur iniquité ;
Je mettrai fin à l'orgueil des insolents,
Et des tyrans j'humilierai l'arrogance.
Je rendrai les hommes plus rares que l'or,
Les mortels plus rares que le métal d'Ophir.
4 Les mots ruine et roi (litt. : le Tout- Puissant) ont été choisis pour imiter TallitéretioD dans l'original. En français, de pareils jeux de mots dans le stjle pompeui des prophètes doivent manquer leur effet. L'auteur veut dire : Ce n est pas un malheur ordinaire.
^ Litt.: se fond.
^ Description animée de la terreur qui règne à Babylone à l'approche de l'ennemi. Ce ne sera pas une simple défaite accidentelle, ce sera un jour de V Sterne l^ une de ces terribles péripéties de Thistoire qui changent la face du monde ; un vrai jugemeul céleste.
*? La lueur de la flamme doit faire contraste avec la couleur naturelle, avec le teint basané des hommes. C'est donc de la pûleur et non de la rougeur que l'auteur veut parler.
^ Description plus détaillée de la catastrophe. Le jour qui l'amène est personnifia ; il vient terrible, furieux, le visage en feu {à la lettre), comme un homme poussé par la colère et la vengeance. Et quel jour ! Un jour sans soleil, sans lune, sans étoiles, les eonstellations les plus brillantes s'éclipsant, un jour sombre et lufnibre comme le5 ruines qu'il va faire.
ANONYME (ES. XIII, l3-2l). 187
Pour cela, je ferai trembler les cieux, Et la terre bondira de sa place^ Devant la fareur de laheweb Cebaôt, Au jour de son ardente colère^.
cEt pareil à la gazelle pourchassée.
Au troupeau que nul ne rallie, Chacun se tournera vers son peuple, Chacun fuira vers son pays*®.
Quiconque se laissera saisir sera égorgé, Quiconque sera pris périra par Tépée.
Leurs nourrissons seront écrasés à leurs yeux, Leurs maisons pillées, leurs femmes violées.
«Voyez! j'excite contre eux les Mèdes, Qui n'estiment pas Targent^ Et ne font point cas de For.
Mais leurs arcs mettront en pièces les jeunes guerriers, Ils n'épargneront pas le fruit des entrailles. Des enfants leur œil n'aura pas pitié. >
Alors Babel^ l'ornement des royaumes.
L'orgueilleuse parure des Chaldéens, Sera pareille à Sedom et à 'Amorah,
Quand Dieu les renversa.
Jamais personne n'y demeurera plus.
Elle restera inhabitée d'âge en âge ; L'Arabe n'y dressera point sa tente^ Et les pâtres n'y feront pas leur halte. Ce sont les animaux de la steppe qui s'y établiront. Ses maisons se rempliront de fouines ;
Les autruches s'y logeront.
Et les satyres y feront leurs danses " ;
0 La description elle-m6me est mise dans la boache de Dieu pour faire plus d'effet. Toutes les horreurs commises d'ordinaire dans une ville envahie par des barbares, se présentent à l'imagination du prophète. Le ciel et la terre s'ébranleront de frayeur à la vue de ce spectacle. Le carnage sera tel, que les hommes survivants seront plus rares que Tor. Les conquérants n'accepteront aucune rançon et ne feront pas môme des prisonniers pour les vendre.
1 0 Les nombreux étrangers qui se pressent dans la superbe capitale se disperseront dans toutes les directions, comme un troupeau de bêtes sans défense surprises par une panique.
1 ^ Les satyres sont des espèces de démons à l'aspect hideux, à la peau velue,* semblables a des boucs, dont rimagination populaire peuplait les solitudes du désert. Chap. XXXIV, 14. Apoc. XVIII, 2. Tob. VIII, 3.
188 ANONYME (ES. XIII, 22. XIV, l-S).
Les chacals hurleront dans ses palais,
Les renards dans ses châteaux de plaisance.
Son temps approche Et ses jours ne seront pas prolongés.
Car TÉternel aime Jacob, Et Israël est encore son élu :
Ils les rétablira dans leur patrie^ Et rétranger s'attachera à eux Et se joindra à la maison de Jacob *'. Et les peuples les prendront Et les ramèneront dans leur pays ; Et la maison d'Israël se les appropriera, Comme ses esclaves et servantes sur la terre de rÉternel, Et ils retiendront captifs leurs ravisseurs, Et seront les maîtres de leurs tyrans.
Et quand l'Éternel te fera reposer
De ta corvée et de ta tribnlation,
De la dure servitude a laquelle tu étais asservi,
Alors tu feras entendre ce chant *'
Sur le roi de Babel, et tu diras :
Comment le tyran est-il enfin en repos!
La tourmente a cessé!
L'Éternel a brisé la verge des impies.
Le sceptre des despotes.
12 Babylone étant détruite, la délivrance dlsraèl, son retour en Palestme, est un fait assuré. Mais ce retour sera en môme temps une éclatante compensation des maux endurés pendant l'exil. Les rôles changeront. A son tour^ Israël aura des sujets. L^ Babyloniens chassés de chez eux, d'autres peuples encore, étonnés de ce soudain changement de fortune, se joindront aux exilés et se mettront sous leur protecUon, pour jouir au moins de la paix et de la sécurité qu'ils ne trouvent plus chez eoi. Hs fonneront le cortège triomphal du peuple de Dieu rentrant dans sa patrie et là ils se trouveront dans la position des Cananéens du temps de Salomon, i Rois IX, 20 s.
1' Le terme français n'exprime pas bien le sens du mot hébreu. Mas' al est tonjûais une comparaison, c'est-à-dire un morceau littéraire qui rapproche, dans un but déterminé, des objets divers, destinés à frapper l'esprit par cette juxta-positioD. Telles sont les fables, les paraboles, les proverbes, les énigmes. Ici nous pourrions mettre la Botyre^ parce que c'est au moyen d'un parallélisme injurieux, avec des métaphores et des images blessantes que l'auteur donne un relief rhétorique à ses invectives. C'est du reste un morceau d'une grande valeur littéraire et d'une vivacité toute dramatique, dans lequel divers interlocuteurs prennent tour k tour la parole.
Qui frappait les peaplcs dans sa rage
De coups sans trêve ; Qui tyrannisait les nations dans sa colère
Avec sa domination impitoyable I
Toute la terre est en paix et tranquille,
Tout éclate en cris de joie :
Les cyprès mêmes se réjouissent à ton sujet,
Les cèdres du Liban :
• Depuis que tu es tombée Le bûcheron ne monte plus vers nous ^* I >
Le S'eôl dans ses profondeurs s'émeut pour toi, Â ton arrivée, il excite les ombres ; Il fait lever de leurs sièges tous les princes de la terre, Tous les rois des nations.
Tous ils élèvent leur voix Et te disent:
( Toi aussi tu t'es donc évanoui comme nous, Tu es devenu notre égal**! >
Ton faste est descendu dans la tombe
Avec les sons de tes guitares ; Sous toi les vers forment ta litière.
Et la vermine est ta couverture".
14 Le morceau commence par un éclat de joie de ce que Toppression a cessé, de ce que celui qui ne laissait pas de repos aux autres, soit en repos iui-m6me (ironiquement). Une domination odieuse est brisée et la liberté est rendue au monde. La nature inanimée elle-même prend part à la réjouissance universelle. Les forêts majestueuses du Liban se félicitent de n'être plus dévastées pour servir au conquérant qui y cherchait du bois pour ses machines de guerre (Hab. II, 17).
i& La scène change brusquement. Du haut du Liban, nous descendons dans les profondeurs de la terre. Le poète représente le moment où le monarque déchu et égorgé arrive dans la demeure des ombres. Ce lieu, ordinairement plongé dans un morne silence, s'émeut a la nouvelle de son approche. Le S'eôl personnifié excite lui-même ses hôtes apathiques à aller à sa rencontre. Les rois naguère exterminés par celui de Babel l'accueillent avec une amère dérision et le raillent sur sa faiblesse actuelle.
i<^ La scène de l'enfer amène naturellement l'idée du tombeau. Le poète peint le spectacle dégoûtant de la putréfaction qui remplace le faste insolent, les fêtes brillantes de la cour de Babel.
190 ANONYME (ES. XIV, t2-l8).
Comment es-tu tombé du ciel.
Fils brillant de Taurore !
Comment es-tu abattu et jeté par terre,
Toi qui terrassais les peuples ^^ I
Et toi, tu disais dans ton cœur :
c Je monterai au ciel ; Au-dessus des étoiles de Dieu
J'élèverai mon trône ; Je m'assiérai sur la montagne sacrée
Au fond du septentrion, Je monterai sur les sommets des nues,
Je serai Tégal du Très-Haut*' ! >
Ha I c'est dans le S'eôl que tu seras précipité,
Au fond du sépulcre!
Ceux qui t'y verront, te contempleront,
Jetteront sur toi un regard curieux :
c Est-ce là l'homme qui ébranla la terre?
Qui fit trembler les empires?
Qui fit du monde un désert et dévasta les villes,
Et ne relâcha point ses captifs?»
Tous les rois des peuples reposent avec honneur Chacun dans son mausolée ^^ :
^'l Hier pareil k l'étoile la plus brillante du ciel (dans le texte hébreu^ il J a cette leçon absurde : Hurle, fils de Taurore), aujourd'hui gisant à terre dans la poussif; hier défiant les dieux et prétendant être leur égal, aujourd'hui plongé dans la nuit de tombeau ; quel contraste et quelle leçon I — Ce passage présente un certain intérêt de curiosité. Les anciens traducteurs ayant très-bien compris que Vastre hrrUamt, /SU de l'aurore, est la planète Vénus, ont traduit tout bonnement dans ce sens (Vttlg. Lmcifer]. Mais comme les pères de l'Église expliquaient tout ce passage, non da roi de Babel, mais du diable jeté du haut du ciel dans l'enfer, il en est résulté que la mythologie chrétienne a donné à l'ange déchu le nom de Lucifer.
18 La montagne sacrée (11 tt. : de Vauemblée] au fond du nord, c'est le séjonr des dieux, d'après les conceptions mythologiques des anciens peuples. Chez les Hindous, cette montagne s'appelle Mérou, chez les Perses Albordj, chez les Grecs c'est rOlympe, chez les anciens Germains le Brocken, et les traditions relatives à TArarat ne sont pas trop éloignées de ce cercle d'idées. On remarquera que dans les phrases mises ici dans la bouche du roi de Babel, les expressions monothéistes familières à Tautear se trouvent mêlées à celles qu'exigeait le costume.
10 Le roi de Babel n'aura pas môme les honneurs de la sépulture, tandis que les guerriers, nobles et officiers, qui périront avec lui dans le combat suprême, et doot 1rs corps formeront sur le sien comme un linceul sanglant, seront ensevelis honorablement.
Mais toi, tu es jeté loin de ton sépulcre. Comme une branche vile, Sous un linceul de morts égorgés par Tépée, Qui descendront dans leurs tombeaux maçonnés,
Toi, une charogne foulée aux pieds I Tu ne seras pas réuni avec eux dans la tombe, Désolateur de ton pays, bourreau de ton peuple!
Qu'elle ne soit plus jamais nommée.
Cette engeance de scélérats !
Faites un carnage de ses fils.
Pour les crimes de leurs pères,
De peur qu'ils ne se relèvent pour conquérir la terre.
Et que le monde se remplisse de tyrans ^° !
Oui, je m'élèverai contre eux,
Dit laheweh Cebaôt, J'exterminerai de Babel le nom et le fond, La place et la race, dit rÉtemeP*.
J'en ferai le domaine du hérisson
Et des marais d'eau '^, Et je la balaierai avec le balai de la destruction,
C'est l'Éternel qui le dit 1
La branche vile qu'on coupe en élaguant un arbre et qu'on jette comme inutile^ ne cadre pas bien avec le reste des images. Il faut faire abstraction de la signification propre^ et ne songer qu'au rejeton abhorré d'une famille ou d'une nation.
20 C'est ici qu'on marque le plus convenablement la fin du chant annoncé v. 4. Ordinairement on s'arrête au v. 20 et même la coupe des strophes ou vers y est faite autrement. La versification^ généralement très-régulière, se continue jusqu'au bout.
21 Après le chant, Jéhova prend la parole^ le prophète revenant au point de vue de la prédiction de l'avenir, après avoir décrit la catastrophe comme déjà accomplie. Nous avons cherché à imiter les allitérations de l'original. Littéralement ce serait : le nom et le reste, la progéniture et la race.
2S Le système de canalisation, qui entretenait la fécondité du territoire de Babylone, tombant en ruine, la campagne se change soit en désert aride, soit en marécages.
(Ésaie XXI, 1-10.)
Oracle relative au désert de TEupUrate*.
Pareil à Touragan, quand il éclate au midi, Ça vient du désert, du pays redoutable'. Une terrible vision m'a été révélée ' :
cLe ravisseur ravit,
Le destructeur détruit ;
Élance-toi, "Êlam!
Serrez^ Mèdes!
Je vais faire cesser les soupirs *!>
Aussi mes reins sont-ils remplis de douleurs ; Des convulsions me saisissent comme une femme en travail. Je suis tourmenté, à ne plus entendre.
Je suis éperdu, à ne plus voir.
1 Le collecteur des diverses pièces qui forment aujourd'hui la seconde partie du livre d'Ésaie (XIII -XXIII} paraît avoir aimé les inscriptions Ggurées ou plutôt avoir choisi pour sa rédaction certains mots du texte (comp. XXI, 13; XXII, 1 ; XXX, 6), au lieu d'indiquer le contenu purement et simplement par un nom propre. Ici, il s'agit d'annoncer l'arrivée de l'armée de Cjrus et la chute de Babel. Le déterteat mentionné accidentellement dans la première phrase ; et pour ce qui est de rBuphrate (si tant est qu'on doive traduire ainsi le mot mer^ comp. XIX, 5]| on a voulu signifier par là le vrai sujet de l'oracle.
^ L'auteur ne dit pas quoi? Nous allons apprendre qu'il s'agit d'une invasion ennemie. La réticence est d'un grand effet rhétorique. Le déUri est ici la partie sud-est de la Mésopotamie. Le midi est nommé, parce que les commotions atmosphériques sont plus terribles à mesure qu'on avance vers le sud.
8 Vision, dans le style prophétique, équivaut à révélation.
'^ Ces cinq courtes lignes sont précisément la révélation annoncée. C'est à desseto que les paroles présentent une certaine obscurité et en mâme temps des assonnances, de manière à frapper à la fois l'oreille et l'imagination. 'Élam (la Perse) et la Médie, réunies sous le sceptre de Cyrus, entrent en campagne contre Babylone et vont r mettre le siège. C'est le moment de la délivrance pour Israël.
Mon esprit s'égare; L'horreur me fait trembler; Le crépuscule que je désirais, m'épouvante^.
On dresse la table, on étend le tapis,
On mange, on boit — (Debout, chefs, oignez le bouclier^!»
Car voici ce que le Seigneur m'a dit : (Va placer une sentinelle
Pour qu'elle regarde et annonce ''I»
Et elle vit des troupes de chevaux, deux à deux,
Des troupes d'ânes, des troupes de chameaux ;
Et elle écoutait^ et écoutait longtemps".
Puis elle cria d'une voix de lion :
(Sur ma tour, Seigneur S je fus sans cesse de jour,
A mou poste je restai toutes les nuits :
Voici qu'il vient des hommes à cheval
Sur des coursiers, deux à deuxl»
Et il éleva la voix et dit*® :
Elle est tombée, Babel, elle est tombée! Toutes ses idoles, on les brise contre terre 1
^ Le premier sentiment qui s'empare du prophète israélite, à la nouvelle qu'il reçoit, est celui de la terreur. Car il prévoit que la délivrance de son peuple devra être précédée d'une effroyable lutte. Les jours à passer encore jusqu'à la catastrophe finale, seront des jours d'angoisse, et l'approche de chaque nuit, moment désiré dans les pays chauds, ne fait qu'accroître les craintes.
^ Tableau incident qui doit peindre l'insouciance des Babyloniens, et faire pres-^ sentir leur perte. C'est au mUieu des festins que les surprend le cri d'alarmOé
"7 Fiction poétique destinée à introduire d'une manière plus dramatique la description de l'armée de Cyrus s'avançant sur Babylone^ La sentinelle, comme on va voir plus loin, est après tout le prophète lui-même.
^ Les troupes d'animaux se distinguent de plus loin que les honmies. C'est donc par celles-là que la description commence. Les chevaux (montés} marchent deux a deux, les bêtes de somme vont librement. L'armée s 'approchant, la sentinelle finit par entendre aussi du bruit, et lorsqu'elle ne peut plus douter, elle fait son rapport.
B D'après notre texte hébreu, c'est Dieu (Adonaî). C'est donc en réahté le prophète lui-même qui fait son rapport à Jéhova, comme pour dire que sa volonté est faites D'après la fiction, le rapport devrait être fait par la sentinelle au prophète (Âdoni). La première version est positivement préférable.
10 Ici on voit clairement qu'il ne s'agit pas d'une simple sentinelle. Il n'y a que le prophète qui puisse annoncer l'avenir. En sa qualité de mortel, ï\ bl vu venir les
A. T. 2« part. — IL 18
194 ANONYME (ES. XXI, lo).
0 toi^ mon peuple, qui es foulé aux pieds. Qui es battu comme le blé dans Taire ^*, Ce que j'ai appris de TÉternel des armées, du Dieu d^Israël,
Je te l'annonce.
ennemis, en sa qualité d'organe du Dieu révélateufi il iait que ces ennemis seront victorieux. Âutrementi on pourrait mettre dans la bouche de Dieu lui-même les deux premières lignes qui suivent.
^1 Utt.: fiU de mon aire; on sait que les épis étaient battus, foulés ou plutôt bâchés, au moyen de machines particulières, pour en détacher les grains. C'est l'image des mauvais traitements subis par les déportés.
(Ésaïe XXXIV.)
Approchez, peuples, pour entendre,
Vous^ nations^ prêtez Toreille I
Que la terre écoute, et ce qui la remplit,
La campagne et tous ses rejetons *■ l
Car rÉternel est en colère contre tous les peuples,
Et sa fureur éclate contre toute leur masse :
n les maudit, les livre au carnage.
Leurs morts gisent sans sépulture,
Leurs cadavres exhalent la puanteur;
Les montagnes ruissellent de leur sang'.
L'armée céleste se dissout^.
Le ciel est roulé comme un écrit,
Et tous ses astres tombent Comme la feuille morte de la vigne, Comme le feuillage flétri du figuier.
1 On trodait ordinairement t/bel par Vunivers, mais c'est faute d'une expression meiUeure ; car c'est proprement la terre productive, et pas autre chose. Ici, il faut d'autant plus s'arrêter à cette idée^ qu'il s'agit des plantes qui doivent écouter tout aussi bien que les hommes et les animaux. L'auteur de cette pièce a des prosopopées très-hardies.
2 Litt.: 8e fondent , k force d'être imprégnées ou inondées de sang. L'exorde du poème menace tous les peuples, bien entendu, les ennemis d'Israël.
3 Pour comprendre pourquoi le ciel lui-même doit être anéanti avec ses astres, on n'a qu'à se rappeler que ceux-ci étaient l'objet des cultes païens. L'armée céleste^ c'est la totalité des étoiles ; le ciel, étendu comme une tente, est roulé comme pour être emporté, et à cette occasion, les étoiles qui y sont fixées comme des clous, se détachent et tombent à terre (Ps. CIV, 2). D'après une autre image, les étoiles s^ dUtohent, comme de la poussière, ou comme de la cire.
Qaand mon épée se sera enivrée au ciel*, Voyez, sur Édom elle va fondre, Sur le peuple que j'ai maudit, pour en faire justice. L'épée de TÉternel est teinte de sang,
Elle s'enduit de graisse^ Du sang des boucs et des agneaux.
De la graisse des reins des béliers, Car rËternel fait son festin à Boçrab^ Son grand abattis dans la terre d'Ëdom^. Les buffles y passent avec le reste.
Bœufs et taureaux ensemble ;
La terre s'abreuve de sang,
Le sol est saturé de graisse.
Car c'est un jour de vengeance pour l'Éternel, Une année de représailles pour la cause de Sion Ses torrents se changeront en poix,
Son sol en soufre.
Sa terre deviendra de la poix brûlante^; Ni la nuit, ni le jour elle ne s'éteindra, Sa fumée s'élèvera éternellement.
^ Ceci est un peu obscur. On comprendrait que Tauteur dit : Quand les autres nations [y. 2, 8] auront été punies^ le tour des Édomites viendra aussi. Mais la mention du ciel paraît faire allusion à ce qui a précédé immédiatement (▼. 4]. et où l'épée n'avait rien à faire. Les deux tableaux paraissent se confondre dans llmagination exaltée du poète. Du reste, la poésie orientale personnifie l'épée; elle a une hoitehe, elle boit du sang, donc elle peut aussi s'enivrer,
S La ruine du peuple édomite, dont Boçrah était Tune des villes principalesi est comparée à un grand sacrifice, où l'on immole des hécatombes ; les animaux nommés dans le texte représentent le peuple voué à la destruction. L'auteur^ en multipliant les noms^ a Voulu, sans doute, exprimer l'idée de la totalité, des diverses classes, etc. C'est ce qui nous explique aussi la mention des hu/flet, qui ne servaient Jamais aux sacrifices ; ils doivent faire comprendre queYien n'échappera.
^ La eause^ l'affaire, le procès. La destruction de Jérusalem, a laquelle les Édomites avaient pris une si large part, est représentée comme le sujet d'une plainte introduite devant le Juge qui doit faire droit à la partie lésée.
"7 II s'agit encore du châtiment à infliger à Édom. Les images sont empruntées à la tradition relative à Sodome et Gomorrhe, et cela d'autant plus naturellement, que les deux pays sont voisins et que celui des Édomites présente, au dire des voyageurs modernes, des traces d'activité volcanique. Dans les vers suivants, les pronoms se rapportent au pays, et non a la poiw.
D'âge en âge elle restera déserte, A tout jamais personne n'y passera.
Le pélican et le hérisson en prendront possession, Le héron et le corbeau y auront leur demeure ^. On y appliquera le cordeau de la destruction Et le niveau deila ruine ^.
Ses nobles — il n'y en aura plus pour acclamer un roi, Tous ses chefs auront disparu.
Ses palais se couvriront d'épines.
L'ortie et le chardon se logeront dans ses forts.
Elle deviendra la demeure des chacals.
Le repaire des autruches, Les bêtes du désert ^^ s'y donneront rendez-vous, Le satyre y rencontrera son compagnon,
Oui, Lilit hantera ces lieux
Et y trouvera son repos".
Là nichera le serpent et pondra ses œufs, Il les couvera et rassemblera ses petits sous son ombre ^'. Oui, là se réuniront les vautours,
s Pour ces noms d'animaux^ nous suivons Tinterprétation aujourd'hui reçue ; elle n'est rien moins que sûre. Pour le pélican, on met aussi le Aato, espèce de caille du désert d'Arabie ,* pour le hérisson, le butor ; pour le héron (ou la grue), le hU>ou. En tout cas, avec les oiseaux qui ont besoin d'eau pour leur genre de nourriture, l'auteur change d'image. Car ce n'est pas dans une terre qui brûle qu'on trouvera des étangs.
9 Troisième image. Pour bfltir, l'architecte emploie le cordeau et le niveau (en hébreu : la pierre, probablement suspendue à un fil pour trouver la ligne perpendiculaire ou horizontale). Ici, ces mêmes instruments sont entre les mains de quelqu'un qui édifie la ruine.
10 En hébreu, il y a deux mots: çî et 1/' ce sont évidemment deux espèces d'animaux ainsi appelés d'après leurs cris. Le second est ordinairement pris pour une espèce de la race canine, par conséquent un animal parent du chacal ou du renard. On a désespéré de déterminer le premier.
11 Lillt et les satyres (hébreu : boucs), sont des êtres fabuleux dobt l'imagination populaire peuplait le désert. Lilit, dans la mythologie arabe, est la première femme d'Adam et la mère des démons. Le Talmud en parle comme les Grecs parlaient d'Empousa, et des Lamies qui dérobaient les enfants pour sucer leur sang.
1* Tout n'est pas certain dans ce distique, ^ppo* est probablement une espèce particulière de serpent ; mais on ne sait pas trop bien de quelle ombre l'auteur veut parler, de celle des ruines, ou de celle du serpent même.
Ils se chercheront Tan Tautre".
L'Éternel les appellera tous^ Et pas un d'entre eux ne fera défaut.
Aucun ne manquera Tautre ; Car sa bouche à lui les aura mandés, Son souffle les aura rassemblés.
C'est lui qui jette le sort pour eux, Sa main leur distribue les parts au cordeau ^* ; Ils en prendront possession pour toujours, D'âge en âge ils j auront leur demeure.
1 3 Cette ligne et la suivante expriment on autre texte qae celui qui se lit dans nos bibles hébraïques. Voici ce dernier :
Oui, là se réuniront les vautours.
L'un et l'autre.
Cherchez sur le livre de rÉtemel et lisez :
Pas un d'entre eux^ etc..
On voit que la seconde ligne reste ainsi incomplète^ et quant à la troisième, il est difficile de dire dans quel livre (autre que celui du prophète môme) les lecteurs doivent lire tout cela. Les Septante expriment également une leçon différente. Les changements à faire sont on ne peut plus simples et laissent les consonnes à peu près intactes. Lisez À la fin du 15* verset: daras'ouy au lieu de dirs'ou, au commencement du 16*. — Lisez : 'al mitpar (selon leur nombre, c'est leur totalité), au lieu de mé^al sé/'er. — Enfin : ffiçrâ suivi du w conjonctif, au lieu de ouqraou. On a été plus loin et on a transporté la ligne : aucun m manquera Vautre, à la fin du 15* verset corrigé, ce qui se recommande à première vue.
14 Dieu distribue aux animaux le pays d'Edom, comme ailleurs on le fait pour de nouveaux colons.
ÏV.
(Ésaïe XXXV.)
Il se réjouit, le désert aride^ La lande est dans Tallégresse, Elle fleurit comme le narcisse.
Elle s'épanouit en fleurs et tressaille ; Quelle allégresse I quelle jubilation !
La splendeui* du Liban lui est prêtée, La magnificence du Carmel et de S'arôn : On y voit la splendeur de TÉternel, La magnificence de notre Dieu^
Fortifiez les mains languissantes I
Les genoux qui fléchissent, affermissez -les 1
Dites à ceux dont le cœur est agité :
Courage! N'ayez pas peur!
Voici votre Dieu ! Mettons-nous en route * I Elle vient, la compensation de Dieu ; Il vient lui-même pour vous sauver !
Alors les yeux des aveugles se dessilleront, Et les oreilles des sourds seront ouvertes ; Alors le perclus bondira comme un chevreml. Et la langue du muet poussera des cris de joie
1 Le grand désert, que doivent traverser les exilés retournant dans leur patrie, se change pour eux en une campagne belle et fleurie. Ses sites désolés deviennent des plaines riantes. C'est la gloire du Dieu sauveur lui-mdme qui s'y reflète. Comp. XXXIII, 9.
^ Nous lisons naqovm pour naqam. Il n'est pas question de vengeance dans toute cette pièce. La compensation, c'est la liberté après une longue servitude, et non les représailles, dont l'objet ne serait pas même indiqué.
3 II n'est pas question là d'un cbangement moral, car il va sans dire que le poète ne parle ici que de ceux auxquels Jéhova accordera ses bienfaits. Ce sont les infirmités physiques qui disparaîtront avec les défauts de la nature extérieure.
Car dans le désert il jaillira de Teau,
Et des ruisseaux dans la lande.
Le mirage deviendra une nappe d'eau,
Et Taride Sahara aura ses fontaines.
Dans les lieux où les chacals ont leur gite
Il y aura une place pour les joncs et les roseaux*.
Là il 7 aura une route frayée,
La voie sacrée sera son nom ;
Aucun impur n'y passera^
Elle sera pour eux seuls.
Ceux qui la suivent^ même les imprudents, ne s'égarent point ^
Là il n'y aura point de lion, Nulle bête féroce n'y mettra le pied.
Ni ne s'y trouvera.
Les affranchis y marcheront.
Les rachetés de TËternel retourneront; Ils arriveront à Sion dans l'allégresse; Une joie éternelle couronnera leur tète, Les transports et la joie y entreront, La tristesse et les soupirs fuiront!
4 D'après la Vulgate et la traduction syriaque. Le sens est : dans l'aride solitude il poussera, à la suite de cette irrigation miraculeuse, une herbe telle, qu'elle aura les dimensions des roseaux; ou bien l'humidité sera telle, qu'au lieu d'un rare tepis d'herbes, il y aura des plantes de marais. Le texte hébreu est traduit ordinairement : Dans le téjùur des ekaeals, leur gîte, il y a place pour les joues et les roseamœ, ce qui est une phrase assez singulière. Les Septante ont tout autre chose, et le texte paraît fautif {haçlr pour hacer),
^ Bile conduit sans faute i Jérusalem, de sorte qu'il n'j a pas à craindre qu'on se trompe de direction. Comp. du reste Es. XI, 16 ; XIX, 23.
(Jérémie L, LI.)
La parole que prononça rÉterncl sur Babel, sur le pays des Cbaldéens^ par Torgane du prophète Jérémie.
Annoncez-le parmi les nations! Proclamez-le! Érigez un signal! Publiez-le ! Ne cachez rien ! Dites : Babel est prise ! Bel est confondu, Merodak *■ abattu ! Ils sont confondus^ ses faux dieux ; elles sont abattues^ ses idoles I Car il s'avance contre elle un peuple du nord, qui va changer le pays en une solitude, de manière qu'il n'y aura plus d'habitants, ni homme, ni béte : tout est fini^ tout a disparu !
En ces jours-là, en ce temps-là, dit l'Étemel, les enfants d'Israël viendront, eux et les enfants de Juda tous ensemble ; ils iront en pleurant ' chercher l'Éternel, leur Dieu. Ils demandent Sion ; c'est de ce côté que se tourne leur face. < Venez I attachons-nous au Seigneur par un pacte éternel qui ne s'oubliera pas I »
Mon peuple était un troupeau de brebis qui se perdaient ; leurs bergers les avaient égarées, les avaient laissées errer sur les montagnes ; elles allaient d'une hauteur à l'autre, oubliant leur bercail. Quiconque les trouvait en faisait festin^ et leurs ennemis ' disaient : Il n'y a pas de mal ! C'était parce qu'elles avaient péché contre l'Éternel, le vrai pacage, l'espoir de leurs pères, laheweh.
Fuyez ^ ! sortez de Babel et du pays des Chaldéens ! Pareils à des
1 Divinités (planétaires) des Babyloniens.
^ De repentir.
' Ce mot ne cadre pas bien avec Tallégorie qu'il explique. Par contre, dans la pbrase suivante, l'auteur revient à celle-ci d'une manière presque trop hardie pour notre goût, en appelant Jéhova le vrai pacage, que les brebis avaient abandonné. Dans les hauteurs on reconnaît les lieux de culte.
-* L'exhortation est adressée à tous ceux qui sont les victimes des Babyloniens, avant tout aux Israélites -déportés^ qui doivent tâcher d'échapper à la catastrophe.
202 ANONYME (JÉR. L, 8-16).
béliers, mettez-vous à la tête du troupeau ^ 1 Car> voyez-vous, je vais susciter et faire marcher contre Babel une ligue de grandes nations du nord, pour l'assiéger ; c'est ainsi qu'elle sera prise : leurs flèches sont autant de guerriers victorieux, qui ne manquent point leur coup^. Le pays des Chaldéens sera livré au pillage, et les pillards en auront tout leur soûl, parole de TËternel I Mais réjouissez-vous toujours^, livrez-vous à l'allégresse, spoliateurs de mon héritage! Gambadez comme la génisse qui piétine sur l'aire I Hennissez comme des étalons 1 Votre mère^ va être dans une grande confusion, votre patrie va rougir I Voyez I elle sera à la queue des nations, un désert, une lande, une solitude I C'est la colère de l'Éternel qui la privera d'habitants, et en fera une vaste solitude: tous ceux qui passent près de Babel, la contempleront avec stupeur, en ricanant à propos de ses malheurs ^.
A vos rangs contre Babel, tout autour, vous tous qui bandez l'arc ! Tirez contre elle, n'épargnez point les flèches, car elle s'est rendue coupable envers l'Éternel. Poussez le cri de guerre contre elle de tous côtés : elle se rend *<^, ses créneaux tombent, ses murs s'écroulent, car c'est la vengeance de l'Éternel même 1 Vengez-vous sur elle I Faites lui ce qu'elle a fait à d'autres ! Exterminez dans Babel, quiconque sème, quiconque tient une faucille au temps de la moisson**! Pour échapper à l'épée destructrice, chacun se dirige vers son peuple, chacun s'enfuit dans sa patrie*'.
5 Quand le troupeau sort du bercail, c'est à qui sera à la tdte de la marche, et les mûlee, les plus forts, gagnent les devants.
^ Cette dernière phrase se rapporte proprement aux flèches qui ne mi$nne»i pa * rides (2 Sam. I, 22], c'est-à-dire, qui exécutent la mission dont elles sont chargées.
'7 Ironie. Les Chaldéens, aujourd'hui dans l'ivresse de leurs récentes victoires, vont hîentôt fitre surpris par un retour de la fortune.
S Votre patrie^ mot que nous nous sonmies permis de mettre dans le texte, qui dit deux fois : mère,
9 Jér. XIX, 8.
10 C'est la signification ordinaire de la phrase: tendre la main, SU était permis d« lui donner le sens de : pencher de eâU, comme on l'a proposé, le prophète ferait allaâoo à la chute de Jéricho, et le eri de guerre serait plutôt le son des trompettes. En tout cas, la prise de Bahylone est représentée comme un acte personnel de Dieu.
11 Cela revient à dire que le pays tout entier sera un désert sans culture. Bahel est ici mis pour la Babylonie, du moins pour le district immédiatement dépendant de la capitale.
12 Jér. XL VI, 16. Il doit 6tre question ici de gens originairement étrangers a Bahylone et qui se hâtent d'échapper à la catastrophe. On songera de préférence à des commerçants et à tous ceux que leurs intérêts ou leurs plaisirs attiraient dans use riche et splendide capitale.
ANONYME (JÉR. L, 17-26). 203
Israël est une brebis pourchassée, des lions se sont mis à ses trousses : le premier Ta mangée, c'était le roi d'Âss'our ; voilà Fantre qui en ronge les os, c'est Neboukadreççar, le roi de Babel. Pour cela, voici ce que dit laheweh Çebaôt, le dieu d'Israël : Voyez, je vais en demander compte au roi de Babel et à son pays, comme j'ai demandé compte au roi d'Âss'our^ et je ramènerai Israël à ses pâturages ^^, pour qu'il aille paitre au Carmel et en Bas'an, qu'il se rassasie à cœur joie sur les hauteurs d'Ëphraîm et de 6'ile'ad I En ces jours-là, en ce temps-là, parole de l'Éternel I on recherchera le péché d'Israël — il aura disparu, et les fautes de Juda — on ne les trouvera plus : car je pardonnerai à ceux que j'aurai épargnés.
Sus au pays doublement rebelle ! En avant, contre lui et les habitants de ce lieu qui demande ma visite ^^ 1 Dégaine après eux, et extermine-les ! dit l'Étemel. Fais tout ce que je t'ordonne 1 . . . . Clameur de bataille dans le pays I Ruine immense ! Comme il est brisé et mis en pièces, ce marteau du monde entier 1 Comme cette Babel est devenue un objet de stupeur pour les peuples I J'ai tendu le filet, et tu t'y es prise, ô Babel, sans t'en douter ; tu es attrapée, tu es saisie, parce que tu as provoqué l'Éternel. 11 a ouvert spn arsenal, il en tire les armes de sa colère, car il a sa besogne, le Seigneur dieu des astres, au pays des Chaldéens. Arrivez-y de toutes parts I enfoncez ses greniers *^, jetez tout sur un tas comme des gerbes, livrez-le à la destruction I qu'il n'en reste rien I Égorgez
^^ Les deux parties de l'allégorie ne s'accordent que dans Timage de la brebis; autrement il y aurait à dire qu'une brebis mangée ne revient plus au pâturage. C'est que la brebis représente ici une idée collective. — Tout de môme les deux parties de la comparaison sont également pittoresques ; on remarquera surtout (çi^hraèl comprend les deux portions de la nation, les tribus déportées par les Assyriens, et Juda déporté récemment par les Chaldéens. Les noms géographiques représentent la Palestine entière, jadis occupée par la nation.
'-^ Le discours s'adresse nécessairement à l'ennemi qui doit accomplir la volonté vengeresse de Jéhova sur Babylone. Cet ennemi n'est pas autrement désigné ici; il sera nommé plus bas. Notre texte offre quelques expressions très -difficiles à traduire. L'empire babylonien est d'abord appelé le pays de Meratatm (deux rébellions], et les Babyloniens, habitants de Peqdd (visite]. Ces deux mots sont évidemment des noms propres symboliques, inventés à propos par l'auteur. Les deux rébellions nous rappellent les deux catastrophes d'Israël, déjà mentionnées au v. 17, en ce sens qu'elles sont ici représentées comme des actes dirigés contre Dieu et son peuple, et outrepassant la . raission donnée aux instruments de la colère divine. La visite , c'est l'acte par lequel Jéhova vient demander compte à quelqu'un de ses faits et gestes.
1^ Les greniers sont mis ici pour tous les endroits dans lesquels on conserve ses biens de toute espèce. Il s'agit donc d'un pillage, suivi d'une destruction (par le feu) 'l'un tas de choses ramassées dans la ville conquise.
204 ANONYME (JÉR. L, 27-38).
tous ses taureaux ** ! Trainez-les à la boucherie ! Malheur à eux ! Leur jour est venu, le moment du compte à rendre 1 Écoutez les cris des fuyards, qui s'échappent du pays de Babel, pour annoncer à Sion la vengeance de TËtemel, notre Dieu, la vengeance pour son temple.
Appelez les archers contre Babel I Vous tous qui bandez Tare, campez autour d'elle 1 Que nul n'échappe ! Rendez-lui seloQ ses actes I Faites-lui ce qu'elle a fait aux autres, car c'est contre l'Étemel qu'elle a fait l'insolente, contre le saint d'Israël. Aussi sa jeunesse va-t-elle tomber sur ses places et tous ses guerriers périront en ce jour, parole de l'Éternel ^^1 Vois-tu, c'est à toi que j'en veux, insolente I dit le Seigneur, le dieu des astres : ton jour est venu, le moment où je te demanderai tes comptes I L'insolente va chanceler et tomber, et personne ne la relèvera : je mettrai le feu à ses villes^*, afin qu'il dévore tout à Tentour.
Voici ce que dit l'Éternel : Ils sont bien opprimés, les enfants d'Israël et les enfants de Juda, tous ensemble ; leurs ravisseurs les retiennent et refusent de les relâcher. Mais leur libérateur*' est puissant ; laheweh Çebaôt est son nom. Oui, il plaidera leur cause de manière à donner la paix à la terre et la guerre aux habitants de Babel *<>.
Épée 1 sus aux Chaldéens ! dit l'Éternel ; aux habitants de Babel, à ses chefs, à ses sages I Épée ! sus aux menteurs 'S pour que la tète leur tourne ! Épée ! sus à ses guerriers, pour que le cœur leur faille 1 Épée I sus à ses chevaux, à ses chars, à toute sa cohue d'étrangers, pour qu'ils deviennent des femmes '' ! Épée ! sus à ses trésors, pour qu'ils soient pillés ! Épée '^ 1 sus à ses canaux, poor
16 La population mâle.
!•? Jér. XLIX, 26.
is II faudra probablement lire : à sa forêt; il n'y aurait guère qu'une lettre à changer. (Comp. Jér. XXI, 14.)
19 Litt.: Celui qui les revendique comme lui appartenant (non pas : leur vengeur}.
20 En hébreu, il y a un jeu de mots dans les deux vocables que nous avons traduits pBipaiœ et guerre; à la lettre, ce serait repot et trouble, La ruine des farouches conque* rants amènera une période de repos et de bonheur.
•1 Devins.
22 Image de la faiblesse.
28 Sans doute Vé^^$ ne dessèche pas les eaux, mais elle n'attaque pas non plus ]es trésors. Il est évident que le dépeuplement du pays, suite naturelle des ravages de la guerre, amènera la ruine de tous ces beaux travaux de canalisation qui rendaient l'ancienne Babylone si florissante, tandis qu'elle n'est plus aujourd'hui qu'un désert. Les Rabbins ont méconnu cette association des idées et ont lu harb (sécheresse) pour herb (épée).
ANONYME (JBR. L, 39-45. LI , 1-2). 205
qu'ils se dessèchent ! Car c'est un pays d'idoles, et ils font gloire de leurs horreurs^*. Pour cela, les bétes du désert y séjourneront, les autruches s'y établiront ; à tout jamais personne n'y demeurera, elle sera inhabitée d'âge en âge*'. Ce sera comme la destruction, par Dieu, de Sedom et de 'Âmorah et des villes voisines, dit l'Éternel ; il n'y demeurera plus personne, pas un mortel n'y séjournera *• I
Voyez! un peuple '^ va venir du nord; une grande nation, des rois nombreux, se metteht en mouvement depuis les extrémités de la terre. Ils tiennent en main Tare et le javelot ; ils sont cruels et sans pitié. Le bruit qu'ils font, c'est comme la mer qui mugit. Ils sont montés sur des chevaux, rangés en bataille conune un guerrier, contre toi, fille de Babel I La rumeur en est arrivée au roi de Babel et les bras lui en sont tombés ; l'angoisse l'a saisi, une douleur pareille à celle de Tenfantement.
Voyez '^I II s'élance comme un lion des broussailles du Jourdain sur la campagne verdoyante, et soudain je les en chasse, et j'y placerai comme maître celui que j'aurai choisi. Car qui est mon égal ? qui me mettra en cause ? et quel est le pâtre qui me tiendrait tète ? Écoutez donc le dessein de l'Éternel qu'il a formé contre Babel, et ses projets qu'il a médités contre le pays des Chaldéens ! Oui, pour sûr, on les entraînera, ces chétifs moutons I oui, pour sûr, la campagne sera désolée à cause d'eux I Au cri : Babel est prise I la terre tremble, et l'écho en retentit parmi les nations.
Voici ce que dit l'Étemel : Voyez 1 je vais susciter contre Babel et contre les habitants de la Chaldée^^ le souffle de la destruction, et j'envoie contre Babel des ennemis qui vanneront'^ et videront le
S4 Dans le sens français de ce mot : idoles horribles, laides, affreuses. 25 Comp. Es. XIII, 20; XXXIV, H.
2« Jér. XLIX, 18.
«T Jér. VI. 22 et suiv.
*8 Jér. XLIX, 19 et suiv.
29 Au lieu du nom simple de la Chaldée (L, 10) le texte met un nom symbolique ou artificiel : Zib qamaU, c'est-à-dire cœur de mes adversaires. Ce mot est formé de celui de kaedim, au moyen d'une permutation de lettres analogue à celle qui a changé Babel en S'^s'ak (Jér. XXV, 26). On a remplacé la première lettre de l'alphabet par la dernière, la seconde par l'avant-dernière, et ainsi de suite. C'est un Jeu assez singulier et on a de la peine a comprendre conmient de pareils artifices du langage ont pu préoccuper le prophète au moment d'une émotion comme celle qui lui a dicté le présent morceau. Ou bien une main plus récente se serait-elle amusée k ce Jeu, pratiqué quelquefois par les Rabbins f
30 II y a ici plusieurs métaphores étrangères les unes aux autres et qui se succèdent de manière à empiéter l'une sur l'autre. D'abord, c'est l'idée d'un ouragan destructeur ;
206 ANONYME (JÉR. LI , 3-iOJ.
pays ; car ils la cernent de tons côtés au jour de son malheur. Que Farcher cesse de bander Tare, qu'il ne soit pas trop fier de sa cuirasse ^* 1 N'épargnez point sa jeunesse I Exterminez toute son armée 1 Que les cadavres gisent dans le pays des Cbaldéens, et que percés de coups ils jonchent les campagnes (car Israël n*est pas veuve de son Dieu, ni Juda de laheweh Çebaôt"), car leur pays est rempli de crimes envers le Saint d'Israël.
