‹ La Bible (volume 2)Chapitre 80 sur 93 · AGGÉE II · texte numérisé non relu

AGGÉE II

Le viDgt-qaatrième du neaviëme mois, Tan deux de Daryawes', la parole de l'Ëternel fut proclamée par la bouche du prophète Uaggaî, en ces termes : Voici ce que dit rËternel : Demande donc on avis sur cette question : Si un homme porte de la viande consacrée dans le pan de son habit, et qu'avec cet habit il touche à du pain, ou à un mets cuit, ou à du vin, ou à de Thuile, ou à tel antre aliment, cela devient-il sacré ? Et les prêtres répondirent en disant : Non ' ! Et Haggaî demanda encore : Si quelqu'un, qui est devenu impur par le contact d'un cadavre, touche à ces choses, en deviennent-elles impures ? Et les prêtres répondirent en disant : Elles deviennent impures. Alors Haggaî reprit et dit : Tel est ce peuple, et telle est cette nation à mes yeux, dit TËternel ; et telles sont les œuvres de leurs mains ; et ce qu'ils viennent m'offrir là' est impur. Et maintenant faites attention à ce qui s'est passé antérieurement à ce jour', avant qu'on ait mis pierre sur pierre dans le temple de l'Éternel. Pendant ce temps-là, quand on venait à un tas de vingt boisseaux, il n'y en avait que dix; quand on venait à la cuve pour puiser cinquante litres, il n'y en avait que vingt ^. Je vous frappais de rouille et de charbon et de grêle, dans toutes les œuvres de vos mains ^, et pourtant vous ne veniez pas à moi, dit rËternel. Faites

^ Il y a ici une espèce de parabole. La viande provenant des sacrifices était considérée comme sacrée ; cependant on pouvait l'emporter de l'autel pour la manger ; l'habit dans lequel on la portait, et qui recevait par cela même une certaine consécratioa (Lé vit. VI, 20), pouvait se trouver en contact avec d'autres aliments. Ces derniers n'étaient point consacrés pour cela. Par contre, une souUlure lévitique, résultant per exemple du contact d'un cadavre» rendait impur tout ce que l'homme, devenu ainsi mpur, venait à toucher. Le sens de cette double comparaison, que l'auteur nous laisse à deviner, parait être que les colons de la nouveUe Jérusalem n'ont pas assuré la bénédiction céleste à leurs champs, etc., par le seul fait qu'ils font des sacrifices et obéissent à la loi d'une manière générale: au contraire, leur négligence à l'égard de It reconstruction du temple est une espèce d'impureté, ou de souillure, qui réagit (dans le sens théocratique) sur tout ce qu'ils touchent.

* 11 y avait déjà un autel pour les sacrifices, dès le retour (Bsdr. III, 3).

3 A la lettre : diriges votre cœur (votre attention) depuis ce jour-ci an delà.

4 Tout ce passage n'est qu'une amplification de ce qui a déjà été dit au chap. I, v. 6, au sujet des récoltes insuffisantes qui avaient rendu la position des colons si malheureuse et que le prophète attribue à leur négligence à l'égard de la restauration du temple. Les tas de vingt boisseaujr, sont des tas de blé qui auraient dû donner vingt boisseaux de grains. Le mot boisseaux^ c'est-à-dire le nom d'une mesure quelconque, est omis dans l'original, peut-être par suite d'une faute de copiste. Les Septante Toot rétabli.

^ Co sont ici, comme plus haut, les travaux ruraux.

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attcntiou à ce qui se passera ultérieurement^ à ce jour, à partir du vingt-quatrième du neuvième mois^ du jour où fut fondé le temple de rÉternel. Faites attention 1 Y a-t-il encore du grain dans le grenier'? Jusqu'à la vigne, et au figuier, et au grenadier, et à Tolivier, rien n'a porté — désormais je les bénirai I

La parole de TËternel fut adressée une seconde fois à Haggaï, le vingt-quatrième du mois', en ces termes : Parle à Zeroubbabel, le gouverneur de Juda, et dis-lui : Quand j'ébranlerai les cieux et la terre, je renverserai les trônes des rois, et je ruinerai la puissance des empires païens, et je renverserai les chars avec les guerriers, et les chevaux seront terrassés, ainsi que leurs cavaliers, l'un par l'épée de l'autre. En ce jour-là, dit laheweh Çebaôt, je te prendrai, toi, Zeroubbabel, fils de S'ealtlël, mon serviteur, dit l'Éternel, et je te tiendrai comme un cachet, car c'est toi que j'ai élu, dit laheweh Cebaôt*.

