‹ La Bible (volume 2)Chapitre 78 sur 93 · AGGÉE · texte numérisé non relu

AGGÉE

La prise de Babylone par Cyrus et la destruction de l'empire chaldéen vint pour un moment exalter le courage d'un grand nombre d'Israélites qui y vivaient dans l'exil. Les menaces de leurs prophètes étant encore une fois accomplies, il n'est pas étonnant qu'ils se soient attendus aussi à la réalisation des promesses brillantes qui leur avaient été faites si souvent, et surtout par celui dont nous venons de lire les discours. Cinquantedeux ans après le sac de Jérusalem, ils sollicitèrent et obtinrent de leur nouveau maître la permission de retourner en Palestine et de relever le temple de ses ruines. Une première caravane se mit en route, sous la conduite de deux chefs, du gouverneur civil Zeroubbabel, fils de S'ealtiel, issu de la race royale des Isaïdes, et de lehos'oua' (Josué, Jésus), fils de lehoçadaq, qui, en sa qualité de petit-fils du dernier prêtre en chef de l'ancien temple, mis à mort par ordre de Neboukadreççar, se trouvait placé, par sa naissance même, à la tète de la communauté religieuse. Presque aussitôt après leur arrivée, ils construisirent le grand autel pour les sacrifices et réorganisèrent le culte régulier d'après les anciennes coutumes et traditions. Ils jetèrent ensuite les fondements du nouveau sanctuaire (Esdras, chap. III). Mais à l'égard de celui-ci, il s'éleva bientôt des difficultés inattendues, dont les détails sont consignés dans le livre que nous

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venons de citer. Des rapports hostiles sur le compte des intentions des colons furent adressés par leurs voisins au gouvernement persan, et provoquèrent de la part de celui-ci des mesures diamétralement opposées au décret primitif de Cyrus. La continuation de Tœuvre fut interdite, et pendant une série d'années elle se trouva interrompue de fait. H sera permis de croire que ces menées politiques n'ont pas été la seule cause de l'interruption. Du moins, dans les écrits des deux auteurs contemporains dont nous allons nous occuper, il n'y a pas la moindre allusion à des obstacles de ce genre. Ils insinuent au contraire que les travaux avaient été délaissés en grande partie par suite de rindifTérence des colons mêmes, à la décharge desquels on pourra cependant alléguer le fait, que dans ces premiers temps ils ont dû avoir à lutter contre des difficultés matérielles, comme eDes sont inséparables de tout établissement nouveau, dans uh pays où tout est à créer et où les besoins sont hors de toute proportion avec les ressources. Nous comprenons aussi que la situation plus que précaire de la colonie, composée en majeure partie de gens peu aisés, les riches étant restés à Babylone (Esdras I, 6), dut singulièrement refroidir Tenthousiasme qui avait poussé à rémigration, quand on la comparait aux tableaux fantastiques dont les imaginations s'étaient nourries naguère encore (Ésaïe LX).

Quoi qu'il en soit, les travaux ne furent repris que la deuxième année du règne de Darius, fils d'Hystaspe (Agg. I, 1 ; II, 10. Esdras IV, 24), c'est-à-dire l'an 520 av. J.-C. Car c'est bien de ce premier Darius, fameux entre autres par son expédition en Grèce, qu'il est question ici, et non de quelqu'un de ses successeurs homonymes ; cela résulte d'un passage du prophète Âggée (n, 3), où celui-ci fait un appel à ses auditeurs, pour leur demander si l'un ou l'autre d'entre eux se souvenait encore de la splendeur du temple de Salomon. Une pareille ^demande suppose au moins la possibilité matérielle de l'existence de quelques survivants de cette époque ; et quand on songe qu'il s'était déjà écoulé alors soixante-huit ans depuis la destruction du temple en question, on n'ira pas chercher un second Darius, à la distance d'un autre siècle, pour déterminer l'époque de la reprise des travaux. Si on Ta fait pourtant, cela vient de ce que dans le livre d'Esdras, les rois, successeurs de Cyrus, qui avaient fait arrêter la construction du nouveau sanctuaire, sont appelés

Ahas'wéros' et Artahs'aste, noms qu'on a cru devoir combiner avec ceux de Xerxès et d'Artaxerce, tandis que d'après les auteurs grecs, les prédécesseurs de Darius, fils d'Hystaspe, se nommaient Cambyse et Smerdis. Ce n'est pas ici le lieu de discuter celte question de noms propres. Nous nous bornerons à constater que les fondements du second temple durent être jetés encore une fois à l'époque indiquée et que l'édifice fut achevé quatre ans plus tard (Esdras VI, 15).

C'est à cette reprise des travaux du temple que se rattachent les écrits des deux prophètes Aggée et Zacharie, dont l'époque est nettement déterminée, tant par ces écrits mêmes, que par la relation du chroniqueur de Jérusalem (Esdras V, 1 ; VI, 14). Nous ne savons absolument rien sur la personne du premier, dont le nom se prononce proprement Haggaï. D est cependant assez probable qu'il appartenait à la caste sacerdotale. Les quelques pages que nous avons de lui ne présentent aucune diflSculté sérieuse, et ont de plus le rare avantage, que chaque morceau dont se compose son recueil de discours porte une date très-exacte.