Fuyez '^ I sortez de Babel 1 sauvez-vous tous, pour ne pas périr pour son crime ! Car c*est le moment de la vengeance pour rÉternel ; il va lui payer ce qui lui est dû. Babel était une coupe d'or dans la main de TËternel : elle enivrait la terre entière , les nations buvaient de son vin ; aussi les nations furent-elles en délire '*. Soudain Babel tombe et se brise: gémissez sur elle, prenez da baume pour ses plaies, peut-être guérira-t-elle '^ !
c Nous avons voulu guérir Babel, mais elle n'a pu Tètre I Laissezla! Allons chacun dans son pays I car son arrêt touche au ciel et s'élève jusqu'aux nues.» L'Éternel a mis au jour la justice de notre cause : Venez, que nous racontions en Sion l'œuvre de rÉternel, notre dieu '* I
pois il y a l'image du van, dans lequel on sépare le grain de la balle en le secouant ; l'ennemi [tar] vient vanner {t&ah) les Babyloniens comme le ferait un vent violent ; immédiatement après, il est question d'un siège et d'un massacre.
81 Cette phrase, que les Rabbins déjà n'ont pas comprise, conune le prouve leur manipulation singulière du texte, est traduite ici comme exprimant Tidée de rinutilité de toute résistance.
3S Nous mettons la parenthèse, pour pouvoir rapporter aux Chaldéens ce qui vient après. Lee conmientateurs soupçonnent ici une altération du texte, et une interpolation faite par une main étrangère. Nous àlsons veuee ; les nations sont des femmes.
88 Chap. L. 8.
84 Sur l'image de la coupe, voyez U note sur Jér. XXV, 19. Il s'agit toujours da vin. de la colère divine que Jéhova fait hoire à ceux qu'il veut châtier ; seulement ici ce vin est versé aux autres nations par la main de Babel, qui est l'instrument de Dien dans cette occasion. La coupe est d'or, parce que Babel est une ville opulente, une puissance riche et respectée. L'image de la coupe est d'ailleurs abandonnée aussitôt; ce qui se brise, c'est la puissancoi et non la coupe.
85 NouveUe image : Babel est personnifiée, et sa chute devient une maladie, sa défaite une blessure. C'est le prophète qui parle, et ses paroles sont de l'ironie poro.
8<( Ces phrases sont un peu obscures et paraissent devoir être mises dans des bouches différentes. Ce que nous mettons entre guiUemets doit être le discours des anciens alliés de Babylone, qui auraient vainement combattu pour eUe et qui l'abandonnent maintenant à son malheureux sort. Dans la phrase suivante, c'est évidemment Israël qui parle. Un arrôt qui touche au ciel, n'est pas nécessairement un incendie ; l'élévation est une image pour la grandeur de la catastrophe.
ANONYME (JÉR. LI, 11-19). 207
Fourbissez vos flèches I Endossez l'armure ! L'Éternel excite Tesprit des rois de la Médie, car c'est contre Babel qu'il médite un projet; il veut la détruire — c'est la vengeance de l'Éternel, la vengeance pour son temple'^. Vers les murs de Babel érigez le signal I Faites bonne garde 1 Placez des vedettes ! Disposez des embuscades"^! Car l'Éternel l'a projeté, et il accomplira ce dont il a menacé les habitants de Babel. 0 toi, qui es assise sur le grand fleuve, ville aux grands trésors ! Ta fin est arrivée, ta mesure est pleine'^ I laheweh Çebaôt a juré par lui-même: Pour sûr, je te remplirai d'hommes comme de sauterelles, et ils feront entendre sur toi leur hourra *^ I [C'est lui qui a fait la terre avec sa puissance, qui a fondé le monde avec sa sagesse^ et qui^ avec son intelligence, a fait la tenture des deux. Au bruit des masses d'eau qu'il verse du ciel, quand il fait monter les nuages des bouts de la terre, qu'il fait éclater la foudre en ondées^ et lance la tempête hors de ses réservoirs^ l'homme est ébahi et privé de raison^ l'orfèvre a honte de son idole; son image de fonte est un mensonge^ une chose vaine et inanimée^ une œuvre de duperie : qua/nd il leur sera demandé compte^ ils disparaîtront. Il n'en est pas ainsi de la part de Jacob : il est le créateur de l'univers^ et (Israël) est sa tribu propre; laheweh Çebaôt est son nom^^].
37 Chap. L, 28.
38 Tous ces impératifs s'adressent aux ennemis qui doivent aller détruire Babylone par ordre de Dieu. Le nom de la Médie était apparu avant celui des Perses à Thorizon de l'Asie occidentale ; mais les rois (au pluriel] prouve qu'actuellement ces derniers y sont aussi.
39 Traduction purement conjecturale. La mesure pleine est une figure empruntée aux liquides versés dans un vase. Mais le texte ne parle pas de cela. Il dit à la lettre : Elle est venue, ta fin, Vaune de ta coupure, ce qui veut dire peut- être : le fil a atteint sa longueur et doit être coupé. Ce serait une image comme celle qui se retrouve dans le mythe des Parques.
^^ Ces hommes comparés à des sauterelles ne peuvent être que des ennemis, invincibles à cause de leur nombre même ; et le verbe remplir se justifie quand on se rappelle que Babel n'est pas seulement une ville, mais un royaume.
41 Toute cette tirade, entièrement étrangère au contexte, qu'elle interrompt même d'une manière fâcheuse, est littéralement copiée de Jérémie, ch. X, v. 12 ss., à l'exception du seul nom d'Israël, que nous mettons en parenthèse, et dont l'absence ne peut être due qu'à une erreur de copiste. Il est bien difficile de dire ce qui a pu engager un rédacteur quelconque à insérer ici tout ce morceau. Â la rigueur, les premières lignes pourraient se rattacher au nom de Jéhova, quia juré de détruire Babel, et qui est assez puissant pour le faire. Mais le reste s'écarte trop du sujet. L'auteur aurait-il répété ici la phrase du chap. X, 12, et quelque lecteur par trop savant aurait-il trouvé bon d'y ajouter aussi les versets suivants ?
208 ANONYME (JÉB. U, 20-28).
Tu étais pour moi une massue ^*, une arme de guerre : avec toi j'écrasais les nations, avec toi je détruisais les royaumes, avec toi j'écrasais le cheval et son cavalier, avec toi j'écrasais le char et son conducteur, avec toi j'écrasais l'homme et la femme, avec toi j'écrasais le vieillard et l'enfant, avec toi j'écrasais l'adolescent et la vierge, avec toi j'écrasais le berger et son troupeau, avec toi j'écrasais le laboureur et son attelage, avec toi j'écrasais capitaines et satrapes. Mais je rends à Babel et à tous les habitants de la Chaldée, et sous vos yeux, tout le mal qu'ils ont fait à Sion, parole de l'Éternel !
Vois-tu, c'est à toi que j'en veux, mont dévastateur, dit l'Éternel, qui as dévasté la terre entière! J'étends ma main sur toi, et je te roule en bas des rochers, et je fais de toi une montagne incendiée ^% et l'on ne prendra plus de toi de pierres pour fonder, ni de pierres pour édifier, mais tu seras un désert perpétuellement, parole de rÉternel !
Érigez un signal dans le pays! Faites sonner le clairon parmi les nations! Appelez lés peuples à inaugurer^* la guerre! Convoquez contre elle les royaumes d'Ârarat, de Hinni et d'As'kenaz *^ ! Rangez contre elle les bataillons ! Faites avancer la cavalerie comme un essaim de sauterelles aux ailes redressées^*. Appelez les peuples à inaugurer la guerre contre elle, les rois de la Médie> leurs capitaines et leurs satrapes, et tout le pays de leur domination !
42 Description animée, mais un peu surchargée de répétitions monotones, des conquêtes de Neboukadreççar, et du genre de gloire qui revient aux conquérants.
43 Les commentateurs modernes voient généralement ici Timage d'un volcan, en se fondant surtout sur ce que les cratères sont sujets à s'écrouler, et sur ce que la lave et la pierre-ponce ne peut pas servir à des constructions. Cependant il y a lieu de sa demander si dans Thorizon géographique des écrivains de TAncien Testament, les volcans étaient chose' assez connue pour servir à la rhétorique? Nous en doutons, et nous croyons que dans ce passage, comme dans tant d'autres, des images diOTérentes sont mêlées ensemble : L'empire babylonien est comparé à une haute montagne (comparaison d'autant plus idéale, que la capitale était située dans une immense plaine). Cette montagne s'écroule — l'empire est abattu. Ensuite, la ville est la proie des fiammet, et la destruction est définitive, les ruines ne se relèveront plus. — Bnfin, la dévastation dont il est question, n'est pas celle d'une éruption volcanique, mais celle des guerres décrites dans les versets précédents.
^^ Par les sacrifices d'usage. Jér. VI, 5.
^^ Contrées septentrionales, les plus éloignées du monde connu alors, l'Arménie, le Pont, la Colchide. — Le signal est dressé dans ces pays, aux lieux de rassemblement, pour former l'armée d'invasion contre Babel.
'1^ L adjectif hébreu correspond à la désignation scientifique à'orikoptires, Coinp. aussi Nah. III, 17.
ANONYME (JÉR. LI, 29-40). 209
Et la terre tremble, elle est en travail : car ils vont s^accomplir, les desseins de TËternel contre Babel, de changer le pays en nn désert sans habitants. Les guerriers de Babel cessent de combattre^ ils se tiennent dans leurs citadelles, leur courage s'est alangui, ils
sont devenus des femmes Les maisons prennent feu ^^, les
portes sont enfoncées ; courrier sur courrier accourt, messager sur messager, pour porter' au roi de Babel le message que sa ville est prise de toutes parts, que les passages sont occupés, que les lagunes^' sont en feu, que la panique s'est emparée des soldats
Car voici ce que dit 1 Éternel, le Dieu d'Israël : La fille de Babel est comme une aire quand on la foule ; un moment encore, et le temps de la moisson vient pour elle^^.
cil m'a mangée ^^, il m'a consumée, Neboukadreççar, le roi de Babel ; il a fait de moi un vase vide^ il m'a engloutie comme un monstre marin ; il a rempli son ventre de ce que j'avais de plus précieux ; il m'a expulsée de chez moi ! > Que le peuple de Sion dise : Puisse ce crime retomber sur Babel ! Que Jérusalem dise : Ma chair et mon sang sur les habitants de la Chaldée !
Pour cela^ voici ce que dit rÉternel : Moi, je vais plaider ta cause, je me charge de ta vengeance! Je dessécherai sa mer, je ferai tarir sa source '^ Babel sera un monceau de pierres, un repaire de chacals ^% une solitude, un objet de dérision, sans habitants. Les voilà tous qui rugissent comme des lions, qui grondent comme les jeunes lionceaux : dans leur rage, moi je leur préparerai un festin, je les enivrerai de manière qu'ils crient, et puis qu'ils s'en-
^'^ Transition brasque de la description du décoaragemeni des défenseurs, à celle du succès des assaillants.
48 x^ ville de Babel était défendue par des ouvrages destinés à mettre les abords sous eau, peut-être môme par des marais naturels. Ce qui est dit ici d'un embrasement des lagunes, est sans doute une exagération poétique, qui doit représenter l'incendie des faubourgs comme tellement violent, que les fossés mdme sont desséchés. Les passages sont, ou les ponts de TEuphrate, ou les autres points par lesquels on avait accès dans Imtérieur, par exemple les digues jetées sur les susdites lagunes.
49 Encore deux images diverses de la destruction. Uaire est une place dont la surface est dure et sans trace de végétation. La moisson est l'acte par lequel celle-ci est enlevée.
^^ Ces paroles sont mises dans la bouche des Israélites, victimes de la première déportation. Elles renferment encore des éléments très divers : en termes propres, l'expulsion de la patrie; en termes figurés, la destruction représentée par un vase qu'on vide, et par un monstre qui dévore.
^1 La source est toujours une image de la fécondité et de la prospérité. La mer en est ici le superlatif. On peut songer à la puissance ou à la population.
3* Jér. IX, 10.
A. T. 2* part. — II. 14
210 ANONYME (JÉR. LI, 40-50).
dorment d'un sommeil éternel, dont ils ne se réveilleront plus, parole de TÉternel"! Comme des moutons je les traînerai à la boucherie^ comme des béliers ou des boucs.
Comme S'es'ak ^* est prise ! comme elle est saisie, celle qui était la gloire du monde entier ! comme cette Babel est devenue un objet de stupeur pour les peuples ! La mer s'est précipitée sur Babel : de la masse de ses flots elle est couverte". Ses villes sont devenues une solitude, une région nue et aride, un pays où personne ne demeure, où aucun mortel ne passe. Je vais regarder après le Bel de Babel, je lui ferai dégorger ce qu'il a englouti *S et les nations n'afflueront plus vers lui.
Les murs de Babel tombent! Sortez de là, mon peuple! Sauvezvous tous, devant l'ardente colère de l'Éternel! Et que votre cœur ne défaille pas! Ne vous efifrayez point des bruits qui traverseront la terre, quand un bruit surgit en telle année, et en une autre année tel autre bruit, quand la violence régnera sur la terre, qu'un roi s'élèvera contre l'autre"! Pour cela, voyez-vous, il vient un temps où je regarderai après les idoles de Babel, et tout ce pays sera dans la confusion, et tous ses morts joncheront le sol. Le ciel et la terre, et tout ce qui s'y trouve, éclatera en cris de joie, quand du nord les dévastateurs fondront sur elle, dit l'kterael. Babel aussi doit tomber, ô vous, les égorgés d'Israël ! De Babel aussi il en tombe, ô vous, les égorgés du monde entier! Vous qui avez échappé à l'épée, partez, ne vous arrêtez pas! Au loin souvenez-vous de l'Éternel, et que Jérusalem vous revienne en mémoire!
cNous sommes confus, nous avons appris l'outrage, la honte
53 Cette phrase renferme deux tableaax : Aujourd'hui, les Bahyloniens sont pareils à des lions qui dévorent leur proie dans leur tanière, on entend leurs cris sauvages ;
bientôt il en sera autrement La scène change, la transition se fait par limage du
festin ; mais il n'est plus question de lions, ce sont des hommes qui s'enivrent en buvant le vin de la colère de Dieu, cette ivresse leur donne le vertige, ils crient, ils se démènent, et puis ils tombent ivres-morts pour ne plus se relever.
54 Comp. les notes sur Jér. XXV, 26, et sur le l" verset du présent chapitre.
55 L mondalion est Timage de la plus entière ruine. Nous aussi nous parlons ainsi d'un cataclysme.
56 Le temple de Bel à Babylone renfermait alors les trésors et les ^ses sacrés enlevés à Jérusalem.
51 La catastrophe définitive est annoncée par de sinistres événements précurseurs, des guerres, des calamités de toute espèce. Loin de se laisser effrayer par là, les Israélites y verront une garantie de l'issue désirée (Matth. XXIV, 6 et sniv.).
ANONYBIE (JÉR. LI, 51-58). 211
couvre nos visages, car des étrangers sont entrés dans les lieux saints de la maison de TÉterneP*.»
Pour cela, voyez-vous, il vient un temps, dit rÉternel, où je regarderai après leurs idoles, et où dans tout le pays gémiront ceux qu'on égorge. Quand Babel monterait au ciel, et qu'elle rendit inaccessible son rempart élevé, de moi il lui viendrait des dévastateurs, parole de rÉternel!
Écoutez! des cris du côté de BabeP^ ! ruine immense au pays des Chaldéens ! C'est TÉternel qui détruit Babel, et qui met fin à tout son grand brait; comme les flots mugissants de l'océan, tel retentit le vacarme de ces cris *^ ! Oui, il est arrivé contre elle, contre Babel, le dévastateur : ses guerriers sont saisis, ses arcs sont brisés, car rÉternel est un Dieu de rémunération, il rend et paie! cËt j'enivrerai^' ses chefs et ses sages, ses capitaines et ses satrapes et ses guerriers, de manière qu'ils s'endorment d'un sommeil éternel, dont ils ne se réveilleront plus!» C'est le roi qui le dit, lui dont le nom est laheweh Cebaôt.
Voici ce que dit l'Éternel : Les murailles de Babel, toutes larges qu'elles sont, seront rasées à fleur de terre ; et ses portes, toutes hautes qu'elles sont, seront consumées par le feu: Voilà comment les peuples travaillent pour le néant, et comment au profit du feu les nations se fatiguent^'!
^s Les paroles mises entre guillemets sont censées prononcées par les Israélites vivant en ce moment dans Texil, et invités plus haut à se préparer au retour. C'est une tournure très-poétique, pour rappeler la cause de la vengeance à exercer contre Babel.
•59 Tableau prophétique de Taccomplissement de toutes ces menaces.
^0 II s'agit des cris de guerre des ennemis auxquels Babel est livrée. Aussi le texte dit-il littéralement: leurs flots mugissent comme Tocéan.
«1 Comp. V. 39.
^^ La portée de cette dernière phrase, que celle-ci ait été un lieu commun proverbial, ou que l'auteur Tait empruntée à Habaqouq [II, 13), n'est bien comprise qu'autant qu'on 7 joint ce qui précède dans cet autre passage. Le dernier mot: se fatiguent, se lit encore à la fin du texte au v. 64. Cela prouve que la note finale du livre (dans sa forme actuelle) : Jusqu'ici Us discours de Jér€mie, se trouvait placée dans l'origine immédiatement après l'oracle, et que la note historique qui va suivre n'y a été ajoutée que plus tard en marge. Un copiste travaillant machinalement aura intercalé cette note de manière à séparer le dernier mot de son texte, et un correcteur subséquent, en le rétablissant, aura oublié de le biffer là où il était déplacé.
212 ANONYME (JÉR. LI , 59-64).
L'ordre^ que le prophète Jérémie donna à Serayah, fils de Nériyah, fils de Mahséyah, lorsqu'il se rendit à Babel avec Çideqiyahou, le roi de Juda^ la quatrième année de son règne (Serayah était chambellan).
Jérémie écrivit dans un livre tons les malheurs qui devaient arriver à Babel, tous les discours ci-dessus écrits contre Babel. Et Jérémie dit à Serayah : Quand tu arriveras à Babel, tn verras, et tu feras lecture de tous ces discours, et tu diras : c Étemel! c'est toi qui as déclaré, relativement à ce lieu-ci, qu'il serait détruit, de manière que personne n'y demeurera plus, ni homme, ni béte, mais que ce serait une solitude à tout jamais ! > Et quand tu auras achevé de faire la lecture de cet écrit, tu y attacheras une pierre, et tu le jetteras dans l'Euphrate, en disant : c Voilà comment Babel s'abîmera, sans plus se relever du malheur que j'amènerai contre elle!»
^^ Cette note historicjue se rattache au morceau précédent^ dana ce aeos qu'elle raconte l'emploi spécial que le prophète en aurait fait dans une occasion particoUàre. Le roi de Juda se rendant k Babel, sans doute dans l'intention de faire la cour au suzerain (en 594 av. J.-C), son chambellan, qui était frère de Barouk, et par conséquent familier de Jérémie, dut l'accompagner. Le prophète est censé lui remettre son oracle contre Babel (chap. L, LL}, en lui enjoignant d'en faire lecture à Babel même, à haute voix, sans doute, et de le jeter ensuite dans l'Euphrate. Évidemment cela devait être un acte symbolique, et dans l'hypothèse de l'authenticité, nous serions autorisés à ne voir dans tout ce récit qu'une espèce d'allégorie. Mais voyez plutôt la note précédente et l'introduction (page 182).
(Ésaïe XL-LXVI)
Aux morceaux détachés que nous venons d'étudier, vient encore se joindre un écrit plus long, on pourrait dire un véritable volume, puisqu'il ne le cède en étendue, parmi les livres prophétiques, qu'aux seuls recueils de Jérémie et d'Ézéchiel. L'auteur de cet ouvrage, dont malheureusement l'histoire n'a pas conservé le nom, peut à juste titre être placé sur la même ligne que les deux illustres écrivains que nous venons de nommer, et qui ne l'ont précédé que de quelques dizaines d'années. Ce sont là, à vrai dire, les trois grands prophètes d'Israël, non pas dans le sens vulgaire que la tradition attache à cette désignation, en comptant les pages qui nous sont restées d'eux, mais dans celui de l'élévation des idées qu'ils proclament, de l'énergie de Tactivité qu'ils déploient et de l'influence qu'ils peuvent avoir exercée. Tous les trois ont vécu et travaillé pendant la période du plus profond abaissement de leur peuple, et c'est justement ce qui forme, pour ainsi dire, le piédestal de leur grandeur ; et leur gloire est d'autant plus éclatante dans les annales de la littérature hébraïque, qu'ils n'ont point eu de successeurs qui les aient égalés. Mais ils ne se distinguent pas moins entre eux par des qualités diverses, comme nous l'avons déjà constaté à l'égard des deux premiers, et celui dont nous allons nous occuper n'est pas le moins intéressant des trois.
216 ANONYME (deuxième PARTIE d'ÉSAIe).
Mais avant tout, il importe d'établir sa personnalité. Son œuvre est comprise dans ce qui forme aujourd'hui les vingtrsept derniers chapitres du livre d'Ésaïe (XL-LXVI). Jusque vers la fin du siècle passé, l'idée qu'on pût avoir là un écrit distinct, appartenant à un autre âge, composé pour des besoins tout différents et dans une situation complètement changée, cette idée n'était venue à personne, ou du moins n'avait été produite qu'avec une hésitation peu faite pour lui gagner des suffrages. L'Ésaïe du huitième siècle bénéficiait de tous les éloges, de toute l'admiration qu'on prodiguait volontiers à son successeur anonyme, et surtout de la prédilection que les docteurs de l'Église professaient pour celui-ci, à cause de l'usage que les apôtres avaient fait de quelques-uns de ses textes. Ce n'est que peu à peu que les doutes sur l'origine véritable de cette dernière partie du volume se firent jour ; mais ils n'ont cessé depuis de gagner du terrain, et aujourd'hui on peut bien dire que les résultats positifs auxquels ils ont fini par aboutir, ont été adoptés par la grande majorité des savants, pour lesquels la tradition n'est pas le critère décisif dans les questions historiques.
Déjà une inspection superficielle du livre d'Ésaïe, tel qu'il nous est parvenu, semble devoir provoquer ces doutes. En effet, lorsque la main d'un rédacteur y ajouta l'appendice historique tiré des livres des Rois (Ésaïe, XXXVI- XXXIX), et destiné à servir, soit de supplément, soit de commentaire à l'œuvre du prophète, celle-ci n'a pu comprendre que ce qui forme aujourd'hui les chapitres I à XXXV, et toute la dernière partie n'y a certainement pas encore figuré. Or, nous avons prouvé ailleurs, que cet appendice n'a guère pu y avoir été mis avant la fin de l'exil, et qu'il l'a été probablement plus tard. Ce qui vient après, n'a donc obtenu sa place actuelle qu'à une époque comparativement très-récente, et il conviendra d'examiner de quel droil ou pour quel motif cette place peut lui avoir été octroyée. Cette question se présente d'autant plus naturellement que l'écrit est anonyme. Aucune inscription ne nomme l'auteur, ni n'indique son époque ; aucune allusion personnelle dans le corps de l'ouvrage ne supplée à ce défaut; aucun savant des premiers temps de la synagogue, où cependant Ton s'est déjà beaucoup occupé des monuments de l'ancienne littérature, n'a osé hasarder n'importe quelle conjecture. C'est bien certainement comme œuvre anonyme qu'il a passé à la postérité. Comment donc le
nom d'Ésaïe, plutôt que tout autre, a-t-il pu être attaché à cette composition ? Dès qu'une fois on eut entrevu la vérité, il a été facile de constater que ce ne sont ni des analogies littéraires, des ressemblances de style et de méthode, ni des rapports historiques ou des coïncidences de faits^ qui ont pu amener la méprise. C'était le pur effet du hasard, ou plutôt de l'absence totale de critique dans les écoles juives, dont les arrangements plus ou moins arbitraires sont ensuite devenus des articles de foi pour les docteurs chrétiens. Le Talmud affirme qu'à une certaine époque, sans doute ancienne, le livre d'Ésaïe (et nous comprenons qu'il s'agit là du vrai Ésaïe) se trouvait placé après ceux de Jérémie et d'Ézéchiel, lesquels ont dû former dans l'origine le noyau du recueil des prophètes, comme intéressant plus particulièrement les IsraéUtes déportés. Comme c'était de beaucoup le moins étendu des trois, on y aura joint notre écrit anonyme, qui se recommandait également à plusieurs égards à l'attention des générations suivantes, lesquelles y trouvaient de quoi se consoler des malheurs et des humiliations du présent. On forma de cette manière trois volumes à peu près égaux, auxquels vint se joindre comme quatrième la collection de ceux que nous appelons les douze petits prophètes et qui ont toujours été comptés pour un seul livre, tant par les rabbins que par les Pères de l'Église. Cette adjonction une fois faite, sa raison d'être aura été bientôt oubliée, et l'absence d'un titre spécial en tête de la seconde partie, jointe au besoin factice de donner un nom à chaque écrit biblique, aura fait considérer l'inscription de la première comme se rapportant au volume entier.
Quelle que soit la valeur de cette conjecture, c'est désormais un fait acquis à l'histoire de la littérature hébraïque, que nous possédons dans notre ouvrage anonyme la dernière et la plus belle composition de la période de l'exil. Rien n'est facile comme d'administrer la preuve de cette assertion.
Voici quel est le tableau que l'auteur fait de la situation de la Palestine et des IsraéUtes, telle qu'elle se présentait à ses yeux : Jérusalem et son temple sont en ruines (XLIV, 26 suiv. ; LI, 3; Ln,9; LVin, 12), et cela depuis longtemps (LXIV, 9suiv. ; LXI, 4, etc.) ; le pays de Canaan est devenu un désert (LXII, 4). Partout dans ces mêmes passages et dans d'autres encore, il est parlé de rebâtir bientôt les villes et leurs murs (XLIV, 28; LX, 10, etc.). Le peuple a été la proie de l'ennemi, il est déporté, captif,
218 ANONYME (deuxième PARTIE d'ÉSAIE).
enchaîné (XLII, 22 suîv. ; LU, 2 suiv.). Mais l'époque d'Ésaïe et des Assyriens appartient à un passé lointain (LIT, 4, 5). Le culte public a cessé ; il n'en est question nulle part ; le jeûne et le sabbat sont les seules manifestations religieuses que le prophète peut constater et recommander (LVI, 2; LVIII, 1 suîv.). Ces événements, aujourd'hui accomplis, sont mis en regard des anciennes prophéties que l'auteur se plaît à rappeler, pour prouver la véracité de Dieu et de ses organes, et pour donner créance aux nouvelles prédictions consolantes qu'il vient publier à son tour (XLII, 9; XLV, 19 suiv.; XLVI, 10; XLVIII, 3 suiv., 16). Car désormais Israël a assez souffert ; il a expié ses péchés et a payé l'amende au double (XL, 2). Jéhova veut maintenant lui rendre sa grftce : c'est de lui annoncer sa prochaine délivrance, sa brillante restauration, que le Seigneur charge ses messagers (XL, 1 ; XLIV, 26), et c'est un message réjouissant qu'ils ont à lui apporter (LU, 7 suiv.), c'est une perspective ravissante qu'ils ont à lui offrir (LX).
Ainsi le point de vue de l'auteur est bien nettement déterminé. Il parle des anciens égarements de la nation, non point pour les châtier avec une sainte colère, comme l'avait dû faire son illustre devancier, mais pour expliquer comment le dieu de l'alliance avait été obligé d'accomplir ses menaces d'autrefois, et de permettra la catastrophe dont on déplorait aujourd'hui les conséquences, n retrace, dans un langage simple et sans charger les couleurs, ce que ses lecteurs savaient et sentaient tout aussi bien que lui. Mais quand ses regards se portent au-delà des limites de l'horizon des réalités, il donne libre carrière à son imagination, et 1 on distingue parfaitement bien les tableaux fantastiques de l'avenir de ceux qu'il peint d'après l'expérience.
Ces observations, qui portent sur l'ensemble des éléments historiques qu'on peut recueillir dans les textes, sont plus particulièrement confirmées par les allusions, ou plutôt les données très-explicites qu'on y rencontre concernant les événements pohtiques connus par d'autres sources. Il n'est plus question des Assyriens, dont la prépondérance guerrière de plus en plus menaçante causait des soucis à Ésaïe. Ils ont disparu de la scène. C'est l'empire des Chaldéens qui l'occupe maintenant (XL VII, 5; XLVIII, 20, etc.). Mais déjà il est sur son déclin; sa chute est prochaine. Déjà paraît le héros que Jéhova a choisi pour accomplir sur la superbe Babylone une vengeance réparatrice.
U a commencé sa course victorieuse, et Israël peut dès à présent saluer en lui son libérateur. Il est annoncé d'abord d une manière moins précise (XLI, 2, 25), mais bientôt il est nommé par le nom sous lequel l'histoire le connaît. C'est Gyrus, l'oint du Seigneur, l'exécuteur de ses desseins (XLIV, 28; XLV, 1 suiv.; XLVI, 11).
Après ces arguments, il est superflu d'en faire valoir encore d'autres, par exemple celui de la diversité du style qui distingue cet ouvrage des discours d'Ésaîe, et qu'il est impossible de méconnaître, mais dont nous ne ferons pas usage ici, parce que cela nous conduirait à des détails philologiques assez fastidieux et hors de propos dans un ouvrage destiné au grand public. Nous nous bornerons à quelques observations générales, qui trouveront leur place dans la suite de cette introduction. Mais nous ferons remarquer dès à présent, comme un nouvel élément de conviction, que dans aucun des successeurs de l'ancien Ésaïe on ne trouve la moindre trace d'une connaissance quelconque des prophéties dont nous nous occupons en ce moment. Cela est surtout vrai à l'égard de Jérémie, qui a pourtant beaucoup étudié les auteurs antérieurs, et dont les discours reflètent souvent ses lectures. Cpmment ces remarquables prédictions, qui contenaient même des noms propres inconnus au temps d'Ésaîe, auraient - elles passé inaperçues, si tant est qu'elles existassent déjà ? Comment se fait-il que les sinistres appréhensions du prophète d'Anatot aient été si peu partagées par ses contemporains ? qu'il ait pu être tant raillé et persécuté pour avoir fait entrevoir ce qu'un autre aurait déjà décrit antérieurement comme une réalité positive? que ses amis, qui pour le défendre en appellent à un oracle ancien, n'aient trouvé à citer qu'une phrase obscure de Michée, du contemporain d'Ésaîe (Jér. XXVI, 17 suiv.; comp. Mich. III, 12), tandis qu'ici ils auraient pu puiser à pleines mains des affirmations bien autrement précises ?
Nous maintenons donc que ce livre prophétique a été écrit dans les tout derniers temps de l'existence de l'empire babylonien, à une époque où les conquêtes de Cyrus avaient déjà rendu fameux le nom du premier fondateur de la nouvelle monarchie médo-persane, où l'on pouvait prévoir que ses armes se tourneraient bientôt contre Babylone, et où surtout les espérances des Juifs, qui n'avaient pas oublié leur patrie, se portaient au devant
220 ANONYME (deuxième PARTIE d'ÉSAIE).
d'un prince ennemi de leurs ennemis. Cependant il se présente ici une question chronologique, qui n'a pas été résolue de la même manière par tous les commentateurs, et qui tient intimement à une question littéraire, que nous aussi, nous ne croyons pas devoir en séparer.
Tout le monde s'accorde à dire que le livre forme un ensemble, qu'il ne se décompose pas, comme ceux de la plupart des autres prophètes, en une série de morceaux indépendants les uns des autres, et qui peuvent s'expliquer isolément. A peu de chose près, tout s'y tient : les mêmes tableaux, les mêmes promesses reviennent à chaque instant, et l'auteur ne sort guère d'un certain cercle d'idées, assez restreint, mais dont la monotonie est heureusement rachetée par la vivacité du coloris et surtout par la haute portée des aspirations. Cependant cette appréciation générale a été modifiée par quelques interprètes en deux sens opposés. Les uns sont allés jusqu'à vouloir découvrir dans l'ouvrage un plan artificiel, d'après lequel toutes les parties étaient savamment disposées, de manière à combiner les ressources de l'art oratoire avec celles d'une méthode dialectique, comme on n'en rencontre de trace nulle part ailleurs dans la littérature hébraïque, pas même dans le livre de Job. On a même voulu profiter à cet effet de la division des chapitres, telle qu'elle a été introduite dans nos bibles au treizième siècle, et constater ainsi que le livre se décompose naturellement en trois fois neuf sections, à chacune desquelles on octroyait gratuitement un caractère particulier, et que le fameux 53°® chapitre se trouvait placé tout justement au milieu, comme le point culminant de toute la prophétie. Ce sont là des jeux d'esprit qui ne reposent sur aucun fondement solide. La division des chapitres est fautive en plus d'un endroit, coname le commentaire le démontrera ; les préoccupations méthodiques de nos voyants modernes étaient absolument étrangères à ceux de l'antiquité; le but prochain et essentiel de l'ouvrage est méconnu, dès qu'on veut en faire un traité de théologie messianique, et l'intelligence des textes, loin d'être avancée, ne peut être que faussée quand on subordonne le tout à l'une des conceptions spéciales de l'auteur, Tune des plus belles, sans doute, et des mieux senties, mais qui, après tout, n'est pas la clef de voûte de l'édifice de ses espérances.
Du côté opposé nous pouvons tout aussi peu nous familiariser avec la pensée de ceux qui prétendent entrevoir, dans les
tableaux de l'auteur, la marche même des événements politiques, qu'il aurait suivie du regard et retracée en écrivant. Gela revient à dire que les différentes parties n'auraient pas été écrites en une même année, que les unes remonteraient au commencement de la guerre avec les Perses, d'autres dateraient de l'époque de la prise de Babylone, d'autres enfin n'auraient été composées qu'après le retour des exilés en Palestine. Malheureusement on n'est pas parvenu à s'accorder sur la distribution à faire en conséquence de ce principe, ce qui prouve que les données du texte ne favorisent point de pareilles combinaisons. On s'est même trouvé obligé de renverser complètement l'ordre actuel des chapitres, que rien pourtant ne nous autorise à attribuer à une main étrangère, pour arriver à établir cette chronologie supposée ou plutôt imaginée. Et la réalisation des vœux exprimés par le prophète est restée tellement au-dessous de ses brillantes promesses, que nous ne concevons pas comment on a pu vouloir les lui faire écrire ou éditer après l'amère déception qu'il aurait éprouvée.
Nous aussi, nous croyons que le livre n'a pas été écrit d'un seul jet ; nous n'y reconnaissons aucun plan préconçu et fidèlement suivi; mais nous sommes convaincu qu'il reflète partout une seule et même situation, celle d'un peuple, ou du moins d'une élite du peuple, puissamment excitée, exaltée même, par la perspective d'une révolution imminente, laquelle, en mettant fin à l'odieuse domination des vainqueurs chaldéens, amènerait sans doute aussi un changement profond dans la position des vaincus. Le prophète semble avoir concentré toutes ses pensées, toute sa vitalité spirituelle sur cette perspective : il reprend la plume à tout instant, tantôt pour redire ce qu'il a déjà proclamé, tantôt pour ajouter un nouveau trait à ses peintures. La gloire d'un Dieu, dont les promesses, presque oubliées dans la détresse générale, vont enfin recevoir une éclatante confirmation; les privilèges d'un peuple* élu entre tous et dont les fautes ont été si cruellement expiées; une restauration dont l'éclat dépasserait tout ce que l'histoire disait de merveilleux des splendeurs d'autrefois ; le besoin de se préparer dignement à un tel avenir : voilà les idées qui se pressaient le plus fréquemment sous la plume de cet écrivain. Mais elles lui reviennent selon l'inspiration de chaque jour, et leur succession assez irrégulière n'affaiblit nulle part l'impression sympathique qu'elles sont
222 ANONYME (dEUXIÂHB PARTIE D^ÉSAIe).
capables de produire, alors siirtout que le lecteur moderne ne peut s'empêcher de comparer ces brillantes espérauces du moment avec les tristes expériences d'un lendemain qui dure encore. Là, le retour devenu ime marche triomphale, le désert à traverser changé en paradis, les frères dispersés revenant de toutes les parties du monde, la ville renaissant de ses cendres plus belle que jamais, et devenant le centre religieux, politique et commercial de l'univers, un nouveau ciel, enfin, et une nouvelle terre, avec la paix, la longévité et toutes les bénédictions — et ici, des siècles de misère, d'oppression et d'exil !
Nous pensons donc que le livre est sorti des mains de l'auteur tel qu'il est, et nous ne saurions y voir une collection de morceaux épars, qu'une main étrangère aurait recueillis et arrangés à quelque époque postérieure. Les réserves que nous venons de faire expliquent suffisamment l'absence d'un plan arrêté, Tapparent décousu et les fréquentes répétitions qu'on constate sans peine dans l'ouvrage.
n y a cependant un passage qui a soulevé des doutes sérieux relativement à son origine. Dans la seconde moitié du 56* chapitre et dans la première du bV (la division des chapitres est ici en tout cas complètement manquée), nous trouvons un tableau de l'idolâtrie du peuple Israélite, qu'on a eu bien de la peine à croire copié sur l'état des choses, tel qu'im prophète vivant à la fin de l'exil a pu l'avoir sous les yeux: d'autant plus que partout ailleurs notre auteur, quand il vient à parler de ces tristes égarements de l'ignorance et de la frivolité, adopte plutôt le ton de la raillerie et du persiflage, tandis qu'ici la véhémence de l'invective rivalise avec la crudité de la peinture. De la lecture de cette page, on reçoit l'impression qu'un émule d'Ézéchiel, vivant à Jérusalem même, et ayant sous les yeux les plus honteux débordements d'un culte aiïominable, en est encore à prédire aux chefs, aussi aveugles que criminels, d'une nation qui courait à sa perte, une catastrophe imminente, laquelle pourtant est consommée depuis longtemps au moment où a dû être écrit tout ce qui précède et tout ce qui suit. Cette impression a suggéré à la critique moderne le soupçon d'une interpolation, ou du moins l'idée que l'auteur lui-même aurait emprunté à quelque prophète plus ancien un tableau composé en vue de besoins analogues, mais dont il n'aurait pas jugé nécessaire d'effacer tous les traits de détail, qui peut-être ne cadraient pas absolument avec la
situation actuelle. Nous avons de la peine à nous approprier cette manière de voir. Une interpolation, toujours possible en thèse générale, n'a de raison d'être que si elle est motivée par un but pratique. Mais la présence de ce morceau peut s'expliquer, si r.on admet que parmi les déportés il y en ait eu un plus ou moins grand nombre qui, vivant au milieu des Babyloniens, sans sanctuaire à eux, et ayant dû renoncer à toutes les formes du culte national (lesquelles, pour bien des gens, sont l'essence même de la religion), auraient pris part aux rites, aux extravagances, aux scandales même du culte local (voyez par ex. le chap. XL VI). Ainsi, malgré quelques obscurités ou difficultés de détail, nous ne nous sommes pas cru obligé d'élaguer ce morceau, et notre commentaire essaiera de l'ekpliquer comme formant une partie intégrante du livre.
Nous avons déjà dit qi;e le style de cet écrivain diffère d'une manière notable de celui d'Ésaïe. Il est plus coulant, plus égal, plus transparent, mais aussi beaucoup plus prolixe. Il affecte un certain lyrisme et néglige moins les règles fondamentales de la versification hébraïque ; mais il ne s'élève guère à la mâle beauté des anciens modèles, et les tournures les plus ingénieuses et les plus frappantes de la pensée perdent une partie de leur valeur, en devenant presque des formules stéréotypes. C'est en vain qu'on cherche ici cette richesse d'idées alliée à la brièveté concise de l'expression, cette variété exubérante d'images, qui fait à la fois l'ornement et la difficulté des anciens livres prophétiques ; et si certains tableaux sont travaillés avec plus de soin, et récréent l'imagination sans demander trop d'efforts à l'intelligence, le fond n'en est pas nouveau dans la plupart des cas et la vivacité des couleurs en fait le seul mérite. Cependant nous ne ferons pas à l'auteur le reproche de la monotonie. Il ne serait justifié qu'autant qu'on s'arrêterait à l'idée qu'il se serait tracé d'avance un plan pour sa composition, idée que nous avons dû écarter. Il en sera d'autant moins question, si l'on veut bien remarquer que l'horizon du prophète, en tant qu'il est éclairé par l'espérance, se présente tantôt comme appartenant déjà aux réalités du moment prochain, tantôt comme l'objet de la simple prédiction, voire même seulement de la prière et d'une pieuse aspiration. Ces fluctuations du sentiment répandent sur un cercle d'idées comparativement étroit une apparence de variété qui ne laisse pas de rehausser l'attrait de l'ensemble.
224 ANONYBIE (deuxième PARTIE d'ÉSAIb).
Mais si le style et la forme du livre peuvent laisser quelque chose à désirer, ce défaut est facilement oublié quand on s*en tient à Tesprit qui y règne, et surtout quand on s'arrête à certaines idées dominantes et plus particulièrement accentuées. Nous ne voulons pas insister sur la pureté de la notion de Dieu que nous y rencontrons dans maint passage sublime. Â cet égard, nous nous bornerons à constater que si tous les prophètes d'Israël rivalisent dans la glorification du Très-Haut, celui-ci, bien que venu après tant d'autres, sait faire briller la majesté de Jéhova d'un éclat nouveau : le ciel est son trône, la terre son marche-pied ; pour lui, toute demeure faite de main d'homme est mesquine, le Liban trop pauvre en bois et en bêtes, pour lui offrir des sacrifices dignes de lui. On dirait que la destruction du temple et la cessation des rites de l'autel a fait grandir la personne de celui à qui l'un et l'autre avaient été consacrés. Mais voici deux autres conceptions que nous tenons à signaler d'avance à l'attention de nos lecteurs, deux idées qui sont propres à notre auteur, et qui lui assignent, à lui, le dernier venu dans la série des grands maîtres, une place d'honneur à côté des deux illustres écrivains auxquels nous aimons à l'associer de préférence. C'est d'abord la conviction intime et la déclaration explicite qu'Israël est destiné à devenir la lumière du monde païen. Cette déclaration est d'autant plus remarquable, et cette conviction d'autant plus digne d'admiration, qu'elles se produisent ici au moment de la plus profonde humiliation d'un peuple décimé, dispersé, déshérité de tout ce qui autrefois lui donnait quelque consistance. C'était bien une situation où le découragement et le désespoir nous auraient peut-être moins étonnés que ce cri de victoire anticipé, et cette énergie avec laquelle un simple individu, au milieu des ruines de sa patrie, songe sérieusement à imposer à ceux qui ont échappé au cata* clysme, la tâche de conquérir le monde par les armes de la vérité. L'autre idée, à la fois plus belle encore et plus tragique, c'est celle de la solidarité nationale. Cette solidarité impose, il est vrai, à ceux qui sont restés fidèles au devoir, ime lourde part du malheur public qu'ils n'ont point mérité ; mais par cela même elle profite aussi aux vrais coupables en les déchargeant d'autant. Chez une nation pour laquelle l'idée de la plus stricte justice rémunératrice faisait le fond de toute religion et de toute morale, c'est un phénomène aussi édifiant que nouveau, de voir
le juste trouver une espèce de satisfaction à savoir que ses malheurs à lui ont pu servir à abréger, à racheter ceux qui à bon droit seraient revenus à d'autres.
Ces deux idées, que nous venons de mettre en relief, sont devenues concrètes sous l'image, ou, si l'on veut, dans la figure du Serviteur de Dieu, lequel, avec une courageuse résignation, supporte les douleurs et les misères du temps dont d'autres ont été la cause, et qui, jusque dans des angoisses mortelles, ne songe qu'à sa mission de répandre sur la terre la vérité et par elle la liberté ; continuant son œuvre avec une patience infatigable et sans bruit, se gardant de briser le roseau froissé, et entrevoyant même dans le lumignon fumant le flambeau qui doit éclairer l'avenir. Qui pourrait s'étonner qu'une autre génération, voyant enfin ce flambeau luire au monde d'un éclat bien plus beau que le prophète ne l'avait prévu, ait trouvé, dans les paroles et dans les images de celui-ci , des prédictions directes et intentionnelles relativement au plus grand et au plus saint des martyrs de tous les temps? Voilà comment Ésaïe est devenu pour les écoles chrétiennes le plus grand des prophètes, l'évangéliste de l'Ancien Testament, le héraut du Messie souffrant. Ne marchandons pas ce terme, quoiqu'il exprime une erreur, en tant qu'il s'agit de notre livre. Celui-ci ne sait rien d'un Messie, d'un roi à venir, dans le sens théocratique. Le serviteur de Dieu dont il parle, est un personnage contemporain, il a même un passé à lui dans l'histoire nationale. Il est de plus un être collectif et non un individu, l'organe sans cesse mourant et renaissant de la pensée de la Providence. Mais, dans un sens plus large, tout Messie est condanmé à soufirir et l'humanité ne se renouvelle et ne se rapproche de son but idéal qu'à travers les douleurs d'un enfantement sans cesse réitéré.