^ En hébreu^ la première ligne du 18* verset est identiquement la même que la première du 15*. Malgré cela, nous avons dû nous décider à remplacer le mot antérietiremetU par ultérieurement, de manière que c'est une perspective que le prophète place devant le regard de ses auditeurs. Le jour où il parle (le 24* du 9* mois), après deux mois de travaux préliminaires (chap. II, 1), il a dû y avoir un fait spécial et notable dans la reconstruction du temple, de manière que ce jour a pu être considéré comme le point d'intersection entre le passé et l'avenir. La situation des colons changera à partir de ce jour.

'^ D'après la phrase suivante, cette question devra supposer une réponse négative. Le prophète constate la disette actuelle et promet qu'elle cessera tantôt. Cependant les commentateurs ne sont pas d'accord sur le sens de toute cette partie.

1 C'est-à-dire le même jour que la parole précédente.

^ Le cachet est un objet dont on ne se dessaisit jamais, à cause de son extrême importance dans les relations de la vie civile (Cant. VIII, 6. Jér. XXII, 24. Sir. XVII, 22). Le texte déclare donc que Zeroubbabel sera conservé à la tête de Juda, pour présider aux glorieuses destinées de son peuple, alors que les empires païens viendront à crouler. Le gouverneur prend donc ici la place réservée au roi (David ou Isaide) dans les prophéties de la période de la royauté.

A. T. 2* pari. — II. 22

ZAGHARIE

Nous avons déjà retracé la situation de Jérusalem à Tépoque du prophète Zacharie, contemporain d'Aggée, et sur la personnalité duquel il nous manque toute espèce d'information. D'après les dates mises en tête de plusieurs de ses chapitres, il aurait débuté deux mois plus tard que celui-ci. En revanche, la date la plus récente qu'on y rencontre, est postérieure de deux années à la dernière d'Aggée, ce qui nous mène jusque vers la fin de Tan 518 avant notre ère. A l'égard du cadre historique des prophéties de Zacharie, nous nous trouvons donc sur un terrain suffisamment connu; par contre, elles sont rédigées dans une forme toute différente, et l'individualité de l'auteur comme écrivain est si fortement accusée, que le lecteur se trouve presque dépaysé en l'abordant pour la première fois.

Zacharie passe à juste titre pour l'un des auteurs les plus obscurs de l'Ancien Testament, et cette obscurité tient d'un côté à un manque de facilité, à une certaine lourdeur même, dans le maniement de la langue ; de l'autre, et surtout, à l'abus qu'il fait de l'allégorie. A cet égard, il paraît avoir pris pour modèle le prophète Ézéchiel, mais sans avoir la verve puissante et le talent poétique de celui-ci. Ses images ne s'expliquent jamais ellesmêmes par leur lucidité ou leur simplicité naturelle ; et, à vrai dire, les explications que l'auteur y ajoute quelquefois de son chef, ne les rendent guère plus transparentes. Et si la conception même de ces allégories laisse à désirer, les détails de la peinture ne rachètent ce défaut ni par la netteté des contours, ni par la grôce des couleurs. Le goût et l'imagination en sont également

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peu satisfaits, et Ton a de la peine à croire que ces symboles, à peine esquissés ou ébauchés, aient pu produire sur les lecteurs du temps une impression pareille à celle qu'ont dû faire autrefois les discours entraînants des grands prophètes. Aussi bien celui-ci n'a-t-il pas été orateur; son œuvre consiste en élucubrations littéraires dont le public n'a peut-être pas même eu connaissance immédiatement. L'obscurité de l'exposition a dû avoir une autre conséquence fâcheuse encore : les copistes ont pu facilement se tromper sur le sens, ou écrire avec moins d'attention, de sorte que l'état du texte s'en ressentirait, et que les difficultés qu'il nous offre pourraient, en partie du moins, n'être pas à la charge de l'auteur.

Voici, du reste, un court aperçu des scènes qu'il fait passer sous nos yeux, et qui, pour la plupart, sont destinées à faire renaître l'espérance au sein d'une ville à peine relevée de ses cendres.