Nous en distinguons quatre. Dans le premier (chap. I), daté du premier jour du sixième mois de l'an deux de Darius (c'est-àdire à peu près du mois d'août), le prophète reproche aux colons leur négUgence à l'égard de l'importante entreprise dont ils devraient se préoccuper avant tout, et leur déclare que les calamités dont ils avaient eu à souffrir récemment, la sécheresse de l'atmosphère et la stérilité du sol, n'étaient qu'une juste punition du ciel. A la suite de cette exhortation, il y a une courte notice historique qui raconte qu'avant la fin du dit mois, les deux chefs, Zeroubbabel et Josué, se remirent enfin à l'œuvre. Le 21™' du mois suivant, Aggée reprend la parole pour encourager les travailleurs et pour leur annoncer les futures splendeurs de l'édifice qu'on venait de commencer, et qui devait éclipser celui qu'il allait remplacer (chap. II, 1-9). On peut prendre cela au sens figuré, parce qu'il est peu probable que le prophète se soit fait illusion sur la grandeur matérielle d'une construction dont il devait connaître les plans. Le troisième morceau (chap. H, 10-19), écrit deux mois plus tard, met en regard le passé et l'avenir, la négligence d'autrefois punie par la disette, et les efforts actuels que Dieu bénira. Mais le discours insiste surtout sur le premier de ces deux tableaux, d'où l'on peut conclure que tout ne

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marchait pas encore au gré du prophète. Enfin, le dernier morceau, qui porte la même date que le précédent et qui ne se compose que de quelques lignes (chap. II, 20-23), peut être considéré comme une amplification de la promesse esquissée en deux mots à la fin du troisième discours. Il forme en même temps une espèce de péroraison du livre entier, et oflFre en perspective la ruine des empires païens et Texaltation de Zeroubbabel.

L'extrême brièveté de tous ces morceaux suffirait à elle seule pour prouver que nous n'avons pas là des- discours débités en public. Nous croyons plutôt que l'auteur, en jetant sur le papier ces légères ébauches, a voulu fixer le souvenir de la part qu'il avait prise à la grande affaire du moment. C'est surtout aussi le soin qu'il met à consigner les jours mêmes de son intervention personnelle, qui semble confirmer notre supposition. La substance seule de diverses allocutions, les traits les plus saillants de chaque harangue ont été ainsi préservés de l'oubli par une rédaction subséquente, et l'insertion d'une note historique, destinée à constater l'effet produit, est de nature à écarter tous les doutes. Dans cet état des choses, ce n'est guère le cas de parler du style oratoire de l'auleur, dont nous n'avons, à vrai dire, qu'un petit mémoire. Autrement il faudrait dire qu'il se tient généralement à fleur de terre, et quand une ou deux fois, à la fin du second morceau et au quatrième, il s'eflbrce de s'élever à la hauteur de l'éloquence fleurie et poétique des anciens, on s'aperçoit aussitôt que cela ne coule pas de source. Les beaux temps de la prophétie étaient passés. La mâle énergie des orateurs sacrés n'était plus sollicitée par l'antagonisme des cultes étrangers, la dépravation des contemporains, la tjTannie des grands ou les terreurs des invasions de barbares. Les petites misères économiques d'une colonie honnête et vivant au jour le jour, n'étaient pas ce qu'il fallait pour faire revivre le génie littéraire.

L'an deux du roi Daryawes', le premier jour du sixième mois, la parole de rÉternel fut adressée, par la bouche du prophète Hagg£u, à Zeroubbabel, fils de S'ealtiël, gouverneur de Juda, et à lehos'oua', fils de lehoçadaq, le grand-prêtre*, en ces termes: Voici ce que dit laheweh Çebaot : Ces gens-là disent : Le* moment de rebâtir la maison de TÉternel n'est pas encore venu '. Et la parole de l'Ëternel, par la bouche du prophète Haggaï, fut celle-ci ' : Est-ce donc le moment pour vous-mêmes de vous établir dans vos maisons lambrissées, tandis que cette maison-là est en ruines^? Or, voici ce que dit rÉternel : Prenez garde à ce que vous faites I Vous avez semé beaucoup, pour récolter peu de chose, mangeant sans vous rassasier, buvant sans risquer de vous enivrer, vous habillant sans arriver à avoir chaud, et celui qui va gagner sa journée met son salaire dans une bourse trouée*. Voici ce que dit rÉternel : Prenez garde à ce

1 Pour tous ces noms propres, voyez Tintroduction.

3 A la lettre : Il n'est pas temps de venir, le temps pouf la maison, etc. Le sens est clair, mais il faut sans doute changer les voyelles.

3 Cette phrase ne fait pas partie des paroles supposées émanées de Jéhova, de manière qu'on aurait à traduire : C*esi pour cela que V Étemel dit. C'est un nouveau préambule qui fait double emploi avec le premier, et qui est dû à un certain manque de dextérité du rédacteur.

^ C'est. une honte pour les colons de ne songer encore qu'à eux-mêmes, et non pas seulement à leurs besoins les plus pressants, mais au confort et au luxe.

^ Cette«indifférence à l'égard de la reconstruction du temple, laquelle aurait depuis longtemps dû préoccuper les habitants de Jérusalem, et pour laquelle, après tout, ils étaient revenus de Bahylone, est représentée comme la cause de la misère générale, que l'auteur dépeint d'une manière très-pittoresque. Récoltes insu£Bsantes, par suite disette, manque du nécessaire, môme de bons vêtements, et pour ceux qui sont dans le cas de vivre en travaiUant à la journée, manque de travail ou salaire insuffisant. La bourse trouée^ et ce qui est dit de l'absence du risque de ^^enitrer, est de la pure ironie.

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