Nous ignorons donc, et nous ignorerons toujours, le nom de Fauteur de ce livre, qu'un pur hasard peut-être, ou tout au plus le caprice d'un collecteur, a joint à celui d'Ésaïe, sans prétendre le moins du monde l'attribuer à cet ancien auteur. Ce n'est que l'inadvertance des Rabbins plus récents et le besoin d'avoir un nom propre pour garant de la prophétie, qui ont causé une confusion dont on n'a commencé à s'apercevoir qu'après un laps de vingt siècles. L'auteur restera anonyme; nous ne l'appellerons pas le second Ésaïe et encore moins le faux Ésaïe, ces deux désignations étant également déplacées et mal fondées. On a
A. T. 2« part. — II. 15
226 ANONYME (deuxième PARTIE d'ÉSAIe).
hasardé de nos jours quelques conjectures pour remplacer ce nom par celui d'un contemporain de l'exil. Qu'y a-t-on gagné? Dût-il même y avoir quelque lueur de probabilité en faveur d'un personnage connu quelconque de cette époque (ce qui n'est pas le cas), cela ne pourrait guère ajouter à l'intérêt qui s'attache à cet ouvrage. Mais surtout ne jugeons pas celui-ci, et les espérances qu'il caresse et qu'il recommande, au point de vue de l'histoire qui leur a donné un si triste démenti. Si notre inconnu n'a pas su trouver la vraie mesure pour apprécier les conditions de la réalité et l'issue probable ou même nécessaire des faits dont il était le témoin, si peut-être il a été la première victime de ses illusions, il ne sera pas pour cela à nos yeux un simple pauvre rêveur devant lequel on passerait en haussant les épaules. Nous comprenons que le peuple choisi par la Providence pour conserver le trésor des révélations jusqu'au jour de la maturité et de l'expansion, ait eu besoin, après sa chute profonde et désespérante, d'une impulsion nouvelle et extraordinaire, qui lui permît de se préparer à la seconde partie de sa tâche, à travers les épreuves qui l'attendaient encore.
Consolez, consolez mon peuple I
Dit votre Dieu*.
Rassurez Jérusalem et proclamez Que le temps de sa servitude est accompli, Que son péché est pardonné, Qu'elle a reçu de la main de rÉternel, Le double pour tous ses méfaits'.
Une voix crie' :
Par le désert frayez le chemin de TËternel! Aplanissez, à travers la lande, une route pour notre Dieu I Que toute profondeur soit exhaussée.
Que toute montagne, toute colline s'abaisse, Que ce qui est inégal se change en plaine, Et les crêtes escarpées en vallons^.
Pour que la gloire de rÉternel apparaisse Et que tous les mortels ensemble Taperçoivent I C'est la bouche de rÉternel qui le dit.
^ Le discours est censé adressé aux prophètes, qui reçoivent la mission d'annoncer & Israël la fia de l'exil.
2 Les péchés de Jérusalem sont enfin expiés par de longues souffrances : le temps de sa servitude (litt.: de son service militaire}, de sa lutte contre l'adversité, est accompli. Cet exorde, qui indique le but principal de tout le livre, devient plus significatif quand on se rappelle que Jérusalem n'existait plus au moment où cette consolation est annoncée. Le double pour les méfaits, c'est une punition on ne peut plus sévère. La fin des tribulations, c'est le retour des déportés dans la patrie.
S Quelle voix? Le prophète ne le dit pas. Toujours est-il qu'elle parle au nom de Dieu, puisque plus loin (v. 5J les paroles qu'elle prononce sont attribuées à Jéhova lui-même. Les Septante ont altéré le sens en mettant : Une vois crie au désert, Jéhova De demeure pas au désert.
4 Jéhova lui-môme veut se mettre à la tête de la caravane qui reprendra le chemin de Jérusalem à travers le désert (Es. XXXV, 8), comme il l'avait fait autrefois à la sortie d'Egypte. La peinture est naturellement tout idéale, mais il faut s'en tenir à ridée et ne pas vouloir contrôler le poète par la géographie.
228 ANONYME (ES. XL, ^tl).
Udc voix dit : Prêche 1 Et je répondis' : Que dois-je prêcher?
cTous les ifiortels sont comme Therbe, Et toute leur beauté comme la fleur des champs : L'herbe se dessèche, la fleur se fane.
Quand le soufDe de l'Éternel y passe; [Oui le peuple est comme de V herbe ^], L'herbe se dessèche^ la fleur se fane.
Mais la parole de notre Dieu subsiste à jamais^ I»
Montez sur une haute montagne, Pour annoncer la bonne nouvelle à Sion * I
Élevez la voix avec force.
Pour l'annoncer à Jérusalem!
Élevez-la, n'ayez pas peur.
Dites aux villes de Juda : Voici votre Dieu! Voyez, le Seigneur, TÉternel, vient avec puissance;
Son bras exerce son pouvoir', Voyez^ il apporte avec lui sa récompense.
Et son salaire le précède.
Tel qu'un berger, il va paitre son troupeau ; Dans son bras il recueillera les agneaux.
^ D'après les Septante et avec un simple changement de voyelle. Le texte hébreu a : on répondit.
^ Cette ligne, qui man(pie dans le texte grec^ a Tair d'être une glose ajoutée d'abord en marge par un lecteur qui voulait l'appliquer au peuple d'Israël. Mais l'auteur exprime une idée bien plus générale.
'7 Ces derniers mots sont la pointe du discours. Dieu a promis la restauration d'Israël» anciennement déjà et par la bouche d'autres prophètes. Sa parole suhtUu, elle n« saurait tromper, elle n'est point vaine et mensongère. Si tout an monde passe, si les hommes, à cet égard, ne valent pas mieux que l'herbe et la fleur, l'Étemel et sa parole sont au-desmis de toute chance d'altération et de changement.
S Répétition de l'ordre donné aux prophètes au v. i . L'original exprime le nom des tneisaçers de la honn$ nouvelle au féminin singulier, c'est-à-dire (d'après la syntaxe française] à la forme collective : le corps, l'assemblée des messagers. Les traducteurs commettent généralement la faute de méconnaître ce fait et de représenter Sion ellemême conmie la messagère. Mais Sion qui, en ce moment même, doit apprendre l'heureuse nouvelle, ne peut pas l'annoncer. Comp. LXII, il.
^ Le bras de Dieu, symbole de sa puissance, agit ici comme un être personnel, d'après la volonté de Dieu. Il apporte avec lui la récompense promise, c'est-à-dire la liberté.
ANONYME (ES. XL, H-iT). 229
Et les portera dans son sein; Doucement il conduira les brebis qui allaitent^®.
Qui** a mesuré les eaux dans le creux de sa main, Ou compassé les cieux avec ses doigts?
Qui a jaugé la poussière de la terre.
Ou pesé les montagnes au crochet, Et les collines à la balance?
Qui a compassé Tesprit de rÉtemel?
Qui fut son conseiller pour Finstruire? Avec qui a-t-il délibéré pour qu*il renseignât, Pour qu'il lui apprit le bon chemin, Pour qu'il lui apprit la sagesse.
Et lui fît connaître la voie de Tintelligence " ?
Voyez les peuples I Us sont comme une goutte au seau, Comme un grain de poussière dans la balance!
Voyez les îlesl Il les emporte conmie une motte de terre I Le Liban ne suffirait pas pour les bûchers. Ni tout ce qui y vit pour les sacrifices. Tous les peuples sont devant lui comme un rien; Il les estime comme le néant, comme le vide*M
10 Le trajet dn désert n'est pas sans peines et sans dangers. Dieu prendra soin des siens, comme le pfttre des agneaux faibles ou malades. L'allégorie entre ici dans des détails qu'il ne faut pas vouloir interpréter littéralement.
1 1 Après avoir dit ce que Dieu veut (elre, le prophète insiste aussi sur ce qu'il le peut.
12 La grandeur de Dieu est exaltée ici dans le but spécial d'inspirer à Israël la confiance dans ses promesses, mais en même temps avec rarrière-pensée de rendre le polythéisme ridicule et méprisable. — La grandeur de Dieu résulte pour l'homme de la contemplation de l'univers, incommensurable pour l'esprit des mortels, petit et chétif pour l'esprit de Dieu. Celui-ci le mesure, le pèse^ le compassé, comme les hommes ne peuvent faire qu'à l'égard de choses de petite dimension. (Comp. Job XXXVIII, 4 ss.) Comme le monde. Dieu lui-même est incommensurable pour l'homme ; sa sagesse, sa puissance dépassent toute conception (Ps. CXXXIX, 6. Rom. XI, 84. 1 Cor. II, 16), et la réponse à toutes les questions posées dans le texte se fait d'elle-même.
13 On songera ici de préférence aux grands empires, en face desquels la petite nation israélite semble s'effacer complètement. C'est pour rassurer son peuple que le prophète introduit cette pensée. Ainsi la grandeur de Dieu dépasse, dans cette seconde sphère comme dans la première, tout ce qui, aux yeux de l'homme, se revêt de l'apparence de la grandeur. Pour honorer un tel Dieu, le Liban n'a pas assez de bois, ni assez de bêtes pour les holocaustes I
230 ANONYME (ES. XL, i8-S4).
Et à qui voulez-vous comparer Dieu?
Quel pendant mettrez-vous à c6té de lui ?
L'idole I Tartiste la fond ;
L'orfèvre la revêt d'or; Il y soude des chaînettes d'argent.
Le donateur indigent Choisit un bois qui ne pourrisse point,
Cherche un habile artiste Pour faire faire une image qui ne chancelle pas*^
Vous ne le savez donc pas?
Vous ne Tavez pas entendu?
On ne vous Ta donc pas dit depuis longtemps? Vous n'avez pas réfléchi sur les fondements de la terre *' ?
Il siège au-dessus du disque de la terre ; Ses habitants lui apparaissent comme des sauterelles ;
Il étend les cieux comme un tapis, Il les déploie comme une tente pour y demeurer**. Il met les princes au néant, Il fait disparaître les puissants de la terre. A peine sont-ils plantés, A peine sont-ils semés,
14 Description ironi(pie de la fabrication des idoles, destinée à donner du relief au tableau précédent. Les faux dieux sont faits par la coopération de plusieurs personnes qui y mettent chacune du sien. Le plus pauvre même peut se faire son Dieu, il a soin seulement de prendre du bois qui dure, pour que le Dieu, un beau Jour, ne tombe en poussière. Puis on a soin du centre de gravité, et on y met des chaînes pour quHl soit solide sur ses pieds. Le prophète abandonne à ses lecteurs de faire l'application pratique de ces faits.
1^ Ce morceau forme l'antithèse de celui qui précède. La grandeur du vrai Dieu est opposée à la ridicule faiblesse des idoles. Est-ii donc besoin de parler encore de cette différence ? Israël serait-il assez ignorant pour qu'on dût encore la lui apprendre? Mais l'enseignement traditionnel et la contemplation de la nature font connaHre également le Dieu unique qui a promis de sauver son peuple, et qui saura teuir sa promesse. Les fondements de la terre sont mentionnés comme le problème cosmologique le plus insoluble (Job XXXVI il, 6), et qui suffit à lui seul pour obliger le mortel à s'incliner devant la majesté du Créateur.
10 La grandeur de Dieu est établie par la comparaison avec la petitesse de la terre. Son trône est si élevé, que la terre se dessine dans son regard comme un disque qull embrasse d'un seul coup d'œil, et sur lequel les hommes circulent comme des insectes. Au-dessus, le ciel est déployé comme une tente (Es. XXXIV, 4. Ps. CIV, 2]. Les proportions de l'univers sont d'autant plus grandioses qu'on les compare à des objets du ménage humain.
A peine leur tronc a-t-il pris racine dans le sol,
Que déjà il souffle sur eux et ils se dessèchent,
Et la tempête les emporte comme de la paille ^' I
Et à qui voulez-vous me comparer?
De qui dois-je être Tégal? dit le Saint.
Levez vos yeux vers le ciel et regardez ! Qui a créé ces astres?
C'est celui qui fait avancer leur armée bien comptée,
Qui les appelle tous par leur nom.
Auquel pas un ne manque, A cause de sa grande puissance et de sa force infinie*^.
Pourquoi donc, ô Jacob, dis-tu,
Pourquoi t'écries-tu, ô Israël :
cMa destinée reste étrangère à TËternel ; Ma cause passe inaperçue devant mon Dieu I *
Tu ne sais donc pas?
Tu n'entends donc pas?
L*Éternel est toujours Dieu :
Il a créé les extrémités de la terre, Il ne se fatigue, ni ne se lasse;
Sa sagesse est insondable *'.
Il donne de la vigueur à celui qui est fatigué ; Il multiplie les forces de ceux qui les ont perdueà. Les jeunes gens se lassent et se fatiguent. Les jeunes guerriers faiblissent et chancellent. Mais ceux qui espèrent en TËternel renouvellent leurs forces ; Ils s'élancent au vol comme les aigles,
Ils courent et ne se lassent, Ils marchent et ne sont point fatigués.
1'^ La grandeur de Dieu est établie ensuite par sa supériorité sur les grands de la terre, qui ne sont rien dès qu41 le veut. Pour la comparaison avec les arbres, voyez es. X, 33. Rien au monde ne résiste à Dieu. Donc la puissance des Chaldéens ne doit pas paraître invincible.
18 Un troisième sujet de méditation, proposé dans le même but^ c'est le ciel étoile, où l'œil de l'homme s'égare dans le pêle-mêle de ces milliers de points lumineux, et où la main puissante de Dieu établit l'ordre le plus parfait. Les étoiles s'avancent [sortent, se lèvent) comme une armée qui défile ; leur maître les connaît toutes (Ps. CXLVII, 4] et les retient toutes dans les rangs, ce qui ne réussit à aucun chef de guerriers.
1^ Dieu commande aux astres, aux rois, à l'univers, et il ne trouverait point les moyens de relever son peuple de sa profonde misère? Il ne faut là, de la part de celui-ci, que la foi et l'espérance; Jéhovà lai donnera la vigueur d'une autre jeunesse.
Hes, écoutez-moi en silence.
Et vous, peuples, qui renouvelez vos forces I Qu'on s'approche, qu'on vienne parler — Allons ensemble plaider notre cause ^ !
Qui Ta suscité de Torient, Lui sur les pas duquel accourt la victoire'?
Qui lui livra les peuples.
Et lui soumit les rois ?
Qui lui donna une épée comme contre la poussière, Un arc, comme contre la paille qui s'envole? Il les poursuit, il traverse en paix Un chemin que ses pieds n'ont jamais foulé. Qui a fait cela? qui l'a opéré?
C'est celui qui jadis a évoqué les générations :
C'est moi TÉternel, le premier,
Moi qui suis avec les derniers '.
Les îles le voient et ont peur; Les extrémités de la terre tremblent.
Ils viennent, ils s'approchent ;
Ils s'aident l'un l'autre.
L'un crie à l'autre : Courage !
Le sculpteur encourage le fondeur.
Le batteur d'or exhorte le forgeron.
On dit de la soudure : C'est bien I On y fiche des clous, pour que cela ne branle pas *
1 Le morceau se rattache à celui qui précède par une trauntion simple et naturelle. Jéhova veut délivrer Israël des mains des peuples païens. Il s'agit de savoir qui sera le plus fort. Les tles sont les pays les plus éloignés dans lliorizon géographique d'Israël, par' conséquent aussi les plus éloignés du vrai Dieu. Leur contestation avec lui est représentée comme une action judiciaire. Les païens sont sommés de rassembler toutes leurs forces pour se mesurer avec leur adversaire. Les arguments que Jéhova va faire valoir sont surtout les deux suivants : 1° il a déjà commencé à préparer matériellement la délivrance de son peuple^ v. 2 ss. ; 2<^ il a prédit les faits qui vont s'accomplir, V. 21 ss.
s II s'agit de Cyrus (XLV, 1], qui a déjà commencé ses expéditions victorieuses. Ses exploits sont d'autant plus remarquables qu'il traverse des pays nouveaux pour lui et son armée, et par cela même plus difficiles à vaincre. Ses victoires lui sont devenues tellement faciles, qu'on dirait qu'il n'a eu à combattre que de la paille.
3 C'est-à-dire éternel, immuable.
4 A l'approche du conquérant libérateur, les peuples oppresseurs s'émeuvent et tremblent. Ils font des efforts pour résister. Et quels efforts 1 Us apprêtent leurs idoles et en fabriquent de nouvelles. Ils espèrent vaincre l'oint du Seigneur au moyen de
ANONYME (ES. XU, 8-14). 233
Et toi^ Israël, mon serviteur,
Jacob, toi qne j*ai élu,
Race de mon ami Abraham ^ !
Toi que j'ai saisi aux bouts de la terre, Que j*ai appelé depuis ses lisières.
Auquel j'ai dit : Tu es mon serviteur.
Je t'ai élu et non rejeté :
N'aie pas peur, car je suis avec toi ; Ne regarde pas autour de toi, car je suis ton Dieu I Je te fortifie, je viens à ton secours, Je te soutiens de ma droite victorieuse. Vois, ils seront honteux et confondus, Tous ceux qui s'irritent contre toi;
Ils seront anéantis, Us périront, ceux qui te cherchent querelle. Tu les chercheras et ne les trouveras plus.
Tes adversaires ; Ils ne seront plus, ils auront disparu, -
Ceux qui t'ont fait la guerre.
Car moi, l'Éternel, ton Dieu,
Je fortifie ta droite ;
Je te dis : N'aie pas peur!
Moi je viens à ton secours !
N'aie pas peur, vermisseau de Jacob,
Peuplade d'Israël ® I Moi je viens à ton secours, parole de TËternel I Ton rédempteur, c'est le Saint d'Israël.
quelques images fondues ou plaquées, qui risqueraient elles-mêmes de tomber au premier choc si on n'y mettait des clous! (Le batteur d^or et le forgeron^ litt.: celui qui polit avec le marteau et celui qui frappe des coups.}
^ L'approche victorieuse de Cyrus, qui effraie Tempire chaldéen, remplit de Joie le peuple dlsraôl. Celui-ci reçoit ici le nom honorifique de Serviteur de Dieu, nom qui lui sera donné dans toute la suite de ce livre^ quoi qu'en disent les théologiens. Il va sans dire que le prophète^ en employant ici ce terme, a en vue les fidèles^ la partie saine de la nation, ceux qui sont la vraie race d'Abraham, imitant la foi et l'obéissance du patriarche. Celui-ci s'appelle Vami de Dieu, d'un nom devenu populaire en Orient, si bien que le Qorân et la géographie le connaissent. La ville de Hébrôn, où Abraham est enterré, d'après la légende, s'appelle aujourd'hui EV-Khalil (l'ami).
^ Ces expressions : vermisseau, peuplade, sont choisies pour marquer la faiblesse natureUe d'Israël, et pour faire d'autant mieux ressortir la grandeur menreiUeuse de la révolution qui se prépare.
234 ANONYME (ES. XLI, l5-20).
Vois, je fais de toi une herse aigaë'.
Neuve et garnie de pointes :
Tu laboureras les montagnes et tu les broieras; Tu réduiras les coteaux en menue paille. Tu les vanneras, pour que le vent les emporte,
Et que l'ouragan les disperse :
Mais toi, tu te réjouiras en rÉtemel; Tu te glorifieras au sujet du Saint d'Israël.
Les pauvres et les malheureux Cherchent de Teau sans en trouver;
Leur langue se dessèche de soif.
Moi, rÉternel, je les exaucerai:
Dieu d'Israël^ je ne les délaisserai point. Je ferai jaillir des ruisseaux sur les hauteurs dénudées. Des fontaines au sein des vallées.
Je changerai le désert en un lac d'eau. Et là terre aride fera couler des sources. Je mettrai dans la steppe le cèdre et la cassie,
Le myrte et Tolivier ; Je planterai dans la lande le cyprès.
Le platane et le sapin tout ensemble.
Pour qu'ils voient et sachent, Et reconnaissent et comprennent tous.
Que la main de TÉternel a fait cela.
Que le Saint d'Israël l'a opéré*.
"^ Il s'ftgit proprement de la machine à battre le blé et à hacher la paille (Es. XXVIII, 27}. On a pensé que Tauteur veut désigner les ennemis eux-mCmes en parlant de montagnes et de coteaux. On pourrait cependant supposer qu'il s'agit proprement du blé étendu sur le sol, qui est décrit comme inégal et accidenté, parce qull n'y a pas de plaines véritables en Palestine. En tout cas, les termes de vanner, disperser y pailU, favorisent cette dernière interprétation. L'allégorie reste la môme.
8 Le contexte semble devoir recommander l'interprétation allégorique de ce passage. La soif est le symbole de la détresse ; il y aurait ainsi là simplement une annonce figurée de la délivrance, c'est-à-dire la reproduction, sous une forme plus poétique, de la promesse faite tout à l'heure directement. D'autres commentateurs, se fondant sur des passages comme chap. XXXV et XL, 3, ont préféré l'interprétation littérale, d'après i
laquelle il s'agirait du retour des déportés dans leur patrie. Le voyage à travers les déserts de l'Arabie ne doit effrayer personne; Jéhova y guidera son peuple et y pourvoira à sa subsistance. 11 lui donnera de l'eau à boire et les arbres pour s'abriter, j
là où ces deux choses manquent aujourd'hui. En tout cas, avec cette interprétatîoo, la liaison des différentes parties du texte ne serait pas très-intime.
ANONYME (éS. XLI, 21*29). 235
Venez plaider votre cause, dit rÉternel% Exposez vos arguments, dit le roi de Jacob.
Qu'ils les exposent, Qu'ils nous disent ce qui doit arriver! Vos prédictions, dites-nous ce qu'elles sont. Pour que nous y ayons garde et que nous en voyions l'issue. Ou bien faites-nous entendre l'avenir.
Dites-nous ce qui aura lieu par la suite. Afin que nous reconnaissions que vous êtes des dieux I
Oui, faites quelque chose, de bien ou de mal. Que nous le voyions, et le considérions ensemble ! Voyez, vous n'êtes rien du tout ; Votre œuvre est du néant :
Abomination à qui vous choisit!
Moi je l'ai suscité du nord, et il vient '® ;
De l'orient, lui qui invoque mon nom :
Il marche sur les satrapes, comme sur de la boue;
Comme le potier foule l'argile.
Qui a prédit cela jadis, pour que nous le sussions ? Autrefois, pour que nous pussions dire : C'est vrai I Certes, nul ne l'a dit, nul ne l'a proclamé.
Nul n'a entendu vos paroles!
Le premier, j'ai dit à Sion : Voyez, les voici 1 Et à Jérusalem j'ai envoyé la bonne nouvelle.
Je regarde et ne vois personne.
Parmi eux, aucun qui sache donner un avis. Je les interroge, pour qu'ils me répondent :
Voyez, tous ils ne sont rien;
Leur œuvre est du néant;
Leurs idoles sont vent et vanité !
0 Voilà le second argument de Jéhova, annoncé au commencement du chapitre. Lui seul sait l'avenir : il l'a prédit, sa prédiction s'est accomplie. Il le prédit encore^ sa prédiction s'accomplira de mâme. Les faux dieux en font-ils autant? Jéhova s'adresse directement à eux, pour les défier, comme s'ils étaient des 6tres réels. Il leur pose trois questions : Qu'avez-vous prédit autrefois pour que nous en constations Ûissue ? Que pouvez-vous prédire aujourd'hui ? Que pouvez-vous faire, en général, que ce soit bien ou mal? Il y a là une gradation décroissante. On se contenterait du moindre acte de puissance, qui prouverait qu'il y a quelque chose de réel dans ces prétendus dieux !
10 Voyez plus haut chap. XLI, 2. Cyrus est représenté comme adorateur du vrai Dieu. Il pouvait apparaître comme tel quand on tenait compte de la diiïérence radicale entre la religion des Perses et les cultes sémitiques. — Les satrapes représentent ici les provinces de l'empire chaldéen déjà conquises.
236 ANONYME (és. XUI, 1-5).
Voyez mon serviteur que je soutiens.
Mon élu, en qui mon àme prend plaisir! Je mets mon esprit en lui.
Pour qu'il fasse part aux peuples de ce qui est juste V Il ne crie point, il n'élève point la voix. Il ne se fait pas entendre dans la rue; n ne brise pas le roseau froissé^ Et le lumignon fumant, il ne l'éteint point ' : Fidèlement il fait connaître ce qui est juste. Il ne se lasse ni ne se décourage Qu'il n'ait établi la justice sur la terre, Et les îles attendent son instruction'.
Voici ce que dit Dieu, TÉternel, Qui créa les cieux et les déploya.
Qui étendit la terre avec ses produits. Qui donna la vie au peuple qu'elle porte, Et le souffle à ceux qui y passent :
^ La série des promesses (XLII-XLV) relatives à la restauration morale d'Isrsêl commence par une déclaration solennelle concernant la vocation du serviteur de Diao qui doit être le médiateur et l'organe de cette restauration. Nous savons déjà par XLI, 8^ 9, que le prophète désigne par ce nom de serviteur de Dieu IsraSl lui-m6me; non pas, sans doute, le peuple tel qu'il était, avec tous ses défauts, mais le peuple idéal, réalisant l'idée théocra tique, le noyau sain de la nation qui, avec ses prophètes pour guides, fera reatrer les masses dans les voies de Dieu et exercera une influence salutaire sur les païens mêmes. Ce texte exprime donc l'idée du prophétisme, rattachée, non plus à quelques individus privilégiés, mais à la totalité des vrais fidèles. L'esprit de Dieu est versé sur eux tous (Joél III, 1 suiv. Actes II, 15 suiv.), et c'est surtout à l'égard des autres nations qu'Israél doit exercer son saint ministère, de même qu'autrefois les prophètes l'ont exercé à l'égard de leur propre peuple. Le mot : cê qui ut jusie^ se traduirait en langage moderne par : ce gui est vrai et bien, Tunité et la souveraineté de Dieu et sa volonté sainte.
^ L'activité prophétique d'Israèl n'a rien de violent, de tumultueux. Le peuple élu exerce son ministère avec persévérance et fidélité, mais en même temps par les voies de la douceur et de la persuasion. Ni la force, ni le bruit n'accompagnent son œuvre. Ceux auxquels il doit s'adresser sont représentés, non comme hostiles et puissants, mais comme faibles ; ils sont comparés à des roseaux déjà entamés, à des mèches presque éteintes. Ranimer même la plus petite étincelle, relever la plus faible tige, voilà bien une œuvre de bienfaisante restauration. Quelle différence entre cette tâche et celle de broyer et de terrasser la résistance ! Dès à présent on voit qu'à l'horizon religieux du judaïsme il apparaîtra deux Messies qui ne se ressembleront pas (Matth. XII, 20. Apec. II. 27).
8 Les Ues, XLI, 1 .
Moi, rÉternel^ je t'appelle à la victoire ;
Je te prends par la main, Je te fais et t'établis pour Talliance du peuple,
Pour lumière aux nations, Afin d'ouvrir les yeux aveugles.
De retirer les captifs de la prison.
De la geôle, ceux qui demeurent dans les ténèbres^.
Je suis rÉternel, c'est là mon nom; Je ne cède mon honneur à nul autre,
Ni ma gloire aux idoles.
Les choses prédites autrefois sont arrivées; Voyez, j'en annonce de nouvelles :
Avant qu'elles ne germent, je vous les fais connaître^.
Chantez à l'Éternel un nouveau cantique *,
Sa louange aux bouts de la terre.
Vous qui parcourez la mer, et tout ce qui la remplit^
Les iles au loin et leurs habitants I
Que la steppe l'entonne avec ses bourgades. Les hameaux où campe Qédar;
Que ceux de Séla' poussent des cris de joie. Que du haut de leurs montagnes ils fassent éclater l'allégresse!
Qu'ils donnent la gloire à l'Éternel^
Et proclament sa louange dans les iles 1
4 La cécité, les ténèbres, la prison, sont des images destinées à représenter l'état actuel des choses ; la vue recouvrée^ la prison ouverte, Talliance établie en forment la contre-partie. C'est le peuplo-propbète qui est cbargé d'amener ce nouvel état des choses. En traduisant à la lettre l'alliance du peuple et la lumière des nations (comp. XLIX, 8], nous faisons la part de ce qui restait à désirer pour les masses Israélites ; rien n'empâcbe cependant de faire abstraction de celles-ci et de voir dans le peuple (au singulier), la grande famille de l'humanité.
^ Ces lignes introduisent une nouvelle prédiction de la délivrance certaine d'Israël, laquelle est assurée d'avance par le fait de l'accomplissement des prédictions antérieures (comp. %1A, 22).
^ La délivrance est si certaine, que dès à présent le prophète provoque des chants de triomphe et d'actions de grâces. Ils doivent retentir, non pas seulement de la bouche des Israélites qui y sont directement intéressés, mais encore des étrangers, voisins de Canaan, qui seront les simples spectateurs de leur gloire et de celle de Jéhova. Pour Qédar, voyez Es. XXI, 17. Pour Séla\ Es. XVI, 1. Ce qui remplit les mers, ce ne sont pas certes les poissons, mais les navigateurs et les habitants des cdtes (iles) les plus reculées.
L'Éternel part comme on héros.
Comme un guerrier il excite son ardeur; n appelle, il pousse le cri du combat, Contre ses ennemis il s'élève en vainqueur!
c Longtemps je me suis tu, J'ai gardé le silence, je me suis contenu : Comme la femme en travail, je vais respirer,
Pousser mon soufiQe haletant^.
Je dévasterai montagnes et coteaux, Je ferai sécher toute leur verdure.
Je changerai les fleuves en terre ferme^
Je dessécherai les lacs'.
Je conduirai les aveugles par un chemin qu'ils ignorent. Je les mènerai par des sentiers inconnus. Je changerai devant eux les ténèbres en lumière,
Et les aspérités en plaine.
Voilà les choses que je ferai.
Et je n'y manquerai point.
Mais ils reculeront et rougiront de honte^
Ceux qui se fient aux idoles, Qui disent à l'image de fonte : Tu es mon dieu I»
Écoutez, vous qui êtes sourds I Aveugles, regardez et voyez I Qui est aveugle, si ce n'est mon serviteur? Qui est sourd comme le ministre que je veux envoyer ? Qui est aveugle comme mon familier.
Aveugle comme le serviteur de l'Éternel •?
'^ Jéhova lui-même prend la parole pour dire que sa patience est & bout, qu'il n'attendra pas plus longtemps pour frapper le grand coup et délivrer son peuple. On traduit communément : Je vais crier comme la femme en travail, etc. Mais un pareil cri ne pourrait être que celui de la douleur, ce qui est ici hors de propos. Il s'agit plutôt de l'état qui suit la crise^ où la respiration longtemps contenue reprend en£a son cours normal, mais avec un certain effort. Du reste, on voit par ce qui suit que l'auteur prend ici ce souffle dans le sens de la violence et, par conséquent, conmie un agent de destruction.
8 Image de la destruction vengeresse qui frappera les oppresseurs dlsraêl. L'absence d'eau est la plus grande des calamités en Orient. — La suite peint le retour miraculeux du peuple ainsi délivré.
^ Apostrophe adressée à cette partie du peuple qui, malgré les terribles avertissements de l'histoire, n'était pas rentrée dans le devoir, mais était restée sourde et aveugle en face des ruines, comme en face des prophéties. Ce passage est sortoat
ANONYME (ES. XLII, 20-23. XLIII, l). 239
Vous avez vu tant de choses sans y faire attention, Ouvrant les oreilles sans rien entendre I L'Éternel avait daigné, dans sa grâce.
Donner une instruction grande et magnifique.... Et voilà ce peuple pillé et ruiné I Tous ils sont enchaînés dans leurs trous,
Jetés au fond des prisons*^.
Livrés au pillage sans que personne les délivre, Dépouillés, et nul ne dit : Restituez I
Qui d'entre vous prend garde à cela?
Qui y fait attention et écoute pour l'avenir ? Qui livra Jacob au pillage, Et Israël aux ravisseurs?
N'est-ce pas l'Éternel, contre lequel nous avons péché ? Dont ils ne voulaient pas suivre les voies.
Ni écouter l'instruction?
Mais il fit fondre sur eux le feu de sa colère Et la violence de la guerre :
Elle les entoura de ses flammes, sans qu'ils se ravisassent, Elle les consuma, sans qu'ils le prissent à cœur I
Mais à présent, voici ce que dit l'Éternel,
Qui t'a créé, ô Jacob,
Qui t'a formé, ô Israël :
Ne crains rien, car je t'ai racheté, Je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi ** I
intéressant, parce qu'il détermine explicitement la portée dn terme de Serviteur de Dieu, si fréquemment employé dans ce livre. Nous voyons que c'est à la fois le ministre que Jéhova veut envoyer aux nations pour les amener au vrai Dieu, l'organe et le dépositaire de ses révélations , le familier de l'Ëtemel (le mot hébreu est à peu près identique^ pour l'étymologie comme pour le sens, avec celui de Moslem), et le sourd et l'aveugle qu'il a instruit en vain. Une pareille définition est incompatible avec l'interprétation traditionnelle, qui veut que le Serviteur de Dieu spit le Christ, mais elle va a merveiUe au peuple d'Israël qui réunissait en lui-même ces qualités si diverses.
10 Ces mots de trous et de prisons ne doivent pas nous faire prendre le change sur le véritable état des choses à Babylone. Le séjour dans ce pays d'exil est comparé^ à une captivité, mais il n'en est pas une dans le sens propre du mot. Les Israélites sont des déportés, mais ils ne se trouvent pas dans des cachots.
il Malgré la punition méritée et essuyée (chap. XLII), Israël sera sauvé, car il est le peuple élu. Jéhova l'a racheté (au passé], autrefois déjà en le faisant sortir d'Egypte, il l'a appelé pour faire avec lui son alliance, Israël lui appartient toujours et Dieu ne manquera pas à sa parole.
Tu passerais par les flots, que je serais avec toi, Par les ondes, qu'elles ne t'entraîneraient point I Tu traverserais le feu, que tu ne serais pas consumé. Et la flamme ne te brûlerait pas '* i Car moi, TËternel, je suis ton Dieu, Le Saint d'Israël, ton sauveur :
Pour toi, je donne TËgypte comme rançon, Kous' et Sebà pour te remplacer".
Parce que tu es cher à mes yeux Et précieux, et que je t'aime,
Je livre des hommes à ta place.
Et d'autres peuples, en échange de ta vie.
Ne crains rien, car je suis avec toi :
Du Levant je ramènerai ta race.
Et du Couchant je te rassemblerai.
Au Nord je dirai : Rends-les I Et au Sud: Ne les retiens pasi Ramène mes fils d'au loin,
Et mes filles des bouts de la terre.
Tous ceux qui portent mon nom.
Que j'ai créés pour ma gloire, Que j'ai faits et formés *^ 1
Qu'on fasse venir ce peuple aux yeux aveugles, Ces sourds qui ont pourtant des oreilles I Que toutes les nations s'assemblent.
Que les peuples se réunissent *^ 1
IS Les promesses pour revenir sont formulées d'une manière figurée : les eanz et le feu représentent tous les périls qui pourraient encore assaillir le peuple de Dieu ; aucun ne l'arrdtera plus, il triomphera de tous. Il n'est pas nécessaire de demander k quels dangers réels le prophète a songé ici.
1' Le vainqueur de Babylone (XLI, 2; XLV, 1) devenait par le fait maître d'Israël et souverain de Canaan. Ses titres, à cet égard, étaient parfaitement légaux. Jéhova veut donc lui payer une rançon pour son peuple, et cette rançon consistera dans d'autres pays qui seront livrés aux Perses, l'Egypte et l'Ethiopie, pays païens, auxquels Dieu ne devait rien et dont il pouvait disposer librement.
14 i^s membres de la nation, dispersés par suite des catastrophes antérieures, sont ramenés tous dans la commune patrie, lors de la prochaine restauration (comp. chap. LX).
^^ Après avoir promis la délivrance, Jéhova en revendique la gloire pour lui sauL A cet effet, il demande que tous, Juifs et païens, se présentent, comme qui dirait sur la place publique, devant le Juge, et fassent valoir leurs titres. Les païens n*ont rien
ANONYME (ES. XLllI , 9-14). 241
Qui d'entre eux annonce de telles choses? Qu'ils nous fassent connaître leurs prédictions d'autrefois I Qu'ils produisent leurs témoins et se justifient, Afin qu'on les entende et qu'on dise : C'est vrai ! C'est vous qui êtes mes témoins, dit l'Éternel; Toi, mon serviteur que j'ai élu *• :
Pour que vous le sachiez et me croyiez. Que vous reconnaissiez que c'est moi; Qu'avant moi aucun Dieu n'a existé, Et qu'après moi il n'y en aura pas d'autre.
Moi, moi je suis l'Éternel ; Il n'y a de sauveur que moi seuil C'est moi qui ai prédit, sauvé, instruit;
Nul étranger n'est intervenu — Vous m'en êtes témoins, dit l'Éternel — C'est moi qui suis Dieu!
Oui, je le suis de tout temps.
Et de ma main nul ne se sauve :
Ce que je fais, qui peut le défaire ?
Voici ce que dit TËternel, Votre rédempteur, le Saint d'Israël :
C'est à cause de vous que j'envoie vers Babel, Pour les faire déguerpir tous eu fuyards, Ces Chaldéens, sur les navires dont ils sont si fiers *^,
à produire à Hionneur de leurs dieux, qui n'ont rien prédit et n'ont rien pu faire (XLI, 21 suiv.); les Juifs sont obligés de déclarer, malgré leur aveuglement actuel, que Jéhova a fait autrefois des prédictions aujourd'hui accomplies, qu'il a instruit et sauvé son peuple, qu'aucun dieu étranger n'est intervenu dans ces actes, qu'aucun mdme n'a Jamais existé.
10 C'est Israël seul qui peut parler d'anciennes prédictions accomplies, mais c'est an témoignage à rendre au vrai Dieu.
1'^ Les promesses déjà formulées au commencement du chapitre sont ramenées naturellement par la liaison des idées. Elles comprennent deux séries de faits : la ruine de Babel (des Chaldéens}, contre laquelle Jéhova envoie Cyrus, et la délivrance d'Israël. Le premier fait n'est qu'un moyen pour arriver au second. La dernière ligne du texte (litt. : sur les navires de leur allégresse) parait avoir souffert dans les copies. Notre traduction s'en écarte aussi peu que possible. Les navires seraient ceux de la marine marchande de l'Euphrate, source de la richesse des Babyloniens. Avec quelques légers changements, on a obtenu le sens : Je changerai leurs cris de joie en gémissements; mais c'est sans faire disparaître ce qui dans la phrase est insolite ou obscur.
^ .. . A. T. 2« part. — II. 16
Moi, rÉternel, votre Saint, Le créatear d'Israël, votre roi!
Voici ce que dit TÉternel Qui sait frayer un chemin par la mer, Une route à travers les ondes en fureur; Qui laisse arriver chevaux et chars.
Troupes et capitaines — Et les voilà tombés tous, pour ne plus se relever, Expirés, éteints comme une mèche ^^ I Ne pensez plus aux choses passées.
Ne songez plus aux histoires d'autrefois! Voyez, je vais faire du nouveau ; Tantôt cela se produira et vous le contemplerez : Oui, je vais faire un chemin par le désert,
Des rivières dans la steppe; Les bêtes sauvages me remercieront.
Les chacals et les autruches.
De ce que j'aurai donné de Teau au désert.
Des rivières à la steppe.
Pour désaltérer mon peuple, mon élu.
Le peuple que je me suis créé.
Il racontera ma gloire.
Et pourtant, ô Jacob!
Ce n'est pas moi que tu as invoqué, Ce n'est pas pour moi, ô Israël *^ !
Que tu t'es mis en peine.
Tu ne m'as pas amené l'agneau de tes holocaustes. De tes sacrifices tu ne m'as point honoré ; Je ne t'ai pas molesté pour des offrandes, Ni mis en peine pour de l'encens ;
1 s ÂUusion au passage de la mer rouge. On remar({uera que les verbes sont aa présent, pour élever les faits arrivés une fois dans le cours de l'histoire, à la hauteur d'attributs permanents. L'auteur veut faire dire à Jéhova : Je le pourrais encore, mais Je ferai mieux que cela.
10 Israël n'a mérité en aucune façon le bienfait qui lui est annoncé. Avant la catastrophe, le peuple n'a cessé de provoquer la colère de Jéhova, et depuis, certes, il n'a guère changé. Le culte, soit nécessité, soit négligence, a chômé. La peine n'a pas été du côté des hommes (dans le sens matériel} ; elle a été du côté de Dieu (dans le sens moral).
Tu n'as pas, à prix d'argent, acheté pour moi des parfums ; De la graisse de tes victimes tu ue m'as pas rassasié.
C'est toi qui m'as molesté par tes péchés,
Qui m'as mis en peine par tes méfaits ! Et moi, moi j'efface tes iniquités, pour l'honneur de moi,
Et ne veux plus me souvenir de tes péchés'®.
Rappelle-moi tes titres, plaidons notre cause!
Expose-la, toi, pour te justifier**!
Ton premier père a péché.
Tes médiateurs m'ont désobéi, Et j'ai dû mettre à la porte ces princes du sanctuaire. Livrer Jacob à l'anathëme, et Israël à l'opprobre.
Et maintenant écoute, Jacob, mon serviteur,
Israël, toi que j'ai élu*^!
Voici ce que dit l'Éternel, qui t'a fait et formé. Qui t'a secouru depuis ta naissance'* N'aie pas peur, mon serviteur Jacob, Mon bon enfant '^, toi que j'ai élu !
^0 Aujourd'hui donc, s'il s'agit d'une délivrance^ elle se fera par pure grâce^ pour la seule gloire du Seigneur. ,
^1 Ou bien, peut-être, Israël aurait-il à réclamer contre ce jugement? Jéhova aurait-il oublié les mérites et les vertus de ce peuple ? Alors qu'on les lui rappelle ! Mais on s'en gardera bien. De père en fils ils ont toujours été rebelles, les masses comme les chefs. — Le ^temier père, n'est ni Adam ni Abraham, comme le veulent les commentateurs, mais c'est la première génération historique d'Israël, celle que Moïse a conduite au désert; les médiateurs sont les prophètes, les prêtres, les rois. En vue de leur caractère théocratique ils sont appelés princes du sanctuaire. Le juge suprême n'a pu que punir, et il l'a fait. [Mettre à la porte, litt. : profaner.)
^^ Les cinq premiers versets du chap. XLIV sont considérés par les uns conmie l'exorde du discours suivant, par les autres comme la péroraison de celui qui précède. Comme il s'agit ici de promesses générales de restauration, cette dernière manière de voir nous paraît préférable. Ces promesses s'adressent, non pas au peuple juif en masse, et tel qu'il existait sous les yeux du proppète, mais à la partie saine de la nation, à ce noyau d'où devait sortir l'Israël idéal de l'avenir que les prophètes n'ont jamais perdu de vue, môme au milieu des plus déplorables égarements et des plus accablantes calamités.
28 Depuis ta naissance comme nation, pendant tout le cours de ton histoire, à partir de la sortie d'Egypte. Cela confirme l'interprétation que nous venons de donner de l'avant'demier verset du chapitre précédent.
^^ Les Septante traduisent : mon petit Israël; d'autres prennent les^ouroûn pour un nom propre. Nous le considérons comme diminutif de ias^ar, juste, droit, bon : c'est donc un terme .d'olfection qui se retrouve encore Deut. XXXII, 15; XXXIII, 5. Comp. Es. XLI, 14.
Car je répandrai de l'eau sur ce qui est altéré,
Et des ruisseaux sur la terre aride'*;
Je répandrai mon esprit sur ta race,
Et ma bénédiction sur tes rejetons,
Afin qu'ils poussent au milieu de Therbe,
Comme des saules sur le bord des courants d'eau.
Tel dira : Je suis à TËternel I Tel se réclamera du nom de Jacob; Tel marquera sa main pour TËternel, Et prendra Israël comme surnom '^.