D y a d'abord (chap. I, 2-6) quelques lignes qu'on peut qualifier de préambule. L'auteur y amplifie cette idée que la génération actuelle aurait tort de suivre l'exemple de ses pères, qui n'ont pu être amenés que par une triste expérience à écouter leurs prophètes, ou plutôt à reconnaître trop tard la vérité de leurs discours. Après cela, nous trouvons cette série d'allégories dont il a déjà été parlé. Elles sont qualifiées de visions, ce qui revient à dire que le prophète dit avoir vu les symboles ou les actes symboliques, sous lesquels il lui plaît de représenter ses idées (comp. Amos VII suiv. Jér. I; XXIV). Sans se lier trop intimement les uns aux autres, ces symboles se rapportent plus ou moins directement soit à la reconstruction du temple et, en général, à la situation du moment, soit à la perspective d'un meilleur avenir, dont le travail en question était en quelque sorte le garant et la condition. Ces visions ou symboles sont au nombre de huit.

Premier symbole: Un certain nombre de cavaliers, qui viennent de parcourir la terre, annoncent que tout y est calme et tranquille. Là-dessus un ange demande à TÉternel, quand enfin il aura pitié de Juda ? Le calme dans le monde indique que le jour de la grande revanche n'est pas encore arrivé. La réponse de Jéhova tend à faire prendre patience à ceux au nom desquels l'ange est censé avoir parlé, et à réitérer les anciennes promesses (chap. I, 7-17).

Le second symbole (chap. I, 18-21) est celui des cornes et des forgerons. Les premières représentent les puissances qui ont

miné Juda, les autres, celles qui doivent leur rendre la pareille. Nous n'apprenons pas quelles sont ces dernières ; et surtout il faut convenir que les deux parties du tableau, cornes et forgerons, forment un ensemble assez singulier, lors même qu'on voudrait songer à des cornes de fer (1 Rois XXII, 11).

Avec le troisième symbole (chap. II), nous commençons à sortir des généralités. La vision amène sur la scène un personnage occupé à mesurer Jérusalem. Il s'y rattache un discours, placé dans la bouche d'un ange, et promettant à la ville sainte des destinées glorieuses.

Enfin, avec la quatrième vision, qui est aussi un peu plus dramatique que les précédentes, nous sommes dans le monde des réalités (chap. III). Le grand-prêtre Josué, que nous connaissons par le livre d'Aggée, apparaît devant Dieu, revêtu d'habits sales en qualité d'accusé; mais il est aussitôt gracié et reçoit des habits de fête. Chose singulière : le texte ne nous dit pas de quoi le pontife était accusé. Si nous nous en tenons aux dires du collègue de Zacharie, il s'agira de la tiédeur que Josué, et, en généra], les chefs de la colonie, avaient montrée à l'égard de l'œuvre de la reconstruction du temple. Peut-être le prophète, qui était sans doute lui-même de la caste sacerdotale (Néh. XII, 16), a-t-il voulu défendre son patron ou supérieur contre les reproches que l'opinion publique lui adressait à ce sujet. La scène se termine par une allocution faite à Josué au nom de Jéhova, et celle-ci aboutit à une prophétie messianique, dont les termes figurés sont d'une obscurité si désespérante, que nous devons renvoyer nos lecteurs au commentaire, pour ne pas avoir besoin de faire deux fois l'aveu de notre embarras.

Dans le morceau suivant (chap. IV), nous voyons un chande- Uer placé entre deux oliviers, lesquels, par le canal de l'une de leurs branches, versent de l'huile dans le réservoir qui alimente les sept lampes du chandelier. L'allégorie n'est pas expliquée, et ce n'est que par une conjecture plus ou moins hasardée que nous arrivons à deviner la pensée de l'auteur. Il y a cependant dans ce morceau quelques nobles paroles adressées à Zeroubbabel, à l'occasion de son œuvre de restauration, tant pour le louer au sujet des efforts qu'il a déjà faits, que pour lui promettre que les difficultés s'aplaniront devant lui et qu'il conduira à bonne fin son entreprise. On entrevoit ainsi que les deux chefs, le pontife et le gouverneur, sont représentés comme les canaux ou instru-

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