Voici ce que dit rÉternel, le roi d'Israël, Et son rédempteur, labeweh Çebaôt :
Moi je suis le premier et le dernier, Et bors moi il n'y pas de Dieu*.
Qui est-ce qui prophétise comme moi.
Depuis que j'ai établi ce peuple antique ? Qu'il le dise, qu'il l'étalé devant moil L'avenir, les choses futures^ qu'on les fasse connaître ! Ne craignez rien ! Ne vous effrayez pas ! Ne vous l'ai-je pas fait savoir dès lors'?
^^ Ceci n'est pas à entendre dans le sens propre d'une nouvelle fécondation de Canaan; c'est une allégorie expliquée par les lignes suivantes. C'est la nation qai sera restaurée par la bénédiction de l'Étemel, malgré les sombres apparences da temps présent. Gomp. chap. XLI, 17.
^^ Ces dernières lignes sont généralement entendues de la propagation du culte de Jéhova parmi les païens. Le texte ne s'oppose pas à cette interprétation, et l'idée elle-même est familière aux prophètes. Mais elle est étrangère k l'ensemble da morceau. Nous y voyons donc simplement l'assertion que les Israélites ne connaîtnict bientôt de plus grand bonheur que d'appartenir à Jéhova, de plus grande gloire que de porter le nom national, aujourdliui avili. La phrase marçwr la main, fait allusion à la coutume ancienne de tatouer le bras des esclaves pour constater le nom de leur maître (comp. Gai. VI, 17).
1 Les promesses ont besoin d'une garantie. Elle est fournie par le fait qu'il o't i qu'un seul Dieu, donc aussi une unique source de vérité. La vérité se constate par l'accomplissement des prophéties (XLI, 22 suiv). Or, Jéhova seul a fait des prédictions que l'événement a vériûées. Depuis les origines du peuple d'Israèl, dont lliistoire embrasse déjà tant de siècles, Jéhova a parlé à ce peuple, lui a fait connaître 5e.< destinées, ses chances conditionnelles de bonheur et de malheur, et il n'a pas reçu de démenti. Quel dieu en a fait autant ?
^ Il ne S'agit pas d'une antiquité reculée, puisqu'on invoque le témoignage des contemporains. Dès lors, c'est déjà antérieurement, a l'époque où les prédictions foicot faites.
Ne Tai-je pas prédit ? N'êtes-vous pas mes témoins ? Y a-t-il un dieu hors moi?
Doue non plus de rocher^ que je sache ^ I
Les fabricants d'idoles, tous, ils ne sont rien. Et leurs mignons ne sont bons à rien, Et leurs témoins eux-mêmes ne voient rien Et ne savent rien, pour leur propre honte ^. Qui est-ce qui fabriquas un dieu,
Ou fond une idole, pour qu'elle ne soit bonne à rien ^ ? Voyez, tous ses compagnons seront confondus ;
Ces artistes sont des mortels :
Qu'ils s'assemblent tous^ qu'ils se lèvent
Ils trembleront, ils seront confondus tous à la fois^.
Le forgeron avec ses outils travaille sur la braise "^ ; Il le façonne avec les marteaux, Il travaille à force de bras; Il souffre même la faim^ il est sans force;
3 Le rocher du salut, son fondement inébranlable et digne de confiance. Tout ce morceau est encore un défi jeté au polythéisme, comme la suite du discours va le prouver. Les faux dieux, qui n'ont rien pu promettre ou prédire, ne peuvent pas non plus protéger.
^ Comp. pour ce morceau XL, 19 suiv.; XLI, 7. Le texte est un peu plus difficile qu'ailleurs à cause des termes techniques, peut-dtre a-t-il aussi souffert dans ses éléments, comme l'attestent les variantes tant de l'hébreu que du grec. Le terme de mignons (favoris) pour les idoles, semble indiquer qu'il s'agit principalement de petites Ggures, telles qu'on les avait dans les maisons particulières. — Le second distique a été très-diversement interprété. Nous le prenons dans le sens du v. 18, de manière à voir dans les témoins, les adorateurs des idoles. Eux et leurs dieux, les uns valent les autres. D'autres traduisent: ces dieux sont leurs propres témoins, ils font voir par eux-^mômes ce qu'ils sont.
^ Cette phrase exprime l'idée : Qui peut dtre assez sot pour travailler à une œuvre aussi ingrate ?
0 Le jour viendra où cette absolue inutilité des idoles se manifestera à la honte des idolâtres. Au moment du danger, ils auront beau se préparer à la résistance, aucun dieu ne sera là pour les sauver. Les compagnons des idoles sont les adorateurs des images. Les artistes eux-mêmes sont mortels, et ils prétendent faire des dieux !
*? Texte obscur et corrompu, dans lequel il manque en tout cas un verbe, que nous avons remplacé, par conjecture, en introduisant la préposition avec. Plusieurs commentateurs pensent que l'auteur veut d'abord raconter la fabrication des outils, pour passer à celfe des idoles au verset suivant. Nous croyons, au contraire, que le régime du verbe façonner, qui n'est désigné que par un pronom, est le dieu.
Il ne boit pas d'eau, il se fatigue*.
Le sculpteur en bois étend la ficelle, Il le dessine avec le poinçon', Le façonne avec les rabots, Le dessine avec le compas, Le forme à l'image d'un bomme, Pareil à une belle figure d'homme, Pour occuper une maison*®.
* On coupe des cèdres.
On prend le rouvre et le chêne ;
On fait son choix parmi les arbres de la forêt.
On plante un cyprès que la pluie fera grandir".
Puis cela sert à Thomme à faire du feu. Il en prend poifr se chauffer;
Il en brûle aussi pour cuire son pain,
Il en fait aussi un dieu et se prosterne.
Il fabrique une idole et Tadore*'.
Il brûle la moitié au feu,
Avec Tautre moitié il apprête sa viande;
Il fait rôtir son rôt et se rassasie.
De plus, il se chauffe et dit : Ah bien !
.rai bon chaud, je sens le feu *^ !
8 II oublie de manger et de boire, il s'éreinte et se fatigue dans son importante besogne. (Il sue sang et eau pour faire un dieu.)
0 Au moyen de la ficelle, il marque les dimensions du bloc de bois dont il aura besoin ; avec le poinçon, il y trace les contours grossiers de la figure, et ainsi de suite. L'ironie est plus incisive par la longueur des détails.
10 Puisque c'est un bomme, il faut qu'il ait aussi son logis.
1 1 Le tableau est reproduit à un autre point de vue, et de plus haut. Les dieux sculptés sont des meubles comme d'autres, faits du même bois. De plus, il faut du temps aux arbres (et aux dieux) pour croître, pour arriver à terme. Les noms des arbres sont ici en partie choisis au hasard, en partie même la leçon est incertaine.
12 Olim trunats eram ficulnus, inutile lignum^ quum faher, ineertus scamnum faetrttnt PriapuM, ma luit etse deutn. Hor., Sa t., I, 8. Le texte dit: et Us adore, l'autour songeant sans doute à la pluralité des idoles.
13 En apparence, ce n'est ici qu'une répétition oiseuse des lignes précédentes. Mais à y regarder de près, on reconnaît que l'auteur a voulu renchérir sur son premier tableau. D'abord il avait fait trois parties égales de son bois : pour le cbauflage, pour l'âtre et pour la sculpture. Maintenant les deux premiers emplois absorbent les deux Moitiés du bois, comme étant les choses les plus importantes dans le ménage. S'il rt$te un bouU pe sera pour le dieu.
Et da reste il fait un dieu, son idole; Il Tadore, il se prosterne, il lui adresse sa prière^ Il dit : Sauve-moi, car tu es mon dieu!
Ils ne savent rien, ils n*entendent rien^*. Car leurs yeux sont fermés de manière à ne pas voir, Leurs cœurs endurcis et inintelligents.
On ne rentre pas en soi-même.
On n'a pas le bon sens et la sagesse pour se dire :
«J'en ai brûlé la moitié au feu.
J'ai fait cuire mon pain sur les braises, J'y ai rôti la viande que j'ai mangée. Et du reste je ferais une abomination?
J'adorerais un morceau de bois!>
Il se repait de cendres •* ;
Son cœur trompé l'égaré.
De manière qu'il ne se sauve pas en disant : c C'est bien là une tromperie à laquelle je tiens!»
Songe à cela, Jacob, Toi, Israël, car tu es mon serviteur.
Je t'ai formé, tu es mon serviteur, Israël, tu ne seras pas oublié par moi *^. Je fais disparaître tes péchés comme un nuage, Tes méfaits comme un brouillard :
Reviens à moi, car je te rachète*'.
1-* Les idolâtres, v. 9. — Leurs yeux (et leurs cœurs} sont fermés f litt.: enduits, de manière à ne pouvoir s'ouvrir. Le cœur, dans la psychologie hébraïque, est le siège de rintelligence. Il s'agit ici d'une callosité spirituelle.
1 ^ Manger des choses qui ne nourrissent pas, cela revient à dire, courir après des chimères. — Un simple effort de la réflexion suffirait pour lui faire comprendre l'absurdité de ses coutumes, mais il est tellement fasciné par l'illusion, et asservi par le préjugé, que cet effort salutaire n'est pas même tenté.
1 6 C'est ce sens passif que les anciens interprètes juifs ont voulu exprimer par les voyelles qu'ils ont mises dans le texte. Il est inutile de changer celui-ci (jour lui faire exprimer l'idée : Ne m'oublie pas !
^'7 La certitude du pardon et la proximité de la délivrance permettent au prophète d'en parler comme d'un fait accompli. Mais en français, cela s'exprime par le présent et non par le prétérit. Les nuages et les brouillards représentent ce qu'il y a de plus fugitif au monde. Ou méconnaît tout à fait la portée de la comparaison, en faisant parler l'auteur de nuages épais.
Réjouissez-Yous, cieux, car rËternel raccomplit;
Poussez des cris, profondeurs de la terre! Montagues, éclatez de joie ;
Toi, forêt, avec tous tes arbres " I Car rÉternel rachète Jacob, En Israël il manifeste sa gloire.
Voici ce que dit TÉternel, ton rédempteur, Qui t'a formé lors de ta naissance *' : Moi je suis rÉternel, créateur de Tunivers ;
Moi seul je déploie les cicux, J'affermis la terre — qui est avec moi'^'?
C'est moi qui dissipe les prestiges du mensonge, Qui fais éclater la sottise des devins.
Qui rembarre les sages et confonds leur savoir^'.
C'est moi qui confirme la parole de mon serviteur, Qui raCfie le conseil de mes messagers ^* ; Qui dis de Jérusalem, qu'elle soit habitée, Et des villes de Juda, qu'elles soient rebâties
Je veux relever leurs ruines !
C'est moi qui dis à l'océan : Dessèche-toi^ Je veux que tes courants tarissent *M
18 L'univera entier est invité à prendre part à la joie que doit causer à Israël sa prochaine restauration, et à célébrer la gloire du Dieu libérateur.
10 La naissance d'Israél, c'est Tépoque de la sortie d'Egypte, où la nation devint le peuple de Dieu et commença, pour ainsi dire, une nouvelle existence. Les lignes qui suivent accumulent les épithètes à la gloire de Jéhova en vue d'une prédiction nouvelle et tout à fait positive, qui doit être introduite plus solennellement.
*0 Qui $8t avec moif C'est la leçon primitive qui est recommandée par le parallélisme {Moi seul). Nous ne voyons pas ce que le sens gagne à la leçon marginale [de ma/wt), préférée par quelques traducteurs. — Le ciel est déployé comme une tente, la terre affermie, solidement étendue, comme l'aire sur laquelle on bat le blé.
^1 Les païens avaient leurs devins, les Israélites leurs faux prophètes, qui les trompaient sur l'aveoir. Jéhova met au néant leurs mensonges, démontre la vanité de leurs prédictions, par l'événement qu'il règle, et envoie promener ces prétendus sages, en leur disant de se taire.
^^ Par contre il confirme, en les réalisant, les promesses faites en son nom par son serviteur, fes messagers. Le singulier est immédiatement expliqué par le pluriel. Il s'agit des vrais prophètes, surtout de ceux de l'époque présente. S'il n'y a pas de faute dans le texte, et que l'on veuille presser le singulier, on dira que l'auteur a en vue certaines prophéties spéciales, qui auraient formé le point de départ des siennes, par ex. Jérémie XXX-XXXIII, ou L, LI, ou bien encore qu'il parle de lui-môme.
^^ Allusion au passage de la mer rouge. Voyez la note sur XLIII, 16. Tous les obstacles, même les plus insurmontables, seront vaincus quand Jéhova fera rentrer son peuple dans sa patrie. Il n'est pas nécessaire de mettre TEuphrate à la place de la mer (litt.: de la profondeur].
Je dis à Kores' : Tu es mon berger *♦ I
Il accomplira toute ma volonté, En disant à Jérusalem : Sois rebâtie!
Et au temple : Sois fondé 1
Voici ce que TÉternel dit à son oint, à Kores'**.
Dont il a saisi la main Pour terrasser devant lui les nations.
Et délier les ceintures des rois;
Pour ouvrir les portes devant lui, De sorte qu'aucune ne lui soit fermée :
Moi je marcherai devant toi.
J'aplanirai les chemins âpres,
Je briserai les portes d'airain.
Je mettrai en pièces les verroux de fer*®. Je te donnerai des trésors cachés, ^
Enfouis dans les lieux secrets*^, ÂKn que tu saches que moi je suis rËternel, Le Dieu d'Israël qui t'appelle par ton nom. C'est à cause de mon serviteur Jacob^ D'Israël, mon élu.
Que je t'ai appelé par ton nom.
Que je t'ai donné ton titre, bien que tu ne m'aies pas connu 'S
24 Enfin, le prophète prononce le nom du héros auquel Dieu confie son œuvre, après l'avoir annoncé précédemment d'une manière plus obscure (XLI, 2). Le berger rappelle le troupeau de Jéhova, lequel était en ce moment sans pasteur.
2^ Ce morceau, qui se rattache à celui qui précède, proclame la mission de Cyrus comme lui étant confiée par Jéhova, et par cela môme comme nécessairement victorieuse. Cjrus est honoré ici d'un titre (l'Oint, Mas'iab] qui jadis était réservé aux rois Isaïdes, et qui, plus tard, appartiendra exclusivement au roi idéal de l'avenir.
^0 Le triomphe de Cyrus est peint dans des termes en partie propres, en partie figurés. Parmi ces derniers, il y a les ceintures des rois à délier, c'est-à-dire leur puissance à briser. La ceinture (comp. v. 5) est le symbole de la force, en ce qu'elle achève l'accoutrement du guerrier.
2*7 Les trésors cachés peuvent être pris à la lettre des richesses entassées par les rois chaldéens de Babylone.
28 Le choix fait de Cyrus pour Texécution des arrêts divins, n'est pas dû à son mérite, car il ne connaît point Jéhova, mais à la libre volonté de celui-ci. Aussi bien Cyrus n'est-il pas, comme Israël, l'objet des préoccupations de Dieu. Ses succès ne doivent que rehausser la gloire de celui qui tient dans ses mains les destinées des peuples. Le prophète ne veut pas dire que Cyrus est directement appelé à faire triompher le monothéisme.
250 ANONYME (ES. XLV, 5-il).
L'Éternel, c'est moi, et nul autre :
Hors moi il n*y a point de dieu.
Je te mets la ceinture, bien que tu ne m'aies pas connu, Pour qu'on sache au levant et au couchant
Que hors moi il n'y a rien, Que moi je suis l'Éternel et nul autre, Celui qui forme la lumière et crée les ténèbres '', Qui donne le salut et cause le malheur.
Moi, l'Éternel, je fais tout cela.
Faites dégoutter, 6 cieux, d'en haut.
Nuages^ faites ruisseler le bonheur!
Que la terre s'ouvre et fasse pousser le salut. Et germer le bonheur à son tour'^!
Moi, l'Éternel je fais cela.
Malheur à qui dispute contre son créateur. Lui, un tesson parmi les tessons de la terre " ! L'argile dira-t-elle à celui qui la forme : Que fais-tu ? Ton œuvre dira-t-elle : Il n'a pas de mains ? ! Malheur à qui dit à son père : Pourquoi m'as-tu engendré ? Ou à sa mère : Pourquoi m'as-tu mis au monde " ? Voici ce que dit l'Éternel, Le Saint d'Israël, qui l'a formé :
Ils me questionnent sur les choses à venir I
29 D'après le parallélisme, il s'agit ici du bonhear et du malheur dans le sens politique.
30 Le ciel et la terre à l'envi se préparent à faire naître le bonheur pour le peuple de Dieu. Le parallélisme et la tendance générale du texte nous font préférer cette expression à celle de justice. C'est en s'obstinant à traduire partout de la même manière des mots d'une signification si diversement nuancée, qu'on risque de décolorer le texte et de le chonger en une phraséologie sans sens précis.
^1 Le salut promis à Israël est aussi certain que glorieux, mais la promesse rencontre des incrédules, parce que les choses ne vont pas assez vite à leur gré. Ils oublient que Dieu seul est l'ordonnateur des événements et qu'il ne souffre pas de contrôle téméraire. Il a déjà été question de ces doutes (XL, 27), et le prophète y reviendra encore. Ce manque do confiance est une provocation qui offense la majesté du Tout-Puissant ; c'est comme si un vase d'argile voulait raisonner contre le potier qui le façonne, et dire qull n'a pas de mains. Jéhova forme Israël, comme le potier forme son vase. L'homme qui prétend disputer avec le Très-Haut, devrait se souvenir qu'il n'est }.as plus qu'un tesson, un objet sans force et sans valeur, comme tous ses semblables.
3^ Une pareille contestation de l'homme avec Dieu serait tout aussi absurde et criminelle, que si un enfant voulait quereller ses parents au sujet de son existence.
Pour mes enfants vous me donnez des ordres,
Pour l'œuvriB de mes mains".
Moi j'ai fait la terre.
J'ai créé Thomme sur elle; Mes mains à moi ont déployé les cieux, Et je commande à toute leur armée.
C'est moi qui Tai suscité pour la victoire'*,
J'aplanirai tous ses chemins; Il rebâtira ma ville, et relâchera mes exilés^
Sans rançon et sans présent :
C'est laheweh Çebaôt qui le dit.
Voici ce que dit l'Éternel :
Le revenu de l'Egypte et le profit de l'Ethiopie,
Et les Sabéens à la haute taille.
Ils passeront à toi et t'appartiendront; Ils marcheront à ta suite, ils viendront enchaînés. Ils se prosterneront devant toi et te supplieront : «Ce n'est que chez toi qu'il y a un Dieu; Nul autre, non, point de Dieu'^!»
Oui, tu es un Dieu impénétrable, Dieu d'Israël, Sauveur^"!
93 Pour ce verset^ différemment compris^ nous tenions à rester fidèles à Tesprit du contexte. C'est Jéhova qui se récrie sur les prétentions de Timpatience et de rincrédulité. Questionner, c'est demander, exiger Taccomplissement, ne plus vouloir attendre avec résignation, prescrire à Dieu comment il doit procéder. D'autres mettent les verbes à Timpératif : consultez-moi sur Tavenir (et vous aurez une réponse rassurante), confiezmoi le soin de mes enfants.
^^ Moi, le maître de Tunivers, j'ai pris mes mesures; Cyrus est en route, et tout se fera comme je le veux et comme je l'ai dit.
9& La restauration d'Israël amènera avec elle deux autres faits encore: la soumission des peuples étrangers, qui viendront apporter à Jérusalem leurs richesses, acquises par le commerce, et ensuite la conversion de ces mêmes peuples au culte de Jéhova. L'auteur en nomme deux (comp. XLIII, 3}, à titre d'exemple, et des plus éloignés de la sphère d'action de Cyrus. Les Sabéens (d'après l'orthographe du texte) sont les peuples du Nil supérieur, de l'Abyssinie (de l'ancienne Ethiopie), que les anciens s'accordent à représenter comme une race de haute taille, par conséquent terribles comme ennemis, utiles comme sujets. — Le sujet auquel s'adresse le v. 14, étant au féminin, doit être la ville de Jérusalem.
^^ Le prophète reprend ici la parole et déclare que les décrets de Jéhova sont aujourd'hui encore un mystère, et non complètement révélés, mais ne tarderont pas à l'être par l'accomplissement même. Alors arrivera le double résultat de la confusion des idolâtres, et de la restauration des pieux adorateurs du vrai Dieu, aujourd'hui plongés dans l'opprobre.
252 ANONYME (ES. XLV, l6-2l).
Ils serout tous confondus, couverts de boute, Ils s'en iront tons honteux, ces fabricants d'idoles I
Israël sera sauvé par rÉternel,
Sauvé pour toujours;
Vous ne serez plus confondus, Plus couverts de honte, aux siècles des siècles!
Car voici ce que dit le Seigneur, le créateur des cieux,
Ce Dieu qui a formé la terre.
Qui Ta faite et fondée,
Qui ne Ta pas créée pour rien.
Mais qui Ta formée pour être habitée : Moi je suis rÉternel; il n'y eu a pas d'autre I Ce n'est pas en secret que j'ai parlé, Dans un endroit obscur de la terre ; Je n'ai pas dit à la race de Jacob :
Vous me chercherez en vain !
Moi, l'Éternel, je dis la vérité, J'annonce les choses directement^'^.
Rassemblez-vous et venez.
Approchez-vous tous, fuyards des nations ** I Qu'ils sont ignorants, ceux qui traînent leur idole de bois, Qui invoquent un dieu impuissant!
Parlez donc, exposez, oui, délibérez ensemble :
Qui a jadis annoncé cela?
Qui l'a prédit autrefois"?
37 La terre n'a pas été créée pour rien, pour être vide, comme l'est aujourd'hui la patrie dlsrafil, ruinée par la guerre. Le but de la création est une garantie de plus pour Taccomplissement de la promesse. De plus, celle-ci n'a pas été faite en secrei, àt manière à craindre le grand jour, comme étant sujette à caution, mais publiquement et solennellement. Bnûn, elle n'a pas été faite pour tromper Israël, comme pour se moquer de aa crédulité et lui dire: Cherchez-moi toujours (le verbe est à l'impératif dans l'original), et grand bien vous fasse !
38 Les païens aussi sont invités à écouter la parole de Dieu. Les fuyardt dtt nations sont ceux qui auront échappé à la catastrophe imminente de la conquête persane, et qui par cela môme sont avertis qu'il n'y a de salut qu'en Jéhova et non dans leurs idoles. — Ces fuyards sont censés n'être pas encore complètement convaincus ; D^ sont sommés de se présenter devant le vrai Dieu, pour exposer (XLI, 21] leur croyance et les raisons à l'appui.
39 Jéhova leur oppose, comme plusieurs fois déjà, le fait qu'il a prédit les événements, et que sa prédiction s'est trouvée ratifi|e.
N'était-ce pas moi, rÉternel, Hors lequel il n'y a point de dieu.
De dieu véridique et sauveur, si ce n'est moi ?
Tournez-vous vers moi pour être sauvées, Vous, toutes les extrémités ds la terre ^®, Car moi je suis Dieu, et nul autre !
Je jure par moi-même (C'est la vérité qui sort de ma bouche.
Une parole irrévocable I) Que c'est devant moi que tous les genoux doivent fléchir,
Que toutes les langues doivent jurer.
En rÉternel seul, dira-t-on, il y a salut et force;
 lui viendront, pleins de honte.
Tous ceux qui le haïssaient.
C'est en TÉternel qu'obtiendra justice, Que se glorifiera toute la race d'Israël.
Bel tombe, Nebo est renversé;
Leurs images que vous portiez Sont chargées sur des bêtes de somme,
Un fardeau qui les fatigue.
Ils tombent, ils sont renversés tous ensemble ; Ils ne peuvent sauver cette charge,
Ils vont eux-mêmes en exiP.
-40 Les peuples les plus lointains finiront par reconnaître le seul vrai Dieu. Celui-ci le proclame d'avance, comme une vérité absolue et indubitable. Mais la gloire d'Israël, du serviteur élu de Dieu, qui aura été Torgane de Dieu pour annoncer cette conversion générale, sera inséparable de cette grande révolution.
1 Ce morceau, plus isolé que les autres de ce qui l'entoure, est encore inspiré au prophète par les extravagances de l'idolâtrie à laquelle les Israélites se livraient au moment même où les faux dieux allaient recevoir le coup mortel. Israël est mis en demeure de choisir entre la fidélité à son vrai Dieu, comme unique condition du salut, et un culte auquel est réservé l'opprobre et la ruine. — Bel et Nebo (les planètes Jupiter et Mercure ?j, les principales divinités des Babyloniens, nommées ici à la place de toutes les autres, vont périr ; leurs images seront renversées, leurs temples pillés et détruits, dès que Cyrus, l'exécuteur des desseins de Dieu, sera arrivé victorieux. Les idoles, autrefois portées en procession, avec des démonstrations de respect, sont chargées sur des chameaux et des ânes, pour être emportées avec le reste du butin. Les dieux ne peuvent se défendre, ils partent eux-mêmes avec leurs images, avec lesquelles le prophète les identifie volontiers, en s'appuyant sur la superstition populaire, tout autant que sur sa foi religieuse.
Ëcoatez-moi, maison de Jacob, Vous tous, qui restez de la maison d'Israël! Vous que j'ai portés depuis le sein maternel. Dont je me suis chargé depuis votre naissance, Pour lesquels je serai le même jusqu'à votre vieillesse, Que je porterai encore en cheveux blancs ; Vous que j'ai créés et dont je me suis chargé. Que je porterai encore et que je sauverai — * Â qui voulez-vous me comparer et m'égaler ?
 qui m'assimiler, pour que nous soyons égaux?
...Ils tirent l'or de leur bourse % Ils pèsent l'argent dans la balance.
Us engagent un orfèvre pour qu'il en fasse un dieu.
Puis ils se prosternent et l'adorent!
Ils le prennent sur leurs épaules, ils le transportent. Ils le mettent à sa place pour qu'il y reste : Puis on l'invoque, et il ne répond pas ; Il ne peut sauver de la détresse!
Songez-y et ravisez-vous.
Rebelles, ayez cela à cœurl Rappelez-vous le passé, le temps de jadis ; Que c'est moi qui suis Dieu et nul autre. Que je suis Dieu et n'ai point d'égal. Dès le commencement j'annonce la fin, Dès l'abord, ce qui n'est point encore : Je parle — ma volonté s'accomplit ;
Tout ce que je veux, je le fais 1
De l'Orient j'appelle l'aigle ♦, D'un pays lointain, l'homme de mon dessein :
Je l'ai dit et je l'exécuterai, r Je l'ai préparé et je le ferai!
* Eq. présence d'une pareille catastrophe, Israël ne reviendrait-il pas à son Dieaf L'invitation, pour fitre plus pressante, représente ce Dieu comme un père qui a choyé et porté son enfant depuis sa naissance. La comparaison est d'autant plus poéticpe qu elle forme un contraste avec le tableau des faux dieux qui ont besoin eux-mêmes
\ d'être portés par les hommes. La naissance et la vieillesse, les deux époques extrêmes
k de la vie, résument pour ainsi dire toute l'histoire d'Israël.
\ 3 Cette nouvelle description de la fabrication des idoles (comp. XL, 19 saiT.;
\ XLIV, 9 suiv.] est une réponse ironique à la question qui précède. Serait-il possible
^ que de pareils dieux fussent jugés les égaux du Tout- Puissant, qui non seulement ftit
* ce qu'il veut, mais qui seul aussi peut le prédire?
-4 Chap. XLI, 2 } XLIV, 28 ; XLV, 1 .
ANONYME (ES. XLVl , 12, 13. XLVII , 1-5). 255
Ëcoatez-moî, gens au cœur dur, Vous qui êtes loin du salut ^ 1 Je fais approcher mon salut, il n'est pas loin, Et ma délivrance ne tardera point :
Je donnerai à Sion ma délivrance, Et ma gloire à Israël !
Descends de ton trône pour t'asseoir dans la poussière.
Vierge, fille de BabeP I Âssieds-toi à terre, fille des Chaldéens^
Désormais on ne t'appellera plus
La délicate, la voluptueuse. Prends les meules^ et va moudre la farine ;
Ote ton voile, retrousse ta robe, Découvre tes jambes, pour passer les rivières !
Que ta nudité soit découverte,
Qu'on voie ta honte !
Je tirerai vengeance, je n'épargnerai personne!
[DU]^ notre rédempteur,
laheweh Cebaôt est son nom.
Le Saint d'Israël.
Âssieds-toi en silence, cache-toi dans l'obscurité,
Fille des Chaldéens,
Désormais on ne t'appellera plus
La reine des empires!
^ Oo pourrait à la rigueur mettre la justice à la place du salut, mais la ligne suivante exige qu'on s'en tienne à cette dernière signification, que nous avons d'ailleurs rencontrée plusieurs fois déjà. Seulement il est clair qu'il s'agit ici d'une qualité morale, d'une absence de mérite, tandis que plus loin il est question d'un effet matériel de la grâce.
1 La catastrophe qui menace Babylone est annoncée de nouveau, et cette fois- ci sous une forme en partie allégorique. L'empire (ou la capitale] est représenté comme une reine fièrement assise sur son trône, entourée de tout le luxe de la royauté et se complaisant dans une entière sécurité. Mais elle va fitre détrônée, plongée dans la misère d'une condition infime. Elle deviendra esclave, et sera mal vêtue, employée aux services les plus durs du ménage, à moudre le grain pour le pain quotidien, exposée à traverser les ruisseaux, de manière à paraître nue devant les regards des passants. Tout ceci est à prendre dans un sens purement allégorique, pour représenter l'esclavage, la déportation, l'opprobre.
2 Ce mot est nécessaire à l'intelligence du contexte, et môme à la construction de la phrase.
J'étais irrité contre mon peuple,
J*ai profané mon héritage,
Je te les ai livrés I Mais toi^ ta n'as pas eu pitié d'eux : Sur un vieillard tu as fait peser ton joug outre mesure. Tu disais : Je serai toujours la reine ! Au point que tu n'y réfléchissais pas.
Que tu ne songeais pas à la fin'.
Or, écoute ceci, voluptueuse.
Toi qui es assise en sécurité, Qui dis en ton cœur : Je suis sans pareille !
Je ne deviendrai pas veuve.
Je ne connaîtrai point la perte des enfants M Mais ces deux choses te viendront soudain le même jour, La perte des enfants et le veuvage; Elles viendront, sans que rien y manque.
Malgré la puissance de tes sortilèges!
Tu te fiais à ta malice; Tu disais : Personne ne me voit!
Ta propre prudence et ta ruse t'ont trompée, Quand tu disais : Je suis sans pareille! Mais le malheur viendra sur toi.
Et tu ne sauras le conjurer;
La ruine te surprendra.
Et tu ne pourras la prévenir par un sacrifice; La désolation tombera soudain sur toi.
Sans que tu t'y attendes!
Tiens t'en donc à tes enchantements, À tous tes nombreux sortilèges.
Auxquels tu t'es exercée depuis ta jeunesse :
3 Pourquoi ce cruel châtiment de Babylone? Jéhova, justement irrité contre soc peuple, s'était servi des Chaldéens pour le punir. Mais ceuxHri ont dépassé la mesare. Dans leur orgueil, ils ne se sont pas avisés qu'ils n'étaient les maîtres que par et sous le bon plaisir du dieu d'Israël. 'Ils ont agi comme s'ils devaient Tôtre toujours, et oot jeté sur les épaules d'un vieillard un fardeau trop lourd même pour un jeune homme (terme figuré de mesure comparative).
4 L'auteur revient à sa première allégorie. Le sort de Babylone sera celui d'ao€ femme délaissée, sans famille et sans appui. Mais cette femme est ici représentée, doq plus comme une reine, mais comme une sorcière. Elle pratiquait les arts magiques et y voyait sa force. Mais au jour de la catastrophe, ce seront là des secours bien trompeurs. Allusion aux sciences cultivées à Babylone.
ANONYME (ES. XLVII , 12-15. XLVIII, l). 257
Peut-être te seroDt-ils utiles.
Peut-être inspireras-tu de la terreur I Si tn es lasse de toutes tes consultations^. Qu'ils se lèvent donc, qu'ils te sauvent. Ceux qui compassent le ciel et observent les étoiles,
Qui à chaque nouvelle lune
T'apprennent ce qui doit arriver!
Âh 1 ils seront comme la paille que le feu dévore ; Ils ne se sauveront pas eux-mêmes de la flamme : Ce ne sera point une braise pour se chauffer,
Un feu pour s'asseoir devant!
Voilà a quoi te servira Ce à quoi tu t'es exercée depuis ta jeunesse ; Tes trafiquants fuiront chacun de son côté * :
De sauveur, tu n'en as point!
Écoutez ceci, maison de Jacob * I Vous qui vous nommez du nom d'Israël, Et qui êtes sortis de la source de Juda ; Qui jurez par le nom de TÉternel,
Et qui glorifiez le Dieu d'Israël, Mais sans fidélité et sans sincérité —
^ Babjlone, comme persomie, est distinguée ici du corps de ses devins et astrologues. L'auteur suppose qu'elle finira par se lasser de ses propres sortilèges, si inutiles après tout, et, reprenant la même idée au sens propre et concret, il ajoute qu'a/or« elle appellera à son secours les sages dans lesquels seuls elle a mis sa confiance jusqu'ici.
0 Dans ces deux lignes, le texte parait avoir été altéré. Dans nos imprimés, les mots : depuis ta jeunesse, sont précédés de ceux-ci : tes trafiquants. D'après cela, on admet généralement que Tauteur veut distinguer deux catégories de personnes, les astrologues qui seront brûlés {* voilà ce que deviendront ceux avec qui,* etc.), et les trafiquants qui fuiront. D'autres ont proposé de rayer simplement le mot: tes trafiquants, comme une fausse interprétation marginale du reste. Nous nous bornons à transposer les deux mots et nous considérons la première ligne comme une simple reproduction de la 3* du v. 12.
1 Cette apostropbe amène encore un morceau détaché et qui peut être considéré comme un résumé de tout ce qui précède : les prédictions faites et accomplies, l'impuissance des faux dieux, la délivrance par Cyrus, présentée comme un pur effet de la grâce, la perspective des temps plus heureux. La forme mÔme de l'allocution fait ressortir ce dont Jéhova se plaint le plus : ce n'est pas une défection positive et hostile, mais une rébellion pratique jointe à la prétention de porter un nom sacré.
A. T. 2* part. — IL 17
Car ils se nomment d* après la ville da sanctaaire, Et se réclament du Dieu d'Israël, Dont le nom est laheweh Cebaôt*! —
Les événements précédents^, je les annonçai jadis, Ma bouche les proclama, je les publiai. Soudain j'ai agi et ils sont arrivés.
Parce que je savais que tu es revéche, Que ton cou est une barre de fer,
Et ton front d'airain.
Je te l'ai annoncé autrefois^ Avant que cela n'arrivât, je te l'ai fait savoir. Pour que tu ne dises pas : C'est mon idole qui l'a fait, C'est mon Dieu sculpté ou fondu qui l'a ordonné! Tu l'as entendu — vois-le, tout cela*! Et vous autres, ne le confesserez-vous pas?
Désormais je t'apprends des choses nouvelles. Des choses cachées que tu ne connais point ^. C'est maintenant qu'elles vont naître.
Elles n'ont point été.
Avant ce jour tu n'en as rien appris.
Pour que tu ne dises pas : Eh, je savais bien !
Non, tu ne savais rienl
Non, tu ne les connaissais pas 1 Jamais ton oreille ne s'y est ouverte !
Car je savais que tu es infidèle.
Qu'on te nomme Rebelle depuis ta naissance!
2 Le second verset forme une espèce de parenthèse, ane exclamation d'étonnemenl, qui ne reçoit sa véritable signification que par la dernière ligne du verset précédent.
3 Et non pas : les prédictions précédentes. Il s'agit de la ruine de Jérusalem, prédite autrefois et accomplie. De même, la restauration prédite aujourd'hui, s'accomplira à son tour.
^ Israël a entendu les prédictions, il peut en voir l'accomplissement parfait: osera-t-il nier la chose ?
^ Ce n'est pas seulement le retour de la captivité (car celui-ci avait été préàii maintes fois par les anciens prophètes déjà), mais surtout le rôle qu'Israël devait jouer dans l'histoire théocratique de l'avenir (XLII ; XLIX). De ceci il n'avait jamais encore été question, et pour cause. Le peuple n'était pas digne d'une telle commanication, infidèle et rebelle qu'il était toujours.
ANONYME (ES. XLVIII, 9-1 ô). 259
C'est à cause de mon nom que je me patiente^ C'est pour ma gloire que je me contiens,
De manière à ne pas t' anéantir*.
Vois, je t'ai fait fondre sans obtenir d'argent, Je t'ai éprouvé dans le creuset du malheur. C'est pour moi, pour moi seul que je le fais, Et mon honneur — combien est-il profané ' 1 —
Je ne le céderai à nul autre.
Écoute-moi, Jacob,
Et toi Israël, que j'ai appelé :
C'est moi qui suis.
Moi le premier, moi aussi le dernier*.
C'est ma main qui a fondé la terre.
Ma droite a tendu les cieux :
Je les appelle, et les voilà devant moi ! Âssemblez-Yous tous et écoutez :
Qui d'entre les autres a prédit cela?
«Celui que l'Éternel aime Accomplira sa volonté sur Babel, Et sera son bras contre les Chaldéens^ !> Moi, moi je l'ai promis, et je l'ai appelé. Je l'amène et sa marche réussira.
Approchez et écoutez ceci '^ :
Dès l'abord je n'ai point parlé en secret.
^ Cette strophe forme une espèce de parenthèse. Israël n'est guère plus digne aujourd'hui. Ses malheurs n'ont pas produit une guérison radicale. Le minerai jeté dans ce cretuetAk n'a pas donné de métal pur. A vrai dire, Dieu pourrait donc continuer à punir, anéantir môme ce malheureux peuple. S'il ne le fait pas, c'est qu'il veut revendiquer son honneur à la face du monde, qui attribuerait à son impuissance la ruine définitive de ses élus.
*? Il y a ici dans le texte une petite lacune qu'on fait ordinairement disparaître en intercalant ces mots : tnon nom. Nous arrivons au môme but en transposant (dans la traduction) le mot honneur avant la parenthèse.
S Exhortation pressante adressée au peuple, pour qu'il reconnaisse enQn Jéhova comme seul vrai Dieu étemel^ créateur et révélateur.
^ Ces trois lignes résument la prédiction, que Jéhova seul a faite, et non les faux dieux.
^0 C'est le prophète qui prend ici la parole. Il rappelle que dès les premiers moments où les événements actuels se préparaient, c'est-à-dire dès la première apparition de Cyrus à l'horizon politique, il a pris la parole pour annoncer un heureux dénouement, et qu'il a continué ce ministère jusqu'à ce jour. On peut objecter que
Depuis que cela se fait je suis là, Et maintenant le Seigneur, TËternel, M'envoie encore avec son esprit.
Ainsi dit TÉternel, ton rédempteur^
Le Saint d'Israël :
Moi, rËternel, je suis ton Dieu, Qui Venseigne ce qui t'est salutaire.
Qui te dirige dans la voie à suivre.
Ab, si tu écoutais mes commandements, Ton bonheur serait comme un fleuve.
Ta prospérité comme les flots de la mer; Ta race serait comme le sable.
Les fruits de tes entrailles nombreux comme ses grains Son nom ne serait point aboli ni effacé devant moi'* !
Sortez de Babel I Fuyez les Cbaldéens'M Annoncez cela à grands cris, publiez-le, Portez-le jusqu'à l'extrémité de la terre ! Dites : L'Étemel rachète son serviteur Jacob!
Ils ne souffrent pas de la soif Dans les déserts par où il les conduit; Il fait couler pour eux de l'eau du rocher, Il fend le roc et l'eau jaillit
Point de salut, dit l'Eternel, pour les impies!
l'auteur n'a jamais encore parlé à la première personne du singulier (voyez cependant chap. XL^ 6J, el que les deux lignes suivantes seraient bien placées dans la boacbe de Dieu. Mais on pourrait aussi rattacher les trois premières lignes à la strophe précédente, et commencer le discours du prophète avec la 4*.
^1 Le prophète ne se borne pas à promettre ; sa mission est aussi d'avertir et de réprimander ceux qui en ont besoin. Il met donc dans la bouche de Dieu un mot qui contient à la fois un reproche et un vœu. Il ne tient donc plus qu'au peuple loi-même d'obtenir par l'obéissance ce que son Dieu lui réserve. Car en tout cas, les indignes n'y auront point part (v. 22). Son nom, celui de la race d'israèl.
12 Péroraison. Le prophète se place en esprit au point de vue de ce momeot à venir où la délivrance s'accomplit effectivement. Israël alors se hftte de quitter cette terre de servitude et d'idolâtrie. L'heureuse nouvelle se répand dans le monde entier. Le retour dans la patrie sera accompagné des mêmes miracles qui signalèrent autrefois le trajet du désert de l'Arabie.
ANONYME (ES. XLIX, t-5). 261
Iles, écoutez-moi, Peuples lointains, prêtez Toreille!
L'Éternel m'a appelé dès ma naissance, Dès le sein de ma mère, il a nommé mon nom. II a fait ma bouche pareille à une épée tranchante, Me mettant à couvert à l'ombre de sa main; Il a fait de moi une flèche polie,
Me serrant dans son carquois.
Et il m'a dit : Mon serviteur, c'est toi, Israël,
Par lequel je serai glorifié *.
Mais moi je disais : C'est en vain que j'ai travaillé ; Inutilement, sans fruit, j'ai consumé ma force. Toutefois mon salaire est auprès de l'Éternel, Et ma récompense auprès de mon Dieu'.
Or, l'Éternel m'a dit.
Lui qui me forma dès ma naissance ^our être son serviteur, Pour ramener Jacob vers lui.
Et rassembler Israël — Je suis honoré aux yeux de l'Éternel Et mon Dieu est ma force' —
1 Ce nouvel exorde est parallèle à celui du chap. XLII, avec cette légère différence que ce qui était alors offert en perspective plus ou moins lointaine, est présenta ici comme actuel. De plus, le serviteur de Dieu, rempli de la certitude de sa mission, parle ici à la première personne, ce qui donne à Texorde une vivacité toute poétique. Ce serviteur est explicitement nommé par son nom : c'est Israël, dans le sens que nous avons déterminé dans la première note sur le chap. XLII. Quand Israël parle de sa naissance (comp. XLIV, 2; XLYI, 3)^ c'est des origines de la nation qu'il est question, plus particulièrement de l'époque de Moïse et du Sinaî, où cet appela cette dénomination comme peuple de Dieu, a été inaugurée (comp. XLI, 9 ; XLIII, 1). Les images du v. 2 sont destinées d'un côté à peindre la mission spéciale échue à Israël de l'aire la conquête spirituelle du monde par la parole [épée, ftèehe), de l'autre côté, à constater la protection efficace de Dieu qui en assure l'effet [ombre, carquois). La première de ces images est reproduite Hébr. IV, 12. Apoc. I, 16.
A D'après les apparences, Israël, cet Israël par excellence dont il vient d'être parlé, pouvait dire que tous ses efforts antérieurs avaient été vains, que l'état moral des masses était toujours le même. Malgré cela, il ne perd pas courage. Ce que l'Etemel a promis ne manquera pas de venir. Le salaire^ la récompense, c'est ce qui est dû, réservé, promis (XL, lO). La mission prophétique auprès de la nation juive d'abord, ensuite auprès des peuples étrangers, aura des résultats positifs et brillants.
3 Tout ce verset est une espèce de périphrase de la notion du Dieu révélateur, qui a choisi Israël pour son prophète et qui, à cet effet, lui donne la gloire et la force. Partout il faut ici soigneusement distinguer les deux notions diverses qui s'attachent
Il m'a dit : Ce n'est pas assez que tu sois mon seryitenr, Pour rétablir les tribus de Jacob Et ramener les sauvés d'Israël :
Je veux faire de toi la lumière des nations,
Pour que mon salut arrive jusqu'au bout de la terre * !
Ainsi dit l'Eternel, le rédempteur d'Israël^ son saÎDt^ A celui qui est méprisé des hommes.
Détesté des peuples, esclave des puissants — Les rois le verront et se lèveront,
Les princes se prosterneront, A cause de l'Ëternel, qui est fidèle^ Du Saint d'Israël, qui t'a élu* —
Ainsi dit l'Éternel :
Au temps de grâce je t'exauce.
Au jour de salut je viens à ton secours ; Je te forme et t'établis pour l'alliance du peuple
Pour restaurer le pays. Pour répartir les héritages dévastés ;
Pour dire aux captifs : Sortez!
A ceux qui sont dans les ténèbres : Paraissez*! Ils viendront paître sur les chemins.
Sur toutes les hauteurs ils trouveront leur pâturage.
au nom d'Israël. UistoriquemeDt^ c'est la masse de la nation, dont beaucoup de membres sont coupables et dégénérés ; dans le sens idéal, c'est le noyau régénérateur, personniûé dans notre texte et parlant à la première personne. Les promesses messianiques s'adressent à ce dernier élément. — Au v. 5^ il y a une variante. Dans le texte on lit : Pour qu'Israël ne soit juu enlevé (anéanti] : Les anciens critiques juifs ont corrigé cette leçon par une note placée en marge et que nous avons exprimée dans notre traduction.
4 De ces deux promesses, la première seule est amplifiée dans ce qui suit.
^ On remarquera que nous mettons en parenthèse la seconde moitié du 7* verset, de manière que le 8* reprend simplement la phrase interrompue et ne commence pas un nouveau morceau ou discours. La parenthèse est une affirmation anticipée de l'accomplissement glorieux de la promesse. Aujourd'hui le serviteur de Jéhova est méprisé et esclave, tantôt il sera exalté par son Dieu^ au grand étonnement du monde confondu et convaincu.
G Ce morceau qui, au fond, n'offre rien de bien nouveau, est clair et transparent dès qu'on ne perd pas de vue la distinction à faire des deua sens du nom d'Israël, dont nous avons parlé dans les notes précédentes. D'un côté, il y a le vrai Israël, aujourd'hui méprisé (v. 7], qui doit Être exaucé et avoir son jour de salut (v. 8), pour être (le médiateur de} Vallianee du peuple avec Jéhova réconcilié (XLII. 6) et faire ainsi cesser Texil ; de l'autre côté, il y a les masses qui doivent ôtre apuvéei et dont Iç retour est poétiquement déorit (v. 9 suiv.).
Ils n'auront ni faim ni soif; Le mirage et le soleil ne leur feront pas de inal. Car celui qui a pitié d'eux les guidera, Et les conduira vers des eaux jaillissantes. Je tracerai des chemins par toutes mes montagnes, Et mes routes seront frayées^.
Voyez, ceux-ci viennent de loin, Et ceux-là du nord et de Toccident, Et ceux-là de la terre des Siniens^! Réjouissez-vous, cieux! Terre, sois dans Tallégresse! Montagnes^ éclatez de joie !
Car rÉternel veut consoler son peuple.
Et prendre en pitié ses fidèles opprimés !
Sion a dit : L'Éternel m'a abandonnée,
Le Seigneur m'a oubliée^!
Une femme oublie-t-elle son nourrisson.
Sans avoir pitié du fruit de ses entrailles ?
Elle-même serait oublieuse.
Que moi je ne t'oublierais point !
Vois-tu, je t'ai gravée dans mes mains; Tes murs^ je les ai toujours devant les yeux*®.
^ Il est ici question d'abord d'une nouvelle répartition du territoire de Canaan, comme autrefois sous Josué ; ensuite le peuple est comparé à un troupeau conduit par Dieu même, et trouvant partout sur son chemin de bons pâturages et des eaux vives, des chemins aisés et ombragés, où les fatigues et les périls du désert auront disparu (Es. XXXV, 7; XL, 3, 4, etc.).
S Les exilés de Babylone ne seront pas les seuls à rentrer. Des quatre points cardinaux (XLIII, 5, 6) reviendront des membres dispersés de la nation. Les Siniens doivent avoir été un peuple lointain du sud ou de l'orient. On a songé aux Chinois, dont le nom aurait pu fitre prononcé à Babylone par des négociants voyageurs, sans qu'on ait besoin de supposer qu'à cette époque les Juifs soient déjà venus jusqu'en Chine. Il n'y a cependant aucune trace sûre d'un rapport quelconque entre les Babyloniens et les Chinois.
^ La situation réelle, actuelle, forme un cruel contraste avec les promesses brillantes qui viennent d'être formulées. C'est donc une transition naturelle que d'introduire Jérusalem se plaignant de son triste état, pour amener, par antithèse, une répétition plus énergique encore de la consolation. Cette dernière est exprimée d'une manière touchante, en ce que Jéhova affirme qu'il oubliera Sion tout aussi peu, et moins encore, s'il se peut, qu'une mère n'oubliera son enfant.
^0 La locution figurée : graver dans les mains, est parfaitement expliquée par le paraUélisme. La mention des murs, des ruines, etc., fait voir que l'horizon du prophète se circonscrit ici dans les limites d'une restauration matérieUe et qu'il n'est pas question de ce que les théologiens chrétiens y ont voulu voir.
Tes enfants accourent à la hâte, Tes destructeurs, tes dévastateurs te quittent. Lève tes yeux et regarde autour de toi : Ils se rassemblent tous, ils viennent vers toi.
Par ma vie, dit l'Éternel, Tu t'en revêtiras comme d'une parure, Tu t'en ceindras comme la jeune mariée '^
Oui^ tes ruines et tes solitudes.
Et ta campagne ravagée^ Tantôt elle sera trop étroite pour tes habitants. Quand tes désolateurs seront loin de toi.
Tu les entendras dire devant toi,
Les enfants de ton veuvage " :
La place est trop étroite;
Rangez-vous, que je m'établisse!
Et tu diras en toi-même :
Qui m'a enfanté ceux-ci"?
J'avais perdu les miens«
J'étais stérile, captive, répudiée —
Mais ceux-ci, qui les a élevés?
Voyez, j'étais restée seule,
Ceux-ci, où étaient-ils?
Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Je vais lever ma main vers les peuples. Et ériger mon signal vers les nations.
Pour qu'ils apportent tes fils sur leurs bras. Et qu'ils chargent tes filles sur leurs épaules **.
^ ^ L'allégorie est bien transparente. Jérusalem est comme une mère qui a perdu ses enfants, et qui croit que son époux l'a oubliée. Mais voici que les enfants reviennent en nombre ; la place, aujourd'hui une affreuse solitude, devient trop étroite pour les recevoir tous. Avec eux revient la joie et le bonheur, symbolisés par les habits de fôte et la parure, dont la mère semble revôtue quand elle est entourée de ses enfants.
12 Nous mettons veuvage ^ la langue française ne possédant pas de mot simple pour exprimer la position d'une mère qui a perdu ses enfants. Le choix du terme se justifiera de plus par la note suivante.
18 Qui m'a eii/a»M ceux-ci? et non : Qui me les a engendrfsf Les Juifs revenant de Babjlone, et presque tous nés à l'étranger, n'étaient pas, à vrai dire, les enfants de Jérusalem. Elle n'est que leur mère adoptive, ou spirituelle et théocratique. Ce serait complètement sortir de l'allégorie, et chose assez singulière, de lui faire dire, en sa qualité de femme : qui est le père de ces enfants ? Il est vrai que le verbe est au masculin, mais on remarquera qu'à cet enfantement est opposée la stérilité.
14 Nouvelle application de l'image. Les exilés rentrants sont représentés comme des enfants nouveaux-nés, qui ne marchent pas encore, qui ont besoin des gens de service.
Des rois les garderont pour toi, Et leurs princesses seront tes nourrices. Ils se prosterneront devant toi, la face contre terre, Et lécheront la poussière de tes pieds : Et tu reconnaîtras que moi je suis rÉteruel, Et que mes fidèles ne seront point déçus!
<Enlèvera-t-on au puissant sa proie 1
Le butin du vainqueur sera-t-il repris *M»
Voici ce que dit TÉternel :
Oui le butin sera enlevé au puissant, Et la proie du vainqueur sera reprise I C'est moi qui plaiderai contre tes adversaires ; Et tes enfants, c'est moi qui les sauverai. Et je ferai manger à tes oppresseurs leur propre chair**; De leur sang ils s'enivreront comme de vin doux.
Et tous les mortels reconnaîtront Que moi, rÉternel, je suis ton sauveur. Que celui qui te rachète est le héros de Jacob!
Ce dernier élément du tableau amène immédiatement une perspective d'un autre genre. Les rois mdmes s'inclineront devant la majesté du peuple de Dieu et de sa sainte cité.
is Parallèlement à l'exorde du morceau précédent (v. 14)^ les premiers mots de celui-ci sont mis dans la bouche de la nation éplorée et désespérée. La puissance de Babylone est encore telUj que toutes les promesses données semblent vaines. Il y a cependant dans ce distique une petite difficulté. Le texte hébreu pardt dire : le butin du Juête, et on entend par là le butin pris sur les justes^ c'est'ànlire sur Israël. Mais le prophète ne peut pas appeler les Israélites vaincus par Neboukadreççar, les Justes. Et le butin doit être identique avec la proie. C'est donc la nation elle-même et non son mobilier. Donc le • Juste • est identique avec le puissant, c'est-à-dire avec l'empire babylonien. Or, comme la réponse de Jéhova reproduit mot pour mot la question, avec une seule variante (la proie du violent), il est naturel de supposer une altération du texte et de substituer ce dernier terme à l'expression suspecte de la question. Le terme de vainqueur rend positivement l'idée de l'auteur. Nous serions même enclin à attribuer cette signification au mot du texte (XLI, 2, 10; XLII, 6; XLV, 12), de manière à n'avoir pas besoin de changer celui-ci. Dans ce cas, le terme serait changé exprès : Israël aurait dit : Peut-on enlever au vainqueur son butin? Jéhova répondrait: Oui, il sera enlevé à ce tyran !
16 Manger sa chair, boire son sang, est à prendre daos le sens de la réciprocité et symbolise l'idée d'une ruine par la guerre civile.
266 ANONYME (ES. L, i-S).
Ainsi dit rÉternel :
Où est Tacte de divorce de votre mère,
Par lequel je l'aurais répudiée?
Ou quel est celui de mes créanciers Auquel je vous aurais vendus *' ?
Voyez, c'est pour vos péchés que vous avez été vendus. C'est pour vos méfaits que votre mère a été répudiée. Pourquoi, quand je venais, n'y avait-il personne ? Quand j'appelais, personne ne répondait?
Ma main est-elle donc trop impuissante pour vous délivrer? N'ai-je pas la force de vous sauver?
Voyez 1 Par ma menace je dessèche la mer. Je change les fleuves en landes ^^, Leurs poissons pourrissent faute d'eau
Et périssent de soif.
Je revêts les cieux de ténèhres, Et je leur donne le cilice pour couverture*'*!
^"7 Les trois premiers versets du 50* chapitre se rattachent encore au morc^an précédent. Ils répondent également aux doutes exprimés aux v. XLIX, 14 et 24, mais d'une manière moins directe. Si plus haut Jérusalem se plaignait à tort d'être une femme oubliée par son mari^ ici elle est censée avoir dit que ce mari a fait divorce avec elle par caprice, en se bornant à lui remettre l'acte exigé par la loi (Deat. XXIV), et sans autre motif. La même idée revient sous une seconde image. Les Israélites, enfants de Jéhova, sont censés avoir dit que leur père les a vendus à l'étranger, comme cela arrivait dans l'occasion, quand un père de famille n'avait plus d'autre moyen de satisfaire ses créanciers. A ces plaintes sous-entendues j Jéhova répond que le malheur qui a frappé Israël (malheur symbolisé par les images du divorce et de la vente à l'étranger) n'est pas arrivé, parce que lui aurait agi par caprice ou pour payer ses propres dettes, mais par la faute du peuple même. La délivrance sera donc l'effet du pardon, et si elle s'est fait attendre , ce n'est pas par suite de l'impuissance de Dieu.
IS Chap. XLIII, 16; XLIV, 27. — S'il l'a fait autrefois à l'égard de la mer, lors de la sortie d'Egypte, pour frayer une route à Israël, H le fera encore à l'égard de l'Euphrate, soit pour reconduire les siens, soit pour ouvrir la ville à Cyrus.
1 9 Image des calamités qui vont fondre sur Babylone.
Le Seigneur, rËternel^ m'a donné la langue des disciples,
Pour que je susse ranimer les abattus par ma parole, Il me réveille, matin après matin,
Il excite mon oreille à Técouter comme ses disciples ^ Le Seigneur, TÉternel, m'a ouvert l'oreille. Et je n'ai point été rebelle, je n'ai point reculé. J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient^ Mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe ;
Je n'ai point caché ma face devant l'outrage et le crachat'.
Mais le Seigneur, l'Éternel, m'aidera;
C'est pourquoi je ne succombe pas à l'opprobre. C'est pourquoi j'ai rendu ma face semblable au roc.
Sachant que je ne serai point confondu.
Il n'est pas loin, celui qui me rendra justice 1 Qui me cherche querelle? Comparaissons ensemble!
Qui est ma partie adverse ? Qu'il se présente ^ !
Voyez, le Seigneur, l'Éternel, m'aidera.
Qui osera me déclarer coupable!
Ha! ils passeront tous comme un vieux vêtement Rongé par les teignes ^ !
^ D'après la première impression qu'on reçoit à la lecture de ce morceau, on dirait que c'est le prophète qui parle en son nom particulier, en rappelant la mission qu'il a reçue^ Tiacrédulité qu'il a rencontrée, les outrages qu'il a subis, la patience qu'il y a opposée, et persistant dans les promesses faites aux uns et dans les menaces adressées aux autres. Mais, toute réflexion faite, nous pensons plutôt que la personne qui parle ici est la même que celle que nous avons entendue au chap. XLIX. C'est U Serviteur de Jéhova, dans le sens idéal et collectif, qui se compare ici auw disciples, c'est-à-dire aux prophètes, suscités autrefois isolément et individuellement. C'est le peupleprophète qui parle. Il a compris et interprété les volontés de Dieu, depuis la catastrophe jusqu'à ce jour, mais sans être écouté ; il a souffert, pour sa part, outre les malheurs communs à tous, les injures des méchants, des incrédules. Mais il est resté inébranlable dans sa foi et dans ses espérances.
^ Ce tableau peut 6tre emprunté à la réalité (voyez Néh. XIII. 25, et l'histoire de la passion de N. S.]. L'emportement des Juifs incrédules et aigris par le malheur, a pu se porter à des excès contre leurs compatriotes plus résignés et prêts à renvoyer la responsabilité à qui de droit. Cependant rien n'empôche de voir ici une simple peinture dramatique.
•S Le rapport entre les deux classes d'Israélites, dont nous venons de parler, est représenté comme celui de doux plaideurs devant le juge. La partie saine de la nation (les V. 10, 11 font voir clairement qu'il ne s'agit pas d'individus, mais de classes] est sûre de gagner le procès.
^ Le sort définitif des adversaires est peint sous des images étrangères à l'allégorie précédente. Leur ruine est comparée à celle d'un habit qui périt par vétusté, ou par
Quiconque d'entre vous craint TEternel Et écoute la voix de son serviteur, S'il marche dans les ténèbres, privé de lumière. Qu'il se confie à TÉternel et s'appuie sur son Dieu ^ ! Mais vous tous, qui allumez le feu.
Et qui vous armez de flèches embrasées. Allez vous-mêmes dans la flamme de votre feu, Et contre les flèches que vous allumez! C'est de ma part que cela vous arrive. Que vous serez couchés sur le lit de douleur !
Écoutez-moi, vous qui poursuivez la justice,
Qui recherchez TÉternel!
Regardez le rocher, où vous avez été taillés, La carrière creusée, d'où vous avez été extraits !
Regardez Abraham, votre père.
Et Sarah qui vous a enfantés!
Il était seul^ quand je l'appelai,
Et je Tai béni et multiplié*.
Aussi rÉternel va-t-il consoler Sion ;
Il a pitié de ses mines.
11 va changer son désert en paradis, Et sa solitude en jardin de Dieu.
On y trouvera la joie et l'allégresse.
Les cantiques de louange et le son de la musique.
les insectes ; plas loin , à un embrasement, à la mort causée par des projectiles enflammés : sort d'autant plus cruel, qu'ils se le seront préparé à eux-mêmes, en croyant agir contre ceux qu'ils méconnaissaient injustement.
^ Le serviteur de Dieu fait un appel à ceux d'entre les Israélites qui jusqu'ici ne se sont point encore ouverts à l'espérance (qui n'ont pas encore entrevu la lumière, dans les ténèbres qui les enveloppent), et les exborte à se rattacher à lui, à ce noyaa privilégié et prédestiné, qui dès à présent jouit du bonheur en perspective .
1 Paroles d'encouragement adressées aux fidèles au sujet des espérances de restauration. Elles se fondent sur l'histoire des origines de la nation. Abraham n'était qu'un individu isolé, sans héritiers encore, quand Dieu l'appela, et il devint un grand peuple. Ainsi, sur les ruines de Jérusalem s'élèvera une nouvelle et populeuse cité. La comparaison des premiers parents avec une carrière d'où l'on tire les pierres pour une construction, est sans analogie dans les textes hébreux, mais elle se rattache à d'autres locutions plus usitées.
Écoutez-moi, mon peuple!
Ma nation, prête-moi Toreille!
Un enseignement émanera de moi, Et je poserai ma loi comme lumière des peuples ^. Ma victoire' est proche, mon salut arrive, Et mes bras vont juger les peuples :
C'est moi que les îles attendent*, C^est en mon bras qu'elles espèrent.
Levez vos yeux vers le ciel.
Et regardez la terre à vos pieds :
Le ciel se dissipera comme la fumée, La terre passera comme un vieux vêtement. Et ses habitants périront comme la vermine :
Mais mon salut reste à jamais^ Et ma victoire ne sera pas abattue^.
Écoutez-moi, vous qui connaissez la justice! Peuple^ qui gardes mon instruction dans ton cœur! Ne craignez pas les insultes des hommes. Ne vous laissez pas abattre par leurs outrages! Car la teigne les rongera comme un vêtement, Le ver les mangera comme la laine, Mais ma victoire restera à jamais, Et mon salut d'âge en âge!
Lève-toi, lève-toi, Revêts-toi de force, bras de l'Éternel ! Lève-toi^ comme aux jours d'autrefois.
^ Mention Incidente de la promesse, déjà plusieurs fois reproduite, de la conversion des païens.
3 Nous maintenons cette expression, comme nous l'avons fait plus d'une fois déjà ; car il ne s'agit pas autant d'une qualité que d'un acte, et d'un acte par lequel les malheurs d'Israël seront vengés, et la tyrannie des Chaldéens punie. Au point de vue du prophète, ce n'était que justice, mais l'emploi de ce terme n'aurait pas exactement rendu la pensée de l'auteur.
4 II y a deux classes de peuples, outre les Israélites ; les oppresseurs et conquérants, dont ceux-ci ont eu à souffrir : ils vont périr (v. 8] ; et les nations lointaines (les îles, XLI, 1 ; XLII, 4} et inoffensives, qui ne demandent pas mieux que de vivre en paix avec le peuple de Jéhova et sous l'égide de celui-ci.
^ Ce terme est choisi, parce qu'il doit se reproduire, au verset suivant, dans une phrase différente, mais telle que nous ne voulions pas effacer l'allusion.
Comme aux âges de TantiquitéM N'est-ce pas toi qui as abattu TEgyptc, Qui as frappé à mort le monstre des eaux " ? N'est-ce pas toi qui as mis la mer à sec.
Les flots du vaste océan?
Qui as fait des gouffres de la mer Un chemin pour y faire passer les affranchis ?
[Les rachetés de V Éternel retourneront; Ils arriveront à Sion dans l'allégresse ; Une joie étemelle couronnera leur téte^ Les transports et la joie y entreront^ La tristesse et les soupirs fuiront*.]
C'est moi, c'est moi qui vous console * ?
Qui es-tu, pour avoir peur de l'homme périssable.
Du mortel qui passe comme l'herbe?
Pour oublier l'Éternel, ton créateur.
Qui déploie les cieux et fonde la terre?
Pour trembler incessamment et chaque jour
Devant la rage de l'oppresseur.
Quand il te vise pour te perdre?
Où est-elle, cette rage de l'oppresseur*^? Bientôt le prisonnier sera relâché :
Il ne périra point dans son cachot**.
Et son pain ne lai manquera pas.
^ L'impatience du prophète de voir réaliser ses espérances, lui dicte cette sollicitation pressante. Ce qui tout k l*heure, dans la bouche de Dieu, était le gage de la délivrance (la sortie miraculeuse d'Egypte], devient ici» dans celle du prophète, le motif de l'espoir, on pourrait dire, d'une espèce de provocation.
'^ L'Egypte est désignée ici d'abord par un nom symbolique intraduisible, que nous avons expliqué dans la note sur Es. XXX, 7, ensuite par le symbole du crocodile. Comp. Éz. XXIX, 3.
s Le V. 11 est littéralement copié de Es. XXXV, 10, et comme il interrompt l'enchaînement naturel du discours, nous n'hésitons pas à y voir une glose étrangère à ce texte.
0 Voici la réponse de Jéhova aux sollicitations impatientes formulées tont à l'heure. Pourquoi avoir peur ? Je suis toujours là !
10 Que peut-eUe? Combien durera-t-eUe?
1 1 Litt.: Celui qui est courbé (assujetti), sous^entendez, parce qu'U a les pieds dans les ceps, il ne mourra point dans la fosse, dans le trou.
Moi je suis rÉternel ton Dieu,
Qui soulève la mer et fais mugir ses ondes ;
laheweh Cebaôt est mon nom *^ !
Je mets mes paroles dans ta bouche. De Tombre de ma main je te couvre, Pour planter des cieux et fonder une terre. Et pour dire à Sion : Mon peuple, c^est toi " 1
Réveille-toL I réveille-toi 1
Lève-toi ! Jérusalem I Toi qui, de la main de TËternel,
As bu la coupe de sa colère, Bu et vidé le calice de Tenivrement ^* ! De tous les fils qu'elle avait enfantés.
Nul ne la guida;
Nul ne la saisit par la main.
De tous les enfants qu'elle avait élevés.
Deux coups te frappèrent — Qui pouvait assez te plaindre? — Le ravage et la ruine, la famine et Tépée —
Qui suis-je, pour te consoler"?
Tes enfants défaillants gisaient aux coins des rues, Comme des chevreuils pris dans le filet.
Ivres de la colère de TÉternel,
Du courroux de ton Dieu.
^^ La certitude de la délivrance est fondée sar la toute-puissance de Dieu.
13 Le serviteur deJéhova (celui-là même qui vient d'être représenté comme prisonnier), doit lui-même créer le monde de l'avenir (LXV, 17; LXVI, 22], parce que les prophètes sont censés faire i-^ qu'ils annoncent par ordre de Dieu (Jér. I^ 10}. 11 reçoit ici de nouveau la mission déjà plusieurs fois formulée^ et avec l'assurance de la protection divine dans son ministère ; mais l'horizon s'élargit et il ne s'agit de rien moins que d'une transformation de l'univers.
14 La promesse de Dieu ayant été solennellement renouvelée, Jérusalem est exhortée à prendre courage^ à sortir de son état de torpeur. Elle est comparée à une personne ivre, incapable de se soutenir et de marcher, et couchée par terre sans connaissance. Mais son ivresse ne provient pas d'un excès de vin (v. 21], elle a hu jusqu'à la lie la coupe de la colère de Dieu (comp. Ézéch. XXIII, 32 suiv. Apoc. XIV, 10; XVI, 19, etc.]. Les enfants qui n'ont pas voulu la guider, lorsqu'elle se trouvait dans cet état, ce sont ses chefs, ses rois, ses prophètes qui, se trouvant eux-mêmes dans cet état d Ivresse, n'ont pas pu la diriger dans le bon chemin. On remarquera que l'image est tour à tour appliquée à la ville personnifiée, et à ses habitants.
1^ Le prophète, tout en insinuant que le châtiment était mérité, se sent pris de pitié pour un sort si affreux.
Or donc, écoute ceci, malheureuse, Toi qui es ivre, mais non de vin !
Ainsi dit ton Seigneur, rÉternel, Ton Dieu qui prend fait et cause pour son peuple : Vois! J'ôte de tes mains la coupe de Tenivrement, Le calice de ma colère :
Tu n'y boiras plus désormais I Je le mettrai dans la main de ceux qui t'afiOigent, De ceux qui t'ont dit :
A terre ! que nous passions dessus I Auxquels tu as dû présenter ton dos en guise de sol, Comme un chemin pour les passants '* !
Lève-toi, lève-toi, revêts ta force*"', Sion! Revêts tes beaux habits, Jérusalem, ville sainte! Car désormais Timpur non circoncis ne te foulera plus.
Secoue la poussière.
Lève-toi, Jérusalem, captive '* !
Ote les chaînes de ton cou.
Fille de Sion, prisonnière!
Car voici ce que dit TÉtemel :
Vous avez été livrés gratuitement — Ce n'est pas avec de l'argent que vous serez rachetés'^!
Car voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Jadis mon peuple descendit en Egypte pour y séjourner; Puis l'Assyrien l'opprima sans droit.
-^ Ceci n'est qaWe imagej puisqu'il s'agit d'une ville et d'un peaple; mais cette image est omprantée à une coutume constatée par rhistoire et mentionnée plus d'une fois dans la phrase bien connue, où les ennemis terrassés sont comparés i un marchepied. (Ps. ex, 1. etc.)
1'^ On traduit ordinairement: ta parure, d'après le parallélisme, mais il n'est pas nécessaire d'abandonner la signification propre du mot. La phrase, telle que nous l'avons rendue, forme Tantithëse naturelle de la description allégorique, LI, 20.
18 Ici nous croyons devoir faire une concession aux exigences du parallélisme. Le texte dit plutôt : assieds-toi. Mais cela cadre mal avec l'expression : mets>toi debout ! On peut regarder le mot hébreu {s'bt) comme un substantif: captivité de JémsaleiD, c'est-à-dire : citoyens de Jérusalem, aujourd'hui exilés. Le même mot reparaît dans li ligne suivante.
l^ Jéhova, maître et propriétaire de Canaan et d'Israël, n'a pas été indemnisé dans le temps par les conquérants babyloniens, donc il reprendra son bien purement ei simplement, sans rien payer de son côté.
Et aujourd'hui, qu'ai-je à faire ici, dit TÉternel,
Quand mon peuple est enlevé grattitement *^ ?
Ses tyrans, dit l'Éternel, poussent des cris sauvages,
Et toujours et sans cesse mon nom est outragé.
Aussi mon peuple conuaitra-t-il mon nom.
Oui, aujourd'hui même il saura
Que c'est moi qui dis : Me voici 1
Qu'ils sont les bien-venus sur les hauteurs. Les pas du messager qui annonce la paix, Du héraut de la joie, du messager du salut. Qui dit à Sion : Ton Dieu règne 'M
Et tes gardiens de crier " :
Tous ensemble ils poussent des cris de jçie,
Car ils voient face à face. Comme TÉternel retourne à Sion.
Éclatez de joie, réjouissez-vous ensemble,
Ruines de Jérusalem!
Car l'Éternel a pitié de son peuple,
Et rachète Jérusalem.
20 Deux fois déjà, dans les siècles passés^ Israël, opprimé par Tétranger, a été délivré par son Dieu. En Ëgyptej les Israélites étaient non pas des vaincus, mais des habitante paisibles, indignement asservis. La domination assyrienne, il est vrai, était un châtiment, mais du moins les conquérants n'avaient pas de droit personnel à faire valoir, Jébova pouvait intervenir dès que cela lui plaisait: aujourd'hui, à l'égard des Chaldéens de Babylone, que fera-t-il? Il vengera son honneur et réclamera son peuple, auquel il veut pardonner. On voit ici très-cluirement que l'auteur est contemporain de l'empire babylonien, qui déjà touche à sa fin, et que, pour lui, la domination assyrienne appartient à un passé déjà lointain.
^^ Le messager de paix et de salut, n'est pas ici un personnage particulier, par exemple un prophète, c'est la personnification des promesses faites dans tout ce livre (conup. XL, 9,* XLI, 27). Ton Dieu règne, cela veut dire: D veut enfin se montrer comme le roi puissant qu'il est ; il reprend visiblement le pouvoir dont il paraissait s'être démis (v. 10).
22 Les gardiens pourraient dtre des sentinelles censées placées sur les ruines de Jérusalem et annonçant ici l'arrivée du Dieu restaurateur. Mais on pourra aussi s'en tenir au point de vue général de l'auteur, qui se trouve à Babylone. Ce seront alors les prophètes qui, les premiers et même d'avance, ont eu connaissance de l'heureux changement qui se prépare et qui le saluent ici au moment de l'accomplissement. Le mieux sera de voir dans ces gardiens, comme dans le messager, des prosopopées destinées à dernier & la prophétie les allures du drame. C'est l'accueil joyeux fait à la promesse de Dieu. Bn tout cas, ce passage nous révèle l'existence, à cette époque, d'une pluralité de prophètes.
A. T. 2« part. — II. 18
274 ANONYME (ES. LU, lO-lS).
L'Éternel découvre son bras saint Anxieux des nations.
Et les extrémités de la terre Voient la victoire de notre Dieu!
Partez ! partez ! sortez d'ici " 1
Ne touchez rien d'impur!
Quittez ces lieux! Purifiez-vons, Vous qui portez les vases de rËtemel!
Mais vous ne partirez pas à la hâte, Vous ne vous en irez pas comme des fuyards : Car c'est l'Étemel qui marche à votre tète, C'est le Dieu d'Israël qui est votre arrière-garde I
Voyez! mon serviteur prospérera*.
Il sera élevé, exalté, haut placé.
^8 Comp. chap. XLVIII, 20. Ce ne sera pas une fuite, comme lors de la sortie d'Egypte, ce sera une marche triomphale, solennelle ; car on emportera les vases sacrés autrefois enleyés du temple, et Jéhova lui-mdme dirigera et protégera la marche.
1 Le morceau suivant est le plus célèbre de tout ce livre, parce que la théologie chrétienne y a vu de tout temps une prédiction directe de la passion du Christ, et comme cette idée ne se rencontre pas ailleurs dans les livres des prophètes, ce passage unique a d'autant plus préoccupé les commentateurs et les apologistes. Déjà dans le Nouveau Testament lui-même, les citations empruntées à notre text<9, et les simples allusions qui y sont faites, sont assez nombreuses. Voyez Marc XV, 28. Luc XXII, 37. Jean XII, 38. Actes VIII, 32. Rom. X, 15 ; XV. 21. i Cor. XV, 8. Mais c'est surtout la phrase, d'après laquelle le Serviteur de Dieu a porté no» maladies et souflert pour nos péchés, qui a donné, aux yeux de la théologie chrétienne, une importance majeure à cette péricope, bien que les apOtres eux-mêmes en aient donné deux interpréutions différentes (Mitth. VIII, 17. 1 Pierre II, 22 suiv.). L'exégèse des Pères a su trouver, en outre, dans notre texte une série de prophéties très-directes que les apdtres ne paraissent point avoir découvertes, par exemple une description de la figure naturelle de Jésus (v. 14), la mention du sang rédempteur dont le monde serait aspergé (v. 15), l'arrivée des Mages (v. 15), la flagellation (v. 5), le silence observé devant Hérode et Pilate (v. 7], la sépulture dans le caveau du riche Joseph (v. 9), etc. On n'a pas besoin de s'arrêter à ces jeux d'esprit, qui ne soutiennent pas l'examen scientifique, pour reconnaître, entre le tableau tracé par le prophète, et li position qu'occupe Jésus dans l'histoire de l'humanité régénérée et sauvée, une analogie frappante, surtout quand on laisse de côté les détails pour s'en tenir i Tidée fondamentale d'un rachat, d'un salut de celui qui avait encouru le châtiment et la ruine, par le sacrifice de l'innocent, et la solidarité généreuse et dévouée du fidèle serviteur de Dieu. Mais à ce point de vue, il y aurait lieu de dire que la réalisatioo
De même que beaucoup ont en horreur de lui, (Tant sa figure était défaite et méconnaissable Et sa forme n^ était plus celle d'un Lomme !)
De même il fera lever en sursaut des peuples nombreux ; Devant lui, les rois fermeront la bouche :
Car ils verront ce qui ne leur avait pas été raconté, . Ils apercevront ce qu'ils n'avaient pas entendu*.
Qui a cru à ce qui nous était annoncé? La puissance de TÉteruel, à qui s'est-elle révélée'? n poussait devant lui comme le rejeton, Comme la racine, sortant d'un sol aride* :
historique de l'idée du prophète, dans la personne du fondateur du christianisme, est bien plus riche encore que la prophétie : relativement aux souffrances endurées, à l'absence complète de tout péché, à la mission de restaurer Israël, et par lui le monde entier, il faudrait convenir que la perspective de notre auteur n'embrasse que des tableaux assez vagues et pftles, en comparaison des faits évangéHques. Cependant la question, pour nous, n'est pas là. Nous avons uniquement à examiner le sens premier et prochain du texte, d'après l'intention de l'auteur ; c'est donc par l'analyse consdenciease de ce texte que nous commencerons, en nous réservant d'y joindre ultérieurement quelques réflexions générales.
^ Nous constatons ici avant tout que l'auteur distingue clairement deua époques dans l'histoire du Serviteur de Dieu, dont il parle : un temps d'humiliation et de souffrance, et un temps de gloire et de prospérité. Ces deux époquos sont marquées dans le texte par l'emploi des temps divers des verbes. L'époque malheureuse, au point de vue du prophète, appartient au passé, l'époque heureuse à l'avenir. C'est donc absolument la même conception que celle que nous avons rencontrée à chaque page de ce livre depuis la première ligne. Comme le morceau commence par la perspective de la prospérité prochaine, il se rattache par cela même de la manière la plus intime à celui qui précède, et qui se terminait par la description du retour triomphal de Babylone en Canaan. (Pour l'antithèse entre le plus profond abaissement du Serviteur, et les honneurs que lui rendront les rois, comp. XLIX, 7, 23.)
3 Dans ce distique, tout aussi bien que dans le précédent, il est question du changement glorieux, inouï, inattendu, qui va se faire dans les destinées du Serviteur de Dteu^ avec cette différence, que les rois et les peuples ne l'apprendront que par l'accomplissement, leurs dieux et leurs prophètes n'en ayant rien su ni dit antérieurement (XLIII, 9; XLIV, 7; XLV, 21), tandis qu'à nous (Israël), Jéhova l'ayait fait annoncer, mais personne n'avait voulu y croire. La puissance (litt.: le bras) de Jéhova est placée ici pour l'effet qu'elle devait produire.
4 Le prophète s'arrête d'abord (y. 2-10) à la description du profond abaissement du Serviteur de Dieu, A cet effet, il le compare à une faible plante, placée dans un sol desséché, lequel ne suffit pas à sa nourriture. Une telle plante est misérable et étiolée, et semble toujours près de périr. {Devant lui, à la face de Jéhova, qui, tout en l'abaissant, ne le perdait pas de vue.)
276 ANONYME (ES. UII, 2-6).
Il n'avait ni forme, ni beauté pour captiver nos regards, Ni figure, pour que nous y prissions plaisir, n était méprisé et abandonné des hommes, Un homme de douleur, familiarisé avec la maladie. Comme quelqu'un devant qui on se couvre la face; Il était méprisé, nous n'en tenions pas compte^.
Cependant c'étaient nos maladies qu'il portait. Nos douleurs, dont il s'était chargé.
Et nous le croyions frappé de Dieu,
Battu et humilié.
Et il était meurtri pour nos péchés.
Écrasé pour nos méfaits; Il supportait le châtiment qui fait notre salut. Et par ses plaies nous étions guéris.
Nous étions tous errants comme des brebis. Nous suivions chacun son propre chemin, Et l'Éternel faisait retomber sur lui notre faute à tous ^.
5 Le mdme fait est maintenaint représenté par une autre aUégorie, à laqoeUe l'auteur s'arrêtera plus longtemps. Le Serviteur de Dieu est comparé à un homme placé dans les conditions les plus déplorables relativement à sa santé physique. Cette image ayait déjà été employée au début de ce morceau (LU, 14); elle est reprise ici et appliquée sous plusieurs formes. D'abord mauvaise mine et absence de beauté, pois douleur et maladie, enfin mêmu le mépris et Thorreur, avec lesquels Tindifférence et l'égoïsme accueillent ceux qui souffrent — tout vient le frapper, l'abattre^ l'expulser pour ainsi dire du rang des hommes. (On comprend que la maladie puisse être nommée pour symboliser des malheurs d'un autre genre ; ce qui serait assez singulier, c'est que ce terme eût été choisi pour désigner la mort du Christ sur la croix.] Il importe encore de faire remarquer qu'il y a ici partout antithèse entre le sujet principal du tableau, et ceux qui sont désignés par le pronom nous. Il ne saurait y avoir de doute relativement à la portée de ce pronom : le prophète parle évidemment au nom de la masse du peuple Israélite, de ses contemporains. Cela résultera clairement de la strophe suivante.
^ En effet, nos péchés, nos méfaits, etc., ne peuvent dtre que ceux dlsrttêl dont il est question partout et toujours chez les prophètes, et notamment aussi dans ce Uvre. Nous étions errants comme des brebis qui n'obéissent plus à la voix du berger, c'est bien l'allégorie la plus simple et la plus fréquente pour peindre les rapports du peuple rebelle avec Jéhova. Par suite, le châtiment, dont le texte parle, est précisément celui qu'Israël avait encouru et subi, et dont le terme est aujourd'hui arrivé. Et ce chAtiment, cette calamité nationale est encore une fois appelée une maladie, une douleur, absolument comme cela avait été le cas quelques lignes plus haut. Mais si la nation avait mérité le chAtiment, le Serviteur de Dieu, qui le subiBsait, loi, d'une manière si visible et si crueUe, n'avait rien fait pour le provoquer ; loin de là, il souffrait à la place des coupables qui auraient dû périr, et qui se trouvent guéris.
Maltraité et humilié, il n'ouvrait point la bouche, Pareil à Tagneau qu'on mène à la boucherie; Comme la brebis muette devant le tondeur.
Il n'ouvrait point la bouche'.
A l'angoisse et au jugement il fut enlevé.
Et parmi ses contemporains, qui songeait
Qu'il était arraché à la terre des vivants.
Que le coup le frappait pour le péché de mon peuple " ?
c'est-à-dire réhabilités et sauvés, précisément parce que lui supportait les coups qui auraient dû les frapper. En disant : nous étions guéris, l'auteur fait voir que la maladie (dans le sens allégorique] avait aussi atteint les vrais coupables, mais qu'elle n'a pas été mortelle, précisément parce que l'innocent la subissait aussi. Partout et toujours, dans ce passage, la maladie n'est pas le péché, mais le chfitiment.
'^ Cette strophe est beaucoup moins claire que les autres. Cependant les premières lignes n'offrent point de difficulté. On peut se demander si la répétition assez oiseuse d'une même phrase n'est pas due à l'inadvertance des copistes. Cependant eUe ne gêne pas. Le Serviteur a non seulement souffert une peine qu'il n'avait pas encourue, mais il l'a soufferte patiemment. L'image de l'agneau étant expliquée par l'auteur lui-même, nous nous garderons d'en aller chercher ailleurs l'interprétation. L'animal est muet devant le tondeur et le boucher ; le silence est un trait caractéristique de la patience et de la résignation. La phrase si familière à la théologie chrétienne : l'agneau qui porte les péchés du monde, a une autre origine, et provient elle-même d'une fausse traduction (Jean I, 29).
a Ces quatre lignes ont été très-diversement traduites et expliquées ; cependant on s'accorde, et avec raison, à y trouver la mention de la mort du Serviteur, dont la triste destinée avait été décrite auparavant, et de la sépulture duquel il est question' immédiatement après. Ce fait établi, la solution de toutes les difficultés philologiques de détail est d'une importance relativement inférieure. Voici le sens qu'exprime notre traduction : Il finit par mourir, par être enlevé, arraché à cette vie de douleur, sans que ses contemporains se préoccupassent de son sort et reconnussent qu'ils étaient eux-mêmes la cause de ses malheurs. Le jugement ^ combiné avec Vangoisse, est précisément la destinée malheureuse qui échut au Serviteur, par l'effet d'une volonté supérieure; mais il ne faut pas croire que l'auteur, en disant : il fut enlevé à l'angoisse, ait voulu exprimer un fait consolant, comme nous parlons aujourd'hui d'une mort libératrice, dans des cas de maladies douloureuses. Aux yeux des Israélites, la mort n'est jamais un bien, et eUe est signalée ici comme le dernier degré de l'abaissement. Aussi d'antres ont-Us préféré dire : Par l'angoisse et le jugement il a été enlevé. Mais les commentateurs ont été surtout arrêtés par la seconde ligne, à l'égard de laquelle les traductions sont généralement le résultat de la simple conjecture. Nous devons maintenir que le mot hébreu dâr signifie la génération, c'est-à-dire la totalité des hommes qui vivent en même temps ; cependant il serait possible de construire la phrase autrement que nous ne l'avons fait : Qui songe (aujourd'hui) a sa génération (à son siècle)? Car il a été arraché, etc. Ce qui reviendrait à dire : Il est mort et même oublié. La traduction : qui songe à son habitation (qui dira ce qu'il est devenu), se prévaut du sens que le mot a au chap. XXXVIII, 12, mais ne présente pas un sens bien acceptable. — Enfin, il est à remarquer que le 8* verset se termine en hébreu
278 ANONYME (ES. LUI, 9, lO).
On lui assigna son tombeau parmi les impies^
Parmi les riches, quand il fut mort*.
Bien qu'il n'eut point commis de crime.
Et qu'il n'y eût pas de mensonge dans sa bouche.
L'Éternel a voulu que la maladie Taccablât — Àhl tu ne donneras pas sa vie en expiation*^!
par un pronom mis au pluriel, qu'il faudrait traduire à la lettre : le coup le$ firappait. C'est là un indice très-important à noter, qu'au fond h Serviteur n'est pas un individu, mais un personnage collectifi comme nous l'avons vu plus d'une fois déjà (comp. aussi pour ce même pronom, la nçte sur XLIV, 15). Les défenseurs de l'interprétation exclusivement christologique proposent de traduire : il a été arraché, etc., à cause do péché de mon peuple, à cause du coup qui ù$ devait frapper ; ou encore : de mon peuple que le coup devait frapper.
0 Le fait d'un enterrement parmi les impies vient s'ajouter à tout ce qui précède, de manière à clore la série des maux endurés par le Serviteur de Dieu. Seulement il n'est pas du tout nécessaire de songer à une sépulture ignominieuse. Les impies sont ici, comme ailleurs, les païens, et l'auteur veut dire que le Serviteur ne fut point eustmiU êvee tes pères (selon l'expression consacrée), mais mourut à l'étrangeTi au milieu d'un peuple ennemi et idolâtre. La ligne paraUèle a bien embarrassé les interprètes. Comme le texte exprime le mot riche au singulier (collectif), on a cru pouvoir rapprocher cette phrase du fait que Jésus a été enterré dans le caveau d'un homme riche, de Joseph d'Arimathée, sans remarquer que de cette manière on introduisait dans le texte ooe contradiction. C'est pour ces raisons que beaucoup de commentateurs ont remplacé le mot riches par celui de malfaiteurs, soit en proposant de changer le texte, soit en revendiquant cette dernière signification pour le mot, tel que le texte l'oflre. Or, il est certain que les riches sont souvent caractérisés comme méchants, et les pauvres comme les pieux par excellence ; surtout les dominateurs païens, qui tenaient Israël sous le joug de la servitude, et se montraient hostiles à sa foi religieuse, sont ainsi dépeints dans les moatunents littéraires contemporains. Nous pourrions donc ici, sans changer le texte, entendre par les riches ^ les superbes conquérants qui avaient détroit Jérusalem, le peuple babylonien qui étalait un luxe insolent sous les yeux de ceux qu'il ayaii dépouillés. Nous convenons que cette explication est sujette à caution, mais celle qui est recommandée par la tradition est impossible, car elle introduit arbitrairement une antithèse entre le premier et le second vers du distique, que rien n'indique dans le texte : On tùulait lui assigner un tombeau parmi les malfaiteurs, sMti il se troun êioee un riche, lors de sa mort, parce ; «'il n'avait pas commis de crime. — Au heu de : quand il fut mort (litt.: dans sa mort), on a proposé de lire, par le simple changement d'une voyelle : s<m sépulcre. Mais la signification de batuah (hauteur), comme sépulcre, est plus que douteuse, bien qu'on puisse dire que de cette manière le paralléhsme serait plus réguUer. (Il y a d'ailleurs à ce mot un suffixe de pluriel, de sorte qu'il faudrait traduire exactement : dans ses morts. Ceci nous fait encore revenir à l'idée d'un sujet collectif qui pouvait mourir plus d'une fois.)
10 Nouvelle évolution de la pensée. De la description du malheur ^mj^, enduré ptr le Serviteur de Dieu, le prophète passe à la contemplation de l'avenir, qui lui présente des images bien différentes. La première ligne du v. 10 résume le passé, en revenant
Il verra des neveax, il prolongera ses jours, Et rœuvre de TËternel réussira entre ses mains! Délivré de ses angoisses, il verra, il se rassasiera:
Par son intelligence, mon juste serviteur
Fera absoudre beaucoup d'autres.
Et se chargera de leurs iniquités".
C'est pourquoi je lui donnerai sa part parmi les grands,
Avec les puissants il partagera le butin ^^
à l'image de la maladie. C'était bien la volonté de Jéhova que les choses se passassent ainsi, — mais, etc. L'antithèse est introduite par une formule d'adjuration, extrêmement fréquente dans l'Ancien Testament. A la lettre : Si tu donnes,...! c'est-à-dire : tu ne donneras pas ! Cela exprime clairement l'espoir, ou plutôt la certitude, que la vie du Serviteur ne sera pas définitivement perdue. Or, comme tout à l'heure il était mort et enterré, cela fait voir de nouveau qu'il s'agit au fond d'un être collectif, d'une catégorie ou classe^ qui, tout en traversant les plus douloureuses épreuves et tout en y succombant (individuellement) , avait pourtant la chance de survivre. {Voir des neveuw, est une phrase bien connue pour désigner la longévité ; jamais elle ne s'emploie de la vie étemelle ou d'une progéniture purement spirituelle et posthume.) Tout cela nous explique comment le Serviteur, enlevé aux angoisses par la mort, peut être représenté comme délivré de ses angoisses tout en vivant.
^1 h'œuwe de Dieu qui réussira entre ses mains, qu'il conduira à bonne fin, précisément parce qu'il a soufiert, c'est, comme le texte le dit ici, d'un côté le pardon obtenu pour les vrais coupables, de l'autre la restauration morale qu'il opérera à l'égard de ceux qui avaient provoqué la colère de Dieu (voyez XLII ; XLIX). C'est une œuvre de prophète, œuvre d'illumination des ignorants, d'excitation au repentir, de propagation de la connaissance du vrai Dieu.
1^ Avec ces images, le discours revient aux conceptions familières aux prophètes, qui ne séparent point la grandeur politique de la nation restaurée de leur perspective d'avenir et de l'amélioration morale et religieuse du peuple. Le butin ne saurait figurer les païens convertis, car alors il faudrait demander quels sont les puissants, avec lesquels ce butin doit être partagé. L'auteur veut dire : l'Israël de l'avenir, restauré et réconcilié, comptera au nombre des nations puissantes et victorieuses ; car son royaume sera de ce monde : c'est par une humiliation mortelle, un châtiment destructeur, dont les vrais coupables n'ont pas été les seules victimes, que cet ordre de choses aura été acheté.
En effet, comme nous l'avons fait entendre à plusieurs reprises, le Serviteur de Dieu, dont il est parlé dans ce morceau, n'est pas un personnage unique, im individu ; ce n'est pas le ifffMM, promis et attendu ailleurs par les prophètes. Car: i^ Les soufirances endurées par le Serviteur appartiennent positivement au passé. 2^ La maladie (le châtiment), qu'il supporte sans l'avoir méritée, c'est la catastrophe nationale et ses conséquences. 8** Notre auteur ne parle nulle part du Messie, dans le sens prophétique et théologique ; ce nom n'est donné par lui qu'à Cyrus, l'oint du Seigneur, choisi pour délivrer Israël à Babylone : XLV, 1 . 4^ Les prophètes, en général, ne parlent nulle part d'un Messie destiné à souffrir, toujours et invariablement d'un Messie restaura-
Parce qu*il s'est livré à la mort.
Et qu'il fut compté parmi les pécheurs, Bien qu'il portât les péchés de plusieurs. Et qu'il intercédât pour les coupables.
teor^ victorieux et glorieux. 5* Il est impossible de détacher notre chapitre du reste du livre, de manière à revendiquer pour lui une signi6cation particulière, étrangère an reste. 6* Or, partout ailleurs, U Serviteur de Dieu est Israfil: XLI,8, 9; XLII, i; comp. avec XLIII, i, iO; XLIV, i, 2, 21; XLV, 4; XLVIII. 20; XUX, 3, 5. 7* Les souffrances sont expressément signalées comme celles du peuple et du passé : XLII, 22; comp. L, 6; LI, 7. B^ Le Sertiteur n'a pas été exempt de fautes: XLII, 19; XUV, 22; L^ 1 (comp. chap. LVII suiv.]. 9" L'antithèse entre Hiomiliation et la glorification est explicitement rapportée à la nation : XLIX, 7; LIV. 7, 8; LVII, 12 ss., etc. 10" L'auteur déclare formellement <{ue dans le nombre de ceox qui périrent, il y a eu aussi des juêtet, désignés dans la mdme phrase, au singulier et au pluriel : LVII, 1. 11* Il affirme que parmi ses compatriotes déportés à Babel, il j avait des hommes fidèles et souffrant le mépris des autres : LI, 7.
De tout cela il résulte, qu'on pouvait donner au Serviteur des qualifications en apparence contradictoires : parler de lui tantôt an singulier, tantôt au pluriel ; d'un côté, comme absolument innocent, de l'autre, comme n'étant point sans défaut; ici, comme mort, U, comme vivant ; enfin, qu'il pouvait môme tour à tour être introduit comme parlant à la première personne, et comme l'objet des réflexions d'un tiers. La difficulté serait très-embarrassante, si tous les tableaux et discours de ce livre se tenaient comme les paragraphes d'un traité scientifique ; elle disparait en grande partie, dès qu'on vent bien se souvenir que tout en se subordonnant à une idée mère, ils sont pourtant jusqu'à un certain point indépendants les uns des autres, et conçus essentiellement dans un style rhétorique et poétique. Ainsi le Serviteur de Dieu est à prendre tant&t dans un sens plus général, pour la masse, du moins pour la majorité du peuple: tantôt plus exclusivement pour le noyau resté pur et fidèle. Ce noyau est considéré tantôt au point de vue de l'histoire, comme ayant été enveloppé dans une catastrophe qu'il n'avait pas concouru à attirer ; tantôt au point de vue de l'avenir, comme le germe d'un peuple nouveau, comme un foyer de lumière pour le monde (XLII, 1 suiv.; XLIV, 8; XLIX, 1 suiv.; L, 4 suiv.; LUI, 11; LIX, 21). Ce qui a dérouté l'exégèse, c'est, outre l'usage que les apôtres et les Pères ont pu faire de notre texte spécial, d'après les principes bien connus de leur herméneutique, qui leur permettaient d'isoler chaque passage, la circonstance que dans la présente péricope l'auteur sépare plus nettement qu'ailleurs les diverses catégories de la nation, et que, se plaçant lui-même conune de raison parmi les survivants, il parle du Serviteur comme d'une génération passée. Et pourtant, c'est précisément cette dernière circonstance (qull s'agit du paes/j qui a été absolument négligée par l'interprétation chrétienne orthodoxe-
ANONYME (ES. UV, 1-4). 281
Réjouis4oi, stérile, qui n'as point enfanté! Éclate en cris de joie et d'allégresse.
Toi qui n'as pas été en travail!
Car les enfants de la femme délaissée Seront plus nombreux que ceux de la mariée, DitrÉtemel*.
Élargis la place de ta tente, Et qu'on déploie les tentures de ta demeure :
Ne les resserre pas!
Allonge tes cordes, affermis tes pieux ' ! Car tu t'étendras à droite et à gauche ; Ta race dépossédera les nations %
Et peuplera les villes désertes.
N'aie pas peur, car tu ne seras plus confondue. N'aie pas honte, car tu n'auras plus à rougir : Mais tu oublieras l'affront de ta jeunesse. Et l'opprobre de ton veuvage, tu ne t'en souviendras plus*.
1 Le morceau précédent débutait et finissait par la promesse de la restauration^ qui fait, comme nous avons vu, le fond de tout le livre. Cette promesse se produit ici de nouveau et sous des images nouvelles. Le discours s'adresse soit à Jérusalem, soit à la Palestine entière, soit encore à la nation Israélite elle-même. En tout cas, c'est une prosopopée qui introduit Israël sous la figure d'une femme naguère abandonnée par son mari justement jaloux, et qui, après avoir perdu ses enfants, ne connaît plus ni les douleurs ni les joies de la maternité. Cet état va changer, une nouvelle famille va naître, et tellement nombreuse, que l'ancienne demeure ne suffit plus pour la recevoir. Tout cela se rattache à LUI, iO: le serviteur de Dieu verra des neveuœ.
^ La poésie se sert de préférence de l'image de la tente, d'abord parce qu'elle a l'attrait de l'antiquité, et puis, parce que la tente, plus restreinte par sa nature, est plus facilement agrandie selon les besoins.
S Après avoir été réduit aux abois, Isradl, réconcilié avec Jéhova, deviendra conquérant à son tour.
4 L'auteur, continuant son allégorie, peint la réconciliation d'Israèl avec Jéhova comme celle d'une femme, aimée d'abord, puis répudiée, avec son mari. La séparation a été cruelle, mais passagère, la rentrée en grftce est durable et aura bientôt fait oublier les amertumes de l'intervalle. Pour l'ezorde du v. 4, comp. XLI, iO, i4 ; XLIII, 1 , etc., passages qui font voir que la femme, le serviteur, et Israél, sont un seul et môme sujet. h^afront de la jeunesse et Vopprohre du veuvage sont ordinairement mis en opposition et interprétés l'un par la servitude d'Ég3rpte, l'autre par l'exil babylonien. Mais nous ne voyons pas ce que la première aurait à faire ici. Le parallélisme permet, et exige môme, qu'on donne le môme sens aux deux phrases. Israël est Vépouse de la jeunesse (v. 6] que Jéhova a choisie autrefois, à une époque reculée, mais qu'il a répudiée depuis à cause de ses infidélités. Ce divorce, mérité par la jeune femme, était pour elle un affront ; depuis, elle est considérée comme veuve, son mari n'existant plus pour elle. Il y a là deux images diverses qui se confondent.
Car ton époux^ c'est ton créateur;
laheweb Çebaôt est son nom.
Ton rédempteur est le Saint d'Israël^ Il s'appelle le Dieu de l'univers ^.
Car telle qu'une femme abandonnée et attristée,
L'Éternel te rappelle; Comme réponse de ia jeunesse, qu'il a répudiée :
C'est ton Dieu qui le dit.
cPour un peu de temps je t'ai abandonnée. Mais dans mon grand amour je te reprends *.
Dans l'effusion de ma colère J'ai caché ma face un moment devant toi, Mais dans ma miséricorde éternelle^ j'ai pitié de toi;>
Dit l'Éternel, ton rédempteur.
«Il en sera pour moi comme du déluge de Noé;
Au sujet duquel j'ai juré Que le déluge de Noé ne passerait plus sur la terre " : Ainsi je jure de ne plus m'irriter contre toi.
De ne plus te maudire!
Quand les montagnes se retireraient', Quand les collines s'ébranleraient, Ma grâce ne se retirerait point de toi, Et mon alliance de salut serait inébranlable!»
Dit l'Éternel qui te chérit.
«Malheureuse, battue de la tempête^ privée de consolation! Vois! Je poserai tes pierres dans la galène. Et je te fonderai sur des saphirs.
Je te ferai des créneaux de rubis.
Et des portes d'escarboucles.
s En dehors de rallégorie, il est question de Jéhoya conune du Dieu touUpuissant, qui, par cela même, peut sauver et affranchir, dès qu'il le veut. Il a créé Israël, soit es donnant miraculeusement des enfants aux patriarches, soit en en faisant une nation dans des circonstances exceptionnelles et à jamais mémorables.
0 Je te reprendt, litt.: je te rassemble ; l'auteur sortant de l'allégorie et songeant aux Israélites déportés qui doivent rentrer dans leur patrie.
'^ Ce sens paraît exigé par les versets suivants. Autrement, et en vue de oe qoi précède, on aurait pu dire : miséricorde ancienne, amour d'autrefois, sens que l'hébreu a aussi.
«Voyex Gen. IX. 11.
^ Les montagnes sont l'image de la durée indéfinie et de llmmutabilité.
ANONYME (ES. UV, 12-17). 283
Et tonte une enceinte de pierres précieuses^®. Et tous tes enfants seront instruits par TÉternel^S Et grand sera le bonheur de tes fils.
Tu seras sûre et forte de salut*' :
Bannis toute peur, car tu n*as rien à craindre,
Toute angoisse, elle no doit pas te toucher! Si Ton s*avisait de comploter^ ce ne serait pas de mon aveu ; Quiconque complotera contre toi, devant, toi tombera.
Vois, c'est moi qui fais le forgeron,
Qui souffle le feu de la braise
Et en fais sortir Tarme pour sa besogne. C'est moi aussi qui fais le destructeur pour dévaster *^
Toute arme, forgée contre toi, manquera son but;
Toute langue, estant contre toi en justice. Tu la verras condamner** :
C'est là Tapanage de mes serviteurs ;
Leur salut de par moi, dit rÉternel.
l<> A la promesse d'une éclatante restauration nationale, se rattache le tableau particulier de la reconstruction de Jérusalem^ tableau dont les détails, reproduits aiUeurs avec des couleurs plus fantastiques encore (Tobie XIII, 16 suiv. Apoc. XXI, 18 suiv.), n'ont sans doute pas été pour le prophète des réalités grossièrement matérielles. Il suffit de s'arrêter à l'idée générale d'une future splendeur, qui dépassera tout ce que les temps antérieurs avaient connu en ce genre. Au lieu de pierres de taille vulgaires, on emploiera tout ce que la terre recèle de plus précieux ; le mortier même sera remplacé par la galène (ou l'alquifoux], cette composition métallique dont les dames de l'Orient se servaient pour farder de noir les bords de leurs paupières.
^ 1 La restauration morale est nécessairement inséparable de la restauration matérielle et nationale. Israël sera un peuple de saints et de prophètes.
1^ Aussi bien désormais Israël sera-t-il à l'abri de tout danger du dehors. Jéhova, n'ayant plus à se plaindre de son peuple, n'appellera plus, pour le châtier, les nations qui autrefois lui ont servi d'instruments à cet effet. Si l'une ou l'autre méditait encore une attaque, elle en porterait la peine, car ce ne serait pas de l'aveu de Dieu. — La première ligne est ordinairement traduite : Tu seras consolidée par la justice. Cette idée est étrangère au contexte. Le v. 17 fait voir clairement ce que l'auteur veut dire par le mot que nous traduisons par salut. Ce sont précisément ces avantages et privilèges garantis à Israël par son maître réconcilié.
I^ Sans ma permission il ne se fabriquera pas d'armes, à plus forte raison aucune arme ne sera victorieuse contre Israël ; sans ma permission il n'y aura ni guerre, ni invasion.
^^ La guerre, au point de vue théocratique, est une espèce de contestation judiciaire devant le tribunal de Dieu. L'image du procès vient donc ici se joindre à celle des armes d'une manière très-natureUe. Ni l'un ni l'autre acte d'hostilité n'atteindra son but.
284 ANONYME (ES. LV, i-S).
Hé ! vous tons, qui avez soif, venez aux eaux !
Vous qni n'avez pas d'argent, Venez, achetez du pain et mangez!
Venez, achetez sans argent,
Sans payer, du vin et du lait!
Pourquoi dépensez-vous de Targent^
Pour ce qui n'est pas du pain ?
Et le fruit de votre labeur^
Pour ce qui ne rassasie point?
Écoutez-moi donc, et mangez ce qui est bon, Et que votre appétit se délecte de bonne chère * !
Prêtez Toreille et venez à moi!
Écoutez, pour que votre âme vive.
Et que je vous octroie un pacte éternel.
Les faveurs inaltérables de David*.
Voyez, je l'ai fait législateur des peuples.
Chef et commandeur des nations : [pas,
Vous aussi, vous appellerez des peuples que vous ne connaissez Et des peuples qui ne vous connaissent pas accourront vers vous.
Pour Tamour de TÉternel, ton Dien^ Et pour le Saint d'Israël, parce qu'il t'aura glorifié'.
1 Cette exhortation ne saurait être prise dans un eens purement matériel et littéral. Il est vrai que la future fécondité de Canaan pouvait être poétiquement représentée comme telle, que la terre nourrirait ses habitants sans les obliger au travail ; mais le poète même ne pouvait pas dire qu'à Babylone les déportés ne trouvaient pas de quoi se rassasier pour leur argent. La bontu chère [litt.: la graisse] et ce qui n'est pas impai», doivent donc se prendre au sens figuré, et par conséquent il en sera de même de ce qui précède (comp. XLIV, 3). S'il n'y avait eu que le choix entre la richesse et la misère matérielle, il n'aurait pas fallu des exhortations si pressantes. Au contraire, c'étaient les intérêts mondains qui retenaient beaucoup d'Israélites et les rendaient indifléreats aux espérances de leurs prophètes. Les idées de patrie, de nationalité, le culte régulier, les institutions théocratiques, avaient perdu leur empire sur bien des esprits, qni préféraient se nourrir, à prix d'argent, de choses çui ne rassasient point, tandis que les prophètes leur offraient en perspective, dans l'antique patrie et à l'ombre du sanctuaire rétabli, des jouissances plus grandes, et gratuites comme le pardon de Jéhova.
^ Les faveurs autrefois accordées au grand roi, doivent être renouvelées à l'égard do peuple entier, dans un pacte solennel ; elles seront désormais inaltérables, et le pacte subsistera, parce que la nation, enfin corrigée, ne mettra plus son Dieu dans la tridte nécessité de les lui retirer encore ime fois.
8 pe même que David était souverain de beaucoup de peuples étrangers, de même Israël se verra à la tête des nations (LIV, 3), paisiblement converties par le spectacle de sa glorieuse restauration, laquelle est avant tout la gloire de Jéhova lui-même.
Cherchez rÉternel, pendant qu'il se laisse trouver, Invoquez-le, tandis qu'il est proche!
Que le méchant abandonne sa voie Et rhomme d'iniquité ses pensées; Qu'il se convertisse à l'Éternel, pour qu'il ait pitié de lui. Et à notre Dieu, car il pardonne largement*.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées^ Et vos voies ne sont pas mes voies^ Dit l'Éternel.
Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre,. Autant mes voies le sont au-dessus de vos voies. Et mes pensées au-dessus des vôtres'.
Oui, de même que la pluie et la neige Descendent du ciel et n'y retournent pas,
Sans avoir arrosé la terre, Sans l'avoir fécondée et fait pousser ses germes. Sans avoir donné la semence au semeur
Et du pain à qui veut manger.
De même il en est de ma parole qui sort de ma bouche : Elle ne retourne pas vers moi sans effet*.
Sans avoir fait ce que j'ai voulu.
Et avoir accompli sa mission.
^ Les promesses sont faites sous condition. C'est par le repentir et ramendement qulsraSl s'assurera le bénéfice des grandes choses qui vont s'accomplir. Préoccupé qu'il est du besoin de consoler les affligés, le prophète se plaît généralement à peindre l'avenir avec de brillantes couleurs, et revient plus rarement à cette prédication morale. Ici, celle-ci se rattache de très-près à la prédiction messianique, en tant que le principal obstacle qui s'opposait à la conversion des méchants, c'était qu'ils ne voulaient pas croire à cet avenir. Le doute et l'incrédulité étaient pour eux tantôt les motifs, tantôt les effets de la perversité. C'est donc à ces doutes que le prophète va s'attaquer.
^ La certitude de la promesse se fonde sur l'immutabilité de la volonté divine, laquelle, par cette qualité mdme, se distingue de la volonté humaine, variable, indécise, sujette à des retours de toute espèce. Entre l'une et l'autre, la distance, à cet égard, est aussi grande que celle de la terre au ciel. La comparaison ne porte pas, comme on le croit vulgairement, sur la mystérieuse profondeur des décrets de Dieu, insondables pour l'intelligence humaine. (Le premier autant n'est point exprimé dans l'original.)
^ La parole de Dieu, une fois prononcée, doit avoir son effet. Elle est introduite ici, par forme de prosopopée, comme un messager envoyé pour remplir une mission. Elle ne revient pas vide (traduction littérale), sans résultat matériel. Telle la pluie ne remonte pas ati ciel d'où elle est descendue, etc. L'une et l'autre ne remontent vers leur maître qu'après avoir exécuté ses ordres. Elles remontent parce que la Maître aura à s'en servir encore. Le retour en Canaan est donc assuré, par la raison qu'il a été annoncé.
286 ANONYME (ES. LV, 12, 13. LVI, i-3).
Oai, TOUS partirez avec joie, Vous serez reconduits en paix :
Les mont-agnes et les collines Éclateront d*allégresse devant vous.
Et tous les arbres de la campagne applaudiront. A la place des broussailles croîtra le cyprès, A la place de la bruyère s'élèvera le myrte : Ce sera à la gloire de TÉternel Un monument éternel, indestructible'.
Ainsi dit rÉtemel :
Respectez le droit et pratiquez la justice. Car mon salut est près de venir, Et ma délivrance de se manifester*.
Heureux Thomme qui agit ainsi^
Et le mortel qui s'y applique, Observant le sabbat sans le profaner, Et préservant sa main de faire le mal*!
Que rétranger, qui s'est attaché à TËternel, ne dise pas : Certes, l'Éternel m'exclura de son peuple'!
"^ Lie ratour sera une marche heareoae et triomphale, pour laquelle la nature triste et sauvage du désert se parera d'attraits jusque-là inconnus (comp. XXXV, 1 ss.; XLI^ 18 ss., etc.). Des arhres d'une verdure permanente remplaceront des plantes viles et chëtives même dans la bonne saison, et y resteront dès lors comme un monument de la puissance libératrice du Dieu d'Israël. Dans ce tableau poéti<iae, la nature elle-même s'anime et s'associe aux joies des pèlerins qui passent, et la proeopopéa orientale, hardie jusqu'à la témérité, lui prête une bouche pour parler et des mains poor applaudir. Les psalmistes ont imité ce passage (XGVI, 11, 12; XCVIII, 7^ 8).
^ Pour les rapports généraux entre ce morceau et le reste du livre, noos anrioas â reproduire l'observation faite sur chap. LY, 6, 7. On remarquera que cbes notre prophète, comme partout aiUeurs dans l'Ancien Testamenty le devoir décoole du contrat synallagmatique entre Jéhova et Israël ; il est exigé du peuple, parce que Dieu aosai est fidèle à sa promesse.
S La mention du tahhat pourrait sembler trahir une idée assex matéfîeUe de la piét^ demandée à Israël. Cependant cette institution pouvait être considérée comme une espèce de signe de ralliement pour le peuple, à une époque où les sacrifices avaient cessé.
' Le bienfait de la restauration ne sera pas limité à la race de Jacob. Le culte dn vrai Dieu avait pénétré ohei d'autres peuples, dès avant la ruine de Jérusalem, et sans doute aussi depuis l'exil. Cette liaison sera consacrée dans le futur ordre de choses. Ce sera la foi et non la naissance qui décidera du droit de cité dans la nonveUe Jénisaleni. Il est i noter que la loi (Deut. XXIII) était moins large.
ANONYME (ES. LVT, 3-8). 287
Et que r eunuque ne dise pas :
Moi je suis un arbre sec * !
Car voici ce que TÉternel dit aux eunuques : Ceux qui observent mes sabbats.
Qui aiment ce qui m'est agréable.
Et qui tiennent ferme à mon pacte, Je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs, Un monument et un nom qui vaudra mieux que fils et filles'. Un nom éternel et qui ne périra point. Et les étrangers, qui s'attacheront à l'Éternel, Pour le s'ervir*, pour aimer son nom.
Et pour être ses sujets — Quiconque observe le sabbat, sans le profaner.
Et tient ferme à mon pacte — Je les conduirai vers ma sainte montagne, Et je les réjouirai dans ma maison de prière. Leurs sacrifices et leurs holocaustes seront agréés sur mon autel. Car ma maison sera appelée une maison de prières. Pour tous les peuples!
Parole du Seigneur laheweh.
Qui rassemble les dispersés d'Israël :
J'en recueillerai d'autres encore vers ceux que j'ai rassemblés ^ I
4 Ijqs eunuques étaient exclus de la communauté par la loi (Deut. XXIII, 2). Â cet égard aussi, Jéhova dérogera à la lettre de son code, pourvu que les qualités essentielles ne manquent pas aux citoyens de son royaume. Il est parfaitement hors de propos d'expliquer ce passage par la supposition que, pendant Texil, des enfants israélites auraient été mutilés pour servir dans les harems des Babyloniens. L'auteur veut simplement exprimer l'idée que les anciennes prescriptions légales seront abolies et que Jéhova agréera tous ceux qui obéissent à sa loi, sans distinction d'origine [Actes X, 84).
^ Les enfants perpétuaient le nom des pères; à défaut d'enfants, on cherchait à attacher sa mémoire à un monument (2 Sam. XVIII, 18). La faveur de Dieu vaut mieux que tout cela, et sa bénédiction sera telle que le souvenir ne s'en effacera point.
0 On peut traduire : pour être ses ministres, et trouver ici l'idée du sacerdoce universel.
"^ Ces dernières lignes sont une espèce d'oracle spécial et solennel, qui résume en deux mots ce qui vient d'être dit d'une manière plus imagée. — Elles terminent une série de morceaux dans lesquels les tableaux de la restauration idéale occupent le premier rang. Avec le morceau suivant commence ime autre série de discours polémiques contre ceux qui sont indignes de voir l'accomplissement des promesses et qui, par leur pesversité, en retardent la réalisation. La coupe des chapitres est ici complètement fausse.
288 ANONYME (ES. LVI ^ 9-12. LVn, l).
Bétes des champs, venez toutes vous repaitre.
Vous toutes, bétes de la forêt I
Ses gardiens sont tous aveugles.
Ils ne remarquent rien ;
Tous ils sont des chiens muets,
Ils ne peuvent pas aboyer ; Ils rêvent, ils s'étendent, ils aiment à sonuneiller; Et ces chiens sont gloutons et insatiables. Ce sont des bergers sans intelligence.
Tous ils vont leurs chemins à eux, Chacun après son profit, l'un comme Tautre ^
«Venez, je vais chercher du vin!
Nous allons boire une rasade du meilleur!
Et comme cela demain encore.
Il 7 aura grande bombance * !>
Le juste périt et personne ne le prend à cœur. Les gens de bien sont enlevés, sans que personne j regarde. Mais c'est au malheur que le juste est enlevé :
1 Les premiers que l'autear prend à partie, ce sont les chefs même de la nation, prdtres, prophètes, ou anciens, qui, au lieu de faire leur devoir en veillant sur le bienêtre moral des autres classes, leur donnent Texemple de la dissipation, de rindifférenoe, dNine dangereuse sécurité, de tous les vices. La forme du discours est allégorique. Israël est comparé à un troupeau, ses chefs sont tour à tour assimilés à des chiens et à des htrgêr» (gardiens), deux images dont la Juxtaposition trop immédiate est un défaut au point de vue rbétorique, mais ne change rien à la figure. Au lieu de veiller et d'aboyer à l'approche du danger, les chiens sommeillent et se taisent, le troupeau est à la merci des bétes féroces. Aussi le discours commence-t-il par un appel à ceUes-d, pour les engager à profiter de cette négligence [le texte hébreu imprimé dît : Bêtes des cbamps, venez manger les bêtes de la forêt, ce qui ne peut être que l'effet d^c^le étrange méprise de la critique rabhinique). Il va sans dire que c'est là une tournure oratoire et non une déclaration positive et intentionneUe, car ni Jéhova ni le prophète ne veut que le troupeau périsse au moment où il doit être sauvé. L'auteur est du reste teUement absorbé par le tableau que son imagination a créé, qu'il ne dit pas même de qui il parle> et le peuple dlsraêl, dont le nom n'est pas prononcé, est introduit par on simple pronom. — Outre la négligence, le prophète reproche aux chiens la gloutonnerie, aux bergers, l'avidité, ce qui le fait sortir insensiblement du cadre de son allégorie, de manière à rentrer dans la peinture des réalités.
^ Un second tableau, aux couleurs tout aussi vives, remplace tout à coup le premier. Les paroles de ce verset, mises dans la bouche de quelque homme oonsidérahle en Israël, peignent à merveille la dissolution des mœurs des hautes classes, et la coupable insouciance qui a remplacé le salutaire découragement, la tristesse du repentir, des premiers temps après la catastrophe.
Il entre dans la paix, il repose sur sa couche^ Lui qui suivait son droit chemin'.
Mais vous, approchez ici, fils de la sorcière, Engeance issue de T adultère et de la prostitution*!
De qui vous moquez- vous ?
A qui faites-vous la grimace et tirez-vous la langue^? N'êtes-vous pas les enfants de Tinfidélité, Une race bâtarde'?
3 C'est ici l'ane des conséquences de l'état des choses décrit dans les versets précédents. La partie saine de la nation souffre par et pour les fautes des autres [chap. LUI), et en tout cas plus que les méchants qui savent se consoler des malheurs communs et publics par des moyens honteux et criminels, et en se moquant des justes. Mais la mort de ceux-ci est encore un bonheur pour eux, dans de pareilles circonstances ; c'est une consolation que d'échapper ainsi à de nouvelles calamités. Le malheur auquel (devant lequel] le juste est enlevé, ne peut être qu'un malheur prochain, national. La perspective du prophète est donc ici tout autre que de coutume. Le peuple, tel qu'il est, a besoin avant tout d'une nouvelle épreuve, d'une douloureuse purification; que les hommes sages et vertueux peuvent redouter. La plupart des traductions ont compris la phrase de manière à dire : C'est /lar la méchanceté que le juste est enlevé.
^ Cette partie du discours présente quelques difficultés de détail et est .parfaitement inintelligible dans les traductions ordinaires. Elle est dirigée contre l'idolâtrie, à laquelle s'adonnait une partie des Israélites pendant l'exil. Comme d'habitude, cette défection religieuse est représentée comme une infidélité conjugale, et dépeinte avec des traits empruntés soit à une hideuse réalité, soit à un ordre d Images plus dégoûtantes encore. Le culte de certaines divinités sémitiques étant accompagné d'orgies et d'infamies de tout genre, il est difficile de dire au juste ce qui appartient ici à la pure allégorie. Tout ce passage, v. 4-10, difi^re du reste du livre, et pour le fond et pour la forme. Ailleurs, le polythéisme idolâtre provoque seulement la raillerie de la part de notre prophète ; ici, la description présente plutôt des analogies avec certains passages de Jérémie et d'Ézéchiel (XXIII).
D'abord les idolâtres sont apostrophés en termes évidemment figurés. Sorcellerie et
prostitution sont ici synonymes de paganisme. La rhétorique orientale aime à exprimer
la qualité par des mots qui indiquent la plus proche parenté, tels que père, fils,
frère, etc. Les fiU de la sorcière sont donc des sorciers ; or, la sorcellerie est une
pratique païenne, odieuse à Jéhova (Deut. XVIII, iO}. De même pour le reste.
^ Dieu prend fait et cause pour son prophète, qui est l'objet de la raillerie de ces misérables. Car, à vrai dire, c'est lui-même qui a parlé par la bouche de son ministre, c'est donc lui qu'on ose ainsi outrager. Faire la grimace, litt.: ouvrir la bouche large.
^ Les enfante de l'infidélité sont des infidèles. Nous avons dit, dans le sens de toute cette allégorie, race bâtarde, Jéhova ne voulant pas les reconnaître comme ses enfants. A la lettre, il y a dans le texte : race de mensonge, ce qu'on pourrait prendre pour menteurs, c'est-à-dire adorateurs des faux dieux. Au fond, c'est la même idée.
A. T. 2« part. — II. 19
290 ANONYME Ces. Lvn, 5-7).
Brûlant de luxure dans les bosquets ^,
Sous tout arbre verdoyant, Immolant des enfants dans les ravins,
Dans les creux des rocbers?
Des cailloux du ruisseau tu fais ton trésor^ :
Voilà, voilà ton apanage!
C'est à eux que tu verses tes libations,
Que tu portes tes offrandes — Sont-ce là des choses dont je doive être satisfait ? Sur le sommet de la montagne tu dresses ta couche, C'est là que tu montes pour faire ton festin^.
'^ A partir d'ici^ nous avons bien certainement une description, en partie sérieuse et séyère, en partie ironique et railleuse, de Tidolfitrie babylonienne et en général sémiti<jae. Il 7 a d'abord les deux faits positifs et littéralement vrais de la prostitution en rhonnear de la déesse Mylitta (Hérodote, I, 199), et des sacrifices d'enfants en l'honneur du dieu Moloch. Aussi ii'avons-nous pas hésité à employer dans la traduction des termes propres et expressifs. Le texte hébreu dit un peu obscurément : brûlant dans les UHhintkes (l'arbre sacré de la déesse), et non pas: s'enflammant pour les faux dieux, comme on lit dans plusieurs traductions. La phrase : sous tout arbre verdoyant^ est usuelle, et consacrée par Jérémie et le Deutéronome. Elle est donc employée ici, comme les térébinthes ou bosquets, moins pour signaler une circonstance historique essentielle, que comme un élément poétique du tableau.
^ Ici, la phrase change ; les verbes sont mis à la seconde personne du singulier au féminin. Cela revient à dire que le discours s'adresse à cette même classe d'Israélites, considérée comme une femme, comme l'épouse infidèle de Jéhova, d'après la prosopopée bien connue. Nous aurons donc à ramener les traits du tableau aux différentes cérémonies du culte païen. — Et d'abord, il faut se rappeler que les peuples sémitiques avaient dans leurs lieux saints, non des statues de forme humaine, comme les Grecs, mais souvent des pierres plus ou moins informes, peut-être des aérolithes, qui leur servaient de fétiches, qu'ils enduisaient d'huile et autour desquelles ils accomplissaient leurs rites sacrés, soit en plein air, soit dans des chapelles ou temples destinés, avant tout, à abriter ces objets de leur vénération. Telle a été dans l'origine la pierre noire de la Caaba à la Mecque; telle la figure mentionné3 aux Actes XIX, 35, et d'autres. Par mépris, le prophète les appelle des cailloux du ruisseau^ c'estr-à-dire ce qull y a de plus vil et de plus vulgaire. Cette signification du mot est garantie par i Sam. XVII, 40. (Ordiaairement on traduit : dans les clairières de la vallée, ce qui ne cadre pas avec le reste de la phrase. De pareils dieux, voilà ton tr€sorl litt.: iàpart, ton bien-fonds.) U y a dans l'original un jeu de mots intraduisible, en ce que les mêmes radicales domieat les mots caillou et part.
0 Un autre théâtre du culte sémitique, ce sont les cimes des montagnes, ce que nous appelons, d'après les livres des Rois, les hauts-lieux. Ici le mot de couche, et tout ce qui va s'y rattacher, est à prendre purement dans le sens allégorique. L'auteur Teut parler de l'adultère religieux, c'est-à-dire du polythéisme idolâtre. Tout ce qui suit est à l'avenant. La couche nuptiale de l'épouse de Jéhova devient un lit de prostitution. — C est à dessein que nous mettons un festin à la place du sacrifice , sans vouloir exclure
C'est derrière la porte et le linteau Que tu as inscrit ton mémoriaP®, Car loin de moi tu découvres ta couche, Tu y montes — tu Tas faite large ! • —
Tu pactises avec eux, tu les aimes, tu veux voir^^
Tu cours vers ton roi avec de Thuile,
Tu emportes une masse d'onguents ;
Tu envoies tes messagers au loin,
Tu les fais descendre jusqu'au S'eôl;
Tu te fatigues par la longueur du chemin,
Mais tu ne dis pas : C'est en vain I
Tu trouves encore des forces dans tes membres.
C'est pourquoi tu ne te lasses point".
ce dernier. Tout au contraire. Mais comme les sacrifices^ même dans le culte légitime de la théocratie^ étaient souvent terminés par des festins, et qu'au point de vue du prophète, le culte païen présentait plutôt le caractère d'une orgie que d'une cérémonie religieuse, le terme de festin, autorisé d'ailleurs par le dictionnaire hébreu, s'appliquait mieux à l'ensemble.
10 C'est ime aUusion à la loi (Deut. YI, 9; XI, 20), qui prescrit d'écrire sur les portes les paroles qui proclament l'unité de Dieu. C'était là le mémorial, le symbole religieux, l'adage sacramentel du peuple, qui, de cette manière, ne devait jamais perdre de vue le principe fondamental de sa religion. Le prophète dit : vous écrivez cela derrière la porte pour ne pas le voir. D'autres ont voulu voir là des monuments ou figures de faux dieux.
1 1 Les mots loin de moi suffisent à eux seuls pour justifier notre interprétation de tout ce passage. — La largeur de la couche rappelle la pluralité des dieux. Le reste est en partie obscur, en partie de nature à devoir rester dans l'ombre. Amas eoneuHtum eorum, aspicis manum, qua voa via aliud significare potesi quam memhrum tirile, quod apud veteres sub phalli nomine suas habehat religiones, et hoc loeo sermonis vehemeniia et cruditdti satis accommodatum videtur, Stechiel propheta fregumtius taUa profert,
t2 Ces deux derniers versets parlent de pèlerinages vers des sanctuaires éloignéSi dans lesquels les fatigues de la route devraient déjà faire faire des réflexions aux insensés qui s'y astreignent. Mais ils sont tellement entichés de leurs superstitions, qu'ils parviennent même à vaincre l'épuisement de leurs forces, tandis qu'ils ont peur du moindre efibrt à faire dans le sens de la volonté du vrai Dieu. Le roi^ c'est le dieu suprême des Sémites, adoré sous di£férents noms par les diverses tribus, h^ huile et les onguents sont ou bien des objets à consacrer au dieu, ou, si l'on veut rester dans l'allé* gorie, les cosmétiques de la prostituée. Les messagers rappellent les caravanes de pèlerins qui emportent aussi les offrandes de ceux qui restent à la maison. Le S'eôl pourrait être ici une simple hyperbole, pour renchérir sur le terme parallèle au hin; autrement il faudrait songer à des divinités particulières, ce qui nous semble hors de propos.
292 ANONYBiE (ES. LVII, 11 -iô).
Et qui crains-tu donc*'?
De qui as-tn peur, pour me renier ainsi? Pour ne plus te souvenir de moi?
Pour ne plus penser à moi ?
N'est-ce pas, je me taisais^ et trop longtemps ** ? Voilà pourquoi tu ne me crains plus I C'est moi pourtant qui t'annonce le salut — Quant à ceux de ta façon, ils ne te serviront pas ! A tes cris, ton tas de dieux te sauverait ^^ !
Mais le vent les emportera tons,
Un souffle les enlèvera.
Mais celui qui se fie à moi, héritera le pays,
Et possédera ma sainte montagne :
Et l'on dira : Frayez^ frayez, aplanissez le chemin ! Enlevez tout achoppement du chemin de mon peuple '* !
Car ainsi dit le Très-Haut *^, Dont le trône est éternel, dont le nom est saint :
Ma demeure est élevée et sainte^ Mais elle est aussi avec Thomme contrit et découragé. Pour ranimer les courages.
Pour ranimer les cœurs contrits.
Car je ne veux pas quereller toujours Et être sans cesse en colère,
^' Quels sont donc les dieux que tu me préfères? que peuvent-ils, en comparaison de moi?
^^ Le silence de Jéhova, si le prophète le prend au sérieux, serait le temps da chAtiment d'Israël, où le peuple paraissait abandonné de son Dieu, et n'espérait plus de salut par son intervention. Mais ce pourrait être aussi une ironie : car» à vrai dire, même à cette époque, les prophètes se succédaient sans interruption.
^^ Le tas de dieuœ est nommé par le traducteur seul; le texte dit simplement : t€S amas ou tes batules. Mais il nous a semblé qu'il ne saurait être question ici de Tarmée babylonienne grossie par les Juifs renégats. L'antithèse doit être partout entre Jéhova et les faux dieux.
10 A partir du v. li, le prophète est revenu à son ton ordinaire, et les idées de grâce, de pardon, de restauration, qui certes n'étaient guère motivées par ce qui précédait immédiatement, reprennent le dessus.
^'^ Ce qui suit peut être regardé conune une espèce de péroraison. Après les promesses et les menaces faites précédemment, ces dernières strophes résoraenllB double perspective de restauration et de punition définitive, et le chapitre se termine avec la formule solennelle et terrible que nous avons déjà trouvée à la fin de la première série de discours, chap. XLVIII, 22.
ANONyME (ES. LVII, i6-2o). 293
Car Tesprit s^évanouirait devant moi, Et ce souffle, que j'ai créé".
C'est à cause de son avidité que j'étais en colère,
Irrité, je le frappais, en me cachant, Tandis que lui, se détournant, se dirigeait à son gré*^. J'ai vu ses voies, mais je veux le guérir, Je veux le guider^ Le consoler, lui et ses affligés ^^, Et faire naître sur ses lèvres le fruit de la gratitude**. Salut, salut^ dit l'Éternel, Â qui est loin, à qui est près !
Oui, je le guérirai I Mais les impies sont comme la mer agitée.
Quand elle ne peut se calmer, Et que ses ondes rejettent la vase et le limon '*.
Point de salut, dit mon Dieu, pour les impies 1
18 Le môme Dieu qoi remplit runivers, ne dédaigne pas de s'alniisser josqu^aa faible mortel dont le cœur contrit a besoin de consolation, après avoir été éprouvé par le malheur, à cause de ses péchés. Cette idée donne à la péroraison un éclat particulier. Le terme de quereller (disputer, plaider), rappelle encore une fois l'allégorie d'un procès entre Jéhova et ses adversaires. Sa grâce se manifeste, parce qu'il a pitié de ses créatures, qui ne supporteraient pas longtemps son courroux. La vie n'est qu'un souffle, que le créateur inspire à chaque être qui naît, et qu'il lui laisse aussi longtemps qu'il le veut bien. Seprii et souffle sont ici synonymes, et il n'est pas le moins du monde question à'âmes personnelles, dans le sens moderne. Le texte met le pluriel, parce qu'il est question d'une pluralité d'hommes, mais l'usage de notre langue n'admet pas ce pluriel.
19 Le sujet est toujours le même, celui qui a provoqué la colère de Dieu et qui maintenant doit aussi connaître sa grftce. Si on lui reproche VavidiU {cheip. LYI, 11}, ce sera à titre d'exemple, à côté d'autres péchés, ou bien on donnera au mot un sens plus large, que l'auteur lui-mÔme semble indiquer, en disant (à la lettre) les voies du ceur, qui sont naturellement opposées aux voies de Dieu.
80 Jjui et ses affligés, c'est le peuple considéré tourna tour comme un tout et comme une multitude.
81 C'est nous qui ajoutons ces mots : de la gratitude ^ parce que autrement la phrase contiendrait une métaphore trop peu intelligible, ^n tout cas, le fruit des lèvres, c'est la parole. Si l'on ne veut pas accepter ce complément, on peut encore supposer que les trois lignes suivantes {Salut,,,, guérirai) doivent être mises dans la bouche des consolés, et seraient ainsi le fruit de leurs lèvres. Mais cela nous plait moins.
88 Tel est aussi le fruit des lèvres des impies, pour lesquels, par conséquent, il n'y a point de salut .
294 ANONYME (ES. LVIIL, 1^).
Crie à plein gosier^ ne te ménage pas!
Comme une trompette élëve ta voix!
Déclare à mon peuple son péché^
Et à la maison de Jacob ses méfaits * !
Et c'est moi qu^ils cherchent jour par jour :
Connaître mes plans, voilà ce qu'ils désirent.
Comme un peuple qui aurait exercé la justice.
Et non pas abandonné la loi de son Dieu ' !
Ils me demandent des arrêts de salut,
Ils réclament l'approche de Dieu :
cPourquoi avons-nous jeûné, et tu ne le vois pas? cNous sommes-nous mortifiés, et tu n'y as pas égard ' ?>
Voyez donc! Au jour de votre jeûne vous allez à vos affaires,
Et vous pressez tous vos travaux!
C'est pour vous quereller et vous disputer que vous jeûnez,
Pour frapper d'un poing criminel!
Vous ne jeûnez pas en ce jour.
De manière à faire écouter votre voix au ciel ^.
1 La fonnule par laquelle ce chapitre commence, le fait reconnaître pour on morcean nouveau qui se détache de ce qui précède, malgré l'analogie du sujet. C'est Jéhova qui parle, en s'adressent pour la forme au prophète, mais ayant en vue les Israélites auxquels le discours va dtre adressé plus directement. Les formes rhétoriques du début sont destinées à rehausser la solennité de la déclaration.
^ Les Israélites de Babylone sont représentés comme attendant avec impatience \e moment de la délivrance, et revenant chaque jour avec leurs sollicitations pressantes (ehercher n'est pas à prendre ici dans le bon sens que ce mot a ailleurs, c'est plat5t consulter, importuner par des questions). Ils font des instances pour que Jéhova prononce en6n Varrét suprême qui doit les affranchir, et en demandant cela, ils se posent comme si de leur oOté ils avaient accompli tous leurs devoirs» comme si Diea était leur obligé.
' La loi ne prescrivait d'autre jeQne national et officiel que celui de la grande fHe de l'expiation. Mais nous savons par le prophète Zacharie (VII, 2 suiv.; VIII, 19), que les déportés en avaient institué d'autres, en commémoration des jours néfastes de Ia ruine du temple et de la ville de Jérusalem. On se prévaut ici de ces jeûnes, bien qu'on s'en acquittât seulement comme d'un devoir onéreux et sans que le cœur y eût si part de contrition et de regrets.
^ Le prophète ne condamne pas le jeûne, mais il le rejette là où il n'est qu'une forme purement extérieure d'un culte auquel le cœur ne s'associe pas, comme il va le déclarer plus loin. Mais ici il consta*te d'abord que la pratique extérieure même laisse à désirer. Non seulement il n'y a ni contrition, ni recueillement : les afairtt (commer* ciales ou autres) continuent comme de coutume, les travaux manuels (d'autres traduisent les travailleurs, ouvriers, mercenaires) sont, on dirait, plus pressés encore ; les mauvaises passions, quereller, ditjmtes, rixes, au lieu d'être réduites au silence, semblent se produire plus librement.
Est-ce là un jeune comme je Taime ?
Un jour de mortification pour Thomme?
Pencher la tète comme un roseau.
Se coucher sur le cilice et la cendre, Est-ce là ce que vous appelez un jeûne, Un jour qui plaise à rËtemel?
Voici le jeûne que j'aime :
C'est de rompre les chaînes de T'injustice, De dénouer les liens de l'oppression.
De renvoyer libres les maltraités.
Et de briser toute servitude^.
C'est de partager ton pain avec l'affamé. D'héberger les malheureux sans asile ; Quand tu vois un homme nu, de le couvrir. De ne point te dérober à ton prochain. Alors ton beau jour poindra comme l'aurore. Et ta guérison avancera promptement^ :
Ton salut marchera en tète, Et la gloire de l'Éternel sera à l'arrière-garde '. Alors, quand tu appelleras, l'Éternel t'exaucera, Quand tu l'imploreras, il dira : Me voici!
Si tu bannis de ton milieu l'oppression.
Le dédain railleur^ et les paroles criminelles;
5 11 y a une autre manière de Jeûner [c'est-à-dire ici, de faire acte de religion) que Jéhova aime davantage, c'est de s'abstenir du mal et de faire le bien. Relativement aux quatre premières lignes .qui suivent, et qui sont évidemment synonymes {les liens de Voppression^ litt.: les nœuds du joug), on pourrait s'étonner que les déportés aient pu se rendre coupables de pareilles vexations. Cependant l'inégalité de la fortune et de la condition sociale devait se produire parmi eux comme partout, et il sera permis de songer à des créanciers inexorables, à des maîtres durs, à des injustices et des fraudes de toute espèce.
^ Il y a là deux métaphores bien connues. La guérison nous rappelle que plus haut le malheur était appelé une maladie [LIII^ 4 suiv.) ; pour le heau jour, le texte met simplement le jour, ou la lumière, comme plus bas les ténèbres se mettront pour le malbeur. Nous avons supprimé une troisième métaphore, qui aurait trop choqué le goût moderne. Le texte dit : ta guérison germera,
'^ Gomp. LU, 12. La guérison d'Israël devant être une restauration politique, un retour en Palestine, il est question ici d'une marche triomphale à travers le désert (v. il), comparée à celle du peuple de Moïse qui avait été guidé par la présence personnelle de Jéhova. C'est lui encore qui ouvrira et fermera la marche, et le parallélisme fait voir que le salut est personnifié, et peut ôtre pris pour le Sauveur.
^ Litt.: L'acte {d'étendre) de montrer les gens au doigt. Il est naturel de supposer que l'objet de ces moqueries seraient les fidèles et pieux Israélites. Se moquer du malheur des autres, au lieu de Tenir à leur secours, c'est le comble de la méchanceté.
296 ANONYME (ES. LVIII, lO-lS).
Si tu offires à raffamé ce que tu désires toi-même,
Et que tu rassasies le cœur défaillant*,
Alors ton beau jour se lèvera dans les ténèbres,
Et ta nuit se changera en la clarté du midi.
L'Éternel te conduira constamment,
Il te rassasiera dans les déserts arides,
Il donnera de la vigueur à tes membres.
Et tu seras comme un jardin bien arrosé^
Comme une source dont les eaux ne font jamais défaut *^.
Les tiens rebâtiront les ruines antiques ;
Ce que tes aïeux avaient fondé, tu le rétabliras :
On t'appellera le réparateur des brèches^
Le restaurateur des chemins de la patrie".
Si tu cesses de fouler aux pieds le sabbat.
De faire ta besogne au jour qui m^est consacré ;
Si tu appelles le sabbat tes délices.
Et vénérable ce qui est consacré à rÉtemel;
^ On est tenté de traduire : Si tu offres à Taffamé ton âftu, et que tu rassasies Vâme affligée, de manière à faire parler Tauteur, d'une manière figurée, de toute espèce de consolation fraternelle et sympathique. Mais nous croyons devoir nous en tenir aa sens propre et matériel, qui est recommandé par le v. 7. Le mot hébreu nefs* sigtiifie très-fréquemment V appétit (en parlant des hommes et des animaux] ; or , les deux membres du distique correspondent de manière à exprimer, un peu elliptiquement sans doute, Tidée de donner ce qu'on a à celui qui n'a pas ; litt.: donner (l'objet de) son appétit (ou désir) à l'appétit de l'autre. La phrase que nous avons rendae très-librement par le c<Bur défaillant, est le passif de celle des v. 3 et 5, que nous avons traduite par mortifier. C'est proprement Vappétit comprimé (par le jeûne volontaire ou forcé]. La traduction littérale serait ici impossible. Au v. 11, c'est encore la même chose.
10 Le il* verset reproduit l'idée du 8*, en y ajoutant de nouvelles images. Les membres fortifiés rappellent les fatigues d'une longue marche à travers des contrées qui n'offrent ni asile ni confort. Mais elles se changeront en jardins et se couvriront de ruisseaux non intermittents (litt. : qui ne trompent pas] . Par une métonymie hardie, ce tableau allégorique est transporté du désert au peuple qui doit le traverser. C'est Israël qui sera un jardin, et qui se trouvera (comme nous disons aussi] dans un état florissant.
1 1 Le texte parle de ruines antiques et des alenœ^ parce que la majorité des contemporains du prophète n'étaient nés qu'après la catastrophe. La seconde ligne, qui devrait proprement se traduire : Le4 fondements des générations^ fait allusion à ce fait, que les fondements étaient à peu près tout ce qui restait encore de Jérusalem. Le parallélisme nous défend de traduire : tu poseras de nouveaux fondements qui dureront pendant de nombreuses générations. La dernière ligne devrait se traduire à la lettre : Celui qui reconduit (par] les chemins à rhabitation.
Si tu le respectes en laissant là tes affaires, En ne pas poursuivant tes affaires ou plaidant tes querelles *',
Alors tu auras ta joie en TËternel :
Je te reconduirai en triomphe vers les hauteurs de ton pays *',
Je te ferai jouir de Théritage de ton père Jacob!
Oui ! C'est la bouche de TËtemel qui le dit !
Non, la main de l'Étemel n'est pas trop courte pour sauver, Ni son oreille trop dure pour entendre! Mais ce sont vos méfaits qui mettent des barrières
Entre vous et votre Dieu; Ce sont vos péchés qui lui font cacher sa face,
Pour ne pas vous entendre *.
Car vos mains sont souillées de sang.
Et vos doigts de crimes ;
'2 Les derniers versets reviennent au reproche de violation du sabbat, dont il a déjà été parlé ci-dessus, LVI, 2. Si tu cesses, etc. Le texte porte à la lettre : Si tu retires ton pied du sabbat. Au lieu de besogne, affaires, les anciennes traductions mettaient : volonté, caprices^ etc. Mais l'autre sens, en tout cas plus naturel, est assuré. A la fin nous avons mis : plaider des querelles, en songeant soit à des procès pour intérêts mondains, soit à des disputes vulgaires (ci-dessas v. 4). Le substantif hébreu signifie souvent un procès, une cause judiciaire, jamais une parole vaine, comme on l'explique communément.
13 Reconduire en triomphe, litt.:) ooiture (et non : à cheval). Les hauteurs sont le nom caractéristique du pays (ou plat au) de Canaan, comme nous disons : les steppes de le Russie, les plaines de la Lombardie. L'auteur ne veut pas dire que la voiture passera de préférence, comme par escalade, par les sommets des montagnes.
1 L'idée exprimée dans le chapitre précédent est reproduite ici avec de nouveUes couleurs. Si le salut promis et espéré ne s'est pas encore montré, si Israël gémit toujours encore sous le joug de ses cruels oppresseurs, la faute n'en est pas à Jéhova, conmie si sa puissance ne suffisait pas pour opérer la délivrance, ou qu'il fUt trop loin de son peuple pour entendre ses plaintes. La faute en est à ce peuple même. A ce propos, l'auteur fait encore un tableau bien sombre de l'état moral des Israélites, tel qu'il 86 présentait vers l'époque de Gyrus. L'exil qui avait frappé une génération déjà corrompue, exerça bien une influence salutaire sur quelques hommes, dont la conscience avait été réveillée par le châtiment divin, mais les masses^ jetées au hasard au milieu d'une nation étrangère, privées de tout ce qu'il y a de moralement bienfaisant dans le sentiment de la nationalité et dans l'attachement au sol de la patrie, les masses, disons-nous, n'y avaient point gagné. Le texte fait allusion à divers crimes, mais les accusations sont générales et les détails nous manquent ; nous devons cependant reconnaître que la situation a dû être bien triste poar inspirer de pareilles invectives.
Vos lèvres profèrent le mensonge.
Votre langue murmure l'iniquité.
Nul n'assigne l'autre avec justice, Nul ne plaide avec droiture ; On se fie à l'imposture, on dit des mensonges. On a conçu l'intrigue et l'on enfante le forfait*. Ce sont des œufs de basilic qu'ils couvent, Des toiles d'araignée qu'ils tissent :
Celui qui mange de leurs œufs doit mourir. Qui les écrase — il en éclora une vipère. Leurs tissus ne peuvent servir de vêtements. On ne saurait se couvrir de leur ouvrage* :
Leurs faits sont des forfaits. Et leurs mains pleines d'actes de violence.
Leurs pieds courent au mal; Ils ont hâte de verser le sang innocent; Leurs pensées sont des pensées criminelles, La destruction et la ruine sont sur leur chemin. La voie de la paix, ils ne la connaissent point;
2 NouB aurons à songer ici de préférence à des actes d'injustice, de spoliation, ou sa moins de dureté, peut-être de meurtre, commis par la voie indirecte des intrigues judiciaires, des faux témoignages^ des dénis de justice. L'assignation déjà est faite dans de mauvaises intentions, le plaidoyer est un tissu de mensonges, Tarrêt un forfait. La plupart des termes employés par l'auteur signifient proprement le nfant, la vanit/; ils s'appliquent ensuite à l'idée de mensonge, et arrivent ainsi à désigner finalement ce qui est le but du mensonge : le crime.
' La pensée indiquée tout à l'heure revêt une forme allégorique à partir de la fin da 4* verset. Les images de la conception et de Ven/antement en amènent d'autres plus expressives encore. Le basilic est le symbole de la méchanceté insidieuse qui fascine ses victimes avant de les dévorer. Couver des œufs de basilic, c'est donc s'étudier à mal faire. Il ne faut pas s'arrêter à la forme de ces images, mais s'en tenir aux idées qu'elles représentent, et surtout considérer celles-ci isolément. Car personne ne moâ^e des œufs de basilic, lesquels, du reste, ne contiennent pas de poison, et desquels il ne sortira jamais des vipères. Le prophète, qui savait cela tout aussi bien que nous, enteod par la première phrase qu'on s'expose à la ruine, quand on se laisse prendre k l'appât des mensonges imaginés pour faire tomber un malheureux dans le piège. Xi^teuf éctasi ne représente pas la légitime défense de l'innocent, mais l'apparition au grand jour de ce qui était caché auparavant, et la vipère qui en sort, c'est l'effet mortel d'une machination bien calculée. La toile d'araignée ne doit pas nous faire songer à sa fragilité (Job YIII, 14), mais à son but; ce tissu n'est pas un vêtement, mais on piège. Le reste n'a pas besoin d'explication. La paùc résume toutes les idées de bien-être, de bonheur, de salut. Ici, il faut nécessairement y rattacher une notion morale. Les chemins tortus rendent la même pensée, d'après une autre métaphore bien connue, et dans une forme négative.
Il n'y a point de jastice dans leurs ornières ;
Ils se font des sentiers tortus :
Quiconque y marche, ne connaît point la paix.
Voilà pourquoi Tarrêt reste loin de nous,
Et le salut ne nous arrive point ^ :
Nous attendons la lumière, et nous voilà dans Tobscurité, La clarté du jour — et c'est dans les ténèbres que nous marchons. Nous tâtonnons, comme des aveugles, après le mur;
Comme des gens sans yeux, nous allons à tâtons. Nous trébuchons en plein midi comme dans le crépuscule.
Dans Fabondance comme des mourants^.
Nous grondons tous comme des ours ;
Comme des colombes, sans cesse nous gémissons^.
Nous attendons Tarrêt, et il ne vient pas;
Le salut — il s'éloigne de nous!
'^ Trois fois, dans ce morceau (v. 9,11,14], le prophète répète que c'est à cause des péchés énumérés plus haut, que Jéhova retarde le moment de la délivrance promise. 'Uarrêt dont il parle, c'est précisément l'intervention du juge suprême qui doit mettre fin aux tribulations d'Israël et houleverser l'empire de ses oppresseurs. Les traducteurs ont généralement méconnu ce sens et se sont obstinés avoir ici, non le salut qui devait venir de Jéhova, mais la justice qui manquait aux hommes. Si l'auteur emploie un terme qui a aussi le sens de justice, c'est que Dieu devait venger ou dédommager ceux qui souffraient encore sans l'avoir mérité. C'est précisément en vue de ces derniers que le prophète parle communicativement, à la première personne, de ces mêmes péchés, tout à l'heure l'objet de ses invectives, par la raison qu'il se sait toujours membre du corps de la nation ; mais on s'aperçoit qu'il sépare au fond sa cause et ses sentiments.de ceux des vrais coupables. C'est la faute de ceux-ci, si nùus aussi nous attendons la fin de nos maux, l'aurore d'un nouveau jour.
^ L'image de la nuit (du malheur) amène le tableau des hommes marchant à tfttons comme des aveugles, pour exprimer l'idée d'une faible lueur d'espérance, qui reste seule encore. Nous avons ici la preuve la plus palpable que ce livre n'a pas été écrit d'un trait, mais a été inspiré par des situations et des perspectives changeant d'un jour à l'autre. Autrement, la contradiction avec les brillants tableaux du commencement, qui vont revenir tout à l'heure, serait trop choquante. — Au lieu de Vabondance, réclamée par l'étymologie et le parallélisme, beaucoup de commentateurs mettent l'obscurité*. Le sens est : Jéhova nous avait fait de si belles promesses, nous pouvions d'avance nous réjouir de leur prochain accomplissement : et voilà que par notre faute ces espérances s'évanouissent, noire perspective se voile, et nous sommes comme des gens qui meurent de faim au milieu de l'abondance.
^ La voix sourde de ces animaux est interprétée par l'esprit poétique de l'antiquité comme la manifestation d'un sentiment de tristesse.
300 ANONYMB (éS. LIX, 12-16).
Car nos méfaits sont nombreux devant toi, Et nos péchés rendent témoignage contre nous^ : Oui, nos méfaits nous sont présents, Et nos fautes, nous les connaissons :
Désobéir à TËternel et le renier.
Nous détourner de notre Dieu,
Parler oppression et révolte, Concevoir et méditer des paroles de mensonge '
Aussi l'arrêt est-il retardé.
Et le salut se tient-il à distance :
Car la bonne foi trébuche sur la place publique.
Et la droiture n'y a pas accès.
La bonne foi a disparu.
Et celui qui s'abstient du mal est la proie des autres.
Et l'Éternel le vit, Et il fut irrité de cette absence de justice*.
Il vit qu'il n'y avait personne.
Il s'étonna qu'il n'y eût personne qui intervint : Et ce fut son bras à lui qui lui vint en aide,
Et sa puissance qui le soutint ^^.
'^ Les péchés sont personnifiés et censés se présenter devant le tribunal de Diea comme des témoins à charge.
S Cette énamération de péchés, que le prophète fait au nom de son peuple, comme une espèce de confession (mais que nous nous garderons bien d'attribuer aux hommes peints dans la première partie du chapitre), mentionne aussi Tapostasie. Gela ne saurait nous surprendre ; cependant il n'est peut-être question que de la défection morale. Toujours est-il que les méfaits judiciaires prédominent encore, et reviennent surtout vers la fin, où, par une seconde prosopopée, non moins lielle, la bonne foi et k droiture ne réussissent pas à pénétrer dans la place publique (où se jugeaient les procès), ou s'y heurtent contre des obstacles qui les font tomber.
9 La transition entre ce passage et le précédent est très-brusque, et rassociation des idées peut échapper à un lecteur superficiel et moins habitué à la lecture des prophètes. On le voit aussi par la coupe des versets, qui est mal faite en cet endroit L'auteur dit d'abord que l'état des choses, tel qu'il l'a décrit plus haut, n'échappa pa» à Dieu, qui dut s'en indigner. Mais cette indignation ne fut pas le seul sentiment qu'il éprouvât. Il avait engagé sa parole pour la délivrance de son peuple, et voilà que cette délivrance était en quelque sorte rendue impossible et sa promesse illusoire, par la faute d'Israël même. C'était Israël qui devait conquérir cette grftce, par un repentir sincère et une application constante à ses devoirs.
10 Rien de tout cela n'avait eu lieu. Personne ne venait se présenter devant le juge pour intervenir, pour plaider la cause d'Israël, pour solliciter l'accomplissement des promesses^ en établissant ses titres. Jéhova dut s'en étonner , rester muet de colère et
ANONYME (ES. UX , i7-20). 301
11 se revêtit de puissance, comme d'une cuirasse,
Mit le casque du salut sur sa tête,
Des habits de vengeance pour cotte d*armes^
Et se drapa de zèle jaloux comme d'un manteau *^
Telles les actions, telles il les payera :
Colère à ses ennemis, revanche à ses adversaires,
Aux Iles lointaines, il payera la revanche"!
A rOccident, on craindra le nom de rÉternel,
Et sa majesté^ à TOrient, Quand il viendra, comme un fleuve en furie.
Que fouette le souflle de Dieu".
Mais pour Sion, il viendra comme rédempteur, Et pour ceux de Jacob qui se repentiront :
C'est rÉternel qui le dit.
de regret. Mais comme ses promesses sont immuables, il se fit un devoir d'en amener Taccomplissement par lui-même et directement. Il ne veut pas faire attendre plus longtemps ceux qui lui sont restés fidèles, il va frapper les oppresseurs païens, reconduire dans leur patrie ceux qui se seront repentis, et faire une nouvelle alliance avec une race purifiée. On comprend, sans que le prophète le dise, que les Juifs méchants et opiniâtres seront enveloppés dans la nouvelle catastrophe et qu'il n'y aura de sauvés que les justes et les réconciliés. — On remarquera encore que Tauteur, dans ce nouveau tableau prophétique, met ses verbes au prétérit. La grande action a donc déjà commencé. Nous savons, par les chapitres précédents (XLI ; XXiY, etc.], quels sont les événements politiques contemporains qui sont signalés comme les premières scènes du drame qui doit changer les destinées d'Israël. Cependant le futur reparaît bientôt et précise la portée des phrases précédentes. — Son bras lui vint en aide, cela veut dire, il vainquit sans avoir besoin d'un secours étranger. Le parallélisme fait voir qu'il faut traduire puissance^ force victorieuse, autorité de juge (et non : justice, dans le sens ordinaire de ce mot] .
1 1 Les qualités morales ou physiques sont représentées, dans le langage poétique, comme des pièces d'habillement ou d'armure. Cette phrase dit donc simplement que Dieu s'apprôte à venger son peuple et que l'issue de la lutte est décidée d'avance.
13 Les acticns, auxquelles il est fait allusion, c'est la destruction de Jérusalem et de son temple, et la déportation de ses habitants. Cette revanche (ou revenge, comme on devrait écrire] frappera non seulement les Chaldéens eux-mêmes, auteurs directs de la ruine d'Israël, mais aussi les îles, les pays lointains de l'occident, qui en ont profité en achetant aux vainqueurs les habitants réduits en esclavage (Joël IV, 6, etc.].
13 Ce verset est très-diversement traduit et interprété. D'autres lui donnent Cyrus pour sujet, ou bien un emiemi d'Israël que Dieu mettra en fuite. Nous nous sommes laissé guider par le contexte, qui veut que ce soit Dieu qui soit comparé à un fleuve impétueux, poussé en avant par le souffie de Dieu, c'est-à-dire par la tempête ; il est tel contre les Chaldéens — tandis que pour Israël il vient comme un libérateur.
Et moi, voici mon pacte avec eax, dit TËternel :
Mon esprit qui repose sur toi —
Et mes paroles que j'ai mises dans ta bouche.
Elles ne quitteront point ta bouche,
Ni la bouche de tes fils, ni celle des fils de tes fils,
Dit, rÉternel, d'ores k tout jamais ** !
Lëve-toil Sois radieuse I Car ton beau jour vient, Et la gloire de rÉternel rayonne sur toi. Vois! La terre est couverte de ténèbres, Et les nations sont dans Tombre de la nuit :
Mais sur toi rayonne TÉtemel, Et sa gloire apparaît au-dessus de toi M
Les peuples marchent vers ta lumière.
Et les rois vers l'éclat de ton aurore. Lève tes yeux et regarde autour de toi : Ils s*assemblent tous, ils viennent à toi.
Tes fils arrivent de loin.
Et tes filles sont portées sur les bras.
14 La transition d'une personne à Tautre (mon pacte avec eua, mon esprit sot tôt] ne doit pas nous dérouter. C'est toujours Israël, Tlsrael de Tavenir, à qui s'adresse cette déclaration. Les bienfaits qui lui sont accordés, et qui sont résumés ici dans les notions d'esprit et de paroles, c'est-à-dire à la fois de loi objectivement donnée, et de disposition subjective pour l'obéissance, ces bienfaits lui sont assurés pour toujours, et par son entremise ils parviendront à d'autres nations encore (XLIX, etc.).
1 Ce chapitre se rattache à la dernière partie du précédent. Ce qui venait d'être dit sous la forme d'une promesse prophétique, se présente ici sous celle d'une peintore apocalyptique. C'est la description de la nouvelle Jérusalem. Le prophète la voit devant lui et en exalte la splendeur. Le discours s'adresse directement à Jérusalem : cellenà est considérée comme une personne douée de sentiment et d'intelligence, et noo comme un amas de maisons. Le début du texte nous offre le spectacle d'une nuit profonde qui enveloppe le monde, symbole des malheurs actuels et de la situation historique d'Israël. Tout à coup les premiers rayons du soleil levant paraissent à l'horizon ; c'est la majesté du Très- Haut qui enfin se manifeste. Elle éclaire un point privilégié de la terre, les ruines de sa cité : Lève-toi, crie le prophète, chasse le sommeil de tes paupières ! Le jour de la résurrection est arrivé. — Les traits du tableau qu*on va lire ne se suivent pas dans un ordre régulier. La poésie ne s'astreint pas servilement aux lois de la logique. Cependant nous distinguerons iacilement trois scènes ou groupes, sur lesquels le prophète porte tour à tour son regard, et qui représentent la richesse, la puissance, et la sainteté de la nouvelle cité. 11 voit celle-ci rebâtie, et ne a'arrôte pas à la description préalable de la reconstruction.
ANONYME (és. LX, 5-9). 303
Quand tu le verras, tu brilleras,
Ton cœur tresaillera et s'épanouira.
Car la richesse de la mer sera dirigée sur toi,
Et les trésors des peuples te reviendront'. Une caravane de dromadaires te couvre,
Les jeunes chameaux de Midyan et de 'Éfah ;
De S'ebâ on vient en masse,
Apporter de l'or et de l'encens.
Et proclamer les louanges de l'Éternel.
Tout le bétail de Qédar se rassemble chez toi, Les béliers de Nebayot se mettent à ton service : Us montent sur mon autel, pour mon plaisir. Pour que je glorifie le temple de ma gloire. Qui sont ceux-là, volant comme une nuée, Comme des pigeons vers leur colombier I C'est que les Ues attendent mon signal'.
Les vaisseaux de Tars'is' en tète,
^ LHdée dominante dans ce premier tableau» est celle que les peuples étrangers viendront apporter leurs richesses à Jérusalem^ pour rehausser la splendeur de la ville. Cela est dit très-clairement v. 5^ 6, 7, 9. Les richesses de la mer ne sont ni les poissons, ni les perles, mais les marchandises précieuses apportées par mer des pays lointains. Les caravanes de chameauw représentent le commerce de terre. Les noms propres sont ceux de diverses peuplades de l'Arabie, dont les unes faisaient le commerce de transit entre le golfe persique et les ports de la Méditerranée, les autres amenaient leurs troupeaux. — Mais dans ce cadre se dessinent deux autres faits d'une nature moins matérielle. D'abord, il est question (v. 4, 9) du retour heureux de tous les Israélites déportés en divers pays et réduits en servitude (LIX, 18). C'est bien là ce que les vaisseaux de la grande mer {Tarsfts'f l'Espagne) apportent de plus précieux. Ainsi toute la nation se trouvera de nouveau réunie dans sa patrie, pour jouir d'un booheur si longtemps attendu, si chèrement acheté. Jérusalem ayant été représentée comme une mère à laquelle ses enfants sont rendus, ceux-ci deviennent, sous le pinceau de l'allégorie, des nourrissons qu'on porte sur les bras (XLIX, 23). — En second lien, cette affluence d'étrangers aura aussi un but religieux (v. 6, 7, 9}. Les païens viendront à Jérusalem, pour offrir des sacrifices à Jéhova, et pour rendre hommage à un Dieu qui aura manifesté sa gloire d'une manière si éclatante. Cet élément revient très-fréquenmient chez les prophètes, mais cela ne nous autorise pas à ne voir dans les autres éléments, plus matériels et d'une portée plus immédiatement nationale, que des descriptions mystiques de biens purement spirituels.
3 Pour bien comprendre cette phrase, il ne faut pas perdre de vue qu'au v. 5 le futur prophétique a remplacé le présent apocaljrptique : Jérusalem terra ce que le prophète voit dès à présent. Puis le présent reparait v. 6 siiiv. Le v. 8 entremôle ces deux points de vue. Car il dit que les iles (de la Méditerranée, c'est-à-'dire les pays baignés par cette mer] attendent (en ce moment encore] le signal que Jéhova va leur transmettre, pour renvoyer les captifs et y joindre leurs offrandes, et pourtant oa voit (déjà) leurs vaisseaux accourir en nombre, comme une volée de pigeons, etc.
Pour ramener de loin tes enfants, Apportant leur or et leur argent.
Pour le renom de TÉternel, ton Dieu, Pour le Saint d'Israël, quand il Taura glorifié !
Les fils de Tétranger rebâtiront tes murailles,
Et leurs rois se mettront à ton service.
Car dans ma colère je t'ai frappée.
Mais dans ma grâce je prends pitié de toi.
Tes portes seront toujours ouvertes.
De jour, ni de nuit, elles ne seront fermées.
Pour laisser entrer les trésors des peuples.
Et leurs rois amenés captifs.
Car ils périront, le peuple et le royaume.
Qui refuseront de te servir.
Ces peuples-là seront détruits et rainés^. La parure du Liban viendra vers toi.
Le cyprès, le platane, le sapin^ tous ensemble. Pour orner le lieu qui m'est consacré.
Pour que j'honore la place où reposent mes pieds ^. Ils viendront vers toi en s'inclinant.
Les fils de tes oppresseurs, Ils se prosterneront aux plantes de tes pieds.
Ceux qui t'ont honnie; Ils t'appelleront la cité de l'Éternel,
Le Sion du Saint d'Israël.
'^ Israôl^ après sa restauration, ne sera pas seulement riche, il sera ausâ puissant, maître des peuples qui ont été Jusque là ses oppresseurs. Il est question ici d'autres peuples que dans le morceau précédent, et nous aurons à songer aux alliés des Chaldéens, aux voisins des Israélites, avec lesquels ceux-ci avaient été autrefois continuellement en guerre. Ils seront réduits au rang des serfs, obligés de travailler i la corvée, comme les Cananéens du temps de Salomon. De là, plusieurs traits particuliers du tableau : ils travailleront à la reconstruction des murs qu'ils ont renversés ; ils n'auront que le choix de servir ou de périr ; ils te présenteront humblemoit leurs hommages de sujets ; ils te nourriront, comme une mère nourrit ses enfants, c'est4dire de manière que tu n'auras plus besoin de travailler. — Les jtortes toujours ouvertes, pourraient l'être à cause de Taffluence des étrangers qui viennent apporter leurs tributs ; mais elles peuvent aussi représenter la sécurité de la ville, qui n'a plus d'attaque à craindre, ses ennemis étant réduits et ses citoyens convertis. Les rois captifs (d'autres mettent : conduits, c'est-à-dire accompagnés d'un cortège) semblent recommander cette seconde application de l'image.
^ Nous mettons ce trait en rapport direct avec la reconstruction du temple, et doq avec l'embellissement du désert, comme c'était le cas dans le passage analogue, XLl, 19.
ANONYBiE (ES. LX, 15-18). 305
Aa lieu qae ta es abandonnée.
Haïe et solitaire*,
Je te rendrai glorieuse à jamais,
Les délices des générations futures.
Tu suceras le lait des peuples,
Le sein des rois te nourrira ^^ Et tu reconnaîtras que moi, rËternel, je suis ton sauveur. Ton rédempteur, moi, le héros de Jacob. Au lieu de Tairain, je mettrai de Tor, Au lieu du fer, je mettrai de l'argent ;
De Tairain au lieu du bois.
Du fer au lieu des pierres * I
Je te donnerai pour magistrat la paix,
Et pour gouverneur la justice :
On n'entendra plus parler de crime dans ton pays, De ravage et de ruine dans ton territoire ' ;
Tes murs, tu les nommeras Salut, Et les portes, Gloire.
^ Litt.: et personne n^y passe. L'aateur oublie que jas:{uHci il avait parlé de Jérasalem comme d'une femme. Il songe évidemment ici à la ville. Immédiatement après, elle est représentée comme un enfant à la mamelle, parce que c'est Tidée de la population (des enfants de la ville) qui prédomine.
'^ La mamelle des rois est une image repoussée par le goût de l'occident ; mais la rhétorique orientale et surtout hébraïque, préoccupée exclusivement de l'idée qu'elle veut exprimer, n'est point choquée par des combinaisons hybrides ou hétérogènes.
^ L'époque messianique surpassera en splendeur celle de Salomon môme, qui était renommé pour les masses de bois, de pierres et de métaux qu'il avait fait venir à Jérusalem pour ses constructions aujourd'hui ruinées. Jéhova remplacera tout cela par des matériaux plus précieux.
d La dernière partie du tableau nous offre le spectacle de la régénération morale de Jérusalem. Ses habitants seront un peuple de justes. La paix et la justice régneront, expression française qui rend jusqu'à la forme de la pensée du texte. Nous observerons seulement que la paiw et la justice pourraient très-bien être remplacées par le bonheur et le salut (sens dans lequel nous avons rencontré ces mots précédemment à plusieurs reprises}. Alors il serait plutôt question des conséquences de la régénération que de sa nature. Cette interprétation semble favorisée par toute une série d'images analogues. Ainsi les murs et les portes de Jérusalem s'appeUent salut (victoire} et gloire; la possession de Canaan est assurée au peuple, etc. En général on doit remarquer que le changement moral est plutôt supposé que décrit; mais cela s'explique par ce que le prophète a surabondamment pané du triage que Jéhova ferait du peuple, du châtiment qui frapperait les méchants et du privilège réservé aux fidèles. Le fait môme de la restauration de Jérusalem suppose donc ce triage déjà accompli, et le tableau prophétique pouvait se borner à faire contempler les prérogatives accordées aux citoyens de la cité de Dieu, sans s'arrêter à ce qui constituerait le caractère moral de ceux-ci.
A. T. 2« part. — 11. 20
ANONYME (ES. LX, 19-21. LXI, l).
Ta n'auras plus le soleil pour te luire le jour. De sa lueur la lune ne t'éclairera plus : C'est rÉternel qui sera ta lumière à jamais.
Et ton Dieu sera ta clarté.
Ton soleil ne se couchera plus,
Et ta lune ne s'éclipsera plus.
Car rÉternel sera ta lumière à jamais *®, Et tes jours de deuil sont au complet. Ton peuple sera tout un peuple de justes ; Us posséderont le pays pour toujours ;
Rejeton que je plante, Oeuvre de mes mains, pour ma gloire!
Le plus petit deviendra un millier.
Le moindre un peuple puissant*' :
Moi, rÉternel, je le ferai bientôt, en son temps!
L'esprit du Seigneur, l'Éternel, est sur moi : C'est qu'il m'a oint pour porter une bonne nouvelle aux malheureui*, Il m'envoie panser les cœurs brisés, Proclamer la liberté pour les captifs^ Pour les prisonniers, la délivrance.
20 Les portes et les murs ne sont nommés que pour rendre plus natarelle li description d'une ville; car nous savons déjà que celle-ci n'est plus attaquée et restera constamment ouverte. Aussi, en les nommant, l'auteur a plutôt en vue dlntrodnire, comme traits caractéristiques de son tableau, les idées représentées par les noms qu'il donne à ces portes et à ces murs. Une protection plus efficace est assurée à Jérosalem par la présence personnelle de Jéhova, dont l'éclat éclipsera l'astre du jour.
1^ Israël ayant été décimé par tant de calamités, l'augmentation de la population, et de cette population saine et sainte qui jusqu'ici n'avait jamais formé qu'une faiblf minorité, est un des éléments, les plus fréquemment reproduits, de la perspective prophétique (comp. LIV, 1).
1 L'objet de ce nouveau morceau ne diffère pas de celui du morceau précédent : c'est toujours la promesse d'une glorieuse restauration nationale. Mais le début prouve qu'elle doit être regardée comme une prophétie nouvelle et spéciale, car il j a une espèce d'exorde. — Oindre est une cérémonie religieuse de consécratioD poor bb ministère spécial. Aussi lauteur ezplique-t-il lui-même ce terme, en exposant le bot de sa mission. Les malheureux sont naturellement des Israélites retenus à Bahylooe, rnpti/s en ce sens, qu'il ne leur était pas permis de rentrer dans leur patrie.
Annoncer une année de grâce de rËternel, Un jour de vengeance de notre Diea ', Pour consoler tous les affligés, Pour mettre et donner aux affligés de Sion
Parure pour ordure, Huile de joie au lieu de désespoir Habits de fête au lieu de deuil', Afin qu'on les appelle térébinthes de bénédiction. Plantation de rËternel^ pour sa gloire ^ I
Ils rebâtiront les antiques ruines ; Les débris du temps des aïeux, ils les relèveront;
Ils renouvelleront les villes détruites,
Les ruines de plus d'une génération.
Des étrangers seront là pour paître vos troupeaux. Des hommes du dehors seront vos laboureurs et vos vignerons. Mais vous, vous serez nommés prêtres de rËternel,
On vous appellera ministres de notre Dieu :
Vous jouirez de la richesse des peuples,
Et vous vous pavanerez dans leur splendeur ^.
^ h'anuée et le jour sont des termes généraux et vagues ; toutefois il conviendra de faire observer que le second^ qui marque un temps plus court, est appliqué à la vengeance. Dieu devant accomplir ses châtiments d'une manière soudaine et immédiatement complète ; tandis que le temps plus long est mis en rapport avec sa grftce, ceUe-d devant être durable et soutenue.
3 Le changement promis est celui du deuil en joie. Cette idée est exprimée en partie par des figures. Le deuil ne se manifeste pas seulement par la tristesse et l'abattementi mais encore par des signes extérieurs et symboliques. Il en est de même de la joie. Par les termes de parure et ordure, nous avons cherché a reproduire le jeu de mots do rorigioal. Le premier se rapporte sans doute aux ornementa de la tête (bandelettes, tiare, couronne), le second parle de la cendre et de la poussière qu'on y répandait dans Toccasion. h^kuile aromatique s'employait dans les jours de réjouissance.
4 Israël a déjà été comparé à une plantation de Jébova (LX, 21). L'image est précisée ici par l'introduction du nom d'un arbre connu pour sa durée et son feuillage touffu. On traduit ordinairement : térébinthes de justice, en supposant que ce génitif doit qualifier le peuple. Mais c'est une erreur. Il s'agit d'une qualité de Dieu, comme dans le second hémistische, et le sens est le même que celui de grâce au v. 2. C'est la justice de Jéhova qui rend ses faveurs à Israël.
^ Dans cette peinture plus détaillée de l'avenir d'Israël, la restauration est encore décrite de préférence d'après son aspect extérieur. Les villes ruinées rebâties après cinquante ans de désolation , les fiers conquérants changés en serfs et employés aux travaux de la campagne au profit de leurs anciens captifs, leurs richesses passées aux mains de ceux-ci, en un mot, le deuil changé en joie, l'oppression et la honte trans-
308 ANONYME (ES. LXI , ^-ll).
En retour de votre bonté, vous aurez double part, Au lieu d'opprobre, il y aura de quoi se réjouir de son sort*. Oui, dans leur patrie ils posséderont le double. Une joie éternelle sera la leur.
Car moi, FÉternel^ j'aime la justice,
Je bais le pillage criminel; Et je leur donnerai leur récompense fidèlement. Et ferai avec eux une alliance éternelle. Leur race sera célèbre parmi les nations. Et leurs rejetons au milieu des peuples : Tous ceux qui les verront, les reconnaîtront Pour la race que TÉternel a bénie.
Je veux, je veux me réjouir en TÉternel : Que mon âme tressaille en mon Dieul Car il me revêt des habits du salut.
Il me couvre de la robe du bonheur.
Comme le fiancé qui orne son turban, Comme la mariée qui se pare de ses bijoux^. Oui, comme la terre fait pousser ses germes. Comme un jardin fait germer ses graines.
formées en gloire et en triomphe, voilà ce qui est offert en perspective an peuple régénéré. {Vofu vous pavaneret] d'autres traduisent: tous vous substituerez i eux relativement à la splendeur.} — Le côté moral du tableau n'est pas oublié cependant : Israël sera un peuple de prêtres ^ ce que nous n'interpréterons pas de la dime qu'il aurait à percevoir sur le monde entier, mais de l'extension des prérogatives de la triba de Lévi (basées sur une sainteté plus parfaite, et consistant surtout dans le droit d'entrer au sanctuaire) à toute la race de Jacob. Quant à la forme, il faut observer que l'auteur passe plusieurs fois d'une personne k l'autre, bien qu'il parle toujours d'Israël. Comp. en général, chap. LVIII, 12 ; LX, 10.
0 La traduction est rédigée de manière à rendre moins dure la transition de la seconde k la troisième personne. Le texte dit à la lettre : Si (quant à] l'opprohre, leur sort (sera que] ils pousseront dos cris de joie,
'' La vivacité de la peinture est telle, que le peuple est représenté ici, exprimant ses transports d'allégresse, comme si la promesse était déjà actuellement réalisée. La distance qui sépare le présent de l'avenir est effacée. On peut dire cependant que c'est le prophète qui parle, mais en s'identifient avec le corps de la nation. — Les idUts figurent les qualités, ou, ce qui va mieux à notre texte, la situation. Aussi rantenr nomme-t-il de préférence des habits de fête et de noces, parce qu'il s'agit du bonheur de la délivrance. S'il n'était pas question du fiancé et de la mariée, on pourrait retrouver dans cette comparaison le sens du v. 6. Car la robe et le turban, et même le mot hébreu que nous avons traduit, faute de mieux, par orner (Ixtt.: faire quelque chose sacerdotaleroent), nous ramènent à l'accoutrement pontifical.
Ainsi le Seigneur, TÉternel, Fait germer le bonheur et la gloire A la face de toutes les nations^.
Pour Sion je ne me tairai point,
Et pour Jérusalem je n'aurai point de repos, Jusqu'à ce que son salut apparaisse comme Taurore, • Et sa délivrance comme un flambeau qui brûle*.
Et quand les peuples auront vu ton salut. Et tous les rois ta gloire,
On t'appellera d'un nom nouveau
Que la bouche de l'Éternel déclarera.
Tu seras une couronue brillante dans la main de l'Éternel, Et un diadème royal dans la main de ton Dieu,
On ne te nommera plus Délaissée,
Ta terre ne sera plus appelée Solitude :
Mais toi, tu seras appelée Monplaisir, Et ta terre Mariée ;
Car l'Éternel prendra plaisir à toi, Et ta terre aura un époux'.
8 Comp. chap. XLV, 8. Le bonheur est celui du peuple^ la gloire, celle de Dieu.
1 II 7 a des interprètes qui mettent ce morceau dans la bouche de Jéhova. Nous pensons que c'est le prophète qui parle, et qui, par ses instances, veut hâter le moment de la délivrance. Il ne doute nullement de la certitude de celle-ci, mais c'est raccomplissement qui se fait attendre.
* Le prophète s'adresse directement à Jérusalem, que, dans son extase, il voit déjà relevée de ses ruines et resplendissante d'un nouvel éclat. S'il parle d'un nouveau nom, ce n'est pas à dire que celui de Jérusalem sera aboli. Il s'agit plutôt d'une nouvelle qualification appropriée au futur ordre de choses (comp. chap. LX, 14. Jér. III, 17; XXXIII, 16. Éz. XLVIII. 35). Comparée à une femme, la \ille est aujourd'hui abandonnée de son mari, parce qu'elle l'a abandonné d'abord ; mais ce mari lui rendra ses bonnes grâces ; Jéhova pardonnera à Jérusalem. Cela est exprimé par ces mots : Délaiêsée, Monplaisir, etc., qu'il faut évidemment prendre pour des noms propres, si Ton ne veut pas effacer la couleur si particulière de l'original (comp. chap. XLIX, 14 ; LIV, 5ss.; LX, 15). D'après une autre comparaison, Jérusalem est nommée une couronne; située sur le haut de plusieurs collines, elles les couronnera comme d'un brillant diadème. Si ce diadème est placé dans la main de Dieu, c'est qu'à l'image vient se joindre l'idée abstraite de la cause du changement. La puissance de Jéhova lui rendra cette splendeur ; c'est elle qui posera cette couronne sur le front de Sion et de Moria.
Comme le jeune homme épouse la vierge,
Tes enfants t'épouseront, Et comme la fiancée fait la joie de Tépouz,
Toi, tu feras la joie de ton Dieu*.
Sur tes murs> o Jérusalem, je place des gardiens : Jamais, de jour ni de nuit, ils ne doivent se taire. Vous, qui devez faire souvenir TÉtemel,
N'ayez point de repos!
Et ne lui laissez point de repos à lui. Jusqu'à ce qu'il rétablisse Jérusalem, Et qu'il en fasse la gloire de la terre ^ !
L'Éternel l'a juré par sa droite, par son bras puissant Jamais je ne donnerai plus ta moisson
A manger à tes ennemis.
Et les fils de l'étranger ne boiront plus ton vin.
Pour lequel tu auras travaillé^.
Mais ceux qui l'auront récoltée, la mangeront
En louant l'Éternel, Et ceux qui l'auront recueilli, le boiront
Sur les parvis de mon sanctuaire.
s Ces disti^es reprennent la métaphore du mariage dans deux sens différents. Il est question d'un cdté de l'afTection du jeune époux pour la nouTelle mariée, en d'autres termes, du bonheur de la réconciliation de Jéhova avec son peuple ; de Tautre côté, des suites de celle-ci, savoir du retour des Israélites, et de la restauration de Jérusalem. Le mariage des enfants [des habitants] avec leur mère (la patrie), est une image beaucoup moins usitée et moins naturelle que Tautre, mais dont le sens ne saurait être douteux. Au lieu à'épouter, nous aurions pu dire s'imtr à, mais avec cela la couleur de l'original aurait été elTacée.
^ Ces lignes expriment, sous une nouvelle forme, l'idée déjà énoncée au commencement du chapitre : il s'agit toujours des instances à faire auprès de Dieu, pour hâter l'accomplissement de ses promesses. Tout à l'heure c'était le prophète loi-même qui faisait ces instances. Ici, par une fiction poétique, il les fait faire par d'autres. Sur les murs ruinés de Jérusalem, il dit avoir placé des gardiens qui doivent rappeler sans cesse à Jéhova l'engagement qu'il a pris à l'égard de la ville. On a demandé ce que c'était que ces gardiens: des habitants, des anges, ou des députés des exilés? La question est très- superflue. Il ne s'agit là que d'une personnification des ruines deU ville. Ce sont les pierres mêmes qui demandent vengeance.
^ La restauration une fois accomplie, il n'y aura plus de retour d'infortune. Paisible possesseur du pays, Israël jouira de ses produits, sans plus avoir à craindre des invasions étrangères. Mais il en jouira en rendant grâces à Dieu, en les consacrant pir des offrandes et des libations.
Passez, passez par les portes !
Aplanissez le chemin da peuple !
Frayez, frayez la route, ôtez-en les pierres ! Ërigez un signal pour les tribus * !
Voyez ! l'Éternel fait proclamer jusqu'au bout de la terre : Dites à la fille de Sion : Vois, ton sauveur vient ; Vois, il apporte avec lui sa récompense. Et son salaire le précède ^I Et on les appellera le peuple saint, les rachetés de rÉternel, Et toi, tu seras appelée Recherchée*, La ville non délaissée!
Qui est-ce qui vient là d'Édom, En habits éclatants de Boçrah ?
Qu'il est magnifique dans son costume !
Comme il marche fièrement et plein de force !
< C'est moi qui ai parlé de salut^ Qui suis grand pour sauver ! >
Pourquoi ce rouge à ton vêtement?
A tes habits, comme quand on foule le pressoir ?
^ Ici encore^ après le simple énoncé d'un fait à Tenir, le discours s'anime Jusqu'à la Tivacité dramatique. Le prophète s'adresse directement aux exilés. Il les presse de se mettre en route, tellement il est assuré de la proximité de la révolution qu'il annonce. Lies portes par lesquelles ils doivent passer, sont celles de Babylone et des autres villes de l'empire où ils se trouvaient établis. Les impératifs suivants ne s'adressent à personne. Ils expriment simplement des vœux et des promesses. Le signal doit servir de point de ralliement pour les caravanes partielles, qui finiront par former enseoible une nation en marche.
1 Dans le monde entier, où il pouvait y avoir des Israélites (chap. LX, 4, 8 suiv.], l'appel de Jéhova leur parvient ; tous apprennent que le Sauveur (hébreu : le salut) arrive enfin, et qu'ils ont à le rejoindre [à y prendre part). Il vient avec son salaire (XL, 10], c'est-à-dire avec le bonheur qui doit servir de compensation pour cette longue et cruelle épreuve.
^ Reekerckée est encore un des nouveaux noms symboliques de Jérusalem. Jéhova pendant longtemps ne s'était plus soucié d'elle ; désormais il en prendra soin. Le nom impliquant le fait, c'est une promesse de protection spéciale.
«Le pressoir, je Tai foalé à moi senl;
De tous les peuples, pas un n'était ayec moi:
Je les ai foulés dans ma colère,
Je les ai écrasés dans mon courroux.
Le jus a rejailli sur mes vêtements ;
J'en ai souillé tous mes habits.
C'est que j'avais à cœur un jour de vengeance. Et Tannée de ma rédemption était enfin venue. Je regardais et personne ne m'aidait, J'attendais en silence et nul ne me soutenait : Alors ce fut mon bras qui me donna la victoire.
Et ma colère fut mon appui.
J'écrasai les peuples dans mon courroux,
Je les broyai dans ma fureur, .
Je fis couler leur sang à terre *.>
^ L'explication des détails, dans ce morceau, n'est pas difficile. Le prophète Toit arriver un personnage dont le costume annonce un guerrier victorieux. Ses habits sont tachetés de rouge, souillés de sang. Il demande qui c'est, et la réponse qui loi est donnée I lui apprend (et au lecteur en même temps) que c'est Jéhova lui-même qui enfin a fait éclater sa colère contre les .oppresseurs de son peuple pour amener la délivrance de ce dernier. Cette idée très-simple est enveloppée sous une forme aUégorique qui a donné lieu à diverses méprises.
Le carnage fait des ennemis est comparé au pressurage des raisins, opération que les Israélites faisaient d'une manière assez primitive, en foulant aux pieds les grappes Jetées dans une cuve. Le Jus rejaillit sur les habits des vignerons, comme le sang des blessés sur le vainqueur qui les égorge. Les paroles mises dans la bouche de Jéhova insistent sur ce que la catastrophe qui sauve Israël est son œuvre à lui seul. Le reste n'a pas besoin d'explication. Nous ferons seulement remarquer qu'au v. 6 nous avons suivi la leçon recommandée par le parallélisme : je les broyai (b pour k) ; tandis que notre texte reçu dit : Je les enivrai. Ce serait là une métaphore tonte différente et étrangère à l'allégorie de tout le morceau, mais qui se rencontre ailleurs, quand il est dit que Dieu fait vider à quelqu'un la coupe de sa colère.
Mais les interprètes ne sont nullement d'accord sur la portée de l'ensemble. Quelques-uns s'en tiennent aux noms propres et croient qu'il s'agit de la ruine des Ëdomites, ces ennemis acharnés d'Israël sur lesquels les prophètes du temps appelaient souvent la vengeance divine ( Es. XXXIV. Jér. XL VIII. Obadia. Comp. Ps. CXXXVII). Dans ce cas, ce morceau ne se trouverait dans aucune liaison directe avec le reste du livre, car la ruine des Édomites ne changeait rien à la situation des Israélites à Babylone. D'autres ont pensé qu'il s'agit d'une victoire remportée par Cyrus sur des peuples de l'Asie occidentale, sur l'empire de Crésus, victoire qui devait hflter la chute de l'empire babylonien. Ils supposent que le vainqueur, conduit par Jéhova, marche contre la capitale en frappant encore Édom en chemin. Jéhova serait représenté coomie le véritable auteur des victoires de son protégé (XLV, 1}. Mais il n'est pas question ici d'une armée qui aurait exécuté les volontés de
Je célébrerai les grâces de rÉtemel et ses louanges, D'après tout ce que rÉiernel a fait pour nous ; Et la grandeur de sa bonté pour la maison d'Israël, Qu'il a comblée de ses faveurs dans sa miséricorde ^
Il dit' : Vraiment, ils sont mon peuple ; Des enfants qui ne sauraient me tromper. Et il devint leur sauveur.
Dieu. Il est dit au contraire que personne ne lui vint en aide. De plus, Cyrus^ en marchant sur Babylone, est venu du côté opposé. Ces interprétations historiques ne sauraient donc nous satisfaire.
D'un autre cdté, l'interprétation chrétienne est naïvement contraire au texte. Elle s'est stéréotypée et vulgarisée par des gravures qui représentent le Christ comprimé dans un pressoir et faisant jaillir les gouttes de son sang rédempteur sur les hommes. Mais le texte parle du sang des hommes rejaillissant sur le Seigneur, et s'il peut être dit que, d'après le prophète, la rédemption d'Israël demandait une effusion préalable de sang, c'est bien du sang des ennemis qu'il entendait parler.
Nous avons une tout autre idée de l'intention de l'auteur. Nous essayerons, pour la comprendre, de faire rentrer ce morceau dans le cadre général du livre. Or, partout il s'agit d'une promesse, donnée avec assurance, au sujet de la délivrance d'Israël. La ruine sanglante de Babylone est l'un des éléments de cette perspective, comme le retour des exilés, la restauration de Jérusalem en sont d'autres. Tout cela naturellement est réservé à l'avenir ; à un avenir prochain, sans doute : mais ce n'est pas encore de l'histoire accomplie. Seulement le prophète tantôt se borne à prédire simplement les choses futures, tantôt il les voit présentes devant lui, dans ses visions extatiques, ou, si l'on veut, par suite de l'ardente énergie de sa foi. Ici le fait à décrire est présenté comme déjà consommé, comme vu, Jéhova a déjà vaincu Babel et tous les ennemis d'Israël, le sang des vaincus e$t sur ses habits ; cela revient à dire que la chose est sûre et certaine, que les faits répondront immanquablement à la prédiction. Il vient d'Édom et de Boçrah, non pas parce qu'il aurait eu à frapper là une peuplade comparativement peu importante, mais parce que c'est dans cette direction que, pour un prophète résidant à Babylone, est situé le séjour théocratique de Jéhova. Car depuis la ruine du temple, il doit siéger sur les hauteurs du Sinaï, comme dans les temps antiques (Juges V, 5. Ps. LXVIII, 9, 18. Deut. XXXIII, 2}. Il vient donc du Sinaî, il a quitté enfin sa résidence, après un repos (LXII, 1) trop long déjà, pour frapper le grand coup ; il a traversé l'Arabie Pétrée, pour mettre la main à l'œuvre de vengeance. C'est une vision très-rassurante, sans doute, mais provisoirement ce n'est encore qu'une vision. Babylone subsiste, l'exil continue. Aussi allons-nous voir changer tout à llieure le ton du discours. La prière, les sollicitations vont reprendre la place des chants de triomphe. L'espérance et les angoisses prédomineront alternativement et le futur remplacera le prétérit défini,
1 Le souvenir du passé, l'histoire ancienne et sacrée d'Israël est encore une fois invoquée conune fondement et garantie de la grftce de Dieu dans l'avenir. « Ce qu'il a fait pour nos pères, il voudra bien encore le faire pour nous, si nous implorons sa pitié. ■ L'auteur, à cet effet, remonte aux premiers temps de l'histoire nationale.
^ A l'époque de la sortie d'Egypte, quand Jéhova adopta les Israélites comme ses enfants, espérant qu'ils lui resteraient fidèles.
Dans tous leurs maux, loi aussi avait mal'. Et TapparitioD de sa face les sauvait^; Dans son amour et sa miséricorde il les rachetait, Il les relevait^ il les portait en tout temps jadis. Mais eux se révoltèrent et irritèrent son saint esprit. Alors il se changea pour eux en ennemi, Et lui-même combattit contre eux.
Alors son peuple se souvint des anciens jours de Moïse ^ : «Où est-il, celui qui leur fit passer la mer, Avec le berger de son troupeau?
Où est-il, celui qui mit au milieu d'eux son saint esprit? Lui qui fit marclier son bras glorieux à la droite de Moïse? Qui fit jaillir Teau devant eux, Pour se faire un nom éternel?
Qui les fit passer par les flots.
Comme un coursier par la plaine, sans qu'ils bronchassent? Pareils au troupeau qui descend dans la vallée. L'esprit de rÉternel les conduisit au repos* : Oui, ainsi tu as guidé ton peuple, Pour te faire un nom glorieux !>
' Trtduction faite d'après la leçon marginale préférée par les criti^es Juifs. Le texte imprimé dit : Dans tous leurs maux il ne fut pas leur ennemi, ce qui serait assez froid. L'auteur veut exprimer l'idée Je la sympathie de Dieu pour les soufErances du peuple. Il les prit en pitié, les retira de la servitude, et en fit toujours de même daos des circonstances pareilles. Malheureusement ils furent ingrats, etc.
^ h^ apparition de sa face, en langage moderne: sa présence personnelle. Les traducteurs et les commentateurs voient ici très-mal à propos un ange particulier. Voyez les notes sur Gen. XVI. Juges VI.
^ Après avoir ressenti les effets de la Juste colère de Dieu, Israël revient à Idî ; l'exil de Bahylone lui rappelle les miracles de l'antiquité, il en demande de semblables dans sa détresse présente.
^ Ou nous nous trompons fort, ou les v. 11-14 contiennent une récapitulatioo succincte, mais complète, de l'histoire mosaïque. Dans ce sens nous traduisons : il fit jaillir l'eau, d'après une interprétation parfaitement autorisée (Ps. LXXIV, 15: LXXVIII, 15. Es. XXXV. 6; XLVIII, 21. Gen. VII, 11, etc.), et nous songeoss au rocher du désert ; et non : il fendit l'eau, comme si d'un bout à l'autre il n'était question que du passage de la mer rouge. De même, les fiott du distique suivant sont ceux du Jourdain. Bnfin, le repos marque la prise de possession de Canaan. Car le troupeau trouve son pftturage, moins sur les hauteurs plus ou moins nues et pierreoses, que dans le fond des vallées. La présence de Y esprit de Dieu, et Taccompagnement de son hras, représentent l'assistance permanente pendant tout le trajet.
ANONYME (ES. LXIIl, 15-19). 315
Regarde du haut des deux et vois,
De ta demenre sainte et glorieuse^!
Où est ton zèle? où sont tes miracles?
L'émotion de tes entrailles et de ton cœur,
Vis-à-vis de moi elle se contient *!
Pourtant c'est toi qui es notre père 1
Car Abraham ne sait rien de nous,
Et Israël ne nous connaît point' :
C'est toi, Éternel, qui es notre père ; Notre rédempteur — c'était ton nom de tout temps *® I Pourquoi, ô Éternel, nous laisses-tu errer loin de tes voies? Pourquoi endurcis-tu notre cœur contre ta crainte '* ?
Reviens, pour l'amour de tes serviteurs. Des tribus, qui t'appartiennent!
Pour bien peu de temps Le peuple que tu t'es consacré a été en possession :
Nos ennemis ont foulé aux pieds ton sanctuaire. Depuis longtemps nous sommes de ceux que tu ne gouvernes pas, Qui ne portent point ton nom^' !
Ah, si tu déchirais les cieux pour descendre " I Que les montagnes fussent ébranlées devant toi !
"^ Ici, décidément, c'est le prophète qui parle; mais il parle au nom du peuple repentant, et le pluriel alterne avec le singulier dans ses invocations.
^ Le zèle de Jéhova, ou plutdt sa jalousie, c'est la vigilance active avec laquelle il poursuivait les intérêts d'Israél contre les étrangers. L'émotion, litt.: le bruit. Les métaphores psychologiques en héhreu sont bien plus audacieuses que celles que nous nous permettons d'habitude.
0 Les patriarches, les plus illustres mortels, ne peuvent nous sauver. Us ne sont plus : Dieu seul est vivant et puissant.
10 On pourrait aussi traduire : Notre rédempteur en tout temps, c'est ton nom, c'est-à-dire : c'est toi seul. Pour le sens, la différence n'est pas grande.
11 Rien ne se fait sans la volonté de Dieu; la désobéissance et l'endurcissement peuvent donc lui être attribués, dans un certain sens ; il les permet ou les amène, pour frapper plus fort ceux qui lui ont déplu. La désobéissance prolongée d'Israël est un fait inexplicable pour celui qui, constant lui-même dans sa piété, a devant lui tout le mal qui en est déjà résulté.
1^ C'est-à-dire : qui ont toujours été étrangers à ton alliance.
IS La prière commencée au chap. LXIII est continuée, la séparation des chapitres n'a pas de raison d'être. Mais la coupe des versets dans cette strophe n'est pas moins défectueuse, et a donné lieu à plus d'une méprise au sujet du sens. L'ébranlement des montagnes est toujours signalé comme un symptdme de la présence personnelle du Très-Haut. Les images empruntées à l'action du feu indiquent clairement le but dQ l'intervention personnelle demandée par le prophète.
316 ANONYME (ES. LXIV, \-l).
Pareil au feu qui dévore le bois sec,
Au feu qui fait bouillir Teau, Pour faire connaître ton nom à tes ennemis ! Devant toi les nations trembleraient^ Quand tu ferais des prodiges inattendus :
Tu descendrais — les montagnes s^ébranleraient devant toi! Jamais on n'a connu ni entendu^ Jamais œil n'a vu de Dieu, si ce n'est toi, Qui put agir pour qui espère en lui ** I
Tu vas au-devant de celui qui se réjouit de faire le bien.
De ceux qui songent à toi en marchant dans tes voies.
Vois ! tu t'es irrité : et nous étions coupables ;
Tu persistais; et nous étions rebelles'^.
Tous, nous étions comme les impurs,
Toute notre justice comme un linge souillé **.
Nous étions tous flétris comme une feuille.
Et nos péchés nous emportaient comme le vent *^.
Nul n'invoquait ton nom, Ni ne se réveillait pour s'attacher à toi. Car tu cachais ta face devant nous.
Et tu nous laissais périr par nos iniquités.
Et maintenant. Éternel, tu es notre père ! Nous sommes l'argile, toi tu nous as formés;
14 C'est donc avec confiance qu'un peuple repentant peut s'adresser à ce Dieu pour obtenir le retour de sa grftce.
1^ Ces deux lignes (surtout la seconde) sont on ne peut plus obscures et le texte est probablement fautif. Nous avons cbercbé à rétablir le sens au moyen du parallélisme que les Septante ont conservé en partie. Toute cette stropbe paraît être ose humble confession des péchés, faite par le prophète au nom du peuple, et par laquelle seule le pardon pouvait être obtenu. Il ne s'agit pas des péchés antérieurs à It destruction de Jérusalem ; celle-ci est déjà comprise dans la phrase : tu fet irriU; mais nous continuions à être coupables et rebelles, au lieu de nous laisser corriger par ce châtiment, et voilà pourquoi Jéhova persistait dans sa manière d'agir, lui aussi. Comme le texte n'indique pas le sujet des premiers mots de la seconde ligne (litt.: en cela toujours), on traduit aussi: «otw persistâmes, ou: nou* étioiDS Usnjonn punis. Quant au dernier mot de la même ligne, nous avons suivi la variante wnps'* au lieu de fonips'^ (et nous serions sauvés 1).
10 AUuâon à la prescription légale qui exclut de la société les personnes atteintes d'une infirmité naturelle (Lév. XV).
17 Image de la ruine complète. Il est facile de voir que l'auteur généralise id, et ne mentionne pas les exceptions dont il parle ailleurs, et que cette prière même suffirait pour constater.
Tons, nous sommes Toeuvre de ta main.
Ne t'irrite pas, 6 Éternel, outre mesure, Ne te souviens pas toujours de notre faute **I Ah ! regarde donc, nous sommes tous ton peuple. Tes villes saintes sont désertes, Sion est devenu un désert, Jérusalem une solitude. Notre saint et glorieux temple.
Où nos pères t'ont loué, Est devenu la proie des flammes.
Et toutes nos splendeurs ont été livrées à la destruction. En face de cela, resteras-tu insensible, ô Éternel? Te tairas-tu, pour nous humilier outre mesure I
J'étais accessible à ceux qui ne me demandaient pas,
A la portée de ceux qui ne me recherchaient pas;
Je disais : Me voici I me voici I A un peuple qui ne portait plus mon nom ^ Chaque jour j'étendais les mains vers ce peuple rebelle, Qui marchait dans le mauvais chemin.
Au gré de ses désirs ; Ce peuple qui ne cesse de m'irriter en face^
Sacrifiant dans ses jardins.
Et brûlant de Tencens sur ses briques ;
S'asseyant dans les sépulcres.
Et passant la nuit dans les cavernes ;
Mangeant de la chair de porc.
Les plats remplis de mets impurs — '
18 Sous le poids des remords, Israël ne peut qu'en appeler à la miséricorde de celui qui a voulu 6tre son père, c'est-à-dire, qui a fait des tribus dispersées son peuple à lui et qui ne voudra pas le renier et le laisser périr. D'excuse, il n'en est pas question. Si Jéhova ne veut être que juste, Israël est perdu. Le tableau du triste état de la Palestine termine cette prière, parce qu'il n'y avait rien à dire de plus éloquent.
^ Ce chapitre et le suivant contiennent la réponse définitive de Jéhova et terminent ainsi le livre. Cette réponse commence par des réprimandes et des menaces. « J'ai tendu la main à mon peuple, et ils n'ont pas voulu la saisir ! • A la lettre: J'ai été eherchable et trouvable, et non pas : J'ai été trouvé , J'ai exaucé, ce qui est contraire au contexte. Israël ne portait plus le nom de son Dieu, il ne se réclamait plus de lui, il le reniait. Il s'agit de l'état des choses pendant l'exil (LXIV, 4).
® Énumération des actes d'idolâtrie et de paganisme, par lesquels Israël payait en retour les avances de Jéhova. Les jardins sont les bosquets consacrés aux faux dieux (LVII, 5); les autels couverts en brigues nous rappellent que nous sommes à Babylone,
Et disant encore : Reste chez toi!
Ne t'approche pas, je suis sacré pour toi ' I
C'est là une fumée dans mon nez,
Un feu qui brûle toujours^.
Aussi cela est-il écrit devant moi^ :
Je n'aurai de repos, à moins de leur avoir rendu.
Oui, rendu leur charge pleine!
Vos méfaits, dit rËternel, Et en même temps les méfaits de vos përes. Qui ont brûlé de l'encens sur les montagnes, Et m'ont outragé sur les collines ^ :
Oui, je leur mesurerai leur salaire Anciennement dû, leur charge pleine!
Voici ce que dit rËternel :
De même que, tant qu'il y a du suc dans la grappe,
On dit : Ne la détruis pas, c'est chose bénie^ De même je ferai pour l'amour de mes serviteurs. De manière à ne pas détruire tout^.
Je ferai sortir une race de Jacob, Et de Juda un héritier de mes montagnes ;
Mes élus les posséderont. Et mes serviteurs y demeureront.
et en dehors des termes de la loi (Exod. XX, 24]. Les sépulcres et les copemês nous ramènent à la nécromancie ou à d'autres cérémonies et superstitions païennes qui se cachaient dans l'obscurité. La chair dejDorc, défendue aux Juifs, même pour Tusage domestique^ entrait dans certains actes du culte païen. Au lieu de mets (morceaux] impurs, une glose marginale lit : sauces.
S Et avec toutes ces abominations, les apostats prétendent encore être des hommes religieux, et repoussent avec dédain, comme des profanes, les fidèles adorateurs de Jéhova.
4 Jéhova ne saurait tolérer un pareil état de choses, et laisser impunis de tels coupables. La première idée est symbolisée par la fumée qui gêne la respiration, la seconde par le feu de la colère.
^ Écrit, c'est-à-dire arrêté et décidé : c'est une résolution qu'on ne perd pas de vue.
^ Il manque un verbe à cette phrase ; mais on peut la rattacher à la précédente. Levr charge pleine, litt.: je le leur donnerai à emporter dans le pan de leur manteaa, lequel servait de tablier dans l'occasion.
'' Le discours change de ton. Les menaces qu'on vient de lire ne regardent pas le peuple entier. Jéhova fera le triage dont il est si souvent question dans les prophètes. Un sort différent est réservé aux uns et aux autres. A cet effet, le peuple est comparé à un raisin qu'on ne jette pas pour le détruire, tant qu'il y a encore du suc.
S'aron sera le pâturage du bétail,
Et la plaine de 'Âkor la reposée des bœufs,
Pour mon peuple, pour ceux qui m'ont cherché • !
Mais vous qui avez abandonné TÉternel,
Qui oubliez ma sainte montagne,
Qui dressez la table pour la Fortune Et qui remplissez la coupe de libation pour le Destin * : Moi je vous destine à Tépée,
Vous tous, vous vous courberez dans le carnage, Parce que, quand j'appelais, vous ne répondiez pas.
Quand je parlais, vous n'écoutiez point ; Vous faisiez ce que je déteste.
Et vous préfériez ce qui me déplaît.
Ainsi donc, voici ce que dit dit le Seigneur, l'Éternel : Voyez, mes serviteurs mangeront.
Mais vous, vous aurez faim;
Voyez, mes serviteurs boiront.
Mais vous, vous aurez soif; Voyez, mes serviteurs se réjouiront, Mais vous, vous serez couverts de honte; Voyez, mes serviteurs chanteront dans la joie de leur cœur. Mais vous, vous crierez dans l'angoisse du vôtre. Et dans votre désespoir vous vous lamenterez *<^.
s Aux fidèles est promise la possession de Canaan. La plaine de S'aron à Touest, et celle de *Âkôr à resl(Jos. YII, 24; XV^ 7J, représentent ce pajs dans toute son étendue. Le bonheur de Tavenir est peint avec les traits de la vie pastorale, plus tranquille et moins fatigante que celle du cultivateur.
^ Les fidèles seuls prendront possession du pays ; les méchants seront exterminés auparavant. Ceux-ci sont de nouveau caractérisés comme idolâtres. Ils offrent des sacrifices aux divinités babyloniennes, comme autrefois à celles des Tyriens et des Ammonites. De ces divinités, deux sont nommées à titre d'exemple : Qad^ la Fortune, probablement la même que Bel (ccmp. Jos. XI, 17], c'est-à-dire la planète Jupiter, considérée comme l'astre propice par excellence ; et Mtnt, qui règle les destinée* de l'homme, peut-être la Lune (Mené chez les Grecs], ou la planète Vénus. Chez les anciens Arabes, on trouve également une divinité nommée MenAth (Qor. 53, 20]. La tahU avec des choses à manger, et les libations, sont des formes générales du culte, qui se trouvent aussi dans celui de Jéhova. On remarquera le Jeu de mots Destin — destiner.
10 Tout à l'heure les méchants étaient menacés d'une destruction rapide et totale par l'épée ; ici, il est parlé d'une existence misérable, mais prolongée. I*a contradiction n'est que dans la forme de la pensée, l'idée est au fond la môme.
320 ANONYBfE (ES. LXV, l5-20).
Vous laisserez votre nom à mes élus,
Comme formule de malédiction; Le Seigneur, rÉternel, vous fera mourir**, Hais à ses serviteurs il donnera un autre nom '*. Quiconque se bénira dans le pays,
Se bénira par le Dieu fidèle ; Et quiconque jurera dans le pays,
Jurera par le Dieu fidèle *' :
Car les calamités passées seront oubliées, Elles auront disparu devant mes yeux.
Car, voyez, je vais créer un nouveau ciel et une nouvelle terre
On ne se souviendra plus des choses passées;
Elles ne se présenteront plus à Tesprit.
Mais vous, réjouissez-vous à jamais.
Soyez dans l'allégresse^ au sujet de ce que je vais créer : Car, voyez, je vais créer une Jérusalem pleine d'allégresse, Et son peuple, un peuple de joie '^.
Et moi-même, je veux me réjouir de Jérusalem,
Et avoir du plaisir à mon peuple :
On n'y entendra plus de sanglots, de cris de détresse.
Là, il ne mourra plus d'enfant de peu de jours.
Plus de vieillard qui n'ait accompli sa carrière;
11 Vous serez tellement malheureux qu'on vous citera, a titre d'exemple, quand oo voudra maudire quelqu'un^ comme on le faisait par exemple pour Sodome et Gomorrbe. La seconde ligne offre une diflSculté en ce que tout à coup le pronom est mis au singulier (te fera mourir). Nous avons dû effacer cela dans la traduction. Cependant il serait possible que le sens fOlt tout autre. Avec un simple changement dans la coupe des mots, on pourrait traduire : . . . à ses élus : • Que le Seigneur te fasse mourir > . . . / Ces derniers mots^ complétés par l'adjonction de : pareillement, ou : comme euxt seraient alors la formule de malédiction mise dans la bouche des élus.
1« Chap. LXII, 2.
13 La traduction affaiblit l'original, en ce qu'elle doit exprimer l'idée essentielle de toute la phrase, par un simple adjectif. Cet adjectif est construit en hébreu comme une espèce de substantif et môme de nom propre, comme qui dirait: le Dieu Amen! (Apoc. III, 14], celui dont le caractère essentiel est la véracité, la fidélité. — Se bémir, se souhaiter du bonheur, et jurer, ce sont les deux occasions les plus fréquentes où l'on prononce le nom de Dieu.
1^ Le tableau idéal de l'avenir prend des dimensions plus grandioses devant le regard du prophète. Il ne s'agit plus seulement de l'heureux retour des exilés, l'univers entier doit être renouvelé à cette occasion. De nouvelles lois vont régir le monde, ponr protéger la génération privilégiée, les anciennes conditions de l'existence seront remplacées par d'autres. L'auteur a préludé plus haut à cette description, chap. LI. 16 ; LX.
Le pins jeune mourra à ceut ans, Et ce n'est qu'à cent ans que le pécheur sera maudit '^. Quand ils bâtiront des maisons, ils y demeureront; Quand ib planteront des vergers, ils en mangeront le fruit.
Ils ne bâtiront pas pour qu'un autre y demeure,
Ils ne planteront pas pour qu'un autre en jouisse. Hais les jours de mon peuple seront comme les jours des arbres.
Et mes élus consommeront le fruit de leur travail.
Us ne se fatigueront point eu vain ;
Ils n'enfanteront point pour une mort subite :
Mais ils seront une race bénie de l'Éternel, Et leurs rejetons avec eux ^^.
Avant qu'ils m'appellent^ je les exaucerai ; Ils parleront encore, que je les aurai déjà écoutés.
Le loup et l'agneau paîtront ensemble;
Le lion mangera de la paille comme les bœufs.
Le serpent se nourrira de poussière :
On ne fera plus de mal, on ne fera plus de tort.
Sur toute ma sainte montagne, dit rÈternel *^.
1^ Le bonheur des futurs habitants de la nouvelle Jérusalem est d^etûord caractérisé par leur longévité. Il n'y mourra personne en bas âge; tous atteindront une vieillesse telle, qu'on pourra regarder leurs jours comme remplis; telle encore, qu'en mourant à cent ans, on mourra jeune, comparativement parlant. Le pécheur même, auquel la malédiction de Dieu raccourcit la vie, ne mourra qu'à cent ans, c'est-à-dire jeune encore. Il est curieux de voir que l'auteur s'oublie au point de parler de pécheurs à maudire parmi les habitants de la nouvelle Jérusalem. Mais ce qu'il est bien plus important de relever, c'est que cette longévité est tout ce que le prophète entrevoit en fait d'espérances pour la vie de l'homme ; il n'y a pas ici le plus léger pressentiment d'un avenir d'outre-tombe. Le suprôme bonheur sera de vivre l'âge des arbres, de Jouir longtemps des fruits de son labeur, et de ne pas voir mourir ses enfants en bas-âge, subitement, litt.: par une frayeur soudaine.
10 Cette phrase, équivoque dans l'original comme dans la traduction, peut signifier leurs enfants. seront bénis comme eux, ou bien : ils resteront avec eux.
1'' Ces dernières lignes sont imitées d'un passage d'Ésaîe XI, 6-9, en partie même littéralement copiées. Le distique final surtout, qui, dans le chap. XI exprime une pensée morale et est dit des hommes, semble ici très-étranger au contexte ; à moins qu'on ne veuille l'entendre également des animaux [sauvages], et traduire: Ils ne feront plus, etc. Alors l'imitateur aurait donné un autre sens à son modèle. Ou bien serait-ce une addition de main étrangère ?
A. T. 2- part. — II. 21
322 ANONYME (éS. LXVI, 1-4).
Voici ce que dit rÉternel * :
Le ciel est mon trône et la terre mon marche-pied : Quelle est la maison que vous me bâtiriez? Quel est le lieu où je dois reposer ? Toutes ces choses, ma main les a faites.
Et elles existent — dit rÉternel.
C'est lui que je regarde.
L'homme humble, à Tesprit contrit,
Qui craint ma parole'.
On immole un bœuf, on tuera un honmie ; On sacrifie une brebis, on égorgera un chien ;
On présente une offrande, ce sera du sang de porc;
On consacre de Tencens, on saluera une idole '
Eux aussi ont choisi leurs chemins.
Et leur cœur se complaît à leurs abominations : Moi, à mon tour, je me complairai à leur ruine. Et ce qu'ils redoutent, je le leur amènerai.
Parce que, quand j'appelais, personne ne répondait,
1 Les premières strophes de ce dernier morceau ne sont pas trop transparentes et ont été diversement interprétées. Quelques-uns ont voulu j voir la défense formelle d'un culte extérieur dans la nouvelle Jérusalem, contrairement an v. 20, à LVl, 7 ; LX, 7, etc. D'autres ont cru y découvrir une invective contre le projet (supposé) de certains Juifs, de bâtir le temple à Babylone môme. Tout cela nous paraît étranger au texte.
^ Cette dernière phrase sera pour nous le point de départ pour TexplicatioQ de l'ensemble. Jéhova déclara que ses promesses et sa grâce sont acquises au cceur homble et contrit, à lliomme véritablement et intérieurement pieux. A cette piété réelle, il oppose le culte purement extérieur et rituel. Ce n'est pas le culte en général qoîl rejette, mais celui qui ne s'appuie sur aucun sentiment religieux. Le créateur, vtfjutl tout doit son existence, n'a pas besoin des cboses matérieUes que les hommes ponnaieot lai consacrar : leurs offrandes et hommages n'ont de valeur que par le sentiment qui Ie0 inspire.
> Les formes extérieures du culte n'offrent, par elles-mdmes, aucune garantie. Biles peuvent s'allier à toutes les religions, eUes peuvent subsister en dehors de tonte religioo. Le texte (tel que nous le comprenons) offre des antithèses ; la premièro moitié de chaque ligne nomme une cérémonie religieuse, de celles qui se retrouvent partout, et qui, ptr conséquent, ne prouvent pas qu'on soit pieux adorateur de Jéhova ; la seconde moitié, au contrairo, nomme des actes absolument contrairos à la volonté du vrai Dieu. Dooe ceux qui ont seulement les formes du culte, peuvent avoir des sentiments très-antithéocratiques. Cela peut se voir, et cela s'est vu, car euœ aussi (les exilés} ont pratiqué des choses pareilles, tout en se disant membres du peuple de Dieu. Nous avons essayé de faire ressortir l'antithèse en mettant les verbes à deux temps différent^.
Quand je parlais, ils n'écoataient pas ; Ils faisaient ce que je déteste, Et préféraient ce qui me déplaît^.
Écoutez la parole de TÉternel, vous qui la craignez ! Ils disent^ vos frères qui vous haïssent, Et qui vous repoussent à cause de mon nom : cQue rÉternel se montre puissant, Afin que nous contemplions votre joie ! >
Mais ils seront confondus^!
Entendez-vous ce bruit qui vient de la ville"?
Cette voix qui sort du temple?
C'est la voix de rÉternel, Qui paie à ses ennemis ce qui leur est dû!
Avant d'être en travail
Elle a enfanté ; Avant que la douleur lui vint Elle a mis au jour son fils.
Qui a entendu de telles choses?
Qui en a vu de pareilles ?
Un pays nait-il en un jour?
Un peuple est-il enfanté d'un seul coup? Mais Sion^ à peine en travail, a mis au monde ses enfants^! Devais-je donc préparer la naissance sans l'achever?
Dit rÉternel ;
4 Chap. LXV, 12.
5 Cela s'adresse aux fidèles quo le prophète console au sujet des railleries des incrédules qui prétendent que Jéhova ne fera rien de ce que eux persistent à espérer. Contempler est dit ironiquement.
^ Tout à coup Textase prophétique remplace la simple espérance. La ^ille, le temple existent déjà pour Timagination du visionnaire ; il entend un bruit qui vient de ce côtélà et qu'il interprète conmie celui de la voix vengeresse du Très-Haut, qui fait justice de ses détracteurs. Dans cette tournure, la situation présente (l'auteur se plaçant à Babylone, en face de Tactualité) et celle de l'avenir (la restauration étant censée accomplie) se confondent. C'est de la poésie, à laquelle il ne faut pas appliquer le scalpel de l'analyse.
"7 Par une brusque transition, la scène est transportée à Jérusalem. Le prophète y voit une nouvelle population, nombreuse, riche et heureuse. Cette idée si simple est exposée allégoriquement. Jérusalem est une jeune femme qui doit devenir mère. Les habitants sqnt ses enfants. Mais tandis que, dans l'ordre naturel, l'enfantement est lent et douloureux, ici il est rapide et facile ; tandis que d'habitude les enfants naissent à longs intervalles, ici ils viennent tout d'un coup en nombre.
324 ANONYME (ES. LXVl , 9-i6).
Moi, qui donnais la vie, devais-je empêcher Tenfantementï
Dit ton Dieu*.
Réjouissez-voas avec Jérusalem, vous qui Taimez! Livrez-vous, à cause d'elle, à Tallégresse!
Tressaillez de joie avec elle.
Vous tous, qui portiez son deuil!
Afin d'être nourris de son sein.
Et de vous rassasier de ses consolations ;
Afin de savourer avec délices
La splendeur de sa gloire^!
Car ainsi dit rËtemel :
Voyez! Je vais répandre sur elle le salut comme un fleuve, La richesse des nations, comme un ruisseau qui déborde, Pour que vous en soyez allaités.
Portés sur les bras, caressés sur les genoux. Comme quelqu'un que sa mère console.
Ainsi je vous consolerai, Et c'est à Jérusalem que vous serez consolés. En le voyant, votre cœur sera dans la joie. Vos corps s'épanouiront comme la jeune verdure, Et la main de l'Étemel se fera connaître à ses serviteurs. Et sa colère à ses ennemis '^ !
Car voici l'Éternel qui vient dans un feu. Et son char est comme l'ouragan.
Pour rendre*' sa colère en embrasement, Et ses menaces en flammes de feu.
Oui, c'est avec le feu que l'Éternel va plaider sa cause,
^ C'est chose étonnaDte, que cette restauration nationale I Mais devait-on en attendre moins de celui qui avait déjà tant fait (par Cyrus}? Devait-il laisser son orane inachevée ? Le texte entre dans des détails que nous nous sommes borné à paraphraser. Num tgo, qui matrieetn apenti non gigneremf Num, gui genui, uterum clauderemf
0 L'aUégorie de Tenfantement en amène une seconde. Israël est un peuple de nouveaux-nés qui sucent le sein de leur mère, qui sont portés sur ses bras, caressa tw ses genùum, etc. Il faut seulement remarquer qu'à plusieurs égards les images sont entremêlées de phrases qui ne s'accordent pas avec elles. Toujours est-U que le prophète veut décrire un âge d'or, pareil à celui de la bienheureuse enfance.
10 Cette dernière ligne forme la transition à la strophe suivante.
11 Traduction littérale. L'auteur veut dire que Jéhova opère la rémunération dont il a menacé les idolâtreSi en les payant en feu. Métaphore hardie, qu'on affaiblit, sans devenir plus clair, en disant: il change sa colère en feu. L'arrivée du juge pour le jugement est, comme toujours, dépeinte sous les traits de l'orage.
ANONYME (ES. LXVI, l6-20). 325
Avec son épée, contre les mortels.
Et ils seront nombreux, cenx qu'il frappera, Ceux qui se sanctifient et se purifient^ pour les jardins,
Marchant en cortège après leur chef, Mangeant de la chair de porc, des rats et des horreurs *^ ; Tous ensemble ils périront, dit rÉternel.
Et moi -^ leurs actes et leurs pensées"
C'est le moment d'assembler toutes les nations et races. Pour qu'elles viennent contempler ma gloire.
Je leur donnerai un signaP*, Et j'enverrai d'entre eux ceux qui auront échappé.
Vers les nations, à Tars'is', A Poul et à Loud, les peuples archers, A Toubal et à lawan, aux îles lointaines '^, Qui n'ont jamais entendu parler de moi.
Ni vu ma gloire.
Et ils proclameront ma gloire parmi les nations. Et ils ramèneront tous vos frères de chez tous les peuples. Comme une offrande à rÉternel, A cheval, en voiture, en litière.
Sur des mulets, sur des dromadaires.
^2 Pour tout ce passage, comp. LXV, 3 ss. Le rat était réputé impur, comme le porc, et défendu aux Israélites. La phrase : marchant en cortège, etc., est sujette à caution. Le texte^ probablement corrompu^ dit à la lettre : après un (variante : «ne) au milieu. On a songé à une procession conduite par un prôtre; d'autres y ont vu le nom d'une divinité.
18 Ici la corruption du texte nous parait évidente. Pour une réticence à effet rhétorique (comme le guos ego de Virgile)» la forme de ce lambeau de phrase ne semble nullement commode. Nous croyons même que le commencement de la phrase suivante manque aussi. Nous le rétablissons par conjecture, en mettant: Le moment, car le texte n'offre que le mot: il est venu,
^^ On s'est divisé sur le sens à donner à cette phrase. On a pensé que le signe à donner, c'était précisément le terrible châtiment des ennemis d'Israël, dont il a été question plus haut; les plaies d'Egypte sont désignées par le même terme. Nous avons préféré le mot signal, parce que nous croyons que le signe dont parle le prophète, c'est-à-dire le fait extraordinaire qui doit avertir les pays lointains, c'est le fait étonnant, que des païens échappés à l'imminente catastrophe, seront les hérauts et missionnaires de Jéhova auprès des peuples plus éloignés encore et qui n'ont pas encore oui parler de lui.
1^ Tars'is' représente l'extrême occident (l'Espagne), lawan, ce sont les Qrecs d'Asie, Toubal, les habitants du littoral de la mer Noire, les tlesj sont celles de la Méditerranée, y compris la Grèce et l'Italie. D'après cela, il faut chercher Poul et Loud, pays inconnus, sur les côtes de l'Afrique (à moins que Loud no soit la Lydie, ce qui irait moins au contexte).
Vers ma sainte montagne, à Jérasalem'', Dit rÉternel, Comme les enfants d'Israël apportent leurs offrandes Dans des vases purs, au temple de TÉterneL
Et parmi eux aussi, dit rÊternel, Je me choisirai des prêtres, des lévites ^^.
Oui, de même que le nouveau ciel Et la nouvelle terre, que je vais créer,
Subsisteront devant moi, dit rÉternel, De même votre race et votre nom subsistera! De nouvelle lune en nouvelle lune.
De sabbat en sabbat.
Tous les mortels viendront se prosterner devant moi**,
Dit rÉternel.
Et quand ils sortiront, ils verront les cadavres Des hommes qui ont été rebelles contre moi : Leur ver ne mourra point.
Et leur feu ne s'éteindra point, Et ils seront en horreur à tout le monde**.
^^ Bffrayés par ce qu'ils apprennent, ces peuples se hfttent d'amener à Jéboya, en guise d'oflOrande, les Israélites retenus captifs chez eux.
l"? On peut dtre dans l'embarras relativement à l'interprétation à donner à ce mot: parmi ûHœ, L'auteur veut-il circonscrire le choix de l'Étemel aux Israélites ramenés? Veut*il l'étendre aux païens mêmes ? (LVI, 3 suiv.) Nous penchons vers cette dernière explication.
Id Jéhova sera adoré par le monde entier. Le rite mosaïque et légal ne disparaîtra pas pour cela. Ses prescriptions sont même exagérées dans ce sens, que ce que la loi demandait pour les trois grandes fêtes annuelles, la présence de toute la population mfile au sanctuaire, est ici ordonné pour chaque néoménie, yoire même pour chaque sahhat, À la population entière. Mais cela prouve que nous n'avons affaire qu'à la poésie, des images de laquelle il faut savoir dégager l'idée. L'humanité entière reconnaîtra le vrai Dieu et l'adorera comme il veut être adoré ; elle n'a pas besoin pour cela de faire l'impossible.
19 Même observation pour le revers du tableau. De même que le bonheur d'Israël sera permanent^ de même il restera à tout Jamais un témoignage, un monument de U colère de Dieu contre les apostats et les méchants. Leurs cadaoru ne se consumeront pas. Ni les vers, ni le feu ne parviendront à les détruire. Nous disons que c'est l'expression toute poétique d'une idée abstraite, reproduite en maint endroit de la Bible. Il y a un dernier délai pour le pécheur, passé lequel il est perdu a jamais. Mais les cadavres gisant réellement à l'entour de Jérusalem, auraient été pour les heureux habitants, ce que l'interprétation populaire de notre verset est pour une saine exégèse. 11 n'est pas question ici de tourments à infliger à des êtres vivants, du feu de l'enfer et autres peintures mythologiques du judaïsme postérieur (Sir. VU, 17. Judith XYI, H. Marc IX, 43 ss